Agriculture biodynamique

L'agriculture biologique dynamique appelée communément biodynamie est un système de production agricole dont les bases ont été posées par l'anthroposophe Rudolf Steiner dans une série de conférences données aux agriculteurs en 1924.

Cette méthode a pour idée de départ le concept d'« organisme agricole » qui consiste à regarder toute ferme, tout domaine agricole comme un organisme vivant[N 1] , le plus diversifié[N 2] et le plus autonome possible, avec le moins d’intrants en ce qui concerne le vivant (plants, semences, fumure…). Développée et expérimentée par les agriculteurs, cette méthode utilise les plantes pour réaliser des extraits végétaux, tisanes, décoctions, macérations, parfois combinées avec des dilutions, visant à soutenir un bon processus végétatif et à limiter le développement des parasites.

La plupart des aspects différenciant cette méthode de l'agriculture biologique sont ésotériques[2], tels que l'emploi des préparations de « bouse de corne » ou de « silice de corne » après « dynamisation », dans l'objectif de structurer et de développer les sols ou d'équilibrer le processus végétatif des plantes. Un autre aspect de la biodynamie est la prise en considération pseudo-scientifique des rythmes lunaires et planétaires[3].

La biodynamie s'adresse à tous les domaines de l'activité agricole tels que la production de semences, l'élevage, l'apiculture, la viticulture ou l'entretien du paysage. Mise en pratique sur des domaines viticoles[4][5], pour la production du thé en Inde ou encore du coton[6], la biodynamie s'attache tout particulièrement au fonctionnement biologique des sols et des végétaux et cherche avant tout l'amélioration de la qualité des produits.

L'efficacité de ce système de production ne semble pas différer de celle de l'agriculture biologique, les deux approches se distinguant par les aspects pseudo-scientifiques de l'agriculture biodynamique[7].


Sommaire

Origines

Dès le début des années 1920, un certain nombre d'agriculteurs étaient très préoccupés par l'état de dégénérescence dans lequel se trouvaient certaines productions agricoles, notamment les pommes de terre, les céréales, les fruits et les légumes mais aussi par la perte de fécondité dans leur cheptel, voyant leurs animaux confrontés à des épidémies de fièvre aphteuse[8]. Ils demandèrent alors conseil à Rudolf Steiner qui organisa une série de huit conférences, connues sous le nom de Cours aux Agriculteurs, qui furent données en juin 1924 sur le domaine du comte Karl von Keyserlingk à Koberwitz[9], près de Breslau en Silésie, devant un public d'agriculteurs, de vétérinaires et de scientifiques[10],[11]. Renouvelant le regard porté sur la nature, sur l'activité agricole et sur l'alimentation humaine, ces conférences contiennent à la fois les principes philosophiques de la méthode et bien des éléments pratiques[8]. A cette époque, l'agriculture industrielle était mise en cause, en particulier l'utilisation de plus en plus généralisée d'engrais chimiques et de produits phytosanitaires qui contribuaient à détruire la vie des sols, sans compter la toxicité de ces produits sur la faune et la flore environnante : élimination d'insectes utiles, élimination des oiseaux, des petits mammifères, contamination des nappes phréatiques, etc.

Développement géographique

La biodynamie a d'abord bénéficié d'un accueil favorable dans les pays de langue allemande et anglaise, notamment en Allemagne, en Suisse et en Australie. Après l'impulsion initiale, de nombreux successeurs ont œuvré pour compléter cette base et pour l'adapter à la pratique et aux conditions locales. Parmi ceux-ci on peut citer Ehrenfried Pfeiffer (1899-1961)[N 3], Harald Kabisch, Maria Thun, Léo Selinger, Friedrich Sattler, Manfred Klett, Eckard v.Wistinghausen, Volkmar Lustref [8]. Parmi les pionniers, il faut aussi citer l'Allemand Alex Podolinsky qui émigra en 1947 en Australie et sous l'impulsion duquel ce pays, réputé pour ses obstacles climatiques et la pauvreté de ses terres, est devenu aujourd'hui le principal utilisateur de la méthode avec plus d'un million d'hectares en culture biodynamique[6].

En France

En France, le mouvement se développe sous l'impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, François Bouchet, Nicolas Joly, Pierre Masson ou encore Jacques Mell. L'Association française de culture biodynamique est créée en 1958, le Syndicat d'agriculture biodynamique en 1973 et le Mouvement de culture biodynamique en 1975. Toujours en France, l'association Demeter et la marque éponyme voient le jour en 1978[9]. En 1996 s'est créée une association viticole, le Syndicat international des vignerons en culture biodynamique, avec un label spécifique Biodyvin.

Points communs entre agriculture biologique et bio-dynamique

Les nodosités des racines de Medicago italica (luzerne) contiennent des Rhizobiums capables de fixer et de réduire l’azote atmosphérique en ammonium.

L'agriculture biologique dynamique est la première en date des méthodes dites « biologiques »[12]. Il ne s'agit pas d'une agriculture naturelle au sens d'un retour à la nature mais bien de comprendre les lois de la nature et de les respecter au mieux dans les pratiques agricoles[8]. Ainsi toutes les bonnes pratiques agronomiques communes avec l'agriculture biologique font partie intégrantes de la méthode, comme les soins apportés à l'élaboration des composts, les rotations longues, la culture des légumineuses et des plantes à enracinement profond, le travail modéré du sol, le désherbage mécanique…

La biodynamie, comme l'agriculture biologique, souhaite éviter l'épuisement des sols par une exploitation trop intensive. Ces deux agricultures évitent aussi toutes les deux l'utilisation d'engrais chimiques, mais se distinguent par le but de cet évitement et par la rigueur.

Alors que l'agriculture biologique a pour objectif d'établir une production agricole durable[13] en évitant les produits industriels et minimisant les apports extérieurs, mais en les autorisant sous certaines conditions[14], la biodynamie affiche une volonté de produire des plantes dites saines[réf. souhaitée] en proscrivant l'emploi d'engrais et pesticides solubles, naturels ou non. Seuls les composts de substances végétales ou animales, susceptibles d'être décomposées par les organismes vivants dans le compost sont autorisés. [réf. souhaitée]

Pour la maîtrise des maladies et des ravageurs, l'agriculture bio-dynamique comme l'agriculture biologique peuvent utiliser la technique des plantes compagnes, c'est-à-dire de plantes qui se renforcent mutuellement par leur proximité. De même dans la lutte contre les parasites, elle utilise aussi des infusions, décoctions, purins, ou des préparations de diverses plantes comme l'absinthe, la tanaisie, la phacélie à feuilles de tanaisie, le raifort, la ciboulette, la poudre de racine de fougère, le pyrèthre, le bois de quassia et aussi des substances minérales comme la Chaux en poudre ou la poudre d'algues calcifiées. Certains engrais complémentaires sont accessoirement utilisés, comme la poudre de basalte, la poudre de plume ou de soies de porc.


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Spécificité

Le compostage en tas avec l'apport de préparations spécifiques est une pratique indispensable pour les bio-dynamistes.

L'usage de produits auxiliaires ou « préparations » fait principalement la spécificité de l'agriculture bio-dynamique. Ces préparations ont été mises au point à partir d'indications données par Rudolf Steiner.

Il y a six préparations à ajouter au compost[N 4] et deux préparations à pulvériser sur les cultures. Quatre d'entre elles servent à dynamiser et vivifier le compost lors de son élaboration. L'une des deux autres est à pulvériser directement sur les sols et la dernière directement sur les plantes pendant la croissance.

Préparations destinées au compost

Article connexe : Purin d'ortie.
Confection des préparations biodynamiques destinées au compost en utilisant un processus fermentaire réalisé dans des organes animaux.

Ces six préparations, dénommées en pratique par un numéro allant de 502 à 507, sont élaborées à partir de diverses plantes et joueraient chacune un rôle spécifique[8] :

  1. d'achillée millefeuille Achillea millefolium (502) qui jouerait un rôle particulier dans la mobilité du soufre et de la potasse
  2. de camomille sauvage Matricaria recutita (503), liée au métabolisme du calcium et régularise les processus de l'azote
  3. de grande ortie Urtica dioïca (504). En rapport avec l'azote et le fer, elle renforcerait l'influence des deux premières préparations en donnant au compost et au sol une « sensibilité » et favorise une bonne humification
  4. d'écorce de chêne pédonculé Quercus robur (505). Pour les bio-dynamistes cette préparation aurait un rapport avec le calcium et régulariserait les maladies des plantes dues à des phénomènes de prolifération, d'exubérance
  5. de pissenlit Taraxacum section Ruderalia (506). Jouerait notamment un rôle au niveau de l'acide silicique
  6. de valériane officinale Valeriana officinalis (507). Cette préparation aiderait à la mobilité du phosphore dans les sols

Pour l'achillée, la camomille, le pissenlit et la valériane, la préparation est confectionnée avec les fleurs. Pour l'ortie, on utilise la plante entière avec de jeunes fleurs. Il existe aussi en fait une « préparation » 508 qui est constituée de prêle des champs (Equisetum arvense). Ce n'est pas à vrai dire une préparation car on utilise la décoction de plante fraîche en aspersion ou arrosage pour lutter contre les maladies cryptogamiques et certains parasites.

Ces préparations sont pour la plupart obtenues au travers d'un processus fermentaire dans des organes animaux : vessie, mésentère, intestin et crâne d'animal domestique. Deux grammes de chacune de ces six préparations suffisent pour des volumes allant jusqu'à 10 mètres cube de matière à composter.

Les préparations à pulvériser

Deux grandes préparations sont essentielles en agriculture biologique dynamique :

  • La première s'appelle la « bouse de corne » ou en pratique 500. Elle est confectionnée à base de bouse de vache de qualité qui est introduite dans une corne puis enterrée durant la période hivernale. La bouse subit un processus de fermentation et se transforme en humus naturel. Elle est conçue pour asperger le sol et les plantes. Cette préparation occupe une place primordiale dans l'agriculture bio-dynamiste car elle s'adresse au sol et aux racines des plantes. Ainsi elle serait un puissant édificateur de la structure du sol en favorisant l'activité microbienne et la formation de l'humus, améliorant ainsi l'absorption racinaire et la rétention d'eau dans le sol[8].
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Les Australiens ont mis au point une préparation composée, dénommée « bouse de corne préparée ou 500P », destinée à être pulvérisée sur les parcelles et qui contient la bouse de corne (500) et les six préparations habituellement destinées au compost (502 à 507). Elle s'utilise après une dynamisation de 20 min à une dose d'environ 250 g/ha. Le plus connu en France est le Compost de bouse selon Maria Thun (CBMT dénommé aussi MT), et dans la plupart des autres pays Cowpat pit (CPP). L'utilisation de ces préparations est variable selon les écoles biodynamiques[12].

  • La seconde préparation s'appelle la « silice de corne » ou 501. Elle est élaborée à partir de quartz (silice cristallisée) très finement réduit en poudre et passée en terre, durant la période estivale, dans une corne de vache. On l'utilise en pulvérisation sur les plantes durant la période végétative : cette préparation complémentaire de la 500 ne s'adresse pas au sol mais à la partie aérienne des plantes. Considérée par les bio-dynamistes comme une « pulvérisation de lumière » cette préparation apporterait une « qualité lumineuse » aux plantes pouvant selon les cas favoriser la vigueur ou au contraire atténuer une trop grande luxuriance et les tendances aux maladies[8].

Ces préparations doivent être diluées dans l'eau, généralement de l'eau de pluie récupérée ou de l'eau de source, et brassées pendant exactement une heure en plein air : c'est la dynamisation dans laquelle la formation d'un tourbillon (vortex) suivie d'un chaos énergique sont essentiels. Elles sont ensuite immédiatement pulvérisées pour entrer en contact avec le sol ou les plantes. Les quantités employées sont très faibles : 90 à 120 grammes dans un volume de 30 à 50 litres d'eau par hectare pour la bouse de corne et seulement 4 grammes par hectare pour la silice dans des volumes d'eau comparables[8].


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Plusieurs essais dans le monde attestent les résultats positifs des préparations biodynamiques et ont fait l'objet de publications, y compris dans des revues de rang A : Reganold J.P et al, 1993 [N 5] ; Kœning U.J, 1999 [N 6] ; Mäder et al, 2002 [N 7].

Pratique des incinérations

Dans la méthode biodynamique, divers parasites ou ravageurs se combattent à l'aide d'incinérations. Les papillons ou les insectes se capturent avec des pièges, par aspiration ou par secouage des végétaux ; pour les mammifères ou les oiseaux, il faut prendre un morceau de peau proche du cou, entre les omoplates.

L'incinération est pratiquée à l'aide d'un petit brasero chauffé par du bois, de préférence dans la parcelle concernée. Les cendres sont alors épandues, généralement après une dilution isopathique et agitation rythmique jusqu'au niveau de la 8e décimale hahnemannienne (dilution dite « D8 ») [N 8]. Le volume de cendres effectivement épandu est donc dans ce cas 0,000001 % du volume initial, soit une dose homéopathique. C'est un des aspects controversés de la biodynamie[5].

Selon les indications de R.Steiner, on choisira le jour de la pleine Lune pour les incinérations des plantes adventices et il ne semble pas nécessaire de se référer au zodiaque lorsqu'il s'agit de plantes[8]. Pour se débarrasser des mulots, Steiner explique[15] qu'il faut prendre la peau d'un mulot et la brûler au moment où Vénus est devant la constellation du Scorpion, les cendres contiennent alors « la force négative qui s'oppose à la force de reproduction du mulot ». Il suffit ensuite de répandre la poudre sur les champs pour écarter les mulots, il n'est pas nécessaire d'en avoir beaucoup (dose homéopathique).

Travail avec les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux

Les calendriers biodynamistes sont basés sur les données du zodiaque astronomique (zodiaque réel) et tiennent donc compte de la précession des équinoxes.

Dans la pratique biodynamique, le rythme est une permanente adaptation aux conditions de l'environnement alors que les cadences et les fréquences sont étrangères à la sphère du vivant[12],[N 9]. Ainsi les rythmes lunaires, planétaires et zodiacaux sont pris en compte, avec une importance variable selon les écoles, pour le travail du sol, les plantations ou les semis, les récoltes ou l'emploi des préparations biodynamiques[16],[17],[18].

Pour faciliter la mise en œuvre pratique, les expérimentateurs en biodynamie ont mis au point le « Calendrier des Semis »[N 10] donnant de nombreuses indications sur les périodes les plus favorables[19]. C'est principalement cet aspect de la biodynamie qui fait qu'elle est qualifiée d'ésotérique.

D'une façon générale, dans la perception des ces rythmes, les astres sont vus du point de vue d'un observateur géocentré. Les calendriers tiennent compte de la précession des équinoxes c'est-à-dire que la position des constellations au cours de l'année est réajustée en prenant en compte la précession des équinoxes, même si le choix des contellations et leur égale répartition restent fondés sur le zodiaque astrologique.

Le rythme synodique : Lune croissante / décroissante

Illustration des phases lunaires.
Article détaillé : Phase lunaire.

Le rythme synodique est le plus connu et le plus facilement observable. Il correspond à la période qui sépare deux phases identiques de la Lune et dure 29,5 jours environ. C'est le cycle indiqué par Rudolf Steiner dans son cours aux agriculteurs.

Dans ce rythme on distingue deux phases essentielles : pendant 15 jours la Lune est croissante (on parle de « Lune jeune » ou encore de « Lune tendre »), puis les 15 jours suivant la Lune est décroissante (on parle de « Lune vieille »).

Bien que ce rythme soit familier, en particulier des jardiniers, il est considéré comme mineur par certains biodynamistes car toutes les plantes n'y seraient pas sensibles de la même façon[19] ; il semble concerner en priorité les plantes riches en eau telles que dans le maraîchage et son action serait plus marquée par temps humide. Ce rythme a été expérimenté par de nombreux chercheurs : L. Kolisko, H. Spiess, E. Zuercher etc.

Le rythme sidéral : jour feuille, fleur, fruit, racine

Impulsion des constellations zodiacales sur l'élément concerné et l'organe correspondant de la plante.

En effectuant sa rotation autour de la terre, chaque mois, la Lune passe devant les 12 constellations du zodiaque comme le fait le soleil en un an. Le rythme sidéral est la période qui sépare deux passages successifs de la Lune devant le même groupe d'étoiles (d'où l'adjectif sidéral) du zodiaque. Il dure 27,3 jours.

L'utilisation de ce rythme a été popularisé par Maria Thun qui a procédé à des semis journaliers de radis en sol pauvre et sans irrigation. Celle-ci aurait constaté des variations morphologiques, avec des parties de la plante plus ou moins stimulées selon le jour concerné, et donc la constellation du zodiaque du moment du semis.

Inversement les plantes appartiennent à l'une ou l'autre de ces catégories selon la partie de la plante utilisée : il convient alors de les semer et de les soigner préférentiellement aux dates feuille, fruit, fleur ou racine.


Type de plante Force Exemples
Plantes fruits / graines Feu tous les fruits, les céréales, les légumineuses
Plantes fleurs Air les fleurs, brocolis, oléagineux (colza, lin, tournesol…) etc.
Plantes feuilles Eau choux, salades, persil, épinards, etc.
Plantes racines Terre carottes, raves, oignons, radis, pommes de terre, etc.

Le rythme tropique lunaire : Lune ascendante / descendante

Ce rythme, dont la durée diffère seulement de 7 secondes du rythme sidéral[N 11], est très lié à ce dernier et ne doit pas être confondu avec le rythme synodique.

Au cours de son cycle mensuel, la Lune arrive à sa position la plus basse (lunistice sud) devant la constellation zodiacale du Sagittaire. À partir de là, elle devient ascendante et décrit dans le ciel un arc de cercle chaque jour plus grand et plus plus élevé : c'est le printemps lunaire. Durant cette période, la montée de sève serait plus forte ; c'est la période choisie pour les greffages ou pour récolter les fruits qui doivent se conserver.

Une fois parvenue au point le plus élevé de sa trajectoire mensuelle (lunistice nord), devant la constellation des Gémeaux, la Lune devient descendante : on parle d'automne lunaire. C'est la période traditionnellement retenue pour la taille des arbres et des haies, l'abattage du bois d'œuvre ou l'apport de fumure. C'est aussi la période de plantation, repiquage, rempotage.

Ce cycle est apparenté au grand cycle solaire annuel qui détermine les saisons. Au solstice d'hiver, le Soleil est présent dans la constellation du Sagittaire. Le cycle est ascendant jusqu'au solstice d'été où il se trouve alors présent devant la constellation du Gémeaux. Puis le cycle devient descendant lorsqu'il se déplace du solstice d'été au solstice d'hiver. La conjonction d'un cycle solaire descendant et d'une Lune descendante, en particulier en décembre, était présenté comme particulièrement favorable par Olivier de Serres pour l'abattage des bois d'œuvre.

Le rythme anomalistique : apogée et périgée

Orbite lunaire elliptique à l'origine du rythme anomalistique.

L'orbite elliptique de la Lune détermine un passage à une distance minimale de la Terre (environ 360000 Km) ou périgée (Pg) et maximale nommée apogée (Ag) situé à environ 406000 Km de la Terre. Ce rythme dure environ 27,55 jours.

Dans sa sixième conférence du cours aux agriculteurs, Rudolph Steiner propose une interprétation de l'action de la Lune à ces moments précis au travers de l'influence sur la vigueur des plantes mais aussi des parasites. Une situation d'apogée apporte une intensification des forces solaires et favorise l'élément Air / Lumière : il faut alors éviter la pulvérisation de la silice de corne (501) par exemple.

Le rythme draconitique : les nœuds lunaires

Le nœud correspond au point de l'orbite de la Lune lorsqu'elle traverse l'écliptique de la Terre.

L'orbite de la Lune étant inclinée d'environ 5°8' par rapport au plan de l'écliptique (direction de l'orbite de la terre autour du Soleil), la Lune coupe deux fois par mois ce plan, soit une fois en montant (nœud ascendant) et une fois en descendant (nœud descendant). Ce rythme est d'environ 27,2 jours.

Les planètes infra-solaires (Mercure Mercury symbol.svg et Vénus Venus symbol.svg) provoquent des nœuds défavorables de 24 à 36 heures avant et 12 heures après. Les effets des nœuds des planètes supra-solaires (Mars Mars symbol.svg, Jupiter Jupiter symbol.svg et Saturne Saturn symbol.svg) peuvent durer jusqu'à trois jours.

Les biodynamistes considèrent que les travaux effectués à ces moments peuvent avoir une influence négative sur le monde vivant. Il est déconseillé d'entreprendre des travaux touchant le sol, les plantes, les préparations biodynamiques, la récolte ou la transformation des produits agricoles durant les quelques heures qui encadrent les nœuds.

De la même façon les planètes ont aussi une orbite inclinée par rapport au plan de l'écliptique et possèdent donc des positions de nœud considérées comme fortement négatives par les biodynamistes, avec des durées encore plus longues que les nœuds lunaires.

Pratiques spécifiques pour l'élevage

Les bovins ont une grande importance pour les biodynamistes. Par le pâturage, ils entretiennent et valorisent certains paysages.

Pour l'agriculteur biodynamiste, l'animal est placé au centre des préoccupations : il est considéré comme un serviteur qu'il convient d'accompagner par des pratiques adaptées[20].

Le concept d'organisme agricole diversifié et autonome

Dans la deuxième conférence de son Cours aux agriculteurs, Rudolph Steiner affirme qu'« une agriculture saine devrait pouvoir produire tout ce dont elle a besoin ». Ainsi, constituer un « organisme diversifié », le plus autonome possible sur le plan de la fumure, des semences et des fourrages constitue une des bases fondamentales de l'agriculture bio-dynamique. Conscient de la difficulté de mise en pratique, Steiner conçoit que cette recherche d'autonomie puisse se faire à l'échelle d'un territoire, sous forme d'une autosuffisance collective.

L'introduction de la diversité dans le monde végétal (haies, bandes fleuries, arbres fruitiers, aménagement de zones de compensation écologique[N 12]…) et les soins aux oiseaux et aux auxiliaires (nichoirs, points d'eau pour l'abreuvement et servant d'écotone, abris pour les insectes, présence de ruches…) sont indispensables pour créer des conditions d'équilibres[N 13]. La création et l'entretien de murets en pierre sèche et de zones humides font partie des propositions décrite dès 1924 par Steiner dans sa septième conférence[8] et reprises plus tard[21].

L'association d'un élevage d'espèces animales (bovins, porcs, volailles, abeilles, moutons, chevaux…) adaptées au lieu, tant en nombre qu'en diversité, mais aussi aux productions végétales (prairies, céréales, cultures légumières, arboriculture fruitière, sylviculture…) est essentiel dans une démarche d'agriculture biologique dynamique[20]. Cela permet d'obtenir une fécondité naturelle pour l'agriculture, un tissu rural vivant et des paysages harmonieux.

Renoncement à toute productivité disproportionnée

Dans l'agriculture biologique dynamique, le respect du caractère coureur des volailles peut être mis à profit.
« Hôtel à abeilles » destiné à faciliter le butinage des espèces mellifères semées dans le rang.

Pour l'agriculteur biodynamiste, il est souhaitable de rechercher un rendement qui soit en accord avec les capacités de l'animal car une trop grande productivité peut mettre en péril la santé des animaux et conduit à une rupture dans l'équilibre de l'exploitation agricole. Ainsi des bovins laitiers produisant entre 4 et 5 000 litres de lait peuvent se contenter de fourrages grossiers, dont la valorisation serait impossible sans leur action. Comme pour d'autres herbivores, ils permettent le transfert de fertilité entre les espaces non labourés et les espaces cultivés via leur capacité à digérer la cellulose[22]. Les porcs peuvent transformer des déchets ou des sous-produits de transformation légumières, céréalières ou laitières (Lactosérum) qui sont difficiles à valoriser par le compostage. En respectant leur caractère coureur dans leurs conditions d'élevage, les volailles consomment des graines et des insectes. Pour l'apiculture, les règles concernent en particulier la nécessité de laisser les abeilles exercer leur fonction cirière. L'essaimage naturel doit être la règle pour l'obtention de cellules royales et le nourrissage d'hiver doit être exclusivement effectué avec du miel[20].

Respect de l'intégrité physique des animaux

Dans l'élevage bio-dynamiste, l'intégrité physique des animaux doit être respectée et les animaux doivent pouvoir vivre et évoluer conformément à leur propre nature. Les pratiques mutilatoires sont considérées comme une obligation faisant suite à des conditions d'élevage inadaptées. L'ablation des cornes des bovins ou des becs des volailles, le fait de couper les queues des porcs ou des ovins seraient une conséquence de l'agressivité mal maîtrisée des animaux[20].

Ainsi les bovins doivent garder leur cornes qui sont considérées comme participant à la physiologie des ruminants. En outre les cornes des animaux adultes sont indispensables à la pratique bio-dynamique car elles sont utilisées après la mort des animaux pour l'élaboration des préparations biodynamistes Bouse de corne (500) et Silice de corne (501).

Utilisations

La biodynamie est appliquée aussi en viticulture, et notamment dans quelques grands crus de Bordeaux mais surtout dans des domaines d'autres régions viticoles réputés pour l'excellence de leurs vins. On les trouve dans le Jura, en Bourgogne, surtout en Alsace, en Loire, et depuis peu en Languedoc, en Roussillon et en Champagne. La viticulture en biodynamie intéresse de plus en plus de viticulteurs en Allemagne, en Autriche, en Italie ou en Espagne.

Un essai viticole est réalisé depuis 2005 au Forschungsanstalt Geisenheim[N 14], comparant les viticultures intégrées, biologiques et biodynamiques[12]. En France la plupart des critiques font référence à un seul essai qui s'est avéré peu concluant[23].

En 2004, 92 000 hectares répartis sur 2 700 fermes sont dévolus à ce type d'agriculture dans le monde.

Labels

Le label Demeter est le label le plus répandu dans le monde[réf. nécessaire]. Il certifie tous types de produits issus de l'agriculture biodynamique. Il existe aussi un label « Biodyn » pour les domaines agricoles en reconversion.

Enfin, pour le monde particulier du vin un second label a vu le jour en France, Biodyvin, issu du Syndicat international des vignerons en culture biodynamique.

Notes et références

Notes

  1. Ce concept d'« organisme vivant » trouve encore un écho dans les travaux contemporains relatifs à l'agriculture biologique, comme en témoigne la conclusion de l'ouvrage Transitions vers l'agriculture biologique : « L'agriculture biologique a pour enjeu clé probablement de combiner croissance, développement et intégrité à l'image d'un organisme vivant »[1]
  2. Ce concept de biodiversité est aujourd'hui d'une grande modernité comme en témoigne l'année internationale de la biodiversité. Il est par exemple au cœur de la Charte de vignoble en biodiversité (p 8) du DELINAT Institut für Ökologie und klimafarming
  3. Ehrenfried Pfeiffer est l'auteur de La fécondité de la terre, Triades, 1975. Voir aussi le site du pfeiffercenter
  4. À l'origine, la description de l'activité de ces préparations par Rudolf Steiner ne concernait pas directement le processus de compostage lui-même, mais essentiellement leur effet sur les sols et sur le comportement des plantes
  5. Reganold J.P et al, 1993 « Soil quality and financial performance of biodynamic and conventional farms in New Zealand » Science, vol 260 [1]
  6. Kœning U.J, 1999 « Die biologisch-dynamischen Präparate in Forschung und Praxis » Ökologie & Landbau, 111[1]
  7. Mäder et al, 2002 « Soil Fertility and Biodiversity in Organic Farming » Science, vol 260 [1]
  8. À partir de 1 g de cendre additionné de 9 g d'eau et agitation rythmique on obtient une D1. Les 10 grammes ainsi obtenus sont alors additionnés de 90 cm3 d'eau puis agité comme précédemment ce qui donne une D2. On procède ainsi jusqu'à la D8
  9. Ceci explique que certains s'opposent à l'emploi des moteurs électriques pour le processus de dynamisation des préparations biodynamiques, en particulier en Allemagne
  10. Voir par exemple, Calendrier Lunaire et Planétaire 2010 par Pierre Masson
  11. Pendant que la Lune se déplace devant le zodiaque, le Soleil lui aussi avance d'environ 30 ° en un mois, ce qui explique que la Lune mette environ deux jours de plus pour retrouver la même phase
  12. Par exemple, avec la création d'îlots de biodiversité avec l'implantation d'espèces végétales non affectées par les pratiques agricoles
  13. En pratique, cela peut conduire l'agriculteur à créer des Hotspots artificiels sur son exploitation sous forme de haies, bosquets ou murs de pierre
  14. Essai réalisé en Allemagne par l'équipe de Randolf Kauer et Georg Meissner sous la direction du Pr DR Hans-R.Schultz

Références

  1. a, b, c et d Claire Lamine et Stéphane Bellon. Transitions vers l'agriculture biologique. Pratiques et accompagnements pour des systèmes innovants. Éditions Quæ / éducagri éditions. 2009
  2. Les forces cosmiques de la biodynamie, sur Agriculture et environnement, par Gil Rivière-Wekstein
  3. http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article692
  4. L'union 02 juin 2009 Biodynamie : vers une nouvelle viticulture
  5. a et b Douglass Smith et Jesus Barquín, « La biodynamie dans la bouteille de vin » sur Charlatans.info. Consulté le 26 novembre 2008
  6. a et b La biodynamie dans le monde
  7. http://charlatans.info/agriculture-biodynamique.php
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Pierre Masson, Guide pratique de la bio-dynamie à l'usage des agriculteurs
  9. a et b François Morel, Le vin au naturel Les Éditions du Vin LeRouge&leBlanc (ISBN 978-2-86985-190-0)
  10. (fr) Jean-Michel Florin, « Histoire de l'agriculture biodynamique » sur Biorespect.com, BioContact, 29 janvier 2001. Mis en ligne le 29 janvier 2001, consulté le 26 novembre 2008
  11. (fr) Jean-Pierre Lentin, « Rudolf Steiner et la biodynamique », Nouvelles Clés. Consulté le 26 novembre 2008
  12. a, b, c et d Transitions vers l'agriculture biologique, Éditions Quæ / educagri édtions. 2009
  13. Codex Alimentarus ; Foreword, Paragraphe 5 http://www.tpsgc-pwgsc.gc.ca/cgsb/on_the_net/organic/032_0311_2006-f_Modifiee_dec_2009.pdf
  14. Codex Alimentarus ; Annexe 2 ; http://www.tpsgc-pwgsc.gc.ca/cgsb/on_the_net/organic/032_0311_2006-f_Modifiee_dec_2009.pdf
  15. Rudolf Steiner, Agriculture - Fondements spirituels de la méthode Bio-dynamique, Editions Anthroposophiques Romandes
  16. Kolisko E., Kolisko L., 1939. Die Landwirtschaft der Zukunft. Traduit en anglais Agriculture of Tomorrow (1978), Kolisko Archive Publications, Angleterre
  17. Spiess R., 1994. Chronobiologische Untersuchunger mit besondere Burücksichtigung lunarer Rhythmen im biologisch-dynamischen Pflanzenbau, Schriftenreihe des Instituts für Biologisch-Dynamische Forschung, Allemagne
  18. Thun M., 2008 Biodynamie et rythmes cosmiques, indications issues de la recherche sur les constellations, édition MCBD
  19. a et b Maria Thun, Calendrier des semis, Mouvement de Culture Bio-Dynamique
  20. a, b, c et d Pierre Masson. L'agriculture biodynamique - Présentation générale. Conférence à des vétérinaires, 24 janvier 2008
  21. Bockemulh J., 1992. Erwachen an der Landschaft. Goetheanum, Dornach. Traduction française dans Éveil au paysage, édition MCBD
  22. Mazoyer M. et Roudart L., 1997. Histoire des agricultures du monde : du néolithique à la crise contemporaine. Le Seuil
  23. Berry D., 2005. Préparations biodynamiques bilan de six années d'application. Roneo Serail

Sources

  • (fr) Harald Kabisch, Guide pratique de la méthode bio-dynamique en agriculture, Paris, Triades, 1981 4e éd. ISBN 978-2-85248-060-5.
  • (fr) Maria Thun, Calendrier des semis, Mouvement de Culture Bio-Dynamique
  • (fr) Pierre Masson, Guide pratique de la bio-dynamie à l'usage des agriculteurs, Mouvement de culture bio-dynamique, 2007(ISBN 978-2-913927-32-2)
  • (fr) Claire Lamine et Stéphane Bellon (sous la coordination de), Transitions vers l'agricuture biologique. Pratiques et accompagnements pour des systèmes innovants, Versailles, Quae ; Dijon, Educagri, 2009 (ISBN 978-2-84444-756-2)

Annexes

Bibliographie

  • Harald Kabisch, Guide pratique de la méthode Bio-Dynamique en Agriculture, Éditions Triades.
  • Herbert Koepf, Qu'est-ce que la culture bio-dynamique?, Éditions Triades.
  • Herbert Koepf, Les pulvérisations biodynamiques, Le Courrier du Livre.
  • Koepf & Schaumann & Hacclus, Agriculture biodynamique, Introduction aux acquis scientifiques de sa méthode, Éditions Anthroposophiques Romandes, 1996.
  • Dr Ehrenfried Pfeiffer, Guide pratique de la méthode biodynamique en arboriculture, Le Courrier du Livre.
  • Pfeiffer & Koepf, Biodynamie et compostage, Le Courrier du Livre.
  • Franz Lippert, Utilisation des plantes aromatiques & médicinales en agriculture, Guy Trédaniel éditeur.
  • Nicolas Joly, Le Vin du ciel à la terre, la viticulture en biodynamie, Éd. Sang de la Terre.
  • E. Pfeiffer, Le petit guide du jardinage bio-dynamique, Ed. Triades.
  • F. Sattler, La Ferme bio-dynamique, Éditions Ulmer.
  • Rudolf Steiner, Agriculture, Fondements spirituels de la méthode Bio-dynamique, Éditions Anthroposophiques Romandes.
  • Maria Thun, Calendrier des semis 2007, Éd. Mouvement de Culture Bio-Dynamique.
  • Maria Thun, Indications résultant de la recherche sur les constellations, Éditions Aussaattage.
  • Hilary Wright, Le Jardin bio-dynamique. Principes et techniques, Paris, Octopus Publishing Group Ltd, 1994, 144 p.

Liens externes



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