Origene


Origene

Origène

Origène

Origène (en grec ancien Ὠριγένης / Ôrigénês) est un Père de l'Église, né à Alexandrie v.185 et mort à Tyr v.253[1].

Il y eut aussi au IIIe siècle un autre Origène, philosophe néoplatonicien et païen, condisciple de Plotin et de Longin, avec lequel on l'a parfois confondu[1].

Sommaire

Biographie

Il naît en Égypte dans une famille chrétienne vers l'an 185. En 202, sous le règne de Septime Sévère, l'Église d'Alexandrie est persécutée et son père Léonidès meurt martyrisé[1] ; son fils assiste à sa mort par décapitation[1]. Il voulut le suivre dans le martyre, mais sa mère réussit à l'en empêcher en cachant ses vêtements. La mort de Leonidès laissait sans ressources une famille de neuf personnes car ses biens avaient été confisqués. Origène, cependant, devint le protégé d'une femme riche et haut placée ; mais, comme elle abritait déjà chez elle un hérétique du nom de Paul, il semble qu'Origène qui professait la plus stricte orthodoxie ne soit resté avec elle que peu de temps. Selon Eusèbe de Césarée, qui lui consacre le sixième livre de son Histoire ecclésiastique, Origène doit alors travailler pour faire vivre ses nombreux frères et sœurs ; Instruit dans les belles-lettres et les saintes Écritures, il enseigne la grammaire pour subvenir aux besoins de sa famille[1]. En 215, bien que très jeune, il succède à Clément d'Alexandrie à la tête de la Didascalée à l'École théologique d'Alexandrie (école catéchétique)[1]. Il se signale dès lors par une rigidité de principes et de mœurs qu'il pousse au point de se mutiler pour se soustraire à toute tentation[1].

Pour être entièrement indépendant, Origène vend sa bibliothèque pour une somme qui lui rapporte un revenu quotidien net de 4 oboles, qui lui suffisent en raison de son extrême frugalité. Il donne des leçons publiques à Césarée en Syrie[1] la journée, il consacre à l'étude de la Bible la plus grande partie de ses nuits menant une vie d'ascète rigide. Selon quelques traditions, il portait si loin ce souci que, puisqu'il enseignait à des femmes aussi bien qu'à des hommes il craignit que cette situation pût donner lieu au scandale pour les païens et il suivit à la lettre Matthieu 19:12 (« il y a des eunuques qui se sont faits eux-mêmes eunuques pour le royaume des cieux » et Marc, verset 9:43 (« si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la »), c'est-à-dire qu'il se châtra ; une telle action, si elle a vraiment eu lieu, était en partie, sans doute, due à ce qu'il croyait que le chrétien devait suivre l'enseignement de son maître sans la moindre réserve. Plus tard dans la vie, cependant, il vit des raisons qui auraient dû lui faire juger différemment avant de se décider à un tel acte. Dans son enseignement donné à Césarée, il regretta son geste qu'il attribua à l'erreur que constitue la lecture littérale des Écritures. La vérité historique de cette castration a été mise en doute par quelques disciples. On a supposé que c'était un racontar répandu par les rivaux d'Origène qui s'efforçaient de réduire son importance ou de souiller sa réputation. Il se rendit à Athènes pour secourir les églises d'Achaïe[1].

Il continue à étudier, notamment auprès d'Ammonius Saccas. En 230, il est ordonné prêtre à Jérusalem[1] mais son évêque, Démétrius, lui reproche ses mutilations qui selon les canons le rend inapte au sacerdoce. Malgré le soutien des évêques et une assemblée en concile, Démétrius, regardant son ordination comme irrégulière, destitue Origène de ses fonctions, l'excommunie et lui interdit le séjour de son diocèse[1]. Origène n'y rentre effectivement qu'après la mort de ce prélat[1]. En 231, Origène quitte Alexandrie pour Césarée, en Palestine, où il continue d'expliquer l'Écriture et où une nouvelle école prend corps autour de lui avec les élèves les plus remarquables (dont Grégoire le Thaumaturge).

En 250, sous le règne de Dèce, il subit la persécution et, bien qu'emprisonné et torturé[1], il ne cesse d'écrire pour encourager ses compagnons et composer son livre Contre Celse. Bien qu'il retrouve la liberté, il meurt peu après, vers 253, probablement des suites de ses blessures[1].

Selon saint Jérôme, il serait mort à Tyr, et aurait été enterré dans la cathédrale.

Il est considéré comme le père de l'exégèse biblique pour avoir commenté tous les Livres de l'Ancien et du Nouveau Testament et un des premiers grands philosophes chrétiens.

Œuvres

Origène est réputé avoir laissé une œuvre considérable (en grec ancien)[1]. Épiphane estime leur nombre à près de 6 000, mais il ne reste qu'une faible partie (Clavis Patrum Graecorum 1410-1525).

Parmi ses écrits on distingue ses Commentaires sur toute l'Écriture sainte, dont une bonne édition a été donnée par (Huet, Rouen, 1668)[1].

Son entreprise la plus importante fut les Hexaples, édition la Bible dans lequel il présente, sur six colonnes le texte hébreu de l'Ancien Testament et les diverses versions grecques alors en usage[1].

Il est aussi l'auteur d'écrits polémiques (Contre Celse), dogmatiques (Sur les principes, De principiis) et exégétiques (Homélies, Commentaires).

On peut ajouter :

  • Apologie du christianisme contre Celse (éditée par Gui 11. Spencer, Cambridge, 1658, in-4)[1] ;
  • De la prière ;
  • Exhortation au martyre ;
  • Homélies sur la Genèse.

Son ouvrage le plus volumineux Sur la Prière influença les premiers chrétiens.

On lui a attribué, mais sans fondement suffisant, les Philosophoumena ou Réfutation des hérésies, ouvrage récemment retrouvé et attribué également à S. Hippolyte[1].

On lui attribue [2] le fait d'avoir étendu à tous les juifs, et pour tous les temps la responsabilité de la mort de Jésus, allant plus loin que Jean 19 §6 et 15 pour qui ce sont les "principaux sacrificateurs" qui réclament la crucifixion de Jésus.

Les Œuvres complètes d'Origène ont été publiées à Bâle, par Érasme (1536), à Paris, par De La-Rue (1733-1759), à Wurtzbourg (1776-1794), à Berlin, par Lommatsch (1831-46), 24 v. in-8, et réimprimées dans la collection de l'abbé Migne (1860)[1]. Genoude en a traduit en français quelques parties dans ses Pères des trois premiers siècles (1837-43)[1].

Notons enfin qu'une anthologie de ses œuvres, la Philocalie a été réalisée par Grégoire de Nazianze et Basile de Césarée.

Après sa mort il continue d'être l'objet de controverses. Certains points de sa doctrine sont condamnés au concile de Constantinople II (553), en particulier, on l'accusait d'avoir soutenu la croyance en la réincarnation et la pré-existence de l'âme avant la naissance. Ces points sont davantage attribués à Origène que véritablement des doctrines affirmées par lui. Un dossier rassemblé par Pamphyle et Eusèbe de Césarée au IVe siècle intitulé Apologie pour Origène connaît cette controverse l'entourant. De plus, Origène lui même dans son Commentaire sur l’évangile de Matthieu, livre X, ch. 20 qualifie la réincarnation d'erreur (pseudodoxia tès metensômatôseôs)). Son seul ouvrage véritablement spéculatif, le De principiis ayant le caractère d'une recherche ouverte à l'époque où aucune doctrine n'a encore été fixée par un concile œcuménique. Origène est un penseur en mouvement, curieux, prolifique et jamais un doctrinaire obtus.

Ainsi, dans son commentaire sur l'Évangile selon Jean, commentant le premier chapitre dans lequel il est dit que Jésus baptisait dans un lieu situé le long du Jourdain appelé « Béthanie », Origène dit parcourir toute la vallée du fleuve sans trouver de lieu ainsi dénommé. Il ne trouve qu'un lieu appelé Bétharaba. Appliquant les méthodes étymologiques de l'époque, il détermine qu'en hébreu Béthanie signifie « la maison de l'accomplissement » tandis que Bétharaba signifie « la maison de la préparation ». Il corrige donc le texte évangélique en disant que Jésus commence sa vie publique par le baptême à Bétharaba tandis qu'il se rend à Béthanie, près de Jérusalem, pour célébrer son dernier repas avant la Passion.

Érasme n'en écrivait pas moins dans le De Ratione Studii, rédigé à Londres en mars 1506 et mis en vente à Paris en octobre 1511 : « En fait de théologie, après les Saintes Écritures, rien de mieux à lire qu'Origène — ex theologia, secundum divinas litteras, nemo melius Origene. »

Pensée

Origène

Il enseignait une doctrine mystique qui se rapprochait de celle des Gnostiques[1] ; il croyait à la préexistence des âmes dans une région supérieure, d'où elles étaient venues animer les corps terrestres[1] ; elles pouvaient, pendant la vie, se purifier et s'élever à la félicité suprême par la communication intime avec Dieu[1]. II soutenait encore que Jésus-Christ n'est fils de Dieu que par adoption[1], que l'âme de l'homme a péché même avant d'être unie au corps, que les peines de l'enfer ne sont pas éternelles.[1] C'est surtout dans le livre des Principes, traduit en latin par Rufin, que se trouvent ces idées, qui ont été condamnées en 325 par le Ier concile de Nicée[1].

Selon Origène, Dieu est transcendant et infini. Il engendre éternellement le Fils, son image. À travers le Logos (Verbe), il crée une multitude d’esprits purs qui, à l’exception de Jésus, s’éloignent de Lui et deviennent alors des âmes. Il leur donne des corps concrets en rapport avec la gravité de leurs fautes : corps d’anges, d’hommes ou de démons.

Ces âmes, grâce à leur libre décision, peuvent se rapprocher de Dieu ou s’en éloigner. Le salut équivaut au retour à la perfection originelle, à ce moment là les âmes auront des « corps de résurrection ». Le véritable idéal est cette connaissance complète, que les philosophes n’ont qu’entrevue, mais que le chrétien peut acquérir complètement s’il se détache de la matière.

Le corps physique est donc une punition, mais en même temps le moyen par lequel Dieu se révèle et soutient l’âme dans son élévation. Dieu ne veut pas contraindre l’âme, et recourt donc à l’éducation par le Logos, dont les agents ont été les philosophes, Moïse et les prophètes pour le peuple juif, et bien évidemment Jésus en qui s’incarna le Fils de Dieu.

Il est essentiel de rappeler qu'Origène pense que le salut final (la parousie) n'adviendra que lorsque toute la création et donc toute l'humanité aura été réintégrée dans le Christ. Cette doctrine est connue sous le nom d'apocatastase et elle sera reprise par les plus grands Pères de l'Église que sont Grégoire de Nazianze, Basile de Césarée et surtout Grégoire de Nysse.

Origène est à l'origine de la Lectio divina, fondée sur l'interprétation selon les quatre sens des Écritures. La Lectio divina est pratiquée dans les monastères. Le pape Benoît XVI a relancé la Lectio divina lors de sa catéchèse du 2 mai 2007.

Bibliographie

Oeuvres d'Origène traduites en français

  • Commentaire sur le Cantique des cantiques, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2 t., 1991-1992.
  • Commentaire sur l'Évangile selon saint Matthieu X et XI, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1970, 404 p.
  • Commentaire sur saint Jean, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1966-1992.
  • Contre Celse, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1967-1976.
  • Entretien d'Origène avec Héraclite, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1960, 132 p.
  • Homélies sur la Genèse, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 3° éd. 1985, 200 p.
  • Traité des principes, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 5 t., 1978-1984.

Études sur Origène

  • Les Écritures, océan de mystères, Origène, Collection 'Foi vivante', Les Editions du Cerf, 1998, ISBN 2204059900
  • Philocalie 21-27 : Sur le libre arbitre, Origène, Collection 'Sources chrétiennes', Les Editions du Cerf, 1976, ISBN 2204081736
  • Entretien avec Héraclide, Origène, Collection 'Sources chrétiennes', Les Editions du Cerf, 2002, ISBN 2204070424
  • Histoire et Esprit : L'Intelligence de l'Ecriture d'après Origène, Cardinal Henri de Lubac, Les Editions du Cerf, 2002, ISBN 220406761X
  • Homélies sur la Genèse. Introduction par Henri de Lubac, s.j. et Louis Doutreleau, s.j., Traduction et notes par Louis Doutreleau, s.j., éditions du Cerf, première édition en 1944, réédition en 2003. 448 pages.

Notes et références

  1. a , b , c , d , e , f , g , h , i , j , k , l , m , n , o , p , q , r , s , t , u , v , w , x , y , z  et aa « Origène », dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang [sous la dir. de], Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 [détail des éditions]  (Wikisource)
  2. commentaire de Joseph A.FITZMYER dans Corpus Christi, Mordillat et Prieur 1998 : 2 Jean le Baptiste

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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