Evangile selon Luc


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Évangile selon Luc

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Le Troisième Évangile (ou Évangile selon saint Luc) a pour auteur, selon la tradition, le compagnon de Paul qui s'appelait Luc (Grec Loukas, du Latin Lucius) et qui exerçait la médecine. Avec l'Évangile selon Marc et l'Évangile selon Matthieu, il fait partie des trois évangiles dits synoptiques. C'est le plus long des quatre évangiles, retenus dans le Nouveau Testament. Est attribué au même auteur le livre des Actes des Apôtres, constituant la suite de son évangile. Les deux livres sont dédiés à un même dignitaire « l'excellent Théophile »[1] ; l'étymologie de son nom peut suggérer qu'à travers lui, Luc s'adressait aussi à tout disciple de Jésus.

Sommaire

l'Auteur

Voir l'article Luc (évangéliste)

Date de rédaction

La date de rédaction du Troisième Évangile donne lieu à conjectures :

  • Soit que l'auteur n'ait connu ni Jésus ni les Apôtres et qu'il ait rédigé dans les années 80-90. Il se serait servi de la source de Marc et comme Matthieu il aurait fait appel non seulement à des matériaux propres issus de ses enquêtes personnelles mais aussi à une tradition commune constituée d'un corpus de près de 200 versets de paroles de Jésus. (les contradictions entre les deux évangélistes laissant supposer qu'ils rédigèrent sans connaissance l'un de l'autre). Cette théorie a donné naissance à la très hypothétique « source Q » qui repose en partie sur le propos de Papias transmis par Eusèbe de Césarée donnant à entendre qu'un certain Matthieu avait primitivement rassemblé en Hébreu des paroles du Christ. On se reportera à « la Théorie des deux sources » dans l'article consacré au Problème synoptique.
  • Soit que Luc n'ait été autre que le compagnon fidèle de Paul son médecin et son biographe. Comme lui il serait mort avant la ruine de Jérusalem entre 60 et 70, ses deux œuvres remontant au tournant des années 60. Cette datation haute de Luc n'est pas compatible avec « la Théorie des deux sources » dans la tentative de résoudre le Problème synoptique ; c'est pourquoi une nouvelle hypothèse a été formulée, celle du diacre Philippe qui, à contrario de la source Q, suppose entre Luc et Matthieu une concertation préalable qui ignore les contradictions séparant les deux évangiles ; cette discussion a toute sa place dans l'article relatif au Problème synoptique (plutôt que dans un article consacré spécifiquement à Luc ou à Matthieu).
  • Soit que Luc ait écrit son évangile beaucoup plus tôt, entre 37 et 41, sous le pontificat du grand-prêtre (en) Théophile, seul officiel à avoir porté ce nom dans la Palestine du temps de Jésus. Cette hypothèse s'appuie sur une lecture littérale du texte grec de l'évangile notamment dans sa forme occidentale (TO). Cette thèse est en cohérence avec le caractère sacerdotal du récit, mais elle implique de donner la priorité à Luc sur Marc et Matthieu, et de le considérer comme le créateur de ce genre littéraire qui compte une vingtaine d'évangiles.

Lieu de rédaction

Le livre fourmille d'informations de caractère géographique. À la différence de Marc dont les références géographiques sont suspectes de quelques anomalies et qui était familier d'un vocabulaire militaire latin parlé dans les colonies de vétérans, l'évangéliste qui connaissait la topographie paraît avoir écrit depuis la terre où vécut Jésus. Du moins rien ne vient laisser supposer qu'il le faisait d'une contrée éloignée. En effet la langue grecque dans laquelle il rédigea son évangile était la langue internationale parlée à Jérusalem (comme en témoigne l'inscription en Grec qui, dans l'enceinte du temple, interdisait l'accès des parvis intérieurs aux incirconcis).

L'auditoire

À moins d'être un lettré féru d'histoire et de géographie, les détails topographiques et politiques ne pouvaient intéresser qu'un auditoire vivant en un lieu et une époque proche des évènements consignés. À moins s'il ne soit constitué de prosélytes intéressés par la synagogue sinon de passionnés des cultes orientaux, les détails sur le temple, la synagogue ou le sabbat ne pouvaient retenir qu'un auditoire déjà versé dans les Écritures et la récitation des Psaumes. Selon l'hypothèse retenue pour la date de rédaction, on optera pour des assemblées juives parlant le Grec et montant à Jérusalem pour la Pâque ou bien pour des assemblées issues du paganisme, et ne connaissant ni les coutumes ni le temple.

Transmission du texte

Les plus anciens témoins scripturaires du troisième Évangile, les manuscrits grecs et les versions latines anciennes ont été classés en deux grandes catégories :

  • Les tenants du texte alexandrin avec le codex Vaticanus (B) le codex Alexandrinus (A) le codex Sinaïticus et les papyrus P75 et P45 qui constituent le courant majoritaire marqué par une tendance à l' harmonisation des évangiles entre eux.
  • Le texte dit “occidental” (le T.O.) représenté par le codex Bezae et les versions latines anciennes correspond au courant rédactionnel antérieur aux harmonisations des IIIe et IVe siècles. L'évangile de Luc s'y lit sous une forme inédite.

L'Historicité

Luc fut le seul des évangélistes à s'être engagé formellement, par un prologue, à fournir des renseignements exacts et il a inscrit la vie de Jésus dans un cadre historique précis :

« il m'a semblé bon quant à moi qui, depuis l'origine ai tout suivi de près, d'écrire pour toi avec exactitude, excellent Théophile, et selon la succession, afin que tu reconnaisses la sûreté des paroles dont tu as été instruit oralement.»

Des repères cohérents entre eux (dès lors qu'ils sont repris au TO), s'offrent à une analyse comparative avec les sources de l'Histoire Romaine. Clément d'Alexandrie résumait ainsi les dates extrêmes de la vie de Jésus :

« Notre Seigneur est né l'an XXVIII de l'Empereur Auguste quand on imposa le premier recensement. L'exactitude de ce fait est garanti par ces termes de l'évangile de Luc : l'an XV du règne de Tibère César la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie. Et aussi : Jésus, commençant à son baptême, avait comme trente ans... Quinze ans sous Tibère, quinze sous Auguste, cela fait les trente ans qui s'écoulèrent jusqu'à sa Passion. » Stromates I, 21:45.

L'an XXVIII de l'ère d'Alexandrie correspondait à l'an 752 de Rome soit l'an 2 avant notre ère pour la naissance du Christ, son année de ministère partant du printemps de l'an 29 à la Pâque de l'an 30. Les repères issus de l'évangile de Matthieu et de Jean de ministère entrent en contradiction avec ces datations. Leurs auteurs ne s'étant pas formellement engagés à fournir des renseignements exacts, la fiabilité des informations qu'ils ont délivrées (naissance de Jésus sous Hérode selon Matthieu, ministère intégrant plusieurs Pâques selon Jean) serait-elle de même poids que les exigences de Luc ? Jésus était aux yeux de Luc un personnage public, qu'il plaçait, en raison de son autorité personnelle, comme Jean Baptiste d'ailleurs, au rang des officiels. Sur une trame biographique il a inscrit paroles et actes de sagesse dans leur ordre chronologique. Aux récits d'évènements pris sur le vif il a mêlé des métaphores comme les tentations de Jésus au désert, introduites par une expression stylistique impliquant un sens figuré. Par contre les apparitions à deux reprises de l'Ange Gabriel ou la matérialisation de la présence de l'Esprit Saint sous la forme corporelle d'une colombe ou encore l'intervention de la voix céleste sont présentées comme des événements du réel vécu. C'est l'écrit du Nouveau Testament où l'intervention du surnaturel demeure la plus forte et, corrélativement, dont l'enracinement dans l'Histoire jouit d'un grand nombre de repères.

Contexte liturgique et culturel

Si le récit de la vie de Jésus s'achève sur son acte sacerdotal de bénédiction, il débute au temple avec le prêtre Zacharie, le père de Jean Baptiste dont la prière instante lui valait la visite du messager divin, Gabriel, bien connu du livre de Daniel et qui lui annonçait la conception et la naissance d'un fils qu'il appellerait Jean (qui signifie le Seigneur fait grâce). Le rituel sacerdotal y revêt une importance qu'il n'a nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Déjà sensible lors des circoncisions de Jean et de Jésus, il est manifeste lors de la présentation au temple ou Syméon, parce qu'il était prêtre était en mesure de bénir les parents de l'enfant. Le caractère sacerdotal s'estompe durant les ministères de Jésus et de Jean, bien que ce dernier ait été un tenant de la classe sacerdotale; mais son genre de vie érémitique l'éloignait de la liturgie du temple. C'est avec la Pâque de Jésus à Jérusalem que revenait au premier plan le rôle du sacerdoce. Les grands-prêtres détenant l'autorité sur le peuple Jésus dut se confronter à eux. Il invectiva le mouvement Sadducéen dont ils relevaient comme il le fit de celui des Pharisiens et des scribes. La problématique du sacerdoce messianique semble présente, de manière un peu voilée, dans les rencontres de Jésus avec les grands-prêtres et les membres du Sanhédrin (Luc 22:69-70). Attendu dans la lignée Davidique le Messie devait être prêtre selon le psaume 110 et Luc ne suggérant pas un sacerdoce différent, la bénédiction finale du Christ (Lc 24:51) ne semble pas avoir été autre que la bénédiction prononcée sur le peuple par les fils d'Aaron (Dt 6:23-26). Jésus fréquentait la synagogue notamment le sabbat y faisant la lecture comme tout Israélite en âge de le faire, mais également en y enseignant comme maître. Il marquait son respect du Sabbat en fonction des deux sens attachés au repos prescrit en Dt 5:15 avec d'une part le repos du maître comme de l'esclave permettant à l'animal de reprendre souffle, et d'autre part, la commémoration de la sortie de l'esclavage d'Égypte. Ses réparties aux chefs de synagogue sur le Sabbat ne sortaient pas de ce cadre; elles suivaient le raisonnement a fortiori kal va-Homer en hébreu et qui constitue la première règle de l'interprétation rabbinique.

Contexte sociologique et culturel

Jésus était présenté par Luc comme un lettré et comme un maître, sans qu'il ait cru utile de dire comment il avait reçu cette formation alors qu'il semble avoir été d'une famille peu aisée. Il recruta ses Apôtres dans les couches populaires, peu d'entre eux étant lettrés. Parmi les disciples certains étaient de condition notamment des femmes qui l'aidèrent de leurs biens (Luc 8:3).

La part laissée aux femmes est certainement la plus importante de tous les livres bibliques, même si elle ne représente que 15 % du récit. Les deux premiers chapitres sont basés sur le témoignage de Marie, Luc affirmant à deux reprises qu'« elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur. » (Lc 2,19; cf. 2,51) alors que sa parente Élisabeth l'avait louée pour sa foi en la parole (Luc 1:45), une louange que son fils reprit de manière voilée à deux reprises (Lc 8:21 et 11:28). Les trois cantiques du Magnificat (Lc 1,46-56), du Benedictus (Lc 1,67-79), et celui du vieillard Syméon (Lc 2,29-32) pourraient bien être l'expression même de sa prière. Elle a ensuite laissé la place aux autres femmes qui furent disciples de son fils et qui ayant l'intelligence de ses paroles, à la différence des disciples hommes, étaient dans l'attente en se rendant au tombeau le matin de la résurrection.

Théologie du Troisième Évangile

Jésus apparaît dans cette évangile comme un Juif Pharisien respectant les coutumes et le culte du temple ; à la différence des trois autres, la spiritualité chrétienne en rupture avec le Judaïsme n'a pas marqué cet évangile. La théologie de la rédemption qui émane de la Lettre aux Hébreux et que Paul a divulguée ne l'a pas non plus atteint et les seuls versets qui s'y rattachent (Luc 22:19-20) sont absents du TO. La réflexion de Paul sur la Loi semble avoir influencé les évangiles de Marc et de Matthieu par rapport au respect du sabbat notamment, alors qu'elle n'a pas atteint celui de Luc dont la pensée demeure « pré-paulinienne ». L'intention de Jésus, selon le Troisième Évangile, était de révéler le Père et son dessein d'amour envers un peuple qui ne se limitait pas aux seuls descendants de Jacob, mais remontant plus haut englobait tous les fils et filles d'Abraham. En vrai « scriba mansuetudinis Christi », (écrivain de la mansuétude du Christ selon [Dante]), Luc a souligné la miséricorde de son Maître pour les pécheurs (15,1.7.10) ; il a retracé des scènes de pardon (7,36-50) en insistant sur la tendresse de Jésus pour les humbles et pour les pauvres, tandis que les orgueilleux et les riches jouisseurs se voyaient sévèrement traités (16,19-31). Cependant même la juste condamnation ne vient qu'après les délais patients de la miséricorde (13,6-9). Il suffit qu'on se repente à travers un détachement décisif et absolu des richesses (14,25-33). Après sa résurrection Jésus étendit la promesse du pardon à toutes les nations, sans restriction. On notera les passages propres au troisième évangile sur la nécessité de la prière (18,1-8) et l'exemple qu'en a donné Jésus (6,12). L'atmosphère de reconnaissance et d'allégresse spirituelle qui enveloppe tout le troisième évangile, achève de donner à l'œuvre de Luc cette ferveur qui touche.

Structure de l'Évangile de Luc

L'Évangile s'ouvre par un prologue qui ne déroge pas à la loi du genre et tend à inscrire l'œuvre dans la littérature classique. L'auteur y exprimait sa volonté de présenter les évènements dans leur ordre chronologique, ce à quoi répond la composition qui traite de la vie de Jean et de Jésus dès les origines et se poursuit par un épisode de l'adolescence pour se focaliser ensuite sur l' unique année de ministère.

Première partie, Jean et Jésus (chapitres I à IX)

Les deux premiers chapitres consacrés aux origines de Jésus et de son cousin Jean sont suivis de sept autres sur leur temps de ministère commun ; durant cette première période Jésus avait accompli un grand nombre de guérisons et de signes comme la pêche miraculeuse, la résurrection d'un jeune homme, l'apaisement de la tempête ou la multiplication des pains. Réunissant les douze Apôtres qu'il avait choisis et auxquels s'étaient jointes des femmes disciples, il parcourait les villages de Galilée annonçant la bonne nouvelle de la Royauté de Dieu. Au point initial et final de cette étape intervenaient l'emprisonnement et le meurtre de Jean par Hérode-Antipas, qu'à travers certains actes, signes et paroles Jésus avait cherché, en vain, à faire revenir de ses intentions mauvaises. C'est alors qu'il faisait savoir à ses disciples que le sort qui l'attendait ne serait pas meilleur et qu'il devrait souffrir les railleries, les mauvais traitements et la mort de la part des païens comme des autorités religieuses.

Seconde partie (chapitres X à XXIV)

De la seconde étape sont rapportés principalement des enseignements, des paraboles et des invectives soulignant combien Jésus fut en butte à la contradiction (chapitres X à XIX) ; signes et guérisons y sont en nombre bien moindre. Les cinq derniers chapitres concernent les semaines passées à Jérusalem avant la Pâque : contacts et réponses aux autorités religieuses, annonce de la destruction de Jérusalem et de cataclysmes sur le monde à laquelle fait suite le repas de la Pâque avec les Apôtres avant la douloureuse Passion s'achevant par la crucifixion. Le dernier chapitre rapporte les apparitions de Jésus ressuscité et se clôt par la grande bénédiction sacerdotale du Christ sur ses disciples, face à Jérusalem.

Tous ces récits sont bâtis sur une composition en spirale que structure l'alternance de thèmes qui vont en s'amplifiant : celui des sept sabbats, de la lumière par opposition aux ténèbres, de l'écoute de la parole et de la prière, de la persévérance et de la confiance, du renoncement et de la pauvreté opposés aux richesses, du repentir et du pardon, etc. Les paraboles prises aux images de la vie quotidienne alternent avec des enseignements ou bien des dialogues entre Jésus et ses interlocuteurs qui donnent au livre son aspect si vivant. Dans chaque paragraphe est sensible la structure en chiasmes prisée des auteurs de l'Antiquité.

Bibliographie

  • Roland Meynet, L'Évangile de Luc, coll. « Rhétorique sémitique 1 », Lethielleux, Paris, 2005
  • The Gospel according to Luke I-IX Joseph A. Fitzmyer The Anchor Bible. 1981.
  • The Gospel according to Luke X-XXIV Joseph A. Fitzmyer The Anchor Bible. 1981.

Notes et références

Liens internes

Liens externes

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