Henri d'Artois
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Henri V
Henri V de France.jpg
Henri d'Artois, comte de Chambord

Titre
Roi de France et de Navarre
2 août 18307 août 1830
(non proclamé)
Prédécesseur Louis XIX
Successeur Louis-Philippe Ier
Prétendant légitimiste au trône de France
3 juin 184424 août 1883
Prédécesseur Louis de France
Successeur Jean de Bourbon (légitimiste)
Philippe d'Orléans (orléaniste)
Biographie
Dynastie Maison de Bourbon
Nom de naissance Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d'Artois,
duc de Bordeaux
Date de naissance 29 septembre 1820
Lieu de naissance Naval Ensign of the Kingdom of France.svg Palais des Tuileries, Paris (France)
Date de décès 24 août 1883 (à 62 ans)
Lieu de décès Flag of the Habsburg Monarchy.svg Frohsdorf (Autriche)
Père Charles-Ferdinand d'Artois
Mère Marie-Caroline des Deux-Siciles
Conjoint Marie-Thérèse de Modène

Coat of Arms of the Bourbon Restoration (1815-30).svg
Monarques de France
Prétendants au trône de France

Henri Charles Ferdinand Marie Dieudonné d'Artois, né à Paris, au palais des Tuileries, le 29 septembre 1820, et décédé à Frohsdorf (Autriche) le 24 août 1883, était un prétendant à la couronne de France. Il fut le dernier descendant français de la branche aînée de la maison de Bourbon.

Le nom d'Henri d'Artois, qui est celui qui figure sur son acte de naissance, n'a été utilisé ni par lui, ni par les Français. Ces derniers le connurent sous la Restauration comme duc de Bordeaux, titre que lui donna Louis XVIII en hommage à la première ville qui se rallia aux Bourbons en 1814. À partir de 1830, il prit le titre de comte de Chambord, du nom du château qui lui avait été offert par une souscription nationale. Il fut considéré par ses partisans comme le roi « Henri V ».

Sommaire

Le duc de Bordeaux

Le duc de Bordeaux

Henri, duc de Bordeaux est le petit-fils du roi de France Charles X et le fils posthume de Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry, fils cadet du roi, et de son épouse Marie Caroline des Deux-Siciles. Le duc de Berry a été assassiné, dans la nuit du 13 au 14 février 1820, par l'ouvrier Louvel qui voulait éteindre la race des Bourbons. La duchesse de Berry, enceinte au moment du drame, accoucha sept mois et demi plus tard d'un fils, que Lamartine appela l'« enfant du miracle »[1].

Le 11 octobre 1820, les Français donnent au prince le château de Chambord. Henri est baptisé le 1er mai 1821 à Notre-Dame de Paris ; il a pour parrain et marraine son oncle et sa tante, le duc et la duchesse d'Angoulême. Il est d'abord placé, comme sa sœur aînée Louise, sous la responsabilité de la duchesse de Gontaut. En 1828, Charles X confie son éducation au baron de Damas[2]. Cet éducateur[3] accorde beaucoup d'importance à l'apprentissage religieux ; il veille aussi à choisir des précepteurs qui initient le prince aux matières de bases, aux langues vivantes -allemand, italien-, aux exercices physiques et au tir au pistolet[4].

Il a une sœur, Louise d'Artois (1819-1864), et par son père, deux demi-sœurs légitimées : Charlotte et Louise.


La révolution de 1830

Le 25 juillet 1830, Charles X promulgue des ordonnances qui provoquent la révolution de 1830. Le 30 juillet 1830, un groupe d'hommes politiques parisiens lance la candidature au trône de Louis-Philippe, duc d'Orléans. Le 2 août 1830, Charles X abdique en faveur de son petit-fils Henri. L'ordre de succession donnait cependant le trône au fils aîné du roi, le dauphin Louis de France, qui était appelé à régner sous le nom de « Louis XIX ». Mais celui-ci est contraint de contresigner l'abdication de son père[5]. Ainsi, la couronne passe au jeune Henri, duc de Bordeaux, qui devient « Henri V ». Charles X envoie cet acte d'abdication au duc d'Orléans, en le chargeant de faire proclamer l'avènement d'Henri V. Le futur Louis-Philippe se contente de faire enregistrer l'abdication de Charles X et de son fils. Le 7 août, la chambre des députés puis la chambre des pairs appellent au trône le duc d'Orléans, qui devient Louis-Philippe Ier. Entretemps, du 2 au 7 août, le jeune Henri, âgé de 10 ans, fut roi sous le nom d' « Henri V ». La famille royale part en exil en Angleterre le 16 août 1830[6].

L'exil

Essai en or d'une pièce de 5 francs (1832) - Cabinet des médailles, Paris.

La famille royale s'installe au château de Holyrood. En avril 1832, la duchesse de Berry, mère du comte de Chambord, débarque en France dans l'espoir de provoquer un soulèvement dans l'ouest de la France, qui rendrait le trône à son fils. Arrêtée en novembre 1832, emprisonnée à la citadelle de Blaye, elle y accouche d'une fille qu'elle présente comme le fruit d'un mariage secret avec le comte de Lucchesi-Palli. Discréditée, elle s'exile et le roi Charles X déchu confie l'éducation de ses petits-enfants à son autre belle-fille, la duchesse d'Angoulême, fille des défunts Louis XVI et Marie-Antoinette.

En octobre 1832, la famille royale quitte l'Angleterre pour s'installer au palais royal de Prague, en Autriche. Le 27 septembre 1833, pour sa majorité, fixée à treize ans par les lois du royaume, le comte de Chambord reçoit un groupe de légitimistes français, qui le saluent au cri de « Vive le roi ! ». À leur retour en France, ces derniers sont poursuivis par le gouvernement de Louis-Philippe, mais acquittés par la Cour d'assises. Le premier acte que le duc de Bordeaux accomplit à l'occasion de sa majorité est celui d'une « protestation solennelle contre l'usurpation de Louis-Philippe ».

En octobre 1836, la famille royale doit quitter Prague pour Goritz, où Charles X meurt le 6 novembre. Son fils, le duc d'Angoulême, qui porte aussi le titre de comte de Marnes, devient en droit aux yeux des légitimistes Louis XIX.

Le 28 juillet 1841, le comte de Chambord est victime d'un accident de cheval, qui le force à une longue convalescence, et lui laisse une claudication. En octobre 1843, il se rend à Londres, où il reçoit à Belgrave Square des légitimistes venus de France, parmi lesquels figure Chateaubriand.

Henri V

La mort du duc d'Angoulême, survenue le 3 juin 1844[5], met le droit en accord avec le fait : le comte de Chambord devient l'aîné de la maison de France et est reconnu sous le nom d'Henri V par tous ses partisans, les légitimistes, qui restent dans l'opposition sous la Monarchie de Juillet, la Deuxième République et le Second Empire.

Le premier acte du prétendant au trône de France est d'affirmer ses droits :

« Devenu, par la mort du comte de Marnes, chef de la maison de Bourbon, je regarde comme un devoir de protester contre le changement qui a été introduit dans l'ordre légitime de succession à la couronne et de déclarer que je ne renoncerai jamais aux droits que, d'après les lois françaises, je tiens de ma naissance. Ces droits sont liés à de grands devoirs qu'avec la grâce de Dieu, je saurai remplir ; toutefois je ne veux les exercer que lorsque, dans ma conviction, la Providence m'appellera à être véritablement utile à la France. Jusqu'à cette époque, mon intention est de ne prendre dans l'exil où je suis forcé de vivre que le nom de comte de Chambord ; c'est celui que j'ai adopté en sortant de France[7]. »

En 1844, le comte de Chambord et sa tante, la duchesse d'Angoulême, s'installent au château de Frohsdorf, situé au sud-est de Vienne. Le 15 novembre 1846, le comte de Chambord épouse Marie-Thérèse de Modène, avec laquelle il devait former un couple uni. Le père de cette princesse de 29 ans, le duc François IV de Modène, était le seul souverain européen à n'avoir pas reconnu la Monarchie de Juillet. Quelques années auparavant, le comte de Chambord avait souhaité se marier avec la sœur cadette de son épouse, Marie Béatrice de Modène, mais celle-ci s'était déjà promise à un infant d'Espagne, le prétendant carliste Jean de Bourbon.

Depuis Frohsdorf, le comte de Chambord se tient au courant des affaires françaises et internationales. « Il lit quotidiennement plusieurs titres de la presse française et étrangère, prend connaissance des brochures et des livres qui lui sont envoyés, reçoit des voyageurs venus de France, entretient des correspondances avec des personnalités légitimistes[8]. »

La révolution de 1848 ; la Seconde République ; le Second Empire

Portrait du comte de Chambord par Charles-Marie de Sarcus (La Mode, 1850).

En février 1848, la Révolution éclate ; Louis-Philippe doit abdiquer le 24 février ; la République est proclamée. Le comte de Chambord voit dans la chute des Orléans un juste châtiment, mais s'interdit toute manifestation publique de joie. Le prince Louis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République en décembre 1848. En mai 1849, les élections portent une majorité monarchiste à l'Assemblée nationale. Le prince-président entre bientôt en conflit avec elle. Par le coup d'État du 2 décembre 1851, il conserve le pouvoir, et, en octobre 1852, laisse entendre le prochain rétablissement de l'Empire. Le comte de Chambord intervient alors par un manifeste daté du 25 octobre 1852, dans lequel il déclare :

« Le génie et la gloire de Napoléon n'ont pu suffire à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir y suffiraient bien moins encore. On ne rétablit pas la sécurité en ébranlant le principe sur lequel repose le trône […]. La monarchie en France, c'est la maison royale de France indissolublement unie à la nation. [...] Je maintiens donc mon droit qui est le plus sûr garant des vôtres, et, prenant Dieu à témoin, je déclare à la France et au monde que, fidèle aux lois du royaume et aux traditions de mes aïeux, je conserverai religieusement jusqu'à mon dernier soupir le dépôt de la monarchie héréditaire dont la Providence m'a confié la garde, et qui est l'unique port de salut où, après tant d'orages, cette France, objet de tout mon amour, pourra retrouver enfin le repos et le bonheur[9]. »

Aussitôt après avoir signé ce manifeste, le comte de Chambord précise à ses partisans la ligne de conduite qu'il attend d'eux, si l'Empire se rétablit : ils ne devront pas participer à la vie publique, s'abstenir de voter et de se présenter à des mandats électifs.

Dès juin 1848, le comte de Chambord a pris l'initiative d'un premier geste de réconciliation avec la famille d'Orléans. En 1850, à la mort de Louis-Philippe, il fait célébrer une messe à la mémoire du défunt et écrit à sa veuve, la reine Marie-Amélie. Des démarches sont accomplies entre les deux familles, mais leur union ne se réalise pas[10].

Sous le Second Empire, le comte de Chambord entretient des liens réguliers avec les représentants du parti légitimiste en France, avec lesquels il échange un courrier clandestin. Il leur fait connaître sa doctrine : appelant de ses vœux une monarchie qui réaliserait « l'alliance si désirée d'une autorité forte et d'une sage liberté », il préconise une décentralisation administrative et politique. Il se penche aussi sur la question sociale. En 1848, il écrit : « Assister des Français qui souffrent, c'est me servir. » Dans une lettre du 20 avril 1865, il souhaite que les travailleurs s'organisent en associations inspirées des corporations, « pour la défense de leurs intérêts communs. »

Le comte de Chambord réside au château de Frohsdorf, domaine sur lequel il fait construire deux écoles, pour les enfants du personnel du château et de la paroisse. Jusqu'en 1866, il passe l'hiver à Venise, au palais Cavalli. Il voyage également, en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Allemagne et en Grèce. En 1861, ce catholique convaincu accomplit un périple de deux mois et demi en Orient, qui lui permet de faire un pèlerinage en Terre sainte, dont il a laissé un récit[11].

Une troisième Restauration ?

En août 1870, alors que la France de Napoléon III connaît de graves défaites dans la guerre contre la Prusse, le comte de Chambord quitte Frohsdorf dans l'intention de s'enrôler. Il lance le 1er septembre 1870 un appel à « repousser l'invasion, sauver à tout prix l'honneur de la France, l'intégrité de son territoire[12]. » Le 4 septembre 1870, le Second Empire s'effondre après la défaite de Sedan. Bismarck exigeant de négocier le futur traité de paix avec un gouvernement issu du suffrage des Français, des élections législatives sont organisées en février 1871. La nouvelle Assemblée compte 240 républicains contre 400 monarchistes, divisés entre légitimistes et orléanistes. Réunie à Bordeaux le 18 février, l'Assemblée nomme Adolphe Thiers « chef du pouvoir exécutif de la République française ». Elle s'investit en même temps du pouvoir constituant, mais annonce qu'elle ne l'exercera qu'ultérieurement. Elle ne veut envisager la restauration de la royauté que lorsque la France sera libérée de l'occupation allemande.

Le 8 juin 1871, l'Assemblée abolit les lois bannissant de France les Bourbons. Le comte de Chambord revient alors en France pour quelques jours, en juillet 1871. De son domaine de Chambord, il lance le 5 juillet un manifeste dans lequel il déclare :

« Je ne puis oublier que le droit monarchique est le patrimoine de la nation, ni décliner les devoirs qu'il m'impose envers elle. Ces devoirs, je les remplirai, croyez-en ma parole d'honnête homme et de roi. […...] Je suis prêt à tout pour relever mon pays de ses ruines et à reprendre son rang dans le monde ; le seul sacrifice que je ne puis lui faire, c'est celui de mon honneur. […] je ne laisserai pas arracher de mes mains l'étendard d'Henri IV, de François Ier et de Jeanne d'Arc. […] Je l'ai reçu comme un dépôt sacré du vieux roi mon aïeul, mourant en exil ; il a toujours été pour moi inséparable du souvenir de la patrie absente ; il a flotté sur mon berceau, je veux qu'il ombrage ma tombe. »

Pour le prétendant, refuser de renoncer au drapeau blanc est une question de principe, qui concerne l'idée même qu'il se fait de la monarchie : il ne peut accepter le drapeau tricolore, qui flottait sur le lieu de l'exécution de Louis XVI. Il précise sa pensée le 25 janvier 1872, par un nouveau manifeste, dans lequel il proclame :

« Je n'ai pas à justifier la voie que je me suis tracée. [...] Je ne laisserai pas porter atteinte, après l'avoir conservé intact pendant quarante années, au principe monarchique, patrimoine de la France, dernier espoir de sa grandeur et de ses libertés. [...] Je n'arbore pas un nouveau drapeau, je maintiens celui de la France [...]. En dehors du principe national de l'hérédité monarchique sans lequel je ne suis rien, avec lequel je puis tout, où seront nos alliances ? [...] Rien n'ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma patience, et personne, sous aucun prétexte, n'obtiendra de moi que je consente à devenir le roi légitime de la Révolution. »

En mai 1873, le président de la République, Adolphe Thiers, déclare que « la monarchie est impossible » et que la République est préférable. La majorité royaliste de l'assemblée le met alors en minorité, provoquant sa démission le 24 mai 1873. Elle le remplace aussitôt par le maréchal de Mac Mahon, favorable à la restauration de la royauté.

Le 5 août 1873, le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, se rend à Frohsdorf pour rencontrer le comte de Chambord et saluer en lui le « seul représentant du principe monarchique. » Il ajoute que si la France veut revenir à la monarchie, « nulle compétition ne s'élèvera dans notre famille. » Cette réconciliation des Bourbons et des Orléans doit en principe inciter les députés orléanistes à se joindre à leurs collègues légitimistes pour voter le rétablissement de la royauté.

Le 4 octobre, les députés royalistes nomment une commission chargée de s'entendre avec le comte de Chambord sur un projet de future constitution, préalable au vote de la restauration de la monarchie. La commission désigne le député des Basses-Pyrénées Charles Chesnelong pour rencontrer le prétendant. Le 14 octobre 1873, à Salzbourg, le comte de Chambord approuve le projet constitutionnel que lui expose Chesnelong. Au sujet du drapeau, les deux hommes conviennent d'un texte indiquant que le comte de Chambord « se réserve de présenter au pays et il se fait fort d'obtenir de lui par ses représentants, à l'heure qu'il jugera convenable, une solution compatible avec son honneur et qu'il croit de nature à satisfaire l'Assemblée et la Nation. » Le comte de Chambord n'a cependant pas caché à son interlocuteur qu'il n'accepterait jamais le drapeau tricolore[13].

L'accession au trône du comte de Chambord paraît très proche d'aboutir[14]. Cependant, les parlementaires, relayés par la presse, interprètent les entretiens de Salzbourg dans un sens libéral : le drapeau tricolore est maintenu ; certains vont jusqu'à dire que le comte de Chambord l'accepterait. Le prétendant décide alors de démentir cette interprétation dans une lettre du 27 octobre 1873, qu'il fait publier dans le journal légitimiste L'Union. Il y constate que « l'opinion publique, emportée par un courant que je déplore, a prétendu que je consentais enfin à devenir le roi légitime de la révolution. [...] Les prétentions de la veille me donnent la mesure des exigences du lendemain, et je ne puis consentir à inaugurer un règne réparateur et fort par un acte de faiblesse. » Le comte de Chambord réaffirme son attachement au drapeau blanc. Ne pouvant plus espérer obtenir une majorité, la commission qui préparait la restauration de la monarchie met fin à ses travaux le 31 octobre.

Le comte de Chambord, qui ne s'attendait pas à ce résultat, fait alors une démarche pour ressaisir ses chances : il se rend incognito en France le 9 novembre 1873 et s'installe à Versailles, 5 rue Saint-Louis, chez un de ses partisans, le comte de Vanssay. Le 12 novembre, il fait demander par le duc de Blacas à rencontrer le maréchal de Mac Mahon, président de la République[15]. Il songe sans doute entrer à la chambre des députés, appuyé au bras du président, et obtenir des parlementaires enthousiastes la restauration de la monarchie. Mais Mac Mahon se refuse à rencontrer le comte de Chambord, en estimant que son devoir de chef de l'exécutif le lui interdit[16]. Dans la nuit du 20 novembre, l'Assemblée vote le mandat présidentiel de sept ans, prolongeant ainsi les pouvoirs de Mac Mahon. Pour les monarchistes, ce délai doit permettre d'attendre la mort du comte de Chambord, après laquelle son cousin, Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, pourrait monter sur le trône, en acceptant le drapeau tricolore. La République n'était alors envisagée que comme un régime temporaire.

Les dernières années et la mort du comte de Chambord

Rentré à Frohsdorf, le comte de Chambord ne perd pas espoir, mais les nouvelles qui lui viennent de France ne lui indiquent que l'amenuisement puis la disparition de la majorité royaliste, face aux victoires successives des républicains. La République est instituée en janvier 1875 par l'amendement Wallon, et les lois constitutionnelles de février puis de juillet organisent son fonctionnement. En 1879, avec la démission du président Mac Mahon, tous les pouvoirs appartiennent aux républicains.

En juin 1883, le comte de Chambord est atteint d'une maladie des voies digestives dont il meurt en exil à Frohsdorf (Autriche) le 24 août 1883. « Henri V » est inhumé auprès de Charles X, du duc et de la duchesse d'Angoulême, à Gorizia (Görz en allemand) aujourd'hui Nova Gorica en Slovénie (qui se trouvait à l'époque en Autriche-Hongrie).

La question dynastique après le comte de Chambord

Le comte de Chambord n'a pas eu d'enfant. De son vivant s'était donc posée la question de savoir quel serait son successeur.

Selon la théorie légitimiste, la couronne devait revenir aux Bourbons d'Espagne, qui descendaient d'un petit-fils de Louis XIV. Ce dernier, monté sur le trône d'Espagne en 1700, sous le nom de Philippe V, avait bien renoncé à ses droits sur le trône de France lors des traités d'Utrecht en 1713, mais toute renonciation est nulle selon le principe d'indisponibilité de la couronne.

Pour les orléanistes, Philippe V ayant renoncé au trône de France, la couronne devait revenir au chef de la maison d'Orléans en vertu des renonciations bilatérales des traités d'Utrecht.

La question avait été posée au comte de Chambord, qui avait répondu que son successeur serait « celui qui aura le droit[17]. » Selon un auteur, il tenait à la loi traditionnelle de succession et n'approuva pas ceux qui désignaient le comte de Paris comme son successeur[18]. Dans son testament, le comte de Chambord ne mentionna pas le comte de Paris, et il légua à un Bourbon d'Espagne, le duc de Madrid, petit-fils de don Juan, ses archives, les colliers des ordres royaux et les étendards confiés en 1830 à Charles X.

À la mort du comte de Chambord, une minorité de légitimistes fidèles, soutenue par la comtesse de Chambord, reconnut comme le « roi de droit » Jean de Bourbon, comte de Montizon, descendant du petit-fils de Louis XIV, désormais aîné des Capétiens, également prétendant carliste à la couronne d'Espagne. Pour les légitimistes, la maison d'Orléans ne pouvait prétendre à la succession que d'un roi des Français, Louis-Philippe.

Dans les faits, une majorité de royalistes français reporta ses espoirs de restauration sur Philippe d'Orléans, comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, car il vivait en France et était connu des Français. D'autres abandonnèrent toute espérance politique. À la fin du XIXe siècle, des légitimistes français élevèrent au comte de Chambord un monument à Sainte-Anne-d'Auray, sur lequel il figure en orant, en costume de sacre.

Article détaillé : Querelles dynastiques françaises.

Notes et références

  1. Alphonse de Lamartine, « Ode pour la naissance du duc de Bordeaux », Œuvres poétiques complètes, Paris, La Pléiade, 1963, p. 42-43.
  2. Mémoires du baron de Damas, publiés par son petit-fils le comte de Damas, Paris, Plon, 1922, tome II, p. 289.
  3. Duc de Castries, Le grand refus du comte de Chambord, Hachette, 1970, p. 28.
  4. Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, p. 25-26.
  5. a et b Michel Bernard Cartron, Louis XIX Roi sans couronne, Paris, Sicre, 2001, 406 p.
  6. Achille de Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe, de janvier 1813 à octobre 1830, Paris, Perrotin, 1856, 3e édition, p. 403.
  7. Cité par Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, p. 132-133.
  8. Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, p. 145.
  9. Cité par Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, p. 156.
  10. Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, p. 159-166.
  11. Comte de Chambord, Journal de voyage en Orient (1861), Texte présenté et annoté par Arnaud Chaffanjon, Paris, Tallandier, 1984, 391 p.
  12. François Laurentie, Le comte de Chambord, Guillaume Ier et Bismarck en octobre 1870, avec pièces justificatives, Paris, Emile-Paul, 1912, p. 11.
  13. Charles Chesnelong, La Campagne monarchique d'octobre 1873, Paris, 1895.
  14. Le représentant en France du comte de Chambord, le comte de Damas, avait fait réaliser une série de cinq carrosses, visibles aujourd'hui au château de Chambord, pour son entrée à Paris : http://notesdemusees.blogspot.com/2010/03/chambord-chateau.html
  15. Henri comte de Chambord, Journal (1846-1883) Carnets inédits, Texte établi et annoté par Philippe Delorme, Paris, François-Xavier de Guibert / Oeil, 2009, p. 585-587.
  16. Gabriel de Broglie, Mac Mahon, Paris, Perrin, 2000, p. 247-251.
  17. E. comte de Roquefeuil-Anduze, « La succession du comte de Chambord », Cercles d'études Chateaubriand-Bonald, Langres, Imprimerie de Champagne, s.d., p. 3.
  18. E. comte de Roquefeuil-Anduze, « La succession du comte de Chambord », Cercles d'études Chateaubriand-Bonald, Langres, Imprimerie de Champagne, s.d., p. 18, 26.

Annexes

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Articles connexes

Bibliographie

  • Jean-François Chiappe, Le comte de Chambord et son mystère, Paris, Perrin, 1990, 350 p.-16 pl.
  • Jean-Paul Bled, Les lys en exil ou la seconde mort de l'Ancien Régime, Paris, Fayard, 1992, 346 p.
  • Laure Hillerin, La duchesse de Berry, l'oiseau rebelle des Bourbons, Flammarion, collection « Grandes Biographies », 2010. (ISBN 978-2-08-122880-1). Voir Présentation en ligne
  • Daniel de Montplaisir, Le comte de Chambord, dernier roi de France, Paris, Perrin, 2008, 735 p. (ISBN 978-2-262-02146-7)
  • Henri comte de Chambord, Journal (1846-1883) Carnets inédits, Texte établi et annoté par Philippe Delorme, Paris, François-Xavier de Guibert / Oeil, 2009, 815 p. (ISBN 2-7554-0345-4)
  • Georges Poisson, Le Comte de Chambord Henri V, Paris, Pygmalion, 2009, 355 p.-8 pl.

Liens externes

Voir aussi


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