Jean Moulin
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Jean Moulin
Jean Moulin, dessin inspiré par la photographie de Bernard.
Jean Moulin, dessin inspiré par la photographie de Bernard.

Surnom Régis
Max
Rex
Joseph Mercier
Jacques Martel
Romanin
Naissance 20 juin 1899
Béziers, Hérault, France
Décès 8 juillet 1943 (à 44 ans)
Lorraine, France
Nationalité France Français
Profession Préfet de la République française
Dessinateur
Activité principale Résistant français
Chef emblématique du CNR
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur
Compagnon de la Libération
Médaille militaire
Croix de guerre 1939-1945
Famille Antoine-Émile Moulin, son père
Compléments
Ses cendres ont été transférées au Panthéon.
Les Clayes-sous-Bois - Monument Jean Moulin

Jean Moulin (Romanin[1]), né à Béziers le 20 juin 1899 est un préfet et résistant français. Envoyé à Lyon par le général de Gaulle pour unifier les mouvements de la Résistance, il est arrêté le 21 juin 1943 et conduit au siège de la Gestapo. Il meurt aux environs de Metz, le 8 juillet 1943, dans le train qui le transporte en Allemagne. Il dirigea le Conseil national de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Souvent considéré comme un des principaux héros de la Résistance, il repose dans un cénotaphe qui se trouve au Panthéon où gisent les grands hommes de la République française. Son corps n'a jamais été identifié avec certitude, et l'urne transférée au Panthéon ne contient que les « cendres présumées de Jean Moulin ».

Sommaire

Biographie

Avant la guerre

Jean Moulin voit le jour à Béziers. Son père est professeur d’histoire-géographie. Il passera une enfance paisible en compagnie de sa sœur et de son frère. Passionné par le dessin, activité dans laquelle il excelle, Jean Moulin suivra également la voie politique socialiste et républicaine de son père, particulièrement engagé.

En 1917, il s'inscrit à la faculté de droit de Montpellier et est nommé attaché au cabinet du préfet de l'Hérault, sous la présidence de Raymond Poincaré.

Mobilisé le 17 avril 1918, il est affecté au 2e régiment du génie basé à Metz[2]. Après une formation accélérée, il arrive dans les Vosges à Charmes le 20 septembre et s'apprête à monter en ligne quand l'armistice est proclamé. Il est envoyé successivement en Seine-et-Oise, à Verdun, puis à Chalon-sur-Saône; il sera tour à tour menuisier, terrassier, téléphoniste, au 7e régiment du génie et au 9e régiment du génie. Il est démobilisé début novembre 1919 et se présente tout de suite à la préfecture de Montpellier, où il reprend ses fonctions le 4 novembre.

La qualité de son travail le fait nommer chef-adjoint de cabinet fin 1920. Il obtient sa licence de droit en 1921. Parallèlement, il entre en franc-maçonnerie[réf. nécessaire], devient vice-président de l'Union générale des étudiants de Montpellier et membre des Jeunesses laïques et républicaines.

En 1922, il entre dans l'administration préfectorale, comme chef de cabinet du préfet de la Savoie, à Chambéry, poste très important pour son âge, sous la présidence d'Alexandre Millerand.

De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il est à l'époque le plus jeune sous-préfet de France, sous la présidence de Gaston Doumergue.

En septembre 1926, il se marie avec Marguerite Cerruti dans la commune de Betton-Bettonet[réf. nécessaire], il divorcera deux ans plus tard, en 1928.

En 1930, il est sous-préfet de Châteaulin dans le Finistère. Il y fréquentera des poètes locaux comme Saint-Pol-Roux à Camaret et Max Jacob à Quimper.
Il fut également illustrateur du morlaisien Tristan Corbière. Parallèlement, il publie des caricatures et des dessins humoristiques dans la revue Le Rire sous le pseudonyme de Romanin.

En 1932, Pierre Cot homme politique radical-socialiste, le nomme chef adjoint de son cabinet aux Affaires étrangères en décembre 1932 sous la présidence de Paul Doumer.

En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement la fonction de chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air sous la présidence d’Albert Lebrun.

En 1934, il est sous-préfet de Montargis puis secrétaire général de la préfecture de la Somme à Amiens.

En 1936, il est nommé chef de cabinet au ministère de l'Air du Front populaire d'où il aide les résistants républicains espagnols antifranquistes en leur envoyant des avions et des pilotes. Il participe à cette époque à l'organisation de nombreux raids aériens civils comme la traversée de l'Atlantique Sud par Maryse Bastié, la course Istres - Damas - Le Bourget. À cette occasion, il dut remettre le chèque aux vainqueurs (équipage italien) parmi lesquels se trouvait le propre fils de Benito Mussolini.

En janvier 1937, il devient, à 38 ans, préfet de l'Aveyron, à Rodez ; c’est, à l’époque le plus jeune préfet de France. Ses actions en faveur de l'aviation lui permirent de passer cette même année du Génie à la réserve de l'Armée de l'air. Il fut affecté à partir de février 1937 à la base de Marignane avec le grade de caporal-chef (mars 1937), puis au Bataillon de l'Air n°117 basé à Issy-les-Moulineaux en février 1938. Il est nommé sergent de réserve le 10 décembre 1938[3].

La Résistance

Monument Jean-Moulin à Chartres

La révocation de sa fonction de préfet

En 1939, il est nommé préfet d'Eure-et-Loir à Chartres. Après la déclaration de guerre, il se porte candidat à l'école des mitrailleurs allant à l'encontre de la décision du Ministère de l'Intérieur. Il passe sa visite médicale d'incorporation à l'école le 9 décembre 1939 sur la Base 117 d'Issy-les-Moulineaux. Il est déclaré inapte le lendemain pour un problème de vue. Il force alors le destin en exigeant une contre-visite à Tours, qui cette fois le déclare apte. Mais le Ministère de l'Intérieur le rattrape et l'oblige à conserver son poste de préfet d'où il s'emploie à assurer la sécurité de la population.

Il est arrêté en juin 1940 par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs sénégalais de l'Armée française d'avoir commis des atrocités envers des civils à La Taye, un hameau près de Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombardements allemands. Maltraité et enfermé pour refus de complicité avec les Allemands, il tente de se suicider en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Il évite la mort de peu et en gardera une cicatrice qu'il cachera sous une écharpe.

En raison de ses idées républicaines marquées à gauche comme radical-socialiste, il est révoqué par le Régime de Vichy du maréchal Philippe Pétain le 2 novembre 1940 et placé en disponibilité. Il se met alors à la rédaction de son journal Premier combat où il relate sa résistance héroïque contre les nazis à Chartres de manière sobre et extrêmement détaillée (ce journal sera publié à la Libération et préfacé par le général de Gaulle).

Il s'installe dans sa maison familiale de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) d'où, pressé par le besoin de « faire quelque chose » il s'impose deux buts : tout d’abord il veut se rendre compte de l’ampleur de la Résistance française et ensuite aller à Londres afin d’engager les pourparlers avec la France libre[4].

L'unification des mouvements de résistance

Plaque commémorative de la création des Mouvements unis de la Résistance, à Miribel, début 1943

En septembre 1941, il rejoint Londres en passant par l'Espagne et le Portugal, par ses propres moyens, sous le nom de Joseph Jean Mercier. Il est reçu par le général de Gaulle à qui il fait un compte rendu controversé de l'état de la Résistance en France et de ses besoins, notamment financiers et en armement. Son compte-rendu donnera lieu à de nombreuses contestations de la part des mouvements de résistance intérieurs comme étant tendancieux avec des visées personnelles (Jean Moulin visait le poste de chef du C.N.R. et aurait eu intérêt à saper la qualité des mouvements de résistance intérieure)[réf. nécessaire] tout en perturbant les actions de renseignements au profit de l'armée britannique, et le système en contrepartie de financement et de fourniture d'armes au profit de chacun d'entre eux[5].

Misant sur l'ambition et les capacités de réseau de Jean Moulin, le général de Gaulle le charge d'unifier les mouvements de résistance et tous leurs différents services (propagande, renseignements, sabotage, entraide) sur le territoire français et notamment le plus important mouvement Combat dirigé par Henri Frenay, afin d'en faire une armée secrète chaperonnée par les forces françaises libres complètement placée sous ses ordres. Avec des ordres de mission, des moyens financiers et de communication radio directe avec le général de Gaulle à Londres, il est parachuté dans les Alpilles dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 15 km de Saint-Andiol qu'il rejoint à pied. Il prend le pseudonyme évocateur de Rex dans la Résistance. Le 27 novembre 1942 est créé le Comité de coordination de Zone Sud à Collonges-au-Mont-d'Or dans le but de coordonner avec la mouvance communiste les trois mouvements principaux de résistance de la zone libre ; ce regroupement donnera naissance au Mouvements unis de la Résistance le 26 janvier 1943, lors d'une réunion au domicile d'Henri Deschamps à Miribel[6] (en banlieue lyonnaise). Dans ce nouveau mouvement, Jean Moulin et ses alliés communistes cherchent non sans mal, à contenir les velléités de commandement d'Henri Frenay, chef du mouvement Combat, d'Emmanuel d'Astier de La Vigerie, chef de Libération-Sud et de Jean-Pierre Lévy, chef de Franc-Tireur.

Il utilise ensuite ses dons artistiques pour sa couverture de marchand d'art et ouvre la galerie d'art « Romanin » - pseudonyme d'artiste de Jean Moulin - au 22 rue de France à Nice. En février 1943, il retourne rendre compte de sa mission à Londres avec le général Delestraint, le chef de l'Armée Secrète communément choisi par les mouvements de résistance et par le général de Gaulle pour uniquement diriger leurs actions militaires sous l'ordre direct de ce dernier. Ceux-ci considèrent alors la reconnaissance du général de Gaulle et de son délégué unique Jean Moulin en tant que chefs politiques de la Résistance comme étant uniquement politique et donc prématurée.

La création du Conseil national de la Résistance

En février 1943, Jean Moulin retourne à Londres rendre compte de sa mission au général de Gaulle qui le décore de la Croix de la Libération et le nomme secrètement ministre membre du Comité national français et seul représentant de ce comité en métropole.

Il retourne en France le 21 mars 1943, sous le pseudonyme de Max, chargé de créer le CNR (Conseil national de la Résistance), tâche complexe, car il reste toujours mal reconnu par les mouvements de résistance. La première réunion en séance plénière du CNR se tient à Paris, 47[7] rue du Four, le 27 mai 1943.

Il parvient non sans mal à se faire admettre en tant que chef du CNR qui réunit les dirigeants de tous les groupes de résistance française. Le CNR représente alors l'unité des forces militaires secrètes françaises reconstituées aux yeux des alliés et la légitimité de la France et du général de Gaulle. Il reconnaît ce dernier comme seul chef de cette armée et chef politique de la France.

Il favorise avec les mouvements communistes la création du grand maquis du Vercors également contesté par les mouvements de résistance[8] comme étant trop important et trop vulnérable pour entreprendre efficacement des actions de guérilla. Ce maquis sera effectivement détruit par les forces nazies dans des conditions sanglantes début 1944.

L'arrestation à Caluire-et-Cuire

Maison dont le locataire était le docteur Dugoujon à Caluire (69).

Il est arrêté à la suite d'une dénonciation supposée, ou d'une imprudence coupable de la part du résistant René Hardy, le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire (Rhône), dans la maison du docteur Dugoujon louée par le docteur Dugoujon, où s'est tenue une réunion avec plusieurs responsables de la Résistance dont André Lassagne, Albert Lacaze et Bruno Larat. La venue de René Hardy à la réunion alors qu'il n'y est pas convoqué a amené nombre de résistants à suspecter ce dernier d'avoir par sa présence indiqué à Klaus Barbie le lieu précis de cette réunion secrète. Après avoir été identifié et interrogé par le chef de la Gestapo Klaus Barbie au Fort Montluc de Lyon, il est transféré à la Gestapo de Paris où il est torturé. Il meurt le 8 juillet 1943 en gare de Metz, dans le train Paris-Berlin qui le conduisait en Allemagne pour y être interrogé.

Cénotaphe de Jean Moulin au Panthéon de Paris contenant ses « cendres présumées ».

La légende

Il a d'abord été inhumé le 11 février 1944 au cimetière parisien du Père-Lachaise, puis ses « cendres présumées » ont été transférées au Panthéon, vingt ans plus tard pour célébrer le vingtième anniversaire de la Libération, le 19 décembre 1964 sous la présidence du général de Gaulle. En réalité il s’agit d’un cénotaphe, car son corps n'a jamais été identifié avec certitude.

Le discours d’André Malraux

Le 19 décembre 1964, un discours solennel et émouvant fut prononcé lors de la grande cérémonie officielle où le ministre de la Culture, André Malraux fait entrer Jean Moulin au Panthéon des grands Hommes de la République française. Il fait de lui à cette occasion « le symbole » de l'héroïsme français, de toute la Résistance à lui seul en l'associant à tous les Résistants français, héros de l'ombre, connus et inconnus, qui ont permis de libérer la France au prix de leur souffrance, de leur vie, et de leur idéologie de Liberté. Ce discours composé et prononcé par André Malraux fait partie des plus grands discours de la République française.

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit… »
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... »

Ce discours légendaire fut suivi de façon magistrale et grandiose par le chant des Partisans interprété par une grande chorale devant le Panthéon.

Il fut prononcé dans des conditions rendant difficile la prise de son (le vent soufflait fort) et fut notamment retransmis en direct dans de nombreux lycées. Des enregistrements ont été réalisés, on peut notamment l'écouter à l'audiothèque du centre Georges-Pompidou ainsi que sur le site de l'INA[9].

Le manuscrit original de ce discours est conservé et présenté au public au musée de l’ordre de la Libération situé dans l'Hôtel des Invalides à Paris aux côtés de la tenue de préfet de Jean Moulin, de son chapeau, sa gabardine et son écharpe.

Hommages

Plusieurs écoles, collèges (Chartres et Rodez où il fut préfet, Brive-la-Gaillarde, Sannois, Toulouse, Villefranche-sur-Saône, Vannes, Chaville, Domont, Draguignan ...), lycées (à Béziers, sa ville natale, à Albertville où il fut sous-préfet de 1925 à 1930...) et une université (Lyon III) portent le nom de Jean Moulin. Son nom figure dans les premiers rangs des appellations de rues dans le pays. La quarante-troisième promotion de commissaires de police issue de l'école nationale supérieure de la police, entrée en fonction en 1993, porte également son nom.

Jean Moulin est devenu le résistant le plus célèbre et le plus honoré de France. Comme l'explique son biographe Jean-Pierre Azéma, c'est le seul dont pratiquement tous les Français connaissent le nom et le visage, en particulier grâce à sa célèbre photo en noir et blanc, celle à l'écharpe et au chapeau mou. Cela au risque de faire parfois oublier d'autres grands organisateurs de l'armée souterraine, et de reléguer dans l'ombre d'autres martyrs héroïques de la lutte clandestine tels que Pierre Brossolette, Jean Cavaillès ou Jacques Bingen. Jean Moulin est ainsi devenu le symbole et le visage même de la Résistance.

Une légende affirme que Jean Moulin aurait été franc-maçon. Aucun historien n'a pu le confirmer. En revanche les ouvrages de Daniel Ligou et André Combes confirment que son père Antoine-Émile Moulin l'était[10],[11].

Le portrait de Moulin

Plaque apposée sur un immeuble de la Grand rue Jean Moulin à Montpellier.

La célèbre photographie de Jean Moulin, portant un chapeau, réalisée en noir et blanc, est prise par son ami Marcel Bernard, au cours de l'hiver 1939, à Montpellier, en contrebas du château d'eau du Peyrou[12].

Le photographe est un ami d'enfance et voisin, résidant au n° 4 de la rue d'Alsace, en face du Champ-de-Mars, à Béziers. Jean Moulin est né au n° 6 de la même rue. Bernard habite au n° 4 jusqu'à sa mort en 1991. Par une ironie de l'histoire, des résistants du Maquis de Fontjun (venus des villages des environs, Capestang, Montady, Puisserguier, etc.) ont été fusillés par l'occupant allemand sur la place du Champ-de-Mars, le 5 juin 1944.

Une source d’inspiration

Son histoire a également inspiré le scénariste Dan Franck qui a permis à Yves Boisset de réaliser le téléfilm Jean Moulin, diffusé sur France Télévisions et récompensé d'un FIPA en 2002. Charles Berling y interprète le résistant français. Le scénariste Pierre Aknine a également réalisé un film sur le combat de Jean Moulin, intitulé Jean Moulin, une affaire française. Le film, plus controversé que son prédécesseur sur un plan historique, est interprété par Francis Huster, Maruschka Detmers, Micheline Presle et Bernard Fresson (2003).

Controverses

Lorsqu'il vint à la réunion de Caluire, René Hardy, qui avait déjà été arrêté par la Gestapo, puis libéré, était suivi par la Gestapo. Certains estiment qu'il s'agissait d'une trahison, d'autres d'une imprudence fatale. Certains résistants tentèrent plus tard d'assassiner Hardy. Ayant rejoint d'autres secteurs de la Résistance, il passa deux fois en jugement après la Libération à cause de cette suspicion qui pesait sur lui, mais fut acquitté les deux fois, au bénéfice du doute.

Frenay, lui, a la conviction que Lydie Bastien, maîtresse de Hardy, joua un rôle très trouble dans cette affaire[13].

Statue de Jean Moulin à Caluire-et-Cuire

La controverse est relancée au cours du procès de Klaus Barbie. Son avocat, Me Jacques Vergès, insinue que les Aubrac ont trahi Jean Moulin et fait signer à Barbie un « testament ». Quelques historiens et quelques journalistes reprennent ce testament à leur compte ou s'appuient sur des documents du KGB pour dénoncer ce qu'ils pensent être des relations entre le stalinisme et la résistance. Aujourd'hui, les thèses contestées de ces historiens ont été largement réfutées : il n'est pas fait grand crédit aux déclarations prêtées par Vergès à Barbie .

Il faut par exemple citer le livre controversé du journaliste et historien lyonnais Gérard Chauvy, paru en 1997. Malgré le soutien de Stéphane Courtois, universitaire et spécialiste du communisme, lors du procès en diffamation intenté par les Aubrac[14], et malgré la longue hésitation d'un certain nombre d'historiens de l'Institut de l'histoire du temps présent François Bédarida, Jean-Pierre Azéma, Henry Rousso), beaucoup se sont prononcés sans ambiguïté contre Chauvy et ses méthodes, prenant partie pour les Aubrac.

Jacques Baynac défendit quant à lui la thèse d'une arrestation à la suite du travail de la Gestapo sans aucune dénonciation.

Par ailleurs, certains, comme Henri Frenay, chef du réseau Combat (L'Énigme Jean Moulin, 1977), ou l'avocat et historien Charles Benfredj, L'affaire Jean Moulin, la contre-enquête, accusent plus sérieusement Jean Moulin d'être un crypto-communiste, c'est-à-dire d'avoir par ses relations dans les milieux radicaux secrètement favorisé les intérêts prosoviétiques en France en détournant notamment l'aide anglo-américaine aux mouvements de résistance ; on parle entre autres de ses liens avec Pierre Cot, lui-même proche du communisme, et d'autres sympathisants issus de la CGT, du mouvement de résistance communiste Front national et du Parti communiste proprement dit qui seront excessivement représentés au sein du CNR (dans un rapport de 6 sur 16)[15]. Henri Frenay lui reproche également d'avoir voulu restaurer le système des partis de la IIIe République au sein des mouvements de Résistance qui se voulaient militaires et apolitiques et d'avoir cherché à favoriser secrètement le « clan » radical crypto-communiste en son sein, au détriment des autres sensibilités politiques.

Thierry Wolton mettra en avant quant à lui les liens existant entre Jean Moulin et Harry Robinson, chef clandestin (Residenz) d'un des principaux réseau de renseignement de l'Armée rouge en Europe, notamment au travers du communiste Maurice Panier[16].

Les défenseurs de Jean Moulin plaideront que celui-ci avait accepté de s'entourer d'hommes venus de tous horizons. Ses deux plus proches collaborateurs, son secrétaire Daniel Cordier et son successeur Georges Bidault, sont ainsi à l'époque issus l'un de l'Action française royaliste, l'autre de la démocratie-chrétienne ; que Jean Moulin aurait été comme tout le monde assez méfiant envers les communistes, depuis l'épisode du pacte germano-soviétique, et qu'il aurait plutôt cherché à les contenir et à les ranger sous la discipline commune d'une Résistance unifiée.

Pour répondre aux diverses critiques entourant Jean Moulin, et démentir notamment les accusations de cryptocommunisme, son ancien secrétaire Daniel Cordier a entrepris à la fin des années 1970 une biographie en six volumes. Refusant l'emploi des souvenirs personnels et des témoignages oraux facilement imprécis ou déformés par le temps, Daniel Cordier s'est appuyé sur les archives de Jean Moulin en sa possession, sur une patiente étude critique des documents écrits, et sur un effort de rétablissement de la stricte chronologie des faits. Publiée entre 1989 (Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon, t. 1, J.Cl. Lattès) et 1999 (Jean Moulin. La République des catacombes, Gallimard), la somme de Daniel Cordier a été discuté, notamment par Charles Benfredj historiographe d'Henri Frenay.(cf. son ouvrage Henri Frenay, la Mémoire Volée ed. Dualpha, page 60 et ss) et son apport à l'histoire de la Résistance intérieure française, dont il ne cherche pas à gommer les aspérités et les difficultés. Dans un documentaire de 2003 (Jean Moulin, lettre à un inconnu), réalisé par William Karel et produit par Point du jour, diffusé par la chaîne TV Histoire, il déclare que l'Annuaire de la Résistance ne mentionne curieusement pas le nom de Jean Moulin.

Décorations

Officier de la Légion d'honneur Compagnon de la Libération Médaille militaire
Croix de guerre 1939-1945 Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 Médaille commémorative de la guerre 1939-1945
Médaille Interalliée 1914-1918 Ordre du Mérite Agricole Chevalier de l'Ordre de la Couronne d'Italie

Filmographie

Musées Jean Moulin

  • Bordeaux : Centre Jean Moulin
  • Paris : Mémorial Leclerc - Musée Jean Moulin

Voir aussi

Articles connexes

Ouvrages

  • Premier combat, publié aux éditions de Minuit (1947). Préface du général de Gaulle : « Max, pur et bon compagnon de ceux qui n'avaient foi qu'en la France a su mourir héroïquement pour elle. Le rôle capital qu'il a joué dans notre combat ne sera jamais raconté par lui même mais ce n'est pas sans émotion qu'on lira le Journal que Jean Moulin écrivit à propos des évènements qui l'amenèrent dès 1940 à dire NON à l'ennemi. La force de caractère, la clairvoyance et l'énergie qu'il montra en cette occasion ne se démentirent jamais. Que son nom demeure vivant comme son œuvre demeure vivante! »

Bibliographie

  • Marguerite Storck-Cerruty, J'étais la femme de Jean Moulin, Regine Desforges, 1977. (ISBN 2-901980-74-0)
  • Henri Michel (historien), Jean Moulin l'unificateur, 1964.
  • Charles Benfredj, L'Affaire Jean Moulin, La Contre-Enquête, Préface de Jacques Soustelle, éd. Albin Michel, 1990.
  • Jean-Pierre Azéma (dir.), Jean Moulin face à l'histoire, éd. Flammarion, 2000 ; rééd. « Champs », 2004.
  • Jean-Pierre Azéma, Jean Moulin, Perrin, 2003.
  • Henri Calef, Jean Moulin, une vie, éd. Plon, 1980.
  • Jacques Baynac, Les Secrets de l'affaire Jean Moulin. Archives inédites sur la Résistance. Contexte, causes et circonstances, Le Seuil, 1998. (ISBN 2-02-033164-0) ;
  • Présumé Jean Moulin (1940-1943), Grasset, 2007.
  • Daniel Cordier, Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, Jean Moulin et le Conseil national de la Résistance, éd. du CNRS, 1983.
  • Daniel Cordier, Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon, J.Cl. Lattès, 1989-1993, 3 vol ;
  • Jean Moulin. La République des catacombes, Gallimard, 1999. (ISBN 2-07-074312-8)
  • René Hardy, Derniers mots. Mémoires., Fayard, 1984. (ISBN 2-213-01320-9)
  • Henri Nogueres, La vérité aura le dernier mot, Seuil, 1985. (ISBN 2-02-033164-0)
  • Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin, éd. Fayard, 1998 (ISBN 2-213-60257-3);
  • La Diabolique de Caluire, éd. Fayard, 1999.
  • Laure Moulin - Jean Moulin, éd. du club France Loisirs, Paris, Presses de la cité, 1982 (ISBN 2-258-01120-5)
  • Michel Quint, Max, Perrin, 2008

Liens externes

Notes et références

  1. Romanin est son pseudonyme d'artiste (auteur de caricatures et de dessins humoristiques)
  2. Registre Matricule n° 993, recrutement de Béziers, classe 1919, Archives Départementales de l'Herault, 1 R 1328 page 319/325
  3. Registre Matricule n° 993, recrutement de Béziers, classe 1919, Archives Départementales de l'Hérault, 1 R 1328 page 319/325
  4. cf. Jean Moulin, La République des Catacombes, Daniel Cordier, Gallimard, p. 62
  5. cf. La nuit finira mémoires Henri Frenay chez Plon
  6. [PDF]Structuration de l'Armée Secrète et unification au sein des Mouvements Unis de la Résistance sur L'académie de Lyon. Consulté le 1er juillet 2011.
  7. Jean Moulin, Une Vie : 20 juin 1899-21 juin 1943.
  8. cf. « La nuit finira », tome 1 des mémoires d'Henri Frenay chez Plon
  9. Discours sur le site de l'INA
  10. Daniel Ligou, Dictionnaire de la Franc-maçonnerie, PUF, 1998 (ISBN 2-13-048639-8)  réédition de 2006, p.836
  11. André Combes, la Franc-maçonnerie sous l'Occupation, Éditions du Rocher, 2001 (ISBN 978-2-268-04112-4) , p. 173
  12. Présentation de photographies de Jean Moulin sur le site de la Fondation de la Résistance, page consultée le 9 juin 2007.
  13. Pierre Péan, La Diabolique de Caluire, éditions Fayard, Paris, 1999, 261 p.-20 p. de planches illustrées, (ISBN 2-213-60402-9).
  14. « Aubrac, les faits et la calomnie », article de François Delpla.
  15. Henri Frenay, la Mémoire Volée, de Ch. Benfredj chez Dualpha
  16. Thierry Wolton, Le grand recrutement, Paris, Bernard Grasset, 1993

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