Nationalisme

Le terme nationalisme désigne le principe politique[1], né à la fin du XVIIIe siècle tendant à légitimer l'existence d'un État-nation pour chaque peuple (initialement par opposition à la royauté, régime politique qui en France sera ensuite nommé Ancien Régime), et qui s'est imposé au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Les historiens ne présentent pas ce nationalisme, en général, comme une idéologie car il est peu et mal argumenté ou justifié par des intellectuels, il est par contre facilement présent comme une évidence dans la vie politique et sociale[2].

Ce terme désigne aussi un mouvement politique déclarant vouloir exalter la nation sous toutes ses formes (État, culture, religion, traditions, préférence nationale pour l'emploi, etc), par opposition aux autres nations et populations. Ce mouvement, en Europe, est né à la fin du XIXe siècle, vers 1870 : chauvin et xénophobe, il trouvait alors ses militants principalement dans la petite bourgeoisie[3],[4],[5].

Le nationalisme apparaît aussi, à partir du milieu du XIXe siècle, comme un sentiment national plus ou moins répandu et exalté au sein de la population d'un pays, et s'invitant au sein de multiples doctrines ou idéologies (surtout au XXe siècle) allant des pôles extrémistes du communisme (par exemple le concept de Patriotisme anti-impérialiste de Mao Zedong) au fascisme (concept de Totalitarisme anti-capitaliste de Benito Mussolini), en passant par la troisième internationale léniniste et les justifications d'épurations ethniques[6], peut-être parce que le sentiment national est devenu « puissamment mobilisateur », comme l'ont compris dès le printemps des peuples de 1848 certains conseillers de dynasties européennes[7],[8].


Sommaire

Le nationalisme d'avant le XVIIIe siècle

Antiquité

Dès l’Antiquité, il existe un sentiment d'appartenance commune à des entités politiques ou morales.

On peut citer en exemple :

  • Le sentiment d'appartenance au monde grec par opposition aux « barbares » (qui ne parlent pas la langue grecque) et la mobilisation d'une partie des cités grecques contre l'envahisseur perse. L'autre partie des cités grecques se battait aux côtés des perses
  • L'alliance de nombreux peuples gaulois contre les romains et leurs alliés, qui comptaient des peuples gaulois, pendant la guerre des Gaules
  • La notion de compatriote utilisée par les bretons insulaires pendant les guerres contre les Angles et les Saxons d'où résultent les noms de la Cambrie, Cumberland, Northumbrie et le nom que se donnent eux-mêmes les Gallois (Kymry) : Tous ces noms proviennent d'une racine celtique désignant les compatriotes[9]

Ces exemples font référence à des entités morales et non à des nations au sens moderne.

Le Moyen Âge

L'existence d'un « nationalisme » au Moyen Âge est controversée, en particulier parce que l'historiographie récente montre comment l'État-nation, en tant que tel, n'est réellement apparu qu'avec la Révolution française et l'émergence de l'« ère des nationalismes » (Eric Hobsbawm) au XIXe siècle. Certains auteurs, tels Gaines Post, avaient cependant soutenu l'hypothèse d'une ébauche de nationalisme au XIIIe et XIVe siècle, avec le début de la construction des États territoriaux (Royaume d'Angleterre, de France et d'Espagne) liée, selon eux, à l'apparition d'un sentiment de patriotisme (patria communis) unissant les sujets et le souverain dans une même allégeance. En tout état de cause, si nationalisme il y avait, celui-ci différait fortement du nationalisme moderne : l'éclatement du système juridique et linguistique français diffère ainsi largement des conditions modernes du jacobinisme.

De son côté, Eric Hobsbawm affirme qu'il ne faut pas confondre le sentiment national avec d'autres variantes du sentiment d'appartenance collective, nommés sentiments « protonationaux », qui « n'avaient pas -ou n'ont pas- de relation nécessaire avec l'unité d'organisation politique territorial [...]. », et évoque les difficultés de connaître « les sentiments des illettrés qui formaient l'écrasante majorité de la population mondiale avant le XXe siècle », soulignant que l'on ne dispose d'informations que sur la fraction instruite de la population, et qu'il est illégitime de généraliser de l'élite aux masses, ou de confondre le nationalisme avec un « nationalisme de noblesse »[10].

Le nationalisme créateur de nations, à partir de la fin du XVIIIe siècle

Histoire ou typologie ?

Le nationalisme est un phénomène apparu clairement au XVIIIe siècle et ayant conquis les esprits et tous les degrés de la politique mondiale entre les XVIIIe - XXe siècles. Cet élargissement s'est accompagné d'une diversification de ses manifestations et d'évolutions au cours du temps dans chaque lieu où il s'est manifesté. Les historiens, dans une volonté de synthèse, ont eu à choisir entre retracer l'évolution temporelle du nationalisme, en évoquant chaque région du monde et en soulignant ses constantes (c'est le choix de Benedict Anderson qui insiste sur les imitations entre politiques nationalistes qui se multiplient au cours du temps), et entre proposer une typologie du nationalisme, mettant ainsi en valeur les dépendances et indépendances de ses manifestations envers les situations historiques de ses apparitions (c'est le choix de Raoul Girardet et d'Ernest Gellner). Certains ont choisi une voix médiane où les détails historiques soulignent une typologie proposée : c'est le choix d'Eric Hobsbawm qui utilise la typologie de Miroslav Hroch. Les auteurs Ernest Gellner, Benedict Anderson et Eric Hobsbawm, bien qu'ayant des approches différentes, déclarent chacun apprécier les publications des autres, avec quelques réserves sur différents points[réf. nécessaire].

Les causes du nationalisme

Généralités

Nombre d'historiens[11] s'accordent sur le fait que le nationalisme peut être considéré comme une volonté d'organiser la société suivant des principes en adéquation avec l'économie libérale naissante au XVIe siècle. Ils refusent toutefois de le considérer comme une simple conséquence mécanique de l'économie, montrant que sa mise en place, d'une région à l'autre du monde, a été très influencée par les dynamiques politiques locales et par les fonctionnements sociaux propres aux diverses populations. L'historien Bernard Michel, spécialiste de l'Europe centrale, considère que la diversité est telle qu'une vision synthétique de l'ensemble du nationalisme à l'échelle du monde, voire simplement d'un continent, est de peu d'efficacité et que « l'étude comparative des nationalismes prend tout son sens là où les réalités sont comparables[12] ». Eric Hobsbawm souligne que ce lien entre nationalisme et économie libérale n'est pas du tout envisagé par les théories libérales du XIXe siècle qui, au contraire, considèrent les nations et leurs pouvoirs centralisés comme des freins au développement d'une économie mondiale que les économistes appellent de leurs vœux[13]. Ernest Gellner montre que si une économie agraire peut se satisfaire d'une société où l'écriture et le savoir sont le privilège d'une minorité, et où l'ensemble de la société est multiplement cloisonné, l'économie industrielle a besoin d'une homogénéité de la population et d'une interchangeabilité des individus (une « entropie sociale »), d'où la nécessité d'un large partage de l'écriture, du savoir, d'un langage commun et d'un égalitarisme[14].

Ces mêmes historiens insistent sur le rôle de la presse écrite et des publications diverses dans les prises de conscience par les individus qu'ils font partie d'une communauté d'intérêts (au sens de préoccupations, et pas seulement d'intérêts économiques) : peu importe le contenu des publications, leur seule existence étant l'élément central d'une propagande nationaliste. Les différentes publications ne sont pas seulement des expressions d'une communauté d'intérêts, elles contribuent à forger cette communauté[15]. De ce fait, et du fait de ses intérêts économiques, le rôle de la bourgeoisie lettrée a été moteur dans toute construction d'un nationalisme : souvent il s'agit d'une coalition entre la petite aristocratie foncière, les universitaires et la bourgeoisie. Des différences notables sont observées suivant les régions du monde : par exemple le rôle nationaliste hongrois a été joué par l'aristocratie industrieuse magyare dans l'Empire austro-hongrois, en la quasi-absence d'une bourgeoisie ; « les lecteurs du polonais » étant dans un cas semblable[16]. « Ce qui […] a rendu les nouvelles communautés imaginables, c'est l'interaction à demi fortuite, mais explosive, entre un système de production et de rapports de production (le capitalisme), une technique de communication (l'imprimé) et la fatalité de la diversité linguistique. »[17]

Benedict Anderson souligne l'importance des découpages administratifs (géographiques, ethniques, linguistiques, économiques, etc.) qui ont eu comme effet sur les futurs nationalistes de leur créer des horizons géographique, culturel, politique naturels car intimement vécus comme tels, ce qui ne veut pas dire que tous ont tout accepté de cet héritage. Par exemple, en Amérique du sud, les actuels pays hispanophones sont peu ou prou découpés suivant les frontières administratives tracées par la couronne espagnole ; l'Inde et l'Indonésie ne sont aujourd'hui des entités unifiées que suite aux découpages administratifs de leurs colonisateurs respectifs qui ont ainsi créé, malgré eux, des horizons aux représentations nationales chez leurs indépendantistes respectifs, et lesquels ont, après l'indépendance, joué de rapports de forces entre eux pour arriver à définir précisément leurs nations. Les États-Unis d'Amérique constituant une notable exception, au terme de leurs 150 années de travail d’expansion et d'unification[18]. L'historien note qu'après l'effondrement « du vieux monde socialiste » , « les lignes de fragmentations [de l'URSS en États] ont remarquablement suivi la carte des structures territoriales et administratives instaurées par Lénine, Staline et Khrouchtchev, plutôt que celles des communautés ethniques rivales »[19].

Les sociétés non-industrielles

Les sociétés agraires[20], suivant la terminologie d'Ernest Gellner, sont les sociétés non-industrielles et sont structurés par certaines classifications des individus, vécues comme naturelles, soutenues par une économie et des cultures fonctionnant en harmonie. La description générale est : une population illettrée multiplement cloisonnée verticalement par le lieu de vie, la corporation de métier (statut social), la religion ; une élite souvent lettrée cloisonnée horizontalement par la strate d'appartenance (pouvoir, religion ou autre) et le statut atteint au sein de celle-ci. Les cloisonnements verticaux correspondent à des populations localisées et ayant à peu près le même statut social, mais séparées par des différences vécues comme majeures et se manifestant parfois par des différences de langues parlées (la langue pouvant changer d'un village à l'autre, les corporations ayant parfois des langues spécifiques et un savoir-faire nécessitant un très long apprentissage) et dont les langues n'ont qu'un sens local (pas de mot pour désigner les abstractions coutumières des élites)[20]. « Les langues vernaculaires non écrites représentent toujours un ensemble de variantes communiquant entre elles avec des degrés divers de facilité ou de difficulté »[21]. Les cloisonnements horizontaux correspondent à des strates de la société qui sont non-localisées (en tout cas moins localisées que la population illettrée) qui exigent de ses membres la connaissance d'une langue spécifique parmi celles en cours (langue de cour, d'administration, de création littéraire, de l'enseignement religieux, de langue liturgique, langues des enseignements primaire, secondaire ou universitaire[22]) et un apprentissage ou une cooptation ; et acquérir le tout nécessitait parfois une vie entière de labeur[20].

Les langues y sont associées à des fonctions sociales, pas à des populations (d'ailleurs les noms de plusieurs futurs nationalités signifient paysan), les langues populaires sont multiples et non transcrites, en général. « Il serait aussi incongru pour les maîtres des domaines de parler le langage de leurs paysans que de labourer les terres ou de garder les bestiaux. »[22]

Les cultures sont multiples dans ce système : cultures religieuses, de corporatismes, administratives (liées à l’État), liée à un village, etc. La reproduction d'une culture (son enseignement) n'est pas une affaire d’État, mais l'affaire de la strate sociale concernée. L'individu n'éprouve pas, en général, le besoin de se définir identitairement de manière précise par rapport à l'une d'elles et est attaché à plusieurs cultures, parfois même à plusieurs d'entre elles que l'on aurait aujourd'hui tendance à considérer comme concurrentes (y compris le choix de la langue d'expression quand plusieurs langues co-existent pour un même niveau culturel). À part les clercs, les corporations culturelles n'ont pas une pratique politique de leur culture : nulle prétention à une hégémonie ni même à une expansion. Les frontières (matérielles et sociales) culturelles, linguistiques et politiques sont distinctes. Les petites communautés paysannes vivent centrées sur elles mêmes, sur leurs besoins économiques locaux. L’État a « intérêt à prélever l'impôt, à maintenir la paix et pas beaucoup plus »[20].

Ces cloisonnements multiples, que l'on peut détailler jusque dans le mode de reproduction des différentes strates, ont été vécus comme naturels et n'ont donné lieu à aucune tentative de révolution, sinon des jacqueries, du moins jusqu'à l’avènement de l'économie industrielle et du nationalisme. Les sociétés agraires ont été le mode de vie normal durant plus de cinq mille ans[20].

Exemples : les cité-États de l'Antiquité, le Moyen âge occidental, la Chine pré-industrielle, etc[20].

Les sentiments d'appartenance à un groupe, qui ont existé dans ces sociétés, sont étudiés par Eric Hobsbawm. Il en ressort que si les illettrés ont laissé peu de traces de leurs avis, ils n'ont que rarement manifesté des sentiments d'appartenance comparables au nationalisme. Les identités revendiquées, et liées à une collectivité, étaient parfois religieuses, tribales ou ethniques, rarement linguistiques (et dans ce cas comme critère secondaire). Par exemple, au XIXe siècle, les premiers parmi les migrants vers les États-Unis que l'on classerait comme Albanais, ne se déclaraient pas comme Albanais. Ce qui est compris c'est qu'aux XIXe - XXe siècles les activistes nationalistes ont cherché à fédérer et à s'appuyer sur des identités collectives diverses qui n'étaient pas nationalistes (proto-nationalistes), avec des succès variés puisque, par exemple, les sentiments tribaux ont été parfois fort réticents à se fondre dans le nationalisme[21].

Les sociétés industrielles

Les origines de la société industrielle sont sujets de débats d'érudits, « il en sera très probablement ainsi longtemps encore »[23]. Cette société est caractérisée, entre autres, par un haut niveau de productivité (et la croyance en l'accroissement continuel de cette productivité) nécessitant une division du travail en perpétuel changement, et cela sur un rythme soutenu. Ce changement touche aussi bien le rôle économique de l'individu que sa position au sein de la société. Déjà Adam Smith soulignait la précarité de la richesse des bourgeois : la mobilité professionnelle et même sociale touchent parfois l'individu au cours de sa vie, elles sont certaines d'une génération à l'autre. Une société fonctionnant sur cette mobilité ne peut pas s'accorder avec les cloisonnements de l'époque pré-industrielle : l'interchangeabilité des individus devient nécessaire, et un égalitarisme en est la conséquence. La communication du savoir et des savoir-faires est gage d'accroissement de la productivité, de « progrès », elle doit être précise et capable de descriptions formelles (techniques) adressées, hors contexte, à une personne anonyme : la langue devient un outil de communication universel, et non pas local ou réservé à une sorte de tribu sociale, elle devient aussi dé-ritualisée et dé-sacralisée, par contre elle devient écrite (si elle ne l'était pas avant), strictement codifiée et sa codification largement répandue et enseignée afin qu'elle joue son rôle[23].

L'éducation de l'individu, pour qu'il soit mobile au sein de la société, doit lui permettre de lire la langue répandue, et d'avoir des compétences de bases assez larges pour pouvoir s'adapter à un large éventail de rôles sociaux. Les connaissances sont aussi désacralisées et largement accessibles : pour accéder à une spécialité l'heure n'est plus, comme dans les sociétés non-industrielles, aux études de toute une vie, ni aux rituels sacrés d'une corporation. Ainsi, puisque la reproduction culturelle n'est plus en lien avec des corporations sociales, l'éducation est organisée par la plus large corporation possible : l'État. L'éducation d’État est ainsi la garantie de l'interchangeabilité des individus, et l'enseignement devient l'enjeu essentiel de l’État, et sa principale dépense financière : l'unité culturelle de la société est un impératif d’État. « Le monopole de l'éducation légitime est maintenant plus important et plus décisif que le monopole de la violence légitime »[23].

Le nationalisme consiste à réclamer ce fonctionnement de la société, par opposition au fonctionnement des sociétés non-industrielles.

Ernest Gellner étudie son modèle de la société industrielle en évoquant les différentes situations initiales possibles (coexistence de populations initialement distinguables) et les aboutissements possibles (scission de la nation, fusion des populations, etc.) et détaille l'égalitarisme, la quasi-interchangeabilité et la mobilité sociale des individus, qu'il nomme « entropie sociale », nécessaires pour le bon fonctionnement économique de la société, et qui deviennent des normes morales[24].

Naissances et développements des nationalismes

Si on considère en général[réf. nécessaire] que le nationalisme est apparu d'abord en Europe occidentale, avec en premier lieu le nationalisme romantique, Ernest Gellner soutient qu'une des premières manifestations culturelles de la transition vers la société industrielle est la Réforme protestante qui a consacré l'universalisation du sacerdoce et « constitue une préfiguration des attitudes et des traits sociaux qui, selon [son] modèle, produisent la période nationaliste »[25]. Benedict Anderson soutient que la réforme protestante et le « capitalisme de l'imprimé » ont profité l'un de l'autre pour accroître leurs audiences respectives[26].

Benedict Anderson, soutient que le nationalisme a d'abord émergé dans les colonies européennes sur le continent américain, en lien avec la création d'une communauté linguistique via les progrès de l'imprimerie, focalisant ainsi l'attention sur les guerres d'indépendance en Amérique du Sud et l'indépendance des États-Unis qu'il considère comme la première création d'une nation.

« Voici donc l'énigme: pourquoi est-ce précisément les communautés créoles[27] qui acquirent si tôt le sentiment de former une nation – bien avant la plus grande partie de l'Europe ? Pourquoi ces provinces coloniales, qui rassemblaient généralement de fortes populations opprimées et non hispanophones, ont-elles données naissance à des créoles qui redéfinirent sciemment ces populations comme autant de ressortissants d'une même nation?[28] »

L'historien répond lui-même à sa question : cela vient des découpages administratifs (géographiques, ethniques, linguistiques, économiques, etc.), créés et entretenus par la métropole, et volontairement distincts d'elle, qui ont eu comme effet sur les futurs nationalistes de leur créer très tôt des horizons géographique, culturel, politique naturels car intimement vécus comme tels[29].

En dehors des causes permettant l'émergence du nationalisme, Benedict Anderson insiste sur le rôle des imitations dans les élaborations des politiques nationalistes officielles, au point que certaines semblent machiavéliques (russification forcée sous Alexandre III de Russie, par exemple), d'autres artificielles et inconsistantes (dans l'Empire d'Autriche-Hongrie, le nationalisme Hollandais dans sa colonie indonésienne)[30].

Le nationalisme n'a cessé de se manifester depuis le XVIIIe siècle, se présentant d'abord dans les textes et idées pour finalement intervenir puissamment dans le domaine politique. Outre le continent Américain, l’Europe du XIXe siècle est un des principaux lieux d'expression politique du nationalisme  : surtout à partir du printemps des peuples de 1848, les mouvements nationalistes sont parties prenantes des événements politiques européens, et une bonne partie des États y sont devenus des États-nations dès 1918. Ceux d'Europe centrale, après un entre-deux-guerres où la protection des minorités nationales sous l'égide de la SDN donnera des résultats peu convaincants, se retrouveront envahis sous des prétextes nationalistes, et déchiquetés durant la seconde guerre mondiale. Ils attendront la chute du mur de Berlin, en 1989, qui signe la fin de la période soviétique en Europe, pour renouer officiellement avec des préoccupations nationalistes (alors que durant la période soviétique, et sans que ce soit officiellement admis, des nationalismes se sont manifestés à tous les niveaux politiques en Europe de l'Est)[31]. Au XXe siècle les colonies d'Asie et d'Afrique ont développé des nationalismes amenant aux décolonisations. Dans tous les cas, nombre d'historiens[réf. nécessaire] admettent la typologie de Hroch distinguant trois phases.

Le nationalisme, mouvement politique d'après 1870

Selon Eric Hobsbawm, à partir des années 1870, en Europe et ailleurs, le nationalisme change sur trois points essentiels : il n'y plus de seuil minimal du nombre de personnes pour qu'un groupe se considérant comme une nation revendique le droit à un État et un territoire ; l'ethnie et la langue deviennent des critères centraux, voire les seuls, pour légitimer une nation ; le thème de la nation, de la patrie, du drapeau subit un glissement politique « vers la droite ». Certaines confusions apparaissent entre les notions de nations, races, langues et religions (par exemples l'antisémitisme n'acquit son caractère racial que vers 1880, il était avant surtout religieux, et race et nation sont utilisés comme « des quasi-synonymes », avec une idée d'hérédité). Les raisons de ses changements importants seraient multiples, notamment le contexte guerrier, la crise économique de la seconde industrialisation et la démocratisation de la vie politique dans un nombre croissant d'États (sans que cela soit une contribution facilement compréhensible)[3].

Nationalisation de la langue

En accord avec nombre d'historiens[32], Eric Hobsbawm note que « l'élément politico-idéologique est évident dans le processus de construction de la langue » qui peut aller jusqu'à « la création ou l'invention de nouvelles langues », « la politique de la langue devient un exercice de formation de la société » et que « l'importance symbolique des langues prévaut sur leur utilisation effective », et aussi que les différentes classes sociales se sentent différemment concernées par ce thème, les plus fervents activistes venant de la couche intermédiaire modeste socialement mais instruite, en bref la « petite bourgeoisie ». Il insiste sur l'utilisation des structures étatiques (école, administration, armée) par des pouvoirs nationaux, parfois dès les années 1860, pour imposer une langue unique et standardisée (parfois quasiment inventée) à des populations aux parlés diversifiés, mais ne s'y opposant pas (malgré d'amers souvenirs d'enfance de certains intellectuels)[3].

Racisme et hostilités entre nations

À ce sujet, les avis des historiens divergent quant à leur lien avec le nationalisme.

Benedict Anderson souligne que la nation inspire surtout l'amour, un amour qui « va souvent jusqu'au sacrifice », le nationalisme pensant en termes de « destin historique » alors que le racisme rêve de « domination éternelle » et trouve son origine dans les idéologies de classes, « surtout dans les prétentions des dirigeants à la divinité, et chez les aristocraties », dans un but de répression et de domination intérieures ; ce qui se retrouve aussi dans le racisme des « bourgeois gentilshommes » des empires coloniaux européens, alors que dans les mouvements nationalistes des décolonisations les manifestations de haine envers les colons sont très rares[33]. Cet historien affirme que « des puissants [...] menacés d'être exclus, ou marginalisés » dans les communautés nationales ont développé des « nationalismes officiels » « calqués sur les nationalismes populaires largement spontanés » mais qui furent des « politiques conservatrices, pour ne pas dire réactionnaires »[8].
L'historien Bernard Michel soutient qu'au XIXe siècle en Europe centrale, le nationalisme a permis le développement de réseaux de sociabilité nationaux concurrents et pacifiques[34], et n'est pas responsable de conflits armés (aux exceptions près des révolutions de 1848 et de la longue guerre entre les Hongrois et l'armée impériale d'Autriche-Hongrie), mais que ceux-ci ont été déclenchés par des puissances impériales (puis au XXe siècle par des États à caractère totalitaire), les haines entre nationalités étant entretenues par les États voulant détourner le mécontentement populaire ou par les mouvements pangermanistes. Le seul conflit purement nationaliste étant la première guerre mondiale, entre Français et Allemands[35].
En ce qui concerne l'Europe, l'historienne Anne-Marie Thiesse[36] affirme qu'après une première phase libérale-nationale où les idées libérales sont inspirées de la révolution française, le printemps des peuples de 1848 met en lumière la problématique du territoire de chaque nation et donc les futurs conflits entre elles, notamment du fait de ce qui sera plus tard appelé les minorités nationales ; ceci étant visible dès cette époque par l'opposition entre le pangermanisme et le panslavisme. L'historienne souligne aussi le fait que certains pouvoirs monarchiques et certaines mouvances nationalistes comprennent qu'ils doivent s'associer pour assurer leur avenir respectif (ces monarques semblant peu ébranlables et les idées nationales s'avérant « puissamment mobilisatrices »). Elle rapporte également l'émergence de divisions au sein des mouvements nationalistes, entre « conservateurs, libéraux modérés ou avancés, ... ». L'unité allemande de 1871 en est un aboutissement[7].
De son côté, Eric Hobsbawn affirme que « les liens entre racisme et nationalisme sont évidents », et souligne les confusions de cette époque entre nation et race, associés à des idées d'hérédité et de pureté raciale, linguistique, etc. L'historien ne trouve pas surprenant que le nationaliste ait « rapidement gagné du terrain entre 1870 et 1914 » : les changements sociaux et politiques, le grand nombre de migrations augmentant le nombre de frictions entre groupes, la situation internationale ont fourni de multiples occasions de manifester de l'hostilité envers des étrangers, la démocratisation de la politique y contribuant. « Dans les puissances et les États-nations établis, le zèle patriotique des couches [sociales] intermédiaires était plus que bienvenu pour les gouvernants engagés dans l'expansion impériale et les rivalités nationales contre d'autres États »[3].
Ernest Gellner affirme que le nationalisme est une vision égoïste de la politique, que la satisfaction de certains nationalistes implique la frustration des autres, et que l'unité politique territoriale ne devient ethniquement homogène que si on tue, expulse ou assimile tous les non-nationaux[37].
En ce qui concerne la France, Gérard Noiriel répertorie des rixes et violences entre ouvriers à la fin du XIXe siècle et constate que s'il y a toujours eu des violences entre ouvriers locaux et ceux venant d'ailleurs, considérer de manière systématique que ailleurs c'est un pays étranger date du milieu des années 1880 : avant, pour les ouvriers, venir d'un pays étranger ou d'une autre région française était équivalent. Toutefois l'historien note que l'on manque d'éléments pour étayer cette analyse[38]. Dans ce contexte de crise économique de la seconde industrialisation et au sujet de la désignation des problèmes et des solutions, l'historien note aussi l'effet boule de neige entre la presse à la recherche de lecteurs, les politiciens à la recherche d'électeurs (la troisième république est établie depuis la fin de l'année 1870) et les ouvriers pouvant se plaindre, et il conclut que « la presse construit les stéréotypes sur lesquels vont s'appuyer les acteurs du champ politique pour élaborer leurs discours » et qu'à cette époque « un large accord existe [...] pour affirmer qu'il faut protéger les Français de la concurrence des étrangers »[39].

Exemples de définitions et de classements de nationalismes

Un exemple de classement

Le politologue Denis Monière classe le nationalisme sous deux typologies[40] :

– une typologie dite « classique », basée sur les critères d'appartenance, qui fait la distinction entre le nationalisme civique ou politique et le nationalisme ethnique ou culturel. Chacun renvoie à une conception de la nation bien particulière ;
–une seconde, basée sur des critères basés sur les objectifs, comprend quatre groupes : nationalisme de domination, nationalisme de libération, nationalisme de conservation, nationalisme de revendication.

Deux principaux courants idéologiques en France

Le nationalisme contemporain en France peut se subdiviser en deux courants principaux :

Tendances « nationalistes » propres au XXe siècle

Au XXe siècle, le nationalisme se conjoint à l'anti-impérialisme pour former des mouvements de libération nationale.

Les indépendantistes

On peut situer dans ce courant :

Quand l’entité dominante est un État, on parlera, suivant le degré d’autonomie souhaité, de régionalisme, d’autonomisme, de séparatisme (à connotation négative) ou de sécessionnisme (face à un État fédéré).

Le souverainisme s'oppose au fédéralisme. En Europe, Euroscepticisme est une forme de souverainisme, ainsi que le mouvement souverainiste du Québec en Amérique du Nord.

Les impérialismes

L'autre grande tendance dans le nationalisme, le nationalisme dominateur, nettement plus conquérante, vise à la domination par une nation d'un territoire nettement plus vaste que celui qu’elle occupe. On peut notamment citer :

– le nazisme ;
– le colonialisme ;
– la définition d'un « ennemi héréditaire » à des fins de propagande.

Le nationalisme est dans ce cas synonyme d’impérialisme (si l’entité dominée est hors de l’État dominant) ou de jacobinisme (si l’entité dominée fait partie intégrante de l’État dominant). Ce nationalisme cherche parfois des justifications dans une grande histoire : rêves de rétablissement de l'Empire romain de Mussolini, théorie du Lebensraum (espace vital) des nazis, prétentions civilisatrices du colonialisme, etc.

Une distinction cruciale entre ces deux tendances fondamentalement différentes est la reconnaissance ou non de droits égaux aux autres peuples.

Le « nationalisme technologique »

Maurice Charland a caractérisé un « nationalisme technologique » comme une tendance vers la construction et la légitimation de l’État-nation par des systèmes de transport et de communication financés et parrainés par les pouvoirs publics[44]. Harold Innis, théoricien de la communication, amorce une réflexion sur le nationalisme technologique et sur la relation économique qui unit le Canada urbain au Canada rural, idées sur lesquelles s'appuie sa théorie des principales ressources[45].

Article détaillé : Nationalisme technologique.

Oppositions au nationalisme

  • Karl Marx, puis les théoriciens marxistes, se sont officiellement opposés au nationalisme, qu'ils présentaient comme une étape dans le développement des sociétés humaines, et avançaient l'idée qu'une internationale prolétarienne allait assurer la victoire de cette classe sociale. Toutefois, certains historiens considèrent que si les observateurs marxistes ont été perspicaces sur les rouages du nationalisme, leur combat politique pour s'opposer à l'envahissement du nationalisme dans les cœurs des prolétaires est un échec sans appel ou relatif, suivant les historiens[3].
  • Les partis socialistes de tous les pays défendirent officiellement l'internationalisme, qui s'oppose au nationalisme. Ce tournant fut marqué, en France, par l'Affaire Dreyfus, au cours de laquelle le nationalisme en France devint une valeur de droite voire d'extrême-droite. Cependant, l'« internationalisme prolétarien » pouvait se joindre à une défense du patriotisme (par exemple chez Jaurès, qui déclare « Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d'internationalisme y ramène. Un peu de patriotisme éloigne de l'Internationale ; beaucoup de patriotisme y ramène »[46], ou chez le radical-socialiste Clemenceau, voire chez Bakounine qui distinguait le nationalisme en tant qu'idéologie d'État du patriotisme en tant que « sentiment naturel », même s'il pouvait se montrer très critique également envers ce dernier). Malgré l'internationalisme affiché, la majorité des socialistes se rallièrent aux bellicistes en 1914, puis, en France, la SFIO de Guy Mollet au colonialisme après 1945 - malgré l'opposition de certaines tendances. En 1995 le président François Mitterrand a déclaré: Le nationalisme, c'est la guerre ![47]. Ce qui montre bien qu'encore aujourd'hui, le nationalisme est sujet à dissension au sein du parti socialiste.
Dans la pratique, le stalinisme se montra presque nationaliste.
Les divers courants marxistes antistaliniens conservent des convictions internationalistes.
  • Les fédéralistes européens se définissent en opposition au nationalisme, défini comme étant la croyance en l'idée d'État-nation, vu comme un facteur de guerre.

On peut citer en opposition au nationalisme, l'universalisme politique, cf le journal L'Universaliste.

Nationalismes par pays

En Allemagne

Article détaillé : Unité allemande.

L'unité des populations germanophones est une idée née à la fin du XVIIIe siècle, dans l'élan de la passion européenne pour les redécouvertes des traditions, le théologien Johann Gottfried Herder en étant un des plus notables théoriciens. Toutefois, entre le temps de l'émergence des idées à l'unité politique, il se passera près d'un siècle durant lequel le pouvoir prussien (comme de nombreuses cours d'Europe) comprend qu'il a intérêt à utiliser la ferveur populaire.[réf. nécessaire] La création de la nation allemande se fait principalement sous l'égide de la Prusse, qui impose l'unification des États germaniques après la guerre de 1870.

C'est en Prusse que naît un sentiment allemand national. Battue par Napoléon Ier, la Prusse est affaiblie et cherche à se relever. Elle pense[réf. nécessaire] qu'une union doit se faire entre les peuples du territoire allemand pour se battre contre l'ennemi commun : Napoléon. Le nationalisme est un courant d'idée qui affirme la supériorité de la nation dans la construction des États. Stein, ministre d'État prussien de 1804 à 1808 et Hardenberg, ministre des Affaires étrangères de 1804 à 1806, réforment l'État prussien Scharnhorst et Gneisenau, général et maréchal prussiens, réorganisent l'armée prussienne de 1807 à 1813 et l'animent d'un sacrifice au salut national commun.

C'est autour de la Prusse que se regroupent les patriotes allemands dans cette guerre patriotique et nationale que l'on appelle très vite les guerres de libération (Befreiungskriege). Apparaissent alors toute une série de libelles et de textes réclamant la constitution d'un État allemand groupant tous les peuples parlant la langue allemande, incluant au besoin des peuples en dehors de ce qui était jusqu'en 1806 le Saint-Empire. Ainsi se développe le Volkstum, rassemblement de tous les hommes de même langue, de même culture.

Au début du XIXe siècle, on disait ainsi que « la Prusse n'était pas un pays qui avait une armée, mais une armée qui avait un pays » [48]. En effet, sur les 7 à 8 000 officiers de l'armée prussienne, en 1806, plus d'un millier d'entre eux étaient étrangers[48]. Les étrangers étaient encore plus nombreux dans les armées de Frédéric le Grand (règne de 1740 à 1786), l'armée ayant été partiellement « nationalisée » sous Frédéric-Guillaume III (1797-1840) suite aux réformes de Gneisenau et Clausewitz[48].

Progressivement, la liberté de circulation au sein des États allemands est instaurée, un traité des laissez-passer (1850) étant signé entre la majorité des États, suivi d'un autre en 1865 (non signé par la Prusse) qui abolit la nécessité des passeports, et enfin d'une loi de 1867 négociée sous l'égide de Bismarck qui supprime les restrictions à la liberté de circulation visant les « classes dangereuses ».

Dans l’Empire austro-hongrois

L'identité binationale en Autriche-Hongrie forme une situation particulière pour cet État, Empire central en Europe.

Le XIXe siècle voit la naissance ou l'affirmation de sentiments nationalistes au sein des différents peuples regroupés sous l'autorité de l'Empire austro-hongrois, avec par exemple la « Renaissance nationale » tchèque (publication du Dictionnaire tchéquo-allemand dans les années 1840 par Josef Jungmann). C'est le prélude à la dissolution de cet empire à l'issue de la Première Guerre mondiale.

En Belgique

Article détaillé : Belgicanisme.

En Espagne

Article détaillé : Régionalismes et nationalismes en Espagne.

En France

Article détaillé : Nationalisme français.

En France, le concept de nation est hérité de la Révolution française.

On vit en effet apparaître, au début de la Révolution, une société, le Club de 1789, plutôt modéré, qui se réclamait du patriotisme. Une autre société, que François Perrault décrit comme beaucoup plus radicale, apparut par la suite (1792) : la Société patriotique du Luxembourg.

Il en découle une politique dont les objectifs sont essentiellement l'indépendance, l'unité et la prospérité de sa propre nation et de son peuple. Le nationalisme base l'identité d'un individu sur son rapport à une nation.


En Italie

Articles détaillés : Risorgimento et Irrédentisme.

Le XIXe siècle voit le développement de l'idée nationale italienne et l'unification de l’État italien autour de la dynastie de Piémont-Sardaigne.

Au Japon

Article détaillé : Expansionnisme du Japon Shōwa.

Le nationalisme moderne japonais se développe d'abord durant l'Ère Meiji (1867-1912). A ce moment là il est défensif, visant à préserver l'indépendance du Japon face à la menace du colonialisme occidental symbolisé par la politique de la cannonière menée par le commodore Perry en 1853 et par les traités inégaux de 1858. Ce nationalisme devient expansionniste sous l'ère Shôwa. Il est basé alors sur la supériorité de la race nipponne, le monarchisme, le militarisme et l’expansionnisme.

En Chine

Au Royaume-Uni

Articles détaillés : Nationalisme irlandais, Nationalisme gallois et Nationalisme écossais.

Les nationalistes irlandais s'organisent et créeront en 1905 le Sinn Féin et l'IRA (parties revendiquant l'indépendance, l'IRA utilisera la violence pour se faire connaître…). Pendant la Première Guerre mondiale, les Irlandais se révolteront et la répression sera féroce.

Quoique les idéologies nationales du Pays de Galles et de l'Écosse n'aient pas atteint le degré de violence précité, ces deux autres nations formant l'État plurinational de Grande-Bretagne ont également développé des nationalismes ; celui d'Écosse échoue en 1930, là où il réussira en 1997 concernant la souveraineté autonomique, en se réformant considérablement (le visage du nationalisme écossais contemporain est bien différent des années 1930).

Évolution chronologique

Sur le continent américain

En Amérique du Nord

En Amérique du Sud

En Europe

Le nationalisme romantique

Article détaillé : Nationalisme romantique.

En dehors de la philosophie des lumières, le XVIIIe siècle européen voit éclore une littérature qui se veut fondée sur des textes populaires, tutoyant la littérature classique et haussant les peuples au rang d'héritiers de dignes traditions culturelles, ce qui s'avérera comme un pas vers une légitimité d'existence politique. Ce nationalisme se développe dans les salons littéraires, dans les maisons d'édition, et, progressivement, dans la bourgeoisie lettrée européenne.

En 1763, la publication par James Macpherson des œuvres du barde écossais Ossian suscite un grand enthousiasme : cette poésie galloise, supposée ancestrale, sera brandie comme une œuvre équivalente à celles d'Homère ou Virgile, et autres grands classiques de la littérature antique. En 1817 une commission d'experts universitaires conclut que ce texte n'a rien d'authentique. Ce texte est le premier du genre (du moins le premier ayant un tel succès) : bien d'autres suivrons à travers toute l'Europe, et cela durant tout le XIXe siècle[49],[50]. Dans toute l'Europe littéraire voient le jour des théories sur les peuples et de leur continuité dans le temps. Un des plus notable théoricien étant Johann Gottfried Herder, synthétisant les idées neuves de son époque telles que : la lutte contre le monolithisme culturel et le despotisme politique, les aspirations au bonheur et à la liberté, le rejet des séparations entre les ordres sociaux, l'élan vers le progrès et la redécouverte de la nature et des traditions. Chaque redécouverte d'une épopée, d'une tradition populaires reçoit le soutien international des lettrés ; du moins jusqu'au milieu du XIXe siècle : après certaines rivalités se font jour entre les différents nationalismes qui ont de plus en plus d'effets politiques[51].

De la révolution française au printemps des peuples

Après le Bill of rights limitant le pouvoir du Roi d'Angleterre et la guerre d'indépendance des États-Unis, la Révolution française consacre l'importance politique des sujets d'un roi, en Europe c'est la première prise du pouvoir au nom d'un peuple. Mais son écho sera faible dans les populations européennes. Les guerres napoléoniennes stimuleront, par opposition, les nationalistes européens en les amenant à se poser problème de l’État comme protecteur, en particulier ceux de langue allemande, ainsi qu'en Espagne.

En 1815, par le traité de Vienne la Sainte Alliance consacre la toute puissance des trônes sur le destin des pays et ses membres se liguent contre toute volonté expansionniste de la France. Toutefois deux entorses majeures vont révéler les limites de ce principe dynastique, en novembre 1830 lors d'une conférence réunissant à Londres les grandes puissances (Grande-Bretagne, Russie, Autriche, Prusse et France). L'indépendance de la Belgique, réclamée par des manifestations populaires, en est la première, et semblait sans conséquence stratégique bien qu'encourageant les révisionnistes (nationalistes) de l'ordre de Vienne. Les insurgés grecs contre l'Empire ottoman obtinrent aussi le soutien de ces puissances dynastiques réunies du fait « de leur quête d'intérêts particuliers, le plus souvent rivaux »[52].

Le printemps des peuples de 1848, impulsé en France à (presque) toute l'Europe, est un ensemble de mouvements nationalistes insurrectionnels aux objectifs assez distincts et en général animés par la classe moyenne et universitaire, mais dans certains cas par une petite noblesse opposée à un pouvoir central dynastique dans lequel elle ne se reconnaît pas (cas magyar). La faiblesse numérique qui découle de l'étroite assise populaire de ces mouvements explique qu'ils n'aient pas résisté longtemps aux répressions des armées fidèles aux dynasties, toutefois le cas de la révolte magyar qui a tenu tête aux armées autrichiennes a permis d'illustrer la solidarité des dynasties contre tout nationalisme : l'Empire de Russie est intervenu dans l'Empire d'Autriche pour mater cette révolte (il faut dire que l'Empire russe avait déjà dû réprimer une révolte polonaise en 1830 et ne voulait pas qu'elle soit ranimée). Ces mouvements relativement populaires ont été l'aboutissement d'une évolution nationaliste des idées dans une part croissante de la population ; leur échec général a semblé définitif à nombre de protagonistes[52].

Du printemps des peuples à 1918

Après le printemps des peuples, et parfois avant (comme pour la Russie), des conseillers de couronnes comprennent que le nationalisme est une puissance avec laquelle il faut compter. En plus de leurs stratégies d’alliances déjà connues, les États cherchent alors à favoriser les nationalismes internes aux royaumes rivaux et à contenir ceux qui pourraient diminuer leur propre puissance[52].

Dans le but de fissurer le front uni du traité de Vienne contre la France, Napoléon III déclare officiellement vouloir favoriser le nationalisme à travers l'Europe, ce qu'il fera notamment pour constituer un État italien allié et diminuer la puissance du Pape, tenter de faire éclater l'Empire des Habsbourg (en aidant le nationalisme serbe, entre autres), jouant sur le nationalisme polonais pour contrer de l'intérieur l'Empire russe et la Prusse[52].

Sous l'impulsion de Bismarck, la Prusse attire à elle les petits États allemands (germanophones), en se présentant comme puissance protectrice et en s'alliant la bourgeoisie commerçante par le biais de traités commerciaux unifiant le marché. Elle rentre alors en concurrence avec l'Empire des Habsbourg en cherchant à s'allier ses populations germanophones[52].

L'Empire russe et celui des Habsbourg aident et se posent en recours de diverses populations sous la domination de l'Empire ottoman, pour mieux le dépecer. La couronne d'Angleterre s'oppose aux nationalismes pour contrer toute nouvelle montée en puissance de la France et limiter l'extension de l'Empire russe qu'elle voit comme un solide concurrent[52].

Finalement, ces stratégies guerrières favorisent les nationalismes qui se développent et rivalisent les uns avec les autres pour leurs droits aux seins des États. La Prusse devient le centre d'un État Allemand où les représentants de la population prennent un poids politique croissant ; l'Italie se constitue laborieusement et suivant le modèle français (le Risorgimento se conclut en 1870) ; sans pour autant avoir tenté de développer un nationalisme qui lui soit propre, l'Empire des Habsbourg semblait inébranlable aux contemporains, mais il se parcellise progressivement en États nationalistes ; sous la crainte de l'éclatement (suite à la révolte polonaise de 1863) l'Empire russe se lance dans une russification forcée de ses populations qui exacerbe même les nationalismes latents dans l'Empire et dans lesquels les révolutions russes (de 1905 et 1917) trouveront des appuis[52]. Au croisement de toutes les tensions se trouvent les Balkans : nationalismes d'émancipation, violents et en concurrence les uns avec les autres, intérêts géostratégiques rivaux de toutes les grandes puissances européennes qui soufflent le chaud et le froid, oppositions symboliques (Europe-Asie, oppositions religieuses), imbrications étroites de différentes populations se réclamant de nationalités différentes ce qui rend plus complexe qu'ailleurs le tracé de frontières les séparant (le problème est similaire dans l'Empire des Habsbourg). Cette région sera quasi-continuellement le théâtre de guerres au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle : cette « poudrière de l'Europe » donnera un prétexte au déclenchement de la Première Guerre mondiale[53].

À partir des années 1870 en France, Allemagne, Italie se développe un nationalisme « agressif[54] », différent de celui des révolutions de 1848 : « nourri des bouleversements sociaux et économiques que produisait le déracinement des populations », « il n'est plus un instrument d'émancipation à l'égard de la société d'Ancien Régime [...], il est devenu un instrument d'intégration et de mobilisation des populations à une politique impérialiste »[55].

En 1914, les nationalismes en Europe sont devenus un rouage social important et pris dans les oppositions entre États, s'opposent les uns aux autres. Durant la Première Guerre mondiale, les États mobiliseront les populations par des arguments nationalistes, et aux différentes étapes de cette guerre, même les pacifistes les plus volontaires (forts rares) ne trouverons pas d'argument anti-nationaliste, seuls Lénine et les Bolcheviks considéreront la paix préférable à la victoire nationaliste. Pour autant, les documents intimes consultables montrent plus une démoralisation chez les soldats qu'une exaltation nationaliste[52].

De 1918 à 1945

De 1945 à 1989

Après 1989

En Asie

Le Japon

La Chine

Être chinois, avant le XXe siècle, se reconnaît à trois facteurs principaux : être sous l'influence de l'administration de l'Empereur ; avoir des pratiques culturelles chinoises, dont les rites (mariages, funérailles, etc) mais aussi dans les pratiques quotidiennes, comme l'art culinaire ; être de descendance chinoise. Jusqu'à la dynastie mandchoue, une représentation concentrique du monde prévaut : le noyau central est chinois, un premier cercle l'entourant est constitué des « barbares cuits », c'est-à-dire partiellement acculturés, viennent ensuite les « barbares crus » ayant gardés leurs coutumes propres. Dans cet ordre d'idée, on peut devenir chinois, se siniser. Mais les cultures et les pratiques dites chinoises sont multiples et locales : les critères culturels et rituels sont donc locaux. La généalogie chinoise est alors une création a posteriori : quand on se sent chinois, on sinise ses propres ancêtres et être chinois devient un héritage de longue date[56].

Le XXe siècle a vu arriver des notions occidentales nouvelles, dont celle de nation qui est alors comprise comme une conception raciale, biologique, au travers des filiations patrilinéaires. L’Empereur est alors vu comme l'ancêtre mythique de la race chinoise. En 1911, à la création de la république de chine (provisoire) de Sun Yat-Sen, ont été reconnu cinq populations distinctes constituant la population chinoise : les Hans ("majoritaires"), les Mandchous, les Mongols, les Tibétains et les Musulmans. Sous le régime communiste, la Chine est officiellement un « État multinational unifié », avec 56 « nationalités » officielles, et le droit à la nationalité est un droit du sang. Le XXe siècle a été dominé par une intelligentsia persuadée que la culture traditionnelle chinoise est archaïque et ne correspond pas aux défis modernes : la nation chinoise s'oppose alors à la tradition culturelle chinoise et ne s'y réfère pas. L'appartenance à une province, à un pays local est de mise, même si la famille a quitté ce lieu ancestral depuis plusieurs générations, et une appartenance provinciale revendiquée correspond à des réseaux d'entre-aides. De manière plus explicite qu'à l'époque impériale, la Chine s'envisage plurielle sur son propre territoire avec des provinces ayant des marges d'initiatives importantes, mais pas dans le domaine politique[56]. Par exemple, si la sinisation de l'ensemble de la population est avancée, nombre d'ethnies officiellement reconnues ont leur propre langue comme langue d'enseignement du primaire au supérieur, mais aussi dans la presse écrite et audio-visuelle, et les cadres doivent apprendre la langue de la province où ils sont en poste[57].

Si, traditionnellement, l'exil est regardé comme une trahison, depuis ce regard s'est adouci bien qu'à partir de 1980 le droit du sol prévale dans le droit à la nationalité et que la double nationalité soit interdite : on parle de « citoyens étrangers d'ascendance chinoise » et la chine culturelle semble retrouver du crédit[56].

Les colonies européennes

Dans monde arabe

En Afrique

Notes et références

  1. Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 1. Le terme de principe politique est repris dans Hobsbawm 1992, chapitre I et revendiqué comme venant du texte de Ernest Gellner.
  2. Comme il est souligné dans Michel 1995, Introduction, page 13, ni Ernest Gellner ni Benedict Anderson ne considèrent le nationalisme comme une idéologie. De son côté Eric Hobsbawm ramène les idées nationalistes à l'égalité « nation = État = peuple », ajoutant que les autres détails sont propres à chaque nation suivant son histoire, voire à chaque auteur, et ont été « houleusement débattus » au XIXe siècle par des théoriciens (Hobsbawm 1992, chapitre I).
  3. a, b, c, d et e Hobsbawm 1992, chapitre IV.
  4. Jean Claude Caron, Michel Vernus, dans la Conclusion générale, p 438 et suivantes de leur livre L'Europe au XIXe siècle : Des nations aux nationalismes, aux éditions Armand Colin, 2008, (ISBN 9782200217112).
  5. Noiriel 2009, p. 162-170 : En France, au XIXe siècle, ce mouvement politique s'est vite répandu dans certaines couches de la population ouvrière (les ouvriers de la génération de l'artisanat, en bref, pas tellement celle de la grande industrie qui s'en est démarqué explicitement en 1888 au 3e Congrès des syndicats ouvriers de France), sous l'impulsion de partis de gauche : le patriotisme/nationalisme est alors opposé au capitalisme.
  6. Girardet 1996, chapitre 1
  7. a et b Thiesse 1999, première partie, chapitre 4
  8. a et b Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 5.
  9. Kymry ou Kymru, et non Kymri'', le pays de Galles. Le singulier est Kymro, qui suppose en vieux celtique Com-brox, pluriel Com-broges, « gens du même pays, compatriotes », nom que se sont donné, vers le VIIe siècle, les Bretons en lutte avec les Saxons. Kymry a compris non seulement le pays de Galles actuel, mais encore le nord de l'Angleterre breton jusqu'à la Clyde ; le nom de Cumberland en vient. Cette extension du pays des Kymry a amené les auteurs des romans français de la Table ronde à placer en Nord-Galles des villes du Nord de l'Angleterre, Longtown, par exemple (Longuetown), qui est située à l'extrémité septentrionale du Cumberland (Paulin Paris, Les Romans de la Table ronde, I, p. 280). Sur Kymro et Kymry, v. J. Loth. Revue celt. XXX, p. 384.
  10. Chapitre Le protonationalisme populaire dans « Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité » par Eric Hobsbawn, Gallimard, 1992 (éd. originale : Nations and Nationalism, 1990).
  11. Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitres 5 et 6 développe cette idée, Hobsbawm 1992, chapitre I soutient cela, ainsi que dans Caron et Vernus 2008, Conclusion générale : p 433 et suivante. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 2 évoque capitalisme en général mais insiste plus sur l'importance du capitalisme de l'imprimerie à partir du XVIe siècle.
  12. Michel 1995, Introduction, page 13
  13. Hobsbawm 1992, chapitre I
  14. Ernest Gellner dans Nations et nationalisme (chapitre 3 et 6, en particulier)
  15. Sur ces points Benedict Anderson et Ernest Gellner sont les plus précis.
  16. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 4, page 88.
  17. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 2, page 54.
  18. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 3.
  19. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), Préface à l'édition française, 1996.
  20. a, b, c, d, e et f Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 2.
  21. a et b Eric Hobsbawm, chapitre II.
  22. a et b Thiesse 1999, première partie, chapitre 2, pages 67-68.
  23. a, b et c Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 3
  24. Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 6 et 7
  25. Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 4, page 65 ; .
  26. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 1, page 51 et 52.
  27. Benedict Anderson précise bien, dans la première note du chapitre 3, que pour lui un créole est une « personne d'ascendance européenne pure (tout au moins en principe), mais née aux Amériques (puis, par extension, partout hors d'Europe). ».
  28. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 3, page 61
  29. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 3
  30. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitres 5 et 6
  31. Michel 1995, chapitre X
  32. Par exemples : dans Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), Thiesse 1999, Michel 1995.
  33. Anderson 1996 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 7
  34. Michel 1995, chapitre VII.
  35. Michel 1995, chapitre IX.
  36. Anne-Marie Thiesse est historienne, membre du CNRS : recherche de fiche du personnel du CNRS.
  37. Gellner 1989 (1983 pour l'édition anglaise), chapitre 1.
  38. Noiriel 2007, chapitre III.
  39. Noiriel 2007, conclusion p 672.
  40. Denis Monière, Pour comprendre le nationalisme au Québec et ailleurs, Montréal : Les Presses de l'Université de Montréal, 2001, p. 11-14
  41. Jacques Marlaud, Le Renouveau païen dans la pensée française, éd. du Labyrinthe, Paris, 1986
  42. Jacques Ploncard d'Assac, Charles Maurras et le Nationalisme Intégral, in Doctrines du nationalisme, éd. de Chiré[réf. incomplète]
  43. L'évolution du nationalisme québécois” de Louis Balthazar; article publié dans l’ouvrage sous la direction de G. Daigle et G. Rocher(1992) "Le Québec en jeu. Comprendre les grands défis". Chap. 23 : “L’évolution du nationalisme québécois” (p. 647 à 667). Montréal : Les Presses de l’Université de Montréal.
  44. The Medium, the Message and the Modern: The Jubilee Broadcast of 1927 de Robert Cupido
  45. (fr)Anciens messagers, nouveaux médias : l'héritage d'Innis et de McLuhan, une exposition de musée virtuelle à Bibliothèque et Archives Canada
  46. Jean Jaurès, L'Armée nouvelle, éd. L'Humanité, 1915, chap. X (« Le ressort moral et social. — L'armée, la patrie et le prolétariat. »), III (« Internationalisme et patriotisme »), p. 464 (texte intégral sur Wikisource). Voir aussi Patriotisme et internationalisme : discours de Jean Jaurès, précédé du manifeste du conseil national du parti ouvrier, 1895 [lire en ligne]
  47. discours au parlement européen, le 17 janvier 1995)
  48. a, b et c Benedict Anderson (1983), L'Imaginaire national, La Découverte, Paris, 1996, chap. I, p. 34
  49. Thiesse 1999, Première partie, chapitre 2.
  50. Michel 1995, chapitre III.
  51. Thiesse 1999, Première partie, chapitre 1.
  52. a, b, c, d, e, f, g et h Santamaria 1996
  53. Caron 2008, Chapitre VII
  54. Caron 2008, p. 297
  55. Caron 2008, p. 286
  56. a, b et c page 60 et suivantes de Chine, peuples et civilisation, sous la direction de Pierre Gentelle, édition La découverte, 1997, (ISBN 2707127663).
  57. page 55 et suivantes de Chine, peuples et civilisation, sous la direction de Pierre Gentelle, édition La découverte, 1997, (ISBN 2707127663).

Sources

Voir aussi

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Articles connexes

Bibliographie

  • Alain Bihr, Le Crépuscule des États-nations, transnationalisation et crispations nationalistes, Page deux, 2000
  • Michel Feith (coordonné par), Nationalismes et régionalismes - Survivances du romantisme ?, Éditions du CRINI, 2004, 200 pages.
  • Michel Feith (coordonné par), Nationalismes et régionalismes - Des Nations avec ou sans État, Éditions du CRINI, 2005, 316 pages.
  • Michel Feith (coordonné par), Nationalismes et régionalismes - Amériques : modes d'emploi, Éditions du CRINI, 2008, 314 pages.
  • Eric Hobsbawm, Nations et nationalismes depuis 1780 : programmes, mythe et réalité, Gallimard, 1992
  • Edward Saïd, Nationalisme, colonialisme et littérature, Presses de l'Université de Lille, 1994
  • Jean-Pierre Rissoan, Traditionalisme et révolution : les poussées d'extrémisme des origines à nos jours. 1, du Moyen Âge à 1914-1918, Lyon, Aléas, 2007, 445 p. (ISBN 978-2-84301-170-2). Second volume "du fascisme au 21 avril 2002", 2007, 416 pages, (ISBN 978-2-84301-185-6).
  • Pierre de Senarclens, Le Nationalisme. Le passé d'une illusion, Paris, A. Colin, 2010
  • Mikael Bodlore-Penlaez, Atlas des nations sans État - Peuples minoritaires en quête de reconnaissance, Yoran Embanner, 2010, (ISBN 978-2914855716).



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