Nationaliste Arabe


Nationaliste Arabe

Nationalisme arabe

Le nationalisme arabe (القومية العربية) est une réclamation de l'héritage commun au monde arabe, selon lequel tous les Arabes sont unis par une histoire, une culture et une langue commune.

L'arabisme exprime l'aspiration d'une nationalité, l'arabité, à se constituer en entité politique. Ce nationalisme vise à une citoyenneté libératrice des archaïsmes, du sectarisme, de la seule référence religieuse et de toutes les dépendances.

Le panarabisme est un concept relatif qui réclame l'union des pays arabes.

Voir l'article détaillant les couleurs panarabes.

Sommaire

Les prémices du nationalisme arabe

Les Turcs conquièrent Bagdad en 1533, le sultan ottoman Selim Ier se proclame calife d'un grand empire regroupant la majeure partie des pays arabes. Les arabes, qui les siècles précédents avaient atteint leur âge d'or avec les califats omeyyade et abbasside, passent d'un statut de dominant à celui de dominé.

L'expédition en Égypte de Napoléon Bonaparte marque le déclin de l'influence de l'Empire ottoman dans le pays. Napoléon avait fortement encouragé les égyptiens à se gouverner eux-mêmes. Sa première proclamation a été écrite en arabe, il y disait :

« Au nom de la République française fondée sur les idées de Liberté et d'Égalité, Bonaparte, commandant en chef des forces françaises, informe toute la population de l'Égypte… Les Mameluks amenés du Caucase et de la Géorgie ont corrompu la région la plus belle du monde. Mais Dieu l’Omnipotent, le Maître de tout l’Univers a fait de leur destruction un impératif[1]. »

Après le départ des armées napoléoniennes, l'Égypte se sépare de l'Empire ottoman et devient un royaume. C'est après le départ de Napoléon, au XVIIIe siècle, que les premières insurrections s’organisent face au régime ottoman. En Arabie, le chef bédouin Mohammed ibn Saoud s'allie avec un prédicateur religieux rigoriste, Abd al-Wahhab. Ils conquièrent ensemble de vastes territoires, conquête qui sera poursuivie par ses enfants et en particulier son petit-fils Séoud qui prend La Mecque, Médine et le port de Jeddah. En 1808 il essaye de prendre Bagdad et Damas.

Un jeune général ottoman d'origine albanaise, Mehemet Ali lance de 1813 à 1818 une vaste campagne militaire contre les wahhabites. Il replace la presque totalité de l'Arabie sous la domination ottomane.

Mais Mehemet Ali qui a été nommé vice-roi d'Égypte, veut l'autonomie de l'Égypte vis-à-vis d'Istanbul. Sur le plan intérieur, il met en place de vaste réforme, en particulier sur l'armée, la justice, l'administration et l'éducation. On le considère généralement comme le précurseur du réveil arabe.

Les Britanniques et les Ottomans s'opposent catégoriquement à une indépendance des nations arabes, les Britanniques aideront même les Ottomans à chasser les troupes égyptiennes de Syrie.

La Nahda

Mehemet Ali, vice-roi d'Égypte

Tout au long du XIXe siècle c'est l'ottomanisme, un nationalisme ottoman pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane qui reste majoritaire dans le monde arabe.

Mehemet Ali, pour ses réformes, s'appuie sur une jeune génération d'oulémas réformistes, comme le cheikh Attar et Rifa'a al-Tahtawi. Ces oulémas ne voient pas de contradiction entre l'islam et la modernité et soutiennent donc la plupart des réformes entreprises par Mehemet Ali. Sous les ordres de ce dernier, des matières séculières comme la géographie et l’histoire sont introduites dans l'université al-Azhar.

Rifa'a al-Tahtawi a appris les nouvelles disciplines enseignés à Al-Azhar sous la direction de savants français invités en Égypte par Mehemet Ali. Puis, il part pour Paris ou il étudie Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Racine et Condillac.

Mehemet Ali et son fils Ibrahim adhèrent pleinement à un projet de nation arabe qui rassemblerait tous les Arabes de l'Égypte à la Mésopotamie. Ils favorisent par ailleurs l'émergence d'une renaissance intellectuelle, sociale et culturelle sans précédent, la Nahda (renaissance), que l'on compare généralement à la renaissance européenne [2]. Dès 1828, avec le développement de l'instruction et la création d'une presse officielle, la langue arabe est défendue par les Égyptiens. Au XIXe siècle, le berceau du nationalisme arabe se trouve en Grande Syrie. Sous le coup de l'occupation ottomane, les Arabes en arrivent progressivement à considérer les Turcs comme indignes de défendre l’islam. Par leur comportement, les Turcs favorisent le rapprochement entre chrétiens et musulmans[3]. Les intellectuels arabes sont particulièrement prolifiques au Liban et en Syrie. Ils sont musulmans mais aussi chrétiens et comptent des personnalités comme Nassir al Yazigi, rédacteur de l’Encyclopédie arabe, Ahmed Farès el Chidiac, Boutros al-Boustani fondateur du journal Nafir souriya (Appel de la Syrie) et d'une société littéraire et scientifique en 1847. Pour Boustani, le plus important c'est la culture et la langue arabe, qui "doit dépasser les clivages confessionnels et doit permettre d'affirmer l'identité arabe" [4]. Il parle dans son journal d'un patriotisme arabe, non sectaire et laïque. Il réclame la séparation de la religion et de l'État, en déclarant que «l'amour de la patrie est foi».


Il s'agit donc alors d'un nationalisme avant tout culturel et moderniste. Les premiers nationalistes ne revendiquaient pas la création d’un État-nation, mais plutôt l'existence d'une nation arabe culturelle.

Des cheikhs religieux accompagneront cette politique de réforme. L'idée de laïcité a fait une timide apparition sous le règne de Mehemet Ali et sous Ismaïl Pacha, des cheikhs musulmans estiment qu'il faut concilier la modernité et les valeurs fondamentales de l'islam. C'est ce que tente le réformiste Al-Afghani. Le cheikh égyptien Mohammed Abdou souhaite quant à lui une réforme de l'islam similaire à celle que le protestantisme a introduit dans la chrétienté.

Des auteurs comme Mohammed Rachid Rida, un disciple de Mohammed Abdou, axe sa politique sur un nationalisme arabo-islamique. Il affirme que le seul modèle islamique pur est le modèle islamique arabe. Il se déclare partisan d'un contre-califat arabe.

Abd al-Rahman al-Kawakibi partage avec Rida la certitude de la supériorité religieuse des Arabes sur les autres peuples de la communauté islamique. Il milite pour la mise en place d'un calife arabe issu de la famille du prophète siégeant à La Mecque et libéré de la domination ottomane. Il s'agit pour lui de faire renaître le califat omeyyade qui représente avec le califat abbasside et celui andalou l'âge d'or de la civilisation arabo-islamique. Il plaide néanmoins pour le respect de toutes les croyances religieuses et la parfaite égalité de toutes les religions pour préserver l'unité nationale.

Durant la guerre russo-turque de 1877-1878, un congrès de notables mené par l'émir Abdelkader al-Jazaïri se réunit dans le plus grand secret à Damas. Leur objectif est alors l'indépendance du vilayet de Syrie, mais ils reconnaissent néanmoins l'autorité du Calife sur leur pays. Cependant, la police découvre le complot et met fin à l'expérience.

En 1880, des affiches anti-ottomanes font leur apparition, de nombreuses arrestations ont lieu, surtout dans les milieux chrétiens.

Dans le même temps, les consuls européens font à leurs gouvernements des rapports détaillés sur les relations qu'entretiennent les Arabes et les Turcs. Ils en arrivent à considérer qu'un soulèvement est possible [5].

La révolution Jeunes-Turcs et ses conséquences

Ismail Enver (Enver Pacha), l'un des chefs de la révolution Jeunes-Turcs

Après la révolution anti-califale Jeunes-Turcs de 1908, qui avait comme premier but d'unifier tous les peuples turcs (Panturquisme), le nationalisme religieux est peu à peu abandonné au profit d'un nationalisme strictement arabe.

Suite à l'occupation ottomane de la Palestine, de la Syrie et de l'Irak, des sociétés arabes secrètes se constituent. Ces groupes collent des affiches appelant au réveil arabe, à la fin de la soumission à l'Empire Ottoman puis à l'Empire britannique et à la constitution d'une entité politique arabe unie.

Plus le temps passe, et plus les affiches sont nombreuses dans les rues, et plus le ton est ferme, elles appellent même à l'insurrection en Irak, au Soudan et en Algérie. C'est la première fois qu'une revendication nationaliste arabe voit le jour, sans faire référence à l'islam et en préconisant un gouvernement non confessionnel sur l'ensemble de la nation arabe. Le nationalisme arabe passe ainsi du niveau littéraire et culturel à une politisation plus tranchée.

Au tout début du XXe siècle, la capitale des nationalistes devient Paris, c'était dans cette ville que la majorité des arabes étudiaient. Le courant nationaliste se divise alors en deux camps, le premier pro-occidental, majoritairement composé de syriens et de libanais, et le second représenté par des officiers pro-turcs influencés par les Jeunes turcs. La plupart de ces officiers étaient irakiens et égyptiens.

La France entretenait de bonne relation avec les nationalistes. En 1904, le francophile Negib Azoury publie son livre (en français)« Le réveil de la nation arabe dans l'Asie turque ». Il souhaite un nouvel État détaché de la Turquie qui

« s'étendra dans les limites de ses frontières naturelles, depuis la vallée du Tigre et de l'Euphrate jusqu'à l'isthme de Suez, et depuis la Méditerranée jusqu'à la mer d'Oman. Il sera gouverné par une monarchie constitutionnelle et libérale d'un sultan arabe. »

Il crée en 1904, sur le modèle des ligues patriotiques françaises, la Ligue de la patrie arabe, et de 1907 à 1908 il édite un journal mensuel, l’Indépendance arabe. La France soutient alors plus ou moins officiellement les nationalistes.

Dans le même temps beaucoup d'autres arabes témoignent leur attachement à la nation arabe, comme Ibrahim al-Yazigi qui fait circuler une chanson, « Arabes, libérez-vous. »

Des sociétés secrètes arabes se créent sur le modèle Jeunes-Turcs, avec pour objectif de répondre au nationalisme panturque des jeunes turcs par l'arabisme[6].

Des associations militantes sont créées, comme le club littéraire, al Muntada al Adabi (le Club littéraire) ou l'association «Qahtaniya», fondée en 1909 par deux officier arabes, un Égyptien, Aziz ali al-Masri et un Irakien Mahmoud Chawkat. Cette association demandait une double monarchie arabo-turque sur le modèle de l'Autriche-Hongrie[7]. Elle est rapidement dénoncée et dissoute par le régime ottoman.

L'organisation se reforme en 1913 sous le nom d’Al Ahd (« l'alliance ») ; elle rassemble surtout des militaires irakiens.

En 1911 se crée à Paris, la Ligue de la jeunesse arabe («Jam'iyat al arabiya al fatat»). Cette organisation, soutenu par la France réunit des étudiants libanais, palestiniens, syriens et irakiens majoritairement musulmans. Son chef est Abdelkarim Khalil qui figurera au nombre des condamnés à mort de Beyrouth en 1916.

En 1912 se crée au Caire, le Parti de la décentralisation, («Markaziyya») constitué principalement de jeunes syriens. Ils se battent pour une plus grande autonomie arabe et le respect de la langue arabe. En 1913, des libanais créent à Beyrouth Jamiiat al Islahia (Société de la réforme).

Ces trois organisations convoquent le 17 juin 1913 à Paris le Congrès général arabe. Les nationalistes y prennent part en tant qu'arabes, et non comme représentants de leurs communautés religieuses respectives.

Le 21 juin les deux cents délégués adoptent une résolution, par laquelle ils demandent des réformes radicales et urgentes dans l'Empire ottoman, le droit pour les arabes de l'Empire d'exercer leurs droits politiques en rendant possible leur participation à l'administration centrale, la reconnaissance de la langue arabe comme langue officielle des pays arabes, et ils affirment par ailleurs leur solidarité et leur sympathie pour les demandes des réformistes arméniens ottomans. Les nationalistes sont alors persécutés par les turcs, ce qui oblige beaucoup d'Arabes à se réfugier en Égypte.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, le gouvernement nationaliste Jeunes-Turcs ne tolère plus d'opposition. Aziz el-Masri, fondateur d'Al-Ahd est accusé d'intelligence avec l'ennemi et condamné à mort.

Le 29 octobre 1914, l'autonomie du mont Liban est supprimée et le Liban est rattaché au vilayet de Damas.

Jamal Pacha gagne la Syrie avec sa IVe armée pour préparer une offensive contre les forces britanniques installés en Égypte. Dès son arrivée il évoque les liens fraternels unissant turcs et arabes, mais sa politique change radicalement avec la défaite de ses troupes.

Pour les Turcs, toute manifestation de l'arabisme est un acte de trahison. Les arrestations, les déportations et les exécutions se multiplient. Abdelhamid al-Zahraoui qui était président du premier Congrès arabe a été arrêté avec l'un de ses principaux collaborateurs, Abdelkarim Khalil, après un jugement sommaire ils sont pendus[8].

Les nationalistes arabes s'éloignent des Turcs et se rapprochent de la France. En 1915 un émissaire spécial d'Al Fatat se rend secrètement à La Mecque pour transmettre au Chérif Hussein un message selon lequel tous les chefs nationalistes, ainsi que la majorité des officiers arabes de l'armée ottomane, sont prêts à passer à l'action si le chef de la dynastie des Hachémites en donne l'ordre.

1918. L'émir Fayçal Ier et Chaim Weizmann (à gauche, portant aussi une tenue arabe en signe d'amitié)

Le prince Fayçal se rend à Damas afin de rencontrer des dirigeants nationalistes arabes pour évaluer les chances d'un soulèvement arabe contre l'occupant ottoman. Ils comprennent vite que si les Arabes ne s'engagent pas rapidement dans la guerre, en cas de victoire sur les Turcs, les Français et les Britanniques se partageront l'Empire ottoman sans pour autant tenir compte de la volonté des peuples qui le composent.

Un texte spécifiant les conditions pour lesquelles les Arabes pourraient entrer en guerre aux côtés des alliés est rédigé. Le texte fixe pour la seconde fois les limites du nouveau territoire arabe. Pour ne pas s'attirer l'hostilité des Français et des Britanniques, l'Égypte et le Maghreb ne font pas partie de ce nouveau territoire. Les Britanniques et les Français acceptent, et promettent l'indépendance aux Arabes s'ils gagnent la guerre.

Le 6 mai 1916 des chefs nationalistes sont arrêtés à Beyrouth et à Damas, mais le chérif Hussein prévient qu'en cas d'exécution, les Arabes soutiendront les alliés. Ce sont dix-sept musulmans et quatre chrétiens, membres du Mouvement de la conscience nouvelle qui sont exécutés, à Beyrouth et à Damas. Se trouvaient parmi-eux Saïd Akl, Abdelwahab al-Inglizi et Youssef el-Ham. Leur mort radicalise l'opinion publique et convainc le chérif Hussein de l'utilité de lancer une révolte contre les Turcs.

Les arabes connaissaient les vues qu'avaient Anglais et Français sur le Moyen-Orient, ils avaient également pris connaissance de certaines tractations sionistes pour l'établissement d'un État juif en Palestine.

Assad Dagher, l'un des témoins de l'évènement explique,

« En 1916 nous n'avions pas les moyens de faire face avec succès à la situation qui nous était imposée. Il nous aurait fallu avoir des amis acquis à notre cause et convaincus de nos droits. Mais dans notre lutte contre les Turcs, seuls les alliés se rangèrent à nos côtés. Nous savions parfaitement quelles étaient leurs visées sur notre pays. Mais face au danger turc qui nous guettait, qui nous menaçait de mort et d'extermination, nous n'avions pas le choix. Nous avions à opter pour le moindre mal, entre une mort inéluctable et une lutte longue et âpre pour une vie digne et libre[9]. »

Avec le soutien des Britanniques et des Français, la grande révolte arabe éclate en 1916[10] Sati al Housri décrit en ces termes la révolte :

« Déclenchée à La Mecque et conduite par l'émir Hussein, la révolte ne fut pas hidjazienne, mais arabe au sens propre du terme. Elle avait pour but l'indépendance de toutes les provinces arabes et la création d'un État arabe unifié qui conduirait la nation dans la voie d'une authentique renaissance[11]. »
Le prince Fayçal à Versailles durant la conférence de paix de Paris

Sous la révolte arabe d'Hussein, le panarabisme et le panislamisme se donnent la main, laissant de côté les positions sécularistes d'Housri. L'Empire ottoman a été défait et les forces rebelles de Fayçal ibn Hussein, avec l'aide de Lawrence d'Arabie, entrent triomphalement à Damas en 1918.

Cette révolte n'est pas soutenue par tous les Arabes, beaucoup d'Arabes musulmans restant fidèles à l'ottomanisme, donc au sultan-calife d'Istanbul.

Les Britanniques et les Français ne respecteront pas l'accord qu'ils ont pris avec les Arabes, et à la fin de la guerre, ils se partageront le territoire arabe grâce à l'accord Sykes-Picot. Par ailleurs, les Britanniques encouragent secrètement les revendications sionistes en Palestine (Déclaration Balfour).

En 1920 la rébellion irakienne est écrasée dans le sang par les forces britanniques, qui n'hésiteront pas à utiliser des armes chimiques contre la population civile.

Le chef Ibn Séoud s'allie avec les Britanniques pour chasser les Hachémites de l'Arabie[12].

Les conséquences de l’accord Sykes-Picot

Carte du découpage du Moyen-Orient suivant les accords Sykes-Picot

Le traité est signé à la suite de la guerre perdue par les Ottomans. Les Britanniques et les Français signent cet accord secret en 1916 avec la bénédiction de la Russie impériale. L'accord stipule que les forces coloniales se partagent les territoires arabes « libérés », c'est ainsi que les britanniques et les français s'installent au Proche-Orient. dénoncé et rendu public ce traité. Le chérif Hussein a attendu en vain, jusqu'en 1920 que le Royaume-Uni et la France tiennent leurs promesses.

Mais la France et le Royaume-Uni ne tiennent pas compte des demandes arabes, et tracent les frontières du futur Irak, de la nouvelle Syrie, du Liban, de la Jordanie, du Koweït etc. Dans le même temps, des émeutes éclatent à Jérusalem et à Jaffa contre les implantations sionistes.

Après la révolte irakienne, le Royaume-Uni accorde en 1921 le trône du pays au roi Fayçal.

Dans le monde arabe le mécontentement grandit, en particulier après le plan britannique visant à diviser encore plus ces pays nouvellement crées, en créant des États à nature confessionnelle (des États alaouites, druzes, maronite, chiite, etc.).

Un patriotisme local naît alors, en Tunisie, le parti Destour est créé, le Bloc national en Syrie, la Fraternité nationale en Irak, le Wafd en Égypte, l'étoile nord-africaine en Algérie et le comité d'action marocain (futur Istiqlal) au Maroc. Mais ces partis ne rejettent pas le nationalisme arabe pour autant.

Les difficultés pratiques d'union ne découragèrent pas les tendances unitaires. Les nationalistes évoquèrent l'exemple de l'Italie et de l'Allemagne qui réussirent à créer une unité nationale, malgré les prévisions et les hostilités extérieures. Un message est alors vite véhiculé, « la Nation de l'avenir est la Nation arabe. » Un Congrès général musulman se réunit à Genève en 1935, qui affirme sa volonté d'unité arabe, la grande presse égyptienne porta jusqu'à Fès et Alger les idéaux d'union arabe, sur le plan national, intellectuel, social et politique.

Pour l'émir Chekib Arslan, la création de ces nouveaux États est un bienfait. Car pour lui, le monde arabe, du Golfe persique à l'Atlantique réalisa plus tôt son unité de foi et de culture, ainsi que la solidarité de ses intérêts face à l'Europe.

C'est dans ces conditions que les nationalistes deviennent germanophiles, anti-anglais et anti-français. Les soldats arabes faisant partie de l'armée ottomane et formés par des officiers allemands ont subis l'influence de ce nationalisme militariste allemand.

Les nationalistes reprennent des idées allemandes nées lors des guerres napoléoniennes, ces idées sont emprunts d'un fort romantisme et d'une haine envers la France et contre tout ce qui est français.

C'est Sati al-Housri qui pose les bases de ce nationalisme, romantique et germanophile. Influencé par Ibn-Khaldoun, il pensait que la seule éducation qui ait un sens est l’éducation nationale.

Dans le même temps, des mouvements politiques panislamiques voient le jour, comme la Confrérie des frères musulmans. Cette organisation s'opposait violemment à la fois au nationalisme local et au nationalisme arabe. Les frères avaient pour but de créer un État islamique regroupant toutes les communautés musulmanes du monde. Lors du premier congrès du parti en 1933, l'organisation ne comptait que 2000 militants, un an plus tard ils sont 40 000, et en 1943 la confrérie compte plus de 200 000 militants.

Le nationalisme arabe après 1945

Avant 1945, le projet des nationalistes arabes reste de façon générale relativement flou. Les nationalistes peinent en effet à présenter un projet économique, à aborder les questions d'ordre social et, surtout, à identifier une stratégie visant à réunifier le monde arabe. Il manque à la fois un contenu humain et un contenu philosophique. L'idée nationaliste arabe n'est de plus pas soutenue par de grands chefs d'État pour la concrétiser.

On peut cependant citer Nasser, dont les idéaux et l'ambition font émerger une nouvelle génération de nationalistes arabes : le Marocain Ben Barka, les Algériens Ben Bella et Boumédiène, l’Irakien Ahmad Hasan al-Bakr, les Palestiniens Yasser Arafat et Georges Habache, le chef druze du Liban Kamal Joumblatt et le prince saoudien Talal[13].

De manière générale, après la Seconde Guerre mondiale le monde arabe suit une inspiration politique arabiste plutôt qu'islamiste.

Michel Aflaq et le parti Baath

Michel Aflaq. Source : [http://www.syrianhistory.com Syrianhistory
Article détaillé : Michel Aflaq.
Article détaillé : Parti Baath.

Michel Aflaq est un chrétien syrien né à Damas en 1912. Son père déjà était nationaliste, il a adhéré au Bloc national dès sa fondation. En 1928, Aflaq entame ses études à Paris, à la Sorbonne, ce qui l'intéresse ce sont les grands courants d'idée du XIXe et du XXe siècle. Il s'intéresse tout particulièrement à Proudhon, Marx, Lénine, Nietzsche, Georges Sorel, Maurras, Bergson.

Dans un entretien avec Charles Saint-Prot il explique qu'avant de venir en France il n'était qu'un nationaliste de sentiment, et c'est en entamant ses études à Paris qu'il comprend que le nationalisme arabe doit dépasser le cadre sentimental pour reposer sur des bases solides, et envisager tous les champs : la politique, l'économie, la culture et les problèmes sociaux[14].

Il fait la connaissance à Paris d'un musulman sunnite, qui est lui aussi nationaliste, Salah al-Din al-Bitar. Il fonde avec lui l'Union des étudiants arabes en France. En 1932, Aflaq fait son retour en Syrie ou il devient professeur d'histoire au lycée de Damas.

Aflaq porte un grand intérêt aux idéologues européens, mais contrairement à d'autres idéologues arabes il refuse de transposer le modèle nationaliste européen dans le monde arabe. Pour lui, la politique est une science qui s'applique à un corps social bien précis. Selon lui, chaque nation doit trouver sa propre voie idéologique et son propre modèle politique et social.

Il exclut catégoriquement le communisme, le fondamentalisme religieux et les divers courants sous-nationalistes, il essaye de donner au nationalisme arabe une consistance doctrinale et pratique.

En 1935, il explique dans l'hebdomadaire At Taliya (l'avant garde),

« Nous ne demandons pas l'indépendance pour nous isoler des autres peuples, ni pour élever un mur entre la civilisation moderne et nous. Nous ne demandons pas la liberté pour vivre dans le chaos comme des nomades ou pour revenir à l'obscurantisme. Nous demandons l'indépendance et la liberté parce que c'est juste, que c'est notre droit et que c'est le moyen qui nous permettra d'épanouir nos talents et notre créativité afin que s'installe sur cette terre qui est la nôtre l'humanisme intégral. Nous demandons l'indépendance pour nous donner la possibilité d'être présents dans l'Histoire et apporter notre contribution. »

Il lie la cause indépendantiste des pays arabes à une perspective civilisationnelle. Il explique que la restauration de la souveraineté arabe est indissociable de la restauration de la dignité de l'homme arabe.

Il affirme que les arabes forment un seul peuple, une seule nation qui se caractérise principalement par la langue, par la culture et par une histoire commune.

Logo du parti Baath

Dès 1936, Aflaq et Bitar constatent, lors de la victoire remportée en France par le Front populaire, que leurs amis communistes se font beaucoup plus modérés, obéissant en cela aux consignes venues de Moscou. Il affirme alors:

« Nous n'avons que faire du mythe de l'Internationale prolétarienne et nous ne voulons pas passer d'une domination à une autre. Nous sommes des nationalistes arabes et nous ne pouvons que constater une divergence fondamentale pour ce qui concerne nos objectifs stratégiques essentiels avec ceux des marxistes. Nous plaçons la question nationale au centre de nos priorités, eux ne prennent en compte que les mots d'ordre et les directives émanant de leur capitale politique : Moscou. »

Il fonde en 1939 avec son ami Bitar un petit groupe de réflexion politique, la Renaissance arabe (al ihya al arabi). Zaki al Arzouzi et sa Ligue d'action nationaliste cherche le soutien actif de ce groupe contre l'annexion d'Alexandrette par la Turquie, mais c'est sans succès. Les alaouites se sentent alors trahis par le gouvernement de Damas, mais aussi contre les nationalistes arabes de Michel Aflaq.

Néanmoins le groupe prend peu à peu de l'ampleur, ils soutiennent par ailleurs la révolution irakienne menée par Rachid Ali al Gaylani et par des officiers nationalistes du Carré d'or. Le groupe d'Aflaq se mobilise, rassemble des volontaires, des fonds, des armes et des médicaments. Arzouzi condamne très clairement Aflaq pour le soutien qu'il apporte à ce coup d'État en dénonçant un opportunisme droitier.

En 1941, après l'échec du coup d'État en Irak, les nationalistes arabes créent l'embryon d'un parti autour d'un comité exécutif réunissant Michel Aflaq, Salah al-Din al-Bitar, Madhat al Bitar et Djamil as Sayid.

C'est à cette époque que le nom de Baath (résurrection) est officiellement choisi.

Après la déclaration du président américain Theodore Roosevelt sur l'immigration juive en Palestine, le Baath arrive à canaliser l'indignation et la colère qui touche le monde arabe.

Le Baath dénonce par ailleurs la création en 1945 de la Ligue arabe, qu'ils voient comme un complot anglo-saxon pour perpétuer le morcellement du monde arabe.

Le parti est alors dissous par Choukri al Kouatli. Mais les membres du Baath poursuivent leurs activités politiques clandestinement. Et après la Seconde Guerre mondiale ils organisent une révolte à Damas contre les forces françaises, une révolte réprimée par des bombardements le 29 et le 30 mai.

À la fin du mandat français sur la Syrie, le Baath devient un véritable parti politique. Le gouvernement lui donne l'autorisation de reformer son comité exécutif et de créer un journal.

Le premier numéro du quotidien Al Baas sort le 3 juillet 1946, le journal porte le slogan "Unité", "Liberté", "Socialisme", (Wihda, Hurriyah, Ishtirrakiyah). Le journal porte la devise inventée par Arzouzi, s'inspirant du philosophe allemand Fichte, "Nation arabe une, porteuse d'une mission éternelle". Après l'indépendance de la Syrie, dans un éditorial spécial Aflaq proclame le combat pour l'unité arabe, « Il faut maintenant créer les conditions de la grande révolution arabe du vingtième siècle qui permettra aux arabes de réintégrer l'histoire. »

Il proclame officiellement le nom du nouveau Baath, (Hizb al ba'ath al arabi). Le congrès fondateur a lieu du 4 au 7 avril 1947, en l'absence d'Arzouzi, cependant des hommes qu'il a formés réussissent à imposer une orientation socialiste au programme du parti. Michel Aflaq y prononce le discours d'ouverture,

« Notre objectif est clair et il ne souffre aucune ambiguïté : une seule nation arabe, de l'Atlantique au Golfe. Les arabes forment une seule nation ayant le droit imprescriptible de vivre dans un État libre. Les moyens de la résurrection sont les suivants : l'unité, la liberté, le socialisme. »

La Charte du parti précise dans son article numéro 7,

« La patrie des Arabes est le territoire qu'habite la nation arabe et qui se situe entre les montagnes du Taurus et de Bastakwey, le golfe de Basra, la mer d'Arabie, les montagnes d'Éthiopie, le Sahara, l'Atlantique et la Méditerranée. »
Drapeau du parti Baath

La charte du parti est adoptée le 7 avril 1947, et Michel Aflaq devient le secrétaire général du parti.

L'un de ses tous premiers engagements en tant que secrétaire général du Baath a été de s'engager sur le front de la Palestine lors de la guerre israélo-arabe de 1948.

Mais l'organisation du parti favorise les divergences, il existe des branches du parti en Syrie, en Jordanie, en Irak, au Liban, en Arabie Saoudite, au Yémen, puis en Libye et en Tunisie. Le Baath est alors dirigé par une direction nationale panarabe dirigé par Michel Aflaq et ses amis depuis la Syrie. Les branches locales de chaque pays soutiennent les intérêts des États, contrariant ainsi les décisions de la direction panarabe.

Le parti change de nom en 1953 après une fusion avec le parti socialiste arabe d'Akram Hourani, le Baath devient le Parti de la résurrection arabe et socialiste (Hizb al ba'ath al arabi al ishtiraki).

En 1954, le parti compte environ deux mille cinq cents membres. La fusion avec le parti socialiste d'Akram Hourani permet au parti d'entrer en 1954 dans le gouvernement syrien, les idées du Baath commencent peu à peu à imprégner l'esprit des arabes pas seulement en Syrie mais dans la plupart des pays arabes.

L'idéologie du parti est la résurrection arabe, considérée comme une rupture et un bouleversement. Elle est développée à travers plusieurs textes, dont les textes philosophiques d'Arzouzi, les discours, les textes de conférences et entretiens, des essais et des articles et des textes programmatiques du parti comme la Constitution du parti de 1947.

Par ailleurs l'un des objectifs du parti a été de façonner une élite qui préparerait les conditions d'un bouleversement profond (inquilâb).

Pour Aflaq, le nationaliste arabe se convertit à la nation arabe par un bouleversement du cœur. C'est pour lui un véritable acte de foi.

Le parti à trois principes forces, l'unité la liberté et le socialisme, le thème de la liberté fait référence à la colonisation, mais aussi au sous-développement, à l'ignorance, au tribalisme féodal et à la politique mené par certains régimes arabes. Pour le socialisme il estime que la misère, l'analphabétisme, le sous-développement et l’exploitation doivent être vaincus.

Selon lui le peuple doit être réintégré dans la vie nationale pour qu'il fasse de l'unité son affaire, pour qu'il soit arrimé à la communauté nationale.

Les idéologues baasistes voient avant tout la nation arabe comme une réalité culturelle. La culture c'est pour eux, l'ensemble de l'héritage culturel arabe, c'est-à-dire la langue et l'histoire. Pour Arzouzi, la culture arabe est la culture humaine primordiale grâce à sa langue. Pour lui, la nation se définit avant tout par la culture. La nation arabe est ainsi une terre habitée par des hommes se reconnaissant liés par la langue et l'histoire arabes.

L'article 10 de la Constitution du parti précise, « Est arabe quiconque dont la langue est l'arabe et vit sur le sol arabe ou aspire à y vivre, et est convaincu de son appartenance à la nation arabe ».

Le socialisme arabe de Michel Aflaq rejette les conceptions libérales, capitaliste et marxiste. Le socialisme baasiste privilégie l’homme au système, il explique :

« La philosophie marxiste est matérialiste et totalisante, donc totalitaire. Elle ne considère que la collectivité en oubliant la personne humaine. Elle entend se plaquer n’importe où et n'importe comment. Mais le socialisme ne doit pas écraser l'individu. Il doit, au contraire, être à son service. »

Pour les minorités, le Baath préconise de les intégrer, pour Aflaq, le socialisme arabe réglera les divisions communautaires, chez les chrétiens du Moyen et du Proche-Orient comme chez les Kurdes d'Irak ou les Berbères d'Afrique du Nord.

Islam

Contrairement au kémalisme qui considère l’islam comme une religion étrangère à l'identité turque, le nationalisme du Baath estime au contraire que le nationalisme arabe doit prendre en compte l'islam comme une composante essentielle de la civilisation arabe. De manière générale, le Baath magnifie l’islam. Michel Aflaq qui avait lui-même étudié le Coran, les hadiths et la vie de Mahomet, prophète de l'islam, revendiquait l'héritage de ce dernier et expliquait que pour les arabes, l'islam est l'expression de leur personnalité. L'islam est une religion révélée en terre arabe, à un prophète arabe en langue arabe, c'est donc une partie fondamentale du patrimoine commun de l'identité arabe.

En 1940, il explique « Arabisme et islam ne sont pas antagonistes et ils ne peuvent pas l'être puisqu'ils sont tous deux de même nature. »

En 1943, lors de l'anniversaire de la naissance de Mahomet il organise une « commémoration du Prophète arabe » ou il affirme « L'arabisme est le corps dont l'âme est l'islam. » Aflaq pense que le nationalisme arabe doit intégrer l'islam dans un projet national progressiste. Dans son discours À la mémoire du prophète arabe il explique,

« L'islam a été la pulsion vitale qui a révélé aux arabes les potentialités et les forces latentes qui résidaient en eux. Il les a projetés sur la scène de l'Histoire. L'islam est la meilleure expression du désir d'éternité et d'universalité de la nation arabe. Il est arabe dans sa réalité et universel dans ses idéaux. »

Pour lui, l'expérience prophétique est propre aux arabes puisque tous les prophètes furent d'après lui arabes.

Il affirme également, « Un jour viendra où les nationalistes arabes seront les seuls à défendre les vraies valeurs de l'islam. »

C'est ainsi qu'Aflaq invitait les arabes chrétiens à s'ouvrir à l'islam en tant qu'élément de leur héritage national et culturel. Il invitait les chrétiens à « s'attacher à l'islam comme à l'élément le plus précieux de leur arabité. » Aflaq appelle les arabes à renouveler l'expérience prophétique et militaire des origines de l’islam. Il s'agissait pour lui de retrouver le même élan de ferveur qui a conduit les arabes à conquérir tout le Moyen-Orient à la mort de Mahomet. Il prétend instaurer un système politique laïc de la société et des lois au nom de l'islam à sa source.

En revanche, pour Aflaq, l'État ne doit pas être religieux, l'État doit être indépendant de la religion, ce qui n'exclut pas un État correspondant à l'éthique musulmane. Car en effet, le laïcisme prôné par le Baath, est un laïcisme fortement imprégné de l'islam. Les dirigeants du Baath condamnaient catégoriquement l'athéisme,

« Sans nous, disait Michel Aflaq, et sans notre mouvement, la société arabe serait menacée de se voir défigurée par l’athéisme. Grâce à notre résistance contre la réaction religieuse, sans compromis et sans relâche, grâce à notre position ferme et courageuse face à cette réaction, nous sauvons la société arabe de la mutilation que serait pour elle l’athéisme. »

Le Baath aura influé de façon considérable la vie politique nationale à la fois au Machrek et au Maghreb.

Nasser, le renouveau nationaliste

Gamal Abdel Nasser et Khrouchtchev
Article détaillé : Gamal Abdel Nasser.

Nasser est né en 1918 à Alexandrie. Ce fils de fonctionnaire des postes entre en 1937 à l'académie militaire. Il crée avant la Seconde Guerre mondiale l'association clandestine des Officiers libres, qui se donne comme principale mission de chasser les Britanniques d'Égypte.

En 1948 éclate la première guerre israélo-arabe, ou Nasser se distingue à la tête de son unité. Encerclé à Falloujah, il parvient à réaliser une percée et à ramener tous ses hommes, mais il sera blessé durant la bataille par un tireur embusqué.

En Égypte, le roi Farouk et le parti Wafd se sont considérablement déconsidérés vis-à-vis du peuple égyptien par leur collaboration avec les forces britanniques et par la défaite de la guerre de Palestine. Pour retrouver un semblant de popularité le roi Farouk - descendant de Mehemet Ali - se proclame roi d'Égypte et du Soudan, mais rien ne change, il reste toujours aussi impopulaire. Quant aux Frères musulmans leurs popularités ne cessent de grandir.

Pour faire face à la crise, le roi fait appel à l'armée, qui se rendra compte plus tard de sa force.

C'est dans ce contexte particulièrement trouble que des officiers faisant partie d'une association secrète, le Mouvement des officiers libres renverse la monarchie égyptienne le 23 juillet 1952 et proclame la république en juin 1953.

C'est le général Néguib qu'on dit proche des Frères musulmans qui prend la présidence, mais le véritable homme fort du régime est en réalité Nasser qui est vice-président et ministre de l’Intérieur.

Nasser commence à s'opposer au général Néguib en 1954, Néguib qui devait seulement servir de faire-valoir à Nasser commence à prendre son rôle de chef d'État très au sérieux.

La même année Nasser prononce la dissolution des Frères musulmans, Néguib décide donc de démissionner de son poste, mais il est rappelé au pouvoir par la rue et par une partie de l'armée. En avril Nasser est nommé président du conseil, ce qui lui permet d'entamer des négociations avec les Britanniques en vue de l'évacuation de leurs bases et de la zone du canal. Les négociations sont un succès, et le 19 octobre 1954 un traité est signé avec Londres, prévoyant le départ de tous les militaires britanniques avant juin 1956. Le traité est assorti d'une clause de renonciation au Soudan anglo-égyptien. Nasser est à la fois chef du Conseil de la révolution, Premier ministre et chef des forces armées.

Les Frères musulmans dénoncent ce traité qu'ils jugent inacceptable, et le 26 octobre ils tentent d'assassiner Nasser. La réaction des autorités égyptiennes est alors immédiate, toutes les activités de la confrérie sont interdites, et des centaines de frères, ainsi que des communistes sont mis sous arrêts.

Par ailleurs, Nasser accuse Néguib de faire partie des Frères musulmans, ce qui permet à Nasser de destituer Néguib et de devenir président.

Il participe à la conférence de Bandung du 17 au 25 avril 1955. Et la même année se crée le mouvement des non-alignés, qui donne une stature internationale à Nasser. L'Égypte se place alors à la tête d'un front opposé à celui du pacte de Bagdad, de la Turquie au Pakistan, favorable aux États-Unis et au Royaume-Uni.

Par ailleurs, il profite de l'impopularité grandissante de Noury Saïd en Irak, de la colère générale suscitée par la signature du pacte de Bagdad - qui était une sorte de prolongement de l'OTAN au Moyen-Orient - pour devenir le chef de file des nationalistes arabes, et le chef de file du monde arabe. C'est le premier dirigeant à se prononcer pour l'indépendance de l'Algérie, il exige le départ des Britanniques d'Aden et affirme qu'Israël doit disparaître. En 1955, il reçoit une importante aide militaire des pays soviétiques, ce qui permet à l'Égypte de devenir un peu plus puissante militairement.

Le 16 janvier 1956 les Égyptiens approuvent la nouvelle constitution égyptienne et l'élection de Nasser - qui était le seul candidat - comme président de la république à plus de 99% des voix.

Le 26 juillet 1956, il nationalise le canal de Suez pour financer le barrage d'Assouan à la suite du refus des occidentaux de lui fournir une aide financière pour réaliser le projet.

Les Français, les Britanniques et les Israéliens décident de se débarrasser de Nasser, à la suite d'un accord secret entre les trois partis, les forces israéliennes envahissent l'Égypte le 29 octobre 1956, c'est la crise du canal de Suez. Mais les États-Unis et surtout l'Union soviétique exigent le retrait immédiat des forces françaises, israéliennes et britanniques d'Égypte. C'est une défaite militaire pour Nasser mais une formidable victoire politique. Nasser devient à la suite de cette guerre un héros pour le monde arabe, mais aussi pour les pays du tiers-monde.

Dans son livre Philosophie de la révolution écrit en 1953 sous la forme d'un entretien, il explique que la nation arabe doit être unifiée sous la direction d'un seul État qui a pour mission de l'engager dans la voie de la révolution sociale. Les objectifs prioritaires sont donc,

« La liberté, le socialisme et l'unité :
  • Par liberté, on entend celle de la patrie et du citoyen.
  • Le socialisme est un moyen et une fin, c'est la prospérité et la justice.
  • La voie vers l'unité consiste à mobiliser les masses populaires pour ramener à l'ordre naturel des choses une même et unique nation arabe[15]. »

Nasser reprends les trois principaux slogans dans le désordre du parti Baath. Il devient le héros du nationalisme arabe, la personne qui va ancrer cette idée dans la tête des arabes de l'Atlantique au Golfe. Sa popularité ne cesse d'augmenter, en particulier lorsqu'il proclame au cours d'un discours « relève la tête mon frère car les jours d'humiliation sont terminés. »

Mais toutes les actions de Nasser – nationalisation du canal de Suez, construction du grand barrage d'Assouan, les réformes sociales et agraire et ses coups d'éclats sur la scène internationale – sont répercutés par une action de propagande d'envergure, notamment grâce à la radio La voix des Arabes.

Nasser tente de prendre le contrôle de la Ligue arabe, pour y imposer ses vues, il tentera également d'unifier les pays de la Ligue arabe en République arabe unie mais c'est un échec.

Nasser contrairement aux baasistes a un message moins intellectuel, qui est directement compréhensible par les citoyens. Il partage les mêmes idées que Michel Aflaq en particulier sur la laïcité, car dans un pays ou 15% de la population est de confession chrétienne, il voyait le nationalisme arabe comme un moyen de réunifier les différentes communautés religieuses égyptiennes et arabes. Il explique « musulman et chrétiens sont les fils de la même nation. La religion est pour Dieu, la patrie appartient à tous ces citoyens ». Il souhaite voir l'émergence d'un islam populaire revivifié et non plus clérical et coupé du peuple. C’est sous cet argument qu'il réforme l’université Al-Azhar en 1961. À l'instar de Michel Aflaq il insiste sur l'aspect progressiste de l’islam, c'est ainsi qu'il n'hésite pas à affirmer que « l'islam est la première expérience socialiste dans le monde ». Il répète que la nation arabe est fière de sa civilisation musulmane et qu'il ne considère pas l'islam comme un obstacle au développement. Il adopte alors une vision islamique de l'Égypte. Mais il répète en revanche que la religion et l'État doivent être séparée.

République arabe unie

Drapeau de la fédération

Face à l'axe hachémite de la Jordanie et de l'Irak qui étaient pro-américains, les syriens se prononcent pour l'unité entre l'Égypte et leur pays. En 1955 un premier traité d'alliance militaire est signé entre la Syrie et l'Égypte. Aflaq estime que la fusion entre les deux pays doit se faire car les tensions intérieures dues à la guerre froide sont de plus en plus fortes. Aflaq arrive à convaincre Nasser des modalités de la fusion des deux pays lors d'un déjeuner au Caire.

Le 1er février 1958, l'État égyptien et l'État syrien fusionnent pour créer une nouvelle nation, la République arabe unie.

Le soir même de la conclusion de l'union, Aflaq déclarait à la presse que Nasser avait désormais auprès de lui une idéologie politique fiable, la sienne. Aflaq s'était engagé à dissoudre le Baath syrien, ce qu'il fait, et il comptait alors diffuser ses idées dans le parti unique nassérien, l'Union nationale.

Le 22 février un référendum porte Nasser au pouvoir.

Suite à la fusion des manifestations de joie éclatent dans beaucoup de pays arabes, mais aussi des émeutes en Irak, où les irakiens demandaient la fin du Pacte de Bagdad et la démission de Noury Said. Le 14 juillet le gouvernement de Noury Said est renversé.

Au Yémen du sud une révolte unioniste éclate, mais elle est réprimée dans le sang par les forces britanniques. Cette révolte oppose les républicains soutenus par Nasser, et la dynastie yéménite soutenue par son voisin saoudien. Au Liban une intervention des forces américaines permet d'éviter une insurrection unioniste.

Cependant, la joie laisse vite place au pessimisme, Nasser éclipse peu à peu le parti Baath qui s'est volontairement désorganisé sous l'ordre d'Aflaq en tant que force politique et la bureaucratie égyptienne étouffe par sa présence l'administration syrienne qui se sent rapidement annexée. La Syrie est alors envahie d'officiers et de bureaucrates égyptiens, la plupart du temps corrompus et incapables.

Par une circulaire interne le Baath se demande si Nasser agit vraiment pour l'intérêt panarabe.

« Abdel-Nasser est-il une émanation de la cause arabe ? Un militant populiste qui a commencé sa lutte avec le peuple en sorte que l'on puisse espérer qu'il respectera la valeur de la lutte populaire ? (…) Est-il né dans l'atmosphère de l'Idée arabe, en sorte que l'on puisse espérer de lui une compréhension profonde de l'unité panarabe ?[16] »

Le Baath connait alors ses premières scissions, encouragées par cela par les déclarations maladroites de Nasser qui traite le parti Baath de parti « fasciste et athée ». Suite à une crise économique, les dirigeants du Baath décident de ne plus apporter leur soutien à cette République qu'ils jugent désastreuse. Les ministres baasistes démissionnent en novembre 1959 et la direction du parti se retire à Beyrouth.

Le 28 février 1961 un coup d'État militaire à lieu en Syrie, par un militaire conservateur, Haydar al-Kouzbari. Ce coup d'État conduit à la rupture définitive entre l'Égypte et la Syrie. Ce qui entraine en 1962, l'expulsion d'Hourani du parti, à cause de ses critiques acerbes contre le régime nassérien, ce qui entraine par la même occasion la fragilisation du Baath syrien.

Pour les baasistes l'échec de la RAU est du à trois choses,

  • La première raison réside dans le fait que l'Égypte voulait fédérer le monde arabe autour d'elle-même, alors qu'elle n'en avait pas les moyens économiques et financiers. Elle voulait imposer son hégémonie dans la région par la voie du panarabisme. Elle était donc incapable de faire naître chez les arabes un espoir de changement.
  • La deuxième raison est d'ordre institutionnel. Nasser a imposé à la Syrie une bureaucratie autoritaire, et un régime sous parti unique, l'Union socialiste arabe, un parti créé en toute hâte pour la création du RAU. Les baasistes expliquent qu'un véritable parti politique proche du peuple aurait dû exister pour expliquer tous les changements politiques aux syriens. Aflaq et Hourani dénonçaient dès 1956 le caractère autoritaire de la nouvelle Constitution égyptienne qui « empêche la participation réelle du peuple. »
  • La troisième raison est que l'Égypte n'est ni une puissance diplomatique, ni une puissance militaire.

A Damas le régime de Kouzbari tente de mettre fin par tous les moyens au nationalisme arabe, c'est ainsi qu'il prête son aide au dirigeant des Frères musulmans syrien, Moustapha al Sibaï et le parti communiste syrien.

Le Baath sort de la clandestinité après un coup d'État contre Kouzbari. À la surprise générale, Nasser ne riposte pas à ce coup d'État.

La révolution au Yémen

Influencé par Nasser et par le mouvement des officiers libres, des officiers militaires yéménites renversent la monarchie et proclament en 1961 la République arabe du Yémen. Cette situation provoque une guerre civile entre d'un côté les monarchistes, soutenus par l'Arabie saoudite et la Jordanie et les républicains soutenus par l'Égypte de Nasser.

Nasser s'engage personnellement dans le conflit en armant les rebelles républicains et en faisant intervenir dans le pays 70 000 hommes. Au Yémen, les Égyptiens s'enlisent et malgré l'utilisation d'armes chimiques, les républicains n'arrivent pas à prendre l'avantage. De plus, les républicains supportaient mal l'attitude hégémonique qu'avait prise le président égyptien. Nasser est pris au piège et il entre en conflit avec l'Arabie saoudite.

En 1965, l'Égypte et l'Arabie saoudite trouvent un accord et mettent fin au conflit. Mais les Égyptiens ne quittent le Yémen qu'à la défaite de la guerre des Six Jours en 1967.

Nasser, qui influençait bon nombre d'organisations panarabes via son idéologie, le nassérisme, entre en déclin. Le Mouvement nationaliste arabe, une organisation socialiste, nationaliste et panarabe fondé par Georges Habache, Constantin Zureik, Hani el-Hindi et Wadie Haddad, s'éloigne du nassérisme et fonde un nouveau mouvement, le Front populaire de libération de la Palestine. Mais le nassérisme continue néanmoins d'influencer le Baath jordanien et irakien, ce qui vaudra son exclusion du parti panarabe par le parti Baath syrien farouchement anti-nassérien.

Nasser est également à l'origine de la modération des organisations palestiniennes au Liban et en Jordanie à partir de 1968.

Ces relations balanceront avec les autres pays arabes. Il refuse de reconnaître les nouveaux dirigeants syriens, il maintient une hostilité déclaré avec le régime irakien, il rompt toute relation avec la Jordanie et s'engage dans une escalade verbale avec l'Arabie saoudite.

Nasser meurt en novembre 1970, cinq millions de personnes assiste à ses funérailles. Un serment est prononcé sur son tombeau,

« Serment par Gamal, le plus chéri des hommes, le libérateur des travailleurs, le chef de la lutte ! Serment sacré, inébranlable. Par Dieu et par la patrie, nous jurons que la voie de ta lutte sera notre voie (…) Nous jurons de travailler à la puissance et à l'unité de la nation arabe[17]. »

Il laisse derrière lui un État autoritaire de parti unique.

L'Égypte a continué à s'appeler République arabe unie jusqu'en 1971 bien après la mort de Nasser.

Le Baath en Irak et en Syrie

Après la fin de la République arabe unie, le Baath devient un parti clandestin à Damas et à Bagdad, le Baath est fortement réprimé par le général Kassem.

Kassem refuse l'union proposé par l'Égypte, ce qui lui permet de recevoir le soutien des soviétiques. Il espère pouvoir concurrencer la révolution de Nasser, et d'attirer la Syrie hors du giron égyptien.

Suite à la révolution panarabe irakienne du 8 février 1963, le général Kassem est pendu. À Damas, le parti Baath accède de nouveau au pouvoir.

Une fusion entre la Syrie et l'Irak incluant l'Égypte est immédiatement évoquée mais elle ne se fera jamais. Car en 1963, un général nassérien, Abdel Salam Aref renverse les baasistes irakiens.

En 1966, le désormais petit parti Baath syrien accède à la tête de l'État grâce au soutien de l'armée, le parti est alors constitué essentiellement de jeunes paysans, souvent alaouites ou druzes engagée dans l'armée.

Trois ans plus tard, en février 1966, des militaires du parti Baath dirigé par un général prosoviétique, Salah Jedid renversent la direction du parti à Damas, Michel Aflaq et Salah al-Din al-Bitar sont contraints de quitter le pays. Hafez el-Assad un militaire du clan alaouite, réputée plus modéré envers Israël accède au pouvoir par un coup d'État militaire en 1970.

En Syrie, le Baath et son idéologie devient l'instrument du président Assad, le parti garde le même emblème, les mêmes slogans révolutionnaires panarabes, mais avec la fuite des dirigeants fondateurs du parti, l'organisation devient une coquille vide.

Le Baath est au service d'un régime présidentiel, autoritaire de parti unique dominé par les militaires et par le clan alaouite. Le président y est protégé par les Brigades de défense de son frère, Rifaat el-Assad.

Par ailleurs, lors de la révolte d'Hama en 1980-1982, les affrontements entre les forces armées et les opposants politiques au régime d'Assad (frères musulmans syrien, nationaliste arabe et parti de gauche syrien) ont fait plus de 15 000 morts.

Elias Farah, l'un des principaux doctrinaires du parti Baath affirme,

« Il est faux de parler de deux branches opposées du parti Baath. Il n'y a pas deux groupes "frères ennemis", il n'y a pas de divergence entre deux tendances : il y a d'un côté le Baath avec ses fondateurs historiques, Michel Aflaq et Salah al-Din al-Bitar, ses cadres, ses militants sincères et l'autre côté une clique militaire qui a trahi et usurpé le titre de baasiste car elle a eu besoin de se donner un semblant de légitimité. L'expérience poursuivie en Syrie depuis les coups d'État de 1966 et 1970, n'a rien à voir de près ou de loin avec le Baath. Nous rejetons catégoriquement toute assimilation[18]. »

En Irak, le parti Baath se forme à la fin des années 1940 dans la clandestinité sous le régime du probritannique Noury Saïd.

Les premiers dirigeants du Baath irakien sont Sami Chaouket, Taha al-Rachid, Jafar Kassem al-Hammoudi, Fouad al-Rikabi et Fakhri Kadoumi. Ils seront rejoints par un officier charismatique, Ahmed Hassan al-Bakr.

Le parti prend la tête des manifestations contre le Pacte de Bagdad, et joue un rôle déterminant dans la révolution du 14 juillet 1958. Noury Saïd est chassé du pouvoir, et le procommuniste Kassem accède à la présidence est réprime durement les baasistes.

Un vaste réseau secret est alors constitué, ils arrivent à prendre le pouvoir après la révolution panarabe de février 1963. Mais ils sont rapidement écartés par le nassérien Aref.

Une large amertume et un découragement général touche le Baath. Deux hommes, Hassen al Bakr et Saddam Hussein reconstituent alors le parti.

Le parti est dirigé par un Commandement national (al kinda al qaoumiy'ah) qui est interarabe. Le Commandement est administré par Michel Aflaq et est composé de quinze membres. Un Commandement régional (al kinda al katriy'ah) est implanté dans chaque pays, en Syrie (un Baath opposé au régime d'Hafez el-Assad), au Liban, en Jordanie, dans les deux Yémen, en Tunisie, en Algérie, en Arabie saoudite, Bahreïn et l'émirat du Koweït. La plupart de ces sections agissent clandestinement. Le Baath possède également une branche palestinienne membre de l'OLP, le Front de libération arabe.

Le parti est organisé hiérarchiquement, à la base il y a la cellule (al halaka) qui comprend six militants environs, il y a ensuite le groupe (al firka) qui rassemble de trois à sept cellules, puis il y a la section (al chou'ba) qui est constitué de deux à cinq groupes. Et il y a enfin, au sommet, la branche (al fari) qui est formé d'au moins deux sections.

Cette répartition permet une présence très active dans le pays, aussi bien dans la rue que dans les usines et syndicat. Elle favorise le secret, les militants des différentes cellules ne se connaissent pas entre eux, ce qui favorise grandement la sécurité de l'organisation.

Les seuls membres qui peuvent accéder aux postes de responsabilité du parti, sont les membres ayant fait leur preuve.

Le parti crée rapidement une milice (1963), la garde nationale, une milice autonome, intégrée à l'armée en 1968, elle deviendra par la suite la garde républicaine.

Le parti se constitue essentiellement de sunnites issus de Tikrit, la ville d'origine de Saddam Hussein. Les sunnites représentent une minorité religieuse en Irak (25%), ainsi comme en Syrie, le Baath irakien s'appuie sur une partie de la communauté nationale pour gouverner.

Le Baath accède au pouvoir le 17 juillet 1968. Pour les baasistes, la priorité est la modernisation de l'Irak, un vaste plan de développement économique, social, industriel et technologique est lancé. Il réaffirme par ailleurs la place de l'Irak dans le monde arabe et de faire de l'Irak une sorte de Prusse unificatrice de tous les arabes.

Sur le plan intérieur, l'Irak est gouvernée par un parti unique, le Baath qui est comme en Syrie, dirigé par des militaires. Il existe dans le pays quelques partis politiques tolérés mais qui ne doivent pas critiquer le gouvernement, et qui est interdit dans certaine professions, en particulier dans l'éducation et dans l'armée.

Sous Saddam, les syndicats sont sous le contrôle de l'État, la police politique musèle l'opposition, et certains opposants sont tués sans procès.

À partir de 1972, jusqu'en 1978, Bagdad crée un Front national progressiste, qui regroupe des partis communistes et le parti démocrate kurde.

En 1978, l'Irak organise le sommet des chefs d'États de la ligue arabe, qui condamne la signature des accords de Camp David par le président égyptien, Anouar el-Sadate. Les ministres de la ligue arabe se réunissent en 1979 à Bagdad pour décider des sanctions diplomatiques et économiques à infliger à l'Égypte. L'Irak, contrairement à ses voisins arabes, demande à ce que les sanctions économiques ne touchent pas le peuple égyptien, et présentent surtout un aspect symbolique.

La même année, l'Irak intervient avec succès dans la guerre qui fait rage entre les deux Yémen, et intervient au Liban pour rétablir la paix.

En 1980, une Assemblée nationale est élue, mais selon une loi électorale, 75% des candidats doivent obligatoirement être baasistes.

Le 8 février 1980 Saddam Hussein devenu entre temps président de la république irakienne affirme,

« Les Arabes doivent relever le double défi de l'unité et de la modernité. Ce défi, ils doivent le relever d'une façon réaliste et cesser de rêver. Le fait accompli de la division de notre nation arabe n'est pas satisfaisant, mais il existe et nous devons bien en tenir compte. Bien sûr, l'objectif suprême, historique, est de voir un jour la réunification de tous les Arabes sous un même drapeau. C'est l'idéal à atteindre, celui qui doit conduire nos efforts. Mais pour lui donner une chance d'être réalisé, nous devons créer les conditions d'une meilleure coopération, d'une part, et nous renforcer sur la scène internationale, d'autre part. Nous devons bannir les mauvais coups entre nous, renforcer nos capacités communes, réfléchir sur les conditions d'un marché commun dynamique et d'une meilleure répartition des richesses. C'est par la solidarité et le développement que nous créerons les conditions de l'unité[19]. »

Il propose une sorte de traité de Rome, une démarche qui consiste à réunifier le monde arabe via le fédéralisme. Ce projet interpelle de nombreux dirigeants de pays arabes, quatorze d'entre eux apportent leurs soutien à ce projet, jamais l'unité n'avait réalisé un tel consensus à ce niveau.

Saddam Hussein est alors convaincu que les facteurs qui conduisent les nations européennes à renforcer leurs liens sont beaucoup moins importants que les liens existants entre les arabes sur le plan de la langue, de la culture, de l'histoire…

L'objectif est de créer un bloc arabe si soudé, que le monde ne pourrait plus l'ignorer.

Sur le plan intérieur, le Baath continue son expansion, l'idéologie civique nationaliste est établie dans tout l'Irak, dans les écoles, les universités, les arts, la fonction publique, la presse, les mosquées, et les syndicats.

Le nationalisme arabe devient de plus en plus important chaque jour, même les chefs d'État les plus traditionnellement sceptiques face au nationalisme arabe décident de faire un pas vers l'unité. Habib Bourguiba par exemple accepte l'installation de la Ligue arabe à Tunis, le roi du Maroc, Hassan II, devient président du Comité Al-Quds qui est chargé de traiter les questions de Jérusalem.

Entre 1979 et 1980 l'Irak baasiste a pratiquement obtenu ce qu'elle voulait, elle est devenue le chef de file du monde arabe, elle est en train de prendre la tête du mouvement des non-alignés, et est devenu proche de nombreux États occidentaux, dont la France. Le développement de l'Irak a par ailleurs été incontestable. Car quand le Baath arrive au pouvoir, un vaste plan de modernisation est mis en œuvre par le gouvernement. L'Irak s'industrialise rapidement et devient l'un des pays arabes où le niveau de vie est le plus élevé, avec comme résultat l’émergence d’une véritable classe moyenne.

Le gouvernement irakien lance la « Campagne nationale pour l'éradication de l'illettrisme » un plan ambitieux visant à lutter l'analphabétisme.

L'école devient gratuite, obligatoire et séculière pour les garçons et les filles. L'Unicef reconnaît que l'Irak a pratiquement éradiqué l'illettrisme et aura poussé la scolarisation des irakiens à un niveau encore inédit au Moyen-Orient. En 1985, l'Unesco remet un trophée à l'Irak pour l'effort d'alphabétisation dont avait fait preuve le gouvernement à l'égard des filles. Par ailleurs, l'enseignement supérieur s'est considérablement développé entrainant la naissance d'une élite intellectuelle et scientifique irakienne. La presse, l'édition et le monde du spectacle se sont considérablement développés[20].

« Le système éducatif en Irak avant 1991 était l’un des plus performants dans la région, avec un taux brut de scolarisation proche de 100% dans l’enseignement primaire et un niveau élevé d’alphabétisation pour les deux sexes. L’enseignement supérieur était de qualité, particulièrement dans les établissements d’enseignement scientifique et technologique, et le corps enseignant compétent et motivé[21]. »

Le système de santé irakien devient l'un des plus modernes et efficace de tout le monde arabe; les services publics ne sont pas en reste, car le recrutement se fait dorénavant sur le mérite.

L'Irak dépendant grandement du pétrole, Saddam tenta de diversifier l'économie en menant un plan d'industrialisation. L'Irak devient donc le premier État arabe à avoir utilisé sa rente pétrolière pour procéder à son industrialisation. Il entreprend la construction de routes, de grands axes autoroutiers et des bâtiments ainsi que le développement d'industries. Il lance une révolution énergétique, amenant l'électrification de presque toutes les villes d'Irak (même les villes se situant dans les campagnes ou difficile d'accès).

Avant les années 1970, l'Irak était un pays largement rural ; suite aux différentes réformes, l'urbanisation s'étend. Saddam redistribue les terres aux paysans, qui étaient auparavant dans les mains d'une minorité de personnes. Il lance une réforme agraire devant permettre aux fermiers de maximiser le profit de leur exploitation. L'agriculture est donc mécanisée, et les paysans ne sachant pas utiliser les nouvelles machines sont formés par le gouvernement. Cette réforme avait également comme but de mettre fin au féodalisme.

En 1980, l'Irak était le seul pays arabe en passe d'atteindre l'autosuffisance alimentaire.

En 1979 la révolution islamique à lieu en Iran, en mars 1980 l'ayatollah Khomeini préconise un soulèvement des irakiens chiites. Ces appels se répètent, et l'Iran revendique par la suite le sud de l'Irak, Bahreïn, le territoire du Koweït et le nord-est de l'Arabie saoudite. La guerre Iran-Irak éclate le 22 septembre 1980, Saddam Hussein propose le 28 septembre des pourparlers avec l'Iran sur la base des résolutions des Nations-Unies, mais l'Iran refuse. L'Iran reçoit l'aide de nombreux pays occidentaux, dont Israël par lequel le général Sharon annonce à Paris que son pays fournirait des armes et des conseillers militaires à la république islamique, et par les États-Unis qui mettent sur pied en 1984 un plan de livraison d'armes à l'Iran (Irangate).

De son côté la France réaffirme son soutien à l'Irak par la voix du ministre des affaires étrangères de François Mitterrand, Claude Cheysson,

« La révolution iranienne est particulièrement inquiétante : toute la région du Proche-Orient peut être entraînée dans une destabilisation conduite par le régime de Khomeiny et un conflit généralisé. Face à l'expansionnisme fanatique de l'Iran qui vise à s'étendre dans le monde musulman, la France soutient l'Irak. Elle soutient du même coup toute la nation arabe qui est menacée par la déferlante de l'intégrisme[22]. »

Le monde arabe de son côté choisit massivement l'Irak à l'exception du régime de Damas, de quelque milice chiites libanaises et dans une moindre mesure par l'Algérie. Les chiites irakiens dans leur grande majorité ne suivent pas l'Iran, et choisissent l'Irak.

Les Frères musulmans quant à eux soutiennent l'Irak, en particulier les frères musulmans syriens qui en 1984, affirment par la voix d'Adnan Saadeddine que,

« Les frères musulmans de Syrie sont solidaires du nationalisme arabe. Ils sont résolument du côté du peuple irakien frère. Nos conceptions sont à l'opposé de ce qui se réalise en Iran ou le pouvoir est une sinistre caricature de la religion musulmane[23]. »

La guerre Iran-Irak prend fin le 18 juillet 1988, l'Irak considère la fin de cette guerre comme une victoire.

Cependant, l'Irak se retrouve face à une dette colossale, et le seul moyen pour elle de rembourser cette dette est de faire augmenter les prix du brut et d'investir des milliards de dollars dans le pays afin de relancer l'économie nationale. Saddam Hussein propose également que l'augmentation du prix du brut, soit, en partie, consacrée à aider les États arabes les plus pauvres par l'intermédiaire d'un fonds de répartition. Cette proposition est saluée par les citoyens des pays arabes, mais elle est immédiatement rejetée par les émirs du Golfe.

Saddam comptait sur les monarchies du Golfe qu'il estimait avoir protégé l'Iran pour rembourser ses dettes. En juillet 1990, il accuse publiquement certains dirigeants du Golfe de nuire à l'Irak en faisant baisser volontairement le prix du brut. Le 2 août 1990, l'Irak envahit le Koweït en quelques heures. Face à cette crise, le monde arabe est divisé, le conseil ministériel de la Ligue arabe condamne l'invasion du Koweït, mais quatre membres de la ligue ont voté contre cette condamnation. Fort du soutien des Nations unies, les États-Unis se lancent, avec une coalition internationale, dans une guerre contre l'Irak. Après la défaite irakienne, les forces nationalistes arabes sont affaiblies; l'Irak ne jouera plus aucun rôle nationaliste jusqu'à aujourd'hui.

Nationalisme au Maghreb

L'unité arabe fait son entrée au Maghreb par les livres, les journaux et les étudiants ayant fait leurs études en Égypte ou en Syrie ou leur pèlerinage à La Mecque. Des délégués maghrébins, dont le célèbre Messali Hadj ont pris part au Congrès de Jérusalem (décembre 1931), de Genève (septembre 1935) et du Caire (octobre 1938).

La plupart des chefs nationalistes maghrébins sont formés ou influencés par l'émir Druze Chékib Arslan. L'émir entre très tôt en contact avec le cheikh tunisien Salah Chérif et le notable marocain de Tétouan, El-Hadj Abdessalam Ben Nouna. Il forme également Mohammed Bach Hamba, frère d'Ali Bach Hamba qui est l'un des fondateurs, en 1907, du mouvement des Jeunes Tunisiens. L'émir Arslan établit également des relations avec les chefs de plusieurs partis indépendantistes : le Destour, l'Étoile nord-africaine de Messali Hadj et le parti de l'Action marocaine. Au Maroc, Chékib Arslan est à l'origine de la campagne lancée contre le dahir berbère par la voix de son journal : « La Nation arabe ». Il est aussi à l'origine du « pacte arabe » voté au Congrès de Jérusalem en 1931. Ce pacte devient l'inspirateur et le guide des chefs de plusieurs partis nationalistes du Maghreb[24]. Arslan devient alors « l'artisan de la transformation du panislamisme maghrébin en un nationalisme arabe à tendance islamique. »[25]

Le nationalisme arabe à influencé de manière différente les partis politiques maghrébins. Il y eut au Maroc l'Union nationale des forces populaires (UNFP), un parti politique nassérien fondé par Mehdi Ben Barka en 1950. Ce dernier se fait enlever dans des conditions mystérieuses à Paris en 1965. En Algérie, le FLN se constitue pour la lutte d'indépendance de l'Algérie, le mouvement regroupant un large échiquier politique même s'il est dominé par des nationalistes algériens panarabes comme Ahmed Ben Bella et Houari Boumédiène. En Tunisie, le Destour influencé par l'émir Arslan et le cheikh Abdelaziz Thâalbi a une ligne idéologique résolument panarabe. Salah Ben Youssef, membre du Néo-Destour mené par Habib Bourguiba voit en Gamal Abdel Nasser le leader incontestable du monde arabe. Le différend entre les deux hommes se fait en faveur de Bourguiba, Ben Youssef étant exclu du Néo-Destour avant d'être assassiné à Francfort en 1961[26].

Nationalisme palestinien

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La plupart des organisations palestiniennes sont nationalistes arabes. L'organisation de libération de la Palestine (OLP) a été créé en 1964 sous l'impulsion de Nasser. Le but de l'organisation est alors de mettre fin à l'État d'Israël et d'intégrer la Palestine à la nation arabe.

Le Fatah de Yasser Arafat, principal parti de l'OLP et FPLP de Georges Habache, et le FDLP de Nayef Hawatmeh soutiennent ce projet. Cependant, ces mouvements prennent leur distance avec les États arabes qu'ils accusent de manipulation envers le peuple palestinien. Les mouvements nationaux palestiniens cherchent à tout prix à être indépendant vis-à-vis des puissances arabes.

Pour Naji Alloush, un haut responsable du Fatah, c'est le peuple arabe tout entier qui lutte en Palestine, et pas seulement le peuple palestinien. Il affirme également que les bases militaires de la guérilla palestinienne (les fedayin) en pays arabes ne sont pas des bases extérieures.

« Toute la nation arabe est mobilisée, et les armées arabes régulières doivent se préparer à une guerre complète, dont la résistance palestinienne n'est que l'un des aspects. Il faut même préparer toute la population arabe à une guerre populaire généralisée : la lutte palestinienne, locale certes, aura une « existence panarabe », et « la Palestine sera le chemin de l'unité arabe »[27]. »

Fatah

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Le Fatah est créé en 1959 par des étudiants palestiniens, convaincus que pour mieux défendre l'intégrité et la souveraineté du peuple palestinien le moyen le plus efficace était d'organiser une grande résistance palestinienne sous la forme d’un mouvement national révolutionnaire autonome. C’est-à-dire un mouvement indépendant des pays arabes et de toute autre puissance étrangère.

Pour le Fatah, le futur État palestinien fera partie intégrante de la « nation arabe fédérée ».

Front populaire de libération de la Palestine

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Le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) est issu du Mouvement nationaliste arabe (MNA) de Georges Habache.

Le MNA était une organisation principalement palestinienne, nationaliste arabe, socialiste et révolutionnaire. Cette organisation était fortement inspirée par le nassérisme et par les théories marxiste-léniniste. Le mouvement possédait des branches dans beaucoup de pays du Moyen-Orient.

Après la guerre des Six Jours, le nassérisme perd son prestige dans le monde arabe, ce qui entraine la fin du MNA qui deviendra quelques années plus tard le FPLP.

Le FPLP a globalement le même objectif que le MNA, mais c'est néanmoins un parti nettement plus à gauche. Le FPLP souhaite une Palestine égalitaire pour juifs et arabes, intégré à la nation arabe. Car pour le mouvement, le nationalisme arabe représente une inspiration et une fin fondamentales [28].

Front démocratique pour la libération de la Palestine

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Le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) est un mouvement issu du MNA. C'est une organisation marxiste et nationaliste. Néanmoins, Nayef Hawatmeh le dirigeant du parti rejette le terme de nationalisme qu'il compare à du chauvinisme. Le parti souhaite une nation palestinienne dans une nation arabe fédérale ou confédérale. Nayef Hawatmeh voit les États arabes comme responsables de ce qui ce passe en Palestine, il accuse par ailleurs ces États de contribuer à la division de la nation arabe[29].

Arabisme et islamisme

Dans le passé, de nombreux chef religieux musulmans soutenaient le panarabisme, c'était par exemple le cas pour Rachid Rida et pour Kawakibi. Ils insistaient tous deux sur la place prééminente qu'ont les arabes dans le monde musulman, en n'hésitant pas à affirmer que les meilleurs musulmans sont les arabes, et que face au califat ottoman, un contre-califat arabe doit être créé.

À partir de la fin des années quatre-vingt, des rencontres sont organisées entre arabistes et islamistes. Beaucoup d'hommes politiques et d'intellectuels soutiennent une alliance entre le nationalisme arabe et l'islamisme. En 1989, un colloque sur l'unité arabe confédérale voulait jeter les ponts entre les deux courants, panarabe et islamique. Souhaitant un État arabe uni et fédéral, les membres de ce colloque pensaient que la laïcité et l'application de la charia pourraient s'accorder en douceur, si le laïcisme autoritariste des États arabes était abandonné. Ainsi, les lois seraient en accord avec les principes islamiques, mais elles ne s'appliqueraient pas aux minorités confessionnelles. L'accent islamique domina dans ce colloque, les islamistes y étaient représentés par les Frères musulmans et par les membres du parti tunisien, Ennahda. La première guerre du golfe a rapproché les nationalistes et les islamistes, en particulier en janvier 1991 en Algérie, ou le leader islamiste Ali Benhadj a appelé les algériens à combattre les coalisés en Irak.

L'islamiste marocain, Al-Jabiri affirme que « l'islam n'arrivera à la plénitude de son unité que par l'arabisation de tous les peuples musulmans. » Il envisageait l'État arabe unifié comme devant un jour coïncider avec un immense État musulman arabisé, allant de l'Indonésie au Sénégal.

Hassan al-Tourabi, l'ancien leader des Frères musulmans soudanais prêche un panarabisme islamique en symbiose militante avec tous les mouvements islamistes du monde arabe, mais aussi non arabe. Sa synthèse du nationalisme arabe et de l'islamisme influença les mouvements islamistes, il établit alors un nationalisme arabe révolutionnaire et islamique. Pour Tourabi, le nationalisme arabe est « révolutionnaire islamique. » Il explique encore que « l’unité arabe est le fondement de l’unité islamique. »

Hassan Nasrallah, le secrétaire général du parti chiite Hezbollah, et le Hamas ont participé au Congrès nationaliste arabe pour rapprocher le point de vue des islamistes et des nationalistes[30]. Le Hamas reprend sur des nombreux points le discours nationaliste arabe[31].

En Arabie saoudite, les relations sont ambigües entre l'islam wahhabite et le nationalisme arabe. Il existe deux courants de pensée chez les wahhabites saoudiens, le premier qui considère le nationalisme arabe comme un concurrent à l'idéologie wahhabite, le deuxième qui pense au contraire que la vocation de l’Arabie saoudite est de servir d’exemple à la fois aux autres sociétés arabes et à l’ensemble du monde musulman. Ainsi les manuels d'instruction religieuse développent des thèses panarabes semblables à la Syrie et à l'Irak baathiste. Les religieux saoudiens reconnaissent l'existence d'une nation arabe « naturelle » centrée sur l'islam et sur la langue arabe[32].

Le nationalisme arabe aujourd’hui

Aujourd'hui le nationalisme arabe est considérablement affaibli, en particulier depuis la chute du régime de Bagdad qui a laissé ainsi le champ politique libre à formations intégristes et confessionnelles. Mais le nationalisme garde néanmoins le soutien de la plupart des officiers militaires et des intellectuels arabes.

D'un point de vue culturel, le sentiment d'appartenance à un même peuple s'est considérablement développé, puisque même des mouvements intégristes comme les Frères musulmans ne remettent plus en cause le dogme de la nation arabe.

Les médias de masse comme MBC, Al-Jezira ou Al-Arabiya, le cinéma, les radios et les journaux ont également participé aux sentiments d'existence d'un seul et même peuple arabe.

Penseurs nationalistes arabes

Voir aussi

Liens internes

Notes et références

  1. Abu-Lughod, I., The Arab Rediscovery of Europe, p. 13. Passage traduit de l’arabe en anglais, puis en français.
  2. Yaoum Mayssaloum (Le jour de Maysalloum), Beyrouth, 1947
  3. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.21
  4. (Charles Saint-Prot, Le Nationalisme arabe)
  5. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.21 et 22
  6. George Antonius : The Arab awakening, Beyrouth, 1938
  7. Maxime Rodinson, Les Arabes, p.95
  8. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.25
  9. Hafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p.25
  10. Jacques Benoist-Méchin : Lawrence D'Arabie, 1979 et Suleiman Moussa : Songes et mensonges de Lawrence, Sindbad, 1973
  11. Conférence prononcée au Caire en février 1948
  12. En 1924 Séoud occupe La Mecque et il parvient l'année suivante à chasser le dernier roi hachémite de la région.
  13. Alexandre Adler : Rendez-vous avec l'islam, p.61
  14. Saint-Prot : Le Nationalisme arabe, 1995
  15. D'après la charte de 1962
  16. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.101
  17. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.99.
  18. Les Mystères syriens, Albin Michel, 1985
  19. Saddam Hussein, Déclaration nationale, 8 février 1980.
  20. Article sur l'Irak dans l'Encyclopédie de l'Agora.
  21. L’Unesco et l’Irak : hier et aujourd’hui
  22. Le Nationalisme arabe : Alternative à l'intégrisme, page 103
  23. Le Nationalisme arabe : alternative à l'intégrisme, page 104
  24. L'Afrique du Nord en marche, Charles-André Julien, pp. 20-22 et 24-26
  25. Étude comparative du nationalisme arabe et de l'islamisme à travers les œuvres de Sayyid Qutb et de Michel Aflaq
  26. Glottopolitique, idéologies linguistiques et État-nation au Maghreb
  27. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.123
  28. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.118
  29. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.120
  30. Le Nationalisme arabe, Olivier Carré, p.214
  31. Mémoire de géopolitique de Lionel Mathieu : L'Unité arabe, un état des lieux
  32. Étude comparative du nationalisme arabe et de l'islamisme à travers les œuvres de Sayyid Qutb et de Michel Aflaq

Bibliographie

  • Charles Saint-Prot, Le Nationalisme arabe : alternative à l'intégrisme, édition Ellipses Marketing, 1998, ISBN 272984595X
  • Charles Saint-Prot, La Politique arabe de la France. Paris: OEG [1] - Études géopolitiques 7, 2007.
  • Olivier Carré, Le Nationalisme arabe, édition Payot, 2004, ISBN 2228898333

Liens externes

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