Troisième République (France)
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Pour l'organisation du régime, voir l'article Lois constitutionnelles de 1875.

République française
Troisième République

18701940

Drapeau
Blason

Drapeau et Armoiries

Informations générales
Statut République
Capitale Paris
Langue Français
Monnaie Franc français
Démographie
Population 1872 37 653 000 hab.
1914 41 630 000 hab.
1918 38 670 000 hab.
1926 40 581 000 hab.
1938 41 560 000 hab.
Histoire et évènements
4 septembre 1870 Proclamation de la République
mai-juin 1940 Défaite de la France
10 juin 1940 Départ de Paris du Gouvernement
16 juin 1940 Philippe Pétain Président du Conseil
22 juin 1940 Armistice
10 juillet 1940 Pleins pouvoirs constituants à Pétain
Président
(1e) 1871-1873 Adolphe Thiers
(De) 1932-1940 Albert Lebrun
Parlement français
Chambre haute Sénat
Chambre basse Chambre des députés

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La Troisième République est le régime politique de la France de 1870 à 1940.

La Troisième République est le premier régime français à s'imposer dans la durée depuis 1789. En effet, après la chute de la monarchie française, la France a expérimenté, en quatre-vingts ans, sept régimes politiques : trois monarchies constitutionnelles, deux républiques et deux Empires. Ces difficultés contribuent à expliquer les hésitations de l'Assemblée nationale, qui met neuf ans, de 1870 à 1879, pour renoncer à la royauté et proposer une troisième constitution républicaine.

Formant une constitution de compromis, les lois constitutionnelles de 1875 établissent une république parlementaire de type bicaméral. Marqués par le renversement en 1851 de la République par son premier président élu, les républicains vont n'accorder dans la pratique au chef de l'état qu'un rôle représentatif. La IIIe République a constitué ce que Philip Nord a appelé « le moment républicain[1] », c'est-à-dire une période marquée par une forte identité démocratique, que les grandes lois sur l'Instruction, la laïcité, les droits de grève, d'association et de réunion illustrent. La IIIe République est aussi une époque où la vie des Français est « passionnément politique, autant que la vie d'un peuple peut l'être dans une période non révolutionnaire[2]. » C'est ce que Vincent Duclert qualifie de « naissance de l'idée de la France comme nation politique[3]. »

La IIIe République est aussi la période marquée par toute une série de réformes sociales auxquelles la société aspirait, notamment par l'adoption d'une législation plus favorable pour les salariés.

Née dans la défaite, la IIIe République évolue de sa proclamation à sa chute dans un contexte de confrontation avec l'Allemagne, dont l'invasion du sol national, lancée le 10 mai 1940, provoque le transfert du pouvoir constituant de la Chambre des députés au Maréchal Pétain, le 10 juillet 1940, et donc la dissolution du régime.

Sommaire

Les hésitations initiales : ce sera une République (1870-1879)

La liquidation de la guerre franco-allemande de 1870

Le gouvernement de la Défense nationale

Guerre franco-allemande, bataille de Mars-la-Tour
Gambetta proclamant la République aux Tuileries (4 septembre 1870)

Au cours de la guerre de 1870, les opérations militaires aboutissent à la défaite et à la capture de l'empereur Napoléon III à Sedan, le 2 septembre 1870. L'opposition parlementaire, surtout républicaine, menée par Léon Gambetta parvient à mettre en place un gouvernement provisoire, dit de la Défense nationale. La République est proclamée le 4 septembre, au balcon de l’hôtel de ville de Paris, quoiqu'elle le fut d'abord dans quelques villes de province (Lyon notamment). Un gouvernement de la Défense nationale est constitué avec à sa tête le général Trochu, catholique et Breton. Sont également membres de ce gouvernement Jules Favre (ministre des Affaires étrangères, et vice-président du Gouvernement), Jules Ferry (secrétaire du Gouvernement), Léon Gambetta (ministre de l'Intérieur), Ernest Picard (ministre des Finances), Henri Rochefort, Jules Simon (ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux Arts), Adolphe Le Flo (ministre de la Guerre), Martin Fourichon (ministre de la Marine et des Colonies), Adolphe Crémieux (Garde des Sceaux), tous élus de Paris.

L'armée de Bazaine résiste toujours dans Metz assiégée. Paris est également assiégée à partir du 18 septembre. Le 7 octobre Gambetta quitte Paris en ballon pour tenter de réorganiser la défense à partir de la province. La capitulation précipitée de Bazaine et de l'armée de Metz (150 000 hommes) le 30 octobre porte un grave coup à la France. Elle intervient au moment où le gouvernement, parti s'établir à Tours, est parvenu à organiser une Armée de la Loire. Les Prussiens libérés peuvent alors concentrer leurs forces sur cette nouvelle armée mal entrainée et mal équipée, ce qui oblige le gouvernement à se replier sur Bordeaux.

Le 18 janvier, l'Unité allemande est réalisée, les souverains allemands réunis au château de Versailles proclament le roi Guillaume de Prusse empereur d'Allemagne. Le 28 janvier, Paris capitule après 132 jours de siège. Le gouvernement négocie une trêve pour organiser des élections. Jules Favre négocie les conditions de l'armistice. Opposé à la trêve, Gambetta démissionne.

Les élections du 8 février 1871 et la paix

Article détaillé : Assemblée nationale (1871).
Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections

Le décret du 29 janvier 1871 fixe les conditions des élections, reprenant la tradition républicaine de la Seconde République, inaugurée par la loi électorale du 15 mars 1849 : scrutin de liste, départemental et majoritaire, par opposition avec le scrutin uninominal à deux tours qui avait été la règle sous le Second Empire. Les élections ont lieu dans des conditions spéciales : 40 départements sont occupés, 400 000 Français sont prisonniers, et aucune campagne (exceptée à Paris) n'a été préparée. Par ailleurs, les votes se déroulent au chef lieu du canton pour pousser les campagnes conservatrices à l'abstention[4].

Les élections ne portent pas sur le choix du régime, mais sur le thème de la guerre (ou de la paix). Les républicains sont divisés entre ceux, comme Gambetta et les radicaux, qui veulent poursuivre la guerre à outrance contre l'ennemi, et les modérés résignés à la paix. Les conservateurs, regroupant divers courants allant de la bourgeoisie libérale aux monarchistes, s'unissent sur le thème de la paix[5]. Le 8 février 1871, l'Assemblée nouvellement élue est majoritairement monarchiste : sur 675 élus, environ 400 monarchistes (dont 182 légitimistes et 214 orléanistes), et 250 républicains avec une minorité de socialistes, comme Félix Pyat et Benoît Malon, et quelques bonapartistes issus de la Corse et de la Charente[6]. Les départements de l'Est, envahis, se sont largement prononcés pour les républicains et la guerre, tout comme le Midi de la France et Paris. Les Français, lassés de la guerre, ont préféré voter pour les tenants de la paix, sans que leur vote signifie un parti-pris pour la cause monarchiste. En effet, André Encrevé écrit : « la majorité monarchiste va, d’une certaine façon, commettre la même erreur que Louis-Napoléon en 1851, c'est-à-dire confondre une circonstance exceptionnelle (ici l’invasion) avec une tendance profonde de l’opinion publique. Ces députés ont été élus parce qu’ils proposaient de signer la paix ; mais leur option majoritaire pour la monarchie n’est pas à l’unisson des préférences des Français »[7].

Le 16 février 1871, l'Assemblée élit son président, Jules Grévy, un républicain modéré « en faveur auprès des monarchistes pour s'être constamment tenu en dehors de la Révolution depuis le jour où elle s'est faite »[8]. Son hostilité à la guerre, son engagement pour la défense de l'ordre en font un candidat idéal pour la nouvelle majorité. Le 17 février 1871, Adolphe Thiers, ancien ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe, est nommé Chef du pouvoir Exécutif de la République française à la quasi unanimité le 17 février : il est « l’administrateur nécessaire de l’infortune nationale », exerçant « ses fonctions sous l'autorité de l'Assemblée Nationale, avec le concours des ministres qu'il aura choisi et qu'il présidera ». Le 19 février, il constitue un gouvernement, composé de ministres du centre droit et de la gauche modérée, avec à sa tête Jules Dufaure qui prend le portefeuille de la Justice[9]. Dans son programme du 19 février, Thiers invite l'Assemblée à mettre entre parenthèses la question du régime pour ce qui importe le plus : « pacifier, réorganiser, relever le crédit, ranimer le travail »[10]. Il est ensuite prévu par un pacte tacite conclu entre Thiers et l'Assemblée, dit Pacte de Bordeaux (10 mars 1871) que le Chef du Pouvoir Exécutif ne préparera pas de solution constitutionnelle à l'insu de celle-ci, mais pourvoira aux nécessités nationales et à la négociation avec l'Allemagne.

Thiers rencontre Otto von Bismarck le 21 février 1871. Le Chancelier lui signifie qu’il ne pourra pas proroger l’armistice (signé le 26 janvier pour 21 jours) au delà du 24 février et lui annonce les conditions exorbitantes auxquelles doit se soumettre la France pour qu'un traité de paix entre les deux pays soit possible. Le traité, rédigé en français selon les usages diplomatiques, est signé le 10 mai 1871 et connu sous le nom de traité de Francfort. L’Allemagne obtient : une indemnité de guerre de 6 milliards de francs, réduite à 5 milliards après négociation ; la cession de l'Alsace (sauf Belfort, défendu avec acharnement par le colonel Pierre Denfert-Rochereau), de l'essentiel de la Moselle, d'une partie de la Meurthe et des Vosges ; un défilé des troupes allemandes sur les Champs-Élysées. Le 1er mars 1871, l’Assemblée ratifie la convention, lors d’une séance dramatique. 546 députés l’adoptent contre 107 seulement qui la rejettent[11]. On comptait parmi eux tous les députés de Paris (Louis Blanc, Henri Brisson, Georges Clemenceau, Victor Hugo, Édouard Lockroy, Henri Martin, Arthur Ranc, Henri Rochefort etc.), les députés d’Alsace et de Lorraine qui démissionnent aussitôt, bientôt suivis de nombreux députés républicains. L'extrême gauche radicale, socialiste, internationaliste désavoue l'Assemblée et lui dénie toute légitimité.

La Commune (18 mars - 28 mai 1871)

L'enlèvement des canons de Montmartre, décidé par Thiers, fut le point de départ de l'insurrection communarde.
Article détaillé : Commune de Paris (1871).

La Commune trouve son origine dans la défaite de 1871, dans l'attitude de l'Assemblée nationale et du Gouvernement, et dans les manifestations idéologiques d'un petit peuple parisien, héritier des sans-culottes de la Révolution.

  • La guerre de 1870 a profondément marqué la capitale qui a subi un siège très dur et dont la population a souffert de la faim. L'armistice paraît insupportable aux Parisiens qui ont résisté à l'ennemi pendant près de quatre mois. « Les insurgés vibraient d'un patriotisme de gauche que la honte de la défaite exaspérait[12] », et contestent l'armistice de janvier 1871.
  • L'attitude de l'Assemblée, royaliste et pacifiste, qualifiée d'« Assemblée de ruraux » par les Parisiens, contribue à l'exacerbation des esprits. Le 10 mars 1871, elle transfère son siège de Paris à Versailles, parce qu'elle voit dans Paris « le chef-lieu de la révolution organisée, la capitale de l'idée révolutionnaire »[13]. Par une loi du même jour, elle met fin au moratoire sur les effets de commerce, acculant à la faillite des milliers d'artisans et de commerçants, et elle supprime la solde de 1,50 francs par jour, payée aux gardes nationaux.
  • L'attitude du Gouvernement n'est pas conciliante, notamment lorsqu'il nomme trois bonapartistes aux postes de préfet de police, Marie-Edmond Valentin, de chef de la Garde Nationale, le général d'Aurelle de Paladines, et de gouverneur, le général Vinoy, nominations vécues comme une provocation par les Parisiens. Le 9 mars 1871, le préfet de police interdit les principaux journaux d'extrême gauche, comme Le Cri du Peuple de Jules Vallès.

Toutes ces mesures font monter la tension à Paris au sein du petit peuple composé de « ce qui a produit la sans-culotterie en 1792-1794 : ébénistes, tanneurs, cordonniers, tailleurs, maçons, charpentiers... »[14]. Comme l'écrit Jean-Jacques Chevalier, « la Commune était l'expression, chez ses meneurs, d'un républicanisme ultra rouge, antireligieux, jacobin, prolétarien, fouetté par la haine pour cette assemblée monarchiste »[12]. Certains historiens voient d'autres facteurs dans le déclenchement de la Commune de Paris, notamment Jacques Rougerie qui souligne le rôle de la révolution haussmannienne et interprète la Commune comme « une tentative de réappropriation populaire de l'espace urbain »[15].

La révolte éclate lorsque Thiers tente de confisquer les 227 canons de la Garde nationale (canons financés par les Parisiens) le 18 mars 1871. Le gouvernement a quitté Paris précipitamment, et le Comité central de la Garde nationale (constitué lors de la fédération des bataillons de la Garde nationale en février 1871), resté maître de Paris, s'installe à l'Hôtel de Ville. Le 26 mars, les insurgés font élire le Conseil général de la Commune, composé de 90 élus dont 20 modérés qui démissionnent rapidement. En effet, les élections ont été peu représentatives, la moitié des électeurs n'ayant pas voté[16]. Le mouvement parisien se radicalise et va « se transmuer inexorablement en révolution politique et sociale », selon le mot de Jacques Rougerie.

Les mesures adoptées par la Commune sont symboliques, et réalisent certaines idées du programme de Belleville de 1869 : la séparation de l’Église et de l’État, l’adoption du drapeau rouge, la fin des armées permanentes, l'abolition de la conscription, l'interdiction des cumuls des mandats, l’interdiction des retenues sur les traitements et les salaires, le principe de l’instruction laïque gratuite et obligatoire, l’interdiction de l’enseignement confessionnel, la nationalisation des biens religieux, la justice gratuite et rendue par des jurys élus, l’interdiction du travail nocturne des ouvriers boulangers…

Durant ces évènements, le Gouvernement rassemble une armée que les communards appellent versaillaise, composée en partie de prisonniers de guerre libérés par les Allemands qui soutiennent la répression. Le 21 mai, les Versaillais parviennent à entrer dans la ville par la porte de Saint-Cloud. Commence alors la Semaine sanglante (21 au 28 mai), marquée par des combats de rue sans pitié, barricade par barricade, et qui s'achève par la défaite des insurgés au cimetière du Père-Lachaise. Dans les deux camps, des exactions sont commises :

  • Du côté des communards, le décret du 5 avril 1871 sur les otages dispose que toute exécution d’un prisonnier de la Commune sera suivie de l’exécution d’un nombre triple d’otages (premier groupe de 80 otages massacrés le 19 mai, second groupe de 47 otages le 23 mai)[17]. Par ailleurs, de nombreux bâtiments officiels, comme la Cour des comptes, les Tuileries, la Préfecture de Police sont incendiés.
  • Du côté des Versaillais, Mac-Mahon et Thiers donnent pour instruction de fusiller tout combattant. Tous ceux qui ont de la poudre sur les mains sont passés par les armes. Des quartiers entiers sont rasés par l'artillerie qui bénéficie du soutien des Allemands.

Les combats font moins de 900 morts du côté des Versaillais. Les pertes des communards, longtemps estimées à 20 000, ont été réévaluées à 10 000 par Robert Tombs, dans La Guerre contre Paris (1871). Il y a 300 000 dénonciations, 36 000 arrestations, dont 819 femmes et 538 enfants : les tribunaux militaires prononcent 270 condamnations à mort (dont 26 furent exécutées), 13 450 condamnations dont 7 500 à la déportation en Nouvelle-Calédonie. Plusieurs milliers de communards doivent s’exiler. Le mouvement socialiste est décimé pendant près de dix ans.

L'historien monarchiste Jacques Bainville explique que la répression de Thiers a bénéficié très largement à la forme républicaine de Gouvernement. En effet, la République a montré qu'elle pouvait défendre l'ordre et qu'elle s'est détachée de la violence révolutionnaire. Dans son Histoire de France, en 1924, il explique : « Ce fut la République qui signa la paix. Elle vint à bout de la Commune et rétablit l'ordre. Elle assuma toutes les responsabilités et elle en eut le bénéfice. Ce fut elle qui remplit le programme sur lequel la majorité de droite avait été élue. Alors les craintes que la République inspirait - révolution, guerre sans fin - s'évanouirent. Et ces causes réunies firent que le régime républicain, d'abord provisoire, devint définitif. » Il conclut : « C'est elle [la Commune]... qui a consolidé le régime républicain[18]. »

Les premiers temps de la IIIe République

Adolphe Thiers, administrateur nécessaire de l'infortune nationale

Les réformes de Monsieur Thiers

Chef du Pouvoir exécutif, Thiers se lance dans des réformes financières, administratives et militaires.

D'abord, il reste à payer l'indemnité de guerre de 5 milliards de francs exigées par l'Allemagne, somme correspondant à deux ou trois budgets annuels à cette époque[19]. La souscription d'un grand emprunt public est décidée par Thiers, votée le 21 juin 1871 et permet de réunir dans la seule journée du 27 juin plus de 4 milliards de francs. Les allemands évacuant le territoire au fur et à mesure des paiements, Thiers demande que les quatre départements parisiens soient d’abord évacués, et en septembre 1873, les derniers fonds sont versés alors que les dernières troupes d'occupation quittaient le pays.

Ensuite, Thiers entreprend de réformer la carte administrative par deux grandes lois :

  • Celle du 10 août 1871 maintient le préfet comme unique représentant de l'État dans le département ; le Conseil général de préfecture est, comme sous le Second Empire, élu au suffrage universel masculin, mais, et c'est une nouveauté, le département obtient le statut de collectivité territoriale.
  • Celle du 14 avril 1871 revient sur la loi du 7 juillet 1852, adoptée sous le Second Empire : le maire est élu par le conseil municipal (lui-même élu au suffrage universel), sauf dans les villes de plus de 20 000 habitants où le maire est nommé à la discrétion du Gouvernement. Cette défiance à l'égard des grandes municipalités s'explique par les événements de la Commune. Par ailleurs, Paris « bénéficie » d'un régime spécial, sans maire.

Enfin, est votée la loi du 27 juillet 1872 sur l'armée, refusant aux militaires, souvent républicains, le droit de vote. L'armée devient « la Grande Muette ».

Adolphe Thiers premier président de la République
Photographie du comte de Chambord. Son intransigeance ruina le projet de restauration monarchique.

Thiers est considéré indispensable à l'Assemblée monarchiste pour négocier le départ anticipé des troupes allemandes. Les monarchistes ne sont pas fâchés de laisser la répression de la Commune afin de préserver « les Princes d'un pareil fardeau en pareil temps »[20]. Par ailleurs, il faut éviter que les Français assimilent le retour du roi à l'humiliation de la défaite et à l'occupation de la France par une armée étrangère. L'Assemblée est donc amenée à conforter Thiers dans sa position de chef de Gouvernement, en attendant que la Restauration puisse se faire. Celui-ci, critiquant son titre de « Chef », lui préfère celui de « président de la République », et l'Assemblée précise ses pouvoirs, par la loi Rivet du 31 août 1871 : le président est révocable à tout instant et son mandat dure tant qu'existe l’Assemblée. Il nomme et révoque les ministres, responsables tout comme lui devant l’Assemblée, préside le Conseil des ministres et ses actes sont contresignés par un ministre. Par décret du 2 septembre 1871, Jules Dufaure, le Garde des Sceaux est nommé vice-président du Conseil. Jean-Marie Mayeur explique les méthodes de gouvernement de Thiers : usant perpétuellement de la menace de démissionner, se considérant absolument nécessaire, le président de la République impose son autorité à une majorité de plus en plus réticente[21]. L'expression de ses véritables convictions va entraîner sa chute.

Les monarchistes sont divisés en deux familles, deux obédiences n'acceptant pas le même héritage :

  • Les Légitimistes, prônent un retour à la monarchie de droit divin ne s'appuyant ni sur le peuple, ni sur le Parlement ; ils détestent la Révolution et ses avancées et sont réunis autour de la personne du Comte de Chambord, le futur Henri V s'il accédait au trône.
  • Les Orléanistes, veulent réconcilier Royauté et Révolution, adoptent le drapeau tricolore comme l'a fait le Roi-citoyen et ont pour prétendant le Comte de Paris.

La Chambre étant divisée en trois grands blocs, les Légitimistes, les Orléanistes et les Républicains, les monarchistes doivent s'allier pour espérer le retour d'un Roi. Or cette alliance ne se fait pas. En effet, par le Manifeste du 5 juillet 1871, le Comte de Chambord, le véritable prétendant au trône, refuse d'adopter le drapeau tricolore pour lui préférer le drapeau blanc. Ce refus, empêchant la Restauration, sépare les Orléanistes des Légitimistes, et le 7 juillet, une déclaration de 80 députés légitimistes libéraux entraîne une scission au sein du Cercle des Réservoirs[22].

Devant les échecs d'une restauration, Thiers semble se tourner de plus en plus vers le régime républicain, et dans un discours du 13 novembre 1872, il affirme son ralliement à la République, qu'il voit socialement conservatrice et politiquement libérale. Dans son message présidentiel à l'Assemblée, il dit : « La République existe, c’est le gouvernement légal du pays. Vouloir autre chose serait une nouvelle révolution et la plus redoutable de toutes. » Inquiets de la montée des groupes parlementaires républicains aux élections partielles et des mouvements de gauche, notamment radicaux, les monarchistes attendent de Thiers qu'il s'y oppose. Celui-ci se contente de leur répondre : « Puisque vous êtes la majorité, que n'établissez-vous la monarchie ? ». Comprenant que Thiers ne les aidera plus, la « loi chinoise » est votée, le 13 mars 1873, portant sur « les attributions des pouvoirs publics et les conditions de la responsabilité ministérielle ». Désormais, si le président peut toujours s'exprimer au sein de l'Assemblée Nationale, son allocution n'est pas suivie de débats. Cela limite son temps de parole et le transforme en monologue. Cette loi est importante en ce qu'elle établit définitivement les relations entre l'Assemblée nationale et le président de la République sous la IIIe République. Le 15 mars 1873 est signée la convention d'évacuation des troupes allemandes, qui ne rend plus Thiers indispensable à la majorité monarchiste. Une « Union des droites » se forme autour d'Albert de Broglie afin de faire « prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice ». Mis en minorité, Thiers démissionne le 24 mai, persuadé qu'il sera rappelé puisque trop indispensable. Patrice de Mac-Mahon, légitimiste, général ayant réprimé la Commune, est alors élu président de la République le soir même.

La tentative de restauration monarchique

Déclarée d'utilité publique, la construction du Sacré-Cœur de Montmartre était considérée par les partisans de l'Ordre moral comme un moyen d'expier les évènements de la Commune et de s'opposer symboliquement aux progrès des Républicains anticléricaux.
Le retour à l'Ordre Moral

Sous la présidence de Mac Mahon, d'obédience légitimiste, la tendance est à l'ordre moral, fondé sur l'encouragement des valeurs religieuses. En effet, dès le lendemain de son élection, le 25 mai 1873, il prononce un discours à la Chambre, dans lequel il déclare : « Avec l’aide de Dieu, le dévouement de notre armée… et l’appui de tous les honnêtes gens, nous continuerons l’œuvre… du rétablissement de l’ordre moral de notre pays ». Les Légitimistes font ainsi décider par la loi du 24 juillet 1873 la construction d’une basilique dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, sur la colline de Montmartre, en réparation de crimes de la Commune (la première pierre est posée en 1875 et l’édifice achevé en 1914 pour être consacré en 1919). Les pèlerinages de l’été 1873 marquent la force retrouvée de l’Église sur la société, pèlerinages auxquels de nombreux députés participent[23]. Cette politique ouvertement religieuse côtoie une politique farouchement antirépublicaine, qui sert à unir les monarchistes toujours divisés sur la restauration. La censure d'État frappe la presse républicaine, la commémoration du 14 juillet est interdite, les bustes de Marianne sont retirés des mairies dans le Midi rouge, les enterrements civils sont prohibés[24]. Par ailleurs, l'importante loi de réforme administrative du 20 janvier 1874 donne au Chef de l'État et à ses préfets le droit de nommer les maires dans toutes les communes, mesure fort mal reçue dans les campagnes. Jean-Marie Mayeur explique que cette réforme importante a su rendre populaires les républicains, opposés à cette « loi des maires ». Les mesures maladroites et autoritaires de l'ordre moral ont préparé la victoire des républicains aux élections législatives de 1876.

Un président pour sept ans en attendant la restauration

Mac Mahon, dont l'ambition politique semble se limiter au retour du roi, n'assume que la fonction de chef de l'État et laisse la tâche de gouverner à Albert de Broglie, duc de Broglie (prononcé « Breuil »), descendant d'une des plus puissantes familles aristocratiques de France. Le retour du roi semble imminent après une rencontre entre Henri d'Artois et Philippe d'Orléans le 5 août 1873, rencontre au cours de laquelle le Comte de Paris reconnaît le Comte de Chambord comme le « représentant du principe monarchique de la France ». Il est prévu qu'en cas de restauration, le prétendant légitimiste monte sur le trône et que, n'ayant pas d'enfants, un Orléans sera son héritier. Mais d'Artois refuse toujours de renoncer au drapeau blanc et l'affaire de nouveau échoue. D'Artois étant déjà âgé, les orléanistes attendent avec impatience sa disparition : « Puisque Dieu n’a pas voulu ouvrir les yeux au comte de Chambord, on va attendre qu’il les lui ferme » déclara alors le Comte de Mérode[20]. C’est pourquoi, par la loi du 20 novembre 1873, on assure, sous l’impulsion du duc de Broglie, une prorogation de sept ans des pouvoirs de Mac-Mahon, calquée sur l'espérance de vie du Comte de Chambord[25]. Les Légitimistes, tenant de Broglie et les Orléanistes pour responsable de l'échec de la Restauration, votent avec les républicains le 16 mai 1874 contre un projet cher au Gouvernement, qui, faute de trouver la confiance de la Chambre, démissionne. De Broglie est remplacé par Ernest Courtot de Cissey, qui forme un gouvernement de droite et de centre droit.

L'évolution vers un régime républicain

Les lois constitutionnelles de 1875

En juillet 1874, Auguste Casimir-Perrier, un républicain conservateur, prend l’initiative d’une demande d’ouverture des travaux sur la future constitution.

  • Le 30 janvier 1875, l'amendement Henri Wallon, énonçant que « le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la chambre des députés réunis en Assemblée Nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible », est voté. Ce premier texte est important en ce qu'il établit l'impersonnalité de la fonction présidentielle (la loi du 20 novembre 1873 confiant le pouvoir à Mac-Mahon, duc de Magenta).

Sont ensuite votée les trois lois constitutionnelles qui fixent le régime.

Organigramme de la Troisième République
  • La loi du 24 février 1875 porte sur le Sénat, établit la Chambre Haute, composée de 350 sénateurs, dont 75 inamovibles. Les républicains, fidèles à la tradition de la Ire République, ne veulent qu'une seule Chambre, élue par le peuple français au suffrage universel ; l'idée d'une seconde Chambre, élue par les pouvoirs locaux, s'accorde avec la pensée orléaniste du parlementarisme et c'est sans doute ce qui a valu à Victor Hugo cette phrase : « Défense de déposer un Sénat le long de la Constitution ». Mais comme il faut bien trouver une constitution pour le pays, les républicains se résignent à accepter un Sénat, quitte à le supprimer plus tard, en échange de la reconnaissance de la République. Selon Albert de Broglie, « Le vrai moyen de sortir de nos embarras était de vendre au centre gauche la reconnaissance de la République au prix de la constitution d’un Sénat vraiment conservateur » (in Mémoires du Duc de Broglie).
  • La loi du 25 février 1875 porte sur l'organisation des pouvoirs publics. Elle définit les très importants pouvoirs du président de la République, notamment dans son article 2 : « Le Président de la République a l’initiative des lois concurremment avec les membres des deux autres chambres, il promulgue les lois lorsqu’elles ont été votées par les deux chambres » ; il en surveille et en assure l’exécution ; il a le droit de faire grâce ; il dispose de la force armée ; il nomme à tous les emplois civils et militaires ; il préside aux solennités nationales. Mais surtout l'article 5 lui donne le droit de dissoudre l'Assemblée Nationale. L'Assemblée Nationale de 1871 devient la Chambre des députés, et ce qui s'appelle désormais Assemblée Nationale est l'organe constitué par le Sénat et la Chambre en vue de la révision des lois constitutionnelles.
  • La loi du 16 juillet 1875 porte sur les rapports des pouvoirs publics[26].

« C’est un monument incohérent dont on ne pourrait même pas désigner l’architecte, tout le monde y ayant mis la main » écrit Gabriel Hanotaux des institutions de la IIIe République. En effet, contrairement aux deux premières républiques bâties par des républicains, les lois constitutionnelles de 1875 sont des lois de compromis, entre une majorité monarchiste divisée et une forte minorité républicaine, pour un régime qui ne semble que provisoire. Provisoire pour les monarchistes qui se préparent à une restauration, et provisoire pour les républicains qui attendent de pouvoir modifier les institutions d'un régime si peu conformes à leurs idéaux. Pourtant, ces institutions vont vivre 65 ans.

Ayant rempli son rôle, l'Assemblée se sépare le 31 décembre 1875.

La crise du 16 mai 1877 et la victoire des Républicains
Article détaillé : Crise du 16 mai 1877.
Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections législatives de 1876

Les élections sénatoriales du 30 janvier 1876 donnent une très légère majorité à la droite : la victoire échappe de peu aux républicains qui remportent 149 sièges (84 pour le centre gauche, 50 pour la gauche, et 15 pour les radicaux) contre 151 à la droite (98 pour le centre droit orléaniste, 40 pour les bonapartistes, et 13 pour les légitimistes). Les élections législatives du 20 février 1876 sont marquées par une très nette victoire des républicains (360 républicains, 200 conservateurs dont 80 bonapartistes) malgré une violente censure du gouvernement contre la presse républicaine[27]. Les bastions républicains réunissent sans surprise la capitale, les grandes villes de France, le Nord-Est, le Sud-Est et l’Ouest du Massif central. Le Sud-Ouest s’affirme Bonapartiste, le reste de la France monarchiste. Mac-Mahon forme alors un Gouvernement de centre gauche, avec, à sa tête, Jules Dufaure, homme du centre gauche, républicain conservateur et catholique. Par le décret du 9 mars 1876, Dufaure prend le titre de Président du Conseil pour affirmer son autorité de chef de Gouvernement en face du président de la République. Les tensions entre la Chambre des députés et le président commencent à se faire sentir lorsque les débats s'engagent sur l’invalidation des députés hostiles à la République, l’épuration de l’administration préfectorale ou l’amnistie des Communards. Perdant la confiance de la majorité républicaine, Dufaure démissionne le 3 décembre 1876. Mac Mahon choisit alors de nommer à la tête du Gouvernement Jules Simon, ancien ministre de Thiers, professeur de philosophie à la Sorbonne, « profondément républicain et profondément conservateur », le 13 décembre 1876. Jules Simon ne pouvant résister à l'opposition de Gambetta démissionne après une demande d'explication de Mac-Mahon, le 16 mai 1877. Ignorant la couleur politique de la Chambre, Mac-Mahon rappelle à la présidence du Conseil Albert de Broglie, le 17 mai 1877. La Chambre refuse de lui voter sa confiance, et Mac-Mahon dissout la Chambre le 25 juin. Gambetta dit alors : « Nous partons 363, nous reviendrons 400 ». « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre ». La campagne pour les élections est très animée, et la participation aux élections des 14 et 28 octobre 1877 est exceptionnellement forte : 80,6% soit six points de plus qu'en février-mars 1876. Les républicains perdent 40 sièges, passant de 363 à 323 députés, mais restent majoritaires. Mac-Mahon refuse les résultats du suffrage universel, et envisage une seconde dissolution que le Sénat lui refuse. Mac-Mahon commence par se soumettre : le 13 décembre 1877, il consent à rappeler à la tête du gouvernement Jules Dufaure qui intègre des éléments de la gauche, comme Charles de Freycinet aux Travaux Publics[28]. Les élections municipales du 6 janvier 1878 donnent une majorité républicaine, et le 5 janvier 1879, les élections au premier tiers sortant du Sénat sont une éclatante victoire des républicains qui obtiennent la majorité des sièges au Sénat (179 contre 121)[29]. Mac-Mahon finit par se démettre : isolé, ne pouvant plus compter sur le Sénat, et refusant de signer un décret de révocation épurant l'armée, Mac-Mahon préfère démissionner de sa fonction présidentielle, le 30 janvier 1879.

La belle époque de la IIIe République (1879-1914)

La République opportuniste : une mise en place pragmatique (1879-1898)

La fondation du régime

Jules Ferry (1879-1885)

Jules Ferry est la personnalité dominante des premiers gouvernements républicains de 1879 à 1885, chargé soit de l’éducation nationale, soit des affaires étrangères. Plutôt qu’une révision profonde de la constitution, il est le partisan d’aménagements.

Son objectif principal est de mettre en place une école républicaine qui forme des citoyens éclairés. Il oblige chaque département à se doter d’une école normale d’instituteurs (1879), puis établit la gratuité de l’enseignement primaire (1881), son caractère obligatoire (1882). L’instruction religieuse ne peut être dispensée qu’en dehors du cadre scolaire : un jour sans école est instauré le jeudi.

Il développe les libertés collectives : liberté de la presse (1881), liberté syndicale (1884)[30] et élection des maires par les conseils municipaux (1884). Seule Paris reste sous la tutelle de son préfet : elle ne pourra élire son maire qu’à partir de 1976.

Enfin, les libertés individuelles ne sont pas oubliées : possibilité de divorcer, mais pas encore par consentement mutuel (1884) et liberté des funérailles (1887).

La crise boulangiste et la maturité
Le général Boulanger par Nadar

Le général Boulanger est ministre de la guerre en 1886. Très populaire parmi les déçus du nouveau régime et les Revanchards (il est surnommé le « général Revanche »), il est considéré par les Opportunistes comme un danger pour la République et la paix.

Relevé de ses fonctions ministérielles en 1887 puis mis à la retraite en 1888, il devient le point de ralliement de tous les mécontents :

En octobre 1887, la presse met au jour un trafic de décorations par le propre gendre du président de la République Jules Grévy. Ce scandale, relayé à droite par les boulangistes et à gauche par les ambitieux Jules Ferry et Georges Clemenceau, jette l'opprobre sur la gouvernance d'alors et entraine la démission de Jules Grévy.

Boulanger devient le point de rencontre des espérances les plus contradictoires et donne l'espoir à tous. Il est élu plusieurs fois député en province en 1888 puis à Paris en 1889 mais il refuse de s'emparer du pouvoir par la force comme le lui demandent certains de ses partisans. Menacé de passer en Haute Cour de Justice pour « atteinte à la sûreté de l'État », il s'enfuit en Belgique en avril 1889.

L’abandon du scrutin de liste au profit du scrutin d’arrondissement, moins favorable aux mouvements populistes, et l’interdiction des candidatures multiples assurent la victoire des notables républicains aux élections de 1889.

Articles détaillés : Boulangisme et Scandale des décorations.

Le régime sort renforcé mais connaît d'autres péripéties. Le 4 février 1889, la faillite du canal de Panamá provoque la ruine de 85 000 souscripteurs. En 1892, Édouard Drumont, un journaliste ouvertement antisémite, dénonce les conditions de financement du canal. Il met en cause plusieurs financiers juifs qui ont soutenu le projet ainsi que de nombreux hommes politiques liés au milieu financier. L'affaire contribue au regain d'antisémitisme en France, qui sera l'un des déclencheurs de l'affaire Dreyfus, trois ans plus tard.

Article détaillé : Scandale de Panamá.

Les anarchistes réalisent à cette époque des attentats spectaculaires comme l'assassinat du président Sadi Carnot le 26 juin 1894 (voir #Les attentats anarchistes (1892-1894)).

L’expansion coloniale et les alliances extérieures

Le second empire colonial français

C’est encore Jules Ferry qui relance l’expansion coloniale par deux entreprises audacieuses : il impose le protectorat de la France sur la Tunisie à la barbe de l’Italie (1881) et sur l’Annam et le Tonkin contre la Chine (1885). Il bénéficie de la bienveillance de Bismarck qui y voit un dérivatif au ressentiment contre l'Allemagne.

À partir de ses bases en Algérie, au Sénégal et sur la côte congolaise, la France se taille le domaine colonial le plus important en Afrique :

Elle doit cependant faire face au Royaume Uni :

  • abandonner sa forte position en Égypte : le Royaume Uni profite de l'affaiblissement de la France pour prendre une importante participation financière dans le canal de Suez (1875) et imposer son protectorat à l'Égypte (1882),
  • puis renoncer à toute la vallée du Nil (incident de Fachoda en 1898),

ce qui rend difficile pour un temps les relations diplomatiques entre les deux pays.

L’alliance franco-russe

La diplomatie européenne est dominée en cette fin de XIXe siècle par deux antagonismes.

À l’ouest, la France n’a pas renoncé à l’Alsace-Lorraine et le but de la politique allemande est de maintenir le statu quo.

À l’est, l’Autriche-Hongrie et la Russie sont rivaux pour la domination des Balkans. À l’occasion du congrès de Berlin (1878) qui fixe les modalités d’un nouveau reflux de la Turquie, la Russie affiche des exigences ambitieuses que l’Autriche Hongrie met en échec avec l’appui de l’Angleterre. L’Autriche Hongrie demande une alliance privilégiée à l’Allemagne, ce qu’elle obtient (1879). L’Italie se joint plus tard à eux pour former la Triple Alliance.

Le rapprochement de la France et de la Russie en est progressivement la conséquence. Il est d’abord financier : la France a une importante épargne à placer en Europe et la Russie est un pays en plein développement qui manque de capitaux. Il est ensuite militaire par la conclusion d’une alliance. Il est moins évident sur le plan politique entre une république parlementaire et un empire autocratique.

La République radicale : une évolution résolument progressiste (1898-1914)

L'affaire Dreyfus (1894-1906)

Le procès d'Alfred Dreyfus au Conseil de guerre de Rennes
Article détaillé : Affaire Dreyfus.

En 1894, le capitaine Dreyfus, accusé d'espionnage au profit de l'Allemagne, est condamné à la déportation à vie sur l'Île du Diable en Guyane. Plusieurs personnalités tentent, en vain, de démontrer l'innocence de Dreyfus. En janvier 1898, dans le journal L'Aurore de Georges Clemenceau, Émile Zola publie l'article « J'accuse…! » dans lequel il accuse l'armée d'avoir condamné un innocent et de ne pas vouloir le reconnaître. On parle alors de l'Affaire Dreyfus. Pour les Révisionnistes ou dreyfusards, il faut, au nom de la justice, faire éclater la vérité quelles qu'en soient les conséquences pour l'armée. Beaucoup se rassemblent dans la Ligue des droits de l'homme, créée à cette occasion. Pour les antidreyfusards, la raison d'État, le prestige de l'armée, l’intérêt national exigent de ne pas revenir sur la chose jugée ; il ne faut pas porter atteinte au prestige de l'armée, instrument de la revanche. Certains se retrouvent dans la Ligue de la patrie française ou la Ligue des patriotes. En 1899, quelques-uns tentent même d'organiser un coup d'État pour mettre en place un régime autoritaire. À la suite d'un procès en révision en 1899, Dreyfus est condamné à dix ans de détention avant d'être gracié par le président de la République puis réintégré dans l'armée en 1906.

La séparation de l’Église et de l’État

L’affaire Dreyfus se traduit en termes électoraux par une nouvelle poussée à gauche aux élections de 1898, contre les partisans d’un ordre plus autoritaire dont on identifie des bastions dans l’armée et dans l’église.

Le progressiste Waldeck-Rousseau épure la hiérarchie militaire et fait adopter la loi 1901 sur les associations, qui soumet les congrégations religieuses à autorisation administrative.

Puis les élections de 1902 sont un triomphe pour le parti radical-socialiste, allié aux socialistes de Jaurès dans le Bloc des gauches.

Composition de la Chambre des députés à l'issue des élections législatives de 1902

Émile Combes, président du conseil de juin 1902 à janvier 1905, fait voter la séparation de l'Église et de l'État (1905) et la nationalisation des biens de l’Église. L'État ne nomme plus les évêques et ne rémunère plus les prêtres : l’Église devient totalement indépendante mais doit subvenir par elle-même à ses besoins financiers.

Georges Clemenceau succède à Émile Combes d'octobre 1906 à juin 1909.

Article détaillé : Georges Clemenceau.

Aristide Briand, ministre des cultes, met en œuvre avec pragmatisme la séparation de l'Église et de l'État tandis que Joseph Caillaux, ministre des finances, propose l'instauration de l’impôt sur le revenu que le Sénat n’accepte finalement qu’en 1914.

Entre 600 à 800 000 personnes manifestent à Montpellier le 9 juin 1907

Entre avril et juin 1907, les viticulteurs du Languedoc et du Roussillon dénoncent la fraude sur les vins et déclenchent de gigantesques manifestations, la plus importante à Montpellier. Clemenceau n’hésite pas à recourir à l’armée. L’arrestation des meneurs provoque des troubles, la troupe tire sur la foule à Narbonne. Environ 500 soldats du 17e régiment d'infanterie se mutinent et sont accueillis chaleureusement à Béziers par les Biterrois. Clemenceau réplique par de nouvelles démonstrations de force. Le 23 juin est votée une loi qui réprime la chaptalisation massive des vins.

L'action de Théophile Delcassé (1898-1905) : l’Allemagne isolée

Théophile Delcassé est ministre des Affaires étrangères pendant sept ans. Tout en renforçant l'alliance russe, il mène une politique continue de rapprochement avec d’une part l’Italie et d’autre part le Royaume Uni. Avec ce dernier sont signés un ensemble d'accords sur les différents litiges divisant les deux puissances en Afrique, Amérique et Asie (8 avril 1904).

L'empereur d'Allemagne Guillaume II finit par obtenir le renvoi de Delcassé (6 juin 1905) mais ne peut que constater l'isolement de l'Allemagne Lors de la conférence internationale d’Algésiras sur le Maroc (7 avril 1906): l’indépendance du Maroc est sauvegardée mais au profit des intérêts financiers français.

La défaite de la Russie contre le Japon (1905) modifie les équilibres internationaux. Désormais, le Royaume Uni s’inquiète plus du développement de la flotte de guerre allemande que de l’expansion russe. La Russie est davantage soucieuse de sa modernisation et s’intéresse aux capitaux disponibles sur la place financière de Londres. Une diversification de ses financements pourrait en outre lui donner une plus grande marge de manœuvre par rapport à la France. En conséquence, Royaume-Uni et Russie se rapprochent.

Par la suite, Royaume Uni et Russie mettent fin à leurs différends en Asie (1907), tandis que la France impose son protectorat sur le Maroc, moyennant quelques compensations pour l’Allemagne au Cameroun (1911). Une Triple-Entente se met en place.

Le déclin et la chute de la IIIe République (1914-1940)

La Première Guerre mondiale : l'épreuve de la Grande Guerre (1914-1919)

L'échec de l'offensive allemande sur la Marne

L’Autriche-Hongrie avait déjà annexé la Bosnie-Herzégovine en 1908. Soutenue par l’Allemagne, elle prend prétexte de l’assassinat du prince héritier en juin 1914 pour déclarer la guerre à la Serbie que soutient la Russie. La logique des alliances se met en branle pour engendrer une guerre européenne (juillet-août 1914).

En France, l’heure est à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Le socialiste Jean Jaurès, militant infatigable de la paix est assassiné.

L’armée allemande tente d’éliminer la France par un mouvement tournant au nord mais est vaincue par Joffre sur la Marne. En outre, la violation du territoire belge entraîne la déclaration de guerre du Royaume Uni à l’Allemagne.

La guerre de positions

La guerre s’installe dans la durée. La France s'enlise avec l'Europe dans une guerre totale où les industries, les économies et les mentalités sont orientées vers l'objectif de la victoire, ou tout du moins de la résistance. Les combats autour de Verdun (1916) sont particulièrement meurtriers.

Libérés par l'arrêt des combats sur le front oriental après la signature du traité de Brest-Litovsk, les Allemands lancent en vain cinq offensives majeures (de mars à juillet 1918) sur le front français pour forcer la victoire avant l'engagement massif des États-Unis nouvellement entrés en guerre.

La victoire

Le président Raymond Poincaré appelle alors à la tête du gouvernement Georges Clemenceau, « le tigre », qui va mener le pays à la victoire (novembre 1917-janvier 1920). Sur le plan militaire, Pétain prête une attention particulière au moral des troupes et rétablit la confiance par des premiers succès. Puis Foch dirige l’offensive des armées alliées qui reprennent l'initiative le 18 juillet et font reculer le front de près de 150 kilomètres, poussant les Allemands, épuisés, à accepter la signature de l'armistice le 11 novembre 1918.

Femmes fabriquant des obus, France, 1917

La France sort cependant elle aussi épuisée par ce conflit de quatre ans, qui se prolonge pour elle jusqu'en 1919 dans la guerre en Russie contre les bolcheviques. Les régions du nord et de l'est, les plus industrielles, ont été ravagées et leur appareil industriel détruit. Plus d'un million et demi d'hommes sont morts au front (10,5 % de la population active masculine), et trois millions et demi ont été blessés et mutilés.

Mais, contredisant les propos de Guillaume II, la république a tenu le choc de la guerre, contrairement aux empires.

Article détaillé : Première Guerre mondiale.

Les années 1920 : une gestion difficile de l’après guerre (1919-1929)

Une vie politique intérieure dominée par Raymond Poincaré

La question du positionnement des radicaux

Les élections de 1919 se traduisent par une large victoire de la droite et d'une partie des radicaux dans le Bloc national.

Celles de 1924 sont une victoire moins nette de la gauche : Édouard Herriot forme un gouvernement radical soutenu par les socialistes qui ne dure pas. En fait, les radicaux éprouvent des difficultés à se positionner.

Hommes de gauche par leurs convictions philosophiques, leur attachement à l'héritage historique républicain et leur réformisme social, ils adhèrent au principe de l'alliance à gauche, fixée au XIXe siècle et réactivée au XXe siècle par les suites de l'affaire Dreyfus. S'ils acceptent d'entrer dans des gouvernements d'union nationale pour « sauver la République », ils ne souhaitent pas, en revanche, participer à des gouvernements de droite, en dehors de ces circonstances dramatiques[31].

Toutefois, leur assise électorale est mise en péril par la crise des classes moyennes, atteintes par l'inflation (qui rend caduques les valeurs radicales de sobriété et d'épargne) ainsi que par les évolutions sociales (diminution des entrepreneurs indépendants et développement du salariat). Confrontés à la montée des socialistes et à la percée des communistes à la Chambre, ils rejettent les principes de lutte des classes, d'ouvriérisme et de collectivisation des moyens de production[31]. La division de la gauche contribue à l'instabilité politique.

Par ailleurs, les élections de 1924 sont l'occasion d'un nouveau conflit entre le président de la République et la Chambre des députés. Alexandre Millerand cherche à accroître les prérogatives du pouvoir exécutif et a soutenu la droite. Il tente d'imposer un président du Conseil modéré à la majorité de gauche qui refuse de l'investir ; le président de la République démissionne.

Le redressement financier et le problème des réparations

Le volume des dépenses publiques reste important après la guerre car il faut reconstruire dans toutes les régions qui ont subi les actions militaires : la France entend bien en faire pleinement payer le prix à l’Allemagne. Président de la commission des affaires étrangères du sénat, Raymond Poincaré critique durement Aristide Briand qui se fait l’écho des capacités financières limitées de l’Allemagne. Devenu président du Conseil (1922-1924), il fait occuper la Ruhr (1923) pour suppléer à la défaillance de l’État allemand. Mais il transige finalement et accepte l’arbitrage de comités d’experts : ce seront les plans Dawes et Young.

Revenu au pouvoir (1926-1929), il remet en ordre les dépenses publiques en augmentant les impôts et en rationalisant l’administration. Il finit par stabiliser le Franc à un cinquième de sa valeur d’avant guerre. Légèrement sous-évalué, son cours facilite les exportations : l’excédent de la balance des paiements extérieurs permet à son tour le développement des activités financières de la place parisienne.

Une politique étrangère pacifique

Une nation traumatisée par la guerre

La France a été saignée par le conflit. Les monuments aux morts, les mutilés ainsi que les veuves et orphelins de guerre font désormais partie de l’environnement quotidien. L’immense majorité des Français ne veut plus revivre ça.

La stratégie militaire vise dès lors à épargner les hommes. Elle est purement défensive à l’abri de puissantes fortifications édifiées aux frontières : ce sera la ligne Maginot.

Cette stratégie est dès le départ en contradiction flagrante avec les engagements diplomatiques qui impliquent la possibilité de lancer l'offensive contre l'Allemagne. En effet, la France se retrouve protectrice des petits États de l’Europe de l’Est, qui ont été créés ou agrandis au détriment de l’Allemagne et de la Russie. Dès 1920, elle a été amenée à fournir à la Pologne d’importants moyens militaires contre l’URSS.

La politique étrangère d’Aristide Briand

L’arrivée au pouvoir du radical Édouard Herriot (1924) est l’occasion d’amorcer une politique de détente avec l’Allemagne dont l’artisan est Aristide Briand. Cette politique culmine au pacte de Locarno (1925), par lequel l’Allemagne accepte sa frontière occidentale. Concomitamment, la France confirme son alliance avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, l’Allemagne n’acceptant pas ses frontières orientales.

L’Allemagne est admise au sein de la Société des Nations. Aristide Briand s’efforce d’œuvrer pour la paix en favorisant une politique internationale d’arbitrage et de limitation des armements.

Crise et effondrement (1929-1940)

La crise politique

Les émeutes de février 1934 : l’impossible réforme du régime

La crise économique internationale touche la France avec retard mais y reste plus tenace qu’ailleurs. D'autre part, la disparition de Poincaré et Briand laisse un vide et l’instabilité ministérielle reprend de plus belle.

L’agitation des mouvements hostiles à la république parlementaire reprend ; elle est amplifiée par l'affaire Stavisky. Elle culmine par les émeutes de février 1934 aux abords de la Chambre des députés. Le 6 février 1934, une manifestation antiparlementaire d'extrême droite, notamment des membres de l'Action française et des Croix-de-feu tourne à l'émeute Place de la Concorde, causant la chute du gouvernement Édouard Daladier. On dénombre douze morts et des centaines de blessés. Le 9 février, des manifestations du PCF, interdites par le nouveau gouvernement, font également plusieurs morts. Le 12 février a lieu la première manifestation unitaire de toutes les forces de gauche.

Articles détaillés : Affaire Stavisky et 6 février 1934.

Un nouveau gouvernement présidé par Gaston Doumergue est censé aborder la réforme du régime. En fait partie André Tardieu, un des responsables de la droite, qui souhaite renforcer les pouvoirs de l’exécutif, notamment :

  • élargissement du pouvoir de dissoudre la chambre ;
  • possibilité de recourir au référendum ;
  • interdiction aux députés de proposer des dépenses.

Il ne parvient pas à convaincre et quitte la vie politique en 1936.

Le Front populaire
La chambre des députés le 3 mai 1936
Article détaillé : Front populaire (France).

Le Front populaire est une coalition des partis de la gauche (le PCF, la SFIO, le Parti radical et l'USR) qui détient la majorité parlementaire en France de 1936 à 1938 et qui débute par un premier ministère présidé par Léon Blum. Malgré sa brièveté, cette période bouleverse les rapports sociaux du pays. Les accords de Matignon apportent notamment la semaine de 40 heures, les congés payés et les conventions collectives. C'est à ce moment qu'est unifié le réseau ferré géré désormais par une société nationale, la SNCF. Les différences de vues, entre autres, sur la guerre d'Espagne affaiblissent la coalition dès juin 1937.

L’effondrement face à l’Allemagne

L’expansion de l’Allemagne

Face à la volonté d’Hitler de remettre en cause le traité de Versailles, la France se rapproche de l’Italie et de l’URSS alors que le Royaume-Uni et les États-Unis se tiennent à l'écart.

La condamnation de l’invasion de l’Éthiopie par Mussolini, assortie de sanctions économiques inefficaces, entraîne le rapprochement de celui-ci avec Hitler. Alors qu’il s’était opposé au rattachement de l’Autriche à l’Allemagne en 1934, il consent à l’Anschluss en 1938.

Le rapprochement avec une puissance communiste telle que l’URSS est très controversé, tout particulièrement chez les alliés traditionnels de la France : la Pologne s’oppose à ce que l’armée soviétique traverse son territoire pour venir soutenir l’armée tchécoslovaque.

Lorsque Hitler s’en prend à la Tchécoslovaquie, la France et l’Angleterre persistent à poursuivre une politique d'apaisement pour éviter la guerre. Les accords de Munich (1938) permettent le démantèlement de la Tchécoslovaquie, notamment au profit de deux nouveaux satellites de l’Allemagne : Hongrie et Slovaquie.

Puis Hitler peut s’attaquer sans crainte à la Pologne, couvert par un accord avec l’URSS de non-agression et de partage de l’Europe de l’Est (Pacte germano-soviétique).

La défaite et le régime de Vichy

Depuis la crise des Sudètes, la propagande du gouvernement cherche à rassurer l’opinion publique en insistant sur la puissance de l’Armée française. La stratégie de l’État-Major est basée sur la défense : protéger le territoire en dissuadant toute attaque. La ligne Maginot, suite de fortifications modernes construites entre 1930 et 1935, peut en être le symbole. La déclaration de guerre ne modifie pas la stratégie. Le général Gamelin, commandant en chef, se prépare à une guerre d’usure, et l’Armée française reste cantonnée dans ses fortifications. Seules des opérations de blocus sont tentées, comme en Scandinavie, pour gêner l'approvisionnement allemand. Le gouvernement se vante ainsi auprès de l'opinion publique, majoritairement pacifiste, de cette nouvelle façon de faire la guerre sans combat.

Cependant, l’offensive allemande est lancée le 10 mai 1940, par la Belgique puis aux alentours de Sedan où les fortifications sont les plus faibles. Le 15 mai, le front Est percé, et la ligne de défense est facilement contournée par une armée allemande bien motorisée qui avance vers le sud. L’État-Major, visiblement dépassé par la vitesse de progression allemande, ordonne la retraite qui se transforme en débâcle. Pris de panique, les civils se ruent sur les routes à la suite de l’armée en un véritable exode. Le gouvernement, dirigé par Paul Reynaud, quitte Paris menacée, le 10 juin. Le 14, les Allemands y font leur entrée. Devant l’ampleur de l’échec, Reynaud démissionne, remplacé par le maréchal Pétain qui demande l’armistice aux Allemands.

Annexes

La déclaration du comte de Chambord sur le drapeau blanc

Texte du manifeste :
« La France m'appellera et je viendrai à elle tout entier avec mon dévouement, mon principe et mon drapeau. À l'occasion de ce drapeau, on a parlé de conditions que je ne dois pas subir. Je suis prêt à tout pour aider mon pays à se relever de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puisse lui faire, c'est celui de mon honneur.
Non, je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. C'est avec lui que s'est faite l'unité nationale ; c'est avec lui que vos pères, conduits par les miens, ont conquis cette Alsace et cette Lorraine dont la fidélité sera la consolation de nos malheurs. Il a vaincu la barbarie de cette terre d'Afrique, témoin des premiers faits d'armes des princes de ma famille ; c'est lui qui vaincra la barbarie nouvelle dont le monde est menacé. Je le confierai sans crainte à la vaillance de notre armée ; il n'a jamais suivi, elle le sait, que le chemin de l'honneur.
Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi, mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi l'inséparable souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. Dans les plis glorieux de cet étendard sans tache, je vous apporterai l'ordre et la liberté. Français, Henri V ne peut abandonner le drapeau blanc d'Henri IV. »

Les attentats anarchistes (1892-1894)

Le drapeau noir : l'un des symboles de l'anarchisme

La crise anarchiste, comme la crise boulangiste et l'affaire Dreyfus, est liée à un climat d'instabilité économique (due au krach de Vienne), sociale et puis politique. Cette conjoncture défavorable contribue, tout comme le scandale de Panamá, à la montée de l'antiparlementarisme.

Cette « crise anarchiste » est caractérisée par de nombreux attentats, elle a été provoquée par Ravachol.

11 juillet 1892 : Ravachol est un activiste anarchiste. Il a été guillotiné à Montbrison pour avoir fait exploser les domiciles de deux juristes parisiens, ainsi qu'une caserne (mars 1892). Ces attentats lui coûteront tout d'abord la perpétuité, mais après avoir été jugé pour des crimes commis dans sa région natale (la Loire), il sera condamné à mort. Le 21 juin, la sentence est prononcée et il crie : « vive l'anarchie ».
9 décembre 1893 : Auguste Vaillant, lance une bombe chargée de clous sur les députés, aucun mort, seulement un blessé ; lors de son procès il justifiera cet acte par la volonté de venger Ravachol. Il est exécuté le 4 février 1894.
Le 27 avril 1894 : Procès d'Émile Henry pour l'attentat du 12 février 1894 au café Terminus, et l'explosion du 8 novembre 1892 d'un commissariat.
Émile Henry revendiqua hautement et fièrement ses actions, lisant une déclaration dans laquelle il analyse la société corrompue et plaide la révolte.
24 juin 1894 : Sadi Carnot, le président de la république, est assassiné par un anarchiste italien : Sante Geronimo Caserio, le 24 juin 1894 à Lyon.

Lois scélérates :

Cette vague d'attentats va donner naissance à de nouvelles lois, appelées « lois scélérates » par les anarchistes.

La première (votée le 12 décembre 1893) condamne l'apologie de quelconque crime comme un délit ; de façon à alourdir les peines imputées aux anarchistes qui revendiquent clairement et fièrement leurs attentats, à condamner la presse anarchiste et à pouvoir faire des saisies « préventives » plus aisément.

La deuxième (du 18 décembre 1893) permet aux autorités judiciaires de condamner toute personne ayant participé (de près ou de loin), même s'il n'y a pas eu de mise en exécution.

La dernière : Condamnation de toute personne, tout journal, ayant usé de la propagande anarchiste (par extension libertaire)

« 1. Soit par provocation, soit par apologie […] incité une ou plusieurs personnes à commettre soit un vol, soit les crimes de meurtre, de pillage, d’incendie […] ; 2. Ou adressé une provocation à des militaires des armées de terre et de mer, dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires et de l’obéissance qu’ils doivent à leurs chefs […] serait déféré aux tribunaux de police correctionnelle et puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans. »

Dorénavant, tout libertaire coupable du délit de parole, ou d'apologie des actes de propagande pouvait être condamné au bagne.

Ainsi certaines personnes ont été condamnées pour s'être réjouies de la mort de Sadi Carnot.

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • Charles Seignobos, Le déclin de l'Empire et l'établissement de la III e République 1859-1875, 1921.
  • Charles Seignobos, L'évolution de la III e République 1875-1914, 1921.
  • Jacques Bainville, La Troisième République, Arthème Fayard, 1935.
  • Jacques Chastenet, Histoire de la IIIe République, éd. Hachette, 1952-1963.
  • Georges et Édouard Bonnefous, Histoire politique de la IIIe République, éd. PUF, 1955-1964.
  • Michel Winock et Jean-Pierre Azéma, La IIIe République, 1969.
  • René Raymond, La Vie politique en France depuis 1789, tome II, 1971.
  • Claude Nicolet, L'idée républicaine en France 1789-1924, 1982.
  • Jean-Marie Mayeur, La Vie Politique sous la IIIe République, éd. du Seuil, 1984.
  • Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, PUF, 1986.
  • Pierre Miquel, La Troisième République, Fayard, 1989.
  • Laurence Klejman, Florence Rochefort, L'Égalité en marche – Le féminisme sous la Troisième République, éd. Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, Des Femmes-Antoinette Fouque, Paris, 1989.
  • Antoine Olivesi, André Nouschi, La France de 1848 à 1914, éd. Nathan Université, coll. « Fac histoire », 1997.
  • Christian Delporte, La IIIe République, de Raymond Poincaré à Paul Reynaud, 1919-1940, Pygmalion-Gérard Watelet, coll. « Histoire politique de la France », 1998, 425 p. (ISBN 2857045581 et 978-2857045588).
  • Paul Baquiast, La Troisième République, 1870-1940, éd. L'Harmattan, Paris, 2002.
  • Vincent Duclert, La République imaginée : 1870 - 1914, Belin, 2010.

Ouvrages sur les débuts de la IIIe République

  • Daniel Halévy, La fin des notables, 1930.
  • Daniel Halévy, La République des ducs, 1937
  • J. Gouault, Comment la France est devenue républicaine, 1954.
  • F. Pisani-Ferry, Le coup d'État manqué du 16 mai 1877, 1965.
  • J. Gadille, La pensée et l'action politique des évêques français au début de la IIIe République 1870-1883, 1967.
  • Pierre Baral, Les fondateurs de la IIIe République, 1968
  • Le Duc de Castries, Le grand refus du comte de Chambord, 1970.
  • Jean-Marie Mayeur, Les débuts de la IIIe République, 1973.
  • Pierre Miquel, Les Présidents de la République, 1990.
  • Jean-François Chiappe, Le Comte de Chambord et son mystère, 1990.

Ouvrages sur la Commune

  • Michel Winock et Jean-Pierre Azéma, Les Communards, 1964.
  • Jacques Rougerie, Paris libre 1871, 1971.
  • Jacques Rougerie, Procès des communards, 2e édition, 1979.
  • André Gillois, Galliffet, le fusilleur de la Commune, 1985.
  • William Serman, La Commune de Paris, 1986.
  • Jacques Rougerie, La Commune, 1988.
  • Max Gallo, Jules Vallès ou la révolte d'une vie 1832 1885, 1988

Ouvrages sur les institutions

  • A. Soulier, L'instabilité ministérielle sous la IIIe République 1871-1938, 1939.
  • Jacques Ollé-Laprune, La stabilité des ministres sous la III e République, 1962.
  • J. Petot, Les grandes étapes du régime républicain français 1792-1969, 1970.
  • Odille Rudelle, La République absolue. Aux origines de l'instabilité constitutionnelle de la France républicaine 1870-1889, 1986
  • Marie-Joëlle Redor, De l'État légal à l'État de droit : l'évolution des conceptions de la doctrine publiciste française 1879-1914, 1992.
  • Christophe Vimbert, La tradition républicaine en droit public français, 1995.
  • Jean-Jacques Chevalier, Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958, 9e éd. Dalloz, 2001.
  • Francis Hamon, Michel Troper, Droit constitutionnel, LGDJ, dernière édition septembre 2009.
  • François Chevalier, Droit constitutionnel, Paris, Éditions Foucher, 2008.

Ouvrages sur la sociologie électorale et le suffrage universel

  • André Siegfried, Tableau politique de la France de l'Ouest, 1913.
  • André Sigefried, Géographie électorale de l'Ardèche sous la IIIe République, 1949.
  • François Goguel, Géographie des élections françaises sous la IIIe et la IVe République, 1970.
  • Raymond Huard, Le suffrage universel en France 1848-1946, 1985.
  • Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France 1848-2000, 2002.

Ouvrages sur les familles politiques, les partis et le personnel politique

  • Robert de Jouvenel, La République des camarades, 1913.
  • A. Thibaudet, La République des professeurs, 1927.
  • André Siegfried, Tableau des partis en France, 1930.
  • A. Thibaudet, Les idées politiques de la France, 1932.
  • Daniel Halévy,La République des comités : essai d'histoire contemporaine 1895-1934, 1934.
  • Léon Blum, La Réforme gouvernementale, 1936.
  • André Tardieu, La Révolution à refaire, 1937.
  • Claude Nicolet, Le radicalisme, PUF, 1957 ; Collection Que sais-je?, 1982.
  • J. Kayser, Les grandes batailles du radicalisme, des origines aux portes du pouvoir 1820-1901, 1962.
  • D. Ligou, Histoire du socialisme en France 1880-1961, 1962.
  • François Goguel, La politique des partis sous la IIIe République, 1970.
  • P. Gaudemet, Les juristes et la vie politique de la IIIe République, 1970.
  • J-Th. Nordmann, Histoire des radicaux 1820-1973, 1974.
  • M. Rebérioux, L'Histoire générale du socialisme français 1875-1918, 1974.
  • Jean Touchard, La gauche en France depuis 1900, 1977.
  • G. Lefranc, Le mouvement socialiste sous la IIIe République, 1977.
  • René Raymond, Les droites en France, 1982.
  • Michel Winock, Édouard Drumont et Cie, antisémitisme et fascisme en France, 1982.
  • J. Estèbe, Les ministres de la République 1871-1914, 1982.
  • P. Guiral et G. Thuillier, La vie quotidienne des députés en France de 1871 à 1914, 1982.
  • Raoul Girardet, Le nationalisme français, 1983.
  • Michel Winock, Nationalisme, antisémitisme et fascisme en France, Seuil, 1990
  • Michel Winock, Histoire de l'extrême droite en France, 1994.
  • Michel Winock, La Droite depuis 1789 : les idées, les hommes, les réseaux, 1995.
  • Michel Winock, La Gauche en France, 2006.

Ouvrages sur la Belle Époque

Ouvrages généraux

  • Jacques Chastenet, Histoire de la IIIe République : tome III: La République triomphante 1893-1906, Paris, Hachette, 1955 ; tome IV: Jours inquiets et sanglants 1906-1918, 1957.
  • Jean-Baptiste Duroselle, La France de la Belle Époque. La France et les Français 1900-1914, édition Richelieu, 1972.
  • Dominique Lejeune, La France de la Belle Époque (1896-1914), Paris, Armand Colin, Coll. Cursus, 1991.
  • Michel Leymarie, De la Belle Époque à la Grande Guerre 1893-1918. Le triomphe de la République, Livre de Poche, 1999.
  • Michel Winock, La Belle Époque, Perrin, 2001.

Économie et société

  • Pierre Barral, Les Agrariens français, de Méline à Pisani, A. Colin, 1968.
  • Rolande Trempé, Les mineurs de Carmaux 1848-1914, Éditions ouvrières, 1971.
  • Anne Martin-Fugier, La Place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900, Grasset, 1979.
  • Marguerite Perrot, Le mode de vie des familles bourgeoises: 1873 - 1953, Presse de la FNSP, 1982.
  • Jean-Charles Asselain, Histoire économique de la France, t.1, De l'Ancien Régime à la Première Guerre Mondiale, Seuil, Points-Histoire, 1984.
  • Nancy Green, Les Travailleurs immigrés juifs à la Belle Époque, Fayard, 1985.
  • Christophe Charle, Les Élites en France 1880-1900, Fayard, 1987.
  • Pierre Darmon, La Vie quotidienne du médecin parisien en 1900, Hachette, 1988.
  • Christophe Charle, La crise des sociétés impériales (1900-1914), Seuil, 2001.

Notes et références

  1. Philip Nord, The Republican Moment: Struggles for Democracy in Nineteenth-Century France, Harvard University Press, 1995
  2. Madeleine Rebérioux, La République radicale ? 1898-1914, Paris, les éditions du Seuil, coll. Points Histoire, 1975
  3. Vincent Duclert, La République imaginée 1870-1914, Belin, 2010, p12
  4. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 22-23
  5. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 23
  6. Jean-Jacques Chevalier, Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958, p. 293
  7. cité par Vincent Duclert, La République imaginée: 1870 - 1914, p. 56
  8. Jules Simon, in Le Gouvernement de Monsieur Thiers
  9. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 25
  10. www.assemblee-nationale.fr/.../amendement_wallon_1875.asp
  11. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 26
  12. a et b Jean-Jacques Chevalier, Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à 1958, p. 294
  13. Jules Simon, Le Gouvernement de Monsieur Thiers, tome I, p. 95
  14. Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, p. 310
  15. Jacques Rougerie, La Commune, 1988
  16. Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, p. 312
  17. Vincent Duclert, La République imaginée, p. 77-78
  18. Jacques Bainville, Histoire de France, chapitre XXI
  19. Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale, p. 316
  20. a et b François Chevalier, Droit constitutionnel, Paris, Éditions Foucher, 2009
  21. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 44
  22. Jean-Marie Mayeur, La Vie politique sous la IIIe République, p. 39-41
  23. Vincent Duclert, La République imaginée, p. 108
  24. Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la IIIe République, p. 49
  25. Duc de Castries, Le Grand Refus du comte de Chambord, Paris, Hachette, 1970
  26. Le texte des lois constitutionnelles sur le site de l'Élysée : http://www.elysee.fr/president/la-presidence/les-textes-fondateurs/les-constitutions-depuis-1791/les-textes-constitutionnels-anterieurs/les-lois-constitutionnelles-de-1875.8885.html
  27. Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la IIIe République, p. 60
  28. Vincent Duclert, La République imaginée, p. 152
  29. Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la IIIe République, p. 68
  30. « Grandes lois de la République – Loi du 21 mars 1884 relative à la création des syndicats professionnels », sur le site de l'université de Perpignan, mjp.univ-perp.fr, consulté le 25 mars 2010.
  31. a et b Serge Berstein, « La nature du radicalisme dans la France de l'entre-deux-guerres », dans Serge Berstein, Marcel Ruby (dir.), Un siècle de radicalisme, vol. 860 de la coll. Histoire et civilisations, Presses universitaires Septentrion, 2004, 287 pages, p. 105-108 et 113 (ISBN 2859398147)

Annexe

Constitutions
Textes
Régime politique
Constitution de 1791 texte Monarchie constitutionnelle
Constitution de l'an I - 1793 texte Ire République, Convention nationale
Constitution de l'an III - 1795 texte Ire République, Directoire
Constitution de l'an VIII - 1799 texte Ire République, Consulat
Constitution de l'an X - 1802 texte Ire République, Consulat à vie
Constitution de l'an XII - 1804 texte Ier Empire
Charte de 1814 texte Restauration
Acte additionnel de 1815 texte Cent-Jours
Charte de 1830 texte Monarchie de Juillet
Constitution de 1848 texte IIe République
Constitution de 1852 texte IInd Empire
Lois constitutionnelles de 1875 texte IIIe République
Loi constitutionnelle de 1940 texte Régime de Vichy
Loi constitutionnelle de 1945 texte GPRF
Constitution de 1946 texte IVe République
Constitution de 1958 texte Ve République
voir aussi : Site source et Constitution

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Liens externes

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