Michel Debre

Michel Debré

Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir : Famille Debré.
Michel Debré
1er Premier ministre français
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Mandat
8 janvier 1959 - 14 avril 1962
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Président(s) de la République Charles de Gaulle
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Prédécesseur Charles de Gaulle (IVe République)
Successeur Georges Pompidou

Autres fonctions
Ministre d'État, chargé de la Défense nationale
3e ministre de la Défense de la Ve République
Période
22 juin 1969 - 5 avril 1973
Président(s) Georges Pompidou
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Premier ministre Jacques Chaban-Delmas
Pierre Messmer
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Gouvernement(s) Gouvernement Jacques Chaban-Delmas
Gouvernement Pierre Messmer (1)
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Prédécesseur Pierre Messmer
Successeur Robert Galley

Ministre des Affaires étrangères
Période
31 mai 1968 - 16 juin 1969
Président(s) Charles de Gaulle
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Premier ministre Georges Pompidou
Maurice Couve de Murville
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Gouvernement(s) Gouvernement Georges Pompidou (5)
Gouvernement Maurice Couve de Murville
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Prédécesseur Maurice Couve de Murville
Successeur Maurice Schumann

Ministre de l'Économie et des Finances
Période
8 janvier 1966 - 31 mai 1968
Président(s) Charles de Gaulle
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Premier ministre Georges Pompidou
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Gouvernement(s) Gouvernement Georges Pompidou (3)
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Prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing
Successeur Maurice Couve de Murville

Ministre de l'Éducation nationale (par intérim)
Période
23 décembre 1959 - 15 janvier 1960
Président(s) Charles de Gaulle
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Gouvernement(s) Gouvernement Michel Debré
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Prédécesseur André Boulloche
Successeur Louis Joxe

Garde des Sceaux, Ministre de la Justice
Période
1er juin 1958 - 8 janvier 1959
Président(s) René Coty (IVe République)
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Gouvernement(s) Gouvernement Charles de Gaulle (3)
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Prédécesseur Robert Lecourt
Successeur Edmond Michelet

Titulaire du fauteuil 1 de l'Académie française
Période
24 mars 1988 - 2 août 1996
Président(s)
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Prédécesseur Louis de Broglie
Successeur François Furet

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Biographie
Nom de naissance Michel Jean Pierre Debré
Naissance 15 janvier 1912
France Paris (France)
Décès 2 août 1996
France Montlouis-sur-Loire, Indre-et-Loire (France)
Nature du décès Maladie de Parkinson
Nationalité français
Parti politique Radical
RPF
Républicains sociaux
UNR
UDR
RPR
Conjoint Anne-Marie (dite Linette) Lemaresquier
Enfants Vincent Debré
François Debré
Bernard Debré
Jean-Louis Debré
Diplômé de Faculté de droit de l'Université de Paris
Sciences Po
Profession Haut fonctionnaire
Résidence
Signature

Premiers ministres français

Michel Debré, né à Paris le 15 janvier 1912 et mort à Montlouis-sur-Loire le 2 août 1996, est un homme politique français gaulliste.

Il est le premier Premier ministre de la Cinquième République, dont il contribua à rédiger la Constitution.

Sommaire

Biographie

Jeunesse, formation et débuts en politique

Michel Debré est le fils du professeur Robert Debré, considéré comme le fondateur de la pédiatrie moderne en France. Petit-fils du rabbin Simon Debré, 1854-1939, il est sans doute le membre le plus éminent de la famille Debré, une famille qui a donné à son pays plusieurs grands hommes, notamment des médecins, ainsi que le peintre Olivier Debré, frère de Michel. Avec son épouse Anne-Marie, née Lemaresquier, Michel a lui-même quatre fils :

Michel Debré étudie à Paris au lycée Montaigne, puis au lycée Louis-le-Grand, obtient le diplôme de l'École libre des sciences politiques et devient docteur en droit à l'université de Paris, et intègre également l'École nationale d'équitation, à Saumur. Il est reçu à vingt-deux ans au concours de l'Auditorat au Conseil d'État.

Mobilisé en 1939 comme officier de cavalerie, il est fait prisonnier à Artenay en juin 1940 mais parvient à s'évader en septembre de cette année. Il rentre alors au Conseil d'État et se montre favorable au général Maxime Weygand. D'avril à octobre 1941, il est chargé de mission à la résidence général du Maroc. Il retourne de nouveau au Conseil, prête serment au maréchal Philippe Pétain et est promu en 1942 maître des requêtes au Conseil d'État par Joseph Barthélémy, ministre de la Justice du régime de Vichy. En février 1943, quatre mois après l'invasion de la zone libre, il s'engage dans la Résistance, adhérant au réseau Ceux de la Résistance (CDLR).

Pendant l'été 1943, il est chargé par le général de Gaulle d'établir la liste des préfets qui remplaceront ceux du régime de Vichy pour le jour de la Libération. Il devient lui-même commissaire de la République à Angers en août 1944. En 1945, de Gaulle le charge auprès du Gouvernement provisoire d'une Mission de la réforme de la fonction publique, dans le cadre de laquelle il crée l'École nationale d'administration, dont l'idée avait été formulée par Jean Zay avant-guerre.

Sous la Quatrième République, Michel Debré adhère tout d'abord à l'UDSR, puis au Parti radical-socialiste sur les conseils du général de Gaulle (Allez au Parti radical, Debré. Vous y trouverez les derniers vestiges du sens de l'État). Il rejoint ensuite le Rassemblement du peuple français. Il est sénateur d'Indre-et-Loire, de 1948 à 1958. En 1957, il fonde Le Courrier de la colère, journal défendant violemment l'Algérie française et appelant au retour du général de Gaulle au pouvoir. Debré écrit dans l'édition du 2 décembre 1957 : « Que les Algériens sachent bien que l'abandon de la souveraineté française en Algérie est un acte illégitime qui met ceux qui le commettent, ou s'en rendent complices, hors-la-loi et ceux qui s'y opposent, quel que soit le moyen employé, en état de légitime défense. » Cet appel explicite à l'insurrection a conduit a posteriori le socialiste Alain Savary à considérer que « Dans l'affaire de l'OAS, les militaires ne sont pas les coupables, le coupable, c'est Debré. » [2]

Son gouvernement

Michel Debré avec le chancelier ouest-allemand, Konrad Adenauer, en 1960 á Bonn

Il devient Garde des Sceaux en 1958, dans le cabinet du général de Gaulle. Il y joue un rôle important dans la rédaction de la Constitution de la Cinquième République. Celle-ci acceptée, il inaugure la nouvelle fonction de Premier ministre qu'elle prévoit, de 1959 à 1962.

Après le référendum du 14 avril 1962 approuvant les accords d’Évian, de Gaulle le remplace par Georges Pompidou. En novembre, à l’occasion des élections législatives qui ont suivi la dissolution de l’Assemblée Nationale, il tente de se faire élire député en Indre-et-Loire. Battu, il décide en mars 1963 de se présenter à nouveau à la Réunion, une île qu'il a découverte avec le Président lors d'un voyage de moins de vingt-quatre heures le 10 juillet 1959. Ce choix surprenant s'explique par sa crainte de voir ce qui reste de l'empire colonial français suivre la voie empruntée par l'Algérie, une indépendance dont il ne se console pas. Ainsi, Michel Debré prend acte de la fondation par Paul Vergès quelques années auparavant du Parti communiste réunionnais, un mouvement qui réclame l'autonomie de l'île et la suppression du statut de DOM et qui a organisé quelques jours auparavant de grandes manifestations dans l'île. Il note par ailleurs que l'invalidation de l'élection du maire de Saint-Denis Gabriel Macé rend son poste accessible à l'opposition. Il prend la décision de briguer ce mandat.

Sa politique réunionnaise

Arrivé dans l'île en avril, Michel Debré est élu député de la première circonscription de la Réunion le 6 mai malgré l'opposition que suscite localement la mesure frappant les fonctionnaires d'outre-mer qu'il a prise en 1960, l'ordonnance Debré. Soutenu par les socialistes que l'autonomie rebute, il devient immédiatement le leader de la droite locale. Cet état de fait ne sera contesté par Pierre Lagourgue que durant la décennie suivante, mais Michel Debré est néanmoins élu au conseil régional de La Réunion pendant cette période[1].

Pour justifier la départementalisation de l'île survenue en 1946 et préserver ses habitants de la tentation indépendantiste, il met en œuvre une politique de développement axée sur la gestion de l'urgence démographique et de la misère qu'elle engendre dans laquelle les observateurs ont reconnu l'attention accordée par son père Robert aux questions sociales. Il fait ouvrir dans l'île le premier centre d'orientation familiale. Il procède par ailleurs à la création de nombreuses cantines scolaires où il fait distribuer gratuitement du lait en poudre aux enfants, le lait Debré. Il lutte personnellement pour obtenir de Paris la création d'un second lycée dans le sud de l'île, au Tampon : il n'y en alors qu'un seul à Saint-Denis pour plusieurs centaines de milliers d'habitants, le lycée Leconte-de-Lisle. Il développe également le Service militaire adapté créé par Pierre Messmer.

Considérant que la démographie de l'île est une menace pour son développement, Michel Debré organise durant les années 1960 la migration des Réunionnais vers la métropole. Il crée pour ce faire le BUMIDOM et le CNARM. Dans le même état d'esprit, il fait procéder au déplacement vers l'Hexagone de plus de 1 600 enfants réunionnais (entre 1963 et 1982) arrachés à leur famille en vue de repeupler certains départements métropolitains en cours de désertification, notamment la Creuse[2]. Au professeur Denoix qui s'insurgeait de ces pratiques, il répondit dans une lettre : « L'entreprise doit être poursuivie avec d'autant plus de constance qu'elle peut être combinée avec un admirable mouvement d'adoption que nous n'arrivons pas toujours à satisfaire. » Le 30 janvier 2002, Jean-Jacques Martial, un Réunionnais exilé en 1966, dépose plainte pour « enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation »[2].

On lui reproche également d'avoir étouffé la culture réunionnaise, notamment le maloya. Genre musical inspiré des pratiques des esclaves, il présentait en effet un profil désavantageux aux yeux de l'élu dans la mesure où il suscitait des sympathies autonomistes.

Son retour sur la scène nationale

Son engagement réunionnais n'empêche pas Michel Debré de demeurer actif et de se voir confier de nouveaux postes. En décembre 1964, il fait voter la loi Debré qui vise à éradiquer les bidonvilles en France. En 1968, il hésite à se présenter aux élections en Alsace. Il accepte surtout plusieurs portefeuilles ministériels, à commencer par celui de l'Économie et des finances. Il sera également aux Affaires étrangères puis à la Défense au début des années 1970. Bientôt, cependant, l'arrivée de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée le rend moins indispensable. Candidat à l'élection présidentielle de 1981, il ne recueille que 1,66 % des voix.

Le 24 mars 1988, il est élu au premier fauteuil de l'Académie française, succédant au prince Louis de Broglie mort le 19 mars 1987. Sa réception officielle eut lieu le 19 janvier 1989. Après sa disparition, il fut remplacé, le 20 mars 1997, par François Furet, mort avant d'avoir pu siéger sous la Coupole, puis, le 18 juin 1998, par René Rémond.

Atteint de la maladie de Parkinson durant les dernières années de sa vie, il meurt le 2 août 1996. Il est enterré au cimetière d'Amboise, commune dont il a été maire de 1966 à 1989.

Décorations et hommages

On trouve sur une place du chef-lieu de la Réunion surplombant la Rivière Saint-Denis une arche encadrant un portail ouvert sur laquelle est inscrite en son honneur une définition que Michel Debré avait faite de lui-même : « Créole un jour, créole toujours. »

Une place a été inaugurée en son nom le 9 juillet 2006 dans le 6e arrondissement de Paris[3].

Carrière politique

Michel Debré
Parlementaire français
Naissance 15 janvier 1912
Décès 2 août 1996
Mandat Sénateur 1948-1958
Député 1963-1988
Début du mandat 1948
Fin du mandat {{{fin du mandat}}}
Circonscription Indre-et-Loire
Réunion
Groupe parlementaire GD (1948-1958)
UNR-UDT (1962-1967)
UDVe (1967-1968)
UDR (1968-1978)
RPR (1978-1988)
IVe République-Ve République

Ses mandats électifs

Ses fonctions gouvernementales

  • Garde des Sceaux et Ministre de la Justice en 1958 et 1959.
  • Premier ministre de 1959 à 1962.
  • Ministre de l'Économie et des Finances du 8 janvier 1966 à 1968.
  • Ministre des Affaires étrangères en 1968 et 1969.
  • Ministre de la Défense nationale en 1969 et 1973.

Identité politique

Patriote et souverainiste

Michel Debré est patriote au sens où il place au-dessus de tout son attachement à la « France éternelle », la Patrie, la Nation (il emploie les majuscules), dans une perspective très proche de celle de de Gaulle. Sa réflexion constitutionnelle vise à trouver le meilleur régime pour le peuple français, jusqu'à envisager, fût-ce rhétoriquement, l'hypothèse d'une restauration monarchique.

Mais ce patriotisme s'accompagne d'un républicanisme également fervent : produit de l'enseignement républicain, Debré met sur le même plan aux fondements de sa pensée la nation et la république, celle-ci étant l'aboutissement et la réalisation de toutes les potentialités de celle-là. La différence avec de Gaulle est ici notamment générationnelle : vingt-deux ans les séparent, et Debré n'a jamais vécu une phase d'imprégnation nationaliste comme de Gaulle dans les années 1930.

Généralement considéré, non sans quelque raison, comme « jacobin », il montre une grande méfiance vis-à-vis des collectivités locales et de la décentralisation, dans laquelle il voit la renaissance des anciennes provinces et la mise en péril de l'unité de l’État. À la Libération, voulant supprimer les régions créées par le régime de Vichy tout en modernisant la vieille organisation départementale, il propose une refonte de l'administration territoriale de la France en quarante-sept départements issus de fusions ou de réarrangements. En 1969, il sera très critique vis-à-vis du projet de régionalisation, bien qu'il appellât à voter « Oui » par fidélité à de Gaulle. Il refuse en 1982 les lois de décentralisation.

Qualifier Michel Debré de « souverainiste » serait un anachronisme, mais le terme permet de montrer dans quelle famille politique se situeraient aujourd'hui ses idées. Il consacre dans ses mémoires de longs passages à la construction européenne, appelée la « supranationalité », qu'il rejette absolument dès lors qu'elle met en cause la souveraineté de la nation française. Il condamne en ces termes un amendement du Comité consultatif constitutionnel établissant la supériorité automatique des traités internationaux sur le droit interne :[4]

« À la ruse des supranationaux s’ajoute l'irréalisme de certains professeurs qui, avec leur théorie sur la hiérarchie des sources de droit, outre qu'ils se placent hors la tradition des légistes de France et qu'ils négligent le problème essentiel de la légitimité du pouvoir, manifestent une incompréhension totale du monde tel qu'il est. […] Ma colère éclate contre ces notables si peu au fait de l'histoire, des réalités du présent, des exigences de demain – bref, si peu conscients de la France éternelle. »

Debré est ainsi dans les années 1950 un adversaire farouche du projet de Communauté européenne de défense, qu'il contribue par ses discours au Conseil de la République à faire échouer. Il se réjouit également de la prise de distance de de Gaulle avec la Communauté européenne de l'énergie atomique au profit de la bombe nucléaire française. Il s'opposera encore clairement, encore qu'avec un moindre écho et sans succès, à l'élection au suffrage universel du Parlement européen, au motif qu'il ne reçoit et ne devrait recevoir aucune délégation de souveraineté. Il condamne à plusieurs reprises la primauté du droit communautaire comme une absurdité, voire comme une manifestation de « l'esprit vichyssois qui accepte que la France soit commandée par l'étranger ».[5]

Gaulliste

Toute la carrière politique de Michel Debré est placée sous le signe de la fidélité au général de Gaulle, qu'il rejoint à Londres en 1943 ; il est véritablement un « compagnon », pour reprendre le terme utilisé jusqu'aux années 1990 pour désigner les membres du parti gaulliste. Il participe à la création du Rassemblement du peuple français (RPF), fait entendre la voix des gaullistes au Conseil de la République entre 1948 et 1958 en tant que président du groupe des Républicains sociaux, et passe l'essentiel de la Quatrième République à demander le rappel du Général aux affaires.

Pour la rédaction de la constitution de 1958, il s'inspire directement du discours de Bayeux, dans lequel de Gaulle a « magnifiquement décrit la Constitution telle qu'il l'estimait nécessaire au bien de la France » :[6] parlement bicaméral avec une chambre basse représentant les électeurs et une chambre haute la tempérant et représentant la « vie locale » et les « grandes activités du pays » ; prééminence du gouvernement dans l'élaboration de la loi ; renforcement des pouvoirs du Président de la République, « arbitre » « placé au-dessus des partis », qui choisit les membres du gouvernement et dirige leur travail, peut prendre les pleins pouvoirs ou faire appel au peuple[7].

Malgré son admiration pour de Gaulle, Debré prend cependant soin de distinguer l'homme et le régime, et réfute, parfois avec indignation – et trente ans après –, les accusations des antigaullistes selon laquelle la constitution de 1958 avait été taillée pour de Gaulle et ne lui survivrait pas. Il considère même que la cohabitation étaient envisagée dès la fondation du régime :[8]

« Lorsque la majorité de l'Assemblée nationale n'est pas issue du même mouvement électoral que celui qui a élu le Président de la République, les pouvoirs du Premier Ministre, en fait, augmentent considérablement car il est l'expression de la majorité du Parlement, en face de laquelle le Président de la République ne peut que s'incliner ou dissoudre. »

Premier ministre, il a été soupçonné d'avoir constitué un « cabinet noir » à Matignon chargé de fournir au gouvernement gaulliste des armes contre ses opposants.

Cependant, lorsque le ministre de l'Intérieur Roger Frey présenta à Charles de Gaulle des photos montrant le jeune François Mitterrand avec Philipe Pétain pendant l'Occupation - dont très probablement celle ayant illustré beaucoup plus tard la jaquette d'« Une Jeunesse Française » de Pierre Péan - afin de l'utiliser contre celui-ci lors d'une campagne électorale, il s'attira cette réponse : « Non, car je ne pratiquerais pas la politique des boules puantes. » (cité par Alain Peyrefitte dans « C'était de Gaulle », éd.de Fallois/ Fayard, 1994, 1997 et 2000, et dans un éditorial de Pierre Georges dans un numéro du Monde).

Il apparaît alors sous le nom de M. de Bré ou « M. le Prince qui nous gouverne », dans les savoureux ouvrages pamphlétaires d'André Ribaud, « la Cour - chronique du royaume » (Julliard, 1961) et « Le Roi » (idem., 1962).

Libéral et réformateur

Bien que réputé jacobin, Michel Debré s'est toujours déclaré, avec insistance, « libéral ». Il ne faut cependant pas comprendre cette revendication à l'aune du « libéralisme » au sens de la philosophie politique : Debré accorde peu de confiance au régime parlementaire, et affirme tout au long de sa carrière la nécessité de l'autorité de l'État. Il montre cependant, dès les années 1930, une sensibilité particulière pour les questions économiques, et regrette qu'elles occupent une place trop réduite dans la formation des élites politiques françaises. La nationalisation de l'École libre des sciences politiques et la création des instituts d'études politiques en 1945 est censée corriger cette insuffisance.

Ce « libéralisme » est à comprendre dans un pays où être libéral et jacobin n'est pas contradictoire. Le libéralisme français a historiquement hésité, ainsi que l'a montré par exemple Lucien Jaume[9], entre deux grandes tendances, l'une fondée sur l'individualisme dans la lignée de Benjamin Constant, qui échoue, et l'autre sur le recours à l'État et la primauté de l'intérêt général dans la lignée de François Guizot, un « libéralisme d'État » (Jaume), qui l'emporte. C'est dans cette dernière tendance que s'inscrit Debré.

Michel Debré s'est attaché à moderniser l'État et les institutions lorsque le besoin s'en faisait sentir. Mécontent du système de recrutement de la haute fonction publique, où chaque ministère organisait son propre concours, il élabore ainsi en 1945 le projet d'École nationale d'administration, qu'il crée et dont il contribue à recruter la première promotion. Il réforme également la Justice en 1958.

Ouvrages

  • Demain la France : Esquisse d'un ordre international, sous le pseudonyme de Jacquier-Bruère, Plon, Paris, 1945
  • Refaire la France, en collaboration avec Emmanuel Monick, sous le pseudonyme de Jacquier-Bruère, Plon, Paris, 1945
  • La Mort de l'État républicain, Gallimard, Paris, 1947
  • Projet de pacte pour une union d'États européens, 1950
  • Ces princes qui nous gouvernent, Plon, Paris, 1957 en littérature
  • Une certaine idée de la France, entretien avec Alain Duhamel, Fayard, Paris, 1972
  • Une politique pour la Réunion, Plon, Paris, 1974
  • Le Pouvoir politique, avec Jean-Louis Debré, Seghers, Paris, 1976
  • Le Gaullisme, avec Jean-Louis Debré, Plon (Tribune libre), Paris, 1977, (ISBN 2259003303)
  • Français, choisissons l'espoir, Albin Michel, Paris, 1979, (ISBN 2-226-00777-6)
  • Lettre ouverte aux Français sur la reconquête de la France, Albin Michel, Paris, 1980, ISBN 2-226-01075-0
  • Peut-on lutter contre le chômage ?, Fayard, Paris, 1982, (ISBN 2-213-01190-7)
  • Trois républiques pour une France. Mémoires, avec la collaboration d'Odile Rudelle, Albin Michel, Paris, 19841994, 5 volumes
    1. Combattre, 1984, (ISBN 2226020667)
    2. Agir (1946–1958), 1988, (ISBN 2226033424)
    3. Gouverner (1958-1962), 1988, (ISBN 2226034579)
    4. Gouverner autrement (1962–1970), 1993, (ISBN 2226062076)
    5. Combattre toujours (1969-1993), 1994, (ISBN 2226075364)
  • Entretiens avec le général de Gaulle (1961–1969), Albin Michel, Paris, 1993, (ISBN 2226066608)
  • Entretiens avec Georges Pompidou (1971–1974), Albin Michel, Paris, 1996, (ISBN 2226084878)

Anecdotes

L'humoriste Coluche a raillé dans son sketch L'Ancien Combattant (1975) l'image un rien austère de l'ancien Premier ministre, en l'imaginant en boute-en-train lors des banquets des commémoration militaires : « T'entends un bouchon qui saute : c'est Debrééé ! Y en a un qui ronfle pendant le discours de Malraux : c'est Debrééé ! Y en a un qui s'met un entonnoir pour faire rigoler les copains, dites-le avec moi : [avec le public] C'est Debréééé ! Alors, j'invente rien, tout le monde le dit… »

Références et sources

Voir aussi

Bibliographie

Notes

  1. « Catalogue », Région Réunion, 2003.
  2. a  et b Livre: Enfants Réunionnais en Exil, RFO, 25 octobre 2007
  3. [1]
  4. Trois républiques pour une France. Mémoires, tome 2 Agir (1946–1958), Albin Michel, Paris, 1988, p. 384
  5. Trois républiques pour une France. Mémoires, tome 2 Agir (1946–1958), Albin Michel, Paris, 1988, p. 385
  6. Trois républiques pour une France. Mémoires, tome 2 Agir (1946–1958), Albin Michel, Paris, 1988, p. 350
  7. Citations tirées de Charles de Gaulle, Discours de Bayeux, 16 juin 1946
  8. Trois républiques pour une France. Mémoires, tome 2 Agir (1946–1958), Albin Michel, Paris, 1988, p. 368
  9. Voir par exemple Lucien Jaume, L'Individu effacé ou le paradoxe du libéralisme français, Fayard, Paris, 1997

Liens externes

Chronologies

Précédé par Michel Debré Suivi par
Charles de Gaulle
Président du conseil
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Premier ministre
8 janvier 1959 - 14 avril 1962
Georges Pompidou
Robert Lecourt
Ministre français de la Justice
Edmond Michelet
André Boulloche
Ministre français de l'Éducation nationale
Louis Joxe
Maurice Couve de Murville
Ministre français des Affaires étrangères
1968-1969
Maurice Schumann
Valéry Giscard d'Estaing
Ministre de l'Économie et des Finances
François-Xavier Ortoli
Pierre Messmer
Ministre français de la Défense
Robert Galley


Précédé par
Louis de Broglie
Fauteuil 1 de l’Académie française
1988-1996
Suivi par
François Furet



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