Pierre Laval
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Pierre Laval
Laval 1931.jpg
Pierre Laval, ministre de l'Intérieur, en 1931.
Bibliothèque nationale de France.

Mandats
104e et 115e président du Conseil des ministres français
27 janvier 193120 février 1932
Président Gaston Doumergue
Paul Doumer
Gouvernement Laval (1), (2) et (3)
Législature XIVe législature
Prédécesseur Théodore Steeg
Successeur André Tardieu
7 juin 193524 janvier 1936
Président Albert Lebrun
Gouvernement Laval (4)
Législature XVe législature
Prédécesseur Fernand Bouisson
Successeur Albert Sarraut
Vice-président du Conseil (Vichy)
12 juillet 194013 décembre 1940
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval (5)
Prédécesseur Philippe Pétain (Président du Conseil)
Successeur Pierre-Étienne Flandin
Chef du Gouvernement (Vichy)
18 avril 194219 août 1944
Chef de l'État Philippe Pétain
Gouvernement Laval (6)
Prédécesseur François Darlan (Vice-président du Conseil)
Successeur Charles de Gaulle (Chef du gouvernement provisoire)
Biographie
Nom de naissance Pierre Laval
Date de naissance 28 juin 1883
Lieu de naissance France Châteldon (Puy-de-Dôme) (France)
Date de décès 15 octobre 1945 (à 62 ans)
Lieu de décès France Fresnes (Seine) (France)
Nationalité française
Parti politique SFIO
Présidents du Conseil des ministres français

Pierre Laval, né le 28 juin 1883 à Châteldon dans le Puy-de-Dôme et mort fusillé le 15 octobre 1945 à Fresnes dans le département de la Seine (actuellement Val-de-Marne), était un homme politique français.

Plusieurs fois président du Conseil sous la Troisième République, il est, immédiatement après Philippe Pétain, la personnalité la plus importante de la période du régime de Vichy et le principal maître d’œuvre de la politique de collaboration d’État avec l’Allemagne nazie.

Ayant puissamment aidé à la fondation de « l’État français », il est vice-président du Conseil et dauphin désigné du maréchal jusqu’à son éviction soudaine le 13 décembre 1940. Il revient au pouvoir avec le titre de chef du gouvernement, du 18 avril 1942 au 19 août 1944.

Sommaire

Un homme politique de la IIIe République

Origine et formation

Pierre Laval est originaire d’une famille modeste de la petite bourgeoisie (son père était aubergiste et commerçant de chevaux à Châteldon, dans le Puy-de-Dôme); son ascension sociale lui permit ultérieurement de racheter le château du bourg où il est né, en 1883. De ses origines populaires, Laval garda toute sa vie un parler direct et familier, volontiers badin, souvent très croustillant, dont témoignent de multiples propos rapportés par ceux qui l'ont rencontré. Cela ne doit pas dissimuler son bagage culturel acquis. Pour pouvoir payer ses études, il est « pion » dans divers lycées de la région lyonnaise. Il obtient son baccalauréat puis une licence en sciences naturelles avant d’opter pour le droit, de s’installer à Paris comme avocat en 1907[1].

Le jeune député socialiste

En 1903, il avait adhéré au Comité révolutionnaire central, qui se fondra dans la SFIO en 1905 et portait une cravate rouge. Appelé sous les drapeaux en 1903, il y était resté un an simple soldat et s'était fait réformer pour cause de varices. En 1909, Pierre Laval épouse Jeanne-Eugénie Claussat, fille du maire radical-socialiste de Chateldon et sœur du conseiller général socialiste. Le couple s'installe à Paris et Laval commence une carrière « d'avocat des pauvres », proche des syndicalistes de la CGT. La première affaire qui lui vaut la célébrité est d'obtenir l'acquittement d'un certain Manhès, syndicaliste révolutionnaire inculpé de détention d'explosifs et de manuels anarchistes. Après l'affaire Manhès, il gagnera bien sa vie en exerçant le métier d'avocat. En 1911, il est candidat socialiste malheureux à une élection législative partielle dans la circonscription de Neuilly-Boulogne, mais en 1914, Laval est élu député de la circonscription d’Aubervilliers. Ce sont les syndicats qui avaient insisté pour l'avoir comme candidat. A 31 ans, il est le benjamin des 103 députés socialistes[1]

Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, Laval ne renie pas ses convictions pacifistes, mais il ne s'oppose pas à l'Union sacrée à laquelle se sont ralliés les socialistes. Exempté définitif, il ne part donc pas au front malgré son jeune âge. À partir de 1915, Laval se retrouve,comme Jean Longuet dans les rangs des minoritaires socialistes, critiques vis-à-vis de l'union sacrée, mais à partir de 1917, il désapprouve ceux de son parti, majoritaires, qui prennent leurs distances avec Clémenceau dont le programme tient dans les mots « Je fais la guerre ». Clemenceau lui avait proposé en novembre 1917 le poste de sous-secrétaire d'état à l'intérieur, aux côtés du ministre Georges Mandel, mais les socialistes avaient refusé tous les postes ministériels. Aux élections législatives de novembre 1919, Laval est tête de liste socialiste dans le quatrième secteur de la Seine, qui comprend toute la banlieue. Les socialistes subissent une déroute à cette élection qui donnera la chambre bleu horizon. Laval reste adhérent, mais prend ses distances avec les socialistes. Comme avocat, il continue à défendre la CGT. Au congrès de Tours, sa section d'Aubervilliers passe du côté communiste. Après 1922, il ne reprendra pas sa carte [2]

Maire d'Aubervilliers, homme d'affaires et gentleman-farmer

Il devient maire d’Aubervilliers en 1923, mandat qu’il conserva jusqu’à la Libération.

En marge de son activité de sénateur-maire d'Aubervilliers, Pierre Laval continue une carrière professionnelle privée. Avocat prospère, il réussit à faire fructifier des économies, et, en 1927, en empruntant de l'argent, il est en mesure de racheter la majorité des actions de la Société des Imprimeries du Montlouis et du journal Le Moniteur du Puy-de-Dôme. Il se montre homme d'affaires avisé et fera fortune en tant que patron de presse et de radio. Il a en effet racheté Radio-Lyon en 1928, puis Le Lyon républicain. Il participe, toujours en 1928 à la création d'une agence de publicité, le Crédit commercial de la publicité. Plus tard, il réussira à s'emparer d'autres quotidiens de province: La Sarthe , l'Écho républicain de l'Ouest, le Régional de l'Ouest, le Petit Var et le Petit Niçois. En 1931, en réalisant une plus-value de trois millions de francs, il revend tous ces journaux à Raymond Patenôtre tout en en conservant le contrôle politique. Il a ainsi les moyens de rembourser ses dettes et de devenir propriétaire à part entière des Imprimeries du Montlouis du Moniteur du Puy-de-Dôme et de Radio-Lyon[3].

L'homme d'État

Laval garde toujours un fort sentiment pacifiste, entretenu par ses contacts réguliers avec Aristide Briand, avec qui il travaille à établir de bonnes relations avec l’Allemagne et l’Union soviétique. Il s’éloigne progressivement de la gauche à mesure que s’accroît sa fortune (liée à des actions industrielles dans les eaux, la radio), et glisse de plus en plus vers la droite parlementaire. Il a la satisfaction d’être réélu député en 1924, comme socialiste indépendant face à un candidat SFIO auquel il reproche ses sympathies pour les communistes. À la tête d’un cabinet florissant, jouissant d’une excellente implantation locale, il apparaît à ses critiques déjà bien davantage comme un opportuniste, avant tout soucieux de sa réussite sociale, que comme un homme de conviction. En 1927, il est élu Sénateur de la Seine, comme candidat sans étiquette, mais avec le soutien du centre droit et de la droite. Il est plusieurs fois ministre et président du Conseil (voir ci-dessous), ce qui lui vaut, en 1931, d'être élu « Homme de l’année » par le Time magazine aux États-Unis. À ce jour c'est le seul Français avec le Général de Gaulle à avoir reçu ce titre.

Il mène au cours de ces différents mandats une politique déflationniste visant une limitation des déficits (en 1935 le budget de l'État français est l’un des rares en Europe à être en équilibre), ce qui provoque mécaniquement une forte récession, aggrave la crise économique et approfondit la crise sociale des années 1930. Conséquence directe également, le déficit du budget de l'État lui-même explose sous l'effet de l'effondrement des recettes. Cet échec précipite la victoire électorale du Front populaire. La politique de Laval conduit aussi à une limitation du budget de l’armée au moment où Hitler remilitarise l’Allemagne.

Sur le plan diplomatique, alors que s’affirme la menace nazie, Laval multiplie tous azimuts les initiatives qui s'avèrent souvent brouillonnes et contradictoires. Il cherche l'appui Italien et la détente européenne. Il rencontre Staline à Moscou et conclut avec lui un pacte d’assistance franco-soviétique (mai 1935), mais ne l’assortit pas d’un accord militaire. Il rencontre peu après Mussolini à Rome, et ne réagit pas quand ce dernier le met dans la confidence des préparatifs de l’agression contre l’Éthiopie. Le Duce interprète cela comme un consentement à sa guerre, qu’il déclenche en octobre 1935, et accueille avec fureur les sanctions de Paris et de Londres, croyant à une trahison de Laval, ce qui entre autres contribue au rapprochement Rome-Berlin et à la constitution de l’Axe, qui précipitera l’Europe dans la Seconde Guerre mondiale. En novembre 1942, lors d’une réunion à Munich avec Hitler, où Laval est présent, Mussolini confie à l’interprète Paul Schmidt que Laval lui a rendu fier service en 1935, en refusant de couper le ravitaillement en pétrole de l’Italie et de fermer le canal de Suez : dans ce cas, les troupes italiennes n’auraient plus eu qu’à se retirer d’Éthiopie sous huit jours. Ministre des Affaires étrangères, il participe en avril 1935 à la conférence franco-anglo-italienne de Stresa.

En janvier 1936, à l’approche du Front populaire, Laval est écarté du pouvoir. Déjà très hostile à son ancien camp politique, il en garde une vive hostilité envers les « socialo-communistes » qu’il associe à la Troisième République. Réélu à son poste de sénateur de la Seine pendant 10 jours en 1936, il devient, grâce à ses relations personnelles, sénateur du Puy-de-Dôme la même année[4]. À partir de 1937, il incline vers des idées sinon autoritaires, du moins antiparlementaires.

Laval et la fondation du Régime de Vichy

La fin de la IIIe République et la naissance de l'État français

La défaite de 1940 fournit à Laval l’occasion de revenir au pouvoir. Le 2 septembre 1939, le Sénateur Laval vote les crédits militaires, mais intervient en séance pour préconiser un appel à une médiation italienne qui pourrait sauver la paix et, pendant la Drôle de guerre, il restera sur la position qu'une médiation italienne pourrait permettre de sortir de la guerre. Après la nomination à la tête du gouvernement de Paul Reynaud, ferme partisan de la guerre, Laval se rapproche de Daladier auprès de qui il confie qu'une politique pacifiste telle qu'il pourrait la mettre en œuvre ne pourrait se faire que sous l'égide de Pétain. Après le succès de l'offensive allemande, les pourparlers échouent pour son entrée dans le gouvernement Pétain formé le 16 [[1940|]] 1940, mais il fait son entrée au gouvernement, après l'Armistice, le 23 juin 1940 avec le portefeuille de la Justice[5].

Le gouvernement et l'assemblée étant repliés à Vichy, du 1er juillet 1940 au 1er juillet 1940, Laval est le principal acteur de l'opération qui va aboutir au vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940 par le biais de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940. Deux jours plus tard, le 12 juillet 1940, Laval sera appelé par Pétain comme vice-président du Conseil, le maréchal restant à la fois chef de l’État et du gouvernement. Jean-Paul Cointet a réumé en trois points la stratégie de Laval, convaincu d'une nécessaire entente entre la France et l'Allemagne: Il importe de dépasser le cycle infernal victoire-revanche. Le vaincu doit donner des gages de bonne vonté au vainqueur pour ne pas durcir ses positions. Cela doit être fait immédiatement, sans attendre la victoire allemande sur l'Angleterre qui paraît imminente. L'abandon du régime parlementaire, par principe hostile à l'Allemagne, au profit d'institutons autoritaires est l'un des gages donnés au vainqueur. Le Maréchal placé en haut de cet édifice n'est qu'un symbole, propre à rallier une majorité de Français à la politique nouvelle[6].

Le premier gouvernement du régime de Vichy

Avec le titre de vice-président du Conseil et de secrétaire d'état aux affaires étrangères, Laval joue du 10 juillet 1940 au 13 décembre 1940 un rôle de première importance dans le domaine de la politique étrangère mais reste passif devant la mise en place de la Révolution nationale, ce qui ne l'empêche pas de signer tous les décrets du gouvernement. A ses yeux, la Révolution nationale apparaît comme une péripétie, à la rigueur commode, alors que la collaboration avec l'Allemagne est la grande politique à laquelle il doit attacher son nom[7].

Laval développe des rapports très étroits avec Otto Abetz, ambassadeur allemand en France. Jouant de son image de « francophile », ce dernier le persuade un peu plus, tout à fait à tort, que le Führer est prêt à tendre la main au vaincu et à réserver à la France une place privilégiée dans l’Europe sous domination nazie. Le 22 octobre 1940, Laval rencontre Adolf Hitler à Montoire-sur-le-Loir et propose que les deux pays s’allient très étroitement. Deux jours après, il organise l’entrevue retentissante de Montoire, où la poignée de main symbolique entre Hitler et Pétain engage la France dans la collaboration d’État. Un mois plus tard, lors d’une autre réunion avec Hermann Göring, Laval suggère une alliance militaire avec l’Allemagne nazie, et fait dresser des plans pour une reconquête commune du Tchad, passé aux gaullistes sous l’impulsion de son gouverneur, Félix Éboué.

Il multiplie par ailleurs les gestes de bonne volonté, sans contrepartie aucune ni demandée ni obtenue. Ainsi, il livre à l’Allemagne l’or de la Banque nationale de Belgique, confié par Bruxelles à la France. Il lui cède les participations françaises dans les mines de cuivre de Bor (Serbie), les plus importantes d’Europe à produire ce métal hautement stratégique. Il envisage le retour du gouvernement à Paris, où il serait plus étroitement sous regard allemand.

La chute (13 décembre 1940)

De juillet à décembre 1940, Laval mène une politique de collaboration active, avec le projet d’alliance avec l’Allemagne nazie qui inquiète certains membres de son gouvernement. Mais surtout, Laval agit trop indépendamment au goût de Pétain, jaloux de son autorité, et son impopularité auprès de la masse des Français risque à terme de rejaillir sur le régime. Enfin, c’est le dernier parlementaire à siéger encore au gouvernement, et il déplaît aux tenants de la Révolution nationale comme vestige de la République honnie.

Le 13 décembre 1940, Philippe Pétain limoge brusquement Laval, et le remplace par Flandin puis par Darlan, lequel poursuit d’ailleurs sans grand changement la politique de collaboration et renforce le caractère autoritaire du régime. Laval est brièvement arrêté, mais Otto Abetz intervient pour le libérer et l’emmène à Paris, où il vit désormais sous la protection de l’armée allemande. Ce limogeage n’empêche pas Pierre Laval de continuer à participer à la vie publique et politique.

L'interrègne

Le 27 août 1941, alors qu’il passe en revue le premier contingent de la Légion des volontaires français (LVF), volontaires français sous uniforme allemand (la France n'étant pas en guerre contre l'URSS) sur le point de partir pour participer à l’opération Barbarossa, Laval est victime d’un attentat à Versailles. La cérémonie organisée à la caserne Borgnis-Desbordes, avenue de Paris, réunissait Eugène Deloncle, président du Comité central de la Légion des volontaires français, Marcel Déat, fondateur du Rassemblement national populaire (RNP), Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, Marc Chevallier, préfet de Seine-et-Oise et le ministre plénipotentiaire allemand Schleier. L’auteur des cinq coups de feu est un jeune ouvrier de 21 ans, Paul Collette, ancien membre des Croix-de-feu.

Le retour au pouvoir (1942-1944)

Pierre Laval et Karl Oberg à Paris,
le 1er mai 1943.

Le 1er décembre 1941, Pétain et Darlan rencontrèrent Goering à Saint-Florentin. Cette rencontre ne déboucha sur rien, et en tous cas, pas sur un traité de paix préliminaire que recherchaient Pétain et Darlan. La position de ce dernier s'en trouve affaiblie, il est tombé en disgrâce auprès du Maréchal et son équipe se désagrège. Darlan qui se met à douter de la victoire de l'Allemagne cultive des relations serrées avec l'ambassadeur des États-Unis l'amiral Leahy. À partir de ce moment, les Allemands font pression sur Pétain pour qu'il se sépare de Darlan[8],[9].

Parallèlement, depuis le début de l'année 1942, Laval séjourne beaucoup à son château de Chateldon où il reçoit beaucoup de personnalités de Vichy. Ses relations avec le Maréchal s'améliorent, notamment lors de la rencontre du 25 mars 1942 à Randan. Auparavant, à Paris, Laval avait rencontré Goering qui lui avait déconseillé de revenir au pouvoir si on le lui demandait[8],[9]. Les pourparlers multiples entre Vichy, Américains et Allemands s'accélèrent à partir de la fin du mois de mars. Selon les termes de Jean-Paul Cointet, « les Allemands ont moins décidé en faveur de Laval qu'arbitré in fine en sa faveur »[8].

Le 18 avril 1942, Pierre Laval prend ses fonction de chef de gouvernement, titre créé pour la circonstance, alors que Darlan reste le successeur désigné de Pétain et conserve le portefeuille de la Défense nationale. Dans un discours prononcé trois jours après son retour au pouvoir, il prononce un discours d'où il ressort que toute la politique du pays est subordonnée à l'insertion dans l'Europe allemande, sur un fond de combat antibolchevique. Lors de son procès, en 1945, il déclara qu'en revenant au pouvoir, il espérait empêcher pour la France les mauvais traitements que sa conversation avec le maréchal Goering avait laissé présagé. D'après son biographe Jean-Paul Cointet, il est fidèle à son schéma de pensée de 1940 selon lequel on finira par obtenir la confiance de l'Allemagne en lui donnant toujours plus de gages[10].

Dans l'entourage de Laval, on trouve l'homme d'affaires Jacques Guérard, secrétaire général du gouvernement, des anciens d'Aubervilliers comme André Guénier, secrétaire particulier ou Henri Prété, des amis venus des milieux radicaux-socialistes, comme Pierre Cathala, nommé ministre des finances ou René Bousquet, jeune préfet de trente-trois ans propulsé au poste de secrétaire général de la police.. Comme chef de cabinet, Laval a recruté Jean Jardin dont on lui a vanté ls qualités intellectuelles et la multiplicité de ses relations[11]

Féru de diplomatie, intimement persuadé d’être le seul Français capable de négocier avec Hitler, Laval mise tout sur une collaboration sans équivoque qui consiste à anticiper sur les désirs allemands et à multiplier les gages de bonne volonté envers le vainqueur, sans en attendre de contrepartie, dans le but de maintenir la reconnaissance par les occupants de l'autorité du régime de Vichy. Il espère ainsi obtenir de Joachim von Ribbentrop ou d’Hitler l’entrevue décisive, pendant laquelle il fait d’avance généreusement confiance aux capacités de charme personnel qu’il se prête pour séduire les chefs nazis, et les convaincre de réserver à la France une place de choix dans l’Europe allemande. Laval ne semble jamais avoir eu conscience ni de la spécificité radicale de l’idéologie nazie et du régime hitlérien, ni de l’absence complète de volonté du Führer de traiter la France ni aucun autre vassal comme un partenaire.

Profondément convaincu d’avoir raison seul contre tous, et persuadé que la postérité seule comprendrait les mérites de sa politique, Laval n’a jamais tenu aucun compte de l’impopularité de sa personne et du sentiment de collaboration auprès de la masse des Français, pas plus que des avertissements qui lui parvenaient de plus en plus de toutes parts. En témoigne ce dialogue significatif avec le général Weygand, le 12 novembre 1942, lors de la dernière rencontre entre les deux hommes:« Monsieur Laval, vous avez contre vous 95 % des Français — Dites plutôt 98 %, lui répond Laval, mais je ferai leur bonheur malgré eux. »[12]

Pierre Laval s’enferre ainsi sans retour dans une politique de collaboration de plus en plus coûteuse humainement et moralement pour la France, sans contrepartie. Il n’en varie pas, y compris en 1943-1944, alors que la défaite allemande est pourtant devenue prévisible.

La radicalisation de la collaboration d'État

Le 22 juin 1942, Laval prononce à la radio un retentissant discours dont se détache la phrase devenue fameuse[13] :« J'ai la volonté de rétablir avec l'Allemagne et l'Italie de relations normales et confiantes. De cette guerre surgira inévitablement une nouvelle Europe. [...] Pour construire cette Europe, l'Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques [...] Je souhaite la victoire allemande, parce que sans elle, le bolchevisme demain s'installerait partout  »

Préparant ce discours, Laval avait consulté son conseiller diplomatique Charles Rochat qui avait tenté de le dissuader de la prononcer. Il montra alors son projet au maréchal Pétain. Ce dernier se contente de lui faire modifier la version initiale – « Je crois à la victoire de l’Allemagne » – du moment qu’un civil n’a pas selon lui à faire de pronostic militaire[14] . Laval était très fier de sa trouvaille, , mais personne autour de lui ne comprit les raisons d'un tel engagement. Les milieux de Vichy étaient stupéfaits et les gaullistes triomphaient. Désormais, la phrase du 22 juin collera à la réputation de Laval qui est revenu plusieurs fois en public sur cette phrase, toujours pour refuser de la désavouer[13].

En septembre 1942, Laval avait autorisé la Gestapo à pourchasser les résistants français en Zone libre (mission Desloges ou opération Donar)[15]. Le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 et l’invasion de la Zone Sud par les Allemands qui en résulta le 11 novembre 1942 va changer la donne de la collaboration: L'Empire français avait basculé dans le camp de la dissidence, et le gros de la flotte française gisait au fond de la rade de Toulon, privant ainsi le gouvernement de Vichy de ses moyens de marchandages.[16]

Laval a pourtant traversé cette crise de novembre 1942 en essayant de sauver sa politique de collaboration: Il approuve Pétain qui avait donné l'ordre de résister aux Alliés, fait interner et expulser les diplomates américains de Vichy. En conseil des ministres, il se prononce contre un engagement militaire massif de la France aux côtés de l'Allemagne et répond par une manœuvre dilatoire à la question posée par Hitler: « Le chancelier Hitler demande au gouvernement français s'il est disposé à combattre aux côtés de l'Allemagne contre les Anglo-Saxons ». « Il faut se voir et en discuter », répond Laval qui est alors invité à aller rencontrer Hitler à Munich. L'entretien a lieu le 10 novembre 1942. Hitler reçoit Laval de façon humiliante, ne parle plus d'une entrée en guerre de la France, car il a décidé d'envahir la zone sud le lendemain mais exige la mise à disposition immédiate des ports de Tunis et Bizerte. Laval préconise de mettre la France devant le fait accompli.[17] [18] [19]

De retour en France, Laval reçoit le 13 novembre 1942 les pleins pouvoirs de la part de Pétain « nécessaires à un chef de gouvernement pour lui permettre de faire face rapidement [...] aux difficultés que traverse la France ». Le 27 novembre 1942, la flotte française se saborde à Toulon, conformémént aux directives données antérieurement par Darlan. Ni Laval, ni Pétain n'ont pris des mesures pour qu'elle prenne la mer et se mette aux côtés des Alliés.[17]

En public comme en privé, Laval réaffirme jusqu’à la fin son refus viscéral de toute idée de double-jeu. De fait, cet homme si souvent stigmatisé par ses contemporains comme un « maquignon » et un « opportuniste » joue jusqu’au bout un seul jeu : celui de l’entente avec l’Allemagne.

Laval et la persécution des Juifs

Lors de son premier passage au gouvernement, Laval n'avait pas été précisément l'inspirateur des lois antijuives. Il avait exprimé quelques doutes sur l'intérêt du statut des Juifs, mais avait finalement cosigné l'ensemble des lois[20]. Le retour au pouvoir de Laval coïncide avec la mise en place par les Allemands d'un plan de déportation des juifs[21]. Une ordonnance allemande rend obligatoire le port de l'étoile jaune en zone occupée à partir du 7 juin. Le prédecesseur de Laval, Darlan, s'était opposé à cette mesure en zone libre en mettant en avant l'opinion publique [22].

Laval en personne, ou des hommes qui lui sont proches comme Bousquet seront en première ligne dans les négociations avec les Allemands au sujet de la mise en œuvre de ces déportations. Heydrich était venu personnellement en France pour lancer l'opération et mettre en place le nouveau chef de la police allemande Karl Oberg, qui sera, du côté allemand, le principal interlocuteur de Laval et Bousquet[23]. Le Commissariat général aux questions juives, dirigé par Darquier de Pellepoix, est placé sous l’autorité directe de Laval depuis juillet 1942. Sans doute Laval a-t-il nommé à ce poste Darquier, nettement plus pro-allemand que son prédecesseur Xavier Vallat pour donner satisfaction aux Allemands au sujet d'un poste considéré comme secondaire. Le Commissariat aux Affaires Juives devenu une annexe des services allemands aura un rôle négligeable dans l'exécution des déportations[24]. Trois mois avant le retour de Laval au pouvoir, le 27 mars 1942, Dannecker, chef de la Gestapo à Paris avait organisé le premier convoi de déportés juifs en direction d’Auschwitz, au départ de Drancy et Compiègne[21].

Le 25 juin 1942, les Allemands proposent l'arrestation de 22 000 juifs dont 40% de juifs français. Laval décide de collaborer à la rafle en en confiant l'exécution à la police française, refuse de procéder à l'arrestation de juifs français en proposant, en compensation d'organiser ultérieurement des rafles de juifs étrangers en zone sud. 12 884 juifs étrangers, en majorité des femmes et des enfants sont arrêtés par la police française au cours de la rafle parisienne du Vel’ d’Hiv’ du 16-17 juillet 1942[23]. En zone sud, 7 000 juifs étrangers et apatrides seront arrêtés au cours des rafles du 26-28 août 1942[25]

Dans les préparatifs de la rafle du Vel d'HIv, les Allemands n'avaient pas prévu de déporter les enfants de moins de seize ans. Laval insista pour que les enfants ne soient pas séparés de leurs parents « dans un intention d'humanité », comme il l'expliqua au conseil des ministres du 12 juillet. Les familles avec enfants furent regroupés dans les camps de Phitiviers et de Beaune-la-Rolande, et l'autorisation allemande de les déporter arriva le 20 juillet 1942[23].

Sollicité de revenir sur sa décision d’inclure dans les convois les enfants de moins de 16 ans (initialement non demandés des Allemands), notamment par le pasteur Boegner, chef des protestants de France, Laval refuse : « pas un seul de ces enfants ne doit rester en France ». Le pasteur Boegner rapportera plus tard : « Que pouvais-je obtenir d’un homme à qui les Allemands avaient fait croire - ou qui faisait semblant de croire - que les juifs emmenés de France allaient en Pologne du Sud pour y cultiver les terres de l’État juif que l’Allemagne affirmait vouloir constituer. Je lui parlais de massacre, il me répondait jardinage ». A ce même entretien du 9 septembre 1942, Laval déclarait aussi « je ne puis faire autrement », « je fais de la prophylaxie », selon ce qu'en rapporte Boegner qui ajoute « Pour sauver les Juifs français, il fallait sauver les juifs étrangers » [26]. Le 30 septembre 1942, dans un télégramme aux ambassades françaises à travers le monde, il reprend une rhétorique antisémite pour justifier les récentes déportations : "Le seul moyen de conjurer le péril juif était le rapatriement de ces individus dans l'Est de l'Europe, leur pays d'origine"[27].

En même temps que la police de Laval organisait les rafles massives de juifs étrangers, le même Laval intervenait auprès des ambassades des pays alliées du Reich, Roumanie, Hongrie, Bulgarie, Portugal, Turquie pour qu'elles protègent leurs compatriotes. Cette protection sera inégale et n'emêchera finalement pas des juifs roumains ou bulgares d'être arrêtés, déportés, gazés[26]. Laval engage également à partir du 26 août 1942 des tractations avec les États-Unis, par le biais des Quakers. Il s'agit des milliers d'enfants dont les parents sont déjà partis dans des camps. 350 enfants juifs sont exfiltrés aux États-Unis par les Quakers, mais un plan de sauvetage plus ambitieux échoue définitivement le 8 novembre 1942 avec l'arrivée des Allemands à Marseille. L'historien Michael R. Marrus a fait remarquer que si ce plan avait l'accord de Laval, Vichy avait également informé Berlin qui avait demandé à Laval l'assurance qu'un geste humanitaire ne soit pas exploité par la presse américaine contre la France et l'Allemagne[26].

Les « accords Oberg-Bousquet » avaient conduit à l'exécution par la police française de la rafle du Vel-d'Hiv et des rafles du mois d'août en zone Libre. À partir du mois de septembre 1942, l'attitude de Laval change et il refuse de collaborer à des opérations collectives[28]. Dans ses pourparlers avec Oberg, Laval met en avant « une résistance sans pareille de la part des églses pour demander aux Allemands de ne pas exiger la livraison du quotat de juifs prévu auparavant « il n'en va pas de la livraison des Juifs comme de la marchandise dans un Prisunnic » [29]. Pour contourner la volonté du gouvernement de Vichy de ne pas livrer de Juifs français, les Allemands tentèrent d'obtenir la dénaturalisation des juifs devenus français grâce à la loi du 10 août 1927. Cette demande allemande revint avec insistance au cours de l'année 1943, et Laval met alors ses capacités de manœuvrier pour s'opposer à cette mesure[28]. Tentant d'interpréter cette fermeté face aux Allemands, Asher Cohen écrit « Laval devait trouver une bonne raison de résister à un ordre allemand pour améliorer son image de marque. Il n'était ni antisémite, ni philosémite, les Juifs ne l'intéressaient pas: seulle sa survie politique comptaient » [30]

Pour la seule année 1942, plus de 43 000 Juifs sont déportés, la plupart arrêtés par la police française. En août 1943, Laval refuse cependant de dénaturaliser les Juifs français, ce qui aurait permis aux Allemands d’accélérer leur déportation. 11 000 Juifs n’en sont pas moins déportés encore cette année-là, et 17 000 en 1944. 80 % d’entre eux ont été arrêtés par la police française. (Voir Shoah#Billan#Les victimes en France)

L'envoi de travailleurs forcés en Allemagne

Le retour au pouvoir de Laval est à peu près concomitante avec l'arrivée en France de Fritz Sauckel, chargé par Hitler de pourvoir le Reich en main d'œuvre qualifiée puisée dans les pays occupés. Jusqu'alors, moins de 100 000 travailleurs français volontaires étaient partis travailler en Allemagne[31]. Le refus d'envoyer 150 000 ouvriers qualifiés avait été l'une des cause de la chute de Darlan[32]. Sauckel demanda 250 000 travailleurs supplémentaires avant la fin du mois de juillet. Face à cette exigence, Laval recourt à sa méthode favorite qui consiste à négocier, gagner du temps et chercher des moyens d'échanges. C'est ainsi qu' il en vient à proposer le système de la Relève consistant à libérer un prisonnier de guerre pour trois départs en Allemagne de travailleurs libres et qui sera instituée et annoncée le 22 juin 1942, dans le même discours où Laval proclamait « je souhaite la victoire de l'Allemagne ».[31]. Au préalable, dans une lettre envoyée au ministre allemand des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, la 22 juin 1942, Laval avait placé cette politique de la Relève dans le cadre d'une participation de la France à l’effort de guerre allemand contre le bolchavisme, au travers de l’envoi de travailleurs[32].

Au système de la Relève, basé sur le volontariat va succéder Service du travail obligatoire (STO) qui est instauré dans la totalité de l'Europe occupée en août 1942[33]. Du point de vue de Sauckel, la Relève avait été un échec puisque moins de 60 000 travailleurs français étaient partis en Allemagne à la fin du mois d'août. En outre, Il menaça de recourir à une ordonnance réquisitionner la main d'œuvre masculine et féminine. Cette ordonnance n'aurait pu s'appliquer qu'en zone occupée. Laval négocie alors l'abandon de l'ordonnance allemande au profit d'une loi française concernant les deux zones.[34]. La réquisition forcée d'ouvriers, gardés par des gendarmes jusqu'à leur embarquement en train, sucita de nombreuses réactions hostiles. Le 13 octobre 1942 éclatèrent les incidents d'Oullins, dans la banlieue lyonnaise. On écrivit sur les trains « Laval assassin ! »[33]. Le gouvernement fut forcé de reculer si bien qu'au 1er décembre 1942 seuls 2 500 ouvriers requis avaient quitté la zone Sud [35]. En définitive, le 1er janvier 1943, Sauckel exigea qu'en plus des 240 000 ouvriers déjà partis en Allemagne, un nouveau contingent de 250 000 hommes soit expédié d'ici la mi-mars[36]. Pour remplir ces objectifs, les services allemands organisent des rafles d'une brutale inefficacité, ce qui conduit Laval à proposer en conseil des ministres du 5 février 1943 un texte législatif instituant le STO proprement dit, en vertu duquel les jeunes nés dans les années 1920-1922 sont requis pour le service du travail en Allemagne. Par ailleurs, Laval amoindrira sa loi par de nombreuses exceptions. Au total, 600 000 hommes partiront entre juin 1942 et août 1943[37]. Laval aura mis l’inspection du travail, la police et la gendarmerie au service des prélèvements forcés de main-d’œuvre et de la traque des réfractaires au Service du travail obligatoire.[35]

Ce sont les Allemands eux-même qui mettront un terme, de fait, aux demandes de Sauckel. Le 15 septembre 1943), le ministre de l'armemement du Reich Albert Speer concluera un accord avec le minsitre de Laval Jean Bichelonne d'où il résultera que de nombreuses entreprises travaillant pour l'Allemagne furent soustraites à la réquisition de Sauckel. Les hommes étaient protégés mais l'économie française dans son ensemble était intégrée à celle de l'Allemagne[37].

En définitive, le système du STO aura produit des milliers de jeunes réfractaires qui se jettent dans les bras de la Résistance qui créera les maquis à cette occasion[36]. Aux yeux des Français, Laval aura pris la responsabilité des mesures imposées par Sauckel et sera devenu le ministre français qui envoie les travailleurs français en Allemagne[31]. Le Dr Elmar Michel, chef à Paris des services économiques allemands à Paris a résumé l'attitude de Laval et celle des occupants qui décidèrent eux-même de rompre avec la politique de Sauckel: « De manière très habile, Pierre Laval poursuivit une tactique dilatoire et évasive dans le but de réserver à la compétence de l'administration française l'ex&cution des mesures prévues; cette tactique ne pouvait réussir qu'à l'ombre d'une administration allemande compréhensive et opposée elle-même aux demandes de Sauckel »

L'État milicien et la répression accrue de la Résistance

En décembre 1942, Laval demanda à être reçu par Hitler. Il fut reçu par le führer en Prusse Orientale le 19 décembre, et ce dernier, après lui avoir annoncé le relèvement de l'indemnité journalière à 500 millions de Francs[38], sermonna sèchement le chef de gouvernement français en lui reprochant la déplorable incurie de son gouvernement en matière de mùaintien de l'ordre[16]. Il est vrai que l'armée d'armstice avait été dissoute à la suite de l'invasion de la Zone Libre, en novembre 1942. Un mois plus tard, était créée la Milice française, force de police politique sous la conduite de Joseph Darnand, mais dont Laval est officiellement le président. La Milice prend la suite du Service d'ordre légionnaire (SOL) dont Joseph Darnand était déjà le chef. Laval n'avait pas de sympathie particulière, ni pour Darnand ni pour le SOL, mais la création de la Milice permet à Laval de disposer de son propre instrument face aux mouvements collaborationistes de la zone Nord, le RNP de Marcel Déat ou le PPF de Jacques Doriot[39].

En fait, la Milice ne sera autorisée en zone nord par les Allemands qu'à partir de la fin du mois de janvier 1944, conformémént aux voeux de Laval, mais ce dernier, qui pensait contrôler facilement la Milice, se voit mposer à la même date la nomination de Darnand comme secrétaire général du Maintien de l'Ordre. Darnand a donc autorité sur la Milice, mais aussi sur la gendarmerie, les gendarmes mobiles et les GMR. L'école des cadres de la milice dispense une formation politique mais surtout une formation militaire très minutieuse orientée vers la lutte contre les maquis. Les chefs de la Milice vont vite apparaître comme des ultras de la collaboration d'état aux côtés précisémment des collaborationnistes que Laval voulait neutraliser. Les responsables de la Milice commencent alors à investir progressivement l'appareil d'État et des miliciens sont placés à des postes clés de la police et même de la justice, puisque les [[cour martiale[cours martiale]] instituées le 20 janvier 1944 dépendent directement du secrétariat au maintien de l'ordre. Le milicien Philippe Henriot est nommé secrétaire d'État à la propagande le 30 décembre 1943. Sur le terrain, la puissance de la Milice reste néanmoins limitée. Seuls 4 000 hommes ont pu être recrutés en zone Nord. Engagée dans les combats contre la Résistance, notamment en février 1944 contre le Maquis des Glières, elle doit faire appel aux unités de Waffen-SS pour donner l'assaut final.[16]

À partir de l'hiver 1944, Laval, comme Pétain tablent sur une paix de compromis à l'Ouest, sur le dos des Soviétique et cherchent à mettre en sourdine la collaboration d'État, mais ils doivent faire la preuve que l'État français est capable d'assurer le maintien de l'ordre, pour lequel les forces de police traditionnelles et la gendarmerie deviennent de moins en moins sûres. C'est donc aux GMR et à la Milice que sont confiées le soin de mener une sorte de guerre civile, aussi bien contre les gaullistes que contres les communistes.[16]

C'est dans ce contexte que sont perppétés les exécutions de Maurice Sarraut, Victor Basch, Jean Zay et de Georges Mandel dans lesquelles Laval n'a pas de responsabilités directes. Il manifeste son émotion après l'assassinat de Mandel pour lequel il avait beaucoup d'estime et d'affection, mais il n'avait rien fait pour le faire libérer depuis son retour au pouvoir en avril 1942.[40]

La concentration croissante des pouvoirs

Laval et le maréchal Pétain en 1943.

Depuis son retour au pouvoir, Pierre Laval obtient des prérogatives sans cesse accrues de la part de Pétain, avec l’appui des Allemands.

Laval cumule de plus en plus de portefeuilles et place ses créatures à tous les postes-clés. Dès l’été 1942, il est à la fois ministre de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de l’Information. La gendarmerie est directement placée sous son autorité depuis juin 1942. Doté du titre nouveau de « chef du gouvernement » en avril 1942, Laval redevient dauphin officiel du maréchal en novembre 1942, après que l’amiral Darlan a changé de camp et collabore désormais avec les Américains lors du débarquement allié en Afrique du Nord. Le 26 novembre, un acte constitutionnel de Pétain l’autorise à signer seul tous les décrets et les lois. En 1943, il obtient même des pouvoirs constituants. Il est officiellement le chef de la Milice française. René Bousquet, qu’il a placé au Secrétariat général de la police, se montre en toutes circonstances l’un de ses protégés les plus fidèles. Ce grand responsable des déportations de Juifs sera d’ailleurs encore à ses côtés dans sa cellule de Fresnes pour partager ses derniers instants (Pascale Froment, René Bousquet, Fayard, 2001). Les Commissariats spécialisés chargés de la persécution des Juifs ou de la livraison de main-d’œuvre à l’Allemagne relèvent aussi directement du chef du gouvernement. Plusieurs autres ministres sont des alliés et amis proches, ainsi Pierre Cathala aux Finances ou Jean Bichelonne à la Production industrielle et aux Transports.

Laval dispose aussi d’une clientèle de compatriotes auvergnats qu’il place à d’importantes fonctions. Le préfet de police de Paris, Amédée Bussière, un des principaux organisateurs de la rafle du Vel’ d’Hiv’, est un Clermontois qu’il a connu à la préfecture du Puy-de-Dôme. À la tête de la Légion française des combattants, Laval installe le maire d’Ambert Raymond Lachal, partisan d’une ligne plus collaborationniste. Un autre Auvergnat, Grasset, devient ministre de la Santé. L’administration pénitentiaire, qui collabore à la garde des résistants capturés, est dirigée par Baillet, qu’il a connu comme commissaire à Aubervilliers du temps où il en était député.

Très peu intéressé par la Révolution nationale, sans déclarations antisémites ou antimaçonniques particulières (il déclara notamment vouloir fonder une loge nationale unique protégée par l'État), Laval n’hésite pas à prononcer le mot honni de « République » dans ses discours. Trop isolé et trop impopulaire pour négliger des soutiens éventuels, il est prêt à s’appuyer sur des républicains ralliés au régime, passant outre les récriminations des collaborationnistes et des pétainistes. C’est ainsi que Laval fait sonder entre autres l’ancien préfet de Chartres révoqué par Pétain, Jean Moulin, pour voir s’il veut reprendre du service au profit de l’État français. Celui dont Laval ignorait qu’il était entre-temps devenu l’un des plus grands résistants français opposa évidemment une fin de non-recevoir.

Mais à partir de fin 1943, Laval accepte aussi la fascisation progressive du régime en faisant entrer à son gouvernement les ultra-collaborationnistes affichés Joseph Darnand, Philippe Henriot et Marcel Déat. Il laisse la Milice française, organisation de type ouvertement fasciste, prendre un rôle de plus en plus grand dans l’État, un milicien devenant même préfet de Montpellier.

La fuite et le procès

En août 1944, alors que les Alliés s'approchent de Paris, Laval est emmené par les Allemands, comme Pétain, à Belfort puis à Sigmaringen en Allemagne. Il avait, semble-t-il, déjà prévu le besoin de se réfugier quelque part, puisqu'il s'était fait construire un abri de défense passive sous la rue des Feuillantines à son propre usage. L'abri sera terminé en août 1944, juste au moment où Laval doit fuir, et celui-ci ne pourra jamais l'utiliser[41]. En mai 1945, il fuit en Espagne, est arrêté à Barcelone et, le 30 juillet, remis au gouvernement provisoire français présidé par le général de Gaulle.

Laval comparait devant la Haute cour de justice en octobre 1945. Particulièrement inconscient de la gravité des actes qui lui sont reprochés, Laval parlait fréquemment à ses proches du jour où il reprendrait sa carrière politique… Il semblait sincèrement persuadé de pouvoir encore convaincre ses juges du bien-fondé et de la nécessité de sa politique. La haine générale accumulée contre lui pendant l’Occupation éclate au grand jour à son entrée dans le box des accusés : très vite, Laval est hué et insulté par les jurés (dont plusieurs sont d’anciens collègues au Parlement, qu’il s’est pris inconsidérément à tutoyer familièrement), il est de fait empêché de parler et de se défendre[réf. nécessaire]. Il est exclu de son procès[réf. nécessaire], et la défense refuse de plaider en protestation. La presse résistante elle-même condamne le naufrage pénible du procès. Le général reçut la visite des avocats de Laval et sollicita l'avis de son ministre de la justice, suite à quoi il refusa à commuer la condamnation comme à ordonner un second procès[42]. Laval n’en est pas moins beaucoup trop compromis pour que le verdict de culpabilité fasse de toute façon le moindre doute[réf. nécessaire]. Il est condamné à mort le 9 octobre pour « Haute trahison en ayant aidé l’ennemi et violé la sécurité de l’État[réf. nécessaire] ».

L'exécution

Alors qu’il avait tenté de se suicider le jour de son exécution en avalant une capsule de cyanure, les médecins lui firent deux piqûres de camphre, puis procédèrent à un lavage d'estomac. Son état s’étant sensiblement amélioré, il fut amené devant le peloton d'exécution qui le fusilla le 15 octobre 1945, dans la cour de la prison de Fresnes. Dans Le Procès Laval: Compte rendu sténographique (1946), réalisé sous la direction de Maurice Garçon, les derniers moments de Laval sont décrits en ces termes :

« Le 15 octobre, vers 9 h 00 du matin, M. le Procureur Général Mornet, accompagné de M. le Président de la Commission d’Instruction Bouchardon, se présentèrent à la prison de Fresnes dans la cellule du condamné, lui annoncèrent que le moment était venu d’expier. Pierre Laval était couché et parut ne pas entendre. Rapidement on comprit qu’il était sous le coup d’une intoxication et le docteur Paul, médecin légiste, qui était présent, lui fit une piqûre de morphine. On trouva sur les couvertures du lit une ampoule qui avait contenu du poison que le condamné venait d’absorber, ne voulant pas, avait-il écrit, tomber sous des balles françaises. Il devint évident au bout de peu de temps que le poison était éventé. Les médecins firent deux piqûres de camphre, puis procédèrent à un lavage d’estomac. Le condamné rendit la plus grande partie de la substance toxique qu’il avait absorbée et se ranima assez rapidement. Son état s’étant amélioré, il fut décidé, puisqu’il pouvait se tenir debout et marcher, que l’arrêt serait exécuté. Pierre Laval, qui s’était habillé et qui maintenant paraissait rétabli, marcha d’un pas ferme jusqu’à la porte de la prison et monta dans le fourgon qui le conduisit derrière la prison de Fresnes devant une butte qui pendant la guerre avait servi aux Allemands de lieu d’exécution. Quelques minutes suffirent pour le conduire au poteau. Il refusa l’escabeau qu’on lui proposait pour s’asseoir, se laissa lier au poteau et mourut[43]. »

Il fut inhumé dans une fosse commune du cimetière parisien de Thiais puis au cimetière du Montparnasse.

Alors que huit demandes en révision du procès Pétain ont été rejetées, aucun défenseur de Vichy n’a pris la peine, ou le risque, de demander la révision du procès de Laval. Seule la famille de Laval et en particulier son gendre René de Chambrun, mari de sa fille unique Josée et ardent défenseur de sa mémoire, milita pour sa réhabilitation, mais en pure perte.

Jean Jardin (1904-1976), son directeur de cabinet, fut aussi son éminence grise et continua à jouer ce rôle après la guerre auprès d’autres personnalités.

Carrière ministérielle

Il a exercé les fonctions de président du Conseil des ministres (Troisième République) à quatre reprises, puis celles de chef du (gouvernement de Vichy) à deux reprises :

Notes et références

  1. a et b Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, 2e édition Tallandier, 2006, pp.5-23
  2. Kupferman, pp.25-51
  3. Kupferman, pp.68-73
  4. Les dates des élections
  5. Cointet, pp.228-249
  6. Cointet, pp.255-256
  7. Robert Frank, Pétain, Laval, Darlan, dans La France des années noires, Tome I, 1re édition, 1993, édition de poche 2000, p.518-523
  8. a, b et c Jean-Paul Cointet, Pierre Laval, Fayard, 1993, (ISBN 9782213028415), p.360-366
  9. a et b Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, 2e édition Tallandier, 2006, pp.358-370
  10. Jean-Paul Cointet, Pierre Laval, Fayard, 1993, (ISBN 9782213028415), p.367-370
  11. Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, 2e édition Tallandier, 2006, pp.374-379
  12. Cointet, p.415-416
  13. a et b Cointet, pp.381-383
  14. Kupferman, p.388-389
  15. Kupferman, pp.396-397
  16. a, b, c et d Jean-Pierre Azéma, La Milice, Vingtième siècle, Revue d'histoire n°28, 1990, pp.83-106
  17. a et b Cointet, pp.407-422
  18. Kupferman, pp.431-458
  19. Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, Fayard, 1968, pp.344-356
  20. Cointet, p.393-394
  21. a et b Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, cerf, 1993, (ISBN 2204044911), p.256-257
  22. Asher Cohen, pp.249-245
  23. a, b et c Cointet, pp.396-403
  24. Kupferman, pp.402-403
  25. François et Renée Bédarida, La persécution des Juifs dans La France des années noires, dir. Azéma et Bédarida, Le Seuil, 1993, p.147
  26. a, b et c Kupferman, pp.420-424
  27. Serge Klarsfeld,"Les autorités d'occupation, Vichy et la déportation des Juifs", in Qu'est-ce qu'un déporté ?, sous la dir. de Tal Bruttmann, Laurent Joly et Annette Wieviorka,CNRS Editions, 2009, p. 75
  28. a et b Cointet, pp.425-427
  29. Asher Cohen, p.329
  30. Asher Cohen, Persécutions et sauvetages, Juifs et Français sous l'occupation et sous Vichy, cerf, 1993, p.415
  31. a, b et c Cointet, pp.378-380
  32. a et b Kupferman, p.383-388
  33. a et b Kupferman, p.413-416
  34. Cointet, pp.393-394
  35. a et b Raphaël Spina, Impacts du STO sur le travail des entreprises dans Actes du colloque Travailler dans les entreprises sous l'occupation, Christian Chevandier et Jean-Claude Daumas, Presses universitaires de Franche-Comté, 2007
  36. a et b H.Roderick Kedward, STO et Maquis dans La France des années noires, Tome II dir. Azéma et Bédarida, Éditions du Seuil, 1993
  37. a et b Cointet, pp.433-3434
  38. Cointet, pp.423-424
  39. Cointet, pp.427-431
  40. Cointet, pp.458-448
  41. Voir article sur le Grand réseau sud de Paris, description de l'abri des Feuillantines ou « abri Laval »
  42. L'Epuration Française de Peter Novick, édition Balland de 1985, p277
  43. Maurice Garçon (dir.), Le Procès Laval. Compte rendu sténographique, éd. Albin Michel, Paris, Collection des grands procès contemporains, 1946, p. 310-311.

Bibliographie

  • Yvert Benoît (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernements en France (1815-2007), éd. Perrin, Paris, 2007, 916 p. 

France de Vichy

Biographies

  • Henry Torrès, La France trahie, Pierre Laval, New York, Brentano, 1941. Un pamphlet écrit par un avocat et homme politique qui a côtoyé Laval dans l’entre-deux guerres.
  • Guy Bechtel, Pierre Laval, Robert Laffont, 1963
  • J.-P. Cointet, Pierre Laval, Fayard, Paris, 1993.
  • Hubert Cole, Pierre Laval, Fayard, 1964
  • René de Chambrun, gendre de P. Laval, Pierre Laval devant l’Histoire, France-Empire, Paris, 1983
  • Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987, rééd. Tallandier, 2006
  • Odette Pannetier, Pierre Laval, Denoël et Steele, 1936
  • Maurice Privat, Pierre Laval, cet inconnu, Fournier-Valdès, Paris, 1948
  • Yves Pourcher, Pierre Laval vu par sa fille d’après ses carnets intimes, Le Cherche Midi, 2002

Sur le procès

  • Fred Kupferman, Le Procès de Vichy : Pucheu, Pétain, Laval, Éditions Complexe, 2006
  • René de Chambrun, Le « Procès » Laval, France-Empire, Paris, 1984
  • Yves Frédéric Jaffré, Les derniers propos de Pierre Laval recueillis par son avocat, André Bonne, Paris
  • Géo London, Le Procès Laval, Bonnefon, Lyon, 1946
  • Roger Maudhuy, Les Grands procès de la Collaboration, Lucien Souny, 2009

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