Nazôréens


Nazôréens

Les Nazôréens ou Nazaréens (en grec: Ναζωραῖος (Nazôraios), en hébreu: Notzrim) sont un groupe religieux juif-messianiste mal connu, attesté de manière directe à partir de la seconde moitié du Ier siècle. Hippolyte de Rome (fin du IIe siècle) puis Tertullien[1] (début du IIIe siècle), indiquent que nazaréen était la plus ancienne dénomination des disciples de Jésus[2]. La plupart des auteurs les reconnaissent aussi dans des textes des pères de l'Eglise, où leur nom n'est pas mentionné explicitement, en commençant par le « Dialogue avec Tryphon[3] » d'Ignace d'Antioche (début du IIe siècle), puis chez Origène[4] et Eusèbe de Césarée[5],[6]. Toutefois certains auteurs estiment que ces passages désignent un autre groupe appelé Ébionite, issu de celui des Nazôréens.

Ceux qui y reconnaissent les nazôréens pensent que l'appellation Ébionites (les pauvres) est simplement un autre de leur nom[3],[4],[7],[6].

Enfin, pour certains auteurs, Nazôréens n'est qu'une simple appellation pour désigner les chrétiens partageant les points de vue orthodoxes ; c'est-à-dire ceux de l'Église de Rome. Les Nazôréens du Ier siècle étant un groupe différent de ceux dont les hérésiologues chrétiens parlent ultérieurement et notamment lorsque le nom de nazôréens réapparaît chez les auteurs chrétiens aux IVe et Ve siècle. Cette présentation recoupe la position traditionnelle des autorités ecclésiastiques.

Le Sermon de la Montagne par Carl Heinrich Bloch, 1890.
Miniature persane représentant Jésus lors du sermon sur la montagne
Jan Brueghel Le sermon sur la montagne.

Un groupe appelé Nazôréens est en effet, à nouveau attesté explicitement de manière indirecte aux IVe et Ve siècle[8] et même au IXe siècle[9]. La littérature rabbinique témoigne également de l'existence de Nazoréens (ah-Notzrim), considérés comme une « aberration hérétique » au sein du judaïsme pharisien[10].

Le groupe désigné sous le terme de Nazôréens au Ier siècle constitue probablement la première communauté connue de disciples de « Jésus de Nazareth » (appelé dans les évangiles « Jésus le Nazôréen » ou parfois « Jésus le Nazarénien »), celle de Jérusalem dont ils sont les représentants les plus importants, au moins jusqu'à la destruction du Temple en 70[11]. Leurs dirigeants les plus notables sont très célèbres puisqu'ils appartiennent au « groupe des douze », que l'Église de Rome appellera par la suite : les douze apôtres. Au milieu du Ier siècle, les trois « colonnes » qui dirigent le mouvement sont Jacques le Juste, « le frère du Seigneur », Simon Kephas (ou Simon bariona) plus connu sous le nom de saint Pierre (ou Simon - Pierre) et l'apôtre Jean.

Les disciples de Jésus et les Nazôréens continuent d'observer la Torah et notamment la circoncision, les interdits alimentaires et le sabbat[11]. Ils proclament que Jésus est le « Serviteur de Dieu » - le Messie[11].

Sommaire

Appellation et étymologie

Via Vitae de Joseph Chaumet -
Le Sermon sur la montagne
.

Le terme nazôréens est le terme couramment utilisé dans les écrits juifs antiques en hébreu (notzrim), en araméen (nasara) ou judéo-chrétiens grec (nazôraios) — comme par exemple dans les évangiles — pour désigner tous les chrétiens ou tous les groupes chrétiens. Il en est de même dans la littérature arabe et musulmane ancienne[N 1], dans le Coran et même dans des textes arméniens[12].

Le mouvement Nazôréen est souvent appelé « Judéo-christianisme » ou « Judéo-christianisme ancien », mais les spécialistes comme François Blanchetière ou Simon Claude Mimouni, récusent cette appellation tout en constatant que c'est « l'appellation reçue ».

Pour désigner leur mouvement, les disciples de Jésus semblent d'abord avoir parlé de la « Voie du Seigneur », puis se sont appelés Notsrim: Nazaréens. Alors que les langues occidentales ne connaissent que des traductions du grec christianos, en milieu araméophone comme c'était le cas en Palestine au Ier siècle, les plus anciennes dénominations de Jésus furent « Galiléen », le très complexe déterminatif min et surtout notsri (Nazaréen)[13].

« Galiléen », min et christianos (chrétien) sont des appellations qui viennent de l'extérieur et qui ont un fort contenu péjoratif. En dernière analyse, il semble en être de même pour l'appellation « notzri », concrétisant au départ, le regard de l'Autre[14] », cette appellation pourrait ensuite avoir « été revendiquée comme dénomination propre et titre d'honneur[14]. »

L'étymologie du terme est discutée : selon certains chercheurs, il dériverait du mot hébreu nazir, signifiant « ascète », selon d'autres d'une racine hébraïque signifiant « observant scrupuleux ». Le terme a peut-être été lié à Nazareth afin de rappeler le lieu-dit d'origine de Jésus. Le terme a été réinterprété symboliquement au sein du premier groupe de disciples pour insister et justifier la messianité de Jésus, en s'appuyant sur le verset d'Isaïe[15] qui évoque un « surgeon » - « netzer » en hébreu - qui doit surgir « de la souche de Jessé », le père de David[16]. Les premiers disciples étaient ainsi probablement des Juifs de stricte observance attendant le retour de Jésus en tant que messie[17].


Voir aussi le chapitre : Histoire et analyse d'une dénomination

Les pratiques et les croyances du mouvement

Les Nazôréens se réclament de Jésus de Nazareth (ou le Nazôréen) et, tout comme lui et ses disciples, continuent d'observer la Torah et notamment la circoncision, les interdits alimentaires et le sabbat[11]. Ils reconnaissent en Jésus - qu'ils proclament « Serviteur de Dieu » - le Messie[11]. Epiphane avance qu'il ne sait pas si les nazôréens pensent que Jésus est simplement un être humain ou s'« il est né de Marie par l'opération de l'Esprit saint »[18]. Tout comme les autres chrétiens et les Juifs rabbanites, les Nazôréens croient en la résurrection des morts[11].

Les informations rapportées par Épiphane notamment dans la notice 29 de son Panarion sont essentielles pour définir ce qui différencie les Nazôréens des autres mouvances chrétiennes[19].

Les pratiques

Nazôréens

De tout ce qu'Epiphane rapporte sur les nazôréens, François Blanchetière retient « les éléments « permanents » suivants:

Selon Simon Claude Mimouni, Épiphane précise que la seule différence des nazôréens avec les juifs est « qu'ils ne s'accordent pas avec les juifs à cause de leur foi dans le Christ[26] » et la seule différence avec les chrétiens est « qu'ils ne partagent pas l'avis des chrétiens par le fait qu'ils sont encore entravés par la Loi (la Torah), la circoncision, le sabbat et le reste[26] »[19].

« Pour les chrétiens dont Epiphane se fait l'écho, il est évident que Jésus a dispensé l'ensemble de ses fidèles de l'observation des commandements[27] (les Mitzvah) — ce qui est inexact au regard des textes anciens du Ier siècle[28]. », comme par exemple les Évangiles, les épîtres de Paul ou les Actes des Apôtres, même si Jacques le Juste avait assoupli ces règles, sans les abolir, à l'égard des seuls chrétiens d'origine « païenne » (c'est-à-dire Polythéiste[N 3]).

(Voir à ce sujet: Le conflit d'Antioche et la réunion de Jérusalem)

Ébionites

Concernant la notice d'Irénée de Lyon sur les ébionites, Blanchetière rappelle que c'est la première mention de ce nom (fin du IIe siècle) et « retient que selon Irénée ils:

  • reconnaissent le vrai Dieu comme créateur universel ;
  • n'utilisent que l'évangile de Matthieu ;
  • récusent Paul, parce qu'il a rejeté la loi (Torah) ;
  • « commentent les prophéties avec une minutie excessive » ;
  • « persévèrent dans les pratiques et coutumes juives au point d'aller jusqu'à adorer Jérusalem comme étant la maison de Dieu », ce qui donne à penser que mal renseigné, Irénée commet une sérieuse bévue. Une autre traduction possible serait: « ils prient aussi tournés vers Jérusalem, comme si c'était la maison de Dieu », pratique dont témoigne déjà le livre de Daniel[29],[30] » pour le judaïsme en général[N 4].

Les croyances

D'après Épiphane, les croyances des nazôréens, sont en tout semblables à celles des juifs, si ce n'est qu'ils croient au Christ, proclamant que Jésus Christ est le serviteur de Dieu. Par ailleurs, Epiphane avance qu'il ne sait pas si les nazôréens pensent que Jésus est simplement un être humain ou s'« il est né de Marie par l'opération de l'Esprit saint »[18].

Pour François Blanchetière, les nazôréens continuent de partager, avec tous les fils d'Abraham, un ensemble de convictions que synthétise le Shema'[31]. Au nombre de ces confessions, celle de l'unité divine, et celle de l'élection d'Israël par l'Alliance[32]. Ils ont aussi la certitude de la délivrance/geoulia venant de Celui qui est omnipotent et miséricordieux[32]. Ils sont persuadés que l'observance rigoureuse et méticuleuse des mitzvot de la Torah, sanctifie « le Nom » (de Dieu). Toutefois cette observance est interprétée en fonction de la halakha du Rabbi Jésus[32].

Ils « croient par ailleurs en la résurrection des morts, se conformant en cela aussi à la croyance générale des chrétiens comme des juifs pharisiens au Ier siècle ou les juifs rabbaniques aux siècles suivants[33]. »

Pour François Blanchetière, les disciples du Nazôréen se singularisent toutefois par un ensemble d'idées propres[32]. Chez les nazôréens les grandes thématiques que l'on retrouvera dans le christianisme sont déjà en place :

Lukhot Habrit.svg
  • incarnation rédemptrice,
  • naissance virginale,
  • messianisme,
  • mort sacrificielle,
  • résurrection,

le tout justifié par une élaboration qui ne relève ni du judaïsme pré-rabbinique des Sages antérieur à 70, ni des « mystères païens[N 3] »[34].

Simon Claude Mimouni estime pour sa part, que les nazôréens croient en la divinité de Jésus. C'est pour lui ce qui en fait un groupe distinct des ébionites[33]. (voir ci-dessous)

Trois grandes thèses

La présentation de ce qu'étaient les Nazôréens, un groupe déjà mal connu, est compliquée par le fait qu'il n'y a pas de consensus pour savoir s'ils forment un seul groupe avec les ébionites. De plus certains chercheurs estiment, dans le sillage des autorités ecclésiastiques que les Nazaréens dont il est question dans les évangiles et les Actes des Apôtres aux Ier ‑ IIe siècle ne sont pas le même groupe que ceux dont parlent Epiphane de Salamine et saint Jérôme à la fin du IVe et au début Ve siècle.

Les Nazaréens et les Ébionites sont-ils des groupes différents ?

Article détaillé : Ébionisme.

Pour J. M. Magnin, il n'y a pas lieu de distinguer entre nazaréen et ébionites - ces deux désignations étant à l'origine des termes synonymes. « Les membres de la première communauté hiérosolymitaine que leurs compatriotes juifs appelaient nazaréens, avaient très bien pu se donner à eux-même le nom d'ébionites » — c'est-à-dire « les pauvres »[35]. La thèse remonte à A. Gelin, qui le premier « a proposé de voir dans « les pauvres » mentionnés dans l'Épître aux Galates de Paul de Tarse (saint-Paul)[36] une désignation de l'Église de Jérusalem, à savoir l'« Église des pauvres »[37],[35]. » Une autre phrase de Paul de Tarse qui dit que Jésus « s'est fait pauvre, de riche qu'il était »[38], semble indiquer que les premières communautés auraient pu pratiquer une mise en commun des biens de leurs membres. C'est un fonctionnement de ce type qui semble être décrit au début des Actes des Apôtres.

L'ouvrage d'Épiphane de Salamine, Panarion, s'appelle aussi Contre les hérésies. Il constitue la source principale de ce que l'on sait sur les Nazôréens et les Ébionites.
Nazôréens orthodoxes, ébionites « hérétiques » ?

Pour Simon Claude Mimouni, qui estime que les nazôréens et les ébionites appartenaient à deux groupes différents, les nazôréens sont considérés comme « orthodoxes » par les hérésiologues chrétiens anciens, alors que les ébionites sont considérés, comme des hétérodoxes, essentiellement parce que pour ces derniers, Jésus est bien le messie, mais qu'ils refusent de reconnaître la divinité du Christ[39].

Toutefois, ceux qui affirment que « nazôréens » ou « ébionites » sont deux appellations du même groupe, comme par exemple J.M. Magnin[40], font remarquer qu'Épiphane avance qu'il ne sait pas si les nazôréens pensent que Jésus est simplement un être humain ou s'« il est né de Marie par l'opération de l'Esprit saint »[18]. De plus, l'alternative posée par Epiphane semble biaisée, car il est tout à fait possible de professer une naissance miraculeuse de Jésus et de ne pas reconnaître pour autant son caractère divin, les musulmans en sont l'exemple encore vivant aujourd'hui.

Simon Claude Mimouni ne comprend pas comment toute la communauté de Jérusalem aurait pu « adopter les positions doctrinales attribuées aux ébionites », « d'autant que ces positions semblent antérieures à celles considérant le Messie comme un être à la fois humain et divin[35] ». Toutefois, l'idée de la divinité de Jésus n'apparaît clairement qu'à la fin du Ier ou au début du IIe siècle, dans les écrits dits johanniques comme l'évangile selon Jean, il n'est pas du tout évident que cette idée est affirmée dans les autres évangiles et les autres textes judéo-chrétiens ou dans les sept lettres de Paul considérées comme authentiques.

L'embarras des « Pères de l'Église » à parler des nazôréens

Simon Claude Mimouni estime aussi « qu'il est à peu près certain que si les nazôréens avaient pensé Jésus en d'autres termes que les chrétiens dits « orthodoxes », Épiphane l'aurait sans nul doute appris et se serait fait fort de le rapporter[18]. » D'après Mimouni toujours, « l'hérésiologue veut laisser planer un doute sur ce point afin d'éveiller le soupçon à l'égard des nazôréens. D'ailleurs, toujours en fonction de cette perspective, Épiphane parle des Cérinthiens et des mérinthiens qui pensent que le Christ est simplement un homme — ce qui lui permet de laisser sous-entendre qu'il pourrait en être de même des nazôréens[18]. » Les auteurs qui ont le point de vue opposé estime que cette notice d'Épiphane, indique bien que les nazôréens ne croient pas à la divinité de Jésus et le fait que l'hérésiologue n'en parle que mélangé aux cérinthiens et mérinthiens, ne refléte que son embarras. Ainsi, le doute que veut laisser planer Épiphane, l'usage de l'appellation ébionites et la disparition de l'appellation nazaréen à partir de la fin du IIe siècle, peuvent s'expliquer tout autrement que ne le fait Mimouni. En effet, il était probablement extrêmement génant d'attirer l'attention sur le fait que ce groupe, avec ses pratiques différentes puisque ses adeptes respectaient les prescriptions de la Torah, dont l'ancienneté ne pouvait pas être contesté, portait le même nom que celui donné à Jésus dans les évangiles.

Les Nazaréens du Ier siècle n'ont rien à voir avec ceux du IVe siècle

J. Munck définit les nazôréens des IVe ‑ Ve siècle comme des hérétiques aux tendances judaïsantes n'entretenant aucune filiation avec ceux du Ier siècle[41],[42]. Pour lui, comme pour R. A. Pritz les témoignages d'Epiphane et de Jérôme permettent de conclure que « l'orthodoxie » (c'est-à-dire les points de vue de l'Église de Rome) « caractèrise déjà la communauté chrétienne de Jérusalem au Ier siècle qui à l'origine aurait été pure de toute « hérésie » - époque où, bien évidemment, les problèmes ne se posent nullement en ces termes[43]. »

Pour les tenants de cette position, il faut distinguer les écrits du Ier - IIe siècle (Évangiles, Actes des Apôtres), où Nazôréen ne serait qu'un titre ou une appellation désignant les chrétiens, des nazôréens dont parlent les hérésiologue chrétiens ultérieurement. Ils remarquent que ce titre est d'abord appliqué aux chrétiens par l'orateur juif Tertulle (Actes 24:5), mais que Hérode Agrippa II (Actes 26:28) utilise le terme " Chrétiens" qui selon les Actes des Apôtres avait d'abord été utilisé à Antioche (Actes 11:2). Le nom utilisé par Tertulle survit dans la dénomination rabbinique et dans l'hébreu moderne comme notzrim (נוצרים) un terme standard hébreu pour «chrétien», et aussi dans le Coran et l'arabe moderne que Nasara (pluriel de Nasrani "chrétiens"). Le mot arabe Nasara (نصارى) vient de la racine arabe "NSR" (ن ص ر).

Pour les tenants de cette position, «chrétien» serait le seul nom que les chrétiens auraient eux-mêmes accepté, le terme «Nazaréen» utilisé par Tertulle leur semble n'avoir jamais été adopté par les chrétiens. Toutefois, cette position semble difficilement conciliable avec le fait, que ce sont les évangélistes eux-mêmes qui antérieurement à l'écriture des Actes des Apôtres, reprennent ces appellations de « Nazôréen », ou « Nazarénien » pour appeler Jésus, sans jamais l'appeler Jésus de Nazareth.

Selon Simon Claude Mimouni, J. Munck est à peu près le seul à nier toute espèce de continuité entre le judéo-christianisme du Ier siècle et celui des siècles postérieurs[N 5]. M. C. de Boer estime que la continuité entre les nazôréens d'Epiphane et de Jérôme et ceux des Actes des Apôtres est indéniablement établie, notamment à cause de leur mention dans une des versions de la Birkat ha-minim.

De plus, pour soutenir sa position, J. Munck affirme que les apôtres n'étaient pas juifs. Ce qui est difficilement soutenable à la lecture des textes chrétiens eux-mêmes[N 6]. Il pense le prouver avec le prosélitisme du mouvement de Jésus à ses débuts, alors que selon lui le judaïsme n'est pas prosélite[1]. Pour la quasi totalité des autres spécialistes l'appartenance des nazôréens au judaïsme et leur respect des prescriptions de la Torah ne fait aucun doute.

Les Nazôréens au Ier siècle

La rivière du Jourdain où certains hadiths racontent que Jésus y rencontra Yahya ibn Zakariya (Jean-Baptiste fils de Zacharie)[44].

Le mouvement de Jésus naît dans la mouvance de Jean le Baptiste dans les années 30 dans la région Palestine. Le nazoréisme puise sa source en Judée dans deux groupes de disciples de Jésus présents à Jérusalem avant la destruction du Temple en 70, d'une part les jacobiens communauté liée à la figure de Jacques le Juste et, d'autre part les pétriniens qui se réfèrent à la figure de Pierre. Les Nazoréens seraient ainsi le premier groupe à avoir envisagé la messianité de Jésus de Nazareth[11]. La genèse du mouvement se confond avec la communauté chrétienne de Jérusalem[45].

Selon Simon Claude Mimouni, cette perspective a quelque peu été faussée par Epiphane de Salamine qui, le premier, les a considéré comme hérétiques, en les insérant dans sa liste hérésiologique[45]. Un point de vue contesté par J. Munck et R. A. Pritz, (voir Les Nazaréens du Ier siècle n'ont rien à voir avec ceux du IVe siècle).

Genèse du mouvement

Paradoxalement, les détails du début du mouvement (années 40 - 60) sont mieux connus que ce que devient le mouvement après la Grande révolte (66-70) et même après 60. Ceux-ci ont en effet été conservés dans des textes faisant partie du Nouveau Testament chrétien. Il s'agit des Actes des Apôtres et des lettres de Paul de Tarse connu sous le nom de saint Paul.

Avant le déclenchement de la Grande révolte (66-70), trois événements ont marqué non seulement la qehila (communauté) de Jérusalem, mais de fait l'ensemble du mouvement chrétien :

Mis à part le déplacement d'une partie de la communauté de Jérusalem à Pella vers 68, les textes chrétiens sont muets sur l'attitude des nazôréens et de leurs dirigeants pendant la Grande révolte, mais aussi dès la fin des années 50. Ainsi, on ne sait rien non plus, de leur positionnement par rapport aux événements qui ont conduit à cette révolte durant les années 60.

Le conflit d'Antioche et la réunion de Jérusalem

« Le conflit d'Antioche et la réunion de Jérusalem, que l'on date des années 48 - 50, peuvent être considérés comme les deux premiers épisodes connus de la longue saga de l'opposition, qui s'est développée à l'intérieur même du mouvement des disciples de Jésus, entre deux tendances : l'une maximalisant la portée de l'observance de la Torah, avec Jacques et Pierre comme figures principales, et l'autre la valeur de la croyance au Messie, avec Paul essentiellment — les autres péripéties ont été conservées dans les lettres de Paul en Ph 3 et en 2 Co 10-13[47]. »

Paul rapporte de façon assez détaillée, mais naturellement de son point de vue, ce conflit et la réunion de Jérusalem dans une lettre écrite aux communautés de Galatie, probablement la communauté d'Éphèse, dans les années 54-55[46] », alors que le « document paulinien » qui a servi à rédiger cette partie là des Actes des Apôtres date d'une trentaine d'années après les faits.

La réunion de Jérusalem

Reconstitution de la ville de Jérusalem à l'époque de Jésus (vue de l'enceinte fortifiée dans le secteur de l'Ophel).

Le conflit d'Antioche, ne vient pas à proprement parler de divergences avec ce que l'on peut appeler la théologie de Paul de tarse (saint Paul), qui semble se développer ultérieurement, mais d'un phénomème nouveau, qui est l'apparition d'adeptes du mouvement de Jésus, venant directement du paganisme et donc appelés « païens[N 3] » dans les lettres de Paul et les Actes des Apôtres. Il est facile de comprendre que l'observance de la Torah par ces chrétiens d'origine Polythéiste et notamment la question de la circoncision, déjà problématique médicalement pour un adulte à l'époque, mais en plus interdite pour un non-juif dans la société romaine puisque considérée comme une mutilation, soit devenue une question épineuse.

Lors de la réunion de Jérusalem, l'observance de la Torah par les chrétiens d'origine Polythéiste est examinée[46]. Selon Simon Claude Mimouni, « la question de la circoncision, notamment est posée par des pharisiens devenus chrétiens. Elle est examinée par les apôtres et les anciens (Presbytres) en présence de la communauté. Elle est résolue par Pierre qui adopte le principe suivant : Dieu ayant purifié le cœur des païens par la croyance en la messianité de Jésus, il ne faut plus leur imposer le « joug » de la Torah. Jacques accepte la proposition de Pierre[48]. »

Toutefois, Jacques le Juste est inquiété par des problèmes pratiques, qui naîtront dans les communautés[48] comportant à la fois des « adeptes de la Voie » (juifs) et ce que l'on pourrait appeler des « adeptes de Chrestos » (Païens ou plutôt Polythéistes[N 3]), souvent appelées « communautés mixtes » par les spécialistes.

Pour respecter l'obligatoire « pûreté » exigée par l'orthopraxie juive, « il ne faut pas que les chrétiens d'origine juive aient à craindre de souillure légale lorsqu'ils fréquentent les chrétiens d'origine Polythéiste[N 3]. Il propose par conséquent sa décision à l'assemblée de la communauté et enjoint de la notifier aux chrétiens d'origine païenne par lettre : il faut que ces derniers observent un minimum de préceptes en s'abstenant des souillures de l'idolatrie, de l'immoralité, de la viande étouffée et du sang[48]. »

Le conflit d'Antioche

Dans les Actes des Apôtres[49], à la suite de cette réunion, une lettre écrite par « les colonnes » et les anciens et de la communauté de Jérusalem est envoyée aux communautés d'Antioche, de Syrie et de Cilicie et probablement portée par ceux qu'une lettre de Paul appelle les « envoyés (Apostolos) de Jacques »[50]. Il y est demandé aux destinataires d'observer le compromis défini par Jacques. Cette lettre contient probablement les quatre clauses que la tradition chrétienne appelle le Décret apostolique[51] et dont voici l'une des versions:

« L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de vous en garder. Adieu[52]. »

Selon Simon Claude Mimouni, ce décret « pose de nombreux problèmes d'ordre littéraire et historique[51] ». Il semble, au vu de la narration de l'incident d'Antioche contenue dans une lettre de Paul[50], que « l'observance de ces quatre clauses a pour objectif de résoudre la question de la communauté de table entre les chrétiens d'origine juive et les chrétiens d'origine païenne[51] », même s'il n'en est fait aucune mention dans le décret que nous connaissons[N 7]. ».

Les envoyés (apôtres) de Jacques, sont Silas et Juda Barsabbas, un important personnage puisqu'il est probablement le frère de Joseph Barsabbas un personnage du même rang que ceux du « groupe des douze ». Le tirage au sort, lui a simplement préféré Matthias, lorsqu'il a fallu remplacer un Juda. La tradition chrétienne a retenu son surnon Barnabbé, formé à partir d'un jeu de mot sur son nom: Barsabbas donnant Barnabbas (Barnabbé), qui veut dire « fils d'encouragement ».

La venue de ces « envoyés de Jacques », à Antioche, avec probablement des directives orales, provoque un bouleversement dans les habitudes des communaués chrétiennes de la ville. En effet, les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens avaient pris l'habitude de prendre les repas symbolisant l'Eucharistie en commun. Ce à quoi met fin, la venue de Barnabbé et Silas, munis des directives de Jacques. Cela ne se passe pas sans émoi, Paul de Tarse prend même violemment à partie l'apôtre Simon-Pierre et en vient à le traiter d'hypocrite.

Nous vous avons donc envoyé Juda Barsabbas et Silas, qui vous transmettront de vive voix le même message.

« Les événements d'Antioche et de Jérusalem représentent les premières traces connues d'un débat sur l'interprétation de la Torah) en fonction de la reconnaissance du Messie — débat qui ne va cesser de se déveloper, de manière parfois très vive, durant plus d'une decennie entre Paul et ses opposants[51]. »

Le conflit d'Antioche et la réunion de Jérusalem ont eu une incidence considérable sur les rapports entre les deux tendances principales — les jacobiens/pétriniens d'une part et les pauliniens d'autre-part —, qui donneront par la suite naissance au judéo-christianisme et au pagano-christianisme[53].

Par ailleurs, l'attitude tranchante et véhémente de Paul dans certaines de ses lettres à la suite de ces divers événements et de bien d'autres qui se sont produits en Asie et en Grèce a peut-être fourni, à ceux qui sont demeurés insatisfait de l'accord de 48-49 ou de 49-50, une raison de le considérer comme rompu par lui, le précipitant, lors de sa visite à Jérusalem en 58, dans les turpitudes des prisons et des procès qui vont le conduire de Jérusalem à Rome (aux dires en tout cas de Ac 21, 27-28, 31)[54].

La dernière rencontre de Jacques le Juste et de Paul à Jérusalem

Dans les Actes des Apôtres[55], il est rapporté que lors de son dernier séjour à Jérusalem, Paul a été accueilli très froidement par Jacques le Juste, le chef de la communauté, et les anciens. Ceux-ci lui font savoir que, selon des rumeurs, il a enseigné aux juifs de la diaspora l'« apostasie » vis-à-vis de « Moïse », c'est à dire le refus de la circoncision de leurs enfants et l'abandon des règles alimentaires juives. Jacques et les anciens suggèrent à Paul un expédient qui doit montrer aux fidèles son attachement à la Loi, puis lui cite les clauses du « décret apostolique » émis pour les chrétiens d'origine païene, que Paul n'a pas remplies[54]. » Une « rumeur » confirmé par le contenu de ses épîtres, telles qu'elles figurent dans le Nouveau testament.

Un mouvement de contestation houleux, soulevé par des juifs d'Asie entraîne l'arrestation de Paul alors qu'il se trouve dans le Temple[56],[57]. « Apparemment, Jacques et les anciens ne font rien pour lui venir en aide, ni pour lui éviter son transfert à Césarée puis à Rome[57].  »

« Cet incident montre un certain durcissement du groupe de Jacques le Juste en matière d'observance, et qui aboutira quelques années plus tard, en 66, à une révolte armée des juifs contre les armées romaines[57]. »

L'exécution de Jacques le Juste à Jérusalem

« Jacques a été exécuté par lapidation en 62 sur ordre du grand prêtre Ananius pendant la période d'anarchie qui a régné à Jérusalem après la mort du procurateur romain Festus (60 – 62) et avant l'arrivée de son successeur Albinus (62 – 64)[57]. »

S. C. Mimouni fait observer que ce n'est pas le premier chrétien d'origine juive à être exécuté à Jérusalem, les Actes des Apôtres parlent en effet de la mort d'Étienne, mais qui ressemble plus à un lynchage auxquels des grand-prêtres se prêtent. Le même livre mentione aussi « le meurtre de Jacques, frère de Jean, par l'épée » sur l'ordre d'Hérode, probablement Hérode Agrippa Ier.

L'exécution de « Jacques, frère de Jésus, appelé Christ » est mentionnée « par Flavius Josèphe[58], mais aussi par de nombreuses sources chrétiennes transmises par Eusèbe de Césarée[59] ou indépendantes de lui, notamment les Ascensions de Jacques — texte de provenance ébionite transmis dans les Reconnaissances[60] — , où Paul, désigné par l'expression « homme ennemi », joue un rôle important dans la mort de Jacques[57]. »

« Ananius, qui appartient au courant Sadducéen, a sans doute pensé rendre service à Rome en supprimant Jacques, car il a dû estimer qu'il est alors sous influence des Zélotes — son initiative a été mal appréciée, et lui a valu d'être destitué de sa charge de grand prêtre[61] » à la demande du nouveau procurateur romain sitôt entré en fonction[61]. Pierre-Antoine Bernheim se pose la question: « Qui était donc Jacques », dans la société de Jérusalem ? En effet, pour que cette exécution provoque le renvoi du Grand-Prêtre qui venait à peine d'être nommé, il faut que Jacques ait été un personnage considérable[62].

« L'exécution de Jacques montre l'influence du mouvement nazôréen à cette époque, et sa perception comme un danger par les autorités du Temple de Jérusalem qui sont saducéennes[61]. »

« La figure de Jacques a été diversement exploitée, aussi bien par les chrétiens d'origine juive que d'origine païenne. On la retrouve dans des écrits nazôréens et ébionites, mais aussi dans des écrits gnostiques de Nag Hammadi — ce qui montre son emploi polysémique[61]. »

La migration à Pella de la Qehila de Jérusalem

L'élection de Siméon de Clopas

Localisation géographique du mouvement

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Il n'y a aucune raison de limiter les nazôréens à la seule communauté de Jérusalem, comme R. A. Pritz est enclin à le faire, et ce autant pour le Ier siècle que pour les siècles suivants[63]. Selon les écrivains chrétiens des premiers siècles, vers 68 en pleine révolte juive, la totalité ou seulement une partie de la Qehila de Jérusalem se serait réfugiée à Pella. Il est probable qu'après la défaite et la destruction du Temple de Jérusalem (70), une bonne partie de ceux qui avaient migré soient revenus dans la ville. Cela semble le cas pour deux dirigeants du mouvement: Siméon de Clopas, un parent de Jésus qui aurait été nommé peu après 70, « évêque » de Jérusalem; Théboutis un autre dirigeant du mouvement nazaréen qui aurait développé des conceptions différentes du premier.

Selon Epiphane de Salamine

An old map superimposing historical features in relationship to the then-current walled Old City of Jerusalem with the southeast ridge labeled as, Akra or Lower City
Carte de Jérusalem de 1903. L'Ophel est situé au sud du Temple (« HARAM AREA » sur la carte). Il débutait au sud du mur sud du Temple de Jérusalem.

« D'après Epiphane de Salamine, les nazôréens, du moins au IVe siècle, sont présents en trois lieux : Bérée en Syrie — lieu mentionné aussi par saint Jérôme, près de Pella en Décapole et à Khochab en Basanitide. Or le même Epiphane mentionne aussi des ébionites à Pella et Kokhab — ce qui a fait dire à certains critiques qu'en associant ces lieux il semble ainsi assimiler pratiquement les nazôréens aux ébionites[63]. »

On ne dispose pas d'autre témoignage que celui d'Epiphane, toutefois deux autres documents permettent de localiser des synagogues judéo-chrétiennes à Nazareth ainsi que sur le mont Sion à Jérusalem (IVe siècle).

Article détaillé : [[Nazareth, éléments d'histoire]].
  • Au VIe siècle, un pèlerin anonyme de la ville de Plaisance décrit la visite qu'il a faite à la synagogue de Nazareth[N 8]. Des détails du récit du pélerin permettent d'identifier clairement cette synagogue, comme judéo-chrétienne voire comme Nazaréenne[N 9].

Le Golan

Outre la synagogue du mont Sion, des recherches archéologiques ont permis d'identifier une autre synagogue judéo-chrétienne à Farj dans le Golan. Dans ce massif, indépendamment du site prestigieux de Gamla, les ruines de nombreuses implantations juives présentes au Ier siècle ont été identifiées, ainsi que dix sept synagogues[68],[69]. De cet ensemble se dégagent les deux sites de Farj et Er-Rahmaniyye, habités semble-t-il par des nazôréens[70]. Selon toute vraisemblance, alors que données archéologiques et textes littéraires tendent à prouver une désolation de la région par les forces romaines après la chute de Gamala à l'automne 67, une nouvelle implantation de population s'est produite après 135. Probablement qu'à la suite de la destruction de Jérusalem et l'interdiction à tout Juif d'y pénétrer (135), les habitants de Juda se replièrent vers le nord et s'implantèrent en Galilée et sur le Golan[71]. Ils disparaissent selon toute vraisemblance au cours du Ve siècle, victimes sans doute des mesures de rétorsion du courant catholique fort de l'appui du pouvoir impérial[71]. Une partie d'entre-eux s'est probablement réfugié en Perse sassanide, où pourtant les nazôréens et les elkasaïtes étaient aussi soumis à de fortes pressions pour se convertir au zoroastrisme[N 10].

Kaukab « au pays de Damas »

Carte du Liban et de la Syrie avec Damas (CIA 2002)

Il a été avancée l'idée que la communauté qui a rédigé le fameux Document de Damas et n'a pas résidé à Damas, mais « au pays de Damas »[72] aurait précisément vécu à Kokaba/Kaukab près de Damas, du fait de la réminiscence messianique du toponyme en rapport avec le prophétie de Balaam[73] utilisée à plusieurs reprises dans les écrits de la secte du Yahad dont une cinquantaine d'écrits ont été retrouvés dans des grottes prés de Qumrân[74]. Ce serait selon cette hypothèse, parmi ces sadocites que se serait constitué une Qehila (communauté) nazôréenne dans les premières années qui suivirent la disparition du Rabbi Jésus. Dans la même ligne, certains y ont localisé la « conversion » de Paul. Les sources littéraires chrétiennes, en l'occurrence Jules l'Africain[75] et Épiphane, évoquent le site de Kokaba comme lieu d'habitation des parents de Jésus[71] ?

Ce Kokaba qu'Épiphane localise auprès de Karnaïm et d'Asteroth au pays de Bashân[76] sur la plateau du Golan est probablement le lieu appelé aujourd'hui Kaukab, à 18 km au sud-ouest de Damas. En effet, dans son Onomasticon[77], Eusèbe cite le village de Kauba près de Damas « où il y a des juifs appelés ébionites qui croient en Jésus Christ »[78].

Article détaillé : Minim.

Bagatti relève aussi dans la région de Damas, un certain nombre de villages dénommés Menim, toponyme qui pourrait renvoyer à des communautés de minim[79]. Kaukab aurait constitué aux Ier et IIe siècle une place forte des disciples de Dosithée et de Simon le Mage[78].

Richard Bauckham fait remarquer que les nazôréens se sont établis dans des lieux dont les noms possèdent des résonances messianiques : Nazareth en référence à netzer[80] et Kokhav qui veut dire étoile[N 11], évoque celle de la prophétie de Balaam[73] et doit être rapproché du leader de la seconde révolte, Shimeon bar Kokhba. Il rejoint ainsi ce qu'avait noté Jean Danielou pour plusieurs site s'appelant Kokhav et où les écrivains chrétiens semblent situer la présence de nazôréens ou d'ébionites[81],[78].

François Blanchetière conclut en rappelant « dans ce contexte ce verset de l'Apocalypse de Jean à forte coloration messianique : « Je suis le rejeton-(nètzer) de la race de David, l'étoile-(kokhav) radieuse du matin[82] »[78]. »

Dans l'espace Perse

Article détaillé : Elkasaïtes.

Lors de l'invasion de l'Empire Parthe par Trajan (114-116), un homme appelé Elkasaï faisant état d'une révèlation, fonde un nouveau mouvement qui joint la communauté auquel il appartenait (probablement des nazôréens) à des Osséens (Esséniens) pour fonder un mouvement que les hérésiologues chrétiens appellent elkasaïte[83],[84]. Ce mouvement qui couvre une aire géographique importante, indiquent que des communautés nazaréennes existaient dans l'espace perse, probablement en Adiabène, au nord de l'Empire Parthe et au sud de l'Arménie au début du IIe siècle[85].

Il convient de rappeler que de très nombreuses sources mentionnent que les Apôtres, Juda Thaddée, Juda Thomas, bar tolmay (probablement barthelemy), voir même Jésus après sa crucifixion par Ponce Pilate, ont évangélisé ces régions et en particulier le sud de l'Arménie, l'Adiabène (Edesse, Nisibe) et le nord de l'Empire Parthe jusqu'à Ctésiphon, dès les années 30-40[86]. Les rois Abgar V d'Edesse, Izatès II d'Adiabène et leurs familles s'étant convertis au judaïsme au début des années 30[87],[88],[89]. Les sources en notre possession indiquent que la prédication de ces apôtres a été reçue de façon bienveillante par ces monarques[86].

Dans la péninsule Arabe

Carte montrant la région du Hedjaz (contours en rouge).

Shlomo Pines ainsi que d'autres chercheurs, soutiennent que les judéo-chrétiens (nazôréens ou ébionites) ont survécu dans la péninsule arabique au delà du XIe siècle. Ils s'appuient sur les textes de l'historien Abd al-Jabbar ibn Ahmad et les identifient à la secte que celui-ci y a rencontré aux alentours de l'an 1000[90].

C'est ce que semble confirmer au siècle suivant, le Sefer Ha'masaot, un livre de voyages écrit par Benjamin de Tudèle (mort en 1173), un rabbin d'Espagne, qui rencontre encore ces communautés, notamment dans les villes de Tayma and Tilmas[91].

L'historien musulman du XIIe siècle, Muhammad al-Shahrastani mentionne des juifs vivant à proximité de Médine et Hedjaz, qui acceptent Jésus comme prophète et suivent les traditions du judaïsme, rejetant les vues chrétiennes catholique ou orthodoxe[92].

Certains savants soutiennent qu'ils ont contribué à l'élaboration de la vision islamique de Jésus/Îsâ grace aux échanges avec les premiers musulmans[93],[94].

Dans le Sud-Ouest de l'Inde et au Cachmire

L'état du Kérala en Inde.
Article détaillé : Chrétiens de saint Thomas.

Faut-il compter au nombre des nazôréens les communautés, localisées dans le sud de l'Inde, dont sont issues ceux que l'on appellent aujourd'hui les Chrétiens de saint Thomas ? Cette communauté chrétienne parle le malayalam et ses membres s'appellent eux-mêmes les « Nazaréens ». Elle est encore aujourd'hui très proche du judaïsme, malgré l'enrôlement et la "romanisation" forcée dont ils ont été victimes à partir de la fin du XVIe siècle. Elle avait des relations commerciales avec les Nestoriens de l'île de Socotra.

Ces communautés sont très anciennes et antérieures au IIIe siècle. Leurs traditions font remonter leur existence au Ier siècle. Elles auraient été fondées par l'apôtre Thomas. Jésus lui même aurait participé à cette évangélisation, après sa crucifixion sous Ponce Pilate, dont il serait sorti vivant (théorie dite de l'évanouissement).

Découverts avec surprise au XVIe siècle par Vasco de Gama, cette communauté subit une "romanisation" forcée, après que toute la contrée fut passée sous le contrôle des Portugais. En 1599, les Chrétiens de saint Thomas furent placés de force sous la juridiction de l'Église de Rome[95]. C'est l'origine de l'actuelle Église catholique syro-malabare. Malgré les protestations et la résistance, les livres sacrés de l'anciennne Église malabare ainsi que d’antiques manuscrits liturgiques seront brûlés, sur l'ordre de l’archevêque de Menendez[96], œuvre poursuivie par ses successeurs.

Rappelons que dans les traditions chrétiennes, l'apôtre Thomas (Juda Thomas) a évangélisé différentes contrées dont l'Inde.

Les mandéens, baptistes d’Iran et d’Irak

Articles détaillés : Mandéisme et Mandéens.

Les mandéens d'Irak se désignent sous le nom de nasaréens et affirment qu'ils trouvent leur origine à Jérusalem, d'où leurs lointains ancêtres se seraient enfuis. Ils pourraient être issu de la communauté qui s'est formée autour de Jean Baptiste et de ceux qui ne se sont pas ralliés à Jésus. Ils reconnaissent Jean Baptiste comme le seul prophète et considère Jésus, puis Mahomet, comme des usurpateurs.

La « secte » mandéenne a été révélée en 1652 par un missionnaire carme, qui décrivait ses membres sous le nom de «chrétiens de saint Jean»[97]. C'est une religion gnostique et baptiste. Le terme mandéen a un rapport avec la gnose (manda, en araméen). Les Mandéens sont nommés Mandaiuta en mandéen (un dialecte de l'araméen), et en arabe Mandā'iyya مندائية. D’après l’étymologie, les «mandéens» (mandaya) seraient les hommes de la connaissance (manda), mais ils se désignent eux-mêmes d’un autre nom, celui de "nasoraia" ("nazoréens")[97]. D'après André Paul: « la secte gnostique des mandéens, dans ses Écritures rédigées dans un dialecte araméen oriental, se nommait indistinctement mandayya ou nasôrayya [98]. » Un troisième nom leur est attribué, celui de sabéens,Sabiens ou sabaya صابئة («baptistes»)[N 12], qui souligne l’importance prise dans cette « secte » par les rites du baptême. C’est de cette troisième appellation que les auteurs musulmans se servent de préférence.

André Paul et Simon Claude Mimouni estiment que les Mandéens sont membres du seul courant vraiment baptiste qui a persisté jusqu'à nos jours[99]. Tous deux mentionnent la possibilité que ce courant soit un héritier du mouvement Elkasaïte[100],[99].

Ils ne semblent donc pas issus des nazôréens qui ont reconnu Jésus comme Messie dont parle cet article. Il est néanmoins intéressant de noter qu'ils se nomment ainsi.

État des sources

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Les Nazôréens ou Nazaréens sous leur nom sont attestés explicitement de manière indirecte à partir de la seconde moitié du Ier siècle dans les écrits du Nouveau Testament, et aux IVe et Ve siècle dans les textes des Pères de l'Eglise[8],[1] et même au IXe siècle[9].

Le peu que nous savons sur les nazôréens (et les ébionites) provient de références critiques rédigées par les Pères de l'Église[101] qui les considéraient comme des « judaïsants » et des « hérétiques »[102]. Le Panarion d'Épiphane de Salamine suit le Syntagma d'Hippolyte de Rome (début du IIIe siècle) et le Contre les hérésies (Adversus haereses) d'Irénée (fin du IIe siècle).

Sources directes ?

Selon Simon Claude Mimouni, pour le Ier ‑ IIe siècle, « on dispose des Actes des Apôtres qui donnent un certain nombre d'informations sur les chrétiens d'origine juive de Jérusalem, ainsi que les épîtres de Paul de Tarse qui rapporte ses démêlés avec eux ou du moins avec ceux se réclamant de Jacques le Juste[103]. »

Parmi les textes chrétiens, certaines lettres de Paul de Tarse (saint-Paul) ont toutefois un statut particulier, sept d'entre-elles sont en général reconnues pour avoir été écrites par lui. Toutefois la critique hésite à leur conférer un total caractère documentaire, car elles semblent bien avoir été retouchées ultérieurement.

François Blanchetière rappelle les travaux de Marie-Émile Boismard et Arnaud Lamouille, qui parviennent à identifier quatre documents qui auraient permis à leur auteur, d'écrire les Actes des Apôtres. Pour sa part, écrivant sur les nazôréens, il considère comme source directe uniquement la partie tirée du « document pétrinien », appelé « document P »[104],[N 13]. Certainement d'origine palestinienne, ce « document P » pourrait émaner de « cercles fortement influencés par la culture grecque [à savoir] des juifs convertis qui étaient déjà de culture grecque » et qui utilisaient la septante. « Pour l'auteur du « document P », Jésus est avant tout le serviteur de Dieu annoncé par un lointain disciple d'Isaïe (Is 53, 13) »[104].

Sources juives

Article détaillé : Birkat haMinim.

Les nazôréens sont aussi attestés dans la littérature juive sous le nom notzrim et notamment dans la Birkat haMinim. Ils sont aussi évoqués à plusieurs reprises dans le Talmud palestinien, pour inciter les juifs à n'avoir aucun contact avec eux.

« Il est aussi question des nazôréens (notzrim) dans plusieurs passages de la littérature rabbinique dans laquelle on ne paraît pas pouvoir distinguer entre eux et les ébionites ou elkasaïtes — pour les pharisiens et rabbanites, ils sont simplement des chrétiens d'origine juive dont la fréquentation est à éviter[105]. »

Sources chrétiennes

Hippolyte de Rome (fin du IIe siècle) puis Tertullien[1] (début du IIIe siècle), indiquent que nazaréen était la plus ancienne dénomination des disciples de Jésus[2].

Apparition des Ébionites, les Nazôréens disparaissent

La plupart des auteurs les reconnaissent aussi dans des textes des pères de l'Eglise, où leur nom n'est pas mentionné explicitement, en commençant par le « Dialogue avec Tryphon[3] » d'Ignace d'Antioche (début du IIe siècle), puis chez Origène[4] et Eusèbe de Césarée[5],[6].

Selon Simon Claude Mimouni, « Origène[4] et Eusèbe de Césarée[5],[6] usent de la dénomination d'ébionites quand ils parlent des chrétiens d'origine juive, mais en prenant soin de distinguer entre les orthodoxes et les hétérodoxes — les premiers sont à identifier aux nazôréens[6]. »

Les Nazôréens hérétiques

Dans la littérature reconnue par l'Église de Rome, « il faut attendre la seconde moitié du IVe siècle pour voir réapparaître ces chrétiens d'origine juive, du moins sous le nom de « nazôréens »[6]. » Les autorités ecclésiastiques considèrent toutefois que ces nazôréens là sont hérétiques et n'ont rien à voir avec ceux dont on parle aux Ier ‑ IIe siècle.

« Eusèbe de Césarée[106], pour sa part, emploie parfois le terme « hébreux » pour désigner les chrétiens d'origine juive, notamment quand il s'agit de ceux qui semblent de la tendance orthodoxe — ces derniers sont en tout points comparables aux nazôréens du Ier et des IVe ‑ Ve siècle[6]. » Toutefois, « la plupart des informations sur les chrétiens d'origine juive de Jérusalem d'Eusèbe de Césarée, dans son Histoire ecclésiastique, proviennent des Mémoires d'Hégésippe (un auteur chrétien d'origine juive écrivant dans la seconde moitié du IIe siècle)[6]. »

Les connaissances des uns ne sont pas obligatoirement indépendantes des écrits des autres, ainsi pour les cinq premières notices sur les 80 hérésies qu'il recense, Épiphane reproduit exactement la liste d'Hippolyte de Rome[107],[N 14]. Bien qu'il ait fait un voyage à Jérusalem, il est tout à fait possible qu'Épiphane n'ait jamais rencontré un Ébionite ou un Nazôréen. Néanmoins, « la source principale sur les nazôréens est la notice 29 du Panarion d'Epiphane de Salamine ainsi qu'un passage, le paragraphe 13, de la Lettre 112 de saint Jérôme[6]. »

Témoignage mazdéen

Dans l'espace perse, une des quatre inscriptions de Kartir, qui exerce alors les fonctions de mōwbedan (sorte de prêtre suprême) et qui remonte au règne de Vahram II (277-293), mentionne les « nazôréens ». Elle est toutefois considérée par la plupart des critiques, comme faisant références aux Elkasaïtes[108], plus nombreux que les nazôréens dans la région, à cette époque.

Histoire et analyse d'une dénomination

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Pour désigner leur mouvement, les disciples de Jésus semblent d'abord avoir parlé de la « Voie du Seigneur », ou simplement « la Voie ». Ce qui semble confirmer qu'ils se considéraient comme une Voie, à l'intérieur du judaïsme. Alors que les langues occidentales ne connaissent que des traductions du grec christianos (chrétien), en milieu araméophone comme c'était le cas en Palestine au Ier siècle, les plus anciennes dénominations de Jésus furent « Galiléen », le très complexe déterminatif min et surtout notzri (Nazaréen)[13].

« Galiléen », min et christianos sont des appellations qui viennent de l'extérieur et qui ont un fort contenu péjoratif. Pour l'appellation « notzri » François Blanchetière s'interroge: « S'agit-il d'un nom que les nazaréens se donnent, ou bien d'une dénomination qui leur a été imposée de l'extérieur ? » Étudiant l'ensemble des écrits chrétiens qui abordent la question de cette dénomination[12], Blanchetière estime qu'il n'est pas aisé de répondre à la question[12], mais conclut toutefois que « notzri et christianos », éventuels « sobriquet ou marque politique, concrétisant au départ, le regard de l'Autre[14] », pourraient ensuite avoir « été revendiqués comme dénomination propre et titre d'honneur[14]. »

Épiphane nous apprend que les nazôréens ont été, pendant un temps, appelés Isséens[25] et François Blanchetière rappelle que « dans le Coran, Jésus est appelé « Îsâ »[25]. »

Attestations initiales

« Le terme « nazaréen » sous sa double orthographe nazôraios/nazarènos figure à vingt deux reprises dans le Nouveau Testament[109]. » Les premiers textes où apparaît l'appellation Nazoréen sont les évangilesJésus est appelé « le Nazôréen » (o Nazôraios) à quinze reprises[110] et six fois « Jésus le Nazarénien »[111],[109].

La sixième béatitude (Matthieu 5:8) d'une bible en syriaque oriental (peshitta).
Tuvayhon l'aylên dadkên blebhon: dhenon nehzon l'alâhâ.
'Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu!'
Article détaillé : Birkat haMinim.

L'existence des Nazôréens est attestée très tôt chez les juifs par la Birkat haMinim (années 90), qui contient une malédiction à l'encontre des opposants aux idées pharisiennes et rabbanites au nombre desquels ils sont comptés sous l'appellation de notzrim (nazôréens)[11].

Le terme de notzri était apparu auparavant à plusieurs reprises dans des textes du mouvement du Yahad (que certains ont peut-être trop rapidement identifié aux Esséniens), notamment dans les Hymnes , retouvés avec d'autres manuscrits, dans des grottes à proximité de Khirbet Qumrân (Manuscrits de la mer Morte), pour symboliser la communauté de la Nouvelle Alliance[112]. Pour André Paul, le sens du mot était gardien et associé à Yahad (unité, alliance) pouvait se traduire par « gardien de [la nouvelle] Alliance »[113]. C'est la formulation qu'utilise le christianisme qui énonce qu'avec la venue de Jésus, une « Nouvelle Alliance » a été formée avec Dieu. On hésite toutefois à identifier le mouvement du Yahad comme un mouvement Nazôréen existant avant Jésus. Il en est de même pour le mouvement nasaréens (distinct des nazôréens) dont Epiphane de Salamine indique qu'il « existait avant Jésus et n'a pas (re)connu Jésus ».

L'appellation Nazôréens est aussi attestée dans les Actes des Apôtres, un des livres du Nouveau testament dans lequel Paul de Tarse (Saint Paul) est qualifié par les autorités juives de « chef de la secte des Nazôréens ». Dans ce livre, Jésus est aussi appelé à deux reprises « Jésus le Nazôréen ». Contrairement à ce que l'on pense souvent, l'appellation « Jésus de Nazareth » ne figure jamais dans les évangiles, on la trouve une fois dans un manuscrit des Actes des Apôtres (10,3), datant du IVe siècle.

Au début du IIIe siècle, l'Africain Tertullien (de Carthage) indique que « nazaréen a constitué la plus ancienne dénomination des disciples de Jésus[114],[2] ». Si on en croit Eusèbe de Césarée qui le cite dans son Onomasticon, on retrouve la même idée chez Hippolyte de Rome[115],[116],[2]. Par la suite, les écrivains chrétiens recensant les différentes hérésies en parlent régulièrement jusqu'au Ve siècle.

Ces écrivains des premiers temps du christianisme parlent aussi d'« évangile des Nazaréens », d'« évangile des Ébionites » et d'« évangile des Hébreux », sans que l'on arrive à déterminer s'il y a un, deux ou trois textes différents. Certains de ces évangiles figurent sur les listes d'évangiles apocryphes ou sur la liste d'évangiles à détruire, comme celle de l'évêque Athanase d'Alexandrie, un des pères de l'église catholique romaine. Cela explique probablement qu'ils aient totalement disparus aujourd'hui et ne soient connus que par quelques citations qu'en font les pères de l'église, souvent pour les dénigrer.

Article détaillé : Disputation judéo-chrétienne.

Dans les Talmuds, l'appellation Nazôréen ne figure qu'au pluriel : « notsrim ». Toutefois dans des versions du XIVe siècle pour lesquels la censure chrétienne n'avaient pas encore pu s'exercer totalement le mot figure au singulier. Il est utilisé pour désigner Jésus le Nazôréen, Yeshu haNotsri. L'Eglise catholique a depuis obtenu la suppression de la quasi-totalité de ces passages.

Étymologie et signification de l'appellation « Nazôraios »

Actes 15:22–24 extraits du Codex Laudianus datant du VIIe siècle, conservé à la Bodleian Library, écrit en colonnes parallèles en Latin et en Grec (Koinè).

Nazôréen est un substantif dont l'origine et la signification sont objets de controverses parmi les chercheurs[117]. L'étymologie du terme est discutée, ce nom est le même que celui donné à Jésus, Iesous o Nazoraios, Jésus le Nazôréen, à de nombreuses reprises dans les évangiles. Il est difficile de dire si les Nazôréens sont appelés ainsi à la suite du nom donné à Jésus, Iesous o Nazoraios, Jésus le Nazôréen, ou si au contraire Jésus est appelé ainsi dans les évangiles parce qu'il est nazôréen. La phrase grecque Iesous o Nazoraios (Ἰησοῦς ὁ Ναζωραῖος) peut s'entendre comme désignant une provenance comme dans Loukios o Kurenaios (Λούκιος ὁ Κυρηναῖος) "Lucius le Cyrénien/Lucius de Cyrène"[118], elle peut aussi s'entendre comme une appartenance à un groupe: celui des Nazôraios (Ναζωραῖος), des Nazôréens, sujet de cet article. Associé au nom de Jésus, Nazôréens peut aussi s'entendre comme une qualité ou un titre.

Selon certains chercheurs, il dériverait du mot hébreu nazir, signifiant « ascète », selon d'autres d'une racine hébraïque signifiant « observant scrupuleux ». Le terme a peut-être été lié à Nazareth afin de rappeler le village d'origine de Jésus. Le terme a été réinterprété symboliquement au sein du premier groupe de disciples pour insister et justifier la messianité de Jésus, en s'appuyant sur le verset d'Isaïe[80] qui évoque un « surgeon » - « netzer » en hébreu - qui doit surgir « de la souche de Jessé », le père de David[119]. Les premiers disciples étaient ainsi probablement des Juifs de stricte observance attendant le retour de Jésus en tant que messie[120].

La question d'une dérivation possible ou non de nazôraios à partir de Nazaret, pour des raisons strictement linguistiques, a fait l'objet de multiples travaux modernes. Il serait vain d'évoquer tous ceux que R. Pritz a regoupés dans sa bibliographie[121].

En se basant sur la Peshitta, une traduction des évangiles en syriaque par Rabbula, évêque d'Édesse (411-435), G. F. Moore rappelle pour sa part que le syriaque nasrayie ne doit rien au grec, mais dérive de l'araméen, il conclut : « Il n'existe aucun obstacle philologique à faire dériver nazôraios-nazarenos du nom de la ville de Nazareth[122]. » En effet, dans le syriaque de la Peshitta, les termes "secte des Nazaréens" et "Jésus de Nazareth" emploient tous les deux l'adjectif nasraya (ܕ ܢ ܨ ܪ ܝ ܐ), de Nasrat (ܢ ܨ ܪ ܬ) pour Nazareth[123][124][125]. Toutefois ce passage par la Peshitta ne convainc pas tout le monde. Selon Jacques Giri, les linguistes admettent que nazarenos peut signifier originaire de Nazareth, mais qu'en revanche ils soutiennent que nazôraios ne saurait signifier originaire de Nazareth et qu'il signifierait plutôt appartenant à un ensemble d'hommes qualifiés de nazôréens[126].

Simon Claude Mimouni conclut: « quant au lien avec la localité de Nazareth, il est difficile de trancher de manière significative, même si l'on peut penser qu'il pouvait renvoyer à la racine nsr qui signifie « observer »[127]. » « Quoi qu'il en soit, il y a un rapport entre les nazôréens et la manière de désigner Jésus comme nazôréen — surtout dans l'Evangile selon Jean, mais aussi dans les Evangiles synoptiques[127]. »

Nazôréens et Nazareth

Une vue de Nazareth

C'est à partir du IVe siècle que les auteurs chrétiens commencent à justifier l'appellation nazaréen donnée au Christ dans les évangiles à partir du nom de la ville de Nazareth. Le premier est Épiphane de Salamine qui, visiblement embarassé par l'accusation formulée à l'encontre de saint Paul d'être « le chef de file de la secte des Nazôréens » écrit vers 374-378 :

« Tout le monde à cette époque [référence à Ac 24, 5] appelait de ce nom les chrétiens, à cause de la ville de Nazareth et parce que, à cette époque, il n'y avait pas d'autre nom en usage[128],[2]. »

François Blanchetière s'interroge: « S'agit-il d'un renseignement connu de notre auteur, un judéen ne l'oublions pas, ou d'une de ses déductions à partir des textes néotestamentaires, nous ne pouvons le préciser. Toutefois, on peut rappeler que les sources rabbiniques des premiers siècles de notre ère parlent, rarement il est vrai, de Yeshu ha-Notzri et plus fréquemment de notzrim[2] ! »

Avant lui, d'autres auteurs chrétiens comme Hippolyte de Rome puis Tertullien[1], indiquent que nazaréen était la plus ancienne dénomination des disciples de Jésus[2]. Aucun ne mentionne que le nom de nazaréen vient de la ville Nazareth, que ce soit pour parler du mouvement nazaréen ou de l'appellation « Jésus le nazaréen ».

La première mention en hébreu de Nazareth se trouve dans une liste gravée du IIIe siècle ou au mieux du IIe siècle et retrouvée à Césarée maritime[129]. La première mention littéraire de la ville de Nazareth date aussi du IIIe siècle.

Nazareth: éléments historiques

« Le puit de Maryam » à Nazareth en 1917
Article détaillé : Nazareth.

On compte une seule mention de « Jésus de Nazareth » dans les manuscrits les plus anciens du Nouveau Testament (IVe siècle) (dans les Actes des Apôtres en 10,3: Jésus Christ o apo Nazareth). En effet, contrairement à ce l'on croit souvent, dans les évangiles Jésus est appelé Jésus le Nazôréen ou Jésus le Nazarénien, mais pas Jésus de Nazareth[109].

Selon Jacques Giri, l'évangile attribué à Luc évoque Jésus prêchant dans la synagogue de Nazareth et ses auditeurs furieux le poussant vers une falaise près de la ville. Or, il n'y a pas de falaise près de Nazareth et il est bien peu probable qu'il y ait eu une synagogue dans un aussi petit hameau[130]. Remarquons toutefois, que lors du même épisode raconté dans les évangiles selon Marc et selon Matthieu, le nom de la ville n'est pas mentionnée, il est seulement dit que Jésus est « dans sa patrie ».

La synagogue de Gamala de l'époque de Jésus. Elle contient un mikveh.

L'Évangile selon Marc dit que Jésus vient de Nazara, sans que l'on sache si cette Nazara est une ville et a fortiori si c'est Nazareth. Des synagogues datant du temps de Jésus ont été trouvées à Gamla, Jérusalem, Hérodion, et Massada, mais pas à Nazareth. De l'époque de Jésus, on a retrouvé des grottes que surmontaient des éléments construits[N 15],[N 16],[131]. Les grottes semblaient servir d'entrepôts ou d'étables. On ignore le nom du lieu à ce moment.

Parlant des mentions de Nazareth « égrenées au fil des évangiles », François Blanchetière invite à « les aborder avec beaucoup d'acribie, particulièrement les récits relatifs à l'enfance de Jésus dont les fondements historiques sont loin d'être assurés[129]. »

Le Midrash Qolet, un écrit du VIe siècle mentionne qu'au IIe siècle, des familles sacerdotales juives s'étaient installées dans la ville. Ce mouvement a peut-être eu lieu à cause de la destruction de Jérusalem et l'interdiction à tout juif d'y pénétrer après le défaite de la Révolte de Bar Kokhba (135), il a probablement contribué à la constitution d'un véritable village.

Au VIe siècle, un pèlerin anonyme de la ville de Plaisance décrit la visite qu'il a faite à la synagogue de Nazareth[N 17]. Celle-ci a clairement été identifiée par les spécialistes, comme judéo-chrétienne voire comme Nazaréenne[N 18]. On ne sait pas si la synagogue dont parle le pèlerin anonyme est celle qui a été retrouvée.

Nazôréen et évangile selon Jean

Selon Simon Claude Mimouni, « J.L. Martyn est le premier à avoir établi que le Sitz im Leben (l'arrière plan) de l'Évangile attribué à Jean a été le conflit et le débat avec les autorités juives à propos de l'identité messianique de Jésus » — la cheville de cette argumentation étant plusieurs passages de l'évangile de Jean[132], qui parlent de « l'expulsion des chrétiens d'origine juive de la Synagogue par les autorités pharisiennes/tannaïtes de la fin du Ier siècle[133],[134]. » J.L. Martyn estime que « l'évangile selon Jean est donc pour l'essentiel le produit littéraire et l'héritage de chrétiens d'origine juive, relevant ainsi de l'histoire du judéo-christianisme[134] »[135]. « M.C. de Boer, a récemment essayé d'identifier de manière plus précise les chrétiens d'origine juive qui sont aux fondements de l'élaboration de l'Evangile selon Jean en proposant notamment la thèse nazôréenne[136],[134]. »

« Le choix de cette thèse repose principalement sur le fait que dans cet évangile est mentionné un « Nazôréen » qui est Jésus lui-même, lequel est désigné trois fois de cette façon[137] — appellation que l'on trouve aussi deux fois dans Matthieu[138] et Luc[139], ainsi que six ou sept fois dans les Actes des Apôtres[140]. La dernière attestation dans l'Évangile selon Jean concerne l'inscription sur la croix qui porte : « Jésus le Nazoréen, Roi des Juifs[141] » — la précision de « Nazôréen » est absente des récits paralléles de Marc, Matthieu et Luc[134]. »

Dans l'Évangile selon Marc, qui a probablement servi de base aux évangile selon Matthieu et selon Luc, la forme nazôraios est absente, on ne trouve que la forme « Nazarénien »[142],[134]. De plus, ce nom de « Nazôréen » n'est jamais utilisé par ses disciples pour le désigner mais c'est le nom dont font usage ceux qui décident de son arrestation et de son exécution — en bref ce sont les principaux ennemis des chrétiens d'origine juive qui le connaissent comme « Jésus le Nazôréen »[134].

« Les arguments évoqués à l'appui de cette thèse sont :

  • les nazôréens forment la seule communauté chrétienne d'origine juive sur laquelle on ait des informations stables dans les sources les plus anciennes ;
  • les nazôréens sont également mentionnés dans le Nouveau Testament (une fois des les Actes des Apôtres en 24 5);
  • ils sont également mentionnés dans la littérature rabbinique (notamment la Birkat ha-minim)[143]. »

« M.C. de Boer conclut son étude par deux remarques substancielles :

  • les chrétiens qui sont à l'origine de l'Evangile selon Jean semblent avoir la même relation à la synagogue que les nazôréens — de ce fait les uns et les autres ne se considèrent pas comme « juifs », lesquels sont pour eux des ennemis ;
  • les chrétiens qui sont à l'origine de l'Evangile de Jean et les nazôréens ont été rejetés par les autorités juives non parce qu'ils ne respectent pas les observances mosaïques mais uniquement parce qu'ils affirment que Jésus est le Messie (voir Jn 9, 22 : « Ceux-ci [lesjuifs] étaient déjà convenus d'exclure de la synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Messie »)[144]. »

« Les chrétiens qui sont à l'origine de l'Evangile selon Jean ne se désignent jamais eux-mêmes comme des nazôréens, mais il est possible, comme M. C. de Boer le suggère, qu'ils aient été appelés nazôréens par les juifs — ce qui ne signifie pas qu'ils aient été originaires uniquement de la communauté de Jérusalem[144]. » La première appellation de Jésus lui-même, pouvant avoir été Jésus le Nazarénien, l'appellation Jésus le nazôréen étant intervenue plus tard, sous l'influence de cette désignation externe au mouvement.

Autrement dit, l'Evangile selon Jean, contrairement à ce qui est souvent affirmé, relève du patrimoine religieux du mouvement nazôréen à la fin du Ier ou au début du IIe siècle. Cependant, après leur expulsion de la Synagogue, dans le courant du IIe siècle, certains de ces nazôréens ont fait entrer leur Evangile dans les communautés chrétiennes d'origine païenne et même parfois dans certaines mouvances gnostiques, d'autres sont demeurés apparemment fidèles à leurs origines juives tout en se démarquant fortement des communautés d'obédience pharisiennes/tannaïtes[145].

Notes et références

Notes

  1. On retrouve ce mot en arabe sous différentes formes Natsraya ou Natsara. Au Proche-Orient on parle aujourd'hui de Mashihi-messianistes.
  2. « Alors que Justin parle des « mémoires des Apôtres », Papias vers 125, s'il faut en croire Eusèbe, qui apparemment le tenait en assez piètre estime pour ses vues millénaristes (Histoire ecclésiastique, 3, 39) et Irénée (Contre les hérésies, 3, 1, 1) parlent de Matthieu ayant rédigé en araméen et pour les Hébreux alors que Pierre et Paul annonçaient la bonne nouvelle (evangelium) à Rome (cf. Irénée). », cf François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 97.
  3. a, b, c, d et e Selon François Blanchetière, « Païen est un terme qui n'apparaît dans le sens qui lui est resté aujourd'hui qu'au IVe siècle, il est donc anachronique pour parler des origines du mouvement chrétien ; C'est de plus un terme typiqument chrétien. Il conduit en conséquence et subrepticement à adopter un point de vue christiano-centrique, à la différence du terme plus objectif et neutre polythéiste. » , cf. Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 150.
  4. Cette pratique, après avoir été précisée par la tradition rabbinique demeure en usage jusqu'à notre époque. cf Marcel Simon, 1964,, 28, n. 5.
  5. Pour S. C. Mimouni, « à l'évidence, l'hypothèse de J. Munck n'est pas acceptable: une simple étude de l'appellation des chrétiens d'origine juive, les nazoréens, dans les écrits canoniques et patristiques, voir dans les attestations rabbiniques, permet de se convaincre du contraire - il en ressort, en effet, qu'il s'avère difficile de dissocier les nazoréens des IVe ‑ Ve siècle du ceux du Ier siècle, d'autant que l'appellation est clairement attestée par Tertullien au début du IIIe siècle (Contre Marcion, IV, 8). » [cf Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, p. 127.]
  6. Selon François Blanchetière, la plupart des spécialistes, au contraire, estiment que « les premiers disciples du nazôréens furent tous juifs, de culture sémitique ou de culture hellénistique » et d'autre part « l'extension du nazôréisme s'est opéré en milieu juif. cf.François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 92. »
  7. Selon Simon Claude Mimouni, on admet en général que ce décret a été émis après la réunion de Jérusalem en l'absence de Paul qui paraît l'ignorer (1 Co 8, 10.) et n'en apprendre son existence que par Jacques lors de son dernier voyage à Jérusalem en 58 (A 21, 25). cf. Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 135.
  8. Plus précisément entre 560 et 570. cf. François Blanchetière, op. cit., p. 264.
  9. cf. par exemple Simon Claude Mimouni ou François Blanchetière: « Cette « Synagogue » n'est pas juive, mais « nazaréenne » puisque les « juifs » ne peuvent déplacer la poutre (sur laquelle Jésus est censé s'être assis lors de son enfance), opération que seuls les chrétiens peuvent accomplir », Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, Paris, 2001, p. 264.
  10. Une mention des « nazôréens » dans une des quatre inscriptions de Kartir, qui exerce alors les fonctions de mōwbedan (sorte de prêtre suprême) et qui remonte au règne de Vahram II (277-293), est en général considérée comme faisant référence à la fois aux nazôréens et aux elkasaïtes.
  11. Kokhav ou Kochab veut dire étoile et ce nom a d'ailleurs été donné à Beta Ursae Minoris.
  12. Terme englobant un certain nombre de croyants de religions considérées comme non idolâtriques, et non seulement les Sabéens du Yémen.
  13. « Pour reconstituer les premières décennies du proto-nazaréisme, nous aurons recours tout particulièrement à ce que Boismard et Lamouille appellent la « geste de Pierre » (Ac 1, 6-12.25 exception faite de l'inclusion 9, 1-30 qui relève de la geste de Paul) dont la source principale est un document — dit document P — vraisemblablement identique aux « mémoires de Pierre » mentionnées par Origène. » François Blanchetière, op. cit., p. 104.
  14. Partie Ébionites: « Dans cette partie de son ouvrage, Épiphane suit le Syntagma d'Hippolyte en gardant un œil sur l'Adversus haereses d'Irénée. Pour les cinq premières notices de ce groupe, il reproduit exactement la liste d'Hippolyte. » cf Aline Pourkier L'hérésiologie chez Épiphane de Salamine p. 103.
  15. Selon Jacques Giri, les fouilles sur l'actuel site de Nazareth n'ont mis à jour « aucune trace de ville, mais seulement un habitat rural du IIe siècle peut-être du premier. » Jacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme: enquête sur les recherches récentes, éd. Karthala, p. 136.
  16. Pour Etienne Nodet de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem « ce n'est pas très clair, pour ne pas dire d'avantage. »
  17. Plus précisément entre 560 et 570. cf. François Blanchetière, op. cit., p. 264.
  18. cf. par exemple Simon Claude Mimouni ou François Blanchetière: « Cette « Synagogue » n'est pas juive, mais « nazaréenne » puisque les « juifs » ne peuvent déplacer la poutre (sur laquelle Jésus est censé s'être assis lors de son enfance), opération que seuls les chrétiens peuvent accomplir », Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, Paris, 2001, p. 264.

Références

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  15. Is 11. 1
  16. François Blanchetière, « Reconstruire les origines chrétiennes : le courant « nazaréen » », in Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, n° 18, 2007, pp. p. 43-58, article en ligne
  17. Ac 1. 6, cité par François Blanchetière, op. cit.
  18. a, b, c, d et e Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 149.
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  36. Nouveau Testament, Paul de Tarse, Épître aux Galates, 2, 10.
  37. Voir A. Gelin, Les pauvres de Yahvé, Paris, 1953, pp. 96-97 (Les pauvres que Dieu aime, Paris, 1967, p. 90).
  38. Nouveau Testament, Paul de Tarse, Deuxième épître aux Corinthiens, 8, 9.
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  40. Voir J.M. Magnin, Notes sur l'ébionisme, dans Proche-Orient chrétien, n° 23 (1973), pp. 263-265 ; n° 24 (1974), pp. 225-250 ; n° 25 (1975), pp. 245-273 ; n° 26 (1976), pp. 293-318 ; n° 27 (1977), pp. 250-276 ; n° 28 (1978), pp. 240-248.
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  118. Wallace, D., Greek grammar beyond the basics
  119. François Blanchetière, « Reconstruire les origines chrétiennes : le courant « nazaréen » », in Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, n° 18, 2007, pp. 43-58, article en ligne
  120. Actes des Apôtres, Ac 1. 6, cité par François Blanchetière, dans « Reconstruire les origines chrétiennes : le courant « nazaréen ».
  121. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 138.
  122. G.F. Moore, Nazareth and Nazarene, dans The biginnings of Christianity, F.J.F. Jackson et K. Lake éd., 1920, Londres, vol. I, 426-432.
  123. Bruce Manning Metzger The early versions of the New Testament p86 - 1977 "Peshitta Matt, and Luke ... nasraya, 'of Nazareth'."
  124. William Jennings, Lexicon to the Syriac New Testament 1926 p143
  125. Robert Payne Smith Compendious Syriac Dictionary 1903 p349
  126. Jacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme, éd. Karthala, 2007, p. 132.
  127. a et b Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 132.
  128. Epiphane de Salamine, Panarion, 29, 6, 5.
  129. a et b François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 118.
  130. Jacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme: enquête sur les recherches récentes, éd. Karthala, p. 
  131. Voir aussi: Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Jésus contre Jésus.
  132. Nouveau Testament, Évangile selon Jean, 9, 22 et aussi 12, 42 et 16, 2.
  133. Voir J.L. Martyn, History and theology in the Fourth Gospel, New York, 1968.
  134. a, b, c, d, e et f Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 147.
  135. Voir J.L. Martyn, The Gospel of John in Christian History, New York, 1978, (recueil d'articles).
  136. Voir M.C. de Boer, cité dans Daniel Marguerat (éd), Les déchirements juifs et chrétiens au premier siècle, Genève, 1996, pp. 184-200.
  137. Nouveau Testament, Évangile selon Jean, 18, 5.7 ; 19, 19.
  138. Nouveau Testament, Évangile selon Matthieu, 2, 23 ; 26, 71.
  139. Nouveau Testament, Évangile selon Luc, 18, 37.
  140. Nouveau Testament, Actes des Apôtres, 2, 22 ; 3, 6 ; 4, 10 ; 9, 5 [?]; 22, 6 ; 28, 9.
  141. Nouveau Testament, Évangile selon Jean, 19, 19.
  142. Nouveau Testament, Évangile selon Marc, 1, 24 ; 10, 47 ; 14, 67 ; 16, 6.
  143. Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, pp. 144-146.
  144. a et b Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 146.
  145. Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, pp. 146-147.

Lien externe

Bibliographie



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