Dynastie Han

34°09′21″N 108°56′47″E / 34.15583, 108.94639

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Dynastie Han
漢朝 zh

206 av. J.-C.9 ap. J.-C.
23220

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Territoires de la dynastie Han en l'an 2 (en brun), avec les garnisons militaires (points jaunes), les états dépendants (points verts), et les États vassaux tributaires (points orange) jusqu'au bassin du Tarim à l'Ouest en Asie centrale

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Chang'an
(206 av. J.-C.–9, 190–195)

Luoyang
(25–190, 196)

Xuchang
(196–220)
Langue Chinois archaïque
Religion Taoïsme, Confucianisme, Religion traditionnelle chinoise
Monnaie Wuzhu (五銖)
Démographie
Population 59 594 978 hab. (2 apr. J.-C.)
Superficie
Superficie 6 000 000 km² (50 av. J.-C.)
Histoire et évènements
206 av. J.-C. Prise de Xianyang par Liu Bang
202 av. J.-C. Proclamation de la Dynastie
202 av. J.-C. Bataille de Gaixia : début de la domination Han sur la Chine
923 Interruption de pouvoir Han par la dynastie Xin
220 Déposition de Han Xiandi par Cao Pi
Empereur
(1er) 206 - 195 av. J.-C. Han Gaozu
(Der) 189 - 220 Han Xiandi

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La dynastie Han (chinois traditionnel : 漢朝, chinois simplifié : 汉朝, hanyu pinyin : hàncháo, chinois archaïque : ŋ̥ānh ḍhaw [N 1]) régna sur la Chine de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C. Deuxième des dynasties impériales, elle succéda à la Dynastie Qin (221 - 206 av. J.-C.) et fut suivie de la période des Trois Royaumes (220 - 265). Fondée par Liu Bang, chef de guerre d'origine paysanne révolté contre la dynastie Qin, elle compta vingt-huit empereurs. Première dynastie impériale par sa durée, elle se divise en Han occidentaux (西漢) ou Han antérieurs (前漢) (206 av. J.-C. - 9), capitale Chang'an, et Han orientaux (東漢) ou Han postérieurs (後漢), (25 - 220), capitale Luoyang, séparés par la courte dynastie Xin fondée par Wang Mang. Les plus de quatre siècles de domination de la Dynastie Han sont généralement considérés comme un des âges d'or de l'histoire de la Chine. Jusqu'à aujourd'hui, le groupe ethnique majoritaire du pays se désigne lui-même comme étant le "peuple Han".

Sommaire

Vue générale de la période

Bien que -202 soit l’année de sa proclamation officielle par Gaozu, les historiens la font généralement débuter en -206, lorsque celui-ci entre à Xianyang, ancienne capitale des Qin. Le nom Han est à l’origine celui du fief donné à Liu Bang par Xiang Yu après la chute des Qin, englobant les actuels territoires du Sichuan, de Chongqing et le Sud du Shaanxi, dont la capitale était près de l’actuelle Hanzhong (漢中) au Shaanxi, dans la vallée de la Han, affluent du Chang Jiang.

L'Empire Han était divisé entre les commanderies, territoires sous administration directe du pouvoir central, et un certain nombre de royaumes semi-indépendants, mais qui furent dépouillés progressivement de leur autonomie, notamment après la Rébellion des sept États. Les Xiongnu, une confédération de tribus nomades d'Asie centrale qui dominaient l'Est de la grande steppe eurasienne, vainquirent à plusieurs reprises les Han aux alentours de l'an 200 av. J.-C., ce qui entraîna la négociation d'une alliance scellée par des mariages politiques, dans laquelle les Han étaient de facto considérés comme partenaires inférieurs. Les Xiongnu poursuivirent leurs raids sur la frontière des Han malgré les traités, ce qui déclencha les campagnes de l'empereur Wudi, à l'issue desquelles les Xiongnu furent contraints d'accepter le statut de vassaux et de tributaires de l'empire Han. Les Xiongnu se divisèrent bientôt en deux royaumes ennemis, au nord et au sud, les Xiongnu septentrionaux hostiles aux Han se voyant forcés de se replier au-delà de l'Ili, mais les territoires au nord du domaine des Han furent bientôt conquis par une autre confédération nomade, les Xianbei.

Ces campagnes virent l'expansion des Han vers le bassin du Tarim en Asie centrale, et les missions d'exploration de Zhang Qian permirent la mise en place du vaste réseau de routes commerciales qui sera connu comme la Route de la soie, reliant la Chine au monde Méditerranéen. Affirmant son autorité, ne serait-ce que pour une courte période, sur l’Annam, l’île de Hainan, la Mongolie, le sud de la Mandchourie et la Corée, Han Wudi définit à peu de choses près l’étendue des prétentions territoriales des futurs gouvernements chinois.

Sous Mingdi et Zhangdi, le général Ban Chao étend l’influence chinoise dans le bassin du Tarim et poursuit l’ouverture de l’extrémité orientale de la route de la soie entamée par Zhang Qian. Mais à partir de la fin du Ier siècle, les eunuques du palais s'impliquent de plus en plus dans la politique de la cour, se mêlant aux violentes luttes de pouvoir entre les divers clans liés aux impératrices et aux impératrices douairières, menant à la ruine de la dynastie. L'autorité impériale est aussi remise en cause par des sociétés religieuses taoïstes qui sont à l'origine de la rébellion des Turbans jaunes et du soulèvement de l'École des cinq boisseaux de riz. A la mort de l'empereur Ling en 189, les eunuques du palais sont tous massacrés par des officiers militaires, ouvrant la voie au partage de l'empire par des seigneurs de guerre. Lorsque Cao Pi, roi de Wei, usurpe le trône de l'empereur Xian, la dynastie Han prend officiellement fin.

Pendant les périodes de paix intérieure, au début des Han occidentaux et des Han orientaux, le pays prospère ; la population de l’empire est estimée à 50 millions d’habitants à son maximum. On assiste également au développement de l'économie monétaire, apparue lors de la Dynastie Zhou (1050-256 AV. J.-C.). La monnaie frappée par l'autorité impériale à partir de 119 av. J.-C. restera en usage en Chine jusqu'à la Dynastie Tang (618-907). Pour financer ses campagnes militaires et la colonisation des territoires conquis au frontières, le gouvernement nationalise la production de sel et de fer en 117 AV. J.-C. Les Han orientaux révoquent plus tard ces monopoles d'État, compensant les revenus ainsi perdus par une taxation plus élevée des entrepreneurs privés.

L’empereur Wudi donne la primauté au confucianisme comme système politique, instaurant une longue tradition reprise par la majorité des dynasties chinoises, et impose des épreuves d’accès à la fonction publique préfigurant les examens impériaux qui, mélangés aux idées cosmologiques de lettrés postérieurs tel Dong Zhongshu, auront cours du VIe siècle jusqu’en 1905. Dans ce système, l'empereur est à la tête de la société. Il préside les ministres, mais partage le pouvoir avec une classe de noblesse.

Cette longue dynastie fut féconde pour le développement de la pensée, de la littérature, des arts et des techniques, avec en particulier l’invention du papier par Cai Lun, du gouvernail, le début de l'utilisation des nombres négatifs en mathématiques, la sphère armillaire utilisée pour l'astronomie ou encore le premier sismographe de Zhang Heng, basé sur le principe du pendule inversé. C’est sous les Han orientaux que le bouddhisme pénétra en Chine.

Les empereurs et leur État

Han occidentaux

Royaumes et commanderies des Han occidentaux en l’an 2.

Durant les trois ans suivant la mort de Qin Shihuang à Shaqiu, de nombreuses révoltes naquirent, aussi bien populaires que venant des descendants de l’aristocratie des Royaumes combattants supplantée par les Qin. La première importante fut celle de deux officiers mécontents, Chen Sheng et Wu Guang. Parmi les chefs de la rébellion devenue générale, finirent par émerger deux figures principales : l’aristocrate Xiang Yu, général de Chu, et son subordonné et rival Liu Bang[N 2]. Lors de la guerre entre Chu et Han qui éclata entre ces deux prétendants au titre d'hegemon, Liu Bang émergea en vainqueur après sa victoire décisive à la bataille de Gaixia en -202. Poussé par ses courtisans, il prit le titre d'empereur (皇帝, huangdi) et sera désigné après sa mort comme Han Gaozu (202–195 av. J.-C.).

Gaozu conserva la structure centralisée de l’empire Qin divisé en commanderies (ou districts) jun et comtés xian dépendant directement du pouvoir central, mais aussi les dix-neuf principautés (ou royaumes) créés par Xiang Yu. Une partie des titres princiers fut distribuée à des compagnons d’armes, qui furent progressivement remplacés pour cause de rébellion réelle ou supposée par des membres du clan Liu. Cette mesure de consolidation du pouvoir ne porta pas ses fruits longtemps. Gaozu mort, les princes du sang manifestèrent peu de considération pour l’empereur qu’ils leur jugeaient redevable. Dès l'époque de Wendi, troisième empereur, il y eut plusieurs manifestations d’indépendance de grands féodaux, particulièrement en -177. Jingdi dut affronter en -154 la révolte des sept princes (Wu, Chu, Zhao, et quatre principautés du Shandong) dont l’instigateur était Wang Pi (王濞) de Wu. Elle fut réduite au bout de trois mois. Les principautés revinrent ainsi progressivement sous contrôle impérial.

Wudi, successeur de Jingdi, fut par sa longévité et son tempérament autoritaire - voire légèrement paranoïaque sur la fin de ses jours - l’empereur le plus puissant de la dynastie. Pour tenter de consolider les finances lourdement grevées par ses guerres extérieures, il réinstaura le monopole d’État sur le sel et le fer. Il restructura l’administration, délaissant le Huanglao de ses trois prédécesseurs et donnant la primauté absolue au confucianisme. Il dut néanmoins encore mater la révolte de ses oncles Liu An, prince de Huainan, et Liu Ci (劉賜), prince de Hengshan.

Après Wudi, les princes ne constitueront plus une menace importante pour le pouvoir impérial. Néanmoins, les besoins financiers nés des nombreuses expéditions militaires et de l’inadéquation du système fiscal conduiront à la vente de terres d’État, et donc à la formation d’une aristocratie terrienne échappant aisément à l’impôt. Elle saura, tout comme les eunuques et les familles des impératrices et concubines, défendre ses intérêts en freinant les tentatives de réforme.

Dynastie Xin

Article détaillé : Dynastie Xin.

L’une de ces tentatives eut lieu sous le gouvernement de Wang Mang, issu lui-même d’une puissante famille de courtisans. Il s’empara du pouvoir en 9 et fonda la dynastie Xin (renouveau), avec l’ambition de mettre en pratique un régime réellement confucéen tel qu’il est décrit sur les classiques d’avant l’empire, en particulier le Zhou li. Il tenta ainsi d’imposer un système où l’État, propriétaire de toute la terre, la distribuerait aux familles de paysans payant l’impôt, la superficie attribuée étant calculée selon le nombre et le sexe des membres de la famille. La majorité des activités professionnelles et le prix des denrées essentielles devaient être aussi placés sous contrôle de l’État. Cependant, sans aucune connaissance pratique ni du terrain ni des réalités économiques, impuissant à forcer effectivement les grands propriétaires à restituer leurs terres et libérer leurs serfs, il n’engendra que mécontentement et fut tué en 22 dans une révolte d’origine populaire constituée de deux armées, les « Sourcils rouges » (chìméi 赤眉) et les « Forêts vertes » (lùlín 绿林).

Han orientaux

Les révoltés étaient encouragés par le fait qu’ils avaient avec eux un descendant de Jingdi, Liu Yan (劉縯), désireux de reprendre le trône comme le promettaient les écrits prophétiques chenwei (讖緯) en cours à l’époque. Néanmoins, les rebelles préférèrent finalement soutenir Liu Xuan (劉玄), cousin de Liu Yan considéré comme aisément manipulable. Ce fut lui qui tua Wang Mang et se proclama empereur Genshi. Son incapacité poussa toutefois rapidement les Sourcils rouges à s’en débarrasser. Il est renversé puis tué. Liu Xiu (劉秀), frère de Liu Yan mort entre-temps, le remplace et se proclame empereur Guangwu, premier des Han orientaux ; il transfère la capitale à Luoyang.

Après une dizaine d’années de luttes, Guangwu réussit à imposer son pouvoir contre les grands féodaux et d’autres descendants réels ou prétendus d’empereurs des Han Occidentaux. Il mit en place des réformes destinées à corriger les vices qui avaient causé la perte de ses prédécesseurs, sans toutefois réussir à éliminer le plus grave d’entre eux, le système fiscal faisant reposer l’essentiel du poids de l’impôt sur les paysans libres. Aucun de ses successeurs ne put réellement empêcher les grands propriétaires et les courtisans d’étendre leur pouvoir au détriment du bon fonctionnement de l’État.

Malgré un certain optimisme pendant le règne des trois premiers empereurs, la situation des finances continua de se détériorer, d’autant que les luttes aux frontières ne cessèrent jamais. Le système des examens, des promotions et démissions de la fonction publique fut corrompu par le népotisme, donnant naissance à un conflit exacerbé entre les eunuques et les fonctionnaires confucéens, ainsi qu’au qingyi (清議), débat philosophique sur les qualités requises d’un bon ministre et d’un sage gouvernant.

Comme la courte dynastie Xin, les Han Orientaux disparurent dans un climat de révolte. En 184, sous l’empereur Lingdi, la secte taoïste Taiping (太平) fondée par Zhang Jiao, proclamant la fin proche de la dynastie qui devait laisser place au règne de la Grande paix (taiping), donna naissance à un soulèvement organisé, celui des Turbans Jaunes. Leurs attaques militaires, débutées en 185, devinrent une menace très sérieuse entre 189 et 192, qui ne fut éradiquée qu’en 205, laissant les généraux qui l’avaient combattue encore plus conscients de leur puissance. Les principautés périphériques avaient de fait repris leur indépendance. Cao Pi, fils de Cao Cao, ancien secrétaire impérial et prince de Wei, força Xiandi à abdiquer en 220, mettant officiellement fin à la dynastie.

Il se proclama empereur cette même année, mais ses prétentions furent immédiatement contestées par Liu Bei, membre éloigné de la famille impériale et roi de Shu, qui se déclara successeur de Xiandi. Sun Quan, roi de Wu, les imita en 222. De ces Trois royaumes, Wei sortira vainqueur, mais ne réunira pas l’empire pour autant. Il faudra pour cela attendre la dynastie Sui.

Administration et régime politique

Divisions administratives

Gaozu avait repris la division du territoire en districts jun (郡) et comtés xian (縣) sous contrôle impérial, mais avait jugé bon pour s’attacher les fidélités de distribuer des fiefs à des princes (王) anciens alliés ou membres du clan Liu. Les districts et comtés se retrouvaient donc également sous le contrôle de ces princes qui prirent vite des libertés vis-à-vis du pouvoir central, allant jusqu’à promulguer leurs propres lois. Sans supprimer les principautés, récompense utile, Wudi les ramena dans le giron de l’empire en divisant l’ensemble du territoire en treize préfectures zhou (州), zones d’activités de ceshi (刺史), sortes de missi dominici directement sous ses ordres. Les préfectures seront sous les Han orientaux totalement intégrées dans les divisions administratives, qui comprendront, par ordre décroissant : préfecture, district, comté.

Idéologie politique

Dong Zhongshu, théoricien confucéen de Han Wudi

Gaozu, premier empereur Han, conscient des souffrances de la population sous les Qin et durant la guerre Chu-Han, mit en place un régime favorable à la classe paysanne, destiné à reconstituer les forces du pays (與民休息)[N 3]. Les impôts furent réduits, et les lois légistes très dures pour le peuple partiellement révisées. Il imposa par contre lourdement les marchands dont il chercha à limiter les activités, probablement en réaction contre le rôle qu’ils avaient joué dans la dynastie précédente. On peut interpréter la politique de cet homme d’action ayant "roulé sa bosse" comme pragmatique et réaliste plus que comme un signe d’adhésion délibérée à une quelconque idéologie. Ses successeurs immédiats poursuivront sa ligne. Wendi et Jingdi sont connus comme des partisans du Huanglao, mélange de taoïsme et de légisme qui préconise pour le souverain le wuwei, non-intervention, attitude en accord avec la politique d’allègement des impôts et des peines légales. Leur règne (文景之治)[N 4], pendant lequel le pays connait une certaine prospérité et une paix relative, est vanté par l’histoire comme une période bénéfique à la population. Leur successeur Wudi adoptera le confucianisme comme idéologie politique, mais dans la réalité, des dispositions légistes resteront en place pour le contrôle de la population et le huanglao continuera d’exercer une certaine influence.

La suite montrera surtout qu’aucun système idéologique de l’époque n’est encore apte à saisir convenablement le fonctionnement de l’économie et de la société, car leurs penseurs manquent pour la plupart d’expérience du terrain. Aucun ne sera non plus en mesure de faire contrepoids au jeu des influences personnelles à la cour et des inégalités économiques aggravées par le système fiscal inadéquat dans l’ensemble du pays. Confucianisme et taoïsme, les deux courants principaux de l’époque, influenceront beaucoup plus la pensée que les destinées pratiques du pays.

Fonction publique

Bien qu’ils aient réintroduit les ru (儒), lettrés confucéens, et leurs classiques dans l’administration, les quatre premiers empereurs n’étaient pas des adeptes enthousiastes de la doctrine de Confucius. Wudi rompit avec le huanglao de ses prédécesseurs et adopta des confucéens comme conseillers, impulsant la confucianisation de l’administration impériale. Il fut peut-être influencé par des hommes comme Dong Zhongshu, (董仲舒) auquel on prête le mot d’ordre : « Éliminons les cent écoles, donnons l’exclusivité au confucianisme »[N 5]. Wudi créa en -124 la première école pour fonctionnaires (50 élèves) et instaura le principe d’examens pour vérifier leurs qualifications.

Dès le début de la dynastie, les empereurs avaient adopté une politique de promotion des sages, mais appliquée de façon assez vague et occasionnelle. Le système commença à se préciser sous Wudi. En -128, il donna l’ordre aux chefs de districts de sélectionner des talents qui seraient envoyés à la cour pour y être employés après avoir subi des tests vérifiant leurs capacités. Comme l’ordre était assorti d’une mesure très stricte de responsabilité du recommandeur, qui serait dans l’avenir bénéficiaire des mêmes récompenses mais soumis aux mêmes sanctions, le cas échéant, que le recommandé, la prudence l’emporta et personne ne fut présenté. L’empereur dut lancer un nouvel ordre obligeant à présenter des candidats sous peine de sanctions. Pour encourager l’afflux de sang nouveau dans l’administration, Wang Mang tombera dans l’excès inverse en abaissant considérablement les garanties requises mais aussi la valeur des candidats. Un degré de responsabilité raisonnable sera enfin atteint à l’époque des Han orientaux.

Le système de Wudi prévoyait une sélection annuelle dans chaque district de candidats « vertueux » et « talentueux », notions très générales, dont le nombre était déterminé par l’empereur. Selon les besoins, de façon irrégulière, des spécialistes de toute sorte (loi, art militaire, voire divination) pouvaient être requis. L’examen n’était sous les Han occidentaux qu’une simple vérification ne remettant pas fondamentalement en cause l’emploi du recommandé. À l’avènement des Han orientaux, une des premières propositions de réforme de Guangwudi sera de donner plus de poids à l’examen qu’à la recommandation. Un curriculum plus précis sera progressivement élaboré. En 115 eut lieu le premier examen selon le nouveau programme des "Six arts" : musique, tir à l’arc, équitation, arithmétique, composition et connaissance des rites publics et privés. Ce régime appelé chaju (察舉) sera repris et perfectionné par les dynasties ultérieures, et aboutira au VIe siècle au keju (科舉), véritables examens mandarinaux.

Guerres frontalières et relations extérieures

Relations extérieures avec l’empire Han en l’an 2

La dynastie Han fut une période d’expansion territoriale et d’explorations, surtout sous Wudi, des Han occidentaux avec les expéditions de Zhang Qian qui ouvrirent la route de la soie, la conquête du royaume de Choson en Corée, et la soumission des royaumes de Dian, Nanyue et Minyue dans le Sud, ainsi que sous Mingdi et Zhangdi des Han orientaux, période d’activité du général Ban Chao en Asie centrale.

Les conflits armés les plus fréquents eurent lieu avec les Xiongnu qui depuis longtemps disputaient aux Chinois les territoires du Nord et du Nord-Ouest. Incapables de les réduire par la seule force militaire, les empereurs Han développent à leur égard une politique d’intermariages et d’alliance, qui fut également appliquée à d’autres peuples frontaliers. Ceux-ci, soumis théoriquement après une victoire militaire Han concrétisée par l’établissement d’une ou plusieurs commanderies, gardaient souvent leur indépendance de fait contre la remise d’un tribut et l’envoi d’ambassades reconnaissant la suprématie de l’empire. Ces relations étaient consolidées par des alliances matrimoniales et l’attribution de sceaux de délégation du pouvoir impérial confirmant l'autorité locale de leurs souverains. L'un de ces sceaux a été découvert en 1983 dans la tombe du roi de Nanyue.

Durant la dynastie Han, des ambassades furent échangées avec des régions aussi éloignés que la Perse, le pays des Parthes ou l’Empire romain. Ces expéditions militaires ou pacifiques enrichirent la culture chinoise. Le bouddhisme pénétra en Chine pour la première fois au Ier siècle sous le règne de Mingdi. Furent introduits sous les Han les légendaires chevaux « à la sueur de sang » du Ferghana, le raisin, les grenades, les noix, la luzerne et le sésame noir.

Xiongnu

Le début de la dynastie est le moment où apparait chez les Xiongnu une personnalité importante, Modu (冒頓), qui sut les unir. Ils constituent une menace importante pour Gaozu, qui pourtant les harrasse sans relâche. En -201, le prince de Han dut capituler devant eux. Gaozu lui même se retrouva en -200 encerclé à Baideng (白登) au Shanxi. C’est alors que le stratège Shenping (陳平) lui suggéra la politique d’alliance matrimoniale qui sera poursuivie pendant le reste de la dynastie : les chanyu, épousant des princesses chinoises, devinrent "gendres impériaux". Un traité d’alliance, renouvelé neuf fois jusqu’en -135, fut ainsi établi entre les deux peuples, comprenant unions matrimoniales heqin (和親) et échanges de cadeaux, les Chinois offrant alcool, soie et riz contre, entre autres, des chevaux. Les deux souverains étaient réputés égaux, et les premiers tronçons de ce qui sera la Grande Muraille servaient de frontière. Conscient de son importance, Modu n'hésita pas à demander, sans succès, la main de l’impératrice douairière Lü à la mort de Gaozu.

Les fiancées chinoises étaient le plus souvent des filles de nobles ou même parfois des roturières promues princesses, dont l’histoire inspirera la littérature et le théâtre. La plus connue est Wang Zhaojun (王昭君), héroïne en particulier d’une pièce de Ma Zhiyuan qui deviendra un classique de l’Opéra de Pékin. Entrée comme concubine dans le gynécée de Yuandi, elle fut choisie par le chanyu Hu Hanxie parmi cinq femmes sélectionnées sur portrait par l’empereur lui-même, qui ne s’était pas encore donné la peine de les rencontrer. Yuandi n’avait probablement pas grande considération pour les Xiongnu et avait dû choisir des beautés médiocres. Lorsqu’il la vit en chair et en os le jour de son départ officiel, il eut le coup de foudre, mais il était trop tard.

Malgré les traités, les héritiers de Modu continuèrent à intervalles irréguliers leurs attaques contre les Han. Leur menace ne disparaitra jamais mais se fera moins grande après Wudi. Sous son règne, les généraux Wei Qing (衛青) (?~-106) et Huo Qubing (霍去病) (-140~-117) les chassèrent du Gansu où furent transplantés des Chinois, occupant définitivement la région et séparant les Xiongnu des Qiang avec qui ils auraient pu s’allier. Après le règne de Wudi, la division des Xiongnu en ensembles rivaux devient de plus en plus évidente. Les empereurs joueront par la suite de ces conflits, soutenant certains chanyus au détriment des autres. Une offensive contre les Xiongnu du Nord aura lieu sous les Han orientaux, menée par Ban Chao.

Zhang Qian

Expédition de Zhang Qian en Asie Centrale dépeinte sur une fresque de Dunhuang, grottes de Mogao, 618-712

Dans le cadre de sa lutte contre les Xiongnu, Han Wudi envoya en -139 Zhang Qian (張騫)(-195~-114), accompagné d’une centaine de volontaires, à destination de l’actuel Tadjikistan où s’étaient réfugiés les Yuezhi, chassés jadis par les Xiongnu du Gansu, pour requérir leur alliance. Tout d’abord retenu prisonnier pendant dix ans par les Xiongnu chez qui il prit femme, il réussit néanmoins à parvenir jusqu’à son but après être passé au Ferghana, en Transoxiane, en Bactriane et en Sogdiane. Il reviendra à Chang’an en -126 avec sa femme et un seul de ses compagnons. Les Yuezhi, satisfaits de leur nouveau territoire, n'étaient nullement désireux d’établir une alliance avec les Han, mais le récit de Zhang Qian inspira au moins cinq ambassades vers l’Ouest, chacune d’entre elles comprenant d’une à plusieurs centaines de personnes, selon Sima Qian. Ces voyages ouvrirent l’extrémité orientale de la route de la soie qui s’étendra de Chang'an à la Méditerranée. Zhang Qian repartira en -119 pour une seconde mission, cette fois couronnée de succès, auprès des Wusun (烏孫), autres rivaux des Xiongnu, qui fut également à l’origine d’échanges commerciaux avec la Perse.

Ban Chao

A partir de 73, Mingdi envoya le général Ban Chao (班超), frère de l’historien Ban Gu, en direction des territoires du Turkestan dominés par les Xiongnu du Nord. Ban Chao se rendit chez différents peuples qui avaient du temps des Han occidentaux requis l’alliance des Chinois et les convainquit de la supériorité Han par des démonstrations de force telles que l’assassinat des ambassadeurs Xiongnu. Il convainquit ainsi les rois de Shanshan (est du Taklamakan) et du Khotan, ainsi que les Cheshi du Xinjiang à se rallier aux Chinois, et établit le contrôle Han sur l'ensemble du bassin du Tarim. Bien que Zhangdi, successeur de Mingdi, ait songé en 76 à abandonner les efforts en direction de l’Ouest, Ban Chao tint bon. Il alla jusqu’à la Caspienne et l’Ukraine et entra en contact avec les Parthes à qui une ambassade avait déjà été envoyée du temps de Wudi. Il expédia un envoyé, Gan Ying (甘英), à Rome en 97, mais certains historiens pensent que celui-ci s'arrêta aux rives de la mer Noire et que sa description de Rome provient d'informations de seconde main. Après le retour de Ban Chao à Luoyang à l'âge de 70 ans, personne ne se montra capable de prendre efficacement sa succession et ses efforts furent perdus.

Sud

La dynastie des Yue du Sud (Nanyue), fondée par le général chinois Zhao Tuo (趙佗) de l’époque Qin, émergea simultanément à celle des Han occidentaux en 203 av. J.-C. La considérant comme une menace, Wudi chercha à s'allier d'autres peuples du Sud et envoya Tang Meng (唐蒙) en ambassade auprès des Yelang du Guizhou. L’alliance obtenue par des cadeaux ne tint pas longtemps devant les attaques répétées des tribus locales, et la commanderie de Jianwei (犍為) au Sichuan fut vite abandonnée. En -122, convaincu par le témoignage de Zhan Qian de l’intérêt de s’assurer une voie vers le Sud en direction de l’Inde, l’empereur ordonna une nouvelle tentative d'affaiblissement des Nanyue par la soumission des Yelang et du royaume de Dian (滇) au Yunnan. Elle fut acquise en -109, mais leurs souverains restèrent en place, recevant délégation du pouvoir impérial. C’est une crise politique interne au royaume de Nanyue qui donna aux Chinois l’occasion de l’annexer en -111. Il disparut ainsi formellement, laissant les marques d'une culture spécifique. Neuf commanderies furent établies sur le territoire conquis.

Le royaume de Minyue (閩越) au Fujian fut lui aussi soumis sous Wudi. Il ne fut pas occupé, mais une partie de sa population fut transplantée dans l’ancien territoire du prince rebelle Liu An, entre la Huai et le Chang Jiang.

En 40 sous le règne de Guangwudi, deux sœurs annamites, Trưng Trắc et Trưng Nhị, prirent la tête d’une révolte qui chassa les Han et établirent une dynastie dont la capitale se trouvait à Mê Linh, actuelle province de Phú Thọ. Le général Ma Yuan fut envoyé l’année suivante pour la détruire et en vint à bout après deux ans.

Corée

Après une première tentative d’implantation peu fructueuse au début de son règne (commanderie de Canghai (倉海) abandonnée en -126), Wudi obtint une seconde occasion d'attaquer le royaume de Choson (chaoxian 朝鮮/조선), fondé un siècle plus tôt par le général chinois Wei Man (衛滿), lorsqu'il refusa de laisser passer des ambassadeurs en direction de l'empire Han. Choson fut soumis après une campagne en -108~-107.

Bouddhisme

Article détaillé : Bouddhisme en Chine.
Le temple du Cheval blanc à Luoyang, premier temple bouddhiste en Chine

C’est au premier siècle que le bouddhisme pénétra en Chine par l’intermédiaire de l’Empire kouchan. La légende rapporte que l’empereur Mingdi rêva d’un homme qui semblait fait d’or. Selon l’interprétation de son ministre Zhong Hu, il s’agissait du Bouddha. L’empereur aurait alors envoyé dix-huit personnes menées par Cai Yin, Qin Jing et Wang Zun à la recherche d’effigies et de textes. Ils seraient revenus de l’actuel Afghanistan accompagnés de deux moines, rapportant une image du Bouddha et 42 textes constituant le Sūtra en quarante-deux sections

Le seul fait certain est que Mingdi ordonna la construction à l’ouest de Luoyang du Temple du Cheval blanc, premier temple bouddhiste sur le sol chinois. La tradition prétend que le cheval qui portait les sutras s’arrêta à six lis de la capitale et refusa d'aller plus avant, indiquant l’emplacement du futur temple. Selon le Hou Han Shu, Liu Ying (劉英), prince de Chu et frère de l'empereur, fut le premier bouddhiste chinois connu.

Ultérieurement, la légende prétendra que Wudi des Han occidentaux rendait déjà hommage à des statues dorées du Bouddha rapportées par ses ambassadeurs, mais les documents historiques le concernant ne confirment pas cette version.

Rome

En 2 av. J.-C., l’historien romain Florus décrit une visite à l’empereur Auguste de nombreux ambassadeurs orientaux parmi lesquels se trouvent des Seres, terme qui doit désigner des Chinois. Si l’on identifie le Grand Qin (Da Qin 大秦) des sources chinoises à Rome, plusieurs ambassades romaines en Chine sont rapportées dans le Livre des Han postérieurs à partir de 166 sous le règne de Huandi, où des envoyés d’Antonin le Pieux parviennent à Luoyang. Ils apportaient principalement de l’ivoire et de l’encens et repartirent avec de la soie.

Progrès des sciences et des techniques

L’historien Sima Qian
Partie d’un Atlas des comètes sur soie, dynastie Han.
  • Agriculture : sous les Han occidentaux, les socs d’araire en fonte, apparus sous les royaumes combattants, devinrent largement disponibles. La traction animale se développe. Les systèmes d’irrigation sont étendus dès le règne de Gaozu, et le système de rotation des cultures amélioré.
  • La première représentation connue d’un gouvernail est un modèle de bateau découvert dans une tombe chinoise du Ier siècle av. J.‑C.
  • Améliorant les techniques élaborées sous les Han occidentaux, Cai Lun détermine en 105 le processus de fabrication d’un papier performant, le premier au monde.
  • Zhang Heng invente le sismographe (132) et l’odomètre et conçoit le premier globe céleste rotatif chinois.
  • En -104, est promulgué le calendrier Taichu (太初), premier véritable calendrier chinois.
  • Progrès médicaux sous les Han orientaux avec Zhang Zhongjing et Hua Tuo, à qui l'on doit entre autres la première anesthésie générale.
  • Encyclopédies : sous les Han occidentaux, le Livre des monts et des mers (shanhǎijing 山海經), débuté à l’époque des Royaumes combattants, est achevé et édité. Rédaction du Huainanzi.
  • Ouvrages historiques : sous les Han occidentaux, rédaction des Mémoires historiques de Sima Qian, chronique détaillée depuis les temps légendaires des empereurs Xia jusqu’au règne de Wudi, contemporain de l’historien. Sous les Han orientaux, Ban Gu rédige l’essentiel des Annales des Han, histoire des Han occidentaux et modèle des annales officielles des dynasties ultérieures. Entamé par son père Ban Biao (班彪), l’ouvrage sera achevé par sa sœur Ban Zhao (班昭). Fan Ye rédigera le Livre des Han postérieurs.
  • À la fin de la période des Han occidentaux, Liu Xiang (劉向) et son fils Liu Xin (劉歆) établissent la bibliographie de la bibliothèque impériale Résumé des six arts (liuyilüe 六藝略).
  • Linguistique : Xu Shen (許慎) compose entre 100 et 121 le Shuowen jiezi (說文解字), premier dictionnaire partiellement étymologique utilisant le système des clés. Un autre dictionnaire, l’Erya (爾雅), deviendra un classique confucéen sous les Song. Yang Xiong rédige le Fangyan (方言) sur les dialectes des Han occidentaux.

Pensée

On assiste au développement des concepts nés avant l’empire pour expliquer le fonctionnement du monde comme un ensemble intégré dont toutes les parties sont en corrélation, englobant l’être humain : théorie des cinq éléments, du Yin-Yang, du qi.

Leur influence s’exerce sur l’ensemble de la pensée et tous les systèmes de philosophie politique, les principaux étant le huanglao (essentiellement légiste et taoïste) et le confucianisme.

Les penseurs de ce dernier courant, opposés au non-agir (wuwei 無為) comme attitude du bon gouvernant, développent la notion du Ciel comme volonté suprême que le souverain doit observer et qui réagit à sa vertu ou à ses manquements par des bénédictions ou des calamités. Le confucianisme des Han est donc quelque peu différent de celui du temps de Confucius.

Même s’ils sont voués à disparaître ou à se fondre dans le taoïsme ou le confucianisme, beaucoup de courants des Royaumes combattants subsistent. On en a un aperçu dans le Huainan Zi des Han occidentaux.

On continue à éditer, commenter et interpréter les textes anciens, en particulier le Dao De Jing, le Yi Jing, les Annales des Printemps et des Automnes. On découvre en -102 des textes confucéens rescapés de l’autodafé des Qin, donnant naissance à une querelle d’authenticité. La tradition des weishu (維書), commentaires exposant le sens caché des classiques, est très répandue chez les confucéens Han, dont Dong Zhongshu qui serait à l’origine du choix du confucianisme comme philosophie politique exclusive (en théorie). Ces commentaires seront unis aux prophéties (chenyu 讖語) des mages pour donner les chenwei (讖維), écrits annonçant des changements de pouvoir, dont certains, Wang Mang par exemple, se serviront à leur avantage. Malgré la détermination en -51 du contenu officiel des Cinq classiques, les interprétations ésotériques jouissent d’un statut quasi-officiel. En 79, l’empereur Zhangdi convoque une sorte de concile canonique, l’assemblée de la Salle du tigre blanc, destiné à déterminer l’authenticité des différents textes. Les chenwei et les weishu y sont traités sur le même pied que les autres classiques. C’est seulement au milieu des dynasties du Nord et du Sud qu’ils tomberont complètement en défaveur et seront détruits.

Suivante (shinü yong), terre cuite, époque des Han de l'Ouest, Chine, Musée Cernuschi, Paris.

Sur le plan religieux, apparaissent sous les Han orientaux des sectes importantes, comme les Cinq boisseaux ou la Voie de la grande paix Taiping dao (太平道), constituant un véritable pouvoir parallèle (les Cinq boisseaux au Sichuan) ou une force séditieuse (Turbans Jaunes du mouvement Taiping). Imposant l’étude du Dao De Jing et divinisant Lao Zi (Cinq boisseaux) ou s’appuyant sur le huanglao (Taiping), ce sont les premiers mouvements religieux importants rattachés par les historiens au taoïsme. Démantelées en 215 pour la première et en 205 pour la seconde, ces sectes donneront naissance à d’autres courants, en particulier les Maîtres célestes issus des Cinq boisseaux. Par ailleurs, le recours aux spécialistes fangshi (方士) ou sorciers wushi (巫師), l’alchimie Jindan, la croyance aux immortels sont répandus à tous les niveaux. Les cultes de Huangdi et de la Xiwangmu du mont Kunlun se développent sans être à cette époque toujours liés au taoïsme.

Les écrits philosophiques, souvent composés par des confucéens - ou tout au moins des fonctionnaires - contribueront autant au développement du taoïsme philosophique qu’à celui du confucianisme. Yang Xiong met en avant la notion du grand mystère (taixuan 太玄) qui sera identifié avec le Dao par le courant Xuanxue des Wei, sur lequel le bouddhisme a peut-être aussi exercé une influence à travers sa notion de vide encore mal comprise. Le qingyi (清議), débat sur les qualités requises d’un bon fonctionnaire et d’un bon gouvernant, est à l’origine du qingtan (清談) associé au taoïsme des dynasties du Nord et du Sud.

Wang Chong, (王充) (2797), auteur des Essais critiques (Lun-Heng 論衡), se distingue de l'ensemble par sa position rationaliste et son explication naturaliste et mécaniste du monde.

Commentateurs confucéens : Xun Shuang (荀爽) (Yi Jing), Jia Kui (賈逵), Ma Rong (馬融), Cai Yong (蔡邕), Zheng Xuan (鄭玄) (ensemble des classiques).

Penseurs inspirés par le légisme : Cui Shi (崔寔) et Wang Fu (王符) (Discours d’un reclus (qianfulun 潛夫論))

Taoïsme : on considère que le Lie Zi a en fait été compilé sous les Han.

Art et littérature

Art

Plat en laque, dynastie Han Occidentaux, Musée du palais (Cité interdite), Beijing
Brûle parfum, Han occidentaux, bronze, or ,turquoise et cornaline, Freer and Sackler Galleries, Washington D.C.
Tête de cheval, terre cuite. Han Orientaux Ier ‑ IIe siècle ap. n. e., Musée Guimet
Chine sud-orientale, dynastie Han Orientaux, statuette funéraire d'un cheval, Ie-IIe s.

La plus grande partie des objets d’art de la période de la dynastie Han proviennent du mobilier funéraire. La présence de très nombreux substituts - mingqi [1]- (les deux céramiques ci-contre et serviteurs - h: 80 et 60 cm - [2]) manifeste une transformation importante dans les rites d'inhumation, transformation en cours depuis la fin des "Royaumes Combattants" : les substituts remplacent les personnes ou les objets réels que l'on avait coutume d'enterrer auprès du défunt. Sous les Han les progrès de la piété filiale encouragèrent les nobles et les fonctionnaires à rivaliser entre eux pour ensevelir leurs morts avec raffinement, sauf volonté explicite du défunt[3]. Sont particulièrement remarquables de cette pratique les nombreuses figurines de personnages ou d’animaux, maquettes de bâtiments, fermes, ou moyens de transport, le plus souvent en terre cuite polychrome[4] (comme c'est le cas pour la figurine ci-contre), témoignages précieux sur les habitudes vestimentaires et les modes de vie. On trouve aussi des miroirs, d'autres objets en bronze souvent doré et argenté[5](suivant la pratique en cours dès l'époque des "Royaumes Combattants") des objets laqués et en jade[6]. Des progrès sont faits dans le domaine de la céramique avec la multiplication des pièces vernissées, l’apparition de glaçures gris-vert ou noir, qui annoncent les futurs céladon, et des premières porcelaines. La boîte "lian" en forme de brûle-parfum[7], du Musée Guimet, offre une représentation de montagnes, qui serait l'ancêtre des paysages miniatures apparus sous les Tang et connus en Occident sous leur nom japonais de bonzai[8]. Dans le brûle-parfum véritable, en bronze rehaussé d'or et éventuellement de pierres précieuses, la fumée de l'encens les transformait en cimes embrumées. Ce sont des lieux mythiques, paradis des immortels, lesquels immortels étaient représentés dans leur ascension des montagnes, figurines discrètes au milieu des arabesques décoratives du brûle parfum. Cette croyance est l'un des piliers de la culture taoïste qui se développe, précisément, sous les Han. Quant au motif de la montagne des immortels il deviendra le motif préféré des peintres lettrés au cours des siècles suivants.

Les rares pièces de soie brochées ou peintes qui nous sont parvenues (Mawangdui) offrent un aperçu du raffinement du travail de cette fibre qui était déjà un important produit d’exportation. Parmi des pièces de soie on a en effet trouvé dans la tombe de la marquise de Dai, à Mawangdui, des vêtements, une carte du sud de la Chine et du nord Viêt Nam et surtout une bannière funéraire peinte, pièce tout à fait exceptionnelle par son sujet, et l'intensité des couleurs conservées, décrivant le passage de la défunte vers l'au delà.

Dans le domaine de la sculpture, la tête de cheval - ci-contre - du musée Guimet représente une nouveauté propre aux Han : un animal énergique et fougueux, dépeint avec le naturalisme des Qin mais stylisé. Cependant, loin de figurer un type particulier, il s’agit le plus souvent d’une image composite et idéalisée conservant du cheval chinois les grandes oreilles dressées, le chanfrein concave et les yeux globuleux en grenouille, mais renvoyant aux montures arabes par sa tête haute (citation : Musée Guimet[9]). La cohérence des traits stylistiques Han maintient l'harmonie de l'ensemble dans toutes les représentations de ce type de cheval qu'on connaisse. Mais une étude comparative, même rapide avec les figures de chevaux déposées avec l'armée de terre du premier empereur Qin Shi Huang des Han occidentaux[10],[11] , montre que l'on est pas en présence des mêmes races de chevaux. Concernant le cheval doré[N 6] de l'empereur Han Wudi(156 - 87 av n. e.), lequel commandita la recherche de chevaux à son ambassadeur Zhang Quian auprès des souverains de Sogdiane, il faut suivre les remarques précises données par les auteurs du catalogue de l'exposition Des chevaux et des hommes de 1996. En effet : "ce bronze est le produit de l'observation attentive d'un animal de race dont on cherche à exprimer la beauté et l'élégance, et non l'usage ou la rapidité"[3].

C'est surtout ensuite, sous la dynastie des Han orientaux, que l'on s'est préoccupé d'importer massivement – quel qu'en soit le prix - une race plus élancée, les coursiers indispensables pour protéger les frontières du nord - au contact des Xiongnu - et de l'ouest - les "routes de la soie" - contre des populations de cavaliers dont la pression s'est fait de plus en plus pressante avec le temps, et aussi pour relier rapidement le vaste territoire de l'Empire unifié. Pendant quelques décennies les "routes de la soie" sont ouvertes et avec l'accès aux oasis et le Ferghana, les Han se procurent les célèbres chevaux ( "aux sueurs de sang", c'est-à-dire avec une robe tachetée de roux ) nécessaires à la remonte sur de longues distances. Le célèbre "cheval volant", dont on voit l'image un peu partout en Chine actuellement[N 7], a été trouvé dans la tombe d'un commandant de la garnison placée au Wuwei, Gansu, précisément sur une "route de la soie"[12]. Ces chevaux représentés sous forme de mingqi, en terre-cuite ou en bronze, mais non doré, au cours de la dynastie des Han Orientaux sont le plus souvent la tête haute et l'attitude très vivante, nerveuse, les dents bien visibles et dégagées, comme on peut le constater sur ces deux exemples. Ces mingqi accompagnent dans la tombe ces militaires et ces fonctionnaires recrutés sous les Han Occidentaux par les nouveaux concours et envoyés sur les lointaines routes de l'Empire.

Par ailleurs, il faut remarquer à cette période le type de variation qui affecte une image, quelqu'en soit le sujet, homme, cheval ou autre, quand elle quitte le monde de l'art proche de la cour et qu'elle est transférée aux confins de l'empire elle se cristallise sur ce qui lui est essentiel. C'est ce que l'on peut constater avec cette figuration du cheval (Chine sud-orientale), du musée d'art asiatique de Turin, en bronze, où les traits significatifs sont, en quelque sorte, "résumés" ou "géométrisés", comme on parle de céramique grecque antique de style géométrique.

Enfin de nombreux bas-reliefs funéraires ont été réalisés soit par estampage ou incision sur des briques, soit sur des pierres, comme des linteaux de porte de chambre funéraire qui ont parfois conservé leurs couleurs d'origine[N 8].

Des miroirs à décor de TLV[N 9] ont été trouvés, sur lesquels les spécialistent s'interrogent encore. Ils apparaissent au cours du IIe siècle. Le motif du dragon qui orne le bandeau externe laisse supposer que ces miroirs, placés dans les tombes, sont destinés à assurer l'harmonieentre l'homme et le cosmos. Les miroirs à décor TLV portent souvent des inscriptions (sur le disque central du miroir du musée Labit, ci dessous) visant à éloigner le malheur et à accorder son possesseur avec les forces de l'univers[N 10].

Galerie d'art sous la dynastie des Han Occidentaux (-206 — 9)

Galerie d'art sous la dynastie des Han Orientaux (25–220)

Littérature

L’apparition du papier (réservé à l'administration centrale) sous les Han orientaux entrainera celle de nouveaux styles calligraphiques plus fluides et le développement d'une nouvelle conception de la calligraphie chinoise en tant qu'art.

Le style littéraire le plus caractéristique de la dynastie est le fu[N 11], sorte de long poème déclamé et non chanté, selon la description qu’en fait le chapitre Art et littérature des Annales des Han (漢書 ; 藝文志), ce qui le rapproche de la prose. On voit l’origine de ce style dans les Chants de Chu attribués à Qu Yuan et Song Yu, et le chapitre fu (fupian 賦篇) du Xunzi. Les fus d’avant les Han et du début de la dynastie, appelés saofu (fu lyrique) (騷賦), sont de style plus libre, le poète exprimant ses sentiments à travers des descriptions de la nature ou des discussions politiques. Ils seront remplacés par un type plus structuré, vers encadrés par une introduction et une conclusion sous forme de questions-réponses, considéré ultérieurement comme le modèle du genre, le gufu (fu ancien) (古賦), au contenu plus descriptif. Le type le plus connu est le « grand fu » décrivant avec un vocabulaire riche et abondant la splendeur des lieux et modes de vie de l’aristocratie, parfois sur un mode critique. À partir du milieu de la période des Han occidentaux, apparaissent des fus plus courts au contenu plus intime. Le chapitre Art et littérature des Annales des Han mentionne 106 auteurs et 1318 œuvres, parmi lesquels les quatre grands maîtres : Sima Xiangru, Yang Xiong (揚雄) (Fu de Changyang (長楊賦) dans lequel il critique le luxe de Chengdi), Ban Gu, Zhang Heng ; on peut encore citer le Qifa (七發) de Mei Sheng (枚乘) (?~-140) et les Réponses (答客難) de Dong Fangshuo (東方朔)(-154~-93) dont la forme a inspiré beaucoup d’auteurs ultérieurs.

Le gushi (poème à l'ancienne) (古詩) est, comme le fu, un poème non chanté, en général composé de vers alternativement de 5 et 7 pieds ; il est typique du début de la dynastie. À la même période, un service administratif, le Bureau de la musique yuefu (樂府), est chargé, sous Huidi et Wudi, de préserver les chants populaires, particulièrement ceux des régions de Qin, Zhao et Chu, comme source d’inspiration littéraire. Il laissera son nom aux poèmes mis en musique. On trouve des exemples de ces deux styles dans les anthologies Dix-neuf poèmes à l’ancienne (gushi shijiu shou 古詩十九首) et Recueil de poèmes du bureau de la musique (yuefushi ji 樂府詩集).

Comme on peut le voir avec l’exemple de Ban Gu (historien), Zheng Heng (astronome et mathématicien) ou Yang Xiong (philosophe et linguiste), les hommes de lettres de l’époque Han sont souvent polyvalents. On peut d’ailleurs également compter dans les productions littéraires de l’époque les nombreux écrits philosophiques et les ouvrages historiques (Ban Gu, Sima Qian).

Empereurs de la dynastie Han

Voir tableau : Empereurs de la dynastie Han

Annexes

Notes

  1. Dictionnaire étymologique sino-tibétain en ligne, reconstruction de la prononciation de l'époque Han http://starling.rinet.ru/cgi-bin/query.cgi?basename=\data\china\bigchina&root=config&morpho=0
  2. qu'il ne put se résoudre à faire assassiner comme prévu lors du « diner [sanglant] de Hongmen » Hongmen Yan (鴻門宴)
  3. yú mín xiuxí : donnons du repos à la population
  4. wénjǐngzhizhì : régime de Wendi et Jingdi
  5. bàchùbǎijia dúzun rúshù 罢黜百家,独尊儒术
  6. Voir la reproduction dans les liens externes, ci dessous.
  7. Voir la reproduction dans les liens externes, ci dessous.
  8. La scène de bataille, reproduite dans la Galerie d'art sous la dynastie des Han Orientaux, ci dessus, est étudiée par Danielle Elisseeff dans le Manuel de l'école du Louvre, 2008, p 221.
  9. Le décor est composé de la repétition de formes T, L et V juxtaposées sur on fond de "nuages".
  10. On peut se reporter aux articles de Wikipedia, The free encyclopedia (en) : "TLV mirror" et "Liubo"; ainsi qu'au catalogue de la collection du musée Labit : Violette Fris-Larrouy. 1999
  11. 賦, hanfu 漢賦 ou cifu 辭賦

Références

Bibliographie

  • Art et archéologie.
  1. Flora Blanchon ; avec la participation de Isabelle Robinet, Jacques Giès et André Kneib, Arts et Histoire de Chine 2, Paris, Presses de l'Université de Paris-Sorbonne, 1999, 496 p. (ISBN 2840501236) 
  2. Danielle Elisseeff, Art et archéologie : la Chine du néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, École du Louvre, Éditions de la Réunion des Musées Nationaux(Manuels de l'Ecole du Louvre), 2008, 381 p. (ISBN 9782904187235 (Ecole du Louvre))  Ouvrage de référence, bibliographie et Sites Internet.
  3. Yolaine Escande (traduit et commenté par), Traités chinois de peinture et de calligraphie. Tome 1 : les textes fondateurs (des Han aux Sui), Paris, Klincksieck. L'esprit des formes, 2003, 436 p. (ISBN 2252034505) .
  4. Denys Lombard, La Chine impériale, Paris, PUF, Que sais-je?1244, 1967, 127 p. (ISBN 2130521576) .
  5. Jean-Paul Desroches, Marie-Catherine Rey, Des chevaux et des hommes (Han - Tang), Donation Jacques Polain, Musée Guimet 19 octobre 1995 - 15 janvier 1996, Paris, Réunion des Musées nationaux, 1995, 198 p. (ISBN 2711833348) .
  6. Yolaine Escande, Montagnes et eaux. La culture du Shanshui, Paris, Hermann, 2005, 293 p. (ISBN 2705665218) .
  • Initiation, tous publics : art et archéologie, culture.
  1. Danielle Elisseeff, L'art chinois, Paris, Larousse, 2007, 237 p. (ISBN 9782035833273) .
  2. Edward L. Shaughnessy, La Chine ancienne, Vie, art et mythes., Paris, Gründ, 2005, 144 p. (ISBN 2700012291) .
  3. Emmanuelle Lesbre, La Chine ancienne., Paris, Hazan, 2000, 96 p. (ISBN 2850257516) .
  4. Violette Fris-Larrouy, Arts de Chine, Paris, Société nouvelle Adam Biro. Musée Georges Labit, Toulouse, 1999, 175 p. (ISBN 2876602458) .

Voir aussi

La Chine des Han : bibliographie en ligne de Michèle Pirazzoli-t’Serstevens, professeur émérite à l’Ecole pratique des Hautes études, sur le site du  : Centre départemental de documentation pédagogique des Hauts-de-Seine

Liens externes

Illustrations concernant l'art, sous les Han. Reproduction du célèbre cheval doré de l'Empereur des Han Orientaux Han Wudi : [1]

Reproduction du célèbre "cheval volant" du Gansu ("flying horse, Gansu"), sur [2].

Articles connexes



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