Histoire Du Tibet

Histoire du Tibet

La carte du Tibet historique (date inconnue)

L'histoire du Tibet, ancien royaume des confins et des cimes enneigées (himals, en népalais), charnière stratégique entre le monde chinois et le monde indien, est une histoire mouvementée, entrecoupée de longues périodes d'isolement.

Sommaire

Préambule

L'histoire du Tibet passé et actuel est intimement liée à celle de la Chine. Cependant l'interprétation de l'histoire varie radicalement selon l'opinion des historiens. Par exemple, les deux hauts fonctionnaires Han en poste à Lhassa par le passé sont appelés ambassadeurs par les historiens indépendantiste ou ministres par les historiens pro-unification[réf. nécessaire] [1].

Cet article présente les points de vue de la Chine et du Gouvernement tibétain en exil. Sous Mao, la révolution culturelle et les autres violences communistes du PCC ont frappé la Chine entière, pas seulement le Tibet. Enfin, selon certains points de vue[évasif], l'Occident a tendance à idéaliser l'ancien Tibet, qualifié par certains observateurs occidentaux (voire tibétains) et par le régime chinois de théocratie féodale [2],[3].

Chronologie

  • 127 avant JC (?) : Fondation du premier royaume tibétain dans la vallée du Yarlung.
  • 633 après JC (?) : Transfert de la capitale à Lhassa.
  • 641 après JC (?) : Introduction du bouddhisme au Tibet.
  • 821 après JC (?) : Traité de paix avec la Chine.
  • 842 après JC (?) : L’assassinat du roi Langdarma marque le début d’une période de troubles.
  • 1071 : Fondation de la lignée des Sakyas (ou Sakyapas) : celle-ci finira par régner sur l’ensemble du Tibet avec l’accord des Mongols et se maintiendra au pouvoir jusqu’en 1358.
  • 1578 : Le chef mongol Altan Khan confère le titre de dalaï-lama à Sonam Gyatso, qui devient rétrospectivement le troisième dalaï-lama.
  • 1642 : Le chef mongol Güshi Khan reconnaît le cinquième dalaï-lama, Lozang Gyatso, comme souverain temporel du Tibet.
  • 1645 : Début de la construction du palais du Potala (achevé en 1695).
  • 1717 : Les Dzoungares envahissent le Tibet et s’emparent de Lhassa.
  • 1720 : Expulsion des Dzoungares. Établissement du protectorat de l'empire mandchou sur le Tibet.
  • 1879 : Intronisation du treizième dalaï-lama, Thubten Gyatso, né en 1876.
  • 1903 : Expédition britannique du colonel Younghusband au Tibet.
  • 1904 : Le colonel Younghusband fait son entrée à Lhassa, tandis que le dalaï-lama se réfugie en Mongolie.
  • 1909 : Le dalaï-lama regagne Lhassa après cinq ans d’exil.
  • 1910 : Chassé par les troupes chinoises, le dalaï-lama se réfugie en Inde.
  • 1913 : De retour à Lhassa, le dalaï-lama réaffirme l’indépendance du Tibet.
  • 1914 : La convention de Simla reconnaît indirectement la suzeraineté chinoise sur le Tibet, mais aussi son indépendance de facto, et délimite la frontière indo-tibétaine (ligne Mac-Mahon).
  • 1924 : L’exploratrice française Alexandra David-Néel séjourne à Lhassa.
  • 1933 : Mort du treizième dalaï-lama.
  • 1940 : Intronisation du quatorzième dalaï-lama, Tenzin Gyatso, né en 1935.
  • 1950 : Les troupes communistes chinoises entrent au Tibet.
  • 1951 : Signature à Pékin de l’accord en dix-sept points, qui consacre officiellement le rattachement du Tibet à la Chine.
  • 1959 : À la suite du soulèvement de Lhassa, violemment réprimé par les troupes communistes chinoises, le dalaï-lama quitte le Tibet pour se réfugier en Inde.
  • 1960 : Le dalaï-lama forme un gouvernement en exil à Dharamsala.
  • 1965 : Création de la « région autonome du Tibet » (Tibet central et occidental) : le Tibet historique est amputé de la moitié de son territoire, la province de l'Amdo et la partie orientale de la province du Kham.
  • 1987 : Début des manifestations indépendantistes à Lhassa.
  • 1989 : Nouvelles manifestations, proclamation de la loi martiale à Lhassa par Hu Jintao. Attribution du prix Nobel de la paix au dalaï-lama.
  • 1995 : Le dalaï-lama reconnaît Gedhun Choekyi Nyima (né en 1989) comme onzième panchen-lama et second personnage de la hiérarchie bouddhiste tibétaine. Celui-ci est enlevé par les autorités chinoises, qui désignent Gyaltsen Norbu à sa place.
  • 2008 : Des manifestations dégénèrent en émeutes à Lhassa, la médiatisation internationale entraine l'idée d'un boycott politique des Jeux olympiques de Pékin.

La Préhistoire et les origines mythiques

Bien que le Tibet soit mentionné dès le IIe siècle dans la géographie de Ptolémée sous le nom de βαται, transcription grecque de Bod, son nom indigène tibétain, et que l’ancien royaume de Zhang Zhung (Tibet occidental) apparaisse dès le Ier siècle av. J.-C. dans le Shiji sous le nom de Shantong (单同), le pays ne fait réellement son entrée dans l’histoire qu’au VIIe siècle avec l’envoi en Chine d’une ambassade par l'empereur (Namri Songtsen, 601-629)[4].

La préhistoire du Tibet reste très mal connue, mais des découvertes sporadiques permettent de penser que le territoire fut très tôt sillonné par des nomades parvenus entre 14 000 et 8000 av. J.-C. Des sites néolithiques ont été découverts dès les années 1950 à Yunsing, Hongkung, Jumu et Gyarama (Nyingchi) Bai-bung et Marniyong (Medog), Qukong au nord-est de Lhassa et Karub (Karo) dans le Qamdo (1978). Seuls les deux derniers ont fait l’objet d’une exploration archéologique systématique. Les artéfacts de Karub remonteraient de 3000 à 2000 av. J.-C[5]. Depuis les années 1990, le territoire de Zhangzhung a révélé plus de 500 sites de l’âge du fer dont l’exploration progresse lentement. Une parenté a été proposée entre les ancêtres des Tibétains et ceux des Qiangs.

Les origines mythiques

Selon l'histoire mythique de l’empire tibétain (-127-842), le premier roi (Nyatri Tsenpo) serait descendu du ciel sur la montagne sacrée Yalashangbo — ou serait venu d'Inde ou du Népal. En raison de particularités physiques étranges, comme des mains palmées et des paupières se fermant par en bas, il aurait été accueilli comme un dieu par les indigènes, qui le prirent sur leurs épaules pour l'introniser roi, ce qu'indiquerait son nom : souverain (Tsenpo) intronisé par le cou (nyatri). Une autre histoire permet de comprendre pourquoi les tibétains de l'époque l'on pris pour un dieu : ne comprenant pas leur langue, celui qui allait devenir le roi montra le ciel (le sommet de la montagne) pour dire d'où il venait, les tibétains auraient interprété ce geste comme étant un dieu venu du ciel. Les premiers rois étaient immortels, reliés aux cieux par une corde au moyen de laquelle ils y remontaient à la fin de leur séjour terrestre. Tout cela aurait pris fin avec le roi Dri-dgum-brtsan-po (Drigum Tsenpo) : ayant provoqué son palefrenier Lo-ngam, la corde le reliant au ciel fut coupée durant le combat et il en mourut ; il fut le premier à laisser un cadavre et à être enterré[6].

Suivant un ensemble de mythes préservés dans la tradition bön, l'origine du monde est géminée : les dieux et l’humanité sont sortis de deux rayons de lumière ou de deux œufs, un blanc et un noir. Du blanc est sorti Shiba Sambo Benchi, père des dieux et des humains ; de l’œuf noir est sorti le père des démons et des forces destructrices. Certains voient là une influence du zurvanisme, avant-coureur du manichéisme[7].

Selon un autre mythe, qui apparaît tout d'abord dans le Mai Bka' 'bums, les Tibétains sont issus de l'union d'un singe, Pa Drengen Changchop Simpa, et d'une ogresse des roches, le singe étant la manifestation du bodhisattva Avalokiteśvara (tib. Spyan-ras-gzigs) et l'ogresse celle de la déesse Târâ (tib. 'Grol-ma).

L’empire tibétain

Voir la Liste des empereurs du Tibet

Au VIIe siècle, une monarchie d’une certaine importance émerge sur le territoire du Tibet actuel, marquant sa naissance comme entité politique unifiée. Les rois ou empereurs de la dynastie Yarlung, dans la vallée duquel leur capitale de Yumbum Lhakang aurait tout d’abord été installée, prétendent remonter au IIe siècle av. J.-C., où le mythique Nyatri Tsenpo descendu du ciel aurait été intronisé (en -127 selon l’historiographie traditionnelle). Leur chefferie de Sheboye deviendra un royaume appelé Pugyäl (Tufan ou Tubo 吐蕃 par les Chinois et Tüböt par les Mongols, d’où le nom de Tibet). Ayant conquis Zhangzhung, ils contrôleront le territoire jusqu’au milieu du IXe siècle, étendant au faite de leur puissance leur emprise jusqu’en Mongolie et au Bengale, et menaçant les empires Chinois et Abbasside. À partir de 846, le pouvoir central s’efface au profit des féodaux. Suit une période de division politique jusqu'à l'arrivée des Mongols au XIIIe siècle.

Les petits royaumes

Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, en dehors du Zhangzhung qui se développe à partir du cours supérieur du Sutlej (actuel Kinnaur, Himachal Pradesh), un ensemble culturel et politique qui donnera naissance à l’empire tibétain se constitue à partir de la vallée du Yarlung et des vallées voisines de la Lhassa, de la Nyamchu et de la Nyiyam. Sur l’ensemble du futur Tibet, des chefferies ou fédérations de tribus à la fois rivales et alliées constituent les « royaumes » que les traditions chiffrent à quarante ou douze[8]. Un document retrouvé à Dunhuang en donne la liste suivante :

  • Zhangzhung au Ngari et au Ladakh
  • Nyamrochegar, Norbo et Nyamroshambo à Jamtse et à Shigatse
  • Chomonamsung s'étendant de Yadong au Sikkim
  • Gyirojamen, Yambochasung et Lhongmoroyasung le long de la Lhasa
  • Yaroyuxi, Eryubamgar et Eiyuchuxi dans la région de Shannan
  • Gongbozhena à Gongbo
  • Nyamyudasung à Nyambo
  • Tabozhuxi à Tagung
  • Shenyuguyu dans la région de Samye
  • Sobiyasung du nord du plateau tibétain à Yushu et Gamze
  • Sheboye, berceau des fondateurs de l’empire, à Qoingye dans la région de Shannan

C’est sur ce dernier royaume qui deviendra Tubo, le Tibet, que l’on a le plus d’informations, bien qu’elles soient souvent nettement postérieures à la fondation de l’empire[9].

Pugyäl et la naissance de l’empire

L’écriture tibétaine fit son apparition au VIIe siècle sous le règne de Songtsen Gampo. Bien que les documents historiques contiennent de nombreuses anecdotes concernant les rois (tsenpo) de la dynastie Yarlung, seuls les onze derniers ont laissé des traces historiques fiables et il subsiste énormément d’incertitudes quant à la genèse de la dynastie et du royaume de Pugyäl en général. Les Annales des rois du Tibet, rédigées par Sonam Gyaltsen des Sakyapa, relatent que le 1er roi légendaire Nyatri Tsenpo était assisté de trois shangs et d’un lun, shang désignant les oncles maternels, probablement chefs des sous-tribus, et lun les serviteurs ou officiers royaux. Les positions de dalun, premier ministre, et d’anben, responsable de la collecte des impôts et tributs, auraient été crées par le 16e tsenpo, Zanam Zindé. Les biens possédés par les nobles et chefs de tribu l’étaient par délégation royale, et le souverain pouvait les confisquer pour manque de loyauté ; elles lui revenaient en cas d’absence de descendance mâle.

Drigum Tsenpo est, selon la tradition, le 8e roi et le premier à avoir perdu l’immortalité dans un combat contre son palefrenier. Selon la version historique, il aurait été tué par Armodaze, chef d’une sous-tribu, qui aurait également exilé les fils de Drigum Tsenpo à Gongbo où l’un d’eux devint roi. L’autre revint à la tête d’une armée pour reprendre le trône et tuer l’usurpateur. Il aurait fait bâtir la forteresse de Qoinwadaze à Qoinye, ainsi qu’un grand mausolée pour son père, donnant peut-être ainsi naissance à la légende qui en fait le premier roi à avoir été enterré au lieu de remonter au ciel.

À l’époque donnée comme celle du 29e tsenpo, Lha Thothori Nyantsen, la chefferie de Sheboye semble en pleine expansion. Dans la vallée de Lhassa, deux autres chefferies importantes, Yanbochasung et Gyinorjam'en, sont chacune à la tête d’une alliance de tribus. Des luttes de rivalité au sein de ses alliances permettent à Sheboye-Tubo de prendre une place prééminente.

Le Tibet serait né définitivement au château de Taktsé situé à Chingwa (wylie=Phying-ba) dans le district de Chonggyä (wylie=’Phyongs-rgyas) où, selon les Annales tibétaines anciennes, un groupe de conspirateurs convainc le roi Tagbu Nyasig de se rebeller contre Gudri Zingpoje (Dgu-gri Zing-po-rje), vassal de Zhangzhung alors sous la dynastie Lig myi. Gudri Zingpoje meurt prématurément et son fils Namri Songtsen convainc les conspirateurs de s’allier avec lui[10]. Devenu roi, Namri Songtsen se sent suffisamment puissant pour envoyer en 608 et 609 deux ambassades en Chine, marquant les premières relations internationales du Tibet.

La montée de l'empire tibétain (VIIe siècle-milieu du IXe siècle)

Effigie de Songtsen Gampo dans sa grotte à Yerpa.

Les plus célèbres rois de Tibet Songtsen Gampo (609?-650), Trisong Detsen et Relpachen, sont considérés comme des Chögyal (Chos rgyal) ou Dharmaraja. Le premier, assisté du chancelier Gar Songtsen, donna au Tibet les frontières qui seront encore les siennes au début du XXe siècle et fonda Lhassa où il installa son administration ; il fit construire le premier bâtiment du palais du Potala. Il soumit Zhangzhung, son plus important concurrent immédiat, et étendit son influence jusqu'au Pamir, au Népal et en Chine occidentale. Symbole de ses réussites militaires et diplomatiques, il obtint en mariage les princesses Bhrikuti (népalaise) et Wencheng (chinoise), à qui l’on prête l’introduction du bouddhisme au Tibet et la construction de nombreux temples dont le Jokhang. Il envoya en Inde des Tibétains pour y étudier le sanskrit ; on attribue à son ministre Thonmi Sambhota l’invention de l'écriture tibétaine, inspirée de l'alphabet devanāgarī. Trisong Detsen (règne 740 ou 755 suivant les sources -797) est connu comme le roi qui implanta définitivement le bouddhisme au Tibet en invitant Shantarakshita et Padmasambhava et lui imprima sa spécificité en optant pour la tradition indienne et tantrique au détriment de la tradition chinoise. Il décréta le Bouddhisme religion d'état au Tibet.

L’empire tibétain et son voisin chinois au VIIe siècle       Empire tibétain (Royaume de Tubo)       Chine des Tang       Territoires turcs orientaux disputés entre plusieurs peuples, sous contrôle chinois de 630 à 682       Territoires turcs occidentaux disputés entre plusieurs peuples, sous contrôle chinois de 642 à 665

Durant les deux siècles suivant la mort de Songtsen Gampo (650), les Tibétains tentent d’agrandir ou de défendre leur territoire contre les puissances et peuplades voisines (Chinois, Kirghizes, Ouïghours, Abbassides), variant leurs alliances au gré des événements. Alliés aux Ouighours et aux Abbassides, ils gagnent contre la dynastie Tang la bataille de Talas (751) qui leur permet d’étendre pendant une dizaine d’années leur influence en Asie centrale au détriment de la Chine. Sous le règne du Roi du Tibet Trisong Detsen, les Tibétains envahissent la capitale de la Chine Chang'an en 763[11]. et mettent en place leur propre empereur[12] car l'empereur de Chine Daizong s'est enfui à Luoyang. Cette victoire a été préservée pour la postérité dans le Zhol Doring (pilier en pierre) à Lhassa. À la charnière des VIIIe et IXe siècles, les Tibétains sont souvent en guerre contre les Abbassides et leur disputent, en vain, Samarkand et Kaboul[13].

L’empire tibétain à son apogé, en l'an 800

Bien que la structuration administrative du pays progresse, le Tibet conserve un fonctionnement de royauté et de féodalité où le pouvoir central est menacé par les conflits entre clans et membres de la famille royale. À partir du VIIIe siècle, le bouddhisme est décrété religion d’État, mais l'ancienne tradition chamanique bön subsiste. Après l’assassinat par un ermite bouddhiste (en 841 ou 842) du roi Langdarma le pays se retrouve de nouveau divisé.

Introduction du bouddhisme tantrique

Temple de Jokhang attribué au roi Songtsen Gampo et à ses épouses bouddhistes ; il abrite la statue du Jowo, Bouddha enfant, que la reine chinoise aurait apportée dans sa dot.

Du fait de la rareté des sources écrites et des traces archéologiques datant de l’empire de Tubo, et du style peu réaliste des récits relatant l’introduction du bouddhisme, cette partie de l’histoire tibétaine reste en fait assez mystérieuse. Les documents ne deviennent plus nombreux qu’à partir de la seconde vague d’influence bouddhiste (Xe–XIe siècles). La tradition fait remonter les premiers contacts avec cette religion au règne de Songsten Gampo (609 ?-650) - bien qu’une légende prétende que dès 433, sous le règne de Lhatho-Thori-Nyentsen, un texte bouddhique et des objets sacrés auraient atterri sur le toit du palais royal. On raconte que Songtsen Gampo aurait épousé deux bouddhistes, une Népalaise et une Chinoise, et qu’elles apportèrent avec elles les premières statues de bouddha, dont le fameux Jowo exposé au temple de Jokhang dont la construction est attribuée au trio royal. D’autres temples auraient été bâtis par les deux reines, assimilées ultérieurement par la tradition à deux incarnations du bodhisattva Tara. Les destructions dues aux invasions n'ont laissé au Népal que peu de traces de l'époque et aucune de la princesse Bhrikuti. Quant à la princesse chinoise Wencheng, nièce de l’empereur Tang Taizong titrée pour l'occasion, et dont l'identité exacte est inconnue, on ignore si elle était bouddhiste ou taoïste, religion officielle de la famille impériale. Tout au moins la figure de ces deux reines représente-t-elle les deux sources principales de l’influence bouddhique dans le pays des Neiges. Un siècle et demi plus tard, en 792, on voit les moines chinois chan chassés sur ordre du roi Trisong Detsen après une joute de magie et débats ayant tourné à l’avantage des Indiens.

Le roi Trisong Detsen a joué un rôle déterminant dans l’orientation religieuse du pays en y invitant un abbé de Nalanda, Shantarakshita (arrivé avant 767 et décédé en 802), puis le grand maître tantrique Padmasambhava (arrivé vers 817). Ensemble ils ont fondé le premier monastère de Samye, Shantarakshita jetant les bases et Padmasambhava luttant contre les démons et les forces négatives (identifiés aux traditions religieuses locales dont le bön) contre lesquels les moines ordinaires sont impuissants. La tradition crédite ainsi Trisong Detsen d’avoir appuyé le bouddhisme contre le bön, et choisi le vajrayana d’origine indienne contre le mahayana non-tantrique du monde chinois. Yeshe Tsogyal, épouse de Trisong Detsen offerte à Padmasambhava qui lui confiera son enseignement ésotérique afin qu’elle le cache au bénéfice des générations futures, symbolise l’appropriation du vajrayana indien par le Tibet.

Le monastère de Samye, premier centre bouddhiste attesté, attribué à Shantarakshita et Padmasambhava

C'est également sous son règne et sous son égide qu’aurait été entrepris le premier travail de traduction de sutras et tantras qui devait fournir le corpus de la « tradition ancienne » nyingmapa. En fait, beaucoup de ces textes -ainsi que des textes bön- sont des redécouvertes ultérieures par vision ou inspiration, appelés « trésors cachés » (terma). Selon la tradition, Padmasambhava, Yeshe Tsogyal et les premiers maîtres ont en effet dissimulé leurs enseignements pendant ces temps troublés. En effet, l’affiliation religieuse bouddhiste/bön se mêle vite aux rivalités politiques, donnant lieu à des persécutions mutuelles. Le règne de Langdharma (836–842) fut ainsi défavorable au bouddhisme et on prétend qu’il fut assassiné par un ascète de cette tradition. De manière générale, le bouddhisme pénètre autant en absorbant les traditions religieuses locales qu’en rivalisant avec elles. Le monachisme occupe au mieux une place mineure et c’est seulement vers la fin du IXe siècle qu’on distingue clairement le clergé « rouge » monastique du clergé « blanc » laïc, qui devait constituer au début l’essentiel du lot.

À cette époque, les Tibétains entrent également en contact avec d’autres religions comme le manichéisme pratiqué entre autres par les Ouighours et le nestorianisme en expansion vers l’Orient. Au VIIIe siècle, le patriarche Thimotée Ier (727-823) mentionne l’existence à Tubo d’une communauté prometteuse pour laquelle il réclame l’envoi d’un évêque[14].

Le Tibet divisé

À la mort de Langdarma (841 ou 842), une lutte s’élève entre deux héritiers potentiels, Yumtän (Yum brtan) et Ösung ('Od-srung) (843-905 ou 847-885). Bien que le parti d’Ösung réussisse à conserver le contrôle de Lhassa et que la lignée royale se perpétue un certain temps, le pouvoir central disparaît et les tombes royales sont vandalisées en 910.

Yumtän crée une autre dynastie dans la vallée de Yarlung. Un des fils d’Ösung, Thrikhyiding (Khri khyi lding), encore appelé Kyide Nyigön (Skyid lde nyi ma mgon), fonde une dynastie dans le Ngari. Nyima-Gon, apparenté lui aussi à la famille royale, fonde la première dynastie du Ladakh. Ses deux fils cadets fondent Pu-hrang et Guge. À partir du milieu du XIe siècle, la lignée sakyapa dirigée par le puissant clan Khön de Tsang domine le Tibet central. Au XIIIe siècle, ses hiérarques seront investis du titre de vice-roi du Tibet par les Mongols.

Deuxième introduction du bouddhisme

Durant un bon siècle et demi, on est presque sans nouvelles du bouddhisme dans le Tibet central, le Ü-Tsang. Au Ngari par contre, le bouddhisme est bien préservé dans le royaume de Guge dont un prince-moine, Jangchub Yeshe Ö (Byang Chub Ye shes' Od), envoie des étudiants au Cachemire et invite Atisha en 1040, initiant la seconde transmission du bouddhisme au Tibet (phase dite Chidar - Phyi dar). Atisha rédige de nombreux ouvrages dont le plus connu est La Lampe pour le cheminement vers l'illumination (sk. Bodhi Pradipa, tib. Byang chhub lam gi rdon mey). Par ailleurs, le bouddhisme a également subsisté visiblement au Kham et au mont Dantig dans l’Amdo, où se seraient réfugiés trois moines. Leur disciple Muzu Selbar (Mu-zu gSal-'bar), encore appelé Gongpa Rabsal (Dgongs-pa rab-gsal) (832-915), devient chef d’une petite communauté de jeunes gens que lui a confié un descendant d’Ösung fixé près de Samye ; ils seront missionnaires à U-Tsang (Tibet central). Bientôt apparaissent des lignées se réclamant de sages indiens contemporains d’Atisha et comme lui en majorité bengalis (Virupa, Tilopa). Sakya, fondée par le clan Khön dominant dans la région de Tsang, jouera un rôle non seulement religieux mais politique en prenant le contrôle du Tibet jusqu’au milieu du XIVe siècle ; le monastère de Sakya est fondé en 1073 à Ponpori (Shigatse) par Khön Könchog Gyalpo. Dromtonpa de la région de U, disciple direct d’Atisha, fonde en 1057 à Radreng au nord de Lhassa le premier monastère kadam, précurseur de gelug. Les nombreuses lignées kagyu se dégagent progressivement de l’héritage de Marpa, disciple de Tilopa via Naropa ; le monastère de Tsourphou est fondé en 1159 par le 1er Karmapa. Ces nouveaux courants, basés sur des traditions orales d’importation récente et des textes nouvellement traduits sont regroupés sous le terme de samarpa (nouvelle tradition). D’autres bouddhistes, comme Muzu Selbar, se réclament du maître de la première transmission, Padmasambhava, et s’appuient sur ses textes « redécouverts », les termas ; ils constituent la tradition ancienne nyingmapa. Le bön aussi reparaît sous une forme appelée Yungdrung qui offre des ressemblances avec le bouddhisme.

Du protectorat mongol à la suzeraineté chinoise (1246-1720)

Mongols, Chinois et Mandchous

Kubilai Khan, khan mongol et empereur de Chine, confie officiellement en 1265 la régence du Tibet aux sakyapa

Après la chute des rois de Tubo, le Tibet se constitue en une théocratie féodale, les lignées religieuses étant contrôlées ou au moins soutenues chacune par un clan puissant, puis parfois, une puissance étrangère (mongole ou chinoise) ; les lignées nyingma et bön se tiennent relativement à l’écart de ces luttes dont gelug sort vainqueur au XVIIe siècle, les dalaï lamas devenant définitivement chefs du pays.

À partir du XIIIe siècle, la puissance mongole s’impose au Tibet qui ne possède pas de pouvoir central fort. Bien qu’il ne s’agisse pas réellement d’une occupation car ils pénètrent au total peu dans le pays, les Mongols considèrent le pays des Neiges comme faisant partie de leur empire et en délèguent le gouvernement à une puissance locale (tout d’abord les sakya, plus tard les gelug), comme ils le font avec d’autres régions ; ils renforcent ainsi le pouvoir des lignées élues. Le premier contact officiel avec les Mongols aurait eu lieu en 1207 : inquiets de voir le Royaume tangoute sur le point de s’écrouler sous les attaques mongoles, des monastères du Tibet central envoient Tsangpa Dunkhurwa (Gtsang pa Dung khur ba) de la lignée Tsalpa Kagyu, accompagné de six disciples, rencontrer Gengis Khan pour manifester leur soumission[15], écartant peut-être la menace d’une attaque imminente ; néanmoins ce n’est que partie remise. À l’exception des Phagmodrupas (1354-1481) plus indépendants, les différentes factions tibétaines prennent d’ailleurs l’habitude de rechercher des protecteurs étrangers pour asseoir leur position ou lutter contre une menace militaire. Selon certains historiens[16], la relation prêtre-patron liant des lamas éminents aux souverains mongols avait commencé avec les souverains du Royaume tangoute.

La suzeraineté mongole subit les conséquences de l’évolution de l’empire des steppes qui, malgré l’existence de grands khans, se divise en branches indépendantes et rivales. Suzerainetés mongole et chinoise se trouvent liées par les événements : (Kubilai Khan devient empereur de Chine au milieu du XIIIe siècle (dynastie Yuan) et les Mandchous prennent le titre de Khan au milieu du XVIIe siècle, peu avant de devenir à leur tour empereurs de Chine (dynastie Qing).

Le Tibet exerce pour sa part une influence culturelle non négligeable sur les Mongols, qui adoptent sporadiquement le bouddhisme tantrique dès le XIIIe siècle en complément de leurs propres pratiques religieuses, avant de le prendre pour religion officielle au XVIe siècle. Des tulkus sont découverts en leur sein. Les Mandchous au pouvoir en Chine soutiendront également le bouddhisme tibétain.

Régence Sakya (1246-1354)

Drogön Chögyal Phagpa, premier vice-roi du Tibet

En 1227 Gengis Khan conquiert l’empire Tangout. En 1239, son petit-fils Köden prend le contrôle du Kokonor et envoie l’année suivante le général Doorda Darqan en reconnaissance au Tibet où il incendie les monastères kadam de Redreng et Rgyal-lha-khang. En 1244, Köden manifeste son désir de rencontrer Sakya Pandita, chef des sakya dont il reconnaît la prééminence dans le pays et attend allégeance. Ce dernier se rend en 1246 à la cour de Köden avec ses neveux Drogön Chögyal Phagpa ('Phags-pa; 1235-80) et Chana Dorje (Phyag-na Rdo-rje) (1239-67).

Chögyal Phagpa suit dans ses campagnes Kubilaï qui l'a appelé auprès de lui en 1258. Kubilaï deviendra khan en 1260 et, après une guerre avec la Chine des Song, fondera en 1271 la dynastie Yuan. En 1264, mis à la tête de la Commission de contrôle[17] chargée des affaires bouddhiques de l’empire et du contrôle administratif et militaire du Tibet, récemment crée par Kubilaï, Chögyal Phagpa devient officiellement régent (sde srid ou desi) ou « vice-roi » du Tibet (du moins des régions de U-Tsang, Kham et Amdo[18]). Le monastère de Sakya (Sakya Densa) devient capitale du pays[19].

De retour dans son pays natal après près de 30 ans d'absence, Chögyal Phagpa s’efforce d’imposer effectivement le contrôle sakya. Chana Dorje est le premier gouverneur (dpon chen). Après sa mort prématurée en 1267, Chögyal Phagpa nomme Shakya Bzangpo. Un recensement a lieu en 1268 et le pays est divisé en 13 parties (trikor chuksum ou myriarchie).

Néanmoins le pouvoir sakya est contesté, en particulier par les kagyu ; Karma Pakshi s'est en effet activé pour gagner les Mongols à la cause de sa lignée. Malgré la bienveillance de Möngke, Kubilaï resta pro-Sakya. Karma Pakshi obtint le soutien de son frère et rival Ariq Böke, mais c'est Kubilaï qui devint Grand Khan, confirmant les sakya dans leur position. Mais Kagyu ne s'avoue pas vaincu. À la mort de Chana Dorje commencent les révoltes (1268-69, 1285-1290) de Drikung Kagyu, qui s'achèveront en 1290 par la destruction de leur monastère principal de Drikung Thil. La secte rebelle reçoit l'aide d'une petite garnison de troupes appartenant à Houlagou, qui possède un apanage dans la région où se trouve le siège de Drikung[20],[18]. Néanmoins les Houlagides ont d'ores et déjà fixé leur destin en Perse et Drikung ne peut guère attendre de renforts de leur part.

Les sakya connaissent aussi des luttes internes qui compromettent l'efficacité de leur administration. Chögyal Phagpa, arrivé à 10 ans à la cour de Köden, aura passé moins d'une décennie de sa vie adulte au Tibet, et ses successeurs auprès des empereurs chinois (guoshi 國師 à la tête des affaires bouddhiques ou dishi 帝師 précepteurs impériaux) seront maintenus principalement en Chine du fait de leurs fonctions. Les gouverneurs dpon chen, résidant eux au Tibet, sont issus de sakya, mais ne coopèrent pas toujours avec le guoshi, comme le montre l'exemple de l'empoisonnement supposé de Chögyal Phagpa par le dpon chen Kunga Zangpo[21],[22].

En 1269, Chögyal Phagpa revient à Khanbalik auprès de Kubilaï et lui présente un projet d’écriture censée transcrire toutes les langues de l’empire chinois et remplacer les sinogrammes dans les documents administratifs. Il s’agit d’une commande impériale connue comme l’écriture Phagspa. Elle sera utilisée pendant 110 ans, et peut être retrouvée sur des objets de la dynastie Yuan qu’elle permet ainsi de dater. Kubilaï nomme alors Phagpa précepteur impérial dishi (帝師), la plus haute distinction chinoise pour les religieux et érudits, et confirme la régence des sakyas. Ils garderont le pouvoir jusqu’au milieu du XIVe siècle.

Gouvernement Phagmodrupa (1354-1481)

Une cinquantaine d’années plus tard, une autre lignée kagyu (Phagdru Kagyu) issue de l’ermite Phagmo Drupa (Phag mo gru pa 1118-1170), ayant pour siège le monastère de Densatil (gDan-sa-mthil) à Nêdong (Sne'u gdong) et pour capitale Tsetang (Rse thang) dans le district de Qonggyai, arrache le contrôle du Tibet central aux sakyapa. C'est le début de la période Phagmodrupa durant laquelle l'influence mongole s'efface tout en laissant des traces dans l’organisation administrative du pays. Les Ming qui succèdent aux Yuan en 1368 font des démarches pour maintenir avec les lamas importants des relations protecteur-conseiller religieux, mais avec moins de conviction et de succès que leurs prédécesseurs mongols. Le phagmodrupa Dragpa Gyaltsen (1385 – 1432), le 4e Karmapa et le gelugpa Tsong Khapa refusent les invitations à la cour de Chine, bien que les deux derniers y envoient respectivement un jeune héritier (le 5e Karmapa) et un disciple (Jamchen Choje).

La puissance des phagmodrupa émerge à partir de 1352, alors que la dynastie Yuan perd de sa puissance. L'un des chefs régionaux, Changchub Gyaltsen (Byang chub rgyal mtshan, 1302-1364), chef du clan Lang (Rlang) qui contrôle la lignée, se révolte contre l'hégémonie sakyapa. Après 6 années de guerre, Changchub Gyaltsen vainc les sakyapa. Entre 1354 et 1358 il obtient le pouvoir effectif sur le Tibet central. Il remplace les administrateurs sakyapa par des proches indépendants des Mongols, leur manifestant son indépendance. Il poste des troupes à la frontière chinoise, redistribuant les terres équitablement et diminuant les taxes. Revenant au système judiciaire tibétain créé par Songtsen Gampo, il institue des procès pour les suspects qui étaient exécutés sous les lois mongoles[12]. Changchub Gyaltsen obtient un titre de Taisitu de Yuan Shundi et ses deux premiers successeurs seront titrés également, mais les Ming ne désignent pas un vice-roi du Tibet à la façon dont les Yuan avaient désigné les sakyapa. Ainsi, 10 ans avant la Chine, le Tibet était libéré de la domination mogole.

Le pouvoir Phagmodrupa passera aux Rinpung en 1434, puis aux Tsangpa en 1566. Les chefs Lang, moines héritant en ligne collatérale jusque la seconde moitié du XVIe siècle, se donnent les titres de desi (régent monastique) pour les quatre premiers, puis de gongma (roi) ou lha btsun (roi divin).

Ascension des gelug (à partir du XVIe siècle)

Lobsang Gyatso, 5e dalaï-lama, premier chef gelug de la théocratie tibétaine
Lhazang Khan, khan kalmouk protecteur de gelugpa

Altan Khan (1507-1582), chef de l'Aile Droite des Mongols, s’efforce de réunifier les tribus pour retrouver la puissance initiale de l’alliance ; il renoue les liens avec le Tibet. La puissance des Sakyapa ayant disparu, ce sont les Gelugpa qu’il distingue. Il offre le titre de « dalaï » (Océan de Sagesse) à Sonam Gyatso, chef du courant réformateur, titre qui fut appliqué rétrospectivement à ses deux prédécesseurs. En retour, le 3e dalaï-lama confère à Altan Khan le titre de « Brahma », roi de la religion. Altan Khan invite le dalaï-lama en Mongolie en 1569 et 1578 et se convertit au bouddhisme tibétain durant la seconde visite ; il promulgue un édit en faisant la religion officielle de son peuple. En 1588, le 3e dalaï-lama meurt alors qu'il enseigne en Mongolie. Le 4e dalaï-lama naquit en Mongolie, et à l'âge de 12 ans, il sera amené au Tibet.

Lobsang Gyatso (1617-1682), 5e dalaï-lama, est renommé pour son sens politique. Il maintient l'indépendance du Tibet contre les pressions des pouvoirs chinois et mongol. En 1640, l'Empereur mongol Güshi Khan de la tribu des Qoshot (Khoshuud ou Kalmouks) envahit le Tibet et vainc le Roi de Tsang. Du fait des liens des lignées Kagyu et Jonang avec ce roi, le 10e Karmapa, chef de l'école Karma Kagyu, doit s'exiler durant 20 ans. Les Jonangpas sont persécutés par les Gelugpas et semblent disparaître, mais ils subsisteront jusqu'à nos jours et seront reconnus par le 14e dalaï-lama. En 1642, Güshi Khan instaure le 5e dalaï-lama chef spirituel et temporel du Tibet, qui s'étend alors de Dartsedo, aux portes de la Chine, jusqu'aux frontières du Ladakh.

En 1645, le cinquième dalaï-lama établit la capitale à Lhassa et fait débuter la construction du palais du Potala qui prendra près de quarante-trois ans et où siègera le gouvernement du Tibet. En 1649, le chef temporel du Tibet est invité à Pékin par l'Empereur Shunzhi de la dynastie mandchoue, qui vient à sa rencontre, parcourant 20 km depuis Pékin en quatre jours. Dans la capitale chinoise, le dalaï-lama demeure au palais Jaune construit pour lui par l'Empereur. Les deux dirigeants échangèrent des titres honorifiques. En 1653, Lobsang Gyatso retourne au Tibet. Entre 1670 et 1685, sous le règne du 5e dalaï-lama, le Tibet conquiert la vallée de Chumbi au sud du Tibet, certaines régions du Kham, et la partie de l’ouest du Tibet contrôlée par le Ladakh ; seul le Bhoutan résista victorieusement à ces conquêtes.

Les dalaï-lamas successifs, ou leurs régents dans l'intervalle, seront en charge du gouvernement du Tibet jusqu’en 1959.

À la fin du XVIIe siècle, à la suite d’une dispute avec le Bhoutan, le Tibet envahit son allié le Ladakh, amenant la conversion du roi de ce pays à l’islam, condition exigée - avec la construction d’une mosquée – par les Cachemiri pour leur aide. Un traité est signé en 1684, mais l’incident précipite la perte d’indépendance du Ladakh au profit du Cachemire.

Estimant que le 6e dalaï-lama mène une vie dépravée, les Kalmouks Khorshuud qui se considèrent comme les protecteurs du courant Gelug décident d’intervenir, approuvés par Ligdan Khan, chef des Mongols, et l’empereur chinois Kangxi. Lhazang Khan, petit-fils de Güshi Khan, envahit le Tibet en 1705, apportant avec lui un nouveau dalaï-lama, Ngawang Yeshi Gyatso, intronisé en 1707 mais non reconnu par Gelugpa. En 1706, Tsangyang Gyatso a été évacué à Gongganor au sud de Kokonor où il meurt – assassiné, pensent les historiens – ou disparait mystérieusement vers la Chine ou la Mongolie selon la légende. Les Tibétains cherchent de l’aide auprès d’une autre branche kalmouke, les Dzoungars, qui ont raison de Lazhang Khan mais s’installent à Lhassa où ils n’en font qu’à leur tête. C’est ce qui amène l'intervention militaire chinoise de 1720. Les troupes chinoises chassent les Dzungars et mettent en place le 7e dalaï-lama, Kelzang Gyatso, qui reconnaît la Chine comme pouvoir protecteur.

De la vassalité à la colonisation, 1720-1908

Les cinq langues de la dynastie Qing (palais d'été à Chengde) : de gauche à droite, le mongol, l'ouïghour, le chinois, le tibétain et le mandchou

En 1720, les empereurs de la dynastie mandchoue des Qing, qui prennent le pouvoir après l'effondrement de la dynastie Han des Ming, exercèrent sur le Tibet une influence politique proche du protectorat sans toutefois l'incorporer dans leur empire[23].

Cependant, ce protectorat chinois se révèle fluctuant à l’usage. Il est réel en période troublée (guerre civile, rébellions, etc.), avec une mainmise sur la politique intérieure ; il s’avère beaucoup plus souple en temps calme, marqué par un retrait des Chinois qui se contentent de remplir leur rôle de protecteur ; ainsi, ils interviennent pour stopper les invasions des Gurkhas népalais, puis se retirent.

En 1788, les forces Gurkha envoyées par le roi du Népal, Rana Bahadur (?), envahissent le Tibet, occupant un nombre de frontière quartiers. Le jeune panchen-lama fuit à Lhassa et l'Empereur mandchou Qianlong envoya des troupes à Lhassa, les Népalais se retirèrent et consentirent à payer une somme annuellement.

En 1791 les Gurkhas népalais envahissent le Tibet une deuxième fois, saisissant Shigatse, détruisant, pillant, et défigurant le grand monastère de Tashilhunpo. Le panchen-lama est forcé de fuir à Lhassa à nouveau. L'Empereur Qianlong envoie alors une armée de 17 000 hommes au Tibet. En 1793, avec l'assistance de troupes tibétaines, ils expulsent les troupes népalaises jusqu'à peu près 30 km de Katmandou avant que les Gurkhas n'admettent la défaite et restituent les trésors qu'ils avaient pillé[24].


Après la disparition de Qianlong, et à la suite des invasions occidentales, l’affaiblissement de la Chine rend ce protectorat totalement virtuel ; les Chinois n’assurent plus leur rôle de protecteur et laissent les Tibétains se débrouiller seuls face aux agressions étrangères. Les deux Ambans présents à Lhassa, dont les injonctions ne sont jamais respectées par les Tibétains, se contentent d’un rôle de simples observateurs impuissants, et maintiennent uniquement l’illusion de la domination chinoise. Le Tibet est tombé sous la coupe d’une Chine ambitieuse et expansionniste, du fait de ses dissensions internes, mais il a retrouvé une souveraineté de facto au XIXe siècle, tout en acceptant une « dépendance nécessaire » (une protection militaire), du fait de son statut particulier.

Le premier contact du Tibet avec le monde occidental se fait par l’intermédiaire de la Grande-Bretagne, puissance coloniale à la fin du XIXe siècle. Sur le plan géopolitique, les Britanniques disent vouloir anticiper sur d’autres prétentions colonialistes, en particulier celles des Russes dont ils ont sans doute surestimé les ambitions dans la région.

Les premières manœuvres britanniques en direction du Tibet se soldent par des échecs, avec une fin de non-recevoir de la part des autorités tibétaines qui refusent de s’ouvrir aux influences occidentales ou de voir leur territoire traversé par des commerçants. C’est donc vers la Chine, considérée comme puissance tutrice, que les Anglais vont se tourner pour arriver à leurs fins. L’ouverture vers la Chine va s’opérer en deux phases, avec un changement d’orientation très net dans la stratégie anglaise lorsqu’ils percevront clairement la réalité locale. Dans un premier temps, ils multiplient les signatures de traités avec la Chine ; les plus significatifs sont :

  • 1876 : la convention de Chefoo, où la Chine accorde un droit de passage anglais au Tibet ; cet accord constitue la première reconnaissance implicite de l’autorité chinoise sur le Tibet par une puissance occidentale ;
  • 1890 : le traité de Calcutta, qui fixe la frontière entre le Sikkim anglais et le Tibet ;
  • 1893 : le « Tibet Trade Regulation », qui autorise le commerce britannique au Tibet et permet à la Grande-Bretagne d’ouvrir un comptoir commercial à Yatung, en territoire tibétain.

Ces traités légitiment les revendications de souveraineté chinoise et le « droit » de la Chine à mener la politique extérieure du Tibet. L’Angleterre admet une quasi-souveraineté chinoise car cela va dans le sens de ses propres intérêts, mais va très vite prendre conscience que la Chine n’a aucun moyen pour imposer ces accords au Tibet.

Les Tibétains entendent rester maîtres de leur territoire et de leurs choix et ne se sentent pas concernés par des conventions signées par dessus leur tête ; ils refusent donc catégoriquement de les appliquer. Dès qu’ils comprennent que la souveraineté chinoise n’est que nominale, les Britanniques changent de stratégie et traitent directement avec Lhassa :

  • En 1899, une première tentative de Lord Curzon, vice-roi des Indes, d’établir un contact direct est éconduite poliment ;
  • En 1904, devant l'impossibilité d'imposer pacifiquement leur présence, les Britanniques lancent une opération militaire au Tibet ; menée par le colonel Francis Younghusband, elle vise officiellement à sécuriser l’Empire des Indes menacé par une éventuelle mainmise de la Russie sur le Tibet. Cette opération aboutit à l’occupation de Lhassa et à la fuite du 13e dalaï-lama. L'extrême brutalité de cette action militaire, marquée par le massacre de la défense tibétaine, convaincra les Tibétains de l'intransigeance britannique ;
  • Un traité signé à Pékin le 27 avril 1906 permet à la Chine de réaffirmer sa suzeraineté sur un Tibet fermé aux étrangers, alors que, dans le mouvement de ce qui a été appelé le « dépeçage de la Chine », le Royaume-Uni s’attribue au Tibet des privilèges commerciaux et diplomatiques ;
  • En 1907, les Britanniques imposent la signature du traité de Lhassa qui entérine leur présence au Tibet, matérialisée par une représentation à Lhassa et trois bases commerciales, et contraint les Tibétains au versement d’une indemnité. Après avoir compris que l'emprise chinoise n'est que virtuelle, les Britanniques ne vont plus s’adresser qu’aux seuls Tibétains, reconnaissant implicitement la souveraineté du Tibet. Cette perception de la situation locale par les Britanniques sera d'ailleurs confirmée par l’accord anglo-russe de 1907, où il est fait allusion à la suzeraineté chinoise, et non à sa souveraineté ;
  • En 1908, les Britanniques retirent leurs troupes du Tibet mais continuent, en vertu des traités, d’y exercer un droit de regard.

C'est durant cette période, précisément en 1898, que le Gouvernement du Tibet du 13e dalaï-lama abolit la peine de mort [25].

De la destitution à une autorité retrouvée 1904-1929

En 1904, le 13e dalaï-lama, que l'expédition militaire britannique de Younghusband avait contraint à s'enfuir vers Ourga en Mongolie, est reçu par le Khutuktu et les représentants russes. Mais le Tsar, qui mène une guerre qu’il va perdre contre le Japon, ne peut pas voler au secours du Tibet. Pékin destitue le 13e dalaï-lama qu'il accuse de lâcheté. Les Anglais recevront des dommages de guerre en soixante quinze versements annuels et occuperont la vallée de Chumbi, tant que la somme convenue ne sera pas soldée.

Le Tibet s'engage à ne pas céder ou louer une partie de son territoire sans l'accord de la Grande-Bretagne. Aucune puissance étrangère ne sera autorisée à envoyer des représentants officiels ou des personnes privées au Tibet, quelles que soient les motifs de leur séjour, que ce soit pour construire des routes, des voies ferrées, installer le télégraphe, prospecter ou exploiter des mines, sans le consentement de Londres. L'accord est signé, avec apparat, dans la salle du trône du palais du Potala, à la demande du chef de l'expédition britannique. Les troupes peuvent se retirer de Lhassa. Les Anglais vont occuper pendant 75 ans une partie du territoire tibétain. Cet accord, négocié sans la participation des Chinois, est parfois interprété comme une reconnaissance implicite de l'indépendance du Tibet par les Anglais. Les traités passés avec la Grande-Bretagne restreignaient cependant la souveraineté du Tibet, celui-ci ne pouvant pas autoriser la venue d'étrangers sur son territoire sans l'accord de Londres; l'ouverture de relations diplomatiques avec des puissances présentant une menace potentielle pour l'Empire des Indes aurait donc été très difficile.

En 1905, la Chine entreprend la construction d’un télégraphe destiné à relier au Sichuan la ville de Chamdo (Kham), un important nœud de communications. Pékin envisage de recoloniser la région et d’en exploiter les ressources minières. L’afflux de Chinois provoque un début de disette à Batang. Le nouvel envoyé de Pékin, Zhao Erfeng, qui vient d’y arriver, souhaite réduire le nombre des moines considérés comme des bouches inutiles. Animée par les monastères gelugpas, qui menacent de mort tous ceux qui aideraient les Chinois, le soulèvement gagne toutes les régions du Kham. Le général mandchou Zhao Erfeng envahit l’Est du Tibet avec une extrême brutalité. Ses troupes rasent les monastères, massacrent les moines, décapitent les fonctionnaires tibétains et installent des Chinois à leur place. L’éradication du bouddhisme tibétain et la colonisation du Kham sont les buts avoués de l’entreprise. Des paysans du Sichuan doivent remplacer les Khampas chassés de leur terre. En 1906, le 13e dalaï-lama quitte Ourga.

Les Chinois négocient avec les Britanniques le traité de Pékin. Echaudés par les déconvenues qu’ils viennent d’essuyer, affaiblis par la chute du ministère Balfour à Londres, les Anglais décident de se montrer conciliants avec les Chinois. La convention de Lhassa est aménagée. Il n’y aura pas d’occupation anglaise du territoire tibétain. L’indemnité de guerre se règlera en trois fois. La suzeraineté de la Chine sur le Tibet est réaffirmée. Cette dernière puissance règle les sommes dues aux Anglais par les Tibétains. Les rivalités des grandes puissances ont renforcé la tutelle de la Chine qui s’affaiblissait. Le Tibet est devenu le jouet d’enjeux qui le dépassent et qu’il ne peut pas maîtriser. L’étouffement dans le sang de la révolte des Khampas et la volonté affichée par la Chine impériale de coloniser la région marque un tournant dans l’histoire du Pays des Neiges. Au début du XXe siècle, son avenir est en train de se décider. Le dalaï-lama réside à Kumbum jusqu’à 1908. En 1907, l’amban de Lhassa exige la destitution de Youthog Phuntsog Palden accusé d’être le responsable de l’ouverture des marchés britanniques au Tibet. Un programme de réforme est élaboré. Il prévoit la création à Lhassa d’un hôtel des monnaies. La mise sur pied d’une armée et la réduction des privilèges accordés aux religieux. Le recours à des mandarins est envisagé.

Zhao lance un train de réformes dans les territoires sous son contrôle. L’administration est partagée entre Chinois et Tibétains. L'influence des monastères est réduite par l'interdiction de s’agrandir et la réduction du nombre de leurs moines. Des écoles sont ouvertes[réf. nécessaire]. Le servage est aboli[réf. nécessaire]. Un état civil est créé. La fiscalité est modifiée. La monnaie mandchoue et les lingots d'argent sont les seuls admis comme moyen de paiement. L’hygiène corporelle et le port du pantalon sont imposés. Les colons chinois sont incités à s’installer dans la région. Leur mariage avec des Tibétaines est encouragé… Bref, la sinisation du Tibet est en marche.

Mécontente de la concurrence commerciale que lui impose l’Angleterre au Tibet, la Chine interdit l'usage des roupies indiennes à l'ouest des terres sous son contrôle et envisage la création d'une banque à Lhassa.

En 1908, le 13e dalaï-lama s’installe au Wutai Shan (Shanxi). Il y reçoit de nombreux visiteurs étrangers et cherche à nouer des relations diplomatiques. Il souhaite se rapprocher de la France. A cette fin, il admet l’ouverture de missions catholiques au Tibet à condition que les conflits qui les opposeraient aux monastères bouddhistes soient réglés par Lhassa. Ces tentatives resteront sans lendemain. Paris craint de mécontenter Londres, Saint-Pétersbourg et Pékin. La stabilité européenne milite pour une entente avec les deux premières capitales. Une brouille avec la Chine hypothèquerait la situation du Tonkin. Et puis, les contrats économiques proposés par la Chine sont beaucoup plus juteux que ceux du Tibet.

Le 13e dalaï-lama se rend à Pékin. On l’oblige à fléchir le genou devant Cixi, l’impératrice douairière pour marquer sa dépendance. Mais il ne se laisse pas intimider. Un décret le rétablit dans ses fonctions de chapelain de la cour mandchoue. Un second amban s’installe à Lhassa. La tentative de main mise chinoise se confirme. Nouveau traité sino-britannique signé à Calcutta. Après des débats houleux, la convention de 1893 est confirmée. La Chine est militairement garante de l’application de l’accord au Tibet.

En 1909, le 13e dalaï-lama retourne à Lhassa. Il se montre gracieux avec les Tibétains et ignore ostensiblement les Chinois. Le cœur des soldats chinois est noir de rage, selon l’expression de l’un d’entre eux. Le 13e dalaï-lama crée un Bureau des affaires étrangères, embryon d’un futur ministère. Une armée chinoise entre au Tibet soi-disant pour faire respecter les accords sino-britanniques. La Chine entend en réalité prendre sa revanche, suite à l'agression britannique, et affirmer son autorité sur le Pays des Neiges. Le second amban est destitué. Il aurait tenté de négocier avec l’entourage du dalaï-lama.

Le dalaï-lama réclame l’aide de Saint-Pétersbourg. Les ambassadeurs du Japon, de la France, de la Russie et de la Grande-Bretagne à Pékin sont approchés par des émissaires tibétains. Le Japon s’interroge. Les autres puissances préfèrent privilégier leur alliance avec la Chine.

L'armée chinoise de Zhao Erfeng entre à son tour à Lhassa. L’intention des Chinois est d’arrêter le dalaï-lama et de mettre à mort trois de ses ministres. Le dalaï-lama est contraint de fuir une seconde fois. Des unités de l’armée tibétaine se sacrifient pour arrêter ses poursuivants. Il se réfugie en Inde sous domination Britannique. En 1910, le dalaï-lama est destitué par l'empereur Qing Chinois en termes méprisants, juste avant la chute de l'empire en 1911. Un gouvernement pro-chinois est constitué. Le 9e panchen-lama, resté au Tibet, refuse la proposition des Chinois de remplacer le dalaï-lama.

Les démarches engagées par le dalaï-lama pour solliciter l’intervention des puissances étrangères demeurent lettre morte. Les Anglais reconnaissent le nouveau gouvernement tibétain installé par les Chinois. La situation instable du sous-continent ne les incite pas à risquer une confrontation avec l’empire mandchou. Les Anglais s’opposent même à un déplacement du dalaï-lama en Russie. Tant qu’il sera sur leur territoire, il devra cantonner son action aux affaires religieuses. En 1911, le 13e dalaï-lama profite de son exil en Inde pour s’initier à la politique étrangère. L’idée de créer une armée nationale germe dans son esprit. Il entre secrètement en relation avec la résistance tibétaine et prépare une insurrection.

Zhao Erfeng est décapité par les révolutionnaires chinois à Chengdu.

En 1912, suite à une lettre de Yuan Shikai souhaitant restaurer le rôle du dalaï-lama, celui-ci répond qu'il ne demande aucun titre du gouvernement chinois car il entend exercer son pouvoir spirituel et temporel au Tibet[26]. Cette lettre est considérée comme une déclaration d'indépendance[27]. En 1912, le 13e dalaï-lama revient à Lhassa. Le Tibet profite de la révolution de 1911 pour remettre en cause la présence chinoise sur son territoire et expulser les troupes chinoises. Mandaté par le dalaï-lama, Dordjieff (ou Agvan Dorjiev (1853/54–1938)) se serait rendu en Russie pour obtenir la reconnaissance de l’indépendance du Tibet[28]. La même démarche aurait été entreprise auprès de la France et de l’Angleterre[réf. nécessaire]. Tous ces efforts seraient restés vains. La Chine étant hors jeu, les cartes vont être redistribuées en Asie et les nouvelles zones d’influence ne sont pas encore attribuées.

En 1913, un accord de reconnaissance mutuelle d’indépendance est signé entre la Mongolie et le Tibet. Les relations établies entre les deux nations permettent l’acheminement d’armes japonaises du Japon vers le Tibet en transitant par la Mongolie. Le 8 janvier et le 14 février 1913, le 13e dalaï-lama, proclame l'indépendance de son pays par une proclamation publique et un discours resté célèbre. Conscient des forces centrifuges qui travaillent le Tibet, il exhorte son peuple à l’union sous sa bannière, celle de Songtsen Gampo dont il se veut l’héritier.

En 1913-1914, la convention qui se tient à Simla en Inde, et qui réunit les représentants de la Grande-Bretagne, de la Chine et du Tibet, définit le statut et les limites géographiques du Tibet. Elle prévoit la séparation des régions de population tibétaine en deux entités : d'une part un « Tibet intérieur », où Lhassa n'aurait que l'autorité spirituelle, et d'autre part un « Tibet extérieur » autonome sous administration du gouvernement du dalaï-lama, tous deux sous suzeraineté chinoise. Par ailleurs, la frontière avec l'Inde est redessinée suivant la ligne Mac-Mahon, transférant à cette dernière les territoires au sud de la ligne de crête de l'Himalaya oriental qui constituent aujourd'hui l'état indien de l'Arunachal Pradesh. Bien que paraphé par les représentants des trois pays, le gouvernement de Pékin s'oppose aussitôt à l'accord et renie le paraphe de son délégué car, s'il aurait accepté le statut d'autonomie du Tibet extérieur sous suzeraineté chinoise, il rejette en revanche les frontières proposées[29],[30].

Le contrôle du gouvernement du Tibet s'étend progressivement, à partir de l'Ü-Tsang, jusqu'au fleuve Yangzi, qui devient en 1932 la frontière de fait entre Chine et Tibet[31]. La région occidentale du Kham ainsi intégrée, les frontières correspondent alors approximativement à celles de l'actuelle région autonome du Tibet. L'administration de Lhassa ne contrôle en revanche pas les autres régions à population tibétaine qui sont administrées localement, comme le Kham oriental (province chinoise du Xikang) que se partagent divers seigneurs locaux, ou la région de Xining au nord-est de l'Amdo (province chinoise du Qinghai) dirigée par le seigneur de la guerre hui pro-Kuomintang Ma Bufang[réf. nécessaire].

En 1924, le panchen-lama se réfugie à Nankin. En 1929, la Chine accepte de reconnaître l'autorité du dalaï-lama, mais obtient certains avantages en échange.

De 1929 à 1949

En 1929, Tchang Kaï-chek envoie l’abbé du temple Jaune de Pékin auprès du treizième dalaï-lama. Ce dernier accepte un échange de représentants à condition que la Chine lui fournisse des armes. Les négociations tournent court.

En 1930, un conflit armé éclate entre deux monastères du Kham dont l'un est soutenu par les troupes chinoises d’un seigneur de la guerre chinois. Les Chinois sont repoussés et les guerriers khampas entrent au Sichuan.

Le neuvième panchen-lama occupe une place d’honneur à la conférence de révision de la constitution chinoise. La suzeraineté de la Chine sur la Mongolie et sur le Tibet y est rappelée.

En 1932, nouvelle tentative de conquête chinoise au Kham à l'initiative d’un seigneur de la guerre chinois. Les territoires perdus face aux Tibétains sont récupérés.

Le panchen-lama, nommé par la Chine commissaire pacificateur des provinces frontières de l’ouest, est courtisé par les factions chinoises.

Les démarches diplomatiques de Lhassa s'engagent, y compris auprès de la SDN, mais sans résultat. Des négociations s'ouvrent avec la Chine pour régler le problème frontalier. Le treizième dalaï-lama accepte de reconnaître la suzeraineté de la Chine.

En 1933, le treizième dalaï-lama meurt prématurément. Il aurait choisi de partir afin qu'un dalaï-lama plus jeune soit présent lors de l'intervention chinoise, comme cela fut suggéré.

Voici quelques lignes prémonitoires extraites de son testament écrit alors que la Mongolie est devenue république populaire :

«  Il se peut qu’un jour, ici, au cœur du Tibet, la religion et l’administration soient attaquées simultanément, du dehors et du dedans. À moins de sauvegarder nous-mêmes notre royaume, il arrivera que les dalaï-lamas et les panchen-lamas, le père et le fils, les dépositaires de la Foi, les glorieuses Réincarnations soient jetés à terre et leurs noms voués à l’oubli. Les communautés monastiques et le clergé verront leurs monastères détruits… Les administrations des Trois Grands Rois Religieux (Tri Songtsen Gampo, Trisong Detsen et Tri Ralpachen) seront affaiblies. Les fonctionnaires de l’État religieux et séculier se verront désaisis de leurs terres et de leurs autres possessions. Et eux-mêmes devront servir leurs ennemis, ou errer dans le pays comme des mendiants. Tous les êtres seront plongés dans de grandes difficultés, les jours et les nuits sombreront lentement dans les souffrances. Ne soyez pas des traîtres vis à vis de la communauté religieuse ou de l'État en travaillant pour un autre pays que le vôtre. Le Tibet est heureux, et dans le confort maintenant. La situation est entre vos mains. »

Dans ce document, il insiste sur la nécessité d’entretenir de bonnes relations de voisinage avec l’Inde, dominée par les Anglais, et la Chine, encore nationaliste. Il exhorte laïcs et religieux à faire front contre les dangers qui menacent le pays. La Chine profite de la vacance du pouvoir pour renouer les négociations avec le Tibet. Les autorités tibétaines reconnaissent sa tutelle mais entendent que l’armée et les relations internationales demeurent en leur pouvoir.

Le panchen-lama accepte une escorte chinoise pour rentrer à Tashilhunpo.

En 1935, le 14e dalaï-lama naît dans l' Amdo. Durant la Longue Marche de 1935 effectuée par l'Armée rouge pour échapper à l'armée nationaliste du Kuomintang durant la Guerre civile chinoise, les troupes de Mao Zedong traversent des régions tibétaines et subissent plusieurs embuscades des Tibétains. La population tibétaine conserve un souvenir dramatique des communistes et nationalistes qui ont jalonné leurs périples de scènes d'horreur, tortures et pillages[32].

En 1936, le panchen-lama rencontre le régent à Jyekundo (Préfecture autonome tibétaine de Yushu) et lui fournit des indications pour trouver le tulkou du dalaï-lama.

En 1938, l'agression japonaise et des victoires communistes contraignent le gouvernement de la République de Chine à fuir au Sichuan. Des centaines de civils, effrayés par les exactions nippones, se réfugient à l’ouest de la Chine dans des territoires autrefois tibétains. Ceux-ci vont désormais être majoritairement peuplés de Chinois.

Un seigneur de guerre chinois musulman, Ma Bufeng, terrorise les populations de l’Amdo sur lesquelles il prélève des contributions.

1939 voit la création du Parti communiste tibétain par Phuntsok Wangyal[33].

En 1940, le 14e dalaï-lama est enfin intronisé dans sa capitale. Un représentant de la Chine nationaliste arrive à Lhassa. Il ne jouera pratiquement aucun rôle, sauf celui de faciliter le retour à Shigatse de la dépouille du panchen-lama.

En 1941, Tchang Kaï-chek se rend à Lhassa où il visite le monastère de Drepung.

1942 voit la création de l'office des affaires étrangères du Tibet.

En 1943, un projet d’ouverture d’une route militaire d’approvisionnement entre l’Inde et la Chine via le Tibet inquiète Lhassa qui réplique en expulsant le représentant de la Chine. L'office tibétain des affaires étrangères prévient le gouvernement nationaliste chinois qu’il devra désormais s’adresser à lui. Une sorte de ministère des Affaires étrangères est ainsi créé à Lhassa.

Les troupes de Tchang Kaï-chek s’apprêtent à envahir le Tibet à partir du Sichuan pour construire la route. La Chine nationaliste exige aussi la fermeture de l'office tibétain des affaires étrangères.

Heinrich Harrer, alpiniste et SS autrichien évadé du camp de Dehradun en Inde où il était prisonnier de guerre, arrive au Tibet en 1944 et à Lhassa en 1946. Il restera plusieurs années au Tibet. Il indique jouer des parties de tennis hebdomadaires avec des amis tibétains mais aussi avec des membres de la mission népalaise et des légations chinoise et anglaise[34].

En 1944, Phuntsok Wangyal crée à Lhassa une organisation secrète d’inspiration communiste: « L’Association des Jeunes Tibétains sous Serment»[réf. nécessaire].

Le régent accepte l’ouverture d’une école anglaise à Lhassa, pour la formation de techniciens en télégraphie et en électricité. Sous la pression des conservateurs religieux, elle fermera au bout de quelques mois.

Les Tibétains voudraient obtenir des Anglais la participation de leur pays aux accords de paix qui mettront fin à la seconde guerre mondiale. Londres se montre évasive.

Les Tibétains affirment leur volonté d’indépendance. En violation des accords de Simla, ils exigent la possession de visas pour les Chinois entrant sur leur territoire et prétendent régler le sort des populations du Kham et de l’Amdo sous administration chinoise.

Des émissaires du Tibet se rendent à l’ouverture de l’Assemblée constituante de Chine. Ils vont s’y trouver aux côtés des représentants de l’Amdo et du Kham sous contrôle chinois. Ils quitteront l’Assemblée avant la fin des travaux pour ne pas avoir à signer l’acte d’allégeance à la Chine.

L'Inde obtient son indépendance et la Grande-Bretagne se désengage vis-à-vis de Lhassa. Le vice-roi des Indes annonce au gouvernement tibétain que les Britanniques ne sont plus en mesure de respecter les accords signés par ses prédécesseurs. Le gouvernement indien se considère comme l’héritier des accords passés par la puissance impériale. Lhassa se refuse à reconnaître les droits revendiqués par New Delhi. Les Tibétains viennent de s’attirer l’animosité de leur puissant voisin du sud.

Les représentants du Tibet siègent avec leur drapeau parmi les délégations de 32 nations à la conférence pan-asiatique réunie à New Delhi.

1949, Mao Zedong triomphe en Chine continentale et instaure la République populaire de Chine. Tchang Kaï-chek et les nationalistes s'enfuient à Taïwan.

Encouragés par l’arrivée au pouvoir de Mao en Chine, Phuntsok Wangyal et son « Association des Jeunes Tibétains sous Serment » réclament un changement de gouvernement et l’avènement d’une société moderne et démocratique[réf. nécessaire].

Le pouvoir de Lhassa réplique en décidant l’expulsion de tous les Chinois et des signataires de la pétition. Les relations avec les autorités chinoises sont rompues. Une levée de boucliers et des bruits de bottes intempestifs accompagnent ces mesures. Le Tibet fait acte de candidature à l’ONU. Mais il est diplomatiquement isolé. Personne ne le soutiendra. De plus, cette candidature se heurterait au veto de l’URSS[réf. nécessaire].

De 1949 à nos jours

La prise de contrôle par la Chine communiste

Entre 1950 et 1951, l'Armée populaire de libération va intervenir au Tibet, juste après la chute du gouvernement nationaliste chinois. En 1950, la Chine annonce ce qu'elle appelle la « libération » du Tibet. La trahison de certains hauts fonctionnaires et militaires tibétains, corrompus par les chinois[réf. nécessaire], combiné à la faiblesse de l'armement et de l'équipement tibétains[réf. nécessaire], engendrera, malgré l'avantage objectif procuré par les plus hautes montagnes du monde, une intervention rapide, si rapide que la communauté internationale, sur laquelle comptait le Tibet [réf. nécessaire], ne peut réagir. En 1951, l'armée chinoise pénètre dans Lhassa. Par l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet signé à Pékin le 23 mai 1951 par la délégation tibétaine, sans l'accord officiel de son gouvernement[35], le Tibet devient une province de la Chine, officiellement gouvernée par le dalaï-lama et le panchen-lama.

Ces événements marquent pour le Tibet l'instauration d'un nouveau régime qui le place sous la dépendance du gouvernement de Pékin. Cependant, ce dernier retarde la mise en œuvre des réformes communistes dans la province nouvellement sous contrôle, et ne les introduit que dans les régions plus anciennement intégrées à des provinces chinoises, appartenant aux provinces historiques tibétaines du Kham et de l'Amdo[36]. En 1956 débute à Litang dans le Kham une révolte des Tibétains, qui s'étend la même année à ses autres secteurs, puis en 1957 et 1958 à l’Amdo, et en 1958 et 1959 à Ü-Tsang, le cœur du Tibet nouvellement intégré à la République populaire de Chine.

En même temps, entre 1957 et 1961, dans le contexte de la guerre froide[37], les Américains ont entraîné des guérilleros tibétains aux Etats-Unis mêmes pour ensuite les infiltrer au Tibet[38].

La révolte de 1959

Un soulèvement du peuple tibétain (selon l'historiographie du gouvernement tibétain en exil) ou du clergé et de la noblesse tibétaines (selon celle du gouvernement chinois) débute en mars 1959, suite à une rumeur selon laquelle les autorités chinoises seraient sur le point d'arrêter le dalaï-lama[39]. Le 17 mars 1959, le dalaï-lama, qui sent sa vie menacée, se décide à s'enfuir en traversant l'Himalaya pour rejoindre l'Inde, accompagné des membres du gouvernement tibétain, où il arrive le 31 mars. La révolte est durement réprimée par l'armée chinoise. Selon un document présenté comme un rapport secret de l'armée chinoise, 87 000 tibétains auraient été éliminés dans la région de Lhassa[40],[41],[42],[43],[44].

Depuis, le 14e dalaï-lama réside à Dharamsala. Réfugié en Inde où l'ont rejoint plus de 100 000 compatriotes tibétains, il forme le gouvernement tibétain en exil dès 1959. Des résistants — les Khampas, originaires de la région du Kham — réfugiés dans les montagnes népalaises et soutenus par l'Inde et les États-Unis (dans une stratégie d'endiguement du communisme), mèneront une lutte armée contre les Chinois[45],[46]. Au Tibet, le panchen-lama dirige le gouvernement, avant d'être destitué en 1965.

La mise en place des réformes et la Révolution culturelle

À partir de 1959, juste après avoir réprimé ce qu'il qualifie de révolte de l'ancienne classe privilégiée de l'ancien Tibet, le gouvernement communiste met en place au Tibet une série de réformes, notamment l'abolition du servage et de l'esclavage[interprétation personnelle] [47]. Cependant, l'utilisation du terme « servage » au Tibet a fait l'objet d'une controverse universitaire.

En 1959-1961 le « Grand bond en avant » provoque une famine au Tibet ainsi que dans d'autres régions de la Chine qui fait des dizaines de millions de victimes.

Les Chinois engagent en 1961 la collectivisation de l'économie tibétaine. Mao fait construire des routes et des écoles. Selon des Tibétains en exil, la scolarisation aurait à cette époque été faite uniquement en langue chinoise, et l'apprentissage du tibétain aurait été interdit[48]. Selon certaines sources occidentales[évasif], des dizaines de milliers de femmes tibétaines auraient été contraintes par la force à épouser des colons chinois[49] et, selon le Tibet Justice Center, de nombreuses autres auraient été l'objet d'esclavage sexuel et de prostitution au sein de l'armée chinoise[50].

En 1966, éclata la Révolution culturelle qui atteignit le Tibet en août : 20 000 gardes rouges tibétains[51] à Lhassa se livrent à toutes les déprédations et se combattent en factions rivales. Toute pratique religieuse est interdite et la destruction des monastères se poursuit. Selon des sources pro-tibétaines sur un total de 592 000 moines et nonnes, plus de 110 000 seraient torturés et mis à mort et 250 000 défroqués de force. Les objets culturels en métaux précieux sont pillés ou fondus. Plus de 6000 temples et monastères seront partiellement ou totalement détruits[52],[53],[54] .

Les membres de l'élite tibétaine qui avaient été utilisés par le pouvoir chinois entre les années 1950 et 1960 furent stigmatisés par le Parti communiste au cours de séances de thamzing (séances d'autocritiques) où ils étaient battus et torturés, et ceux qui ne mourraient pas étaient emprisonnés. Le gouvernement tibétain en exil estime que 92000 Tibétains périrent au cours de ces séances d'autocritiques[12].

En 1970, les premières communes populaires sont créées. La collectivisation est achevée en 1975. La population tibétaine est soumise à des séances de rééducation d'une violence extrême, allant jusqu'à des exécutions sommaires.

Le gouvernement tibétain en exil estime à 1,2 million de morts tibétains le bilan de la répression maoïste entre 1949 et 1979[55],[56],[57],[58],[59]. Ce chiffre, qui est très contesté, a été réfuté par Patrick French (ex-directeur de la « Free Tibet Campaign » ), qui a été le premier à consulter les archives du gouvernement tibétain en exil. Il constata que les données brutes, obtenues à partir du témoignage de réfugiés et traitées par le gouvernement tibétain en exil, ne permettaient pas d'obtenir le chiffre total annoncé. En lieu et place de noms, il ne trouva que « des chiffres insérés de façon apparemment aléatoire dans chaque rubrique et dupliqués de façon systématique, incontrôlée » (par exemple, un même affrontement armé, relaté par cinq réfugiés différents, se retrouvait comptabilisé cinq fois). De plus, il s'aperçut que sur les 1,1 million de morts comptabilisés, il n'y avait que 23 364 femmes, ce qui impliquait la disparition de 1,07 million des 1,25 million de Tibétains du sexe masculin, une impossibilité [60],[61], [62].

Ainsi Patrick French considère qu'environ « 500 000 Tibétains sont directement morts à cause de la politique appliquée au Tibet par la République populaire de Chine». Concernant la famine dans les régions du Tibet et en Chine, Partick French indique qu'il n'existe pas de statistique pour le centre Tibet mais il signale que :

« la sauvagerie qui présida à la répression de la révolte contre le pouvoir chinois ne permet pas de savoir si les morts ont été provoquées par la faim, par la maladie, par la guerre ou par les persécutions.  »

Par contre des statistiques existent pour les 3 autres provinces chinoises partiellement tibétaine. Ainsi si pendant la période 1959 - 1962 (comparé aux données des années 1956 - 1958) le taux global de mortalité augmenta de 115 % celui des 3 provinces augmenta en moyenne de 233% [63].

Une étude du nombre de tibétains manquant à partir de la démographie et de la pyramide des âges a été menée par Yan Hao appartenant à la Commission du département de planification d'État à l'Institut de recherche économique à Pékin. Elle estime à 152 000 le nombre de tibétains manquants, dont 90 000 seraient partis en exil et moins de 30 000 seraient morts de faim. Cette étude révèle également une croissance sans précédent de la population tibétaine depuis les années 1960, incompatible avec le prétendu contrôle forcé des naissances[64]. D'un autre côté, la diminution de la population tibétaine d'environ 250 000 personnes entre les recensements de 1953 et 1964, alors qu'elle n'a cessé d'augmenter depuis[65], ne peut s'expliquer que par un nombre de décès « anormaux » durant cette période nettement plus élevé que celui calculé par Yan Hao[réf. nécessaire].

L’après-Révolution culturelle

En 1980, Hu Yaobang, alors secrétaire général du Parti communiste, visite le Tibet. Ce qu'il va découvrir va l'inciter à promouvoir une politique pragmatique au Tibet, demandant le retrait de milliers de cadres Han de la Région autonome du Tibet, et pensant qu'il fallait donner les pouvoirs aux Tibétains pour administrer leurs propres affaires. Parmi ses propositions de réforme, négligées par le Parti, on peut noter : octroi d'une autonomie régionale ; retrait des cadres superflus ; aide aux Tibétains pour l'élevage et l'agriculture ; et relance de l'économie en diminuant les charges fiscales pesant sur ses citoyens. Malheureusement, ce réformateur favorable à la démocratie meurt d'un infarctus, le 15 avril 1989. Sa mort a été un élément déclencheur majeur des manifestations de la place Tian'anmen. Les Tibétains se souviennent de Hu Yaobang comme du seul dirigeant chinois à avoir formulé des excuses officielles envers eux pour les actions du Parti au Tibet[66].

Interdit depuis 1966, le Festival de la grande prière (Monlam) a été rétabli en 1986, décision marquant le retour officiel de la pratique religieuse au Tibet. Cela a permis au 10e panchen-lama de retrouver l’important rôle religieux qu’il avait perdu. Si la fête de l’année 1987 s’est terminée dans la joie, celles de 1988 et 1989 se sont achevées par des manifestations violentes : les 5 mars 1988 et 1989, les Tibétains ont choisi le dernier jour du Festival de la grande prière pour clamer bruyamment leur mécontentement. Quant à celle de 1990, elle fut annulée pour cause de loi martiale.

Depuis 1980, la Chine entrepose au Tibet ses déchets nucléaires[67].

Le gouvernement chinois accusa le congrès d’ingérence dans les affaires intérieures de la Chine et exécuta en public deux Tibétains et la condamnation de 9 autres Tibétains devant 15 000 personnes. Quelques jours plus tard, un groupe de 30 moines du Monastère de Drepung organisent une manifestation à Lhassa le 27 septembre 1987. Beaucoup furent arrêtés, emprisonnés et torturés pendant plusieurs mois. Le 1er octobre 1987, un groupe de moines du monastère de Séra organisent une nouvelle manifestation qui se transforme en violentes émeutes. Le 6 octobre 1987, 12 Tibétains furent tués au cours d'une manifestation pacifique, environ 600 furent arrêtés, emprisonnés et torturés. Le gouvernement chinois accorda au 10e panchen-lama le nouveau rôle de stabilisateur et de modérateur après ces émeutes. Le panchen-lama qui était maintenu à Pékin se rendit alors au Tibet dans le but d’examiner la situation sur place. En dépit de cela, de nouvelles manifestations éclatèrent à Lhassa en mars 1988. Peu après, le 4 avril, Nagpo Ngawang Jigme condamna violemment l’attitude des Tibétains tandis que le 10e panchen-lama évitait d’accuser le 14e dalaï-lama d’être à l’origine des troubles. Le 10e panchen-lama était devenu l’indispensable médiateur entre les Tibétains et le Parti communiste chinois. À ce titre, le lendemain, il fut officiellement réhabilité.

A partir de 1988, le 10e panchen-lama se fit plus actif. Il chercha à rétablir l’usage de la langue tibétaine dans l’administration et il ouvrit des instituts bouddhiques. Surtout, il dénonça l’absurdité de certaines des politiques conduites au Tibet. En janvier 1989, il se rendit à son Monastère de Tashilhunpo dans le but d’inaugurer un stupa rénové rassemblant les dépouilles des précédents panchen-lamas profanés par les Gardes Rouges. Il y prononça un discours très incisif envers le Parti communiste chinois, puis mourut brutalement le 28 janvier, officiellement d’une crise cardiaque.

En mars 1989, des manifestations de Tibétains sont sévèrement réprimées entraînant des Troubles au Tibet en 1989. La loi martiale est décrétée par le secrétaire provincial du Parti communiste Hu Jintao.

En mars 2008, des manifestations de Tibétains contre le pouvoir chinois dégénèrent à Lhassa, rappelant les graves émeutes et manifestations de 1989. Elles surviennent quelques mois avant les Jeux olympiques d'été de 2008. D'autres manifestations ont également lieu en dehors de la capitale, en particulier autour du monastère de Labrang dans le Gansu, une partie de l'ancienne province tibétaine de l'Amdo.

La question tibétaine sur la scène internationale

Voir plus bas le chapitre « Controverses » pour une présentation des points de vue respectifs du gouvernement tibétain en exil et de la Chine.

La Commission internationale des juristes fut saisie de la question tibétaine dès mai 1959. Cette organisation non gouvernementale ayant un statut consultatif auprès du Conseil économique et social de l'ONU rédige un premier rapport[68] qui conclut que le Tibet était un État indépendant de fait avant 1950 : il était formé d'un territoire, d'une population et d'un gouvernement libres de toute immixtion étrangère. Selon ce rapport, la Chine aurait violé l'accord en 17 points[69] et se serait rendue coupable de génocide[70] aux termes de la Convention pour la prévention et la répression de génocide adoptée par les Nations unies en 1948. Un second rapport a été publié après enquête[71].

Les résolutions de 1959 et 1960 de la CIJ, reposant sur les plaintes et les chiffres fournis par le gouvernement tibétain en exil, devaient être remises en question à partir de 1967 lorsqu'il fut révélé que la Commission avait été créée à l'instigation de juristes américains dépendant du Conseil des relations étrangères et qu'elle avait été financée par la CIA de 1952 à 1967. Dans un livre publié en 1994, The International Commission of Jurists, Global Advocates for Human Rights [72], Howard B. Tolley Jr. a expliqué comment la CIJ avait été créée et financée par la CIA en tant qu'instrument de la guerre froide (et ce à l'insu de la majorité des ses responsables et membres) du moins jusqu'en 1967. Ebruité cette année-là, ce financement avait été mentionné à nouveau en 1975 par l'ancien agent de la CIA Philip Agee dans son livre Inside the Company: CIA Diary [73].

Dès 1950, le dalaï-lama et le gouvernement du Tibet interpelèrent le Conseil de sécurité des Nations unies sur l'invasion du Tibet par la Chine. Dans cette période coloniale, seul le Salvador accepta de soutenir le Tibet[74]. En septembre 1959, le dalaï-lama en exil en Inde en appelle cette fois à l'Assemblée générale des Nations unies avec l'espoir que l'organisation prenne une position claire face à la Chine. Grâce au soutien de l'Irlande, de la Malaisie et de la Thaïlande, la question du Tibet est enfin mise à l'ordre du jour. Le 21 octobre, l'Assemblée générale adopte la Résolution 1353 (1959) où elle se déclare gravement préoccupée et consciente de la nécessité de préserver les droits de l'Homme au Tibet.

En 1960, après la publication du second rapport de la Commission internationale de juristes, le dalaï-lama lance un troisième appel à l'ONU. L'Assemblée générale vote la Résolution 1723 (1961) constatant la violation des droits de l'Homme et des règles internationales, mettant la Chine en demeure de les respecter. La résolution de 1961 reconnaît et affirme le droit du peuple tibétain à l'autodétermination, condamne le viol de ce droit et appelle à sa restauration[75].

Le 18 décembre 1965, l'Assemblée générale vote la Résolution 2079 (1965) dénonçant la violation continuelle des droits fondamentaux des Tibétains. L'Inde, qui jusqu'alors s'était toujours abstenue sur la question tibétaine l'a également votée. Mais le silence de la République populaire de Chine n'entraîna aucune mesure de coercition de la part des États membres de l'ONU.

En 1987, le dalaï-lama présente son Plan de paix en cinq points pour le Tibet qui propose :

  1. la transformation de l'ensemble du Tibet en une zone de paix
  2. l'abandon par la Chine de sa politique de transfert de population qui met en danger l'existence des Tibétains en tant que peuple
  3. le respect des droits fondamentaux et des libertés démocratiques du peuple tibétain
  4. la restauration et la protection de l'environnement naturel du Tibet, ainsi que cessation par la Chine de sa politique d'utilisation du Tibet dans la production d'armes nucléaires et pour y ensevelir des déchets nucléaires
  5. l'engagement de négociations sérieuses à propos du statut futur du Tibet et des relations entre les peuples tibétain et chinois.

Le Prix Nobel de la paix décerné au dalaï-lama en mars 1989 a été le début d’une prise de conscience internationale de l’urgence d’une solution pacifique au Tibet; il a constitué aussi un énorme encouragement pour l’ensemble du peuple tibétain.

L'organisation administrative actuelle du Tibet

En 1965, à l'occasion de création officielle de la région autonome du Tibet de la République Populaire de Chine, le Kham occidental (région de Chamdo) est rattaché à l'Ü-Tsang pour former la région autonome du Tibet actuelle. Ses frontières coïncident approximativement avec celles de la région qui était contrôlée par Lhassa à l'époque de la Dynastie Qing[76] et à celle de la République de Chine[77],[78]. La totalité de l'Amdo et le reste du Kham continuent à être rattachés aux provinces chinoises du Qinghai, du Sichuan, du Gansu et du Yunnan.

Selon un rapport du Sénat français sur la question du Tibet, pour le gouvernement tibétain en exil, le Tibet ne se réduit pas à la seule région autonome, mais correspond à un « Grand Tibet » comprenant également l'Amdo et le reste du Kham[79]. De son côté, le gouvernement chinois, qui ne partage pas cette vision, se réfère uniquement à la région autonome lorsqu'il parle du Tibet.[réf. nécessaire] Le Dalaï Lama a affirmé lors d'une interview donnée le 31 mai 2008 que le terme de « Grand Tibet » n'est jamais utilisé par son administration, mais qu'il est utilisé par le gouvernement chinois[80].

Controverses

Libération-Modernisation ou Invasion-Colonisation ?

Cette section présente les deux visions de l'histoire, de façon à donner le point de vue de chaque partie.

Pour la Chine : une libération suivie d'une modernisation

Ce paragraphe expose les thèses chinoises. Voici l'Histoire modérée, mais avec l'interprétation pro-unification, telle que la présenteraient la majorité des ressortissants de la RPC. Pour les Chinois, l'unification de la Chine est une idée primordiale. Éclatée, la Chine a connu des périodes sombres où guerres et famines ont été causées par des luttes fratricides organisées par les colonisateurs et les envahisseurs.

Dans l'Histoire, le Tibet et l'empire chinois ont toujours eu des liens forts, par exemple la fonction de premier Grand Lama (futur dalaï-lama) a été instaurée par l'empereur de Chine mongol Kubilai Khan (1215–1294).

De 1840 à 1949, les guerres avec les pays colonisateurs et la guerre civile ont bouleversé la Chine entière. Les provinces dominées par l'étranger se faisaient la guerre, et le Tibet cèdé aux colonisateurs britanniques. Mao et le PCC ont libéré le pays des étrangers.

Le Tibet non détaché de la Chine, faisait partie de la République chinoise, et la souveraineté de la Chine sur le Tibet était reconnue par toutes les puissances étrangères[81],[82],[83],[84]. En 1950, lorsque les troupes communistes entrèrent au Tibet, les Occidentaux ne s'y opposèrent pas. L'Inde indépendante déclara même en 1949 qu'elle reconnaissait que le Tibet faisait partie de la Chine[85],[86]. La libération chinoise au Tibet était soutenue par des Tibétains, comme le groupe du Penchen-lama[87],[88] et les communistes tibétains[89], l'armée communiste chinoise comportait aussi des membres issus de mariages Han/Tibétain[90].

Du côté des communistes, comme à Shanghaï et à Pékin, on parle de libération (解放) du Tibet. Du côté des nationalistes, on considère que la totalité du continent chinois, y compris le Tibet, a été prise par les communistes (陷共).

Cependant, comme dans beaucoup d'autres régions de Chine, les guerres et les communistes ont fait beaucoup de victimes.

Avant 1959, le Tibet était une théocratie féodale, dirigée par les grands propriétaires terriens et les prêtres. La majorité de la population rurale avait un statut de serfs ou de paysans, il y avait même une minorité d'esclaves. Une justice sommaire et partiale était rendue par le seigneur ou le Lama, comprenant torture et mutilations[91]. L'Occident préfère nier ce vieux Tibet, et croire à une société harmonieuse, tournée vers le bouddhisme[92].

Partie intégrante de la Chine, le Tibet s'est modernisé très rapidement. Le pouvoir central a consacré beaucoup de crédits au développement de l'Ouest, et a fait venir énormément d'ouvriers spécialisés pour les affecter aux travaux de construction. Les médias occidentaux présentent régulièrement cette modernisation comme une forme de colonisation, terme réfuté par le spécialiste de la Chine Pierre Picquart [93] .

Au temps du vieux Tibet, la mortalité infantile était particulièrement élevée, ainsi des 16 enfants auxquels la mère du 14ème dalaï-lama a donné naissance, sept seulement ont survécu[94]. L'espérance de vie était également faible, et de plus, de nombreux moines s'abstenaient de la vie maritale. Ces facteurs expliqueraient la croissance démographique particulièrement faible au Tibet depuis des siècles[95]. Entre les années 1950, sous le régime du dalaï-lama, et 1990, la mortalité infantile diminua de 430‰ à 97,4‰, tandis que l'espérance de vie passait de 36 à 61,4 ans, entraînant le doublement de la population tibétaine [96].

La culture tibétaine est préservée en tenant compte des exigences de la modernité : le tibétain est enseigné en maternelle[97], les cours du lycée sont en mandarin et les étudiants appartenant à l'ethnie tibétaine ont des bonus pour rentrer à l'université (discrimination positive).

L'usage de la langue tibétaine a toujours été respecté par l'état chinois, même pendant les années maoïstes. Par exemple, le tibétain est écrit sur les monnaies chinoises[98],[99]. La radio nationale de la Chine (中央人民廣播電臺) s'adresse en langue tibétaine depuis 1950[100]. Il existe aussi de nombreuses chaînes locales d'émission en tibétain, par exemple la Radio en tibétain de la Province du Qinghai, fondée en 1952[101]. L'université de l'ethnie tibétaine, qui est spécialisée en enseignement de la culture de la langue tibétaine, fondée à Xi'an en 1951, s'est installée à Lhassa en 1965[102]. En 1959, le taux d'analphabétisme au vieux Tibet est de 97%, celui-ci recule chaque année, actuellement le taux de scolarité est environ de 95%[103]. Dans les écoles des zones tibétaines, les enseignements sont bilingues[104],[105]. En 2006, rien que dans la région autonome du Tibet, l'état employait 10 927 enseignants de la langue tibétaine à temps plein. Un nouveau dictionnaire sino-tibétain《漢藏對照詞匯》est sorti en Chine en 1976, juste à la fin de la révolution culturelle[106]. Actuellement, en Chine, il existe une centaine de journaux et revues en tibétain, dont 23 ont été lancés entre 1949 et 1979[107]. Les officiers travaillant au Tibet sont obligés d'apprendre le tibétain[108].

La prostitution et le mariage forcé sont officiellement interdits[109]. La première loi de mariage de la R.P. de Chine abolissait radicalement le mariage forcé, pour le remplacer par un nouveau système fondé sur la liberté du mariage, la monogamie, l'égalité entre l'homme et la femme, et la protection des intérêts légitimes de la femme et de l'enfant. Cette loi fut appliquée au Tibet intérieur en 1950 et à la Région autonome du Tibet en 1960, juste après le révolte de l'ancienne classe privilégiée. Notamment, la fréquentation d'une prostituée, considérée comme relevant des mœurs capitalistes, fut strictement interdite pendant les années maoïstes. Mais à l'époque post-maoïste, l'état, qui a de plus en plus de difficulté à contrôler la prostitution, continue d'adopter une ligne répressive extrêmement dure envers les organisateurs de la prostitution[110]. Quant aux soldats chinois, ils risquent d'être expulsés s'ils fréquentent des prostituées[111].

D'après la Chine, l'Occident exagérerait les persécutions du régime communiste chinois envers les Tibétains, comme par exemple l'affirmation que l'APL chinoise utiliserait des filles tibétaines comme esclaves sexuelles[112],[113], ce type d'affaire n'existe pas[114].

À partir de 1966 et jusqu'à sa mort, Mao lance et déploie la Révolution culturelle dans toute la Chine : tout ce qui est culturel (édifices religieux, livres, etc.) est détruit, notamment des temples bouddhistes au Tibet.

Actuellement dans la région autonome du Tibet, le dirigeant et plus de 70% des membres du gouvernement local sont tibétains[115]. La pratique religieuse est respectée à nouveau.

Pour le gouvernement chinois, le dalaï-lama actuel est le symbole de cette aristocratie qui a cédé face à l'envahisseur, cette « honte nationale ». De l'étranger depuis plus de 30 ans, il a fabriqué un grand nombre de rumeurs et de calomnies : « l'accord en 17 points a été imposé au Tibet par la force militaire », « les Chinois Han ont massacré 1,2 million de Tibétains », « à la suite de l'immigration de Chinois han, la nationalité tibétaine est devenue minoritaire au Tibet », « le parti communiste contraint les femmes tibétaines à pratiquer un contrôle des naissances et des avortements », « le gouvernement s'oppose à la liberté religieuse et persécute les dignitaires religieux », « la culture et les arts traditionnels tibétains sont en danger de disparition », « les richesses naturelles du Tibet ont été dévastées », « l'environnement au Tibet est soumis à la pollution », dans l'intention d'opposer les Tibétains aux autres ethnies. De septembre 1987 à mars 1989 se sont produits à Lhassa de nombreux troubles que la clique du Dalaï-lama a provoqués en incitant à la rébellion, troubles qui ont causé de lourdes pertes en vies humaines et en capital[116]

Pour le gouvernement tibétain en exil : une invasion suivie d'une colonisation

Drapeau du Tibet (1912-1959) dans sa version présentée par le 13e dalaï-lama, Thubten Gyatso, en 1912 qui continue à être employée par le gouvernement tibétain en exil, mais est proscrite par la République populaire de Chine. Son origine remonte au VIIe siècle sous le règne du roi du Tibet Songtsen Gampo.

Le gouvernement tibétain en exil qualifie d'invasion l'entrée de l'APL au Tibet en 1950[117],[118]. Le terme de colonisation revient souvent pour stigmatiser l'immigration des colons chinois Han, leur main mise sur l'économie et le pouvoir politique ainsi que l'influence de la culture chinoise au détriment de la culture tibétaine[119],[120].

Suivant en cela la tradition impériale, la République populaire de Chine considérerait les peuples des minorités comme barbares[121]. Elle se sentirait investie d'une mission civilisatrice à leur égard[122] et mettra en œuvre une politique qui comportera bien des traits du colonialisme classique[123].

Au Tibet, cette politique se traduit par un afflux de colons chinois[124]. Elle a aussi pour conséquence la déportation d'enfants tibétains dans la région de Pékin, en vue de les initier à la culture han[125].

L'argument fréquemment utilisé par les Chinois selon lequel les cadres politiques et administratifs de la Région autonome du Tibet sont très majoritairement tibétains ne correspond pas à la hiérarchie réelle en Chine. En effet, le monopole du pouvoir y est détenu dans les faits par le parti communiste, largement dominé par des Chinois d'origine han, ce qui est particulièrement vrai pour le poste stratégique de secrétaire régional du parti pour le Tibet, qui a toujours été dévolu à un membre de cette ethnie[126].

Si L'accord en 17 points fut signé par les représentants du 14e dalaï-lama et ceux de la République populaire de Chine le 23 mai 1951 à Pékin, il fut dénoncé par le dalaï-lama et son gouvernement, qui affirme qu'il fut signé par les Tibétains sous la contrainte[127]. Cet accord fut le premier document dans l'histoire tibétaine qui décréta la souveraineté chinoise sur le Tibet, même s’il reconnaissait le droit au gouvernement du dalaï-lama de continuer à administrer le Tibet[128].

Au début, le dalaï-lama était personnellement en faveur des réformes qui furent proposés par Mao Zedong pour moderniser le Tibet et était d'avis d'essayer d'atteindre un compromis opérationnel avec les Chinois. Il s’agissait notamment d’une campagne de « transformation socialiste de l'agriculture ».

Cependant, la manière avec laquelle la réforme fut appliquée, et en particulier son imposition par la force entraînera une révolte de la population tibétaine. Vers 1955-56, la situation à l'intérieur du Tibet a commencé à se détériorer rapidement. Au sein du gouvernement chinois, les partisans de la ligne dure poussaient pour commencer à appliquer « la transformation socialiste » au Tibet. Dans le Kham, les Tibétains commencèrent à se rebeller[129]. En effet, fin 1955, Li Jingquan, le Secrétaire du Parti au Sichuan, commença les réformes dans le Kham (les secteurs tibétains du Sichuan). Le résultat de cette campagne fut désastreux pour le Tibet puisqu’il a mené à une révolte majeure dans le Kham. Des réfugiés tibétains affluèrent au Tibet central et cette révolte déborda finalement sur le Tibet politique et fut un facteur majeur précipitant le soulèvement à Lhassa de 1959.

Mao fit une dernière tentative pour sauver sa politique gradualiste en 1957 quand il réduisit le nombre de cadres Han et de troupes au Tibet et écrivit au dalaï-lama pour lui promettre que Chine n'appliquerait pas les réformes socialistes sur les terres au Tibet dans les six prochaines à venir. De plus, à la fin de cette période, Mao déclara qu'il remettrait encore à plus tard les réformes si les conditions n'étaient pas mûres.

Cependant l'agitation au Tibet s’amplifia et, en mars 1959, un soulèvement important eut lieu à Lhassa. Le dalaï-lama dut quitter le Tibet pour l'exil en Inde. Il y dénonça l'accord en 17 points et chercha un soutien international pour résoudre le conflit au Tibet.

Avant l'intervention de l'armée chinoise dans les années 1950, il y avait plusieurs milliers de monastères au Tibet. Selon le Gouvernement tibétain en exil, plus de 6 000 ont été détruits[130] à l'occasion des bombardements de l'armée chinoise contre la Résistance tibétaine [131] ainsi que durant la Révolution culturelle. Selon au moins une source chinoise, seule une poignée des monastères importants sur le plan culturel ou religieux sont restés sans dommage majeur[132], et des milliers de moines et de nonnes bouddhistes ont été tués, torturés ou emprisonnés, selon le rapport de la Commission internationale des juristes[133]. La question du Tibet a pris alors une tournure internationale [128].

Notes et références

  1. Thomas Laird, Tackling Tibet, Phayul.com, 11 janvier 2008.
  2. Le Tibet d'autrefois : une « théocratie féodale » ?.
  3. Cf. (en) Tenzing Sonam, Red Poppies - Review, site White Crane Films, c. 2002 ; citation : « We know it [Old Tibet] was feudal, backward and deeply conservative, that power lay entrenched within the aristocracy and the religious establishment, which resisted all efforts at change and reform » (« Nous savons que l'ancien Tibet était féodal, arriéré et foncièrement conservateur, que le pouvoir était jalousement gardé par l'aristocratie et la caste religieuse, qui résistaient à toutes les tentatives de changement et de réforme »).
  4. Beckwith, C. Uni. de l'Indiana Diss. 1977[réf. incomplète]
  5. Karo Relics in the Qamdo Area, Culture Relics Publishing House, 1985
    Hou Shizhu A Guideline to Tibetan Archeology, Tibetan People’s Publishing House
    Wang Renxiang Inhabitants in the New Stone Age in the Valley of Lhasa River - Accounts of the Qokong Relics of Lhasa, Tibetan Research, Vol.4, 1990
  6. Haarh The Yarlu Dynasty Copenhague, 1969
  7. Le Tibet et ses mythes
  8. Chos'byung mkhas pa'i dga' ston (1564) édition tibétaine
  9. Chabeicetanpingcho Tibetan History, Tibetan Ancient Books Publishing, 1989
  10. Beckwith, Christopher I. The Tibetan Empire in Central Asia. A History of the Struggle for Great Power among Tibetans, Turks, Arabs, and Chinese during the Early Middle Ages, 1987, Princeton: Princeton University Press. ISBN 0-691-02469-3, p. 14, 48, 50.
  11. Rolf Stein La civilisation tibétaine, Paris : Dunod (Coll. Sigma), 1962
  12. a , b  et c Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, ISBN 2259198910
  13. Beckwith 1987: 157-165
  14. Erica Hunter The Church of the East in Central Asia Bulletin of the John Rylands University Library of Manchester, 78, no.3 (1996)
    G. Uray Tibet's Connections with Nestorianism and Manicheism in the 8th-10th Centuries Wiener Studien zur Tibetologie und Buddhismuskunde 10 (1983), pp. 407, 421
  15. Petech, L. Central Tibet and The Mongols. (Serie Orientale Roma 65). Rome: Instituto Italiano per il Medio ed Estremo Oriente 1990: 6. Shakabpa, 61
  16. Ruth Dunnel The Hsia Origins of the Yüan Institution of Imperial Preceptor. in "Asia Major, 3rd ser.", 5.1: 85-111, 1992, Institute of History and Philology of the Academia Sinica, Taïwan
  17. zongzhiyuan 總制院 puis xuanzhengyuan 宣政院
  18. a  et b Histoire de Drikung Kagyu - Site officiel de Drikung Kagyu
  19. Penny-Dimri, Sandra. "The Lineage of His Holiness Sakya Trizin Ngawang-Kunga." The Tibet Journal, Vol. XX No. 4, Winter 1995, pp. 71-73.
  20. Jack Weatherford Genghis Khan and the making of the modern world p.220-227.
  21. Sakya Tradition dans Tibet Foundation Newsletter
  22. Chen Qingying, The Year of the Establishment and the Naming of the Domed (mdo smad) Pacification Commission of the Yuan Dynasty in TibetologyMagazine
  23. History of Tibet before the Chinese Invasion of 1949
  24. Teltscher, Kate (2006). The High Road to China: George Bogle, the Panchen Lama, and the First British Expedition to Tibet, pp. 244-246. Farrar, Straus and Giroux, New York. ISBN 978-0-374-21700-6.
  25. The third World day against Death Penalty, Jean-François Leclere
  26. BRIEF HISTORY OF TIBET
  27. Roland Barraux - "Histoire des Dalaï Lamas - Quatorze reflets sur le Lac des Visions" - Edition Albin Michel 1993. Réedité en 2002, Albin Michel, ISBN 2226133178.
  28. Chronlogie
  29. Convention Between Great Britain, China, and Tibet, Simla (1914)
  30. A History of Modern Tibet, 1913-1951 - The Demise of the Lamaist State, Melvyn C. Goldstein, University of California Press, 1989, pp. 74-75 (voir en ligne)
  31. « On 10th October 1932, Liu and the Tibetan leaders signed a truce in which it was agreed that the Tibetan forces would remain west of the Yangtze river and the Chinese would remain east of it. The river remained the de facto border between Tibet and China until October 1950 (Peissel 1972 Guibaut 1949) » John Studley, « The History of Kham », 12 octobre 2004. Consulté le 4 mars 2008
  32. L'épopée des Tibétains : entre mythe et réalité de Frédéric Lenoir et Laurent Deshayes Éditeur Fayard 2002 ISBN 2-213-61028-2
  33. Perspectives chinoises n° 87, janvier - février 2005, page n°67
  34. (en) Heinrich Harrer, Seven years in Tibet, translated from the German by Richard Graves; with an introduction by Peter Fleming; foreword by the Dalai Lama, E. P. Dutton, 1954, ISBN 0874778883 ; Harrer emploie à plusieurs reprises l'expression « the Chinese Legation ».[réf. incomplète]
  35. (en) "The 17-Point Agreement" - The full story as revealed by the Tibetans and Chinese who were involved (document de l'Administration Centrale Tibétaine)
  36. (en) The Tibetan Rebellion of 1959 and China’s Changing Relations with India and the Soviet Union
  37. Tibet: le soutien ambigu des États-Unis au dalaï-lama
  38. Kenneth Conloy and James Morrison, The CIA's Secret War in Tibet, University Press of Kansas, 2002, page 213
  39. (en) The Tibetan Rebellion of 1959 and China’s Changing Relations with India and the Soviet Union, p. 71
  40. Un document d'origine chinoise fournit des détails sur l'origine du chiffre de 87 000 tibétains tués : Tibetan Population in China: Myths and Facts Re-examined, Yan Hao (Institute of Economic Research, State Department of Planning Commission, Beijing), p. 20, note 21 : il s'agirait d'un document secret de l'Armée chinoise datant de 1960, dont la résistance tibétaine se serait emparé en 1966, et qui a été publié pour la première fois en 1990 en Inde par une organisation bouddhiste tibétaine. Selon ce document, 87 000 Tibétains ont été « éliminés », ce qui d'après certains ne voudrait pas forcément dire "tués".
  41. Ce que représente le 10 mars 1959 pour les Tibétains, tibet-info.net : "Selon une estimation chinoise, près de 87 000 Tibétains furent massacrés dans le seul Tibet central."
  42. La sinisation forcée du Tibet, Le passé composé, n°3, mars 2001 : "Selon une estimation chinoise, près de 87 000 Tibétains furent massacrés dans le seul Tibet central."
  43. Tibet, globalsecurity.org : "An estimated 87,000 Tibetans were killed, arrested, or deported to labor camps".
  44. Senate passes resolution commemorating Lhasa Uprising and calling for negotiations between Dalai Lama and Chinese leadership, March 10th, 2000, savetibet.org : "This marks the forty-first anniversary of the 1959 Lhasa uprising over the course of which over 87,000 Tibetans were killed, arrested, or deported to labor camps by the People's Liberation Army."
  45. Le conflit sino-tibétain, Libération pacifique versus invasion armée. Dans le chapitre « La résistance tibétaine au Tibet », notamment « Des guerriers Khampas furent emmenés aux États-Unis dans un camp d’entraînement du Colorado, Camp Hale, où la CIA leur enseigna les techniques de guérilla et le maniement d’armes modernes. » et « La deuxième raison tient au refus de l’Inde, partenaire de l’opération, de risquer un affrontement avec son puissant voisin. »
  46. The CIA Circus: Tibet's Forgotten Army, How the CIA sponsored and betrayed Tibetans in a war the world never knew about.
  47. Cent questions sur le Tibet, publication du gouvernement chinois, 2001. Extrait de la réponse à la question 13 : « Des gens de l'échelon supérieur du Tibet considéraient comme une faiblesse l'attitude du gouvernement central d'attendre patiemment la réforme du système social du Tibet, et ils déclenchèrent sans vergogne une rébellion armée en 1959. Dans ces circonstances, se conformant au désir de la majorité de la population du Tibet, le gouvernement central réprima rapidement la rébellion et lança une réforme démocratique. Celle-ci abolit le régime féodal du servage, extrêmement corrompu et ténébreux, et la théocratie, et elle permit à un million de serfs et d'esclaves de s'émanciper. Ces derniers n'étaient plus considérés comme les biens individuels des propriétaires de serfs, c'est-à-dire pouvant être vendus, achetés, transférés, échangés et utilisés pour payer une dette, et ils n'étaient plus forcés à travailler pour leurs propriétaires. Ces serfs et ces esclaves, traités depuis longtemps comme des « bœufs et des chevaux doués de la parole », devinrent dès lors des « êtres humains » à part entière. Ils obtinrent la jouissance de la liberté individuelle et devinrent les maîtres de leur propre destin et de la société. C'est une transformation qui fait époque dans l'histoire du Tibet et aussi un grand progrès dans l'histoire de son développement des droits de l'homme. »
  48. 'Tibet: Proving Truth from Facts', The Department of Information and International Relations: Central Tibetan Administration, 1996. p. 75-76. « From 1966 onwards complete sinicization became the watchword. Tibetan was labelled as the language of religion and its teaching was forbidden. Some time in the 1960s monk and nun teachers as well as qualified lay Tibetan teachers were all ordered to leave their teaching jobs. Tibetan language and grammar books were labelled “books of blind faith” and thus discouraged from being taught. In their place, books of Mao Zedong’s thoughts and newspapers were put on the school syllabus. Children were taught that the Tibetan religion was blind faith, Tibetan customs and habits “old green thinking”, Tibetan was a “useless, backward language”, old Tibetan society was “extremely backward, savage, and oppressive”. Those who agreed with the Chinese were considered progressive whereas those who disagreed were termed variously as counter-revolutionaries, reactionaries or class enemies. Naturally, a whole generation of Tibetan children grew up completely ignorant of their own culture, history and way of life. »
  49. Tibet: The Killing of a Culture and Its People article de Nano Riley, automne 1996, citant le documentaire SATYA: A Prayer for the Enemy, réalisé par le réalisateur californien Ellen Bruno  : « Using personal testimonies, the film explores the plight of Tibetan nuns, who tell of rape and forced marriage to Chinese immigrants. Once a nun has been raped, she cannot return to the nunnery because she is no longer pure. »
  50. Commission on the status of women, Forty-second Session, Consideration of Beijing platform for action critical area of concern : violence against women : voir alinéa 13. « 13. In addition to gender-specific torture, and forced sterilizations and abortions, PRC officials perpetrate violence against Tibetan women by forcing young Tibetan girls into prostitution. Accounts have surfaced of teenage Tibetan girls, who believe they have been offered a great opportunity to join the Chinese People's Liberation Army, and who ultimately are duped into lives that involve multiple rape, pregnancy and abortion. This is said to be the norm for Tibetan girls in the Chinese army. » Sur http://www.tibetjustice.org, le site du Tibet Justice Center, anciennement l'International Committee of Lawyers for Tibet. Version Pdf.
  51. Source:Université de Laval au Québec
  52. 'Tibet: Proving Truth from Facts', The Department of Information and International Relations: Central Tibetan Administration, 1996. p. 85. « Out of Tibet’s total of 6,259 monasteries and nunneries only about eight remained by 1976. Among those destroyed were the seventh century Samye, the first monastery in Tibet; Gaden, the earliest and holiest monastic university of the Gelugpas; Sakya, the main seat of the Sakyas; Tsurphu, one of the holiest monasteries of the Kagyuds; Mindroling, one of the most famous monasteries of the Nyingmapas; Menri, the earliest and most sacred Bon monastery, etc. Out of 592,558 monks, nuns, rinpoches (reincarnates) and ngagpas (tantric practitioners), over 110,000 were tortured and put to death, and over 250,000 were forcibly disrobed. »
  53. Monastic Education in the Gönpa sur http://www.tibetanculture.org. « More than 6,000 monasteries in Tibet were destroyed in the 1960s and 1970s following the Chinese invasion of Tibet »
  54. Religion and culture sur http://www.savetibet.org. « Approximately 6,000 monasteries, nunneries and temples, and their contents were partially or fully destroyed from the period of the Chinese invasion and during the Cultural Revolution »
  55. Chinese population - Threat to Tibetan identity. « The exiled Tibetan government, however, revealed in 1984 that since the invasion over 1.2 million Tibetans died as a direct result of China's invasion of their nation. This figure was compiled after years of analysis of documents, refugee statements and interviews, and by official delegations sent to Tibet by the Tibetan Government between 1979 and 1983. The fact-finding delegations travelled to most parts of Tibet ». "Over 1.2 Million Tibetans Died Under Chinese Rule," Tibetan Review, March 1984, p 7.
  56. 'Tibet: Proving Truth from Facts', The Department of Information and International Relations: Central Tibetan Administration, 1996. p. 53. « Over 1.2 million Tibetans have died as a direct result of the Chinese invasion and occupation of Tibet. Today, it is hard to come across a Tibetan family that has not had at least one member imprisoned or killed by the Chinese regime. ».
  57. La page Human rights sur http://www.tibet.com, le site basé à Londres du gouvernement tibétain en exil, au chapitre "1949-1979: Killings and destructions" on peut lire: « Over 1.2 million Tibetans have died as a direct result of the Chinese invasion and occupation of Tibet. Today, it is hard to come across a Tibetan family that has not had at least one member imprisoned or killed by the Chinese regime. According to Jigme Ngabo, "after the suppressions of 1959 and 1969, almost every family in Tibet has been affected in some way". » et « According to information compiled by the Tibetan Administration in exile, over 1.2 million Tibetans died between 1949 and 1979. » avec un tableau détaillé donnant le chiffre total de 1,207,387 de morts tibétains.
  58. Tendzin Choegyal, le conseiller du dalaï-lama, dans un discours fait en 1999 au Hillsdale’s Center pour un seminaire sur les alternatives constructives, intitulé "Faith and Freedom Around the World" : « More than 1.2 million Tibetans are dead as a result of the Chinese occupation ». Tendzin Choegyal, "The Truth about Tibet" Imprimis (publication of Hillsdale College, Michigan), April 1999. [1]
  59. Un dossier du groupe interparlementaire d'amitié liant le Sénat français au Tibet, intitulé "[http://extranet.senat.fr/ga/ga_tibet/dossier.html Un Tibet pour le XXIe siècle" , chapitre "2.3. Bilan de l'occupation du Tibet par la Chine" avance : « Massacres et déni des droits individuels : si l'on doit donner une comptabilité des pertes en vies humaines depuis 1949, on estime à plus de 1,3 million le nombre de Tibétains (un cinquième de la population) morts directement ou indirectement du fait de l'occupation ».
  60. Patrick French, Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, Albin Michel, 2005.
  61. Elisabeth Martens, Histoire du bouddhisme tibétain : la compassion des puissants, L'harmattan, 2007, ISBN 2296040330, 9782296040335, p. 233
  62. Barry Sautman, June Teufel Dreyer, Contemporary Tibet: Politics, Development, And Society In A Disputed Region, p. 239.
  63. Source :Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, de Patrick French traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005 Pages 83, 84, 326 et 327
  64. Le document chinois Tibetan Population in China: Myths and Facts Re-examined, Yan Hao (Institute of Economic Research, State Department of Planning Commission, Beijing) présente un tableau détaillé avancant le chiffre de 1,278,387 de morts tibétains, page 19 (Table 4 : Distribution of Tibetan deaths directly resulting from China's invasion, by causes of death and regions (1949–79)) dont la source indiquée est "l'Office du Tibet, Human Rights, 1984"
  65. voir le chapitre « Démographie » de l'article sur le Tibet
  66. Dalai Lama praises China on Hu Yaobang, says convention not anti-Chinese
  67. notamment sur l'ancien site de production d'armes nucléaires situé près du lac Qinghai, dans le district de Haiyan de la province du Qinghai : China Admits to Nuclear Waste on Tibetan Plateau
  68. Tibet - Summary of a Report on Tibet: Submitted to the International Commission of Jurists by Shri Purshottam Trikamdas, Senior Advocate, Supreme Court of India
  69. Tibet - Summary of a Report on Tibet: Submitted to the International Commission of Jurists by Shri Purshottam Trikamdas, Senior Advocate, Supreme Court of India, Point 26 (b) « Even the terms of the 17 Point Agreement of 1951, guaranteeing broad autonomy to Tibet as mentioned above, have been consistently disregarded. »
  70. Tibet - Summary of a Report on Tibet: Submitted to the International Commission of Jurists by Shri Purshottam Trikamdas, Senior Advocate, Supreme Court of India, Point 27 : « The above events establish that there has been a deliberate vio1ation of fundamental human rights. There is also a prima facie case that on the part of the Chinese there has been an attempt to destroy the national, ethical, racial and religious group of Tibetans as such by killing members of the group and by causing serious bodily and mental harm to members of the group. These acts constitute the crime of Genocide under the Genocide Convention of the United Nations of 1948. »
  71. Cette déclaration de la Commission internationale des juristes selon laquelle entre 1911 et 1951 le Tibet était « un état pleinement souverain, indépendant de facto et de jure de la Chine » (a fully sovereign state, independent in fact and law of Chinese control) a été qualifiée d'« pro-tibétaine sans aucune retenue » (unashamedly pro-Tibetan) par Tsering Shakya, l'auteur de The Dragon in the Land of Snows: A History of Modern Tibet Since 1947 Tsering Shakya, The Dragon in the Land of Snows: A History of Modern Tibet Since 1947(litt. « Le dragon au pays des neiges: histoire du Tibet moderne depuis 1947 »), Pimlico, London, 1999, 573 p., ISBN 0140196153. Cité par Sunanda K. Datta-Ray, A bloodied Country, a State of Mind, THE, 9 april 1999.
  72. Howard B. Tolley Jr., The International Commission of Jurists, Global Advocates for Human Rights, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1944.
  73. Philip Agee, Inside the Company: CIA Diary, Allen Lane, 1975, p. 611.; citation : « the ICJ was set up and controlled by the CIA for propaganda operations ».
  74. Tibet, le pays sacrifié, Claude Arpi
  75. Rapports de la CIJ, résolutions de l'ONU - Alternative tibétaine
  76. Carte de la Chine sous la dynastie Qing
  77. Tibet, Tibet, A personal history of a lost land by Patrick French French argues, for the Tibetans to base their claim on roughly the area of the current TAR, whose borders generally coincide with those of the de facto independent state between the two world wars.
  78. «Histoire du Tibet» de Laurent Deshayes, p. 218
  79. Quelle solution politique pour le Tibet ?, Rapport présenté par M. Louis de Broissia, Sénateur, p. 17 ; citation : « Le territoire revendiqué par le gouvernement tibétain en exil depuis 1959 correspond au Pö Chölka Sum, c’est-à-dire au « Tibet des trois provinces » : U-Tsang, Kham et Amdo. Ce Grand Tibet a une superficie d’environ 3,8 millions de km2, soit sept fois la France. Il représente donc près de 40 % de la superficie de la Chine dans ses frontières actuelles (9,6 millions de km2) (...) ».
  80. Citation : « "Greater Tibet", now, this very word comes from the Chinese government side. We never state the greater Tibet ». (en) His Holiness the Dalai Lama discusses the recent unrest inside Tibet with the editors of the Financial Times (FT)
  81. Des cartes de l'armée américaine datant de la Seconde Guerre mondiale n'indiquent pas de séparation entre le Tibet et la Chine : China-Burma-India Theater Transportation System 1942-1943 From Stillwell's Mission to China by Charles F. Romanus and Riley Sunderland (carte datée de 1943), Pacific Areas, 1 August 1942 From American Military History, United States Army Center of Military History, 1989 (323K)
  82. D'autres cartes occidentales de l'entre deux guerres présentent le Tibet, soit comme province, soit comme région autonome de la Chine : Titre: China – political, Auteur: Bartholomew, J. G. (John George), 1860-1920; John Bartholomew and Son. Date: 1922 (carte britannique datée de 1922, où le Tibet apparaît comme une province de la Chine), Carte de la République de Chine issue de l'Université Harvard, édition 1935 (l'Ü-Tsang, équivalant aux deux tiers de la Région autonome du Tibet actuelle, a un statut de la Région autonome de la Chine)
  83. 中印国境はマクマホン・ライン(ヒマラヤ稜線近く)ではなく、ヒマラヤ山脈の麓に引かれています。(1933年発行)La Carte de frontière sino-indienne, publiée par les Japonais en 1933
  84. « Les guerriers de Bouddha » Mikel Dunham 2004, l'édition française, P18 (l'époque de la seconde guerre mondiale.) En ce cas, la Chine dirigeait donc les affaires internationales du Tibet. P 20 (l'époque de la seconde guerre mondiale). Le Tibet n'est pas une zone vide sur les cartes des espions. Le pays est universellement identifié comme étant une partie de la Chine, sous le nom de « région autonome du Tibet ».
  85. cf « Le lama et l'empereur », étude réalisée par le département Humanités et Sciences Sociales de l'École polytechnique (accessible en ligne)
  86. Chronologie TibetNovembre 1949 : Nerhu reconnaît la suzeraineté chinoise sur le Tibet. Les États-Unis demeurent très prudents. L'URSS soutient les revendications chinoises. Le septième panchen-lama, Kelzang Tséten, installé au Qinghai, se rallie aux communistes (remarque : il s'agirait plutôt, en 1949, du 10e panchen-lama, Choekyi Gyaltsen)
  87. L'encyclopédie Hachette 2007: en s'appuyant sur le panchen-lama, la Chine populaire y fit entrer ses troupes en 1950.
  88. « 7 ans d'aventures au Tibet», de Heinrich Harrer, traduction de Henry Daussy, les Edition Arthaud, Paris, 1983, 1996, 1997. Page 272, le Penchan-lama décide d'aider les chinois.
  89. After the communist takeover in China in 1949, Phünwang became one of the most important figures in communist China’s handling of Tibetan issues, and the third part of the book deals with his political life in the early years of communist China.
  90. Woeser une écrivain tibétaine, son père issu d’un mariage entre un Han et une Tibétaine, était un soldat de l'APL qui a participé à l'invasion du Tibet.
  91. Système de servage féodal du Tibet, China Internet Information Center
  92. La conception idéalisée des Occidentaux sur le Tibet, Du Yongbin, chinatoday.com.cn
  93. http://www.french.xinhuanet.com/french/2008-03/25/content_603141.htm Pierre Picquart : Les médias occidentaux doivent traiter avec justice les émeutes du Tibet (Xinhua, 25 mars 2008, consulté le 30 août 2008)
  94. « Tibet mon histoire » de Jetsun Pema (la sœur du 14ème dalaï-lama) l'Editions Ramsay. Paris 1996. Page 10 : Amala –je préfère employer le mot tibétain, car il est une marque de respect – a eu seize enfants, donc neuf sont morts en bas âge.
  95. La vérité du Tibet chinois en chiffre 中国西藏事实与数字2006 据文献记载,……从18世纪到20世纪中叶的200年时间,西藏地区的人口又骤降了约80万。Selon les archives historiques, la population du Tibet a diminué de 800 000 entre le 18ème siècle et le milieu du 20ème siècle.
  96. 《天葬:西藏的命运 Funérailles célestes: le Destin du Tibet》de 王力雄Wang Lixiong Dans cette édition, Page 309-311:……达赖时期,西藏的婴儿死亡率非常高。五十年代中共刚进藏时,婴儿死亡率高达430‰65,到1990 年下降了四倍,为97.40‰(其中城镇婴儿死亡率为38.70‰)66。人口死亡率下降了三倍,从28‰下降到1990 年的9.20‰67。而西藏人的平均寿命从达赖时期的36 岁提高到61.4 岁(1990 年)68。
  97. The Tibetan Language School of Sichuan Province
  98. http://news.phoenixtv.com/photo/200611/1121_24_36164_4.shtml La monnaie chinoise d'édition de 1953 écrite en plusieurs langues de la Chine, y compris le tibétain
  99. http://news.phoenixtv.com/photo/200611/1121_24_36164_8.shtml La monnaie chinoise d'édition de 1965 écrite en plusieurs langues de la Chine, y compris le tibétain
  100. http://info.tibet.cn/zt2006/06zt_mzdyxz/06zt_mzdyxz_hn/t20060908_147502.htm Mao s'intéresse à l'émission en tibétain de la Radio nationale de la Chine
  101. http://www.qh.xinhuanet.com/2007-07/21/content_10639075.htm La Radio en tibétain de la Province Qinghai fête son 55e anniversaire
  102. http://www.xzmy.edu.cn/structure/index Le site de l'université de l'ethnie tibétaine
  103. http://www.french.xinhuanet.com/french/2005-08/27/content_155071.htm Le taux de scolarité dans la Région autonome du Tibet a une réussite de 94,7% en 2005
  104. http://french.cri.cn/1/2005/08/23/44@77338.htm Dans les écoles de la région autonome du Tibet, les enseignements sont bilingues
  105. ²ØÓïÎĵĴ«ÐÓë•¢Õ¹
  106. http://www.mirrorbooks.com/adds/c10pinglun7.html Un nouveau dictionnaire sino-tibétain《漢藏對照詞匯》de plus sort en Chine en 1976
  107. [2] Une centaine de journaux et revues en tibétain en Chine.
  108. [3] Les officiers de moins 50 ans, qui travaillent au Tibet sont obligés d'apprendre le tibétain, à partir de 1987.
  109. en 1950 sa première Loi sur le mariage de la République populaire de Chine, qui abolissait radicalement ce système matrimonial, synonyme de mariage forcé, de machisme et d'indifférence devant les intérêts de l'enfant, pour le remplacer par un nouveau système fondé sur la liberté du mariage, la monogamie, l'égalité entre l'homme et la femme, et la protection des intérêts légitimes de la femme et de l'enfant.
  110. Voir l'article Prostitution en République populaire de Chine
  111. Les disciplines militaires de l'APL de 1990 à 2005. Le 3e article, le 10e point : interdiction de maltraiter les captifs. Le 32e article, le 1er point, punition en cas de violation de la loi de l'état (en Chine, fréquenter une prostituée est une violation de la loi), le 15e, punition en cas de se permettre des privautés envers une femme. Le 17e punition en cas de regarder les pornographiques.
  112. Commission on the status of women, Forty-second Session, Consideration of Beijing platform for action critical area of concern : violence against women : voir alinéa 13. « 13. In addition to gender-specific torture, and forced sterilizations and abortions, PRC officials perpetrate violence against Tibetan women by forcing young Tibetan girls into prostitution. Accounts have surfaced of teenage Tibetan girls, who believe they have been offered a great opportunity to join the Chinese People's Liberation Army, and who ultimately are duped into lives that involve multiple rape, pregnancy and abortion. This is said to be the norm for Tibetan girls in the Chinese army. ». Sur http://www.tibetjustice.org, le site du Tibet Justice Center, anciennement l'International Committee of Lawyers for Tibet. Version Pdf
  113. Mary Craig, Tears of blood (A cry for Tibet), London Harper Collins, 1992, p247-251
  114. «天葬-西藏的命运 Funérailles célestes: le destin du Tibet 一九九九1999 王力雄Wang Lixiong » 十四章 le chapitre 14 : 在西方广泛流行的中共对藏人的迫害说法也有许多的夸张,En Occident, les persécutions du communisme chinois subies par les Tibétains sont très exagérées. 如: 解放军强迫西藏和尚与尼姑当众性交,Comme : les soldats d'ALP forcent les lamas et les nonnes à avoir publiquement des rapports sexuels, 红卫兵到处强奸妇女的说法,les gardes rouges violent les femmes partout, 显然距离事实相当远。tout ça, évidemment est très loin de la vérité. 经历过那个时代的人都知道,les gens qui ont vécu cette époque, nous savons bien, 性行为在那时被视为极其肮脏和邪恶的事情,qu'à l'époque (maoïste) le rapport sexuel est très mal vu comme les sales mœurs, 对於意识形态观念最强的解放军和红卫兵,pour les soldats de l'ALP et les gardes rouges qui sont plus forts idéologiquement, 尤其不可能做出那样的事。surtout n'ont pas de possibilité de faire ce type d'affaires. 如果个别人有那种行为,S'il s'agit de quelques cas individuels, 只应该归於背後犯罪 (对任何人群而言都免不了)的特例。on ne peut qu'accuser la personne même (ce que toute population risque d'avoir).
  115. http://www.tibet40.cn/chinese/zhuanti/tibet40y/952300.htm Les tibétains présentent plus de 70% de membres du gouvernement et 80 % de députés en 2002, au niveau départemental ce chiffre est encore plus élevé
  116. 西藏的主权归属与人权状况 La souveraineté et le droit de l'homme au Tibet 中华人民共和国国务院新闻办公室 du Bureau de l'information du Conseil des affaires d'Etat de la République Populaire de Chine. ——造谣诽谤,策动骚乱。达赖在出国后的三十多年里,不顾事实,编造了大量诸如“‘十七条协议’是武力逼迫下强加给西藏的”;“汉人屠杀了120万藏人”;“由于汉人移民,藏族在西藏成了少数”;“共产党在西藏强行对妇女实行计划生育、堕胎”;政府反对宗教自由,迫害宗教人士;藏族传统文化艺术遭到灭绝危险;西藏自然资源受到严重破坏;西藏环境受到污染等等谎言,蓄意挑拨民族关系,煽动西藏群众反对中央政府。1987年9月至1989年3月拉萨发生的多起骚乱事件,就是在达赖集团的煽动和派遣回藏的叛乱分子策划下挑起的,这些骚乱给西藏人民的生命财产造成严重损失。– Rumeurs et calomnies créées de toutes pièces, un stratagème pour semer le désordre. Le dalaï-lama, à l'étranger depuis plus de 30 ans, en a fabriqué un grand nombre au mépris des faits, telles que « l'accord en 17 points a été imposé au Tibet par la force militaire », « les Chinois han ont massacré 1,2 million de Tibétains », « à la suite de l'immigration de Chinois han, la nationalité tibétaine est devenue minoritaire au Tibet », « le parti communiste contraint les femmes tibétaines à pratiquer un contrôle des naissances et des avortements », « le gouvernement s'oppose à la liberté religieuse, et persécute les dignitaires religieux », « la culture et les arts traditionnels tibétains sont en danger de disparition », « les richesses naturelles du Tibet ont été dévastées », « l'environnement au Tibet est soumis à la pollution » et autres contre-vérités, dans l'intention de nuire aux relations entre les peuples en incitant les foules tibétaines à s'opposer au gouvernement chinois. De septembre 1987 à mars 1989, se sont produits à Lhassa de nombreux troubles que la clique du dalaï-lama a provoqués en incitant à la rébellion, troubles qui ont causé de lourdes pertes en vies humaines et en capital.
  117. Invasion and illegal annexation of Tibet: 1949-1951, The Office of Tibet, sur le site tibet.com, The Gouvernement of Tibet in exile.
  118. Resolution on the situation in Tibet and the disappearance of the six-year old Panchen Lama. European Parliament, July 13th, 1995. Voir les points A et B de la résolution :
    • B) considering that, throughout it history, Tibet succeeded in maintaining a national, cultural and religious identity distinct from China until this began to be eroded following the Chinese invasion;
    • C) reaffirming the illegal nature of the invasion and occupation of Tibet by the People’s Republic of China; whereas, before the invasion by China in 1950, Tibet was recognized de facto by many countries and whereas it is an occupied territory according to the principles laid down by international law and the resolutions of the United Nations.
  119. China's Tibet, The World's largest remaining Colony, The Office of Tibet, The government of Tibet in exile.
  120. Les effets de la colonisation, tibet-info.net
  121. Jampa: l'Histoire du Racisme au Tibet, rapport publié par la Campagne Internationale pour le Tibet (ICT) à la veille de la Conférence Mondial Contre le Racisme de l'ONU en 2001.
  122. Le point sur le Tibet sur http://www.tibet-info.org. Transfert de population : « En bons et purs colonisateurs, les communistes chinois prétendent être investis d’une « mission civilisatrice » : ils sont venus au Tibet pour aider ce pays arriéré à rattraper son retard de développement et lui apporter les bienfaits de la grande civilisation chinoise ».
  123. Histoire de la Chine et ses incidences linguistiques, sur http://www.chine-informations.com. « À cette époque, les déclarations du gouvernement chinois portaient constamment sur la « supériorité des Han », la « mission civilisatrice des Han », le « devoir moral » pour les non-Han d'accéder au niveau des Han. Pour le gouvernement, les Han, perçus comme « plus avancés », constituaient « le guide des peuples ». La tâche du Parti communiste et du gouvernement était donc d'« aider les peuples minoritaires à rattraper le peuple han dans la grande marche vers le socialisme ». Pour leur part, les Han considéraient les groupes minoritaires comme des arriérés ou des barbares, voire des chiens, des requins ou des bons à rien qu'il faut tirer de leur infériorité. En revanche, les minorités percevaient les Han comme « de la racaille qui vole les autochtones », sinon des « bandits ». En définitive, ce qui comptait, c'était de démontrer ou de faire croire que les Han étaient supérieurs et que les minorités avaient tout intérêt à s'assimiler à leur « culture supérieure » ».
  124. Histoire de la Chine et ses incidences linguistiques, sur http://www.chine-informations.com. « Puis le gouvernement chinois s'est mis à pratiquer une politique favorisant l'immigration massive des Han dans les régions minoritaires. Cette politique entraîna progressivement la minorisation des non-Han sur leur propre territoire. Ainsi, dans la région autonome du Xinjiang (Ouïgour), les Han, qui constituaient 5,5 % de la population en 1949, atteignaient 50 % en 1980. En Mongolie intérieure, les Han devinrent majoritaires. Dans la Région autonome zhuang du Guangxi, les Zhuang ne comptèrent que pour 36,9 % de la population malgré leur nombre élevé à l'époque (13 millions); les Tibétains furent soumis au même traitement, mais les Hans retournèrent à Pékin, car ils n'appréciaient guère vivre à quelque 4000 mètres d'altitude. L'objectif du gouvernement chinois était d'envoyer au moins 10 millions de Han au Tibet. »
  125. Histoire de la Chine et ses incidences linguistiques, sur http://www.chine-informations.com. « Enfin, une autre forme de la politique d'immigration consistait à déporter de jeunes enfants issus des minorités nationales vers la région de Pékin en vue de les initier à la culture han. Cette dernière mesure fut inégalement appliquée parce qu'elle provoquait la révolte chez les minoritaires, notamment les Tibétains, qui ne semblaient pas comprendre les « bienfaits » de l'éducation han. »
  126. « Quelle solution politique pour le Tibet ? », rapport du groupe interparlementaire français d'amitié n° 77 (2007-2008) - 17 octobre 2007 : Le cadre institutionnel de l'autonomie
  127. The full story as revealed by the Tibetans and Chinese who were involved Peu de temps après son arrivée en exil en Inde, le 14e dalaï-lama a donné une déclaration de presse, le 18 avril 1959, où il affirme que l'accord en 17 points avait été signé sous la pression du gouvernement chinois.
  128. a  et b Tibet, China and the United States: Reflections on the Tibet Question
  129. Michel Peissel, Les cavaliers du Kham. Guerre secrète au Tibet., Robert Laffont, Paris, 1973.[réf. incomplète]
  130. Monastic Education in the Gönpa
  131. Michel Peissel, Les Cavaliers du Kham. Guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, Paris, 1972
  132. Jiawei, Wang, "The Historical Status of China's Tibet", 2000, p.  212-214
  133. Tibet - Summary of a Report on Tibet, 5th June 1959

Voir aussi

Bibliographie

  • Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Une histoire du Tibet : Conversations avec le dalaï-lama, Plon, 2007, ISBN 2259198910
  • Tsering Woser, trad. Li Zhang & Bernard Bourrit, Mémoire interdite. Témoignages sur la Révolution culturelle au Tibet, éditions Bleu de Chine, 2009 (à paraître).
  • Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, 1913-1951. University of California Press, 1991, ISBN 0-520-07590-0
  • Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, Volume 2: The Calm Before the Storm: 1951-1955, University of California Press 2007 ISBN 978-0520249417
  • Melvyn C. Goldstein, The Snowlion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama, Berkeley: University of California Press. 1997.
  • Melvyn C. Goldstein, William Siebenschuh, Tashi Tsering, The Struggle for Modern Tibet: The Autobiography of Tashi Tsering, Armonk, NY: M.E.Sharpe, Inc. 1997.
  • Tsering Shakya : The Dragon in the Land of Snows. A History of Modern Tibet Since 1947, London 1999, ISBN 0140196153

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