Mein Kampf


Mein Kampf
Mein Kampf
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Auteur Adolf Hitler
Genre Politique
Version originale
Titre original Mein Kampf
Éditeur original Eher-Verlag
Langue originale Allemand
Pays d'origine Allemagne
Date de parution originale 18 juillet 1925
11 décembre 1926
Version française
Traducteur J. Gaudefroy-Demombynes ; A.Calmettes
Éditeur Nouvelles Éditions latines
Date de parution 1934
Type de média Livre
Nombre de pages 688 pages
Chronologie
Zweites Buch

Mein Kampf (Mon Combat, en français) est un ouvrage rédigé par Adolf Hitler entre 1924 et 1925 pendant sa détention à la prison de Landsberg, détention consécutive au putsch de la Brasserie, coup d'État manqué. Il contient des éléments autobiographiques, l'idéologie politique du nazisme, l'histoire des débuts du NSDAP et diverses réflexions sur la propagande ou l'art oratoire.

Sommaire

Rédaction

Lors de son emprisonnement, Hitler dicte son texte à plusieurs de ses camarades emprisonnés, dont Rudolf Hess et Emil Maurice. Originellement intitulé « Viereinhalb Jahre [des Kampfes] gegen Lüge, Dummheit und Feigheit » (Quatre ans et demi [de lutte] contre les mensonges, la stupidité et la couardise), l'ouvrage prend son titre définitif « Mein Kampf. Eine Abrechnung » (Mon Combat. Un bilan) sur une idée de l'éditeur Max Amann[1]. Les premiers lecteurs furent les fidèles de Hitler ; le succès du livre auprès des siens encourage Adolf Hitler à rédiger un second tome.

Le texte originel a été remanié à plusieurs reprises par l'entourage de Hitler pour lui donner une forme plus cohérente et plus lisible[2].

Un succès de librairie tardif

Le premier volume est publié le 18 juillet 1925 ; le second le 11 décembre 1926 se termine avec une dédicace à son « professeur » Dietrich Eckart. À sa parution, le livre (qui coûtait le prix élevé, à l'époque, de douze reichsmarks) connait un succès modeste et, jusqu'en 1929, 23 000 exemplaires du premier volume et seulement 13 000 du second[3] furent vendus. Après 1930, le tirage augmente fortement[4] : jusqu'en 1935, il s'en vendra 1,5 million d'exemplaires[5]. À partir de 1936, il devint le cadeau de mariage de l'État aux couples allemands. Ian Kershaw estime le tirage à environ 10 millions d'exemplaires en allemand jusqu'en 1945[6], ce qui représente près d'un foyer allemand sur deux.

Les revenus littéraires de Hitler lui permirent ainsi de renoncer à son traitement de chancelier en 1933, ce qui servit bien sûr à légitimer davantage le pouvoir.

Le livre a été traduit en seize langues étrangères[5], dont une dizaine par l'éditeur officiel. Pour des raisons politiques, les versions traduites furent souvent expurgées, modifiées ou inexactes. Par conséquent, on retrouve de nombreuses divergences idéologiques et sémantiques, parfois même jusqu'à rendre certaines versions tout à fait incohérentes et illisibles.

À partir de 1933, le livre devient une référence politique et est édité en plusieurs formats. On en fait notamment une version de luxe destinée aux dignitaires nazis. Une version en braille a également été publiée[5].

En 2008, les ventes totales de Mein Kampf depuis sa parution sont estimées à 80 000 000 d'exemplaires[réf. nécessaire]. Selon cette estimation, et d'après les estimations de Ian Kershaw plus haut mentionnées, 70 000 000 d'exemplaires auraient été autorisés après la chute du Troisième Reich.

Contenu

C'est tout à la fois un document autobiographique, le récit de la naissance et du premier développement du parti nazi, et un essai et manifeste politique qui énonce les bases idéologiques du programme politique de son auteur. Mein Kampf exprime plusieurs ambitions difficilement dissociables : le désir d'assimilation culturelle des Juifs (l'extermination physique n'étant à l'époque pas évoquée) et des Tziganes au nom d'une théorie raciale, d'une militarisation expansionniste et d'un renouveau national allemand teinté de revanchisme.

Il annonce sans ambiguïté le programme du parti nazi, fondé notamment sur la volonté de réunification des territoires à population germanique (le pangermanisme) ainsi que la nécessité de s'assurer, en Europe de l'Est, un « espace vital » allemand. Il comporte des menaces précises, qui firent écrire au maréchal Hubert Lyautey : « Tout Français doit lire ce livre ». De même, Pie XII déclarait en 1929 : « Ou bien je me trompe vraiment beaucoup, ou bien tout cela ne se terminera pas bien. Cet être-là est entièrement possédé de lui-même : tout ce qu'il dit et écrit porte l'empreinte de son égoïsme ; c'est un homme à enjamber des cadavres et à fouler aux pieds tout ce qui est en travers de son chemin - je n'arrive pas à comprendre que tant de gens en Allemagne, même parmi les meilleurs, ne voient pas cela, ou du moins ne tirent aucune leçon de ce qu'il écrit et dit. - Qui parmi tous ces gens, a seulement lu ce livre à faire dresser les cheveux sur la tête qu'est Mein Kampf ? »[7]

Selon Adolf Hitler :

  • La cartographie de l'Europe, issue du traité de Versailles (« Diktat de Versailles »), est inacceptable, car elle a pour conséquence immédiate l'éclatement des peuples de culture allemande.
  • L'Autriche et les minorités allemandes de Tchécoslovaquie et de Pologne doivent être rattachées à l'Allemagne en un seul espace géographique, le « Grand Reich » (Großdeutsches Reich) : « Une heureuse prédestination m'a fait naître à Braunau-am-Inn, bourgade située précisément à la frontière de ces deux États allemands dont la nouvelle fusion nous apparaît comme la tâche essentielle de notre vie, à poursuivre par tous les moyens[8]. ».
  • Pour assurer l'épanouissement du peuple allemand réunifié, il préconise la voie des chevaliers teutoniques : « conquérir par l'épée allemande le sol où la charrue allemande devrait faire pousser le blé pour le pain quotidien de la nation ».
  • Cela nécessite de réarmer le pays et d'atteindre l'autosuffisance économique par une série de conquêtes territoriales.
  • Le nouvel essor de la nation allemande doit se faire notamment au détriment des territoires russes, des pays de l'Europe centrale et danubienne, mais aussi à l'ouest, au détriment de la France qu'il considère comme « inexorable et mortelle ennemie du peuple allemand ».

Les points suivants sont traités dans le livre, mais pas nécessairement dans le même ordre.

  • Hitler commence par rappeler qu'il est né à la frontière austro-allemande. Il y voit un signe du destin qu'il doit unifier les peuples de langue germanique, plus particulièrement qu'il doit « ramener l'Autriche allemande à la patrie allemande » (incarnée par le Reich allemand de Bismarck), selon le principe qu’« un même sang appartient à un même peuple[9] ». L'unification allemande est vue comme la condition préalable au développement d'une politique coloniale, elle-même condition de prospérité économique et démographique. « Lorsque le territoire du Reich contiendra tous les Allemands, s'il s'avère inapte à les nourrir, de la nécessité de ce peuple naîtra son droit moral d'acquérir des terres étrangères. La charrue fera alors place à l'épée, et les larmes de la guerre prépareront les moissons du monde futur[10] ».
  • Lors d'une brève affectation à Berlin (à l'époque en pleine disette) à la fin 1916[11], il « découvre » que « Les bureaux étaient bondés de Juifs. Presque tous les secrétaires étaient Juifs, et tout Juif, secrétaire. Je m'étonnais de cette abondance d'embusqués du peuple élu et ne pouvais faire autrement que de comparer leur nombre à celui de leurs rares représentants sur le front[12] ». Selon Hitler, les « Juifs » sont non seulement des « planqués », mais encore, ils exploitent économiquement le peuple allemand à leur seul profit et camouflent cette activité en tentant de susciter la discorde (Bavière contre Prusse, grève des munitions, etc.).
  • Il raconte la nuit où « la vérité se fit jour dans [son] esprit » et où il « comprit en pleurant jusqu'au matin que le peuple juif travaillait délibérément à la ruine de l'Europe, et de l'Allemagne en particulier ».
  • Il développe sa théorie de la chute des civilisations antérieures : la domination se traduit par l'extension territoriale, qui aboutit au métissage, qui à terme se traduit par une « dégénérescence de la race initiale », puis la décadence.
  • Il y développe aussi sa vision du racisme : d'après lui, les peuples « inférieurs » ne peuvent espérer survivre qu'en se métissant avec les peuples « supérieurs », en ont l'obsession, et parviennent à leurs fins quand ces derniers sont totalement métissés, et ne constituent plus un danger pour eux. C'est selon lui ce qui commence à se produire en Europe, y compris en Allemagne. C'est là une idée qui a pu être trouvée par exemple chez Gobineau.
  • "Le Parti national-socialiste des travailleurs allemands tire les caractères essentiels d’une conception raciste (völkisch) de l’univers[13]".
  • Il annonce sa position sur les rapports relatifs du parti et de la propagande : plus la propagande est efficace et moins il y aura besoin d'avoir de membres dans le parti, ceux-ci étant du même coup à la fois plus sûrs et plus faciles aussi à surveiller.
  • Sur le plan organisationnel, il souligne les leçons à prendre de l'Église catholique romaine : "sa force de résistance ne réside pas dans un accord plus ou moins parfait avec les résultats scientifiques du moment, résultats d'ailleurs jamais définitifs, mais dans son attachement inébranlable à des dogmes établis une fois pour toutes, et qui seuls confèrent à l'ensemble un caractère de foi[14]".
  • En revanche, il dénonce la vision chrétienne du monde comme pernicieuse et propre à affaiblir les qualités germaniques.
  • Selon son livre,
    • les individus handicapés doivent être éliminés (eugénisme actif) : anéantir avec une décision brutale les rejetons non améliorables[15];
    • « L'Aryen est le Prométhée de l'humanité ; »[16] ;
    • les peuples « inférieurs » doivent être asservis aux peuples « supérieurs » (dont le peuple allemand) ;
    • tout peuple « supérieur » autre que le peuple allemand, s'il en existe, doit lui aussi être éliminé sans délai, car il constitue un danger. Le métissage serait une autre façon de neutraliser leur danger à terme, mais ce serait au prix d'une perte d'identité de la « race ». Il faut interdire le métissage et il faut que le peuple menacé élimine l'autre.
  • La France est désignée comme un ennemi à abattre pour ses manœuvres anti-allemandes, considérées d'ailleurs comme logiques : « Je ne croirai jamais à une modification des projets que la France nourrit à notre égard ; car ils ne sont, au fond, que l'expression de l'instinct de conservation de la nation française. Si j'étais Français et si, par conséquent, la grandeur de la France m'était aussi chère que m'est sacrée celle de l'Allemagne, je ne pourrais et ne voudrais agir autrement que ne le fait, en fin de compte, un Clemenceau ».
  • Autre citation : « Notre objectif primordial est d’écraser la France. Il faut rassembler d’abord toute notre énergie contre ce peuple qui nous hait. Dans l’anéantissement de la France, l’Allemagne voit le moyen de donner à notre peuple sur un autre théâtre toute l’extension dont il est capable ».

Plan

NB - Plan de l'édition française (Nouvelles Éditions latines)

Tome I : bilan

Préface de l'auteur

  1. La Maison familiale
    Les années d'enfance de Hitler où il raconte ses premiers émois pan-germanistes et son refus obstiné (contre l'avis de son père) de devenir fonctionnaire, il rêve plutôt à une carrière de peintre. Le chapitre se termine avec la mort de son père et de sa mère et son départ pour Vienne.
  2. Années d'études et de souffrance à Vienne
    Cinq années difficiles à Vienne où il vit de petits boulots et de son métier de peintre. Premières rencontres avec le syndicalisme et le national socialisme.
  3. Considérations politiques générales touchant mon séjour à Vienne
  4. Munich
  5. La guerre mondiale
  6. Propagande de guerre
  7. La Révolution
  8. Le commencement de mon activité politique
  9. Le parti ouvrier allemand
  10. Les causes de la débâcle
  11. Le peuple et la race
  12. La première phase du développement du parti ouvrier allemand national-socialiste

Tome II : le mouvement national-socialiste

  1. Sujets de l'État et citoyens
  2. La personnalité et la conception raciste de l'État
  3. Conception philosophique et organisation
  4. Lutte des premiers temps - L'importance de la parole
  5. La lutte contre le front rouge
  6. Le fort est plus fort quand il reste seul
  7. Considérations sur le sens et l'organisation des sections d'assaut (SA)
  8. Le fédéralisme n'est qu'un masque
  9. Propagande et organisation
  10. La question corporative
  11. La politique allemande des alliances après la guerre
  12. Orientation vers l'Est ou politique de l'Est
  13. Le droit de légitime défense

Conclusion

L'édition française

Charles Maurras de l'Action française se bat pour obtenir une traduction non expurgée de Mein Kampf, d’une part afin de démasquer qui, sur la scène politique française, était proche du nazisme, d’autre part pour cerner l’idéologie nazie[17].

En 1934, la maison d'édition d'Action française, les Nouvelles Éditions latines — toutes nouvelles de fait, puisqu'elles ont été fondées en 1928 par Fernand Sorlot (proche de la droite maurassienne antihitlérienne) — publie Mein Kampf en français[18]. L'ouvrage est ramené à un seul volume de 688 pages sous-titré Mon Combat. Traduit et publié contre la volonté de Hitler, ce dernier poursuit la maison d'édition devant le Tribunal de Commerce de la Seine pour violation de droit d'auteur. Hitler était alors considéré en France comme un simple écrivain[19], et soutenu par la Société des gens de lettres qui s'associe alors à sa plainte[20]. Les juges pensaient alors que « cette œuvre [représentait] un effort de création[20]. Hitler gagne finalement ce procès le 18 juin 1934[20] ».

L'éditeur, Fernand Sorlot, souligne à plusieurs reprises l'actualité du livre et l'intérêt vital pour les Français de connaître ce « qui doit devenir désormais la Bible du peuple allemand ». En exergue figure donc une phrase du maréchal Hubert Lyautey : « Tout Français doit lire ce livre ».

Dans l'« Avertissement des éditeurs », Sorlot relève les menaces très lourdes à l'endroit de la France et souligne que « [ce] livre qui, répandu en Allemagne à plus d'un million d'exemplaires, a eu sur l'orientation soudaine de tout un peuple une influence telle, qu'il faut, pour en trouver l'analogue, remonter au Coran[21]. » Hitler ayant « obstinément refusé de laisser publier en français [… nous] avons pensé qu'il était de l'intérêt national de passer outre à ce refus, quelles que puissent être pour nous-mêmes et pour la jeune maison que nous avons fondée les conséquences de notre initiative. »

Indiquant que Hitler considère la France comme le principal obstacle à ses visées, il le cite « Ces résultats ne seront atteints ni par des prières au Seigneur, ni par des discours, ni par des négociations à Genève. Ils doivent l'être par une guerre sanglante. » Il objecte encore « Les paroles et les écrits publics d'un homme public appartiennent au public » et conclut : « M. Frick […] disait “Pour les nationaux-socialistes, le droit c'est ce qui sert le peuple allemand. L'injustice, c'est ce qui lui porte dommage.” Nous avons simplement pris à notre compte cette vigoureuse définition. »

En 1936, lors de son procès contre Hitler, Sorlot (âgé de 29 ans à l'époque) sera soutenu par la LICA, qui achètera 5 000 exemplaires pour les distribuer aux parlementaires, magistrats, avocats, représentants des cultes, intellectuels de toutes opinions, etc.[22].

La traduction — issue de l'édition allemande de 1933 parue chez Franz Eher, à Munich[23] — se donne pour intégrale et neutre[24], avec quelques notes éparses, mais sans commentaire.

L'opinion du traducteur

Le 25 février 1934, le traducteur André Calmettes publie un article dans le Journal de l'École polytechnique dont il est issu : « Pourquoi j’ai traduit Mein Kampf[25] ».

« Je n’ai pas traduit Mein Kampf sans but ni raison. Ce pensum de huit cent pages, je me le suis infligé de bon cœur pour les miens et pour mes amis, mais aussi pour tous les hommes et pour toutes des femmes de bonne volonté, surtout pour les jeunes.

Je n’ai pas l’intention d’indiquer ici les conclusions que chacun doit tirer du livre ; autrement je l’aurais analysé et commenté, non pas traduit. Mais il ne me convient pas de laisser à la critique seule le soin de présenter mon travail ; je ne veux pas de malentendu sur mes intentions, ni les choisir après parmi toutes celles que l’on me prêtera.

Certes, cet ouvrage qui fut livré au public allemand en 1926-1928 jette une clarté singulière sur la politique allemande de l’après-guerre. En l’ignorant, nous satisfaisant de manière bien facile de révélations au compte-gouttes, nous étions ridicules et stupides ; nous découvrions des fragments minimes d’une vérité que l’on nous jetait au visage en huit cents pages serrées. Certes aussi, les prophéties de cet ouvrage engagent l’avenir. La doctrine d’action politique, complaisamment développée, demeure actuelle. Le livre constitue le dogme du parti qui mène l’Allemagne actuelle, dogme d’une agissante majorité, dogme demain de l’Allemagne entière. Je dis bien dogme, et je pense au Coran.

Mais il faut bien se garder de restreindre la portée du présent ouvrage. Il ne faut pas suivre Hitler polémiste qui dit quelque part d’un livre qu’il juge révélateur de l’esprit des juifs : « quand cet ouvrage sera devenu le livre de chevet d’un peuple, le péril Juif sera conjuré ». Il ne faut pas lire Mein Kampf en se plaçant au point de vue d’un « péril allemand » ou au point de vue de notre seule mitoyenneté.

Il faut se mettre sur un plan largement humain. L’ouvrage même autorise à le faire. Il s’agit d’un document ample, tiré à près d’un million d’exemplaires en Allemagne, traduit dans plusieurs pays. Il a été écrit par un Allemand pour les Allemands, mais il touche des problèmes politiques, sociaux, et de morale, qui se posent à tous les peuples. La traduction en est intégrale : on n’a pas le droit, sur quinze ou sur cent versets du Coran, de parler de l’islamisme, ni, sur dix pages de Mein Kampf de parler de l’hitlérisme ; et la lecture des passages secondaires sera aussi féconde que celle des passages réputés essentiels.

Ainsi lu, cet ouvrage aidera à pénétrer la mentalité allemande, une des faces de cette mentalité anglo-saxonne que nous ne daignons pas étudier et comprendre, mais dont nous ne pouvons nous défendre de subir les manifestations ; attitude bornée et dangereuse : que l’on apprécie ce que nous a coûté depuis quinze ans notre incompréhension de l’Angleterre, des États-Unis, de l’Allemagne.

Mon travail aurait atteint son but dernier s’il tournait les Français vers ce problème. Mais on me parlera de la guerre : elle naît bien souvent de l’avidité de quelques-uns et de la peur d’une multitude ; elle ne saurait trouver de terrain plus favorable que celui de l’ignorance et de l’incompréhension mutuelles que j’ai voulu combattre. »

— André Calmettes, Journal de l'École polytechnique, 25 février 1934.

La même année, Adolf Hitler apprend avec colère que le livre a été traduit. Il intente un procès à Sorlot et saisit la Société des Gens de Lettres qui obtient du Tribunal de commerce de Paris l'interdiction de la diffusion du livre en France. La LICA soutiendra Sorlot en lui achetant 5 000 exemplaires pour les distribuer à tous les députés et ministres pour les prévenir des desseins d'Hitler[26].

En février 1936, à l'occasion d'une interview, Bertrand de Jouvenel demanda à Hitler pourquoi il n'avait pas modifié les chapitres consacrés à la France avant chaque nouvelle édition :

« J'étais en prison quand j'ai écrit ce livre, les troupes françaises occupaient la Ruhr. C'était le moment de la plus grande tension entre les deux pays. Oui, nous étions ennemis ! Et j'étais avec mon pays, comme il sied, contre le vôtre. Comme j'ai été avec mon pays contre le vôtre durant quatre ans et demi dans les tranchées ! Je me mépriserais si je n'étais pas avant tout allemand quand vient le conflit… Mais aujourd'hui, il n'y a plus de conflit. Vous voulez que je fasse des corrections dans mon livre, comme un écrivain qui prépare une nouvelle édition de ses œuvres ? Mais je ne suis pas un écrivain, je suis un homme politique. Ma rectification ? Je l'apporte tous les jours dans ma politique extérieure toute tendue vers l'amitié avec la France… Ma rectification, je l'écrirai dans le grand livre de l'Histoire[27] ! »

En 1938, une traduction est autorisée aux Éditions Fayard[28]. Elle est allégée, expurgée, voire carrément falsifiée. Une phrase comme : « […] la France nation impérialiste est l’ennemie mortelle de l’Allemagne […] » reste, mais par le biais d'une citation de l'un des discours rapportés, y devient quelques pages plus loin « La frontière entre l’Allemagne et la France est définitivement fixée. Les peuples français et allemands égaux en droit ne doivent plus se considérer comme ennemis héréditaires mais se respecter réciproquement. »

Rééditions

Après la guerre, Fernand Sorlot procède à la réédition de l’œuvre, considérant que ce ne sont pas seulement les Français des années 1930-1940 qui devaient connaître ce livre, mais également, les jeunes, notamment ceux qui, à une enquête célèbre, répondaient : « Hitler ? Connais pas. » La LICA en 1978, poursuit en justice Fernand Sorlot qu'auparavant elle acclamait pour avoir osé publier Mein Kampf. Á l'issue du procès, la LICA obtient 80 000 francs de dommages et intérêts bien qu'elle n'ait pu justifier « d'aucun préjudice subi par elle, ou par ses adhérents, du fait de cette réédition[29] ».

Statut juridique actuel

En Allemagne

Le Land de Bavière (qui a hérité de tous les biens de Hitler) détient les droits d'auteur internationaux du texte et les utilise pour empêcher la publication ou la diffusion d'éditions complètes et non commentées (Adolf Hitler étant mort en 1945, son ouvrage tombera dans le domaine public en 2015). Le Land de Bavière exerce ses droits d'auteurs, donnant avec condition (éditions partielles, ajouts de commentaires critiques) ou refusant le droit aux éditeurs de republier Mein Kampf.

La réédition du livre est ainsi interdite, seule est donc autorisée la vente des livres publiés avant 1945.

Cette situation est à l'origine de débats qui opposent la liberté d'expression à la lutte contre le racisme, ou dans lesquels on présente la diffusion de l'ouvrage comme un moyen de lutter contre le nazisme : diffuser le texte permettrait de mieux faire connaître le contenu de l'idéologie nazie, et donc de mieux lutter contre elle, voire de se prémunir contre les techniques déployées pour instaurer un régime totalitaire.

En France

En France, la cour d'appel de Paris a décidé, dans un arrêt du 11 juillet 1979[30], d'autoriser la vente du livre, compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, mais assortissant cette autorisation de l'insertion en tête d'ouvrage, juste après la couverture et avant les pages de garde, d'un texte de huit pages mettant en garde le lecteur, notamment en rappelant par quels aspects l'ouvrage « tombe sous le coup » de la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 modifiée par la loi du 3 juillet 1972 et notamment de ce qui était à l'époque son article 23, l'alinéa 5 de l'article 24, l'alinéa 2 de l'article 32 et l'alinéa 3 de l'article 33 et en faisant suivre ce rappel des dispositions légales par un survol historique des méfaits du Troisième Reich.

Le texte, Adolf Hitler : Mein Kampf, Mon Combat, présenté depuis 1934 par les N.E.L. comme la traduction "intégrale et neutre" ne tombera, dans le domaine public qu'en 2054, date anniversaire du décès du second traducteur déclaré.

Aux Pays-Bas

Aux Pays-Bas, la possession de Mein Kampf (Mijn Kamp en néerlandais) est autorisée mais pas sa vente, interdite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et pénalement punissable depuis 1987[31].

En Russie

En Russie, les livres rédigés par les dirigeants de l'Allemagne nazie sont considérés comme des publications à caractère extrémiste, mais Mein Kampf n'était pas mentionné comme un ouvrage interdit jusqu'à fin mars 2010. En vente libre jusqu'alors, l'interdiction a été prise à la suite d'une décision de justice d'un tribunal à Oufa, dans l'Oural, qui l'a qualifié d'extrémiste. Le parquet général russe a depuis fait figurer Mein Kampf sur la liste des livres interdits[32].

En Suisse et dans les autres pays

En Suisse, Mein Kampf est considéré comme un simple ouvrage littéraire et sa vente est légale dans toutes les librairies. Dans la plupart des pays, la vente du livre n'est pas interdite légalement.

Statut juridique à venir

C'est en 2015 que Mein Kampf tombera dans le domaine public, et sera librement publiable, en application du droit d'auteur. Dans cette perspective, un collectif d'auteurs souhaite que le Parlement et les instances européennes publient une recommandation demandant qu'un avertissement (inspiré de celui exigé en France depuis 1979) soit inclus dans chaque nouveau volume et que cette signalétique s'applique à Internet par une démarche volontaire des gestionnaires de sites et des moteurs de recherche. Il réclame que des éditions scientifiques soient publiées de manière concertée en différentes langues.[33]

Notes et références

  1. Source : (de) historisches-lexikon-bayerns.de
  2. C'est du moins ce qu'affirme Otto Strasser, dont le frère Gregor Strasser était en détention avec Hitler à Landsberg-am-Lech, dans son ouvrage « Hitler et moi » (Hitler und ich) : « […] Le Père Stempfle […] travailla pendant des mois à mettre en ordre et à lier les pensées exprimées dans Mein Kampf. » Plus loin, le même auteur laisse entendre que Hitler n'aurait « jamais pardonné » à Bernhard Stempfle, qui fut l'une des victimes de la Nuit des Longs Couteaux en 1934, d’avoir relevé autant d’insuffisances dans la relecture du manuscrit.
  3. Ian Kershaw, Hitler tome I, p. 424
  4. Ian Kershaw, Hitler tome I, p. 518
  5. a, b et c Ian Kershaw, Hitler tome I, p. 358
  6. Ian Kershaw, op. cit., p. 358
  7. Cité par Andrea Tornielli dans sa biographie sur Pie XII, éditions Tempora
  8. Source : Adolf Hitler, Mon combat, p. 17, Les Nouvelles Éditions Latines, 2e éd., 1979 (1934)
  9. Mein Kampf, chapitre 1, page 17
  10. Ibidem page 17.
  11. Ou au début 1917 ; le texte ne donne pas de référence temporelle très précise.
  12. MK, chapitre La Révolution, page 193
  13. T.2 chap.1
  14. T.2 chap.3
  15. T.1 chap.2
  16. T.1, chap. 11, p. 289.
  17. Eugen Weber, Action française: royalism and reaction in twentieth century France, Stanford University Press, 1962, 594 p., p. 285
  18. Adolf Hitler, Mein Kampf — Mon Combat, Nouvelles Éditions latines, Paris, 1934, trad. J. Gaudefroy-Demombynes et A. Calmettes, In -8. 688 p. 
  19. Antoine Vitkine, Mein Kampf : histoire d'un livre, Flammarion, Paris, 2009
  20. a, b et c Article du journal Le Point du 19 mars 2009
  21. Mon Combat, p. 9
  22. Le Droit de Vivre du 5 septembre 1936
  23. Mon Combat, p. 10
  24. Cependant, en page 380, le traducteur prend la décision qu'il annonce en note : « Nous traduisons ici, et nous traduirons désormais, en principe völkisch par raciste. »
  25. L'article est paru dans X information du 25 février 1934, page 223.
  26. Pierre Assouline (Le Monde 2, mai 2008 ; Arte, Mein Kampf, mai 2008).
  27. Interview de Bertrand de Jouvenel parue dans le journal Paris-Midi du vendredi 28 février 1936 / Réf. BNF MICR D-uc80
  28. Adolf Hitler, Ma Doctrine, Arthème Fayard, Paris, 1938. In -8. 344 p. 
  29. Yann Moncomble, Les professionnels de l'anti-rascisme, Faits et Documents, Paris, 1987, 338 p., p. 100
  30. Instance judiciaire et date de l'arrêt rappelés en première page de l'ouvrage et, sur le Web, dans un article de Pierre Lemieux, titré « Liberté d'expression absolue », publié le 12 juin 1999 dans les colonnes du bimensuel Le Québécois libre, no 39.
  31. « Faut-il autoriser “Mijn Kamp” ? », Le Nouvel Observateur, 19 septembre 2007.
  32. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/03/26/97001-20100326FILWWW00432-la-russie-interdit-le-livre-mein-kampf.php La Russie interdit Mein Kampf, Le Figaro, 26 mars 2010
  33. Pour une édition critique de " Mein Kampf ", Le Monde 07/10/11, par Philippe Coen (juriste et fondateur de l'Initiative de prévention de la haine), Jean-Marc Dreyfus (historien - Université de Mancheste-), Marie-Anne Frison-Roche (professeur de droit -Sciences Po Paris-), Dominique de la Garanderie (avocate, ancien bâtonnier du barreau de Paris), Olivier Orban (éditeur, PDG des éditions Plon), Ana Palacio (avocate, ancienne ministre des affaires étrangères espagnole).

Voir aussi

Bibliographie

Éditions de Mein Kampf

  • Adolf Hitler, Mon Combat / Traduction intégrale de Mein Kampf par J. Gaudefroy-Demonbynes et A. Calmettes. Paris : Nouvelles Éditions latines, 1934, 685 p. 
  • Mein Kampf = Mon Combat : extraits / Adolf Hitler ; Préf. de Georges Bonnet aux éditions Vita vers 1936.
  • Adolf Hitler. Abrégé de Mein Kampf : pages choisies et commentées / par N. Marceau. Paris : Éditions du Comité Thaelmann, 1938, 96 p. 
  • Adolf Hitler. Par les textes de Adolf Hitler. La Doctrine hitlérienne, Hitler et la France (« Mein Kampf ») / commentaires de C.-Louis Vignon. Paris : Gagey, 1962, 127 p. 
  • Adolf Hitler. Extraits de Mein Kampf (Mon combat) [par Adolf Hitler], accompagnés de commentaires. Paris : Les Éditions R.R., 1939, 157 p. 
  • Adolf Hitler. Extraits de « Mein Kampf » [par Adolf Hitler], accompagnés de commentaires / par M. L. Michel. Paris : Les Belles éditions, (s.d.), 187 p. 1938
  • Adolf Hitler. Français, connaissez-vous Mein Kampf ? [Extraits de « Mein Kampf » d'A. Hitler, d'après la traduction de Gaudefroy-Demonbynes et A. Calmettes. Préface de Léon Mabille]. Paris : Impr. I.I.C., 1939, 32 p.  (Collection Paix et Liberté ; 7).

Ouvrages critiques

  • James John Barnes. Hitler's Mein Kampf in Britain and America: a publishing history, 1930-39. London ; New York ; Melbourne : Cambridge university press, 1980, XIII-157 p.  (ISBN 0-521-22691-0)
  • Linda Ellia. Notre combat / préf. Simone Veil. Paris : Seuil, 2007, 398 p.  Livre d'artiste collectif réalisé à l'initiative de Linda Ellia ; les artistes sollicités ont réalisé chacun une œuvre sur une page de « Mein Kampf ». (ISBN 978-2-02-096218-6)
  • Giorgio Fabre. Il contratto : Mussolini editore di Hitler. Bari : Éd. Dedalo, 2004, 236 p.  (Nuova biblioteca Dedalo ; 274. Serie Nuovi saggi). (ISBN 88-220-6274-4)
  • Thierry Féral. Le Combat hitlérien : éléments pour une lecture critique. Paris : la Pensée universelle, 1981, 160 p. 
  • Hubert Hannoun. Le Nazisme, fausse éducation, véritable dressage : fondements idéologiques de la formation nazie. Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 1997, 238 p.  (Éducation et didactiques). (ISBN 2-85939-530-X)
  • Eberhard Jäckel. Hitler idéologue / trad. Jacques Chavy. Paris : Gallimard, 1995, 174 p.  (Collection Tel ; 256). Trad. de : Hitlers Weltanschauung. (ISBN 2-07-073251-7)
  • Werner Maser. « Mein Kampf » d'Adolf Hitler / trad. André Vandevoorde. Paris : Plon, 1968, 379 p.  (Les Grands documents Plon).
  • Othmar Plöckinger. Geschichte eines Buches : Adolf Hitlers "Mein Kampf" 1922-1945 : eine Veröffentlichung des Instituts für Zeitgeschichte. München : R. Oldenbourg, 2006, VIII-632 p.  (ISBN 3-486-57956-8)
  • Felicity J Rash. Language of violence: Adolf Hitler's Mein Kampf. New York : P. Lang, 2006, X-263 p.  (ISBN 0-8204-8187-4)
  • Julien Rousseau. « Mein Kampf » : la bible des monstres. Saint-Astier : J. Rousseau, 1991, 144 f.
  • Hans Staudinger. The Inner Nazi: a critical analysis of "Mein Kampf" / ed., with an introd. and a biogr. afterword, by Peter M. Rutkoff and William B. Scott. Baton Rouge, La ; London : Louisiana state university press, 1981, 153 p.  (ISBN 0-8071-0882-0)
  • Antoine Vitkine, Mein Kampf : Histoire d'un livre, Paris : Flammarion, 2009

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