Thaddée d'Édesse


Thaddée d'Édesse

Thaddée (Juda Thaddée), juif d’Édesse en Osroène (actuelle Şanlıurfa en Syrie), est l’un des Septante disciples de Jésus. Son prénom juif est Juda, il est aussi appelé Addaï, notamment dans les traditions orientales. Celles-ci lui donnent le titre d'Apôtre, ce qui n'est pas le cas de l'Église catholique romaine. Il figure dans la liste « des douze » dans les Évangiles. Toutes les traditions s'accordent pour dire qu'il est à l'origine avec les apôtres Barthélemy et Thomas de l'évangélisation d'Édesse, de l'Adiabène et du sud du royaume d'Arménie. Certains y ajoutent l'Idumée, et « la Perse » (probablement limité à la région de Ctésiphon/Séleucie du Tigre).

Sommaire

Histoire et traditions

Thaddée, l’un des Septante disciples (identifié à Addaï, à Judas de Jacques) fut envoyé, selon Eusèbe de Césarée[1], par Thomas au roi Abgar d’Osroène qui avait écrit à Jésus pour qu'il vienne à Édesse et le guérisse de sa maladie. Thaddée instruisit le roi Abgar dans la foi chrétienne et le baptisa. Après la Pentecôte, Thaddée prêcha l’Évangile en Mésopotamie, et y construisit une première église, avec, selon certaines hagiographies, l'aide de son homonyme, Jude frère du Christ. Il fut martyrisé pour sa foi vers l'an 50, dans la région d’Artaz, au nord du lac de Van, selon la tradition Arménienne. Mais selon d'autres sources et notamment l'Église nestorienne, il serait mort vers 45[2], paisiblement à Édesse ou décapité dans les environs de Béryte (Beyrouth). Certaines traditions poussent la précision jusqu'à dire qu'il est mort le 3 septembre 44. Pour les églises orientales, Thaddée est l'un des douze disciples de Jésus, conformément aux listes des douze figurant dans les évangiles synoptiques. Pour l'église de Rome, puis l'Église catholique, il ne serait en revanche que l'un des soixante dix disciples et aurait vécu beaucoup plus tard.

Selon Jean Daniélou, si ce récit est anachronique, car il évoque des faits (l'établissement de l'église d'Édesse) qui ne surviendront que vers 150, le premier roi chrétien d'Édesse étant Abgar IX (179-186), tout au moins selon la tradition catholique ; il indique néanmoins que la fondation de cette église d’Osroène a été le fait de Juifs venus de Palestine[3]. Toutefois, ce point de vue est loin d'être unanime. Pour A. F. J. Klijn, le mouvement chrétien d'Édesse naît bien au Ier siècle. Celui-ci « concevait la foi comme une Voie, une façon de vivre. Rien d'abstrait ou de dogmatique[4]. » Pour ce qui est de l'origine de ce « christianisme », les auteurs actuels s'accordent pour dire qu'il ne doit rien à la prédication de Paul de Tarse, ni à l'influence de l'église de Rome, mais qu'il est d'origine juive, toutefois selon Klijn, le « principal problème en ce qui concerne le christianisme syriaque n'est pas de savoir d'où il est parvenu en Syrie, mais à quel type de judaïsme il doit être rattaché[5],[6]. »

La tradition musulmane rapporte la visite de Rome par Maryam (la vierge Marie), accompagnée des apôtres Jean et Thaddée, disciples d'Îsâ-Jésus, pendant le règne de Néron[7]. Cet épisode présent sans conteste dans la littérature islamique est très peu connu.

Thaddée (Addaï) et les traditions orientales

Pour les traditions des églises orientales et des écrits comme la Doctrine d'Addaï, la Chronique d'Arbèle ou L'histoire d'Abgar de Léroubna d'Édesse, Thaddée s'appelle aussi Addaï et c'est un membre du groupe des douze disciples de Jésus Christ. Il porte le titre d'apôtre, en accord d'ailleurs avec ce qui est écrit dans les évangiles de Marc et de Matthieu[8]. Juda Thaddée (ou Addaï) aurait évangélisé Édesse, l'Adiabène et le sud du royaume d'Arménie, dès les années 30 et avant sa mort, vers 45. Deux autres apôtres, sont mentionnés comme évangélisant les mêmes régions en collaboration avec lui durant la même période: Thomas qui poursuit son action jusque vers la fin des années 60 et Bar Tulmay (ou Bar Tolmay, probablement Barthélemy) dont la date de mort n'est pas donnée.

Articles détaillés : Izatès II, Hélène d'Adiabène et Monobaze II.

Il faut noter que les trois territoires évangélisés était probablement à cette époque sous l'autorité de l'Adiabène, et que son roi Izatès II et toute sa famille, ainsi que le roi d'Édesse, Abgar V (peut-être son vassal) s'étaient tous les deux convertis au judaïsme quelques années auparavant. Toutes ces sources indiquent que ces deux rois ont accueilli la prédication des trois apôtres de façon bienveillante.

Theudas dans les Actes des Apôtres

Dans les Actes des Apôtres, un important texte du Nouveau Testament, qui retrace les débuts du mouvement chrétien, apparaît un personnage nommé Theudas, ce qui est la forme latine de Thaddée.

Nous sommes à Jérusalem et « les apôtres » (probablement saint Pierre, saint Jean et quelques autres) viennent de se faire arrêter. Ils passent en jugement et l'un des auteurs du livre des Actes « fait parler une figure de premier plan du mouvement Pharisien, le rabbin Gamaliel, censé s'exprimer devant le Sanhédrin[9] » assemblée traditionnelle du peuple juif ainsi que son tribunal suprême. Il demande que l'on fasse sortir les accusés[10], puis il dit:

Hommes d'Israël, prenez bien garde à ce que vous allez faire à l'égard de ces gens-là. Il y a quelque temps déjà se leva Theudas (Thaddée), qui se disait quelqu'un et qui rallia environ quatre cents hommes. Il fut tué, et tous ceux qui l'avaient suivi se débandèrent, et il n'en resta rien. [...] Et maintenant, je vous le dis ne vous occupez plus de ces hommes, et laissez-les aller. Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira ; mais si elle vient de Dieu, vous ne pourrez la détruire. Ne courez pas le risque d'avoir combattu contre Dieu[11] ».

Pour Mordillat et Prieur, ce passage montre qu'au moment de la rédaction des Actes des Apôtres[12], « la situation [des] partisans [de Jésus] est porteuse de menaces et de craintes à la fois pour eux-mêmes et pour les autres juifs[9]. »

Theudas chez Flavius Josèphe

C'est de ce même personnage que semble parler Flavius Josèphe:

« Pendant que Fadus était Procurateur de Judée (de 44 à 46), un magicien nommé Theudas (Thaddée) persuada une grande foule de gens de prendre leurs affaires avec eux et de le suivre vers le Jourdain; il prétendait être prophète et pouvoir, à son commandement, diviser les eaux du fleuve pour assurer à tous un passage facile et beaucoup furent convaincus par ces mots. Ce disant, il séduisit beaucoup de gens. Mais Fadus ne leur permit pas de s'abandonner à leur folie : il envoya contre eux un escadron de cavalerie qui les surprit, en tua beaucoup et en prit beaucoup vivants. Quant à Theudas, l'ayant fait prisonnier, les cavaliers lui coupèrent la tête et l'apportèrent à Jérusalem. Voilà donc ce qui arriva aux Juifs pendant le temps où Cuspius Fadus fut procurateur[13]. »

Le plus petit des deux bras du Jourdain à Baniyas.

L'action se déroule à l'époque d'une grande famine dans la région (43 - 46), au cours de laquelle tant les disciples de Jésus de Nazareth[14], que les rois d'Adiabène[15] et le roi Abgar V d'Osroène vont se mobiliser pour faire des collectes dans toute la Syrie (province romaine) et envoyer des bateaux dans la région afin d'approvisionner la population. Le but de Theudas (Thaddée) était peut-être de soustraire ces 400 personnes de cette situation, en les emmenant dans une contrée où la disette ne sévissait pas. Flavius Josèphe n'indique pas précisément où ces faits se déroulent. Dans la Doctrine d'Addaï, il est dit qu'Addaï (Thaddée) est de Panéas (Baniyas (Golan)[16] 33° 14′ 42″ N 35° 41′ 34″ E / 33.245121, 35.692799), sur le fleuve Jourdain. Si les gens qu'il a tenté d'emmener dans une contrée plus sereine étaient de sa patrie, il est logiquement parti vers le Nord, pour sortir de Palestine où la famine sévissait. Cette relation de Flavius Josèphe est alors totalement compatible avec la tradition qui le fait mourir vers 45 dans les environs de Beyrouth.

Les noms de Juda Thaddée

Son surnom est « le valeureux » ou « le courageux », ce qui se dit libbay en Hébreu (Laebbius en Latin) ou Tadday en Araméen. Dans les plus anciens manuscrits des Évangiles, c'est sous l'une de ces trois formes que ce surnom figure parfois, pour préciser son nom juif: Juda. Il est donc souvent appelé Juda Thaddée (Juda le valeureux). Il est aussi connu sous le nom d'Addaï.

Désigné sous la forme Addaï dans la version syriaque des Actes de Thaddée. Il est cité comme l'un des douze disciples dans quelques manuscrits des Évangiles canoniques, dont le Codex Bezae sous le nom de Lebbée. La plupart des autres manuscrits des Évangiles, l'appelant Thaddée ou Juda Thaddée voire Juda de Jacques aux mêmes endroits. Lebbée (ou Laebbius en Latin) vient de l'hébreu libbay, "courageux" ou "valeureux", qui donne Tadday en Araméen. Le nom Thaddée, est un mot qui se rapporte à la poitrine ou « au cœur », siège du courage, pour les populations parlant le Syriaque. Saint Jérôme disait de lui qu'il était trinomius, façon savante pour dire qu'il a trois noms.

Selon François Blanchetière, Addaï « est l'abréviation d'Adonya (Yavhé est mon seigneur/maître)[17] ».

Thaddée (le valeureux) est donc le surnom de ce personnage et Theudas est la forme latine de ce surnom. Laebbius ou Lebbée renvoient à la même signification en Hébreu.

Comme la plupart des autres disciples de Jésus/Îsâ, il porte un prénom traditionnel juif, « Juda », et un deuxième prénom: Addaï. Ce dernier étant probablement plus traditionnel dans les régions de l'Adiabène et du sud de l'Arménie où il a exercé une bonne partie de son activité et dont sa famille était peut-être originaire.

Notes et références

  1. "Après l'ascension de Jésus, Judas, qu'on appelle aussi Thomas, envoya à Agbar l'apôtre Thaddée, un des soixante dix.", Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre I, chap. XIII, 11.
  2. Liste des patriarches, sur nestorian.org
  3. Jean Daniélou, L'Église des premiers temps, Éditions du Seuil, coll. « Points Histoire » (ISBN 2-02-008746-4), p. 57 .
  4. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001, p. 226., ISBN 2-204-06215-4.
  5. Klijn A. F. J., The influence of jewish theology on the Odes of Salomon and the Acts of Thomas
  6. Marcel Simon, Aspects du judéo-christianisme, colloque de Strasbourg,, 23-25 avril 1964, Strasbourg, Bibliothèque du Centre d'études supérieures spécialisé d'histoire des religions
  7. (en) Encyclopedia of Islam, Vol. 6, p. 631.
  8. évangile attribué à Marc, III, 16s : « Il institua donc les Douze, et il donna à Simon le nom de (Kephas) Pierre, puis Jacques, le fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques, (auxquels il donna le nom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre); puis André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d'Alphée, Thaddée, Simon le Zélote, et Judas Iscariote, celui-là même qui le livra. » La liste de l'évangile attribué à Matthieu 10:3 contient aussi Thaddée. Dans celle de l'évangile attribué à Luc, à la place de Thaddée, on trouve « Judas de Jacques ». Des traditions et des textes chrétiens anciens disent qu'il s'agit de Thaddée. Ce qui est cohérent puisque le prénom juif de celui-ci était Juda. La forme « Judas de Jacques » renvoyant probablement à l'épître de Jude dans laquelle celui-ci se définit comme « frère de Jacques ».
  9. a et b Gérard Mordillat, Jérôme Prieur, Jésus après Jésus, SEUIL, 2004, ISBN 978-2-02-079892-1, p. 27.
  10. « un Pharisien nommé Gamaliel se lève au milieu du Sanhédrin », cf. Actes des Apôtres, 5, 33.
  11. Actes des Apôtres, 5, 34-39.
  12. Les Actes des Apôtres sont donnés pour avoir été rédigés dans les années 80, cette rédaction pourrait toutefois être plus tardive.
  13. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XX, V, 1.
  14. Actes des Apôtres, XI:27-30.
  15. Flavius Josèphe, Antiquités Judaïques, Livre XX II - 5
  16. Appelée aussi à l'époque « Césarée de Philippe ».
  17. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, Cerf, 2001, p. 227., ISBN 2-204-06215-4.

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