Ceuta

Ciudad Autónoma de Ceuta (es)
Cité autonome de Ceuta (fr)

Drapeau
Blason

Devise : inconnue

Pays Drapeau d'Espagne Espagne
Capitale Ceuta
Gentilé Français ceutien
Gentilé Espagnole ceutí
Statut d'autonomie 14 mars 1995
Sièges au Parlement 1 députés
2 sénateurs
Président Juan Jesús Vivas Lara (PP)
ISO 3166-2:ES CE
Population
Totale (2006) 78 861 hab.
Rang 1er rang
% de l'Espagne / %
Densité 4098,16 hab./km2
Superficie
Totale 18 5 km2
Rang 1er rang
% de l'Espagne / %

Localisation

Accéder aux informations sur cette image nommée Localización de Ceuta.svg.

Ceuta (du latin Septem Frates[1] ; Abyla dans l'Antiquité ou Sebta en arabe[2]) est une ville autonome espagnole située sur la côte nord-ouest de l'Afrique, formant une encoche dans le territoire marocain et revendiquée par le Royaume du Maroc. Se situant à l'embouchure méditerranéenne du détroit de Gibraltar, en face de la péninsule Ibérique, cette ville se trouve à environ quinze kilomètres des côtes de la province espagnole de Cadix.

Sommaire

Histoire

Fondée par les Phéniciens au VIIe siècle av. J.‑C., la ville est riche d'une histoire culturelle féconde et originale du fait de sa position stratégique, et différente à son tour de la culture environnante de l'Afrique du Nord, amazigh, numide puis musulmane. Conquise par les Grecs phocéens et nommée « Hepta Adelphoi », elle serait carthaginoise à partir de 309. Après la victoire de Rome sur Carthage, les Numides occupent la ville jusqu'au règne de l'empereur Caligula, qui l'intègre à l'Empire dans l'année 40.

La Septa romaine, chrétienne et latine, dure jusqu'à la conquête musulmane, en 709, avec des parenthèses de domination vandale et byzantine. Elle appartient à la Maurétanie Tingitane, et en devient un centre commercial de premier ordre, profitant de sa situation de carrefour méditerranéen.

Les alternances dans la domination sur la ville se reflètent dans la culture prédominante à chaque époque. Sept siècles de domination musulmane effacent presque entièrement les vestiges romains et chrétiens de la ville.

Période préromaine

  • VIIe siècle av. J.‑C. : La ville est sous contrôle phénicien et désignée sous le nom d’Hepta Adelphoi.
  • 319 av. J.-C. : La ville est conquise par Carthage.
  • 201 av. J.-C. : Carthage perd la guerre contre Rome et la ville passe sous contrôle du royaume berbère des Numides.
  • 47 av. J.-C. : Ceuta passe sous contrôle du royaume berbère de la Maurétanie.

Ceuta romaine et post-romaine (40-709)

Domination musulmane (709-1415)

  • 709 : Ceuta est livrée aux Omeyyades par Julien[3], le gouverneur local de la ville.
  • 740 : Rébellion kharidjite berbère dans l'actuel nord du Maroc contre le pouvoir arabe ; la ville est détruite.
  • 789 : La ville est prise par la dynastie des Idrissides.
  • 931 : La ville, ainsi qu'une partie du nord du Maroc, est prise par le califat de Cordoue sous Abd al-Rahman III. À l'instar du reste du califat de Cordoue, Ceuta entre dans une période de déclin.
  • 1031 : La ville passe sous le contrôle de la taïfa hammudite de Málaga.
  • 1061 : Suqut al-Bargawati, wali de Tanger et Ceuta, se proclame indépendant.
  • 1084 : La dynastie des Almoravides s'établit comme le nouveau pouvoir dans la région. Youssef Ibn Tachfin, premier souverain almoravide et sultan de Marrakech, prend la ville de Ceuta, puis après plusieurs années entreprend la conquête de tous les taïfas d'al-Andalus, et repousse les royaumes chrétiens vers le nord de la péninsule Ibérique.
  • 1147 : Ceuta est prise par le sultan Almohade du Maroc qui conquiert tout le Maghreb et la moitié sud de la Péninsule ibérique.
  • 1212 : Défaite de l'empire des Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa : les Almohades cèdent leurs territoires ibériques aux Andalous, reconstitution des taïfas. Ceuta reste sous domination du sultan de Marrakech.
  • 1232 : Prise éphémère de la ville par la taïfa de Murcie.
  • 1233 : Ville indépendante.
  • 1236 : La ville est prise par la dynastie des Mérinides, nouvelle dynastie zeneta-musulmane ayant Fès comme capitale.
  • 1242 : La ville passe sous le contrôle éphémère de la dynastie des Hafsides de Tunis. [réf. nécessaire]
  • 1249 : La famille locale Azafide expulse les Hafsides, prend le pouvoir à Ceuta et fait allégeance au sultan de Fes.
  • 1291 : Signature du traité de Monteagudo entre les royaumes de Castille et d'Aragon. Les deux royaumes se partagent les zones d'influence sur la Méditerranée : dans le traité Ceuta reviendrait à la Castille.
  • 1305 : La ville est prise par le royaume nasride de Grenade.
  • 1309 : La ville est reprise par le sultan de Fes avec l'aide du royaume d'Aragon : les Azafides sont de nouveau nommés walis de Ceuta par le sultan marocain.
  • 1340 : Le sultan marocain Abou el-Hassan ben Othman débarque à Ceuta après la défaite de ses troupes à la bataille du Salado qui signe la fin des interventions africaines dans la Péninsule ibérique.
  • 1384 : Le royaume nasride de Grenade prend Ceuta.
  • 1387 : Le sultan de Fes reprend la ville jusqu'en 1415.

Domination portugaise et espagnole

  • 1415 : Le Portugal prend Ceuta au royaume mérinide et débute ainsi une vaste campagne d'expéditions coloniales en Afrique.
  • 1437 : Échec d'une expédition portugaise menée par Henri le Navigateur contre Tanger. Une partie du corps expéditionnaire est fait prisonnier et l'infant Ferdinand est gardé en otage. Un traité est signé par lequel les Portugais obtiennent de pouvoir partir à condition de rendre Ceuta et de laisser l'infant en otage, pour garantir l'exécution de ce pacte. Mais l'infant meurt en captivité et le pacte n'est pas respecté.
  • 1479 : Le Portugal et la Castille signent le traité d’Alcáçovas par lequel les deux royaumes se partagent les zones d'influence sur le Maroc, alors sous domination wattaside ; la Castille y reconnaît Ceuta comme possession portugaise et confirme n'avoir aucun droit historique sur la ville.
  • 1494 : Traité de Tordesillas entre le Portugal et l'Espagne, cette dernière reconnaît de nouveau Ceuta comme possession portugaise.
  • 1509 : L'Espagne et le Portugal signent la capitulation de Cintra dans laquelle l'Espagne reconnaît n'avoir aucun droit sur les colonies portugaises dans la côte marocaine allant de Ceuta à Boujdour.
  • 1578 : Mort du roi portugais Sébastien Ier, en 1578 à la bataille des Trois Rois, sans héritier.
  • 1580 : L'Espagne remporte la bataille d'Alcántara. Philippe II d'Espagne est proclamé roi de Portugal (Philippe Ier), les possessions et colonies portugaises sont incorporées au royaume d'Espagne.
  • 1640 : Le Portugal recouvre son indépendance mais Ceuta, peuplée par une majorité de colons d'origine espagnole, reste sous la souveraineté espagnole.
  • 1668 : Le traité de Lisbonne entre le Portugal et l'Espagne garantit la séparation entre les deux pays, mais au prix de la reconnaissance officielle de l'appartenance de Ceuta à l'Espagne.
  • 1694-1724 : Le sultan Moulay Ismaïl, de la dynastie alaouite, prend plusieurs villes occupées par les Portugais et les Espagnols sur la côte atlantique de l'actuel Maroc, puis mène un long siège devant Ceuta qui se solde par un échec dû au ravitaillement de la ville par voie de mer depuis la péninsule Ibérique.
  • 1702 : La ville est attaquée par l'Angleterre ; Ceuta résiste mais Gibraltar est conquise en 1704. L'Espagne reconnaît la souveraineté britannique sur le territoire par le second traité d'Utrecht (1713) avec la Grande-Bretagne.
  • 1791 : l'Espagne restitue à la régence d'Alger Oran et Mers-el-Kebir et envisage de faire de même pour les possessions qui sont situées au Nord du Maroc.
  • 1808 : Les Anglais évacuent l'îlôt de Tourah en 1813 à la demande du roi d'Espagne Ferdinand VII.
  • 1811 : le Cortes de Cadix déclare que les presidios menores ne font pas partie du territoire espagnol et un vote favorable à leur cession obtient la majorité des voix.
  • 1859-1860 : Profitant d'un incident frontalier aux frontières de la ville et de sa supériorité militaire vis-à-vis de son voisin, l'Espagne déclare la guerre au Maroc (guerre d'Afrique) et la remporte et élargit les frontières de Ceuta et de Melilla.
  • 1902 : Négociations entamées entre le Foreign-Office et le Makhzen pour la cession de l'ilôt de Perejil.
  • 1925 : La ville devient indépendante de la province de Cadix.
  • 1936: avec l'instauration du franquisme, on assiste à une nouvelle stratégie qui consiste à intégrer les deux villes et les îles sous la souveraineté espagnole (españolidad). On ne parle plus de presidios mais de territorios de soberanía. La propagande franquiste a renforcé dans l'opinion publique l'idée selon laquelle Ceuta et Melilla ont toujours fait partie intégrante du territoire espagnol.
  • 1995 : Promulgation du Statut d'autonomie de la ville, suivant l'aménagement du reste des territoires d'Espagne.
  • 2007 : À la suite de l'annonce officielle de la visite du roi Juan Carlos et de la reine Sofía à Ceuta et Melilla, le roi Mohammed VI du Maroc rappelle son ambassadeur en Espagne pour consultations (jusqu'au 8 janvier 2008). Des manifestations de protestation ont lieu au Maroc pendant la visite[4].
Carte de Ceuta

Statut et administration

Ceuta a obtenu en 1995 le statut de « ville autonome » (en espagnol : Ciudad Autónoma de Ceuta), statut intermédiaire entre la commune et la communauté autonome. Auparavant, Ceuta faisait partie de la province de Cadix. L'enclave est également incluse dans l'Union européenne ; avant l'entrée de l'Espagne dans ce qui était alors la Communauté européenne, en 1986, la ville avait le statut de port franc.

Revendications marocaines

Les territoires espagnols en Afrique.

Depuis son indépendance en 1956, le Maroc revendique cette enclave, tout comme Melilla et les autres Plazas de soberanía. Pour le Maroc, il s'agit d'un vestige du colonialisme et les médias marocains évoquent Ceuta comme « le préside occupé de Sebta ». L'Espagne considère pour sa part Ceuta comme faisant partie intégrante de son territoire, depuis 1995 en tant que ville autonome ou « autonomie » comme les autres régions espagnoles.

Soutien international

De nombreux pays appartenant à l'Union africaine[5], à l'Organisation de la conférence islamique, ou à la Ligue arabe ont exprimé leur soutien aux revendications marocaines. Ces territoires revendiqués ne font cependant pas partie des territoires non-autonomes en attente de décolonisation tels que définis par l'ONU. L'Espagne, quant à elle, peut compter sur le soutien de l'Union européenne, qui l'aide à financer sa politique de lutte contre l'immigration clandestine dans cette région.

Jumelages

Notes et références

  1. Ángeles Vicente, Ceuta, une ville entre deux langues : Une étude sociolinguistique de sa communauté musulmane, L'Harmattan, 2005, 220 p. (ISBN 978-2-7475-8584-2 et 9782747585842) [lire en ligne (page consultée le 4 octobre 2011)], p. 19 
  2. Michel Malherbe, Quand l'histoire change les noms de lieux : Les lieux à dénominations multiples, Paris, L'Harmattan, 2008, 303 p. (ISBN 978-2-296-05761-6) (LCCN 2008448758) [lire en ligne (page consultée le 13 juin 2011)] [présentation en ligne], p. 39 
  3. L'origine de Julien n'est pas connue avec certitude, divers historiens espagnols soutiennent les possibilités qu'elle soit berbère, wisigothe ou byzantine, tandis que les sources arabes affirment qu'elle était certainement byzantine, et que Ceuta et Tanger étaient les derniers bastions de l'Empire byzantin en Afrique du Nord
  4. « Poursuite de la visite du roi d’Espagne à Ceuta », El Watan, 7 novembre 2007 [1]
  5. Le plan stratégique de la Commission de l'Union africaine

Bibliographie

  • Máximo Cajal, Ceuta, Melilla, Olivenza y Gibraltar. ¿Dónde acaba España?, Madrid, Siglo XXI de España, 2003. (ISBN 978-84-323-1138-3)
  • Yves Zurlo (préface de Bernard Bessière), Ceuta et Melilla : histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, Paris, Budapest et Turin, L'Harmattan, « Recherches et documents. Espagne », 2005, 320 p. Texte remanié d'une thèse de doctorat en espagnol, soutenue en 2002. (ISBN 978-2-7475-7656-7)
  • Attilio Gaudio (préface de Henri La Bastide), Maroc du Nord Cités Andalouses et Montagnes Berbères, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1981. (ISBN 978-2-7233-0118-3)
  • « Mérinides et Watassides : La conquête de Ceuta par le Portugal et le début de l'expansionnisme ibérique au Maroc », dans Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Paris, Perrin, coll. « Pour l'histoire », 23 avril 2009, 756 p. (ISBN 978-2-262-02388-1) [présentation en ligne], p. 133-135 

Voir aussi

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Articles connexes

Liens externes

35° 53′ 17″ N 5° 18′ 43″ W / 35.888, -5.312


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