Eglise orthodoxe

Église orthodoxe

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L'orthodoxie ou christianisme orthodoxe (en grec Ορθοδοξία signifiant la foi droite) descend en droite ligne des premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres de Jésus dans les provinces orientales de l'Empire romain et comptant quelque 350 millions de fidèles. Elle est organisée en de nombreuses Églises territoriales (et non nationales) qui forment ensemble l'« Église orthodoxe » ou « Communion orthodoxe » fidèle à la théologie des sept conciles du premier millénaire chrétien et au droit canon qui en découle. Jusqu'au schisme de 1054, les Églises d'Occident (Église catholique romaine comprise) aussi furent orthodoxes, c'est-à-dire conformes à la théologie et au droit canon des sept conciles du premier millénaire.

Les Églises fidèles aux sept conciles, donc orthodoxes, sont présentes dans l'antique zone de culture grecque, c'est-à-dire dans la zone orientale du bassin de la Méditerranée, Palestine, Liban, Égypte, Turquie, Irak, Syrie, Éthiopie, Arménie, Soudan, voir (Portail:Chrétiens d'Orient) . Ces Églises sont aussi concentrées dans les zones de peuplement slave (Russie, Ukraine, Biélorussie, Bulgarie, Serbie, Monténégro, Macédoine) ainsi qu'en Roumanie et bien sûr en Grèce. Elles sont réparties dans le monde entier au travers de la diaspora des communautés d'origine et par le biais de convertis. Ce groupe d'Églises (ou plutôt : ces Églises en intercommunion) partage une compréhension, un enseignement et des offices suivant le rite de l'Empire romain d'orient [1]et se considèrent comme faisant partie d'une seule et même Église. La Bible et la Liturgie sont lues dans les langues nationales actuelles ou anciennes (Araméen, Arménien ancien, Grec ancien, Vieux slave).

Les Églises orthodoxes représentent dans le monde la troisième plus grande confession chrétienne en nombre de fidèles après l'Église catholique romaine et les Dénominations protestantes.

Sommaire

Définitions

L'appellation « Église orthodoxe » peut désigner plusieurs réalités différentes, au moins trois.

L'Église orthodoxe

L'Église orthodoxe (= Communion orthodoxe) est tout d'abord le nom officiel d'un corps ecclésial fondé par les apôtres et organisé par les Pères de l'Église, leurs successeurs depuis les premiers temps du christianisme. L'instance suprême de cette communion est le concile œcuménique, seul habilité à décider des formulations dogmatiques. L'instance immédiatement inférieure est le synode des primats qui se réunit pour s'adresser aux autres communautés chrétiennes. Puis viennent les 14 Églises autocéphales dirigées chacune par un synode présidé par le primat.

L'Église orthodoxe est ainsi l'ensemble des Églises des sept conciles qui se trouvent en communion les unes avec les autres. La communion est matérialisée de plusieurs manières et en particulier par la communauté eucharistique, la communion de foi et par les concélébrations des membres du clergé, par les diptyques et par l'ordre honorifique de chacune des Églises autocéphales (voir Liste des Églises orthodoxes)

Le Christianisme orthodoxe

Le Christianisme orthodoxe (= Orthodoxie, Églises des sept conciles) est parfois confondu avec l'Église orthodoxe. Cette confusion part du principe erroné que les quatorze Églises orthodoxes seraient complètement indépendantes les unes des autres et ne constituraient pas un corps unique. Il n'y aurait pas une Église mais une simple communauté culturelle orthodoxe. Ce qui est faux. En l'absence voulue d'un chef absolu (qui ne saurait être que le Christ lui-même) et d'administration centralisée, c'est la communion de foi qui prévaut et qui forme le corps du Christ.

Toute Église orientale non unie à Rome

Toute Église orientale non unie à Rome est parfois qualifiée d'Église orthodoxe. L'appellation ne signifie qu'une situation par rapport à l'Église catholique romaine ; elle regroupe en effet trois confessions différentes :

Pour se reconnaître plus facilement dans les diverses orientations théologiques qui leur ont donné naissance, des tableaux ont été créés présentés sous les liens suivants :

  1. Églises des deux conciles, l'Église assyrienne ou syriaque-orientale parfois dite nestorienne
  2. Églises des trois conciles ou communion monophysite, appelée aussi pré-chalcédonienne.
  3. Églises des sept conciles ou Église Orthodoxe au sens strict, appelée encore Église Catholique Orthodoxe.

Ces expressions officielles autant que techniques se réfèrent aux conciles christologiques dont elles acceptent les conclusions. Voir Dogmes catholiques.

L'institution de l'Église orthodoxe

Jésus-Christ annonce à l'avance la fondation de son Église en utilisant une métaphore architecturale « je bâtirai mon Église » (Mat 16, 13-20).

Les principes fondamentaux

L'évêque est successeur des apôtres

église orthodoxe du monastère des Météores, Grèce

L'Église orthodoxe se comprend comme l'Église chrétienne « des origines », « une, sainte, catholique et apostolique ». Ainsi, toutes les autres Églises (ou confessions), y compris la catholique romaine, sont ses membres ou potentiellement ses membres, même si des séparations ont pu, provisoirement ou durablement, empêcher la communion. Une Église orthodoxe conçoit aussi tous les chrétiens résidant dans son territoire canonique comme relevant de sa responsabilité pastorale même si certains d'entre eux ne la reconnaissent pas comme leur patrie spirituelle. Elle voit donc avec plus ou moins de surprise les nombreuses confessions évangéliques, ouvrir sur son propre secteur des Églises parallèles. Cette surprise se manifeste aussi pour l'évangélisation catholique s'insérant en milieu orthodoxe. Dans certains pays, règne une forte incompréhension. La divergence entre l'Église orthodoxe et l'Église catholique romaine réside dans le fait que les orthodoxes, selon leurs interprétations des préceptes du Christ et de ses apôtres [réf. nécessaire], ne comprennent pas la nécessité de la primauté d'un évêque sur les autres et investi d'une mission pour l'Église mondiale. La papauté, non pas comme archevêché de Rome ou patriarcat d'Occident, mais comme super-diocèse mondial, constitue un obstacle à la réunion avec l'Église de Rome qui faisait autrefois partie du concert des Églises orthodoxes [réf. nécessaire]. Pour les orthodoxes, c'est dans la collégialité apostolique que réside la confession traditionnelle de l'unique royauté du Christ seul. L'évêque est l'icône du Christ et c'est seulement en communion avec ses collègues dans l'épiscopat qu'il peut parler au nom du Verbe (le Christ).

L'épiscopat est donc le plus haut rang de la hiérarchie ecclésiastique. L'évêque possède en effet la plénitude du sacerdoce chrétien, il est en cela une image du Christ, le seul grand prêtre et seul sacrificateur de la Nouvelle Alliance. Chaque évêque est successeur de l'ensemble des douze apôtres et cette succession est matérialisée par la succession apostolique, le fait que tout évêque est consacré par des évêques eux-mêmes consacrés par des lignées d'évêques qui remontent, à travers les siècles, jusqu'à un apôtre.

Et cette réalité sacramentelle, inhérente à la dignité épiscopale, l'Église orthodoxe ne la confond pas avec les différents usages honorifiques destinés à rappeler l'ancienneté et l'origine apostolique de telle ou telle Église particulière. On dit en effet que le pape de Rome ou celui d'Alexandrie sont successeurs respectivement de Pierre ou de Marc, que l'évêque d'Antioche est également successeur de Pierre : ce sont des formules de politesse, des souvenirs historiques, certes importants, mais qui n'enlèvent rien à la dignité des autres évêques. L'Église orthodoxe se conforme sur ce point aux recommandations de saint Grégoire Ier, pape de Rome, qui avait peur qu'un titre épiscopal grandiloquent revienne à isoler un évêque et à rabaisser les prérogatives des autres évêques (Livre V, lettre 8).

La territorialité de l'Église

Le premier concile œcuménique, celui de Nicée I, a affirmé ce principe déjà largement appliqué depuis les apôtres, qu'en un lieu donné, un évêque et un seul, est garant à la fois de l'unité et de la communion de tous les chrétiens du lieu ainsi que de l'unité et de la communion avec les Églises des autres lieux. Chaque Église locale, rassemblée autour de son évêque, est en communion avec les Églises des autres lieux. C'est au nom de ce principe que les Églises orthodoxes ne sont pas ethniques mais territoriales et que les titulatures des évêques ne renvoient pas à des peuples mais à des lieux. Il n'y a pas d'Église finnoise mais une Église de Finlande qui rassemble les orthodoxes du lieu qu'ils soient Finnois, Russes ou Suédois.

Ce principe s'accommode traditionnellement de trois exceptions, tolérables parce que mineures et très particulières :

  • le statut d'extraterritorialité des métochions (dépendances) des monastères,
  • le statut de stavropigie de certains monastères (exempts),
  • le statut d'extraterritorialité des exarcats (représentations de certains primats dans des grandes villes relevant de la juridiction d'un autre primat).

Ce principe connaît aussi de nos jours plusieurs entorses importantes.

  • Depuis le début du XXe siècle, en raison des conflits et des bouleversements idéologiques, plusieurs Églises ont fondé des paroisses parallèles puis des évêchés « superposés » dans des pays qui ne sont pas traditionnellement orthodoxes, c’est-à-dire dans la diaspora (Europe occidentale, Amériques, Asie du Sud et de l'Est, Australie et Océanie). C'est le cas de la quasi totalité des Russes qui ont fui la révolution bolchévique. L'Afrique a échappé à cet éparpillement parce que le patriarche d'Alexandrie y est bien identifié comme le primat du lieu.
  • Depuis la chute de l'Empire soviétique en 1990, le phénomène s'est étendu à quelques pays de l'Europe de l'Est (Pays baltes, Moldavie, Ukraine) ou les appartenances juridictionnelles anciennes ont été contestées.

Avec ces paroisses qui, dans une même ville, relèvent ici d'un évêque et là d'un autre et d'une autre Église autocéphale, l'Église orthodoxe se trouve confrontée à un vrai défi. Ou bien elle se figera dans une situation de contradiction par rapport à ses principes fondateurs, ou bien elle aura le courage de faire vivre la tradition qui est la sienne pour trouver des solutions acceptables et adaptées aux diverses situations pastorales.

La collégialité et la tradition

« Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, dit le Seigneur, je suis au milieu d'eux ». La règle, dans l'Église orthodoxe, est de ne rien décider tout seul et de toujours prendre l'avis de ses pairs et de décider avec eux : « le Saint Esprit et nous avons décidé que ... » C'est pour cette raison que l'Église orthodoxe ne peut pas accepter que le pape de Rome soit sorti du collège épiscopal et isolé comme chef solitaire, la collégialité est une garantie non suffisante mais nécessaire d'orthodoxie. En application de ce même principe, une époque, si éclairée qu'elle puisse se croire, ne doit pas agir et décider sans se mettre en harmonie avec les époques précédentes : c'est le principe de tradition qui régit toute la vie de l'Église orthodoxe.

L'harmonie entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel

On a beaucoup reproché à l'Église de l'Empire byzantin d'avoir été soumise à l'empereur [réf. nécessaire]. Certes les empereurs ont constamment désigné les patriarches de Constantinople et autres évêques. Certes ils ont régulièrement exercé des pressions sur l'Église. Rien de tout cela n'était inconnu en Occident. Ce qui est remarquable dans l'histoire byzantine c'est la formidable résistance de l'Église. Chaque fois que les empereurs ont cherché à porter atteinte à la doctrine essentielle de l'Église, ils se sont heurtés à des opposants et même à des martyrs : iconoclasme, tentatives de proclamer martyr tout soldat mort au combat, quatrième mariage de Léon VI le Sage etc. Les titres et les honneurs dont bénéficient l'empereur s'assortissent d'une condition de taille : la fidélité à la tradition.

En Occident, la résistance ne fut ni aussi forte, ni aussi constante. Du point de vue byzantin, la querelle des investitures ne touche pas un point vital de la doctrine du salut. En revanche, quand Charlemagne décida de modifier le credo par l'addition du mot filioque, seul le pape résista véritablement. Et la papauté, à l'époque membre de l'Église orthodoxe, résista durant trois siècles. Mais c'est finalement Charlemagne qui eut raison lors de l'élection d'un pape en rupture de tradition avec ses prédécesseurs et entièrement acquis à la doctrine carolingienne.

L'harmonie entre la tradition monastique et la vie séculière

L'équilibre entre l'acrivie et l'économie

L'organisation

L’Église orthodoxe est une communion d’Églises indépendantes sur le plan de l'organisation et de la discipline et intimement liées entre elles sur le plan dogmatique. Chacune d’elles est autocéphale, c’est-à-dire dirigée par son propre synode habilité à choisir son primat. Elles partagent toutes une foi commune, des principes communs de politique et d’organisation religieuses ainsi qu’une tradition liturgique commune. Outre les langues employées lors du culte, seules des traditions mineures diffèrent en fonction des pays. Les évêques primat à la tête de ces Églises autonomes peuvent être appelés patriarches ou archevêques. Ces primats président les synodes épiscopaux qui, dans chaque Église, constituent l’autorité canonique, doctrinale et administrative la plus élevée. Il existe, entre les différentes Églises orthodoxes, une hiérarchie honorifique, déterminée en fonction de l’histoire plutôt que par leur force numérique actuelle.

Ordinations et sacerdoce

Hiéromoine orthodoxe russe, vers 1870

Le sacrement de l'ordre comporte trois étapes. La première étape est le diaconat, la deuxième le presbytérat et la troisième l'épiscopat. Les évêques sont choisis parmi les moines, tandis que prêtres et diacres peuvent être mariés avant d'être ordonnés mais ne peuvent pas se marier une fois ordonnés.

Le patriarche, l'archevêque primat ou le métropolite comme primus inter pares, président les assemblées d'évêques, puis viennent les évêques (du grec episkopos, c'est-à-dire surveillant, inspecteur), prêtres (du grec presbyteros, ancien), enfin les diacres (grec. diakonos, i.e. aide ou assistant).

La hiérarchie compte aussi des sous-diacres, des lecteurs, des chantres ordonnés lecteurs ou sans sacrement spécifique et sans obligation particulière de discipline. Ces offices tirent leur origine des liturgies primitives ; et ceux qui ont reçu ces ordres exercent en partie d'autres fonctions que celles suggérées par leur nom. Les diaconesses appartiennent également au groupe des services sans ordination mais avec bénédiction spéciale de l'évêque. Elles sont principalement compétentes pour la préparation du baptême des femmes ; leur rôle est toutefois devenu insignifiant avec l'acceptation des baptêmes d'adultes, en sorte qu'elles disparaissent complètement dès la fin de l'Empire byzantin. Les diaconesses ne participèrent jamais à l'office et ne peuvent être considérées comme un « diaconat féminin ».

Contrairement aux Églises occidentales, dans les Églises orthodoxes la plupart des théologies sont traditionnelles et l'enseignement est en grande partie, entre les mains des Églises ; on rencontre aussi de nombreux laïcs théologiens et, inversement, la majorité des prêtres ne sont pas théologiens.

On n'ordonne pas les femmes et on n'admet pas les jeunes filles au service d'autel. La femme du prêtre a une position particulière dans la communauté et un titre spécifique :

  • en arabe khouria (féminin d'un hellénisme kyrios, « seigneur »),
  • en grec presbytera (« prêtresse », le plus ancien),
  • en russe matuschka (« maman »).

Exclues du service de l'autel, les femmes peuvent, en principe, exercer beaucoup de fonctions dans la communauté, i.e. élues au conseil d'église, chef de chœur, catéchiste pour les enfants comme pour les adultes, peintre d'icônes. La participation des femmes à la vie communautaire est toutefois différente selon la culture locale.

Les conciles œcuméniques

Article détaillé : Liste des conciles œcuméniques.

Le synode des primats

À certaines occasions, les primats orthodoxes se réunissent. C'est le cas en particulier quand il convient d'affirmer une position orthodoxe face aux autres confessions chrétiennes. Ce fut le cas en 1848. Les patriarches orthodoxes rédigèrent une encyclique mettant en garde la papauté romaine contre son projet de dogme sur « l'infaillibilité pontificale ».

Les Églises autocéphales et autonomes

Les Églises autocéphales, d'un point de vue juridique et spirituel, sont complètement indépendantes et choisissent leur propre primat. Elles peuvent avoir compétence sur d'autres Églises, dites seulement autonomes parce qu'elles ne désignent pas seules leur primat.

Du fait de son rayonnement ou de son importance historique, une Église autocéphale peut porter le titre de patriarcat ou d'archevêché ; elle est alors dirigée respectivement par un patriarche ou un archevêque. À la tête d'une Église autonome, exerce un archevêque.

Les Églises et communautés religieuses orthodoxes russes (des 7 conciles) en France et en règle générale dans la diaspora dépendent selon les cas, du patriarcat de Moscou ou de celui de Constantinople. L'Église russe hors-frontière (ou synodale russe) ou bien le patriarcat de Kiev constituent des dissidences de l'Église russe qui ne sont pas reconnues par l'ensemble des autres Églises de la communion orthodoxe.

Dans les Églises orthodoxes, tous les évêques sont juridiquement et spirituellement égaux : un patriarche, un archevêque ou un métropolite n'ont pas plus d'autorité ni de droit juridictionnel que n'importe quel autre évêque dans le territoire canonique d'un évêque voisin. Ils dirigent toutefois collégialement avec les évêques du synode, portant le titre de primus inter pares (« premier entre les égaux ») et ils représentent l'Église à l'extérieur.
Les résolutions engageant une Église entière ne peuvent être prises que par la communauté des évêques lors d'un concile ou un synode. Dans son diocèse, chaque évêque exerce la juridiction épiscopale pleine et entière.

Spiritualité

Sacrement

Les Églises orthodoxes connaissent sept sacrements (bien que la notion des 7 sacrements soit très tardive), plus exactement nommés mystères :

  • le baptême
  • la chrismation (qui succède immédiatement au baptême)
  • l'eucharistie (donnée la première fois également directement après le baptême), les Saints Dons
  • la confession (réconciliation ou pardon)
  • l'ordination
  • le mariage
  • le sacrement des malades - onction des malades (n'est pas réservé aux mourants)

Les 7 sacrements sont très semblables à ceux de l'Église catholique-seule la Chrismation en diffère,le septième sacrement étant la Confirmation pour l'Église romaine-, mais dans l'Église orthodoxe, ils ne sont pas fixés dogmatiquement comme cela se produisit dans l'Église catholique à l'époque de la Réforme (XVIe siècle, concile deTrente). Ainsi, la délimitation n'est pas claire entre sacrement et sacramentalité (p. ex. un enterrement ou un ondoiement).

Contrairement à la plupart des religions du monde, les Églises orthodoxes ne célèbrent aucun rituel de transition de l'enfant à l'adulte ; mais beaucoup de traditions locales sont pratiquées par des jeunes et ressortissent de ce type de célébration : en Grèce, par exemple, plonger dans un fleuve ou dans la mer et en rapporter la croix que le prêtre y a jeté lors de la célébration du Baptême du Christ, le 6 janvier.

L'Église orthodoxe est la plus proche héritière de la tradition apostolique remontant à l'Église chrétienne primitive (liturgie, credo, organisation...).

Liturgie

  • Le cœur de la spiritualité orthodoxe est riche, principalement dans le chant de la liturgie fortement symbolique, dont la forme actuelle, au moins partiellement, s'enracine dans l'époque constantinienne IVe siècle.
  • La première partie de la liturgie, appelée Liturgie des catéchumènes avec prière et lectures bibliques se référe au culte synagogal, tel que Jésus dut le connaître ; la deuxième partie, la Liturgie des fidèles célèbre l'eucharistie, est d'origine proprement chrétienne. Le nom de chacune des parties se réfère au temps où tous les candidats non encore baptisés devaient quitter l'église après la première partie et où l'on fermait les portes à clef.
  • la liturgie originale dure cinq heures, la liturgie basilienne dure environ deux heures, la liturgie de Jean Chrysostome ne dure environ qu'une heure et demie et c'est celle qui est célébré la plupart des dimanches tandis que, pour certaines occasions (dimanches du grand carême, fête de saint Basile) le typicon prévoit la liturgie de saint Basile.

Avec l'orthros (matînes), les petites heures, les prières avant et après la communion, l'office dominical peut durer trois heures, ou plus les jours de fête. De plus, l'usage de l'agrypnie ou vigile nocturne s'est conservé, non seulement pour Pâques, comme en Occident, mais aussi pour d'autres fêtes et en particulier pour les fêtes patronales, votives ou panégyrie. Dans certains grands monastères, la célébration de la fête patronale peut durer toute la nuit. De ce fait, tous les fidèles ne restent pas du début à la fin des célébrations. L'antienne Kyrie eleison fréquente est typique (Seigneur, prends pitié) tant de la prière liturgique que de la prière individuelle.

  • le chant développe une particulière importance dans la liturgie russe orthodoxe. Ils sont compris comme prière à part entière ; ils ne doivent donc être « produits » que par les voix humaines. L'utilisation des instruments n'est pas admise dans les Églises russes orthodoxes parce que les instruments ne peuvent prier.

Dans les autres Églises orthodoxes, la musique instrumentale est rare. Une théorie, envisageant cette aversion contre la musique instrumentale, la rapproche des orchestres usuels dans les jeux du cirque romains ; les chrétiens considèrent les jeux du cirque, dans lesquels ils étaient parfois les victimes, comme un culte idolâtre.

Dans la liturgie orthodoxe, on se signe chaque fois que la Trinité est mentionnée. Le signe de croix se pratique selon un mouvement de droite à gauche : front, poitrine, épaule droite, épaule gauche. Le pouce, l'index et le majeur sont liés pour représenter la trinité, tandis que l'annulaire et l'auriculaire sont repliés dans la paume pour signifier la double nature. On se signe aussi en admirant une icône avec ou sans prière et dans d'innombrables autres occasions, laissées à la discrétion du croyant.

Le fidèle est, en principe, debout à l'office ; beaucoup d'églises n'ont de sièges que le long des murs pour les personnes âgées ou affaiblies. La position à genoux est peu fréquente ; le dimanche, on connaît quelques grandes prosternations analogues à celles de l'Islam dans les Églises d'Europe centrale ou d'Égypte.

Calendrier

Voir le chapitre équivalent dans l'article : Calendrier liturgique orthodoxe.

Les fêtes liturgiques

Voir le chapitre équivalent dans l'article : Calendrier liturgique orthodoxe

Les saints

Les différences avec les autres confessions chrétiennes

Différences entre l'Église orthodoxe et les deux confessions occidentales (le catholicisme et le protestantisme) :

  • L'Église orthodoxe n'ajoute pas au credo le mot filioque pour trois raisons :
Cet ajout, qui a modifié le texte d'un concile œcuménique (Ier concile de Constantinople), aurait été imposé par l'empereur Charlemagne contre l'avis du pape de Rome saint Léon III et de la plupart de ses successeurs durant plus d'un siècle (IXe siècle, à l'exception notable de Nicolas Ier).
  1. cet ajout ne serait pas conforme au texte de l'évangile (Jean 15, 26).
  2. cet ajout modifierait les relations entre les personnes de la Trinité et rabaisserait le Saint-Esprit.
  3. cet ajout implique que Dieu ne peut sauver que des âmes chrétiennes, ce qui risque de légitimer des dérives telles que les conversions forcées ou l'Inquisition.
  • L'Église orthodoxe refuse la doctrine augustinienne sur la grâce pour deux raisons :
  1. cette doctrine, très personnelle, n'est pas partagée par le concert des Pères de l'Église, tant en Orient qu'en Occident (principe de collégialité).
  2. cette doctrine annihile la liberté de l'homme : si c'est la grâce qui fait tout, que fait l'homme ?
  • L'Église orthodoxe baptise par « immersion » pour trois raisons :
  1. c'est la tradition depuis les origines évangéliques.
  2. c'est le sens même du mot baptême en grec.
  3. cela symbolise bien l'adhésion totale au Christ et le fait de « revêtir le Christ ».
  • Église orthodoxe ignore la notion d'« hospitalité eucharistique »
- À la sainte Table, c'est le Christ lui-même « qui offre et qui est offert, qui reçoit et qui distribue » comme le répète chaque liturgie. Aucun prêtre, aucun évêque, aucun patriarche n'a le droit de s'interposer entre le Christ et la conscience du fidèle.
- Si une personne est en communion de foi avec l'Église, qu'elle fasse librement la démarche d'en devenir membre et cette démarche sera scellée par la communion eucharistique.
- Si une autre personne n'est pas en communion avec l'Église, que sa conscience soit respectée et ne soit pas violentée, qu'elle ne communie pas pour sa condamnation et que nul mensonge ne vienne obscurcir sa relation avec Dieu.

Les Églises orthodoxes, pour la plupart d'entre elles, sont membres du Conseil œcuménique des Églises, rejoint en 1961. Elles entretiennent aussi un dialogue œcuménique avec l'Église catholique et la Communion anglicane. Elles ne sont cependant pas prêtes à accepter, même si une décision est votée à la majorité, à envisager d'adopter des notions et des pratiques non traditionnelles, (présidence d'une pasteurine lors d'une célébration commune, évolution de la langue liturgique, libéralisme théologique) etc.

Différences avec l'Église Catholique

  • L'Église orthodoxe autorise le mariage de ses prêtres. Seuls les moines qui vivent à l'écart de la société dans les Monastères orthodoxes doivent faire vœux d'abstinence sexuelle. C'est parmi eux que sont choisis les évêques.
  • L'Église orthodoxe considère le Pape comme le patriarche de Rome, il a une place de primauté en cas de Concile œcuménique, le Christ étant chef de l'Église pour ces deux confessions, en effet les catholiques considèrent le pape comme successeur de Pierre et vicaire du Christ qui est à la tête du corps mystique de l'Église. Les orthodoxes ont une conception plus restreinte de la primauté de Pierre.

Conditions d'un retour de l'Église catholique à l'orthodoxie ou "Afin que tous soient un..."(Jean 17 :21)

  • La donation de Constantin est considérée par Constantinople (l'Église Orthodoxe) comme un vulgaire faux, ce qui est aujourd'hui reconnu par l'Église Catholique. Cette condition est donc aujourd'hui accomplie.
  • Abandon du Dictatus papæ (pour un orthodoxe seul un Concile œcuménique peut avoir une telle autorité).
  • Réexamen de la Réforme grégorienne, les chrétiens d'Orient y voient une forme d'autoritarisme spirituel et de renversement graduel des traditions. Cette réforme impose entre autres le célibat des prêtres.
  • Organisation à Rome d'un VIII Concile œcuménique pour établir l'unité.

L'histoire

Le terme apostoliques

Le terme apostolique fais référence a un apôtre (ou plusieurs de préférence,) qui est à l'origine d'une église. C'est le cas de l'église apostolique arménienne qui a été fondée par les apôtres Thaddée et Barthélemy.

L'organisation provinciale (90-325)

Les conciles œcuméniques et l'organisation patriarcale (325-787)

La rupture avec l'Occident (787-1204)

Les raisons de cette rupture progressive sont à chercher tant du côté des divergences doctrinales et liturgiques qui couvaient entre les deux Églises depuis le VIIIe siècle, que du côté des rivalités politiques entre les États occidentaux, qui commencent à s'affirmer et l'Empire byzantin, dont la puissance décline au XIIe siècle. Selon la plupart des auteurs, le premiers schismes, en 787 et 863, ont deux causes principales:

  • la diminution de l'influence de l'Empire romain d'Orient en Italie, au profit des Lombards, et le souci de la Papauté de se concilier ces derniers, géographiquement plus proches;
  • la divergence doctrinale au sujet du Saint-Esprit (Filioque, voir Schisme de Photius): selon l'évêque de Rome, celui-ci découle du Christ autant que du Père: par conséquent seule une âme chrétienne peut être sauvée alors que le devoir de l'Église est de convertir tout incroyant; selon le reste de l'Église fidèle au symbole de Nicée-Constantinople et donc selon les patriarcats orthodoxes, le Saint-Esprit ne découle que du Père et celui-ci peut sauver qui Il veut, sans condition de religion.

Mais ces deux schismes furent éphémères. La rupture définitive en 1054 de l'évêque de Rome, à l'époque Léon IX, avec le reste de la Pentarchie a pour origines:

  • la disparition de l'influence de l'Empire romain d'Orient en Italie, au profit des Francs et des Normands, et le souci de la Papauté de renforcer son autorité spirituelle sur ces puissants voisins;
  • la rivalité politique entre Léon IX et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, le premier interprétant son statut de Primus inter pares dans le sens d'une autorité canonique sur les autres Patriarches, le second réfutant cette interprétation;
  • la volonté papale d'uniformiser dans le sens « latin » les rites dans la partie sud de l'Italie, récemment conquise par les Normands sur les Byzantins, qui se heurte à l'opposition du même Michel Cérulaire (Keroularios), tout aussi soucieux de les uniformiser dans le sens « grec » ; la pierre d'achoppement fut l'usage du pain azime (dont la pâte n'a pas été levée) en Occident.

Il s'ensuivit un échange de lettres peu amènes dans lesquelles est discutée l'œcuménicité du patriarcat de Constantinople. L'intransigeance des deux protagonistes mène à la rupture, alors que l'empereur Constantin IX est partisan d'une alliance avec Rome et se veut conciliant. Le pape Léon IX envoie à Constantinople les légats Humbert de Moyenmoûtier, Frédéric de Lorraine (plus tard pape sous le nom d'Étienne IX) et Pietro d'Amalfi. Humbert et Michel Cérulaire sont aussi susceptibles l'un que l'autre. Michel Cérulaire met en doute la validité du mandat des légats. Le débat tourne à l'échange de propos injurieux. Humbert soulève le problème du Filioque (fili oque). Le 16 juillet 1054, Humbert et les légats déposent la bulle d'excommunication de Michel sur l'autel de la cathédrale Sainte-Sophie, sortent et secouent la poussière de leurs chaussures[2]. Le 24 juillet, le synode permanent byzantin réplique en anathémisant les légats.

Toutefois, contrairement à ce qui est souvent affirmé, l'excommunication n'est pas réciproque entre Rome et Constantinople car le pape n'y est pas mis en cause, et l'affaire n'est pas prise très au sérieux à l'époque, malgré l'excommunication, quelques années plus tard de l'empereur Alexis Ier Comnène, d'ailleurs levée par le pape Urbain II. À la fin du XIe siècle, il n'est pas question de schisme. Ce n'est qu'au XIIIe siècle que les choses se gâteront au moment des croisades. L'événement déterminant sera le sac de Constantinople par la quatrième croisade en 1204.

Jusqu'à la reconciliation de 1965, chaque église prétendait être l'unique Église catholique et orthodoxe à la fois, déniant ces titres à l'autre, qualifiée de « schismatique ». Sémantiquement on pourrait dire que l'Église occidentale a bien été « orthodoxe » avant d'avoir introduit en théologie, liturgie et droit canon, des changements acumulés au fil des siècles (question du « filioque », discipline du jeûne et baptême sans immersion chez les catholiques, postulat du purgatoire, absence d’une épiclèse avant le récit de l’institution, prière eucharistique de la messe catholique, vente des indulgences, célibat ecclésiastique et absence de barbe chez les clercs, Inquisition, infaillibilité du Pape...), alors que les églises orientales sont restées conformes au symbole de Nicée-Constantinople (au point que le mot orthodoxe signifie : « conforme au dogme d'origine » même dans la sphère laïque).

Malgré ces divergences difficilement surmontables, les relations se sont partiellement détendues au XXe siècle dans un effort d'œcuménisme : les anathème ont été levés le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier. Mais au XXIe siècle elles se sont tendues à nouveau, avec la politique de recentrage du pape Benoît XVI, le recul de l'œcuménisme et l'irritation des églises orthodoxes roumaine et slaves face aux revendications des églises uniates (ces dernières leur réclament la restitution des locaux confisqués par les régimes communistes et remis aux églises orthodoxes).

De l'Empire à l'Europe orientale (1204-1453)

Le temps des néo-martyrs (1453-1831)

L'affirmation d'une organisation nationale (1831-1914)

Les persécutions du XXe siècle (1914-1990)

Longtemps étouffée par les régimes communistes, l'Église orthodoxe a repris souffle malgré les conflits auxquels elle était confrontée.

Pendant plus de soixante-dix ans, les autorités politiques de l'URSS ont tenté d'éradiquer la foi orthodoxe, tenue pour responsable de l'aliénation des masses et coupable d'avoir soutenu, durant des siècles, l'empire tsariste. Cependant, la position des autorités soviétiques ne fût pas immuable. Dans les années suivant la Révolution d'octobre, le pouvoir adopte une position clairement anti-cléricale. On brûle alors des églises et des reliques. La saisie des biens d'église est ordonnée en 1934 pour lutter (inefficacement) contre la Grande Famine. Avec la Grande Guerre Patriotique (connue sous le nom de Deuxième Guerre Mondiale en France) en 1941, la politique soviétique vis-à vis de la religion orthodoxe change: il s'agit de souder la population autour de la patrie et de ce quelle a en commun. La religion orthodoxe connait un nouveau départ avec l'élection d'un nouveau patriarche (le dernier ne fût pas remplacé à sa mort). Près de vingt ans après la chute du régime soviétique, des milliers d'églises ont été construites ou reconstruites et de nombreux Russes retournent à la religion. Certes, l'emprise de l'Église sur la société reste limitée par rapport à ce qu'elle était autrefois. Mais à côté d'une recherche spirituelle, beaucoup de Russes voient sans doute dans la religion orthodoxe un retour à leurs racines historiques, une affirmation que cette culture millénaire n'a pas été effacée par la police politique.

Aujourd'hui (depuis 1990)

Bibliographie

  • Stella Ghervas, Réinventer la tradition. Alexandre Stourdza et l'Europe de la Sainte-Alliance, Honoré Champion, Paris, 2008 (ISBN 978-2-7453-1669-1)
  • Jean Meyendorff, L'Église orthodoxe hier et aujourd'hui, Seuil, Paris, 1995 (ISBN 2-0202-3537-4)
  • Jean-Claude Roberti, Être orthodoxe en France aujourd'hui, Hachette, Paris, 1998 (ISBN 2-0123-5342-8)
  • Timothy Ware, L'orthodoxie : l'Église des sept Conciles, Desclée de Brouwer, Paris, 1997 (ISBN 2-2200-4022-4) (2e éd., 1re éd. en français en 1968)

Notes et références

  1. ce rite byzantin est quasiment le seul rite observé dans les Églises des sept conciles, à l'exception notable de quelques rares communautés entrées récemment dans l'Orthodoxie dont celles issues de la tradition anglicane aux USA qui relèvent désormais du Patriarcat d'Antioche et de tout l'Orient tout en conservant l'essentiel du rite anglican pour leurs offices.
  2. Il s'agit d'une allusion à un passage de l'Évangile selon Luc (9:6) : « Et, si les gens ne vous reçoivent pas, sortez de cette ville, et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux » (traduction Louis Segond)

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