Autriche-Hongrie

Empire austro-hongrois
Kaiserreich und Königreich Österreich-Ungarn (de)

Osztrák–Magyar Monarchia (hu)

18671918

Drapeau
Blason

Enseigne civile et Armoiries

Hymne : Gott erhalte Franz den Kaiser

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L'Autriche-Hongrie en 1913.

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle, Union personnelle
Capitale Vienne
Langue Allemand, hongrois, latin
et langues minoritaires
Religion Catholique romaine
Monnaie Florin (1867-92)
Couronne (1892-1918)
Démographie
Population 1914 52 800 000 hab.
Superficie
Superficie 1908 676 615 km2
Histoire et évènements
29 mai 1867 Compromis de 1867
28 octobre 1918 Indep. Tchèques et Slovaques
29 octobre 1918 Indep. Slaves du Sud
31 octobre 1918 Dissolution
10 septembre 1919 Traité de Saint-Germain
4 juin 1920 Traité de Trianon
Empereur-roi
1867-1916 François-Joseph Ier
1916-18 Charles Ier

Entités précédentes :

L'Autriche-Hongrie, ou Empire austro-hongrois, est un ancien État d’Europe centrale, constitué de l’Empire d'Autriche et du Royaume de Hongrie, unis par la famille des Habsbourg-Lorraine. La « Double Monarchie » est créée en 1867 par le « compromis austro-hongrois » (en allemand : Ausgleich, en hongrois : Kiegyezés). Cet État existe jusqu’en 1918. Il a inclus les actuelles Autriche et Hongrie, au nord la République tchèque et la Slovaquie, au sud les Slovénie, Croatie, et Bosnie-Herzégovine, ainsi qu’une partie des territoires de l’Italie, de la Pologne, de la Roumanie, de la Serbie et de l'Ukraine.

Au milieu du XIXe siècle, les empereurs d'Autriche se trouvent expulsés de leurs zones d'influence traditionnelles, l’Italie (1860), puis l’Allemagne (1866) : ils sont rejetés vers l'est. Leur nouveau projet politique consiste à associer au pouvoir l’aristocratie magyare afin de conforter leur assise en Europe centrale. Simultanément, ce projet donne satisfaction à la noblesse hongroise en pérennisant les liens féodaux qui se maintiennent dans ce pays.

En 1867, François-Joseph Ier, empereur d’Autriche, est couronné roi de Hongrie. Autocrate conservateur, non dénué de pragmatisme, il maintient la cohésion de l’État plurinational sur les piliers que sont la monarchie (et sa bureaucratie), l’Église catholique, l’armée et l’aristocratie. Charles Ier empereur d’Autriche ou Charles IV comme roi de Hongrie, son petit-neveu, lui succède en 1916.

La « Double Monarchie » est une expression que l’Autriche-Hongrie possède en propre. L’aigle à deux têtes est un symbole bien antérieur à la constitution de cette double monarchie, mais lui convient parfaitement. On emploie aussi l’expression « monarchie danubienne ». Les deux parties de l'Empire sont séparées par un affluent du Danube, la Leitha, la partie autrichienne étant la Cisleithanie (« en deçà de la Leitha »), et la partie hongroise la Transleithanie (« au-delà de la Leitha »).

La Première Guerre mondiale, déclenchée par un ultimatum de l’Autriche-Hongrie au Royaume de Serbie, sonne le glas de cet empire qui ne survit pas à sa défaite. Les décisions majoritaires des assemblées représentatives des peuples, constituées lors de la défaite et suite à la proclamation en Europe du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes » selon les « 14 points » du président américain Woodrow Wilson, remplacent la « Double-Monarchie » par sept « États-nations ». Les uns sont nouvellement indépendants : la Pologne et la Tchécoslovaquie, cette dernière en référence historique à la Grande Moravie. Les autres sont simplement agrandis aux dépens de l’empire : le Royaume d'Italie, le Royaume de Roumanie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

L’Autriche elle-même devient une république, ayant l’interdiction de se rattacher à l’Allemagne, tandis que la Hongrie, reste officiellement un royaume, à la tête duquel est instaurée une régence. Le territoire de la Hongrie est réduit des deux tiers et une partie des populations hongroises se retrouve sous administration étrangère.

Sommaire

La formation d’un État multinational

La genèse d'une monarchie: les Habsbourg en Europe centrale

La dénomination officielle d’Autriche-Hongrie apparaît en 1867 mais désigne un État qui était déjà constitué dès la première partie du XVIIIe siècle. C’est la dernière forme politique qu’ont prise les possessions de la dynastie impériale des Habsbourg-Lorraine. Cet État regroupe en fait deux entités.

D’une part la couronne de Hongrie comprend le royaume de Hongrie proprement dit, constitué en 1000 et restauré en 1699 lors de la reconquête de la Hongrie sur l’Empire ottoman.

D’autre part, un ensemble austro-bohême datant de 1526 est consolidé lors des guerres de Trente Ans (1618-1648) et de succession d’Autriche (1740-1748). Ce second ensemble sert de base à la création de l’Empire d’Autriche en 1804.

Les possessions des Habsbourg en 1867

L’Empire comprend en 1867 les régions suivantes (présentées ici avec leur date de rattachement à l'Empire et leur situation actuelle approximative) :

les États héréditaires et les trois royaumes historiques

Autres territoires

  • le Banat rattaché depuis 1718 au Royaume de Hongrie (nord-est de Belgrade, partagé aujourd'hui entre la Serbie et la Roumanie) et la Bucovine rattaché depuis 1775 à l'Autriche (Ouest de l'Ukraine et Nord-Est de la Roumanie), deux conquêtes sur l'Empire ottoman ;
  • la Galicie rattachée depuis 1772 à l'Autriche à l'occasion du partage de la Pologne avec la Russie et la Prusse (Sud-Est de la Pologne et Ouest de l'Ukraine) ;
  • la région de l'Inn, rattachée depuis 1779 à l'Autriche (Nord-Ouest de l'Autriche) ;
  • l'Istrie et la Dalmatie rattachés depuis 1797 à l'Autriche, suite à la réorganisation de l'Italie par Napoléon Bonaparte (l'essentiel de l'actuelle côte croate sur l'Adriatique);
  • le Duché-archevêché de Salzbourg (centre-ouest de l'Autriche) et l’évêché de Trente (Nord de l'Italie) rattachés à l'Autriche dans le cadre de la sécularisation des principautés ecclésiastiques du Saint-Empire (1803-1805);
  • Trieste (nord-est de l'Italie).

Le compromis de 1867

Après la défaite de Sadowa en 1866 face à la Prusse, les options fédérales à six (Autriche, Bohême, Galicie, Hongrie, Croatie et Transylvanie) ou à trois (Autriche, Hongrie, Croatie) sont abandonnées et, en 1867, l'Empire d'Autriche devient une « double monarchie » (impériale et royale) rassemblant l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie. Ce compromis fait accepter François-Joseph par les Hongrois, et il est solennellement couronné roi de Hongrie à Budapest. Le compromis de 1867 est négocié entre Beust, président du conseil de l'Empire d'Autriche, et Andrassy, président du Conseil du Royaume de Hongrie, l'un des héros de la guerre d'indépendance de 1848-1849. Ainsi se mettent en place des institutions qui durent jusqu'en 1918. Dans ce cadre, sont distinguées ce que l'on nomme les « affaires communes » (guerre, armée, diplomatie, finances pour ces postes, et à partir de 1878, administration de la Bosnie-Herzégovine) et les affaires à régler d'un commun accord (« dont le règlement entre l'Empire d'Autriche et le Royaume de Hongrie devrait se faire en commun », suivant la traduction du texte de 1867): la Banque centrale, la monnaie, la politique commerciale, les chemins de fer, les postes et télégraphes. En outre, la participation de chaque entité au budget commun fait l'objet des renégociations décennales du compromis.

Les affaires concernant les deux parties de la monarchie sont réglées lors de sessions de représentants des deux parlements. Ces représentants des chambres autrichiennes et hongroises, dites « délégations », sont élus par leurs chambres respectives, ce qui pose des problèmes. En effet, dans l'Empire d'Autriche, les nationalités sont représentées dans la délégation, ce qui diminue l'influence des partis strictement politiques au profit des nationalistes, chaque nationalité voulant avoir le maximum de délégués et pratiquant parfois l'obstruction parlementaire pour parvenir à ses fins. Au sein du Royaume de Hongrie en revanche, seuls les partis politiques magyars sont représentés au parlement hongrois, au sein de la délégation hongroise, ce qui évite les compromis parlementaires propres à l'Autriche, mais en excluant en grande partie les populations non-magyares (près de la moitié des habitants du royaume), et en laissant la part belle à l'aristocratie en raison du vote censitaire.

À ce compromis austro-hongrois s'ajoute un compromis entre le royaume de Hongrie et le royaume de Croatie, signé en 1868. Ce compromis paraît maintenir l'union personnelle de la Croatie avec le royaume de Hongrie, instituée depuis 1102, mais c'est une fiction car en réalité, la Croatie, comme la Transylvanie, est totalement intégrée institutionnellement, économiquement et politiquement au Royaume de Hongrie, conservant uniquement l'usage de sa langue.

Le système né du compromis de 1867 est une tentative de synthèse entre un État fédéré (Bundesstaat) et une fédération d'États (Staatenbund), les hommes d'État de chacune des deux parties de la monarchie développant des lectures différentes : pour les dirigeants de l'Empire d'Autriche il ne peut s'agir que d'un État fédéral, chacun des deux États fédérés n'ayant qu'une autonomie relative ; au contraire, pour les Hongrois, même aux yeux de ceux qui ont négocié le compromis et le soutiennent (le parti de 1867), l'évolution du système dualiste doit mener à une plus grande autonomie du royaume de Hongrie, voire à ce qui est appelé l'« union personnelle » : deux États indépendants ayant en commun seulement le monarque. Dans cette perspective, les dirigeants magyars de 1867 s'appuient sur les idées nationalistes de 1848, développées autour de Kossuth père puis fils, pour arracher le maximum de concessions à l'Autriche.

Le compromis décennal se renégocie sans problème en 1877 et 1887. En 1897, la crise politique en Autriche oblige à une prolongation de l'accord de 1887 pour trois ans. Puis un accord est trouvé en 1900, valable jusqu'en 1907. En 1907, la négociation aboutit à la création de deux États indépendants associés, les nationalistes hongrois du parti de 1848 souhaitant une lecture stricte du texte de 1867, et ne gérer en commun que les affaires communes. En 1917, le compromis de 1907 est prolongé jusqu'à la paix, mais est dénoncé par les Hongrois dès le 6 novembre 1918.

Si l'accord austro-hongrois, en donnant naissance à la double monarchie d’Autriche-Hongrie, rééquilibre le rôle de la Hongrie (Transleithanie) auprès de l’empire d'Autriche (Cisleithanie), il va avoir pour effet de marginaliser et dresser contre la dynastie les autres peuples de l'Empire (notamment Slaves, Italiens et Roumains). En Croatie et en Transylvanie, vassaux historiques de la Hongrie, Budapest pratique une politique centralisatrice et assimilatrice, réprimant les autonomistes, et, en Transylvanie et dans tout le reste de la Hongrie, imposant l'usage du magyar et de l'allemand (et restreignant particulièrement celui du slovaque, de l'ukrainien, du roumain et du serbe). La Dalmatie, façade méditerranéenne de l'empire, la Bohême, la Galicie et la Bucovine demeurent autrichiennes : là, Vienne pratique de son côté une politique de germanisation qui, si elle est moins sévère que la magyarisation en Hongrie, entrave néanmoins l'aspiration des populations locales à un développement de leurs langues et cultures. L'Autriche-Hongrie devient alors pour une partie de ses sujets la « prison des peuples ».

La double monarchie en 1910

L’Empire d'Autriche-Hongrie est après la Russie le plus grand état d'Europe avec une superficie de 676 249 km2. Il est formé de l'Empire d'Autriche (réduit à la Cisleithanie), du Royaume de Hongrie et de la Bosnie-Herzégovine, qui n'est rattachée ni à l'un ni à l'autre, mais placée sous administration commune en 1878 par le traité de Berlin et annexée en 1908[1].

L'organisation politique

L'Empire d'Autriche (Cisleithanie)
Subdivisions de l'Autriche-Hongrie

L'Empire d'Autriche proprement dit a une superficie de 300 193 km2 pour une population de 28 567 898 habitants (recensement de 1910) ; il est constitué de 17 provinces :

Province Capitale Superficie Population
Basse-Autriche Vienne 19 854 km2 3 530 698 hab.
Haute-Autriche Linz 11 994 km2 852 667 hab.
Bohême Prague 51 967 km2 6 774 309 hab.
Bucovine Cernăuți/Černivcy/Czernowitz 10 456 km2 891 364 hab.
Carinthie Klagenfurt 10 333 km2 394 737 hab.
Carniole Ljublijana/Laibach 9 965 km2 525 083 hab.
Comté de Goritz et Gradiska Gorizia/Gorica/Görz 2 927 km2 261 721 hab.
Dalmatie Zara/Zadar 12 863 km2 646 062 hab.
Galicie Lwow/Lviv/Lemberg 78 532 km2 8 022 126 hab.
Istrie Poreč/Parenzo 4 951 km2 403 261 hab.
Moravie Brno/Brünn 22 231 km2 2 610 914 hab.
Salzbourg Salzbourg 7 163 km2 214 997 hab.
Silésie Opava/Troppau 5 153 km2 756 590 hab.
Styrie Graz 22 449 km2 1 441 604 hab.
Territoire de Trieste Trieste/Trst/Triest 95 km2 229 475 hab.
Tyrol Innsbruck 26 690 km2 946 498 hab.
Vorarlberg Bregenz 2 570 km2 145 794 hab.


Chacune de ces provinces dispose d'une autonomie relative, avec des assemblées provinciales (Landtag) élues dans un premier temps au suffrage par classes, censitaire puis universel. Au sein des Assemblées de chacune des provinces, on retrouve les mêmes problèmes qui empoisonnent la vie parlementaire autrichienne : certains problèmes qui se rencontrent en Bohême par exemple rejaillissent sur la vie politique des provinces alpines de l'Ouest...

Le Royaume de Hongrie (Transleithanie)

Le Royaume de Hongrie a une superficie de 324 857 km2 et une population de 20 840 678 habitants. Il est constitué :

  • du Royaume de Hongrie proprement dit (282 323 km2), comprenant depuis 1867 la Transylvanie.
  • du Royaume de Croatie-Slavonie (encore appelé Croatie-Esclavonie), royaume autonome avec pour capitale Agram (ou Zagreb), 42 534 km2.
  • du territoire de Fiume (20 km2), qui est directement rattaché au Royaume de Hongrie proprement dit.

Le Royaume de Hongrie possède, contrairement à l'Empire d'Autriche, une structure centralisée. Les populations non-magyares sont soumises à une rude magyarisation, qui fait l'objet d'un consensus de l'ensemble des partis magyars représentés au parlement de Budapest.

La Bosnie-Herzégovine

La Bosnie-Herzégovine a une superficie de 51 199 km2 et une population de 1 898 044 habitants. Elle est constituée de deux provinces :

Comment décider à quelle entité cette province appartiendrait ? À l'Autriche ? L'empereur d'Autriche - roi de Hongrie, sous l'influence de son ministre Alois Lexa von Aehrenthal, a certes procédé à l'annexion de cette province en 1908. Mais la Bosnie-Herzégovine n'a d'autre continuité géographique avec l'Autriche (Cisleithanie) que via la Dalmatie cisleithane. À la partie hongroise, comme le laisserait supposer la proximité de ce pays avec le territoire annexé en 1908 ? Mais le problème était que la Hongrie s'est opposée à l'annexion de 1908. De ce fait, la Bosnie-Herzégovine se retrouve ainsi être la « Troisième entité de la double monarchie » : annexée, elle ne dépend spécifiquement d'aucune de ses deux composantes mais est considérée comme commune aux deux couronnes, qui administrent ensemble ce qui ne relève pas des pouvoirs locaux bosno-herzégovins.

Les populations

À la veille de la Première Guerre mondiale, l'Autriche-Hongrie est le troisième état européen par sa population, soit 51 306 620 habitants.

Les différentes nationalités

Les nationalités (se définissant à l'époque lors des recensements par la déclaration d’usage de la langue) sont, en 1910, réparties ainsi :

Carte de la répartition des diverses nationalités en Autriche-Hongrie (Le Miroir, mai 1914)
Carte de la répartition des diverses nationalités en Autriche-Hongrie (recensement de 1890) avec les frontières de l'Empire en 1914.
Carte de la répartition des nationalités des pays danubiens avec les frontières de 1919, suite à l'application des quatorze points du président Wilson.
  • Les Allemands sont 12 006 591 (23,4 %), dont 10 millions en Autriche et 2 millions en Hongrie. Le groupe germanique forme une masse compacte dans la zone de l'actuelle Autriche et flanque en Bohême la population tchèque sur trois côtés (sud-ouest, nord-ouest et nord-est), dans les Sudètes.
  • Les Magyars sont (essentiellement en Pannonie et dans l'Est de la Transylvanie), quelque 10 056 315, soit 19,6 % de la population de la Double-couronne.
  • Quoique sociologiquement disparate, l'élément slave compte pour près de 45 % du total de la population et vit mal sa subordination aux Austro-Allemands (23,4 %) et Magyars (19,6 %), groupes dominants mais globalement moins nombreux. Le sentiment panslave est important chez les Tchèques en Bohême et en Moravie, ainsi que chez les Serbes et les Croates dans les Balkans. Il souffre en Galicie de l'attitude de l'Empire russe face aux Polonais et aux Ukrainiens.

Par ailleurs, 2 313 569 sujets de l'Empire (4,57 %) appartiennent à d'autres cultures ; il s'agit principalement des Juifs (majoritairement de langue yiddish, notamment en Galicie, leur principale zone d'implantation) et des Roms.

Il existe alors quatorze langues officielles dans l’Empire, ainsi que de nombreux sous-groupes linguistiques. Cependant, au sein de l’armée, l’allemand reste la langue du commandement mais les officiers doivent pouvoir être polyglottes afin d’être compris de leurs hommes.

Langues (1910) Diffusion Population Pourcentage
Allemand Autriche, Tyrol et les provinces alpines, Bohême et Moravie urbaines (Austro-allemands et Juifs), Silésie, ilôts au Banat, en Galicie, Plaine de Pannonie, Bucovine, Carniole et Transylvanie (Saxons) 12 006 591 23,4
Hongrois Plaine de Pannonie, Slovaquie, Banat, Transylvanie (Magyars et Sicules) 10 056 315 19,6
Tchèque Bohême, Moravie, Silésie 6 442 133 12,5
Slovaque Haute Hongrie (Slovaquie) 1 967 970 3,8
Polonais Galicie occidentale, villes de Galicie orientale, Silésie 4 976 804 9,7
Ukrainien et Rusyn Marmatie, Galicie orientale, Nord de la Bucovine 3 997 831 7,8
Serbe, croate et bosniaque Est de l’Istrie, Dalmatie, Croatie-Slavonie, Bačka, Bosnie-Herzégovine, Banat 4 380 891 8,5
Slovène Sud de la Styrie, Carniole, nord de l’Istrie, Trieste, Fiume 1 350 000 2,4
Roumain Est de la Hongrie, Banat, Transylvanie, Marmatie, Bucovine 3 200 000 6,3
Italien, dalmate, istro-roumain Istrie, Trentin, Trieste, Dalmatie, Fiume 768 422 1,5
Yiddish Tout l’Empire, mais surtout Galicie, Haute-Hongrie, Bucovine, Transylvanie environ 1 000 000 environ 2

Si l'Empire habsbourgeois connaît un essor économique lié à la révolution industrielle et une vie intellectuelle animée, il ne peut cependant pas échapper au problème que pose l'hétérogénéité de ses populations, qui emporte l'Empire lors de la défaite de 1918 face aux Alliés.

Durant la période inaugurée par la mise en place du suffrage universel par classes en 1896 et close par la déclaration de guerre en 1914, les problèmes linguistiques paralysent le fonctionnement institutionnel de l'Empire d'Autriche, et les partis qui se pensent transnationaux, comme les sociaux-démocrates du Parti social-démocrate d'Autriche. Le plus aigu de ces problèmes demeure le problème des langues en Bohême, qui se pose dès les élections de 1897 : il s'agit de permettre la mise en place d'un bilinguisme administratif en Bohême, donc de revenir partiellement à une situation antérieure à 1620. À cette réforme s'opposent l'ensemble des partis allemands, dont les pangermanistes, qui organisent une forte agitation, relayée par le Reich, dans le Nord de la Bohême. Ce problème est à la base d'une pratique parlementaire utilisée de nombreuses fois par la suite, l'obstruction parlementaire, qui peut prendre plusieurs formes.

Les religions en 1910

Place-forte de la contre-Réforme, l'Autriche et accessoirement la Hongrie ont laissé peu d'espace au protestantisme qui est toutefois resté vivace en Bohême-Moravie et en Transylvanie (3,5 millions). En conséquence, plus des trois-quarts des Austro-Hongrois sont en 1910 catholiques d'affiliation (26 millions). L'orthodoxie est présente en Bosnie-Herzégovine, en Hongrie du sud-est, en Galicie orientale, en Transylvanie et en Bucovine (3,9 millions). L'islam est présent en Bosnie-Herzégovine (0,7 million). Phénomène tant religieux qu'ethno-culturel, le judaïsme (1,6 million) est représenté sous sa forme ashkénaze dans les shtetler de Galicie, de Bucovine et de Marmatie, ainsi que dans les métropoles autrichiennes ou hongroises, et sous sa forme séfarade en Bosnie (particulièrement à Sarajevo où il est souvent ladinophone).

Si certains pays sont mono-religieux (en Autriche, Bohême-Moravie, Dalmatie et Croatie il n'y a pratiquement que des catholiques), d'autres se partagent entre trois ou quatre confessions (en Bosnie-Herzégovine, on trouve des catholiques, des orthodoxes, des musulmans et des juifs, en Transylvanie des catholiques, des protestants, des orthodoxes et des juifs...).

Les germanophones et les magyarophones se partagent entre catholicisme (très majoritaire) et protestantisme ; Slovènes, Croates, Tchèques, Slovaques et Polonais sont catholiques ; Ukrainiens et Roumains peuvent être catholiques (de rite grec) ou orthodoxes ; les Serbes sont orthodoxes, et les Bosniaques musulmans. Les Roms enfin sont, pour certains, chamanistes, mais la majorité a déjà adopté l'une des religions des pays où ils vivent.

Toutes ces confessions sont présentes dans la capitale, où se produit un melting-pot culturel propice au développement de la vie intellectuelle et artistique[2], que d'aucuns trouvent admirable[3], tandis que d'autres le trouvaient détestable[4]. Dans une moindre mesure, on retrouve le même melting-pot dans les principales villes de l'Empire, comme en témoignent la littérature, le théâtre, les arts et l'architecture.

Religion Empire Autriche
Hongrie
Bosnie-Herzégovine
Catholiques romains et gréco-catholiques 76,6 % 90,9 % 61,8 % 22,9 %
Protestants (luthériens, calvinistes, unitariens) 8,9 % 2,1 % 19,0 % 0 %
Orthodoxes 8,7 % 2,3 % 14,3 % 43,5 %
Juifs 4,4 % 4,7 % 4,9 % 0,6 %
Musulmans 1,3 % 0 % 0 % 32,7 %

L'évolution de la double monarchie : entre tradition et modernité

Une puissance aux riches potentiels dont la cohésion est problématique

L'Autriche-Hongrie a globalement développé à la fois son agriculture et son industrie. Cependant, l'évolution de chacune de ses parties est contrastée. La Hongrie reste essentiellement agricole et gouvernée par une aristocratie jalouse de ses privilèges, alors que l'ensemble austro-bohême s'industrialise et se démocratise.

Point de convergence des archaïsmes et des idées progressistes d'une époque, Vienne est en 1900 l'un des principaux phares de la culture européenne.

Le défi majeur de la double monarchie est d'ordre politique. Les diverses nationalités demandent leur place à côté des germanophones et des Hongrois, notamment celles qui ont constitué des états avant d'être intégrées : Tchèques en Autriche et Croates en Hongrie.

Société

Les 52,799 millions d'Austro-hongrois (1914) sont sujets d'une monarchie pluriethnique.

Initialement, la déclaration d'appartenance à une nationalité n'est pas l'expression d'une revendication politique, ni d'une quelconque souveraineté, mais simplement l'affirmation d'une langue et d'une culture.

Jusqu'en 1917, seule une minorité conteste aux Habsbourg-Lorraine leur statut de souverains légitimes des États sur lesquels ils règnent. Ce que les sujets autres que germanophones ou magyars revendiquent, c'est seulement le respect des langues, des cultures et des religions de chaque groupe. La majorité des sujets réclame l'autonomie dans le cadre de l'Empire, et non la sécession. En fait, la « Double monarchie » tolère l'expression des cultures et identités autres qu'allemande ou hongroise, à condition qu'elles ne soient pas les vecteurs du panslavisme ou de l'irrédentisme. Ainsi, les Juifs et les Bosniaques musulmans sont reconnus comme sujets à part entière, bénéficiant de la sympathie de l'empereur François-Joseph, alors que les Ukrainiens, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates, les Serbes, les Roumains et les Italiens sont sous-représentés dans les différentes instances et étroitement surveillés par la police impériale.

Le dualisme austro-hongrois, issu du Compromis de 1867, a singulièrement tendu la situation en donnant aux Hongrois le pouvoir de bloquer toute modification constitutionnelle et toute évolution politique de l'Empire. François-Joseph reconnaît qu'il est souhaitable de créer une troisième force, slave, et rendre au grand-duché de Transylvanie sa Diète. Sollicité pour créer un trialisme en donnant aux Tchèques une part égale, François-Joseph recule à plusieurs reprises, car il se sent lié par le serment prêté lors du sacre de Buda. Au sein de la minorité allemande de Bohème, la peur de voir les Tchèques accroître leur influence dans la société est aussi un frein à l'acceptation de la transformation du dualisme en trialisme. L’accord politique avec l'aristocratie hongroise implique l'unité de toutes les terres de la Couronne de Saint Étienne, c'est-à-dire la suppression des Diètes de Croatie et de Transylvanie. Les aristocrates hongrois craignent de voir voter des réformes (notamment foncières et linguistiques) qui soustrairaient à leur pouvoir absolu des parties du territoire comme la Slovaquie, la Croatie, la Transylvanie ou la Ruthénie subcarpathique, toutes régions aujourd'hui perdues pour la Hongrie.

La situation des minorités n'est pas la même en Autriche et en Hongrie. Les Slaves, notamment, participent davantage à la vie politique de l'Empire en Autriche qu'en Hongrie. Le club polonais au Parlement de Vienne fait souvent varier les majorités, au gré de ses intérêts. Edvard Beneš et Hugh Seton-Watson (journaliste anglais ardent défenseur avec Lord Northcliffe de l'indépendance tchèque), reconnaissent que les Tchèques ont une certaine liberté politique sous l'Empire. En Hongrie, en revanche, les Slaves et les Roumains n'ont aucun droit politique réel, par défaut de représentation possible en application du système électoral. Le système électoral hongrois laisse des peuples aussi importants au sein de la Monarchie que les Croates hors de la représentation parlementaire. La vie politique est essentiellement réservée aux Magyars qui ne reprèsentent que 48% de la population de la Grande-Hongrie. La Croatie dispose cependant à partir de 1868 d'une autonomie au moins formelle et de son propre parlement le Sabor qui délégue des députés au parlement hongrois.

Les situations économiques et sociales sont également très différentes entre l'Autriche et la Hongrie. L'Autriche, avec une bourgeoisie active et un taux de croissance de 1,45% avant 1914 – équivalent à celui de l'Allemagne – se rapproche des États de l'Europe occidentale, la grande noblesse n'ayant pas hésité à investir dans les entreprises industrielles. Le suffrage y est universel direct depuis 1907 et toutes les nationalités sont proportionnellement représentées au Parlement de Vienne. Un système d'assurances sociales a été créé au profit des travailleurs. Et François-Joseph n'hésite pas à anoblir la grande bourgeoisie, y compris juive, en reconnaissance de ses mérites. D'ailleurs les Juifs austro-hongrois découvriront après 1918 que les « États successeurs » de l'Empire sont (surtout à partir des années 1930) généralement moins tolérants à leur égard que les Habsbourg-Lorraine. La Hongrie, par contre, reste très féodale dans sa structure (un héritage de l'écrasement de la révolution de 1848), et un tiers des terres appartient à moins de 9000 familles.

Dans les deux parties de la Monarchie, la noblesse conserve une influence réelle, en raison de l'immensité des terres possédées par elle et de sa présence dans la haute administration et au gouvernement (« En Autriche, l'homme commence au baron », disait le prince de Metternich, chancelier impérial de 1810 à 1848). En termes de classes sociales, la société austro-hongroise est parmi les plus inégalitaires d'Europe, avec une aristocratie très puissante : la légitimité du régime repose sur une assise sociale extrêmement étroite faisant la part belle à la haute noblesse. En 1914, par exemple, moins de 1% de la population possède 40% du territoire. Une des revendications des nationalités est la réforme agraire, qui sera partiellement réalisée après le partage de l'Empire. De ce point de vue, les paysans ont pu voir avec espoir la double monarchie s'effondrer.

Culture

Pour l'écrivain autrichien de langue allemande Robert Musil (dans son roman L'Homme sans qualités), qui a dû être officier dans l'armée « cacanienne », l'Autriche-Hongrie était la Cacanie, du préfixe apposé partout K. und K. : Kaiserlich und Königlich (« impérial et royal »).

La terminologie exacte semble avoir été la suivante :

  1. « impérial et royal » pour les services communs (armée, finances, diplomatie) : la KuK Marine était la marine de guerre ;
  2. « impérial-royal » pour les services propres à la Cisleithanie : le souverain y était empereur d'Autriche mais aussi roi de Bohême ;
  3. « royal » pour les services propres à la Transleithanie où le souverain régnait à titre de roi de Hongrie.

Le puissant rayonnement culturel de la monarchie habsbourgeoise à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, a été stimulé notamment par sa richesse multinationale et le dynamisme de sa minorité juive : Hermann Broch, Sigmund Freud, Karl Kraus, Gustav Mahler, Karl Popper, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Arnold Schönberg, Otto Weininger et Stefan Zweig en étaient issus. Vienne fut peut-être la capitale de la modernité. Son influence s'étendit tout au long du XXe siècle dans le domaine des arts (peinture, architecture, musique, littérature) et le domaine médical, avec l'école psychanalytique, qui révolutionna la perception du monde.

Malgré un conservatisme certain, la Cour de Vienne et notamment l'empereur François-Joseph, ont toujours soutenu les artistes contemporains et le groupe de la Sécession, par la commande officielle. Ainsi, entre autres, Otto Wagner participa à la construction du métro de Vienne, en réalisant diverses de ses stations, réalisa l'immeuble de la Caisse d'épargne et de la Poste, et Gustav Klimt se vit confier la fresque du hall d'entrée du Kunsthistorisches Museum à Vienne, ainsi que celles de la villa Hermès offerte par François-Joseph à son épouse Élisabeth, dite Sissi, comme résidence privée à Vienne.

Les idées révolutionnaires des artistes viennois au début du XXe siècle ne s'appliquaient en aucun cas à la contestation de l'ordre politique et social organisé par la dynastie des Habsbourg-Lorraine, dont la supranationalité convenait à leur contestation de l'historicisme issu des mouvements nationalistes de la révolution autrichienne de 1848. Aucun d'entre eux ne se réclamait des nationalités dont ils étaient issus. La double monarchie, incarnée par la dynastie, par son absence de référent national, était leur lieu d'expression, assignant à l'art une autre mission que politique.

Il est convenu aujourd'hui de voir cette période comme la décadence d'une société. Ce n'est pas en termes de décadence que les artistes viennois parlaient d'eux-mêmes mais plutôt en termes de renouveau, en s'opposant aux goûts et aux diktats d'artistes quasi officiels comme le peintre Hans Makart, le « Rubens viennois » ou l'écrivain Franz Grillparzer, chantre de l'époque Biedermeier. Si l'édification de l'Opéra de Vienne et du Ring avaient consacré le goût du pastiche architectural dans les années 1870, l'édification et la décoration du Métro, de la Caisse d'Épargne et de la Poste et de bien d'autres édifices publics ou privés surent donner ses bases à l'architecture contemporaine, voire futuriste.

En d'autres termes, cette « querelle des Anciens et des Modernes », de l'art officiel contre l'art nouveau a été extrêmement perceptible dans la Vienne du début du XXe siècle.

Vers l'épreuve de force : l'écueil de la fuite en avant

Les alliances

L’Empire allemand et l'Autriche-Hongrie, les Empires centraux, constituent une alliance sous le nom de Duplice (Zweibund) qui devient la Triplice (Dreibund) ou Triple-Alliance quand l'Italie vient rejoindre l'alliance. Toutefois, l'Italie ne souscrit à cette alliance que dans une optique défensive : celle-ci ne doit fonctionner que dans la mesure où l'un des signataires est agressé.

François-Joseph tente de compenser les tensions internes et externes créées par le compromis de 1867, en inaugurant le Drang nach Osten (expansion vers le sud-est, vers les Balkans). Cette politique suit en fait une logique de consolidation des positions acquises face à l'expansionnisme russe et la décomposition de l’Empire ottoman. Bien que l'armée russe ait apporté en 1848 un soutien indispensable à la monarchie autrichienne, La politique slave de François-Joseph s'oppose aux visées de l’Empire russe sur les Balkans dans le cadre d'un démembrement de l’Empire ottoman. Les ambitions antagonistes des deux puissances impériales sont l'une des causes de la Première Guerre mondiale.

Suite à la guerre russo-turque de 1877-1878, le traité de Berlin confie à l'Autriche-Hongrie l'administration de la Bosnie-Herzégovine ottomane. Cette province a une population composite mais elle est géographiquement encastrée dans les territoires austro-hongrois. L'Empire annexe ce territoire en 1908, dernière annexion des Habsbourg-Lorraine, malgré l'opposition de la Russie et de la France.

La politique étrangère de l'Autriche-Hongrie finit par apparaître agressive. C'est elle qui déclare la guerre à la Serbie le 28 juillet 1914. Elle saisit le prétexte de l'assassinat du prince héritier par un jeune Serbe pour éliminer un État qui vise à la déstabiliser pour rassembler tous les peuples slaves du Sud.

La Grande Guerre de 1914-1918

L'Autriche-Hongrie en 1914

Il y a une armée commune à l'Autriche et à la Hongrie avec des régiments d'infanterie numérotés à la suite communément. Ensuite, il y a un système de réserve propre à l'Autriche (landwehr) et un autre à la Hongrie (honvédség), ainsi qu'une organisation de défense territoriale (landsturm) en Autriche et en Hongrie. La Bosnie-Herzégovine fait l'objet d'une autre organisation avec quatre régiments d'infanterie (Bosnisch-Hercegowinische Infanterie-Regimenter Nr. 1-4), un bataillon de chasseurs à pied (Bosnisch-Hercegowinisches Feldjäger-Bataillon) et des bataillons autrichiens détachés.

L'armée austro-hongroise est le reflet de la disparité de l'État austro-hongrois. Les Serbes et les Croates sont envoyés en garnison à Vienne ou à Budapest, les germanophones en Bosnie, les Roumains en Autriche, etc., pour tenter d'unifier cet empire multiculturel. La cohésion au combat n'est pas évidente. Un lieutenant de réserve roumain, Octavian Tăslăuanu décrit le début de la guerre dans un régiment honvéd : les officiers supérieurs sont hongrois et ont besoin de traducteurs roumains pour se faire comprendre.

Encadrée cependant par un commandement unique largement germanisé, l'armée austro-hongroise conserve sa cohésion, malgré le rôle ingrat que lui a dévolu l'Allemagne en 1914 : lancer seule l'offensive contre l'armée russe, tout en éliminant une armée serbe aguerrie. En 1915 et avec ses alliés, elle repousse l'armée russe et occupe la Serbie. Mais L’Italie, d'abord neutre, choisit finalement d'entrer en guerre aux côtés des Alliés occidentaux, en signant un traité dont les clauses secrètes prévoient l'attribution du Tyrol du Sud, du Trentin, de Trieste et de la Dalmatie en cas de défaite de l’Autriche-Hongrie.

Monté sur le trône le 22 novembre 1916, Charles Ier d'Autriche sonde les voies de la paix auprès de la France. La négociation entamée au printemps 1917 avec le gouvernement français par l'intermédiaire des princes de Bourbon-Parme, François-Xavier et Sixte, frères de l'impératrice Zita, n'aboutit pas.

D'abord victorieuse de l'armée italienne à Caporetto en octobre 1917, l'armée austro-hongroise est finalement défaite à Vittorio Veneto en octobre 1918.

La naissance de l'Europe centrale actuelle

La dissolution de l'Autriche-Hongrie

L'Autriche-Hongrie en 1918
Légende :
- en couleurs, l'Empire en 1914 ;
- les traits rouges représentent les frontières de 1920.

L'idée de nation comme source de la souveraineté, issue de la Révolution française, avait déjà été exprimée lors des révolutions de 1848, dites « du Printemps des Peuples ». C'est sur ce principe que les leaders et les assemblées des différentes composantes de l'Empire s'appuient en 1918 lorsque le président américain Woodrow Wilson propose à l'Europe le principe de l'autodétermination. Le principe de la souveraineté nationale triomphe de l'idée d'un empire supranational dont la souveraineté s'incarnait en une dynastie, les Habsbourg-Lorraine, présentés comme des tyrans. Il ne le fait ni par révolution sanglante comme en France, ni par une consultation populaire comme lors du rattachement de Nice et de la Savoie à la France en 1860.

L'effondrement de l'empire austro-hongrois après la fin de la guerre, en 1918-1919, aboutit à un partage du territoire de l'ancien empire d'Autriche-Hongrie entre sept états:

Ces nouveaux et anciens pays sont appelés les « États successeurs » de l'Autriche-Hongrie. En 1945, la Ruthénie subcarpatique et la majeure partie de la Galicie seront incorporés dans la République Socialiste Soviétique d'Ukraine.

La réduction de la Hongrie et le révisionisme hongrois

Le royaume de Hongrie qui occupait toute la plaine hongroise est amputée au nord de la Haute Hongrie, à l'est de la Transylvanie, au sud de la Croatie et du Banat. On appelle « révisionnisme » l'attitude de la Hongrie qui réclame le rétablissement de ses anciennes frontières, ainsi que le rattachement des Hongrois incorporés dans les États successeurs.

Par arbitrages de Adolf Hitler en 1939 et 1940, La Hongrie récupère la moitié des territoires perdus par le traité de Trianon, essentiellement en Transylvanie. Gouvernée par Horthy, elle s’engage par opportunisme aux côtés de l’Allemagne sans en partager l’idéologie ou les desseins. Le traité de Paris rétablit en 1947 les frontières de 1920.

Le traité de Trianon est encore aujourd'hui mal vécu par une bonne partie de la nation hongroise. Depuis la chute du rideau de fer, des mouvements politiques envisagent des solutions pour rattacher de façon extraterritoriale les populations de langue hongroise vivant dans les états voisins, malgré l'opposition affichée par les instances de la Communauté européenne. A compter de janvier 2011, il n’est ainsi plus nécessaire de résider en Hongrie pour obtenir la nationalité hongroise.

De leurs côtés, les populations hongroises de Roumanie et de Slovaquie se sont dotées de leurs propres organisations politiques qui interfèrent dans l'équilibre politique de ces pays.

La naissance improbable de la république d’Autriche

Les alliés imposent le maintien hors de l'Allemagne de cet État de langue allemande qui apparaît économiquement exsangue à l’issue de la Grande Guerre. Ils favorisent son assise territoriale (conservation de la Carinthie et rattachement du Burgenland) et lui concèdent des soutiens financiers. L’Autriche est encore ébranlée par la dépression de 1929 (faillite de la banque Kreditanstalt) mais ses dirigeants démocrates-chrétiens affirment un pouvoir autoritaire qui tente de résister aux tentatives d’annexion de l’Allemagne (1934 et 1938).

Après 1945, l’Autriche est d'abord occupée par les quatre puissances victorieuses de la guerre jusqu'en 1955, puis tenue de se tenir à équidistance des deux blocs, alors que l'Allemagne est divisée en deux. Elle attire les instances internationales, en particulier l'Agence internationale de l'énergie atomique et le siège de l’OPEP. Puis la chute du rideau de fer rouvre les portes de l’Europe centrale aux banquiers autrichiens.

Le souvenir des Habsbourg demeure un facteur identitaire qui se manifeste à travers la mise en valeur du patrimoine historique (palais et trésor impériaux notamment) ou encore à l’occasion des funérailles de l’impératrice Zita (1989) et du dernier archiduc héritier de la couronne, Otto de Habsbourg-Lorraine (juillet 2011).

Annexes

Organisation militaire en 1914

Références

  1. Source : Grande Géographie Bong illustrée, tome II, Onésime Reclus, 1912.
  2. Léon Rousset : Autriche-Hongrie in: Fr. Schrader, F. Prudent, E. Anthoine : Atlas de géographie moderne, Hachette, 1889, ch. 28
  3. Jean-Paul Bled, Histoire de Vienne, Fayard, Paris, 1998 (ISBN 2213599262)
  4. Adolf Hitler, Mein Kampf.

Voir aussi

Articles connexes

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Bibliographie

  • Jean Béranger, L'Autriche-Hongrie : 1815-1918, Armand Colin, Collection Cursus, 1998.
  • Jean Béranger, Histoire de l'Empire des Habsbourg : 1273-1918, Fayard, Paris, 1990.
  • Bernard Michel, La Chute de l'empire austro-hongrois : 1916-1918, R. Laffont, Paris, 1991, 322 p. (ISBN 2221069323)
  • François Fejtö, Requiem pour un Empire défunt, Paris, 1988.
  • Carl Schorske, Vienne fin de siècle, Le Seuil, Paris, 1983.
  • Victor-Lucien Tapié, Monarchie et peuples du Danube, Fayard, Paris, 1969.
  • Jean Vidalenc, L'Europe danubienne et balkanique : 1867-1970, Masson, Paris.

Liens externes


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