Annexion De La Savoie

Annexion de la Savoie

Histoire de la Savoie
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Chronologie de la Savoie


L'Annexion de la Savoie est le nom générique donné à la réunion, selon l’expression utilisée dans le traité, de l’ensemble de la Savoie (futurs départements de la Savoie et de la Haute-Savoie), correspondant au duché homonyme, et du comté de Nice, alors partie intégrante du royaume de Sardaigne, à la France en 1860. Il est régulièrement utilisé avec un A majuscule.

Bien que le pays fut occupé voire annexé à plusieurs reprises (par les Français : 1556-1559 ; 1600-1601 ; 1689 puis 1703-1713 ; par les Espagnols 1742-1749 ; à nouveau par la France durant la Révolution de 1792 à 1814), l’expression renvoie à la clause de « réunion » prévu par l'Article premier[1] du traité de Turin du 24 mars 1860.

Les documents officiels ont utilisé surtout à l'occasion du centenaire[2], le terme de « rattachement ». Toutefois les historiens, comme Jacques Lovie ou Paul Guichonnet, lui préfèrent le terme « annexion » plus proche de la réalité juridique.

Sommaire

Un accord secret

Les débats sur une réunion à la France

De août 1859 à janvier 1860, la Savoie est parcourue par l'incertitude de son avenir. Les libéraux se mobilisent en faveur de l'attachement de la Savoie pour leurs souverains. Un parti annexionniste - pro-français - voit le jour, tandis que dans le nord du duché, l'idée d'un rattachement à la Suisse voit le jour.

Ainsi le 25 juillet 1859, vingt-cinq ou trente personnalités savoyardes sans réelles envergures politiques ou économiques, principalement chambériennes, menées par le docteur Gaspard Dénarié et l’avocat Charles Bertier[3], rédacteur en chef du journal conservateur Courrier des Alpes, posent une adresse au roi Victor-Emmanuel II de Savoie lui demandant de prendre en compte les vœux de la province ducale :

« ... les actes mêmes émanés de Votre Gouvernement proclament la fondation d'une nationalité italienne nettement dessinée par les Alpes ainsi que par la race, les mœurs, la langue de ceux qui sont appelés à en faire partie. Ces conditions, Sire, excluent la Savoie. La Savoie n'est pas italienne, ne peut pas l'être. Quel est donc l'avenir qui lui est réservé ? Nous espérons, sire, que votre majesté, qui s'est montrée si chevaleresque envers l'Italie, voudra bien aviser aux intérêts de la Savoie d'une manière conforme à ses vœux.[4]. »

Ces mots sont l’affirmation d'une « nationalité savoisienne », selon la La Revue des Deux Mondes[5]. Cette adresse fait l'objet d'un pétionnement à travers la Savoie, marquant à partir d'août un mouvement d’opinion à travers le pays, et notamment à travers la presse savoyarde, turinoise, genevoise et française...

Quelques jours plus tard, le 28 juillet 1859, à Annecy, une dizaine de députés savoisiens, « tous Conservateurs-catholiques », demandent au gouvernement de se préoccuper du sort matériel de la province de Savoie[6].

Le gouvernement de Ratazzi tente cependant d'en limiter les effets, et suspend la parution du Courrier des Alpes le 3 août 1859[7], pour avoir réclamé pour la Savoie les mêmes droits de vote de nationalité que les populations de l’Italie centrale (reprise des parutions le 1er décembre).

Appel du Comité de Saint-Jean-de-Maurienne

En août 1859, le comte de Cavour, qui se repose en Suisse, rentre dans le royaume de Sardaigne en passant par la Savoie. Il en profites pour rencontrer des personnalités comme l’Intendant général à Chambéry, Pietro Magenta ainsi que les anti-annexionnistes François Buloz, co-fondateur de La Revue des Deux Mondes et le libéral Albert Blanc, qui publie La Savoie et la Monarchie constitutionnelle. Cette "visite" est suivie par celle des deux jeunes fils du roi, mais l'accueil reste poli constate les historiens de la période comme Henri Menabrea. Cependant, La Revue des Deux Mondes, anti-annexionniste, indique : «  En vain at-on essayé de soutenir, surtout dans les feuilles ultramontaines de France, que la réception faite à ces jeunes princes avait été froide. M. Albert Blanc a très bien réfuté cette allégation dans un écrit où il a réduit à sa valeur le mouvement séparatiste de la Savoie (...) »[8].

Entre décembre 1859 et janvier 1860, des émissaires secrets sont envoyés par le gouvernement pour savoir si l’opinion savoyarde était favorable - ou non - au projet de réunion à l’Empire français.

Après six mois de retrait, le 16 janvier 1860, le comte de Cavour revient au pouvoir en tant que président du conseil, prêt à réaliser l'unification italienne : « Ma tâche est plus laborieuse et plus pénible maintenant que par le passé. Constituer l’Italie, fondre ensemble les éléments divers dont elle se compose, mettre en harmonie le nord et le midi, offre autant de difficulté qu’une guerre avec l’Autriche et la lutte pour Rome »[9].

Courant février et mars, des pétitions circulent en faveur d'une réunion à la Suisse, dans les communes du Chablais et du Faucigny[10]. La pétition indiquait : « Nous avons été réunis à la France pendant quelques années et un grand nombre sentent encore leur cœur battre au souvenir de cette époque. Nous sommes étroitement unis au Piémont depuis 1848. Cependant, malgré toutes nos sympathies soit pour l'Italie libre, soit pour la France, d'autres sympathies d'un autre ordre plus élevés nous mènent à décider l'annexion à la Suisse... Oui, tel est notre désir le plus ardent, fondé sur nos rapports exclusifs avec Genève, sur nos intérêts commerciaux, sur tant d'avantages que nous ne saurions trouver ailleurs. ». Cette dernière reçu 13 651 signatures dans 60 communes du Faucigny, 23 du Chablais français et 13 aux environs de Saint-Julien-en-Genevois (cité par Paul Guichonnet)[Note 1]. Mais l'affaire ne dure pas plus longtemps. Quelques journaux extérieurs à la province s'en firent l'écho. Le Journal de Genève publie la pétition, le journal parisien La Patrie participe au débat en publiant une motion émanant de Savoisiens habitants le nord du duché. Le 20 juillet, la Diète helvète décide de ne pas prendre en compte cette demande. La réaction des conservateurs pour le maintien de l'unité savoisienne ne se fait pas attendre, ils rappellent dans les journaux locaux la domination bernoise du XVIe siècle.

  • 26 février 1860 : Le gouvernement français repousse l'idée d'une Savoie indépendante.
Croquis de M. Moulin, paru dans Le Monde Illustré, journal hebdomadaire, n°155, 31 mars 1860. Commentaire : « Réception de M. Greyfié de Bellecombe et de la députation savoisienne par Leurs Majestés Impériales, dans le salon Louis XIV, aux Tuileries, mercredi 21 mars »

Le 1er mars 1860, Napoléon III annonce au Corps législatif son intention de réclamer le pourboire convenu à Plombières, c'est-à-dire de « réclamer le versant occidental des montagnes des Alpes »[11], à savoir Nice et la Savoie, en échange de son appui à l’unité italienne.

Les conseils divisionnaires, réunis à Chambéry, émettent un vœu en faveur du maintien de l'unité savoisienne, le 8 mars 1860.

Le traité et le plébiscite

  • 12 mars 1860 : Signature à Turin de la convention préliminaire secrète reconnaissant la cession de la Savoie et de Nice à la France. On retient le principe de consultation des populations.
  • 21 mars 1860 : Les conseils divisionnaires du duché se réunissent. Il est décidé de l'envoi d'une délégation de 41 savoisiens (nobles, bourgeois, officiers ministériels), menée par le comte Amédée Greyfié de Bellecombe[12], qui est reçue solennellement aux Tuileries par l'Empereur.
  • 24 mars 1860 : Signature et publication du traité d'Annexion, dit Traité de Turin. Les trois premiers articles précisent assez bien les conditions de cette annexion : tout d'abord, il n'est pas fait référence à une « annexion » mais à la « réunion » (art.I) ; d'où l'appel à l'assentiment des Savoyards et l'organisation d'un plébiscite ; la zone neutralisée de la Savoie du Nord, garantie par le traité de Turin de 1816, est maintenue (art.II) ; « Une commission mixte déterminera (...) les frontières des deux États, en tenant compte de la configuration des montagnes et de la nécessité de la défense » (art.III).
  • avril 1860 : Des émissaires français parcourent le Chablais et le Faucigny. Début de la mission du sénateur Armand Laity (4 au 28 avril) en vue de la préparation du plébiscite[13]. Parallèlement, on diffuse les avantages à l'entrée dans l'Empire comme la diminution de la durée du service militaire, la suppression des douanes avec la France et l'entrée de denrées à bas prix, un afflux de capitaux, une meilleure répartition des impôts et surtout un pays avec qui les Savoyards partagent la même langue.
  • 28 avril 1860 : Le correspondant du Times décrit l'atmosphère qui règne les jours précédant le vote, qu'il qualifie de « la plus amère des ironies faites aux suffrages populaire. Les urnes étaient aux mains des mêmes autorités qui avaient issue les proclamations. Les contrôles étaient impossibles. Même les voyageurs étaient suspectés et harcelés de crainte qu’ils mettent le nez dans l’affaire. Toute opposition étaient réprimée par des intimidations et toute liberté d’action supprimée. On ne peut vraiment pas reprocher à l’opposition d’avoir renoncé, les forces utilisées contre elle étaient trop grandes. Quant aux résultats du vote, nous n’avons aucun souci à nous faire, ce sera tout simplement aussi brillant qu’à Nice »[14].

Le vote à la question « La Savoie veut-elle être réunis à la France? » des 21 et 22 avril 1860, dont chaque savoyard connait d’avance les résultats, se déroule dans le calme. Les églises chantent la messe et le "Domine salvum fac Imperatorem" (Seigneur protège l'empereur)[Note 2]. Le 29 avril, la proclamation des résultats du plébiscite par la Cour d'appel de Savoie (Chambéry) est officialisée :

Plébiscite avril 1860
Territoire Date Inscrits Votants Favorable au rattachement Votant « Oui et Zone Franche » Contre l'annexion Abstention Nuls (dont pro-helvétique) Armée
Savoie 22/23 avril 135 449 130 839 130 533
47 076
[Note 3]
235 env. 600 71 6 033 sur
6 350
Sources : D’après Henri Ménabréa/Paul Guichonnet.


Le 29 mai 1860, la chambre de Turin ratifie par 229 voix contre 33 et 25 abstentions le traité de cession du 24 mars, et le Sénat par 92 voix contre 10[15]. Le roi, Victor-Emmanuel II ratifie ce même jour la loi réunissant la Savoie à la France : l'annexion est consommée, et la France peut prendre officiellement possession du territoire le 14 juin 1860[16].

Les partisans de la Suisse

Une délégation armée suisse, sous la conduite du secrétaire du bureau des étrangers Jules-César Ducommun et composée de réfugiés français anti-bonapartistes, quitte Genève le 28 mars 1860 pour rejoindre la ville de Bonneville. Se faisant passer pour des Savoyards du Nord, partisans de l'annexion à la Suisse, cette délégation tentent de rallier les habitants en manifestant « Tendons nos bras vers cette patrie suisse dont rêvaient nos ancêtres et qui doit nous apporter le bien-être et la liberté. Vive la Suisse, notre nouvelle patrie. Vive la Constitution fédérale proclamée dès ce jour dans la Savoie du Nord comme la seule Loi fondamentale du pays. » [17].

A Bonneville les élections pour le parlement de Turin, donnent une nette victoire aux députés pro-français. Les habitants en colère arrachent les drapeaux suisses,et les affiches apposées par les réfugiés, et les autorités de la ville voulant éviter le scandale invitent les Genevois à rentrer chez eux au plus vite[18].

Le député radical Genevois John Perrier, dit Perrier-le-Rouge, orfèvre de profession et homme de main de James Fazy, accompagné d'une délégation armée Suisse, se rend le 29 mars 1860 à Thonon-les-Bains, pour organiser un soulèvement, mais aussitôt arrivés, ils sont insultés et hués par les habitants. Ils se réfugient à Évian-les-Bains, d’où ils seront chassés à bord du bateau nommé « Italie », en direction de Lausanne. Les autorités, de Chambéry et d'Annecy, dénoncent « les manœuvres de toutes sortes dans la ville de Genève et au-dehors, visant à détacher de la vieille famille savoisienne les provinces du Chablais, du Faucigny et même une partie de celle d’Annecy. »[19],[20].

La Savoie sous le second empire

Napoléon III Empereur (par Nadar)
«  C'est au nom de l'empereur que je vous reçois dans la grande famille française qui est heureuse et fière de vous ouvrir ses rangs. Confondus avec les nôtres, vos intérêts seront désormais l'objet de la constante sollicitude du souverain qui a porté si haut la gloire et la prospérité de la France. »

— Déclaration d'Armand Laity, affichée après la proclamation des résultats du plébiscite

Pour fêter l'évènement, des fêtes populaires sont organisées pendant plusieurs jours dans les campagnes et les villes de Savoie. L'empereur français effectue avec l'impératrice Eugénie, un voyage triomphal au mois d'août, à travers la nouvelle province française. Le couple impérial est accueilli à Chambéry, Annecy, Thonon, Chamonix, Evian, Sallanches, Aix-les-Bains et Bonneville, par des parades militaires, des défilés en costumes régionaux, des bals organisés et des promenades sur les lacs. L'impératrice ira sur le glacier des Bossons et sur le col de Montenvers à dos de mulet et sur la mer de glace, le 3 septembre 1860[21].

La nouvelle administration

Fête à Chambéry de l'annexion de la Savoie à la France

La nouvelle province savoyarde divisée en deux départements, et subdivisées en arrondissements, possède en 1860, 542 535 habitants, dont 267 496 en Haute-Savoie et 275 039 en Savoie :

  • 79% de la population vit de l'agriculture,
  • 80,8% des habitants de la Haute-Savoie vivent dans des localités de moins de 2000 âmes,
  • 84,5% des habitants de Savoie vivent dans des localités de moins de 2000 âmes.

Hippolyte Dieu ancien secrétaire du gouvernement provisoire de 1848, premier préfet hors classe de Savoie, siégeant à la préfecture de Chambéry, est chargé des affaires financières des deux départements. Réaliste, il ordonne que des circulaires soient expédiées aux communes pour expliquer simplement les nouvelles institutions, avant de rencontrer les conseillers municipaux et d'appliquer les lois françaises.

Gustave-Léonard Pompon-Levainville préfet de la Haute-Savoie, siégeant à la préfecture d'Annecy abandonne son poste à Anselme Pétetin (première classe) originaire de Haute-Savoie[22].

La nouvelle organisation ecclésiastique

Monseigneur Alexis Billiet

L'église doit aussi rester dans les lois ecclésiastiques françaises, c'est-à-dire le nombre de diocèses et la tenue des registres de l'état civil. Le 30 mars 1860, Monseigneur Billiet écrit une lettre à l'empereur :

« Sire, le clergé de Savoie s'est toujours fait un devoir de donner l'exemple de la fidélité à son souverain. Ses dispositions sur ce point n'ont pas changé. Depuis que la cession faite par le roi Victor-Emmanuel est devenue certaine, il s'est trouvé très honoré d'être annexé à cette France où règne le catholicisme le plus sincère et le plus éclairé du monde. Je me permettrai cependant d'énoncer à votre Majesté deux choses qui pourraient inspirer un peu d'inquiétude : ce sont la réduction présumée des diocèses, et le mariage civil opposé à la pureté de la morale catholique. Il serait même à désirer que notre législation actuelle sur l'état civil fut maintenue au moins provisoirement; et je puis assurer à votre Majesté que les registres sont généralement mieux tenus par les curés instruits qu'il ne le seront par les maires, quelquefois ignorants. »

— Lettre de Monseigneur Alexis Billiet à l'empereur Napoléon III

Un régime transitoire sera permis pour reconnaitre la validité du mariage civil et la tenue des registres de l'état civil, jusqu'au décès des titulaires en exercice. Quatre prélats seront nommés à l'archevêché de Chambéry, l'évêché d'Annecy, de Moûtiers et de Saint-Jean-de-Maurienne. Monseigneur Alexis Billiet sera nommé Cardinal pour éviter les heurts, suite à la suppression de six fêtes chômées dont celle de Saint François de Sales.

Sur demande du roi de Sardaigne, Napoléon III s'engage à maintenir un office religieux, sous l'autorité de l'archevêché de Chambéry. Cette tradition entretenue depuis Charles-Félix de Savoie, à l'Abbaye d'Hautecombe, pour honorer la mémoire des princes de l'ancienne famille royale de Savoie. Les religieux de l'Ordre de la Consolata de Turin sont remplacés par l'Ordre cistercien de Sénanque (Vaucluse)[23].

La nouvelle organisation militaire

La brigade de Savoie de l'armée Sarde est dissoute, et ses nombreux officiers optent pour le Piémont. Certains fidèles au roi Sarde, préfèrent conserver leurs avantages et traditions, comme les généraux Luigi Federico Menabrea, et l'amiral Simone Arturo Saint-Bon considéré comme le fondateur de la Marine cuirassée italienne[Note 4]. Les militaires savoyards qui choisissent la France seront rassemblés dans le 103e régiment d'infanterie de ligne, cantonné à Sathonay et Chalons-en-Champagne. Sur tirage au sort, certains savoyards seront mutés à la 22e division militaire basée à Grenoble, avec plus de 10% d'insoumis. La durée du service militaire français est de 7 ans au lieu de 11 ans au Piémont[24].

La nouvelle justice

Depuis le réunion de la Savoie en 1860, la guillotine n'a fait qu'une seule apparition en Savoie et Haute-Savoie, les tribunaux privilégiant le bagne pour les affaires criminelles, surtout après 1888. Avant l'annexion, les autorités Sardes nomment des magistrats favorables à leur politique, dans les parquets et les tribunaux. Charles-Albert Millevoye procureur général, ancien procureur de Nancy, est envoyé par l'administration française pour réorganiser les nouvelles institutions. Il maintiendra en poste les magistrats locaux, mais remaniera complètement les parquets. Par décret du 12 juin 1860, les lois pénales et d'instruction criminelle française seront appliquées en Savoie. Avant l'annexion, la haute juridiction comportait trois chambres :

  • Une chambre civile
  • Une chambre d'appel de la police correctionnelle
  • Une chambre des mises en accusation

Les deux premières chambres fusionneront et pour un temps, il n'existera qu'une seule chambre. Les tribunaux de première instance siègent à Chambéry, Albertville, Moûtiers et Saint-Jean-de-Maurienne avec un juge par canton. Ces changements seront mal vu par le barreau et les magistrats en place, qui se ligueront contre les nouvelles institutions françaises[25] .

La nouvelle vie économique

L'industrie

L'industrie lourde est presque inexistante avant l'annexion de 1860. La Savoie possède une industrie que toute province montagnarde possède, c'est à dire un développement de grande industrie difficile, mais une évolution plutôt axée vers une activité locale. Néanmoins quelques zones d'exploitation minière employant une vingtaine d'ouvriers, existent à Saint-Georges-des-Hurtières en Maurienne, à Randens, Argentine, et Peisey-Macôt, vendent pratiquement toutes les productions au Piémont. Par décret du 30 novembre 1863, l'école d'horlogerie de Cluses devient une école d'état. Les machines agricoles, et le fil de fer de Sallanches connaitront une certaine réputation[26]. Les installations industrielles dans la province de Faucigny, mues par la force hydraulique traditionnelle sont répertoriées dans une enquête du député Charles-Marie-Joseph Despine (1792-1856) avant sa mort, recensées et exploitées en 1860 : 162 scieries, 39 martinets et forges, 11 clouteries...non comptabilisé les filatures de laines[27].

A Modane, Saint-Michel-de-Maurienne ou de Bozel, en 1861 l'exploitation de l'anthracite permet de tirer plus de 6 000 tonnes de minerai. Les villes de Chambéry, Annecy et Aix-les-Bains, utilisent la lignite comme source d'énergie, et plus de 2 300 entreprises utilisent l'énergie hydraulique, le plus souvent privée. Certaines industries artisanales disparaissent, comme les 67 ateliers de clouterie des Bauges qui emploient 380 personnes, avec une exportation de 140 tonnes de clous, ne seront plus que 18 entreprises locales et une centaine d'employés sept ans après[28].

L'agriculture

L'isolement, et le manque de capitaux retarde l'essor de l'agriculture en Savoie, malgré l'organisation de concours locaux soutenus par la presse « Le Savoyard » ou « Le Propagateur ». Les échanges avec le marché français s'organisent peu à peu, où les "vaches tarines" se feront connaitre avec succès à l'exposition de Lyon en 1861, et au concours de Moulins en 1862[29].

L'appellation de "race tarine" proposée au concours de Moutiers en 1863 sera reconnue officiellement en 1864. Cette reconnaissance développera la vente de ce cheptel, qui sera exploité pour sa résistance et sa bonne production de lait. Les techniques nouvelles détrôneront progressivement les mulets de Faucigny et les petites exploitations de moins de 5 ha.[30]. La sauvegarde des « Eaux et Forêts » de Chambéry et d'Annecy existe depuis janvier 1861, avec l'apparition de fonctionnaires « garde forestier ». L'exploitation de la vigne sur de petites superficies hétéroclites, est de faible rendement, avec des vignobles de grands crus comme la « Roussette », la « Mondeuse », ou le « Persan »[31].

Les transports

Lancé sous le royaume piémontais en 1857 par le roi [Victor-Emmanuel II de Savoie] lui-même, le chantier du tunnel ferroviaire du Mont-Cenis se termine en 1871 [Note 5], au début de la troisième république. Il s'agit d'un maillon essentiel au transport de marchandises et de passagers entre l'Italie et la France (y compris avec des trains transportant les automobiles). Avec le col du Mont-Cenis, ce sera le passage obligé entre Savoie et Italie, jusqu'en 1982 et l'ouverture du tunnel routier du Fréjus.

D'autres tronçons ferroviaires relieront Grenoble à Montmélian en août 1864 et Aix-les-Bains à Annecy en juillet 1866.

Le centenaire de 1960

En 1960, le Centenaire du Rattachement fait l'objet de commémorations en Savoie et à Paris.

Comité de célébration

La Savoie met en place un Comité d'organisation des fêtes du Centenaire du Rattachement de la Savoie à la France, constitué de personnalités locales.

Chronologie des festivités

Les informations ci-dessous sont tirés de l'annexe du mémoire de fin d'étude soutenu à l'institut d'étude politique de Lyon par Amandine Lacharme en 2001 [32] ainsi que la chronologie en ligne du site Sabaudia.org[33],[34].

  • Décembre 1959 : Arbre de Noël savoyard offert à la Mairie de Paris.
  • 24 mars 1960 : Centenaire du traité de Turin. Les cloches des églises de Savoie commémorent l'événement en sonnant toutes ensemble à midi.
  • Le 25 mars 1960 : deux timbres commémoratifs sont émis (cf. Timbres de France 1960 et le lien ci-dessous).
  • 26 au 28 mars 1960 : Les Trois glorieuses : les Maires Savoyards montent à Paris, pour fêter le Centenaire de la Savoie française.
  • 8 avril 1960 : 85e Congrès National des Sociétés Savantes à Chambéry et Aix-les-Bains
  • 12 avril 1960 : Le château d'Annecy, rénové, accueille les membres des Sociétés Savantes.
  • 22-23 avril 1960 : Centenaire du Plébiscite. Fêtes commémoratives. Cloches des paroisses ont de nouveau sonné.
  • 29 avril 1960 : Centenaire de la publication des résultats du plébiscite. Les journaux publient des reproductions des résultats. Peu de manifestations particulières : audience solennelle, en présence du ministre de la justice, M. Michelet, lecture à Chambéry de l'arrêt du 29 avril 1860.
  • 12 juin 1960 : Centenaire de la ratification du Traité. Ce dimanche est décrété « fête nationale ». Pavoisement sur les bâtiments publics. Les cloches sonnent à nouveau. Plaque commémorative sur la mairie de Chambéry.
  • 26 juin 1960 : Visite de Béatrice de Savoie à Chambéry.
  • Eté 1960 : beaucoup de fêtes populaires reprennent le thème du Centenaire.
  • 8 au 10 octobre 1960 : Visite du Président de la République, le général de Gaulle, en Savoie, clôture les célébrations.
  • La région économique Alpes, formée depuis 1956, des deux département savoyards et de l'Isère, est intégrée à Rhône-Alpes.

Utilisation officielle

Les principales villes de Savoie possèdent une rue de l'"Annexion". Toutefois, l'expression est beaucoup plus présente dans le Nord (cf. Haute-Savoie, avec Annecy et les villes proches de la Suisse comme Annemasse, Bons-en-Chablais, Rumilly, Sallanches, Thonon-les-Bains) que dans le Sud où Chambéry l'a faite remplacer[réf. nécessaire].

Nationalisme

Suite au Centenaire, il semble que quelques Savoyards ont été déçus de la portée des festivités. Une partie des maires montés à Paris pensait être reçue par le Président de la République, le Général de Gaule, il n'en fut rien. Quelques années après, en 1965, le Club des Savoyards de Savoie, premier mouvement identitaire et régionaliste d'importance en Savoie, se constitue. Cette dynamique identitaire trouve son apogée, à l’occasion de la discussion de la création de nouvelles collectivités en 1972, avec la création du Mouvement Région Savoie et le débat sur une région savoyarde peut être la conséquence de cette déception de quelques individus. On peut aussi tout simplement voir dans cette réactivation identitaire le simple fait que ces festivités ont rendu fiers les Savoyards, trouvant ici l'occasion de réaffirmer un particularisme au sein de la France.

Plus récemment, en 1995, la Ligue savoisienne prend un essor dans la contestation du traité de Turin de 1860, remettant en cause l'Annexion. Ce mouvement est qualifié parfois de désannexionniste[Note 6].

Notes

  1. On note aussi que certains signataires ont une signature étranges : MM Pain, Viande, Rotisseur, etc. ou encore que des "idiots" ont apposé leur signature. Citation tirée de Luc Monnier, L'annexion de la Savoie à France et la politique suisse, 1860, A. Jullien, 1932, p. 98  et reprise par Paul Guichonnet, Henri Baud, Histoire de l'annexion de la Savoie à la France, Le Messager : Horvath, 1982, p. 163 .
  2. Jugement porté par le docteur Truchet d'Annecy, militant pro-annexionniste, le 8 juin 1860.
  3. L'unanimité est quasi-totale. Les suffrages exprimés pour la partie concernée étaient au nombre de 47 774. Ils sont complétés de 232 bulletins « Oui », et seulement 132 « non » et 35 nuls. Cité par Justinien Raymond, La Haute-Savoie sous la IIIe République : histoire économique, sociale et politique, 1875-1940, Atelier national de reproduction des thèses, 1983 (ISBN 290352825X), p. 44 .
  4. Le Prix "Amiral Saint-Bon" est une récompense décernée aux institutions qui maintiennent et conservent le souvenir du sacrifice Savoyard.
  5. Chemin de fer à voie étroite type « Fell », dont la locomotive est tractée par un rail central et un système de galets .
  6. Sur la page d'accueil du premier site de la Ligue savoisienne, il est indiqué « La Savoie constitue l'une des plus vieilles nations d'Europe. Elle a été rattachée à la France, en 1860, par un traité d'annexion. La France n'a pas respecté les clauses de ce traité d'annexion (zone neutre et zone franche). La Ligue savoisienne, créée en 1994, est devenue en moins d'un an la principale force de proposition en Savoie. Elle a restitué au Peuple Savoisien son histoire et fondé son audience sur la démonstration de la caducité du traité d'annexion de 1860. ». Sur notre.savoie.free.fr.

Références

  1. Voir le texte du traité de Turin (1860)
  2. Partie "II. Le débat mémoriel : la construction de la mémoire collective. A. La polémique sur les mots" in "La Savoie au miroir du Centenaire de son Rattachement à la France ", Lacharme Amandine, 2001, IEP de Lyon
  3. Henri Menabrea, Histoire de la Savoie, Éd. Bernard Grasset, 1933? 1958, p. 339 .
  4. G. Dardel, Et la Savoie devint française..., Librairie Arthème Fayard, 1960, p. 72-73 .
  5. Annuaire des deux mondes : histoire générale des divers états, 1860, Volume 9, p.222.
  6. Paul Guichonnet, Henri Baud, Histoire de l'annexion de la Savoie à la France, Le Messager - Horvath, 1982, p. 127 .
  7. Henri Menabrea, Histoire de la Savoie, Éd. Bernard Grasset, 1933? 1958, p. 340 .
  8. Annuaire des deux mondes : histoire générale des divers états, 1860, Volume 9, p.223.
  9. Henri Hauser, Jean Maurain, Pierre Benaerts, Fernand L'Huillier, Du libéralisme à l'impérialisme (1860-1878). Volume 17 de Peuples et civilisations ‎, Presses Universitaires de France, 1952, p. 28 .
  10. Paul Guichonnet, Histoire de la Savoie, Privat, coll. Univers de la France et des pays francophones, 1988, p. 394 .
  11. A.Beruard, J.Châtel, A.Favre, M.Hudry, Découvrir l’Histoire de la Savoie, éd. Centre de la Culture Savoyarde, Albertville, 1998 (ISBN 2-95113-791-5), p. 156-157 .
  12. Voir l'article Amédée Greyfié de Bellecombe pour le discours prononcé par le comte.
  13. Luc Monnier, L'annexion de la Savoie à France et la politique suisse, 1860, A. Jullien, 1932, p. 279 .
  14. The Times, 28 avril 1860, Universal Suffrage In Savoy.
  15. Victor Bénigne Flour de Saint Génis, Histoire de Savoie d'après les documents originaux, 1869, p. 366, « La révolution, 1713 à 1860 », tome 3 .
  16. Édition du 30 janvier 1960 du Dauphiné libéré.
  17. Robert Colonna D'istria, Histoire de la Savoie, France-Empire, 2002 (ISBN 2-7048-0943-7), p. 127 .
  18. Thérèse et Jean-Pierre Leguay, [128 Histoire de la Savoie], Gisserot, 2005 (ISBN 2-87747-812-2) (ISSN 9782877478120) .
  19. Robert Colonna D'istria, Histoire de la Savoie, France-Empire, 2002 (ISBN 2-7048-0943-7), p. 127 .
  20. Fruitiers contre ficeliers sur http://www.tdg.ch/, 5, La Tribune de Genève. Consulté le 24 septembre 2009
  21. Jacques Lovie, La Savoie dans la vie française de 1860 à 1875, PUF, 1963, chap. Thèse .
  22. Michel Amoudry, Quel avenir pour la Savoie ?, Éditions Cabedita, 2003 (ISBN 2882953682) (ISSN 9782882953681) .
  23. Cahier de l'Histoire « La Savoie. Des origines à nos jours », mars 1969, p. 83, Louis Comby .
  24. Cahier de l'Histoire « La Savoie. Des origines à nos jours », mars 1969, p. 84, «  La Savoie sous le second empire : l'assimilation militaire » .
  25. Anne-Marie Bossy , Les Grandes Affaires Criminelles de Savoie, Editions de Borée, 2007 - ISBN 2844945031.
  26. Un bilan a été dressé par Paul et Germaine Veyret Cahiers d'histoire, Volumes 18-19 : Par Comité historique du centre-est, Centre national de la recherche scientifique (France), Université de Clermont-Ferrand.I., Université des sciences sociales de Grenoble, Université de Lyon II - Page 219
  27. Serge Paquier : L'eau à Genève et dans la région Rhône-Alpes: XIXe-XXe siècles – Editions L'Harmattan, 2007; ISBN2296044824, 9782296044821 - page 45
  28. Cahier de l'Histoire « La Savoie. Des origines à nos jours », mars 1969, p. 85 .
  29. Jacques Lovie, La Savoie dans la vie française de 1860 à 1875, PUF, 1963, chap. Thèse .
  30. Cahier de l'Histoire « La Savoie. Des origines à nos jours », mars 1969, p. 84 .
  31. Cahier de l'Histoire « La Savoie. Des origines à nos jours », mars 1969, p. 84 .
  32. Mémoire de fin d'étude soutenu à l'institut d'étude politique de Lyon sur le Centenaire de l'Annexion "La Savoie au miroir du Centenaire de son Rattachement à la France ", Lacharme Amandine, 2001
  33. Chronologie sur www.sabaudia.org
  34. Consultation aussi de l'Almanach du Vieux Savoyard de 1961.

Bibliographie

  • Luc Monnier, L'annexion de la Savoie à France et la politique suisse, 1860, A. Jullien, 1932 
  • Comte François de Mareschal, L'annexion de la Savoie à la France. Le grand artisan du rattachement de la Savoie à la France, un noble Savoyard : Greyfié de Bellecombe, Imprimerie Allier, 1957 
  • Coll. 1959, Mémorial de Savoie. Le Livre du Centenaire 1860-1960, publié sous les auspices du Comité d'organisation des fêtes du Centenaire du Rattachement de la Savoie à la France, presse des Imprimeries Réunies de Chambéry
  • Revue de Savoie, no 1-2, 1er & 2e trimestre 1860, "numéro spécial du Centenaire 1860-1960", 300 pages
  • Geneviève Dardel, Et la Savoie devint française..., Librairie Arthème Fayard, Paris, 1960 
  • Jacques Lovie, La Savoie dans la vie française, Presses universitaires de France, Paris, 1963 
  • Paul Guichonnet
    • Comment la Savoie se rallia à la France, coll. de la Savoie française, SILP, 1960
    • Coll. Paul Guichonnet, Henri Baud, Histoire de l'annexion de la Savoie à la France, Le Messager : Horvath, 1982 
    • Paul Guichonnet, Histoire de l'Annexion de la Savoie à la France. Les véritables dossiers secrets de l'Annexion, La Fontaine de Siloé, coll. Les Savoisiens, 1998 
    • « Le plébiscite d'annexion de la Savoie (1860) Une relecture critique », in Chemins d’histoire alpine. Mélanges dédiés à la mémoire de Roger Devos, Annecy, 1997, p. 383-402.
  • Jean de Pingon, Savoie française. Histoire d'un pays annexé, Editions Cabédita, coll. Archives vivantes, 1996, p. 411 
    Fondateur de la Ligue savoisienne

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