Autodafe

Autodafé

Autodafé de livres.
Tableau du XVe siècle.

Un autodafé (du portugais auto da fé, qui est auto de fé aujourd'hui, venu du latin actus fideiacte de foi) consistait, à l'origine, à brûler des livres considérés comme païens, blasphématoires ou immoraux (mesure qu'aurait pratiquée Paul de Tarse). Puis, au Moyen Âge, il devint la proclamation solennelle d'un jugement prononcé par l'Inquisition et dont l'exécution conduisait le coupable à sa destruction, mort ou vif, par le feu.

Sommaire

Savonarole

Le dominicain Jérôme Savonarole a organisé un autodafé appelé bûcher des Vanités, en 1497 à Florence, où les habitants durent apporter bijoux, cosmétiques, miroirs, livres immoraux, robes trop décolletées ou richement décorées, images licencieuses, etc.

Péninsule ibérique et Inquisition

Fin de la Reconquista

Peu de temps après l'année cruciale et la chute du royaume nasride de Grenade, l'évêque de la nouvelle cité devenue très catholique précipite au feu les livres écrits en langue arabe. Ces traces de l'histoire du pays de 711 à 1492 disparaissent irrémédiablement.

Faux-semblants

Il importe de lever un malentendu trop souvent répandu. En aucun cas l'Inquisition et les autodafés ne concernèrent les Juifs en tant que tels. L'objet des tribunaux inquisitoriaux était très précis: il s'agissait de rechercher parmi les Juifs convertis au catholicisme (appelés "conversos", ou encore "nouveaux-chrétiens"), ceux qui ne s'étaient convertis que par intérêt (car le statut de chrétien donnait de grands avantages) tout en continuant en fait à pratiquer le judaïsme en secret. Car ces conversions de façade avaient tendance à se répandre, déclenchant l'animosité populaire (troubles de Tolède et Cordoue en 1449, de Ségovie en 1474), mais également les protestations des Juifs sincèrement convertis au christianisme, qui voient l'attitude de ceux qui sont faussement convertis (les conversos) jeter le discrédit sur l'ensemble des "nouveaux-chrétiens". C'est pour cette raison que l'on trouvera de nombreux Juifs convertis parmi les promoteurs de l'Inquisition. Il est important de savoir aussi que les tribunaux inquisitoriaux instituèrent ce que nous nommons actuellement les " jurys " qui étaient inconnus jusqu'alors et qui ne seront repris que bien plus tard dans les institutions judiciaires. Ces jurys étaient constitués de notables locaux-qui connaissaient donc bien l'accusé- voire de juristes qui pouvaient poser des questions au "présumé coupable ", questions " à charge " ou " à décharge ". Ils pouvaient aller jusqu'à 51 personnes.Sachons encore que les faux témoins, s'ils étaient découverts, s'exposaient à de très lourdes sanctions, en principe les mêmes que celles qui auraient été infligées à l'accusé. ( Cf les "Constitutiones" du Grand Inquisiteur le cardinal Torquemada et ses instruction aux responsables inquisiteurs; consulter aussi les comptes-rendus d'audiences de l'inquisition française durant l'affaire des Albigeois) (Sources:Archives espagnoles déposées à Séville, actes des procès inquisitoriaux en France au XIIIè siècle ).

Autodafé sur la Plaza Mayor de Madrid, Francisco Rizi (1683)

Condamnations au bûcher

Ainsi en 1499, l'inquisiteur Diego Rodrigues Lucero condamna à être brûlés vifs 107 juifs « convertis », convaincus d'être en réalité restés fidèles à leur ancienne religion. Ce fut un des plus meurtriers autodafés du pays. Au Portugal, il n'y eut pas d'autodafé avant 1540 (quatre ans après la création de l'Inquisition portugaise) mais durant les 40 ans qui suivirent, il y en eut environ 40, avec, précisons-le, "seulement" 170 condamnations au bûcher parmi les 2500 condamnations prononcées. Par la suite (1580), Philippe II d'Espagne envahit le Portugal : conformément à la précision apportée plus haut, le Roi garantit aux Juifs qu'ils pourraient continuer à pratiquer leur religion. Mais ceux qui se convertissent doivent le faire sincèrement, sous peine de risquer d'encourir les foudres de l'Église. Et de fait, en vingt ans, 3200 condamnations (dont, ici encore, "seulement" 160 au bûcher) seront prononcées. Les autodafés continueront dans la Péninsule Ibérique pendant tout le Moyen Âge et jusqu'au XVIIe siècle.

L'exécution des accusés ne faisait pas partie de l'auto da fé et avait lieu à une cérémonie ultérieure, normalement à l'extérieur de la ville, où la pompe de la procession principale était absente. Les principaux éléments de la cérémonie étaient la procession, la messe, le sermon à la messe et la réconciliation des pécheurs. Il serait faux de supposer, comme il l'est souvent fait, que les exécutions étaient au centre de l'événement[1], bien que certains auteurs, tels que Voltaire dans son conte philosophique Candide, répandront l'idée contraire.

Civilisation maya

Le 12 juillet 1562 Diego de Landa ordonne un autodafé de l'ensemble des documents en écriture maya[2]. Seul trois ou quatre codex mayas parviennent à réchapper du bûcher sacrificiel.

Nazisme

Berlin, 10 mai 1933.
Le 11 mai 1933 à Berlin
« Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes.  »

— Heinrich Heine, Almansor[3]

Par analogie des méthodes, ce terme fut employé pour désigner la destruction par le feu que les nazis appliquèrent aux ouvrages dissidents ou dont les auteurs étaient Juifs.

Le premier autodafé nazi eut lieu le 10 mai 1933 à Berlin (Bebelplatz), et fut suivi par d'autres à Brême, à Dresde, à Francfort-sur-le-Main, à Hanovre, à Munich et à Nuremberg. Furent ainsi condamnés au feu les ouvrages, entre autres, de Bertolt Brecht, d'Alfred Döblin, de Lion Feuchtwanger, de Sigmund Freud, d'Erich Kästner, d'Heinrich Mann, de Karl Marx, de Friedrich Wilhelm Foerster, de Carl von Ossietzky, d'Erich Maria Remarque, de Kurt Tucholsky, de Franz Werfel, d'Arnold Zweig et de Stefan Zweig.

Chine

Le premier empereur de Chine, Qin Shi Huang brûla les écrits confucéens pour asseoir son pouvoir et l'idéologie du légisme.

Pendant la Révolution culturelle, dans les régions musulmanes de l'ouest de la Chine, des Corans furent détruits dans de grands autodafés[4]. Des manuscrits bouddhistes furent également brûlés.

Histoire récente

  • Plus récemment, en 1995, on a parlé d'autodafé quand le cardinal de Nairobi Maurice Otunga, a brûlé, en août, des boîtes de préservatifs en compagnie de l'imam de Jamia. Le 31 août 1996, il réitère devant 250 fidèles : aux boîtes de préservatifs viennent se joindre de petits livres sur le Sida et les moyens de s'en protéger[5].
  • 2007 : autodafé à la Mosquée rouge.
  • 20 mai 2008 : Le quotidien Maariv rapporte avec photos à l’appui, comment l’adjoint au maire de Or Yehuda, une ville israélienne de 32 000 habitants située à 7 km de Tel Aviv, a organisé un autodafé public du Nouveau Testament.

Voir aussi

Références

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  1. Henry Kamen, The Spanish Inquisition : An Historical Revision, 2000, Orion Publishing Group, p. 211.
  2. http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2008/11/30/l-ecriture-maya-livre-ses-secrets_1124947_3238.html L'écriture maya livre ses secrets, Le Monde, 30 novembre 2008
  3. Almansor, vers 243, voir texte sur Wikisource : http://de.wikisource.org/wiki/Almansor/Das_Innere_eines_alten,_ver%C3%B6deten_Maurenschlosses
  4. Collectif, Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1998, p.614
  5. (en) Lynne Muthoni Wanyeki, Church Burns Condoms and AIDS Materials, Inter Press Service (IPS), 5 septembre 1996, reproduit sur le site de l'AIDS Education Global Information System (ÆGiS).
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