Art roman
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Cet article traite de l'art. Voir aussi Architecture romane.

Le terme d'art roman, définit, en histoire de l'art, la période qui s'étend de 1030 à la moitié du XIIe siècle, entre l'art préroman et l'art gothique. Il est forgé en 1818 par l'archéologue normand Charles de Gerville et passe dans l'usage courant à partir de 1835.

L'art roman regroupe aussi bien l'architecture romane que la sculpture ou statuaire romane de la même époque. L'expression recouvre une diversité d'écoles régionales aux caractéristiques différenciées.

Il n'a pas été le produit d'une seule nationalité ou d'une seule région mais est apparu progressivement et presque simultanément en Italie, en France, en Allemagne, en Espagne et au Portugal. Dans chacun de ces pays, il a des caractéristiques propres (par exemple : l'utilisation de pierres différentes dans chaque région), bien qu'avec une unité suffisante pour être considéré comme le premier style international, avec un cadre européen. Son domaine d'expression est essentiellement religieux.

Sommaire

Origine du terme

Deux archéologues normands sont au début du XIX° les inventeurs du terme «roman» [1]:

  • Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853), après un séjour en Angleterre, veut appliquer en France les méthodes des érudits anglais. Or ceux ci appellent «Norman» le style qui domine dans ce pays , après 1066 et durant le XII° siècle. C'est pourquoi en 1818 , dans une lettre à son ami Auguste Le Prévost, il propose le terme de «roman», semblable à celui donné à la langue intermédiaire entre le «bas-latin» et le français du XIII°s.
  • Cette dénomination est reprise et promue par Arcisse de Caumont ( 1801-1873, autre normand ), dont le talent d'organisateur et le flair de classificateur dominent toute l'histoire de l'archéologie française au XIX°s.

Historiographie

L'architecture romane serait peut-être basée sur l'architecture arménienne. Ici Aruchavank (VIIe siècle[2])

Roman et gothique : rupture ou transition ?

Pendant longtemps, les historiens de l'art opposent l'art roman, produit d'une société soumise à un Dieu effrayant, et l'art gothique empreint d'un optimisme triomphant d'une société glorifiant le Créateur. Le style roman serait ainsi simplement reconnaissable par la forme de ses arcs, son élévation modeste et sa voûte en berceau.

  • Or de nombreux édifices de l'époque romane adoptent très tôt la croisée d'ogives. L’observation attentive des bâtiments dément la thèse de la rupture :
  • Au XIIe siècle, pendant la phase de naissance et d'expérimentation du style gothique, des éléments romans subsistent dans les nouvelles cathédrales ;
  • Au sud de l'Europe, le roman se perpétue au XIIIe siècle : la cathédrale d'Albi présente une silhouette très massive et peu de vitraux tandis que les cathédrales du Nord connaissent l'élan gothique ; Colette Deremble évoque plutôt une « mutation du roman en gothique » [3].
  • En Angleterre, l'art roman n'arrive qu'au XIIIe siècle . Dans l'Est de l'Europe il persiste jusqu'au XVe .
  • D'autre part, les premiers édifices gothiques apparurent vers 1130-1150 en Île-de-France. Les contemporains les qualifient d' « art d'origine française » ou d'« art français » ( en latin francigenum opus ).

Le mot « gothique » est utilisé à la période romantique (ou plutôt par les Italiens de la Renaissance ? voir Avant-propos de Architecture gothique) pour nommer cette architecture , de manière rétrospective et avec une nuance plutôt péjorative. L'art gothique est l'art des Goths, autrement dit des « barbares » qui auraient oublié les techniques et les canons romains. Un certain nombre d'historiens de l'art réfutent aujourd'hui ce jugement et montrent que l'architecture gothique n'est pas en rupture avec l'architecture romane.

Porte Saint-Jean vestige d'une ancienne église romane de Saint-Quentin.

Deux âges romans

Nikolaus Pevsner distingue le premier art roman, de l'an mil à la première croisade vers 1100, et le roman classique, de 1100 au triomphe du gothique vers 1200. Gabrielle Demians d'Archimbaud identifie un premier âge et un deuxième âge roman, de part et d'autre du milieu du XIe siècle :

  • Le premier âge roman : il se développe en Italie, dans la région de Côme, et en Espagne, en Catalogne (Lérida, Gérone et Barcelone) et Aragon (spécialement dans la province de Huesca), entre 950 et 1060/70. Les allées et venues des « maestri comacini », des « Lombards », partis de Côme, de Milan, de Pavie, vont durer deux siècles ; leur champ d'action s'étend à toute l'Europe depuis l'Espagne jusqu'à la Saxe et à la Scandinavie.
  • Le deuxième âge roman : il se développe plus généralement en France, de 1060/70 à 1130.

Contexte historique

Vers l'an mille, les conditions d'un renouveau de l'art sont réunies en Europe de l'Ouest.

Essor de l'Occident

Chapiteau de l'église abbatiale d'Airvault, Deux-Sèvres. La représentation de guerriers témoigne du contexte de violence de l'époque romane

Selon les théories mutationnistes (aujourd'hui remises en cause) la fin du Xe siècle est marquée par une série de changements qui affectent l'ensemble de la société et de l'économie occidentales :

  • l'arrêt des incursions scandinaves et sarrasines et le mouvement de la paix de Dieu permettent de limiter la violence des seigneurs et de relancer les échanges commerciaux;
  • les grands défrichements et la diffusion progressive de nouvelles techniques (collier d'épaule ...) améliorent lentement la vie rurale et favorisent la croissance démographique. Cette augmentation de la population nécessite une multiplication ou un agrandissement des lieux de culte.
  • la réouverture d'anciennes routes commerciales entraîne le développement des échanges et des pèlerinages.

Toute l'Europe est envahie par une fièvre constructive authentique, stimulée par les progrès techniques; les lettrés sont parvenus à formuler un art capable de représenter toute la Chrétienté : l'art roman.

Les rois et l'empereur ont tenu une place importante dans la diffusion de cet art.

Article détaillé : An mille.

Réforme de l'Église

Jusqu'au Xe siècle, l'Église avait connu de nombreux abus et s'éloignait, du même coup, de ses vraies missions. De nombreux monastères et églises étaient tombés entre les mains de seigneurs ; la papauté elle-même était passée sous le contrôle de l'empereur germanique ; enfin, un grand nombre de clercs vendaient les sacrements ou vivaient en concubinage. Un important mouvement de réforme commence alors, notamment dans les monastères : Cluny, en Bourgogne, revient à l'esprit de la règle édictée par saint Benoît au VIe siècle qui prône la prière, le travail et la pauvreté. La diffusion de ces nouvelles règles dans toute l'Europe favorise la construction de nombreux monastères et abbayes clunisiens.

Au XIIe siècle, Robert de Molesme fonde l'ordre de Cîteaux (Cisterciens) qui renforce la règle de pauvreté (pas de décoration dans les églises, vie très stricte, règle du silence) et la solitude (monastère isolés).

À côté de ces deux principaux ordres monastiques apparaissent de nouveaux ordres : érémitiques (Chartreux) et militaires (Templiers…).

Le cadre spirituel et culturel

  • La fin du Xe siècle est marquée par des violences, des famines et des épidémies qui entretiennent un esprit eschatologique : on redoute la colère divine et la fin des Temps.

Seule la Germanie constitue un foyer de création littéraire et artistique actif. L'idée d'empire, qui s'était éteinte au début du Xe siècle, est ressuscitée par le couronnement impérial d'Othon Ier le 2 février 962. En 982, Othon II, son fils prend le titre d'Imperator Romanorum (« empereur des Romains »).

  • Le culte des reliques connaît un essor à partir de l'an mil : les pèlerins sont de plus en plus nombreux sur les routes et s'arrêtent dans les églises disposant de reliques célèbres. De ce fait, des églises plus grandes sont édifiées sur les chemins des pèlerinages (par exemple : pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle).

Les arts avant l'an mille

L'art roman prend ses sources dans l'Antiquité tardive et s'inspire des œuvres carolingiennes et ottoniennes.

Article détaillé : Art préroman.

Généralités sur l'architecture romane

Les éléments de l'architecture romane

Article détaillé : architecture romane.
Abbatiale Sainte-Foy de Conques - Le tympan représentant le jugement dernier (entre 1150 et 1250)
Cathédrale de Spire (Rhénanie-Palatinat) (vers 1060) – Voûte tunnel avec arcs-doubleaux – Cette cathédrale romane est le fruit de l'influence entre la tradition de l'architecture ottonienne (deux importants massifs, le chœur et le corps occidental, qui s'opposent) et de l'art roman lombard (lésènes, arcades, arcatures, galeries, loggias).

Il s'agit d'un art essentiellement religieux dont les constructions obéissent à des plans dit centrés ou -c'est la majorité- à des plans dit basilicaux. On trouve dans ces derniers les éléments suivants :

  • en entrée, le tympan ; très simple sur les premiers édifices romans, cet élément devient de plus en plus décoré à la fois pour magnifier la maison de Dieu et participer à l'instruction religieuse en reprenant des scènes de livres liturgiques ; parmi les thèmes représentés, on retrouve par exemple celui du Tétramorphe (allusion à l'Apocalypse et symbole des quatre Évangélistes), celui du jugement dernier, ...
  • la nef à plusieurs travées, avec la voûte dite plein cintre (voûte tunnel ou avec arcs-doubleaux), en berceau brisé, en voûte d'arêtes, à file de coupoles (coupole à pans ou hémisphérique)
  • un transept en général simple avec ou non des chapelles échelonnées ; on trouve cependant des églises sans transept dans le cas des constructions les plus humbles ou avec deux transepts, en particulier en Allemagne où s'est développée l'architecture ottonienne.
  • un chœur
  • une abside avec ou non des chapelles rayonnantes, appelées également chapelles absidiales, est une voûte en cul de four (voûte quart sphérique).

À l'extérieur du bâtiment, figurent des éléments décoratifs initialement très simples comme la bande lombarde (sous le Ier art roman), puis plus riches avec de nombreuses sculptures (sous le second art roman).

À la fin du premier art roman apparaissent les déambulatoires dont le développement s'explique par l'explosion du culte des reliques et des pèlerinages.

La structure de ce plan, très simple dans le Ier art roman, va se complexifier à l'apogée de l'art clunisien notamment dans l'organisation de la partie Est des constructions (transept, chœur, abside) ; en réaction à cette richesse architecturale ostentatoire, les cisterciens vont prôner un retour à la simplicité et sur le plan architectural et plus général artistique, à un esthétisme épuré qui va constituer l'art cistercien.

Les principales périodes

Premier âge roman

Le premier art roman est un art méridional et international. Il a débuté en Lombardie et s'est étendu aux régions voisines grâce aux maîtres d'œuvre de Côme. Ces derniers travaillent sur différents chantiers successifs et, avec leur matériel de maçon, imposent la structure d'église en forme de navire renversé (la nef) et les « bandes lombardes » ; ils insufflent des bases solides pour un développement riche de l'architecture romane.

Bandes lombardes, appelés aussi festons lombards, sur la façade de l'église de Saint-André de Sorède (Pyrénées-Orientales) datée du XIe siècle

Architecture générale

  • importance de la crypte,
  • premières voûtes,
  • chevets de plein-cintre (que l'on appelle aussi en berceau) ornés avec petits arcs et des bandeaux géométriquement disposés,
  • temples couverts et terminés en voûte en cul de four,
  • usage des piliers comme sustentation, en remplacement des colonnes,
  • nefs plus vastes et importantes, au moins en comparaison avec d'anciens bâtiments pré-romans,
  • premiers déambulatoires (Saint-Étienne de Vérone, Cathédrale d'Ivrée).

Décoration

Deuxième âge roman

L'apogée du style, de par sa qualité et sa beauté, est atteint entre 1050 et 1150. En provenance de la France, il se transmet principalement autour des chemins de pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le deuxième art roman s'exporte en Terre Sainte grâce aux Croisades.

Architecture générale

  • les nefs deviennent plus amples afin d'accueillir les pèlerins toujours plus nombreux : en Bourgogne, les églises abbatiales de Pontigny, de Saint-Bénigne de Dijon et de Cluny III dépassent les 100 mètres;
  • la circulation des pèlerins et l'accès aux reliques ou à la crypte sont facilités par de nouveaux aménagements : larges déambulatoires et bas-côtés, tribunes (Normandie), chapelles rayonnantes sur le transept;
  • Les édifices gagnent en hauteur : la tour de la basilique Saint-Sernin à Toulouse mesure 64 mètres; les tours de la façade de l'abbatiale Saint-Étienne de Caen s'élancent à 80 mètres.
  • Les murs sont renforcés à l'extérieur par des contreforts massifs.
  • Les recherches sur le voûtement progressent : les voûtes à charpente sont remplacées par la pierre dans les grands édifices, dans le Sud et en Bourgogne par exemple. Les absides sont souvent en cul de four, les collatéraux en voûtes d'arêtes. Dans le Sud-Ouest de la France et en Auvergne, on utilise encore la coupole. Les premières voûtes en berceau brisé sont édifiées (église de Brancion (Saône-et-Loire) et les premières voûtes en croisée d'ogives apparaissent dans le monde Anglo-normand au début du XIIe siècle.

Décoration

Cet art architectural atteint son apogée en termes de richesses et de grandeur à l'époque de Cluny, dont la cathédrale, dite de Cluny III, va rester le plus grand bâtiment de la chrétienté jusqu'au XVIe siècle.

Pendant le XIIIe siècle, au fur et à mesure que les solutions architecturales sont renforcées et s'améliorent, l'art roman tardif se développe, conjointement avec un début spontané de l'art gothique.

L'idéal de dépouillement dans l'architecture monastique

Les clunisiens

L'abbaye de Cluny

Un des premiers ordres réformateur était celui de Cluny. Il tire son nom du petit village de Cluny, près de Mâcon, où une abbaye bénédictine réformée a été fondée en 909 par Guillaume Ier, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, qui l'a placée sous la direction de Bernon, abbé de Beaume. Odon, souvent décrit comme le fondateur de l'ordre, lui a ensuite succédé.

La renommée de Cluny s'est étendue loin au-delà du monastère d'origine. Sa règle rigide a été adoptée par un grand nombre de vieilles abbayes bénédictines qui se sont affiliées à la maison mère, et les nouveaux monastères, de plus en plus nombreux, désiraient tous se rattacher à Cluny. À la fin du XIIe siècle, le nombre de monastères affiliés à Cluny en Europe occidentale atteignait 2 000.

L'établissement de Cluny était un des plus grands et magnifiques de France. On peut se faire une bonne idée de ses dimensions grâce au pape Innocent IV, qui a visité Cluny accompagné de douze cardinaux, d'un patriarche, de trois archevêques, des deux généraux des Cartusiens et des Cisterciens, du Roi Saint-Louis et de trois de ses fils, de la reine-mère, du comte de Flandre, de l'empereur de Constantinople, du duc de Bourgogne et de six lords. Tous logèrent au sein du monastère avec leurs suites, sans causer le moindre dérangement aux moines. La quasi-totalité des bâtiments de l'abbaye, y compris l'église monumentale, ont été vendus comme biens nationaux, puis détruits à la fin du XVIIIe siècle.

À Cluny, l'église et le plan général de l'ensemble ressemblent de manière frappante à la cathédrale de Lincoln. L'église Cluny III était très vaste : plus de 141 m de long sur 65 m de large. Le chœur se termine par une abside semi-circulaire entourée de 5 chapelles également semi-circulaires. L'entrée ouest était constituée du narthex flanqué de deux tours. Au sud de l'église se trouvait la cour du cloître immense, placée beaucoup plus à l'ouest qu'à l'accoutumée. Au sud du cloître se trouvait le réfectoire, un bâtiment imposant d'environ 30 mètres sur 20, rempli de six rangées de tables en longueur et de trois en travers. Il était orné des portraits des bienfaiteurs de l'abbaye et d'objets scripturaux. Sur le mur du fond était peint une scène du Jugement Dernier. Nous ne pouvons malheureusement pas identifier les autres bâtiments principaux. Restent la maison de l'abbé, encore partiellement debout près de l'entrée, l'hospice et la très vaste boulangerie.

Toutes les maisons rattachées à Cluny étaient des dépendances françaises dirigées par des prieurs de cette nationalité. Ils n'ont obtenu leur indépendance que sous le règne d'Henri VI.

Malgré son éclat, le renouveau clunisien a été de courte durée. Sa réputation et sa célébrité sont à l'origine de son déclin. Après une croissance considérable de leur ordre, les moines clunisiens sont devenus aussi riches et peu disciplinés que leurs prédécesseurs. Une nouvelle réforme est alors devenue nécessaire.


Les cisterciens

Cloître et église cistercienne de Sénanque, Provence
Sénanque, Provence - Intérieur avec berceau brisé.
Article détaillé : art cistercien.

L’ordre de Cîteaux a été fondé par Robert de Molesme et quelques moines en 1098, en Bourgogne. Il considère que l'ordre clunisien s'est fortement écarté de la règle édictée par Saint Benoit et prône un retour intégral à cette dernière. Il demande aux moines de respecter des principes radicaux  : isolement du monde, travail manuel, silence et pauvreté. Avec saint Bernard, ces règles trouvent un écho dans l'art monastique :

Architecture générale

  • isolement dans des endroits retirés : le monastère n’étant pas fait pour les laïcs, il doit s’insérer dans un cadre naturel qu’il respecte (harmonie avec la nature, solitude propice à la prière intérieure et au silence) ;
  • clocher aux dimensions modestes (humilité) ;
  • voûtes en berceau brisé ;
  • lignes et volumes sobres ;

Décoration

  • décor dépouillé et épuré pour ne pas faire injure aux pauvres : refus de tout élément figuratif (en particulier au niveau des chapiteaux), d'où l'absence de statues ou peintures ; la pierre doit rester nue, sans aucune couleur; il ne faut pas détourner le moine de sa prière ou de son recueillement ;
  • vitraux incolores aux motifs abstraits ou fleur de lis (symbole de Marie) ;
  • mobilier simple : quelques cierges, pas d’or : encensoirs en cuivre ou en fer, chasubles sans broderies, crucifix ;
  • motifs végétaux et géométriques dans les manuscrits peu enluminés : limitation des couleurs avec quasi suppression des couleurs rouge et or, très utilisées par les Clunisiens.

Les Chalaisens

Il s'agit d'un petit ordre monastique, proche de l'érémitisme et des cisterciens, né à Chalais (sud du massif de la Chartreuse) dans les débuts du XIIe siècle. Cet ordre a d'abord essaimé dans la vallée de l'Isère, vers l'ouest (deux petites abbayes : Almeval et Albeval), puis vers le sud : d'abord dans la vallée de la Durance, avec l'abbaye de Boscodon (1140) et, plus tard, l'abbaye de Clausonne, puis davantage vers le sud (Lure, Valbonne, près de Nice, et Pierredon, près d'Arles). L'architecture y est encore plus dépouillée que dans l'ordre cistercien : chevets plats systématiques, absence de clés d'arcs. L'exemple le plus fort et le mieux conservé est l'abbatiale de Boscodon (Hautes-Alpes), d'un dépouillement, d'une pureté et d'une luminosité remarquables.

Les Grandmontains

Article détaillé : Renaissance du XIIe siècle.

Les autres domaines de l'art roman

L'enluminure des manuscrits

Les trois mages du Psautier de St. Albans, Angleterre, XIIè
Psautier de Hunter à la Hunterian Museum and Art Gallery

De nombreuses écoles régionales ont convergé pour produire les premiers manuscrits enluminés: l'école d'Angleterre et du nord de la France "channel school" ont été fortement influencés par l'art Anglo-Saxon tardif, tandis que dans le sud de la France le style s'inscrit plus dans une influence Ibérique, en Allemagne et en dessous l'art ottonien a continué à se développer et aussi, avec les styles Byzantins, ont influencés l'Italie. À la fin du XIIe siècle, les influences réciproques de tous ces styles se sont fondus, tout en gardant naturellement des distinctions régionales.

Le focii typique de l'enluminure romane est la Bible, où chaque livre peut être préfacé par une grande Initiale illustrée, et les Psautiers, où des majuscules initiales étaient enluminées de la même façon. Dans les deux cas, des cycles de scènes peuvent être représentés sur des pages entièrement enluminées, parfois avec plusieurs pages par scène, dans des compartiments. Les Bibles avaient en particulier des pages de dimensions importantes et pouvaient être reliées en plusieurs volumes. Par exemple, le Psautier de Saint Alban, le Psautier de Hunter (Hunterian Psalter), la Bible de Winchester (la "feuille de Morgan" présentée ci-dessus), la Bible de Fécamp Bible, la Bible de Stavelot et la Bible de Parc Abbey. À la fin de cette période, des ateliers commerciaux de scribes et d'artistes devinrent significatifs, et l'enluminure, et les livres en général, devinrent plus généralement disponibles pour le clergé comme pour les laïcs.

Peinture romane

Catalan Fresque, actuellement au Museu Nacional d'Art de Catalunya.

Les larges surfaces murées et les voûtes de la période romane se sont prêtées facilement à la décoration murale. Malheureusement, de nombreuses peintures initiales ont été détruites soit par des restaurations mal menées, ou par le fait que les murs ont été replâtrés ou repeints. En France, Angleterre et aux Pays-Bas, ces peintures ont été systématiquement détruites ou effacées par l'iconoclasme de la réforme protestante. Les fresques des églises du Danemark et d'autres pays ont été depuis restaurées. Dans d'autres pays, elles ont souffert des guerres, négligences et changement de modes.

La peinture d'une église suit un schéma classique, dérivé d'exemples antérieurs de mosaïques. Elle a son point focal dans la voûte en cul de four de la nef, avec un Christ en Majesté ou un Christ rédempteur sur son trône et une mandorle encadrée par quatre éléments ailés, symboles des Quatre Évangélistes, en comparaison directe avec les exemples des couvertures ornées ou les enluminures des évangéliaires de l'époque. Si la Vierge Marie est la dédicace de l'église, elle peut y remplacer le Christ en représentation. Sur les murs de l'apside, en dessous, seraient représentés les saints et apôtres, incluant peut-être des scènes narratives, par exemple le saint auquel est dédicacé le monument. Sur les arches du sanctuaire seraient les figures des apôtres, prophètes, ou les 24 vieillards joyeux de l'Apocalypse, regardant le Christ, ou son symbole sous forme d'agneau, au sommet de l'arche. Le mur nord de la nef présenterait des scènes narratives de l'Ancien Testament, et le mur sud le Nouveau Testament. Sur le mur ouest arrière serait le Jugement dernier, avec un Christ sur un trône qui juge à son sommet[4].


Un des plus beaux exemples intacts est visible dans l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe en France. La longue voûte en berceau de la nef fournit une surface idéale pour la fresque, qui présente des scènes de l'Ancien Testament, dont la Création, la vie d'Adam et Eve et d'autres histoires dont celle très vivante de l'arche de Noé présentant des personnages apeurés et de nombreuses fenêtres à travers lesquelles on peut voir Noah et sa famille sur le pont supérieur, des oiseaux sur le pont du milieu, et des paires d'animaux sur l'inférieur. Une autre scène présente de façon très vigoureuse la noyade de l'armée de Pharaon dans la mer rouge. Ce schéma s'étend à d'autres parties de l'église, avec le martyr de saints locaux présentés dans la crypte, l'Apocalypse dans le narthex et un Christ en Majesté. Les palettes de couleurs employées sont limitées au bleu-vert clair, jaune ocre, rouge marron et noir. Des peintures similaires sont présentes en Serbie, Espagne, Allemagne, Italie et ailleurs en France[5].


Concernant les techniques, les Fresques sont faciles à réaliser, mais il faut travailler vite car sur enduit frais. Cette technique peu onéreuse explique que de modestes églises rurales, de simples cures priorales, reçurent de somptueux décors peints. Les couleurs sont vives.

Vitraux

Stained glass, le prophète Daniel Daniel à la cathédrale d'Augsburg, fin du XIe siècle.

Les plus anciens fragments connus de vitraux peints médiévaux semblent dater du Xe siècle. Les plus anciens personnages peints intacts sont les cinq prophètes du vitrail d'Augsburg, daté de la fin du XIe siècle. Les visages, même figés et formalisés, démontrent un dessin très maîtrisé et l'usage fonctionnel du verre montre que ses créateurs étaient très bien entraînés à ce support. Dans les cathédrales du Le Mans, Canterbury et Chartres, et la Saint-Denis, de nombreux panneaux du XIIe siècle sont encore présents. A Canterbury, ils présentent un personnage d'Adam creusant, et un autre de ses fils, Seth, parmi les ancêtres du Christ. Adam est représenté d'une façon hautement naturelle et vivante, tandis que le portrait de Seth, les vêtements sont utilisés à des fins plus décoratives comme dans les meilleurs sculptures sur pierre de l'époque. Les artisan du vitrail ont été plus lents que les architectes à changer leurs styles, et beaucoup de vitraux de la première partie du XIIIe siècle peuvent être considérés comme romans. Parmi les plus belles œuvres connues, on peut évoquer le vitrail daté de 1200 de la cathédrale de Strasbourg (en partie déposé au musée) et de 1220 environ de l'église de Saint Kunibert à Cologne.

La plupart des plus beaux vitraux de France, dont notoirement ceux de Chartres, datent du XIIIe siècle. Peu de vitraux importants du XIIe siècle sont restés intacts. Parmi ces derniers, celui de la Crucifixion de Poitiers, composition remarquable qui s'étend sur trois étages, le plus bas avec un trèfle à quatre feuilles présentant le martyr de Saint Pierre, le plus grand central où domine la crucifixion et le plus haut l'Ascension du Christ dans une mandorle. Le personnage du Christ crucifié présente déjà des signes de courbes Gothiques. Ce vitrail est décrit par George Seddon comme étant d'une "beauté inoubliable"[6]. Beaucoup de fragments détachés sont dans des musées, et un vitrail du l'église de Twycross en Angleterre est fait à partir d'importants panneaux de vitraux français récupérés pendant la révolution française[7]. Le verre était cher et faiblement flexible (en ce sens qu'il pouvait être ajouté (superposé) ou réarrangé) et parait avoir été souvent réutilisé quand les églises ont été reconstruites en style gothique - le plus ancien vitrail anglais datable, une fenêtre de York Minster de l'arbre de Jessé date probablement d'avant 1154, a été réutilisé de cette façon.

Initiation à la sculpture romane

Chapiteau de la Résurrection de Abbaye de Mozac
Article détaillé : Sculpture romane.

Elle décore d'abord les chapiteaux dans les cryptes, les cloîtres et les églises. À la fin du XIe siècle, elle prend place sur la façade des églises, à la manière des antiques arcs de triomphes[8]. La sculpture devient « monumentale ». Elle a une vertu pédagogique, celle d'enseigner la vie des apôtres et des saints, d'illustrer des passages de l'Ancien Testament. Elle s'inspire des bas-reliefs et des chapiteaux romains mais surtout des images placées dans les manuscrits enluminés et sur les objets d'orfèvrerie.

  • La sculpture sur chapiteau : elle se diffuse à partir de l'an mil, même si ses débuts furent timides : dans les églises italiennes de la première moitié du XIe siècle est repris le modèle corinthien, plus ou moins stylisé (chapiteau à palmettes). D'autres lieux (Bourgogne, Catalogne) expérimentent les chapiteaux à entrelacs et à feuilles d'acanthe. Mais bientôt, les animaux et les figures anthropomorphiques apparaissent, même s'ils restent rares avant 1050 (Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire). La basilique Saint-Sernin de Toulouse (deuxième moitié du XIe siècle) conserve 260 chapiteaux romans[9].

Les sculpteurs de l'époque romane dont on connaît les noms sont :

Sculptures et ensembles romans remarquables :

Les ivoires

On trouve de beaux coffrets d’ivoire, dont un de l’époque carolingienne au musée de Cluny ; il est en marqueterie de bois colorés et d’ivoire, avec des entrelacs et des cadres entourant des animaux fantastiques[10].

Un diptyque est une sorte de tablette double dont les composantes sont réunies à charnière. Ce fut, à l’origine, une sorte de carnet dont les feuilles de bois, d’ivoire ou de métal, enduites de cire, servaient à prendre des notes.

Christ en majesté dans une Mandorle, entouré par les emblèmes des évangélistes : plaques d'ivoire sur coffre de bois, Cologne, première moitié du XIIIe siècle (Musée de Cluny)

Puis apparurent les diptyques consulaires, sur lesquels les nouveaux fonctionnaires faisaient part de leur nomination à leurs parents et à leurs amis. Ils sont ornés d'un riche décor sculpté, qui pouvaient faire office de tablette à écrire : il s'agissait d'un objet commémoratif de luxe, commandé par le consul ordinaire et distribué pour marquer son entrée en charge et récompenser les notables qui avaient soutenu sa candidature. Plus tard enfin, l’Église les adopta pour orner ses autels. Consacrés aux saints et aux martyrs, des épisodes religieux étaient sculptés sur les lames d’ivoire qui les formaient.

Les triptyques, avec une forme un peu différente, avaient des usages identiques. Ils se composaient de trois panneaux sculptés ou peints et réunis à charnière. Le panneau central, deux fois plus large que les deux autres formant volets, pouvait être recouvert exactement par eux. Très estimés à Byzance, ils ne pénétrèrent dans l’Europe occidentale qu’après les croisades.

Olifant sculpté dans le sur de l'Italie à l'époque byzantine.

Les olifants, dont le nom dérive étymologiquement d'éléphant, étaient taillés dans l'extrémité de la défense. Leur usage, au Moyen Âge, était varié : instruments de musique, cornes à boire ou réceptacles à reliques.

L'apogée de l'orfèvrerie

En relation avec le développement du culte des reliques, les orfèvres produisent des reliquaires et des châsses de grande qualité. À l’époque romane, le renouveau des sacrements et le culte des reliques provoquent un essor de l’orfèvrerie religieuse.

  • Œuvres à caractère somptuaire,
  • thèmes hagiographiques,
  • ateliers mosans et de Limoges prépondérants,
  • Châsses qui reproduisent les églises en miniature.

Les écoles régionales

L'espace espagnol et le sud-ouest français

L'Espagne est une référence au niveau de l'art roman : de nombreux apports de la culture arabe ont enrichi le patrimoine artistique espagnol, notamment à Salamanque (cathédrale).

Les églises de cette région se sont développées grâce aux chemins de pèlerinage qui mènent au sanctuaire de Saint-Jacques de Compostelle, au nord-ouest de l'Espagne. Les moyens financiers qui affluent permettent aux abbés et aux évêques de bâtir des édifices somptueux. Le modèle architectural est la Basilique Saint-Sernin : doubles collatéraux, vaste transept, chevet à déambulatoire desservant des chapelles rayonnantes, dotées de reliques, caractérisent les grandes églises de pèlerinage.

Les Pyrénées centrales connaissent également, à partir de l'an mil une "floraison artistique romane" comme le souligne l'historien d'art Marcel Durliat. Favorisée par la reprise des échanges commerciaux et la relative stabilité sociale et politique, la circulation des idées entretient dans les Pyrénées une véritable période de création artistique.

Sites romans :

L'espace germanique

En Allemagne, le roman suit les traces de l'art ottonien, créant des grands ensembles monumentaux, dont beaucoup proposent des solutions complètement nouvelles, telles que la double arche ou Westwerk. On peut citer parmi les plus singulières:

  • Les cathédrales de Worms, Mayence et Spire
  • L'église de Sainte Marie du Capitole à Cologne
  • L'abbaye de Sainte Marie à Laach (Rhénanie-Palatine)

En France, la cathédrale de Verdun présente toutes les caractéristiques d'un plan roman-rhénan, à savoir :
une nef unique encadrée par deux chœurs, eux-mêmes flanqués de deux tours. De ce fait, les portails sont exclusivement latéraux.

  • Voir aussi art salien.

La Bourgogne

Saint Michel terrassant le dragon, Bourgogne, XIIe siècle, musée du Louvre

L'art roman s'est développé en Bourgogne en relation avec l'essor des centres monastiques. Le rôle de Cluny en premier lieu explique le nombre important d'édifices romans dans cette région. Les cathédrales et les églises abbatiales ont des dimensions importantes. Les bâtiments monastiques ont des plans complexes, surtout à Cluny où l'ensemble est agrandi plusieurs fois par des ajouts successifs. L'abbatiale Cluny II (960-981) a servi de modèle à bien des édifices romans bourguignons. La décoration murale, le voûtement et la massivité des édifices témoignent d'influences méridionales.

Article connexe : art roman en Saône-et-Loire.

La Normandie

Tours de la façade de l'abbatiale de Jumièges, Seine-Maritime

Pour le contexte, voir Histoire de la Normandie.

Le développement de l'art roman en Normandie bénéficie d'un contexte favorable : le duc tient fermement sa principauté et la Normandie ne connaît pas l'anarchie féodale qui règne dans d'autres provinces. La croissance économique et démographique créent les conditions d'un essor architectural fécond et original. Les ducs eux-mêmes favorisent la construction de nouveaux édifices religieux. Ainsi, Richard Ier fait reconstruire l’église abbatiale à Fécamp. Mais c’est Richard II qui fit venir Guillaume de Volpiano pour ranimer la vie de l’abbaye, selon la règle bénédictine. Robert le Magnifique fonda Cerisy en 1032. Guillaume le Conquérant fait élever l'abbaye aux Hommes à Caen (1063-1077). Au XIe siècle, les Normands s'installent en Sicile et exportent leur art qui finit par se mêler à d'autres influences, arabes et byzantines.

  • Le roman normand se distingue par plusieurs caractéristiques :
    • Des façades symétriques (façades harmoniques) (Abbatiale Saint-Étienne, Abbaye aux Dames, Abbatiale de Saint-Georges de Boscherville),
    • Des tours surmontées de flèches (Abbatiale Saint-Étienne, Jumièges, Saint-Georges de Boscherville),
    • Des tours-lanternes se dressent au-dessus de la croisée du transept (Jumièges, Abbatiale Saint-Étienne),
    • Des collatéraux en voûtes d'arêtes,
    • Une galerie de circulation à la base des fenêtres hautes,
    • Le caractère précoce (vers 1100[11] de l'apparition de la croisée d'ogives, qui annonce le style gothique,
    • Aucun tympan historié sur les grands édifices[12]
    • La sculpture romane normande s'exprime sur les chapiteaux et les modillons. À partir du début du XIIe siècle, la décoration sculptée n'est que géométrique et abstraite.
    • Les monastères normands ont produits beaucoup de manuscrits enluminés au cours de la période romane : les principaux centres sont le Mont-Saint-Michel, Fécamp, Jumièges et Le Bec. Les manuscrits reprennent la tradition carolingienne agrémentée d'influences anglo-saxonnes, surtout après la conquête de 1066.
    • La Tapisserie de Bayeux a été réalisée en Angleterre par des Anglo-Saxons[13]

Comme les autres régions, l'art normand s'enrichit d'influences diverses (art ottonien, bourguignon, ...). L'Italien Guillaume de Volpiano dirige le chantier de l'abbaye de Fécamp au début du XIe siècle.

Article détaillé : art roman en Normandie.

Les églises auvergnates à massif barlong

Article détaillé : Art roman auvergnat.
  • Autres sites romans en Auvergne : la cathédrale Notre-Dame du Puy marque un départ du chemin de Compostelle. L'architecture est marquée par différentes influences :
    • byzantine par les différentes fresques et dans leurs dispositions
    • arabe traduit par les mosaïques de pierre (cloître) et les arcs outrepassés
    • copte dans les détails décoratifs peints.

Les caractères du Puy se retrouvent dans de nombreux édifices religieux régionaux. L'Église Saint-Michel d'Aiguilhe en a été influencée. La porte d'entrée du Puy est très évocatrice de l'architecture musulmane de l'époque comme en atteste l'arc polylobé qui orne son portail.

Le bassin ligérien

Le Poitou

Abbaye de Saint-Savin (Vienne)
Eglise Notre-Dame la Grande de Poitiers (Vienne)
Eglise Saint-Pierre de Chauvigny (Vienne)
Eglise de Saint-Jouin de Marnes (Deux-Sèvres)

L'architecture romane poitevine se caractérise fréquemment par l'absence de tympan ainsi que par des décorations à motif géométrique ou végétal autour des portes; les églises sont souvent de type "halle" : les collatéraux ont la même hauteur que le vaisseau central (cf. Jean-Pierre Caillet, L’abécédaire de l’Art médiéval, page 100).

Dès le Xe siècle, l’architecture romane va expérimenter de nouvelles techniques de construction qui font merveille dans les sanctuaires régionaux jalonnant les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. La sculpture, en particulier, va pleinement bénéficier de la plasticité de la pierre calcaire et de la lumière si intense, deux atouts indiscutables de la région.

Le Poitou possède un nombre important de fresques romanes, parmi lesquelles se détachent nettement celle du plafond de l'abbatiale de Saint-Savin sur Gartempe. Reconnues en 1983 par l'UNESCO, André Malraux les considéraient comme la "Chapelle Sixtine de l'art roman".

En partant vers le sud, et en longeant la vallée de la Gartempe, plusieurs autres édifices remarquables composent la Vallée des Fresques. Il est ainsi possible de découvrir, entre autres l'église d'Antigny, Notre-Dame de Montmorillon, la chapelle de Jouhet.

Les départements de la Vienne et des Deux-Sèvres sont parcourus d'édifices romans intéressants, du notamment à sa position sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle.

La ville de Poitiers compte en son sein un grand nombre de témoignages romans. Mais au delà des grandes villes, c'est la quasi-totalité des villages qui comporte un édifice roman. En faire la liste serait presque impossible ...

En allant vers l'océan Atlantique, les régions de Saintonge et d'Aunis recèlent également de nombreux trésors architecturaux romans.

La Provence

Article détaillé : Art roman provençal.
Saint-Restitut : portail à l'antique

La Provence possède, comme l'Auvergne, le Poitou et la Bourgogne, beaucoup d'édifices romans dont certains figurent parmi les plus célèbres de France.

L'art roman provençal présente comme particularité d'être fortement influencé par l'antiquité romaine par le biais des nombreux vestiges romains subsistant en Provence.

Il a emprunté de nombreuses caractéristiques stylistiques à l'architecture de l'antiquité romaine :

La Provence compte également trois abbayes cisterciennes (appelées les Trois sœurs provençales) qui illustrent à merveille l'art cistercien :

L'Italie et les influences byzantines et orientales (Vénétie et Sicile)

Article détaillé : Art roman lombard.

En Italie, l'héritage classique et paléochrétien continue à se ressentir profondément. L'art pré-roman, création originale dont est issu le style lombard, s'est étendu par la suite à d'autres régions comme la Catalogne ou la Provence. Les édifices romans italiens se distinguent par leur style somptueux et décoratifs, et aussi par leur clarté structurelle. Parmi les plus notables son trouve:

  • La cathédrale de Parme
  • La basilique de san Ambrosio de Milán
  • La basilique de san Zenón de Verona
  • La basilique de san Miguel de Pavía
  • Las cathédrales de Trente et Módene
  • La basilique de San Miniato al Monte, à Florencie
  • Sans doute le monument roman le plus particulier d'Italie est la Cathédrale de Pise, ensemble exceptionnel qui comprend le baptistère, la cathédrale elle-même et le campanile (la tour inclinée de Pise)

L'Angleterre

La tour richement décorée de la Cathédrale de Norwich est surmontée par une spirale du XVe siècle

L'art roman ne pénètre en Angleterre qu'au XIIIe siècle en tant que tel, la forme d'art précédente est appelée Art Normand.

Le style normand s'est développé simultanément en Normandie et en Angleterre, conquise par les Normands en 1066. Un style Anglo-Normand s'est rapidement distingué tandis que le style architectural en Normandie s'est conformé de plus en plus au style roman français plus traditionnel.

Les églises anglaises normandes ont pour caractéristiques des plans exceptionnellement longs, une structure massive (spécialement pour les piliers autour du cœur) et l'utilisation de décoration sculptée géométrique.

La sculpture figurative n'est pas fréquente dans les églises normandes, et là où c'est le cas, il en résulte une fascinante fusion entre les styles typiques romans de l'art anglo-saxon et des éléments celtiques.

Quelques-unes des églises normandes les plus significatives (certaines ont reçu des rénovations partielles gothiques):

Thèmes pictographiques généraux

Représentation de l'enfer

Les chrétiens ont surtout été inspirés par les images des tombes étrusques qui dépeignaient des scènes d'horreur, des démons et des flammes… La mythologie étrusque s'est beaucoup inspirée de la mythologie grecque, et durant les premiers siècles de l'hégémonie chrétienne à Rome, elle a dû survivre en parallèle de la religion monothéiste. Il parait donc naturel que les chrétiens se soient inspirés, consciemment ou non, de ce qu'ils avaient sous les yeux, et surtout de ces dieux étrusques qui représentaient pour eux le paganisme, donc l'incarnation du mal.

Scènes bibliques

Dormition et Assumption
Détail de l'Assumption

Photographies

Notes et références

  1. Normandie romane , Collection du Zodiaque , Paris 1975
  2. L'Architecture arménienne serait peut-être à l'origine de l'art roman occidental, certaines églises arméniennes du Ve au IXe siècle ressemblent énormément aux églises romanes du Xe siècle, par exemple
  3. Colette Deremble, L’art et la foi au Moyen Âge, page 5
  4. James Hall, A History of Ideas and Images in Italian Art, p154, 1983, John Murray, London, ISBN 0-7195-3971-4
  5. Rolf Toman, Romanesque, Könemann, (1997), ISBN 3-89508-447-6
  6. George Seddon in Lee, Seddon and Stephens, Stained Glass
  7. Church website
  8. Georges Duby, Jean-Luc Daval, La sculpture, ..., page 266
  9. Georges Duby, Jean-Luc Daval, La sculpture, ..., page 276
  10. Danièle Gaborit-Chopin, in Byzance, l'art byzantin dans les collections publiques françaises (catalogue de l'exposition au musée du Louvre, 3 novembre 1992-1er février 1993), Paris, 1993, no 20, p. 63-65 ;
  11. Michel de Boüard (dir.), Histoire de la Normandie, Toulouse, Privat, 2001, page 188
  12. Michel de Boüard (dir.), Histoire de la Normandie, Toulouse, Privat, 2001, page 189
  13. Michel de Boüard (dir.), Histoire de la Normandie, Toulouse, Privat, 2001, page 191

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Ouvrages généraux
  • Éditions Zodiaque, Collectif : 200 volumes sur l'art roman.
  • Jérôme Baschet, La Chrétienté médiévale. Représentations et pratiques sociales, Paris, Dossiers de la Documentation photographique, Éditions La Documentation française, 4e trimestre 2005, no 8047, (ISBN 330-3-33128-047-7).
  • Jean-Pierre Caillet, L'Abécédaire de l'art médiéval, Paris, Flammarion, 2005, (ISBN 2-08011-448-4).
  • Thérèse Castieau, L'Art roman, Paris, Flammarion, 1998, (ISBN 2-08012-276-2).
  • Gabrielle Démians d'Archimbaud, Histoire artistique de l'occident médiéval, Paris, Armand Colin, 1992, (ISBN 2-20031-304-7).
  • Gérard Denizeau, L'art roman, Paris, Nouvelles éditions Scala, 2010, (ISBN 978 2-35988-018-2).
  • Colette Deremble, L'Art et la foi au Moyen Âge, Paris, Dossiers de la Documentation photographique, Éditions Documentation française, no 7040, avril 1997.
  • Georges Duby, Jean-Luc Daval, La Sculpture, de l'Antiquité au XXe siècle, Cologne, Taschen, 2005, (ISBN 2-74846-529-8) : l'art roman (1000-1200), p. 266-344.
  • Georges Duby, Michel Laclotte, Le Moyen âge, Paris, Le Seuil, 1995, (ISBN 2-02017-384-0).
  • Henri Focillon, L'Art des sculpteurs romans : recherches sur l'histoire des formes, Paris, PUF, 1931.
  • Henri Focillon, Le Moyen Âge roman, Éditions Armand Colin, 1938.
  • Jean-René Gaborit, Danielle Gaborit-Chopin, Jannic Durand, L'Art roman au Louvre, Paris, Fayard, 2005, (ISBN 2-21362-424-0).
  • Henry Martin (sous la dir. de), L'Art roman, Coll. La grammaire des styles, Paris, Librairie d'art R. Ducher, 64 p.
  • Angelico Surchamp, L'Art roman : Rencontre entre Dieu et les hommes, Desclée de Brouwer, 1993.
  • Rolf Toman, L'art roman, Paris, Place Des Victoires Eds, 2006, (ISBN 2-84459-094-2)
  • Éliane Vergnolle, L'Art roman en France, Paris, Flammarion, 1994.
  • Jean Wirth, L'Image à l’époque romane, Paris, Cerf, 1999.
  • Collectif, Abécédaire de l'art roman, Paris, Flammarion, 2000, (ISBN 2-08012-682-2).
Ouvrages spécifiques

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