Trajan
Trajan
Empereur romain
Image illustrative de l'article Trajan
Trajan en imperator victorieux.
Règne
28 janvier 989 août 117 (~20 ans)
Période Antonins
Prédécesseur(s) Nerva
Successeur(s) Hadrien
Biographie
Naissance 18 septembre 53
Italica (Hispanie)
Nom originel Marcus Ulpius Traianus
Décès 9 août 117 (63 ans)
Selinus (Cilicie)
Inhumation Pied de la Colonne de Trajan
(cendres)
Père Marcus Ulpius Traianus
Mère Marcia
Épouse(s) Pompeia Plotina
Adoption(s) Hadrien
Liste des empereurs romains

Trajan (latin : Marcus Ulpius Nerva Traianus) (officiellement : Imperator Caesar, diui Vespasiani filius, Nerva Traianus Optimus Augustus, Germanicus, Dacicus, Parthicus) est un empereur romain né probablement le 18 septembre 53 à Italica en Bétique (Espagne actuelle), mort entre le 7 août 117 et le 9 août 117 à Selinus (Cilicie). Il régna de janvier 98 jusqu'à sa mort. Son règne (98-117) marque l'apogée de l'Empire romain.

Trajan est le premier empereur romain originaire d'une province et non de Rome même ou de l'Italie ; il est considéré traditionnellement par l'historiographie des sénateurs romains comme le meilleur des empereurs. Après le récent règne de Domitien marqué par les persécutions et exécutions de sénateurs romains, et la fin de la dynastie des Flaviens, le court règne de Nerva et surtout celui de Trajan marquent le fondement de la dynastie des Antonins. Avec la conquête de l'Arménie, de la Mésopotamie et surtout de la Dacie, l'empire romain a connu, sous son règne, sa plus grande extension. De plus il étend sa domination sur la plus grande surface territoriale jamais atteinte par l'empire romain. Sur le plan intérieur, Trajan s'attache à renforcer la romanisation des provinces de l'empire.

Sommaire

Début de vie et contexte de l'époque

Naissance et enfance

Trajan est le descendant d'un groupe de colons qui a été établi par Scipion l'Africain à Italica, en Hispanie (futur Bétique), au sud de la péninsule Ibérique, en 205 avant JC, lors de la deuxième guerre punique. Sa famille est originaire de Todi, en Ombrie. Toutefois, Trajan passe son enfance dans les villes romaines plutôt que dans le sud de l'Espagne, car son père, Marcus Ulpius Traianus, premier consul de la famille est à la naissance de son fils au début de sa carrière de sénateur. La famille passe donc probablement peu de temps à Italica[1]. Son père, qui porte le même nom que lui, est connu pour être un des premiers non-italiens à atteindre le statut de sénateur. Il est élevé au rang de patricien en 70.

Trajan est tribun militaire en Syrie pendant dix ans, puis il devient questeur vers 78, ce qui lui donne accès au Sénat. Vers 84, il devient préteur.

Trajan entame alors une carrière militaire : le commandement de la VIIe légion lui est confié entre 86 et 89 pour aller mater le soulèvement d'Antonius Saturninus en Germanie supérieure. Il s'y révèle efficace et loyal à l'égard de Domitien, ce qui lui vaut d'être nommé consul en 91. On n'hésite pas à lui confier de plus en plus de responsabilités : en 97, il obtient le commandement des trois légions qui forment l'armée de la Germanie inférieure. Il devient alors Légat de cette région.

Le successeur de Domitien à la tête de l'empire, Nerva, était un homme assez âgé, dont le principal mérite était de ne pas avoir d'enfants, les investitures héréditaires chez les Flaviens ayant laissé de mauvais souvenirs (Porphyrogénètes). Les prétoriens pensaient ainsi pouvoir aisément le manipuler. Ils l'avaient donc placé là « en transition », mais Nerva prit tout le monde de court en adoptant Trajan le 28 octobre 97 et en le désignant comme césar (successeur).

En 98, Trajan occupe le trône en remplacement de Nerva. Il y monte sans problème car il plaît au peuple pour sa simplicité et son attention envers le Sénat.

Les débuts de l'Empereur

Tête de Trajan, Glyptothèque de Munich

À la mort de Nerva début 98, Trajan donne la Germanie supérieure à Lucius Iulius Ursus Servianus et lui succède. C'est le premier empereur non-romain. Dans la perspective ouverte par Nerva qui avait rompu avec la violence de Domitien, il maintient une politique proche du Sénat, ce qui lui assure rapidement une certaine popularité. Des années 97 à 101, il mène une politique plutôt pacifique et s'occupe surtout des affaires civiles. Ayant été choisi, car adopté et non imposé par l'hérédité, il met l'accent sur la nature constitutionnelle de son pouvoir. Le Sénat va jusqu'à lui accorder le titre d'optimus princeps (littéralement, « le meilleur empereur »). Il précise la position ordinaire des autorités romaines face aux chrétiens, consistant à les poursuivre et condamner si ceux-ci troublent l'ordre public (le refus des chrétiens de sacrifier aux dieux romains et notamment au culte impérial constituant une entrave à l'ordre public).

À son avènement, Trajan ne se précipite pas à Rome. Il reste sur le Rhin et préfère s'assurer la fidélité des armées. Son adventus, réception triomphale en l'honneur du nouvel empereur, a lieu vers l'été 99.

Les affaires financières

Dans le passé, sous Domitien par exemple, il y a eu une multiplication des fêtes. La conquête de la Dacie (voir plus bas) permet à l'empereur de renoncer à l'or coronaire.

La Dacie offre des mines d'or exploitables. La production minière est intensifiée dans d'autres parties de l'Empire, comme en Espagne. Trajan modifie la quantité d'or dans les pièces.

Trajan entre dans une politique de constructions à Rome. Un nouveau forum est achevé ; c'est le dernier de la série impériale. On construit aussi une basilique pour la justice, deux bibliothèques (Latin et Grec), le temple du divin Nerva, un grand marché. L'emplacement de la Domus aurea de Néron est utilisé pour des thermes.

Un nouveau bassin est creusé dans le port d'Ostie. Celui datant de Claude était trop petit. Le bras du Tibre est dédoublé pour éviter les inondations et faciliter le transport maritime entre Rome et Ostie.

Trajan donne des congiaires (distributions en argent ou en nature à l'occasion de certains événements). Les enfants de familles citoyennes pauvres reçoivent une aide financière fournie par les intérêts d'environ 5% sur des prêts consentis à de petits propriétaires italiens. Ce sont des sortes d'allocations. Ce système est connu sous le nom d'alimenta.

Gouvernement des provinces

Trajan a échangé une correspondance avec Pline le Jeune, gouverneur de 111 à 113 du Pont-Bithynie. Une censure semble avoir été opérée sur les lettres. Il est possible que ce soit pour des raisons stratégiques. Trajan peut déjà souhaiter conquérir l'Empire parthe. Il est alors nécessaire de pacifier la province pour assurer les arrières de l'armée en cas de guerre.

La Justice de Trajan
La Justice de Trajan, Eugène Delacroix (1840), Musée des Beaux-Arts de Rouen

Cette correspondance a longtemps été considérée comme un faux médiéval : Sidoine Apollinaire (430-486) dit expressément dans sa correspondance que Pline a publié neuf volumes de lettres (celui de Pline et de Trajan étant censé être le dixième livre de ce recueil). Cependant des études plus récentes laissent peu de doute au sujet de l'authenticité de cette correspondance[2].

L'empereur développe la romanisation de l'Empire. Les vétérans, anciens soldats, sont incités à la création d'une colonie.

Le statut de cité évolue. Les promotions municipales permettent de faire évoluer leur statut juridique. Ainsi, une cité pérégrine peut devenir un municipe de droit latin, avec la progression de son urbanisme. Puis en une dizaine d'années, devenir municipe de droit romain. Le nombre de citoyens romains augmente donc.

Politique extérieure

Guerres contre les Daces

Article détaillé : Guerres daciques.

Pendant la première guerre contre les Daces (101-102), Trajan engage douze légions, presque la moitié de l'armée, ce qui fait environ 100 000 hommes. Ainsi, l'empereur réunit aussi les corps auxiliaires, la cohorte prétorienne, ainsi qu'une flotte fluviale chargée de tenir le Danube. Les Romains occupent le pays après deux ans de durs combats. Les Daces doivent fournir des soldats, des machines de guerre et raser leurs fortifications. Trajan reçoit ainsi le titre Dacicus Maximus. Mais Décébale, roi des Daces, ne respecte pas les conditions.

Trajan fortifie la frontière Nord au niveau du Danube. La peuplade des Iazyges se juge encerclée par ces fortifications et s'allie à Décébale. De 105 à 107, la seconde guerre contre les Daces a lieu. C'est lors de cette guerre que s'illustra son général favori le Maure Lusius Quietus que Trajan souhaitait avoir pour successeur[3]. Décébale fuit en Transylvanie. En 106, les Daces sont vaincus, Décébale se suicide et la Dacie devient province impériale.

La colonne Trajane nous montre 155 épisodes de la guerre contre les Daces. C'est un monument précieux qui nous fournit de nombreuses informations sur les uniformes et les armes de guerre.

Conquête de l'Arabie

Extension maximale de l'empire romain sous le règne de Trajan en 117

Une partie de territoire entre la Palestine et le sud-est de l'Égypte n'est pas contrôlée par Rome, mais par un peuple arabe, les Nabatéens. Cornelius Palma, légat de Syrie, dirige la campagne contre le royaume nabatéen de 105 à 106. La province d'Arabie est créée. Une légion stationne dans la capitale : Bostra. Les frontières orientales sont renforcées.

La campagne chez les Parthes

Trajan veut égaler Alexandre le Grand et protéger la frontière de l'Euphrate trop vulnérable. En 109/110, le roi des Parthes meurt : son successeur Khosrô place sur le trône arménien Parthamasiris, qui n'a pas l'agrément des Romains. Considérant que c'est une violation du compromis établi avec Néron, Trajan entre en campagne contre les Parthes en octobre 113. Dès 114, l'Arménie est conquise et annexée officiellement et Parthamasiris s'enfuit. Trajan en profite pour resserrer les liens avec ses alliés du Caucase.

La fin du règne

Les années qui suivent sont assez mal connues : on sait que Trajan fait des opérations en Mésopotamie en 114/115. En 116, il conquiert l'Assyrie et la Babylonie, et descend avec ses deux armées jusqu'au golfe Persique.

Mais les Parthes s'organisent, et ils soulèvent les peuples soumis à Rome, notamment les Juifs. La révolte gagne vite du terrain, l'Assyrie est rapidement perdue. Trajan tente alors de remettre la Babylonie à un souverain fantoche, Parthamaspatès, mais cela dissimule mal l'échec de l'annexion qu'il projetait. En 117, la révolte se généralise : l'Orient est en feu. Trajan revient vers l'Occident, laissant à son légat Hadrien le soin de ramener l'armée.

Trajan meurt d'apoplexie, mais selon d'autres sources, on pense qu'il est mort d'épuisement au retour d'une expédition militaire d'orient en 117. Il meurt à Selinus (actuelle Seliki) en Cilicie (Turquie actuelle) vers le 7 août 117. Selon Dion Cassius sa mort fut tenue secrète quelques jours pour permettre à Hadrien de lui succéder. Presque immédiatement, toutes ses conquêtes sont abandonnées.

Trajan marque donc son principat par son expérience militaire et sa bonne administration : il est qualifié d'évergète dans les livres d'histoire du XIXe siècle, ayant notamment créé un système d'assistance pour les enfants nécessiteux ou un genre de crédit agricole pour les paysans.

Hadrien, son fils adoptif et neveu par alliance lui succède.

Réalisations architecturales

Sur les autres projets Wikimedia :

L'enrichissement du trésor impérial grâce aux conquêtes de Trajan permit des réalisations architecturales remarquables :

  • à Rome :
    • le forum de Trajan construit avec le butin des guerres daciques. C'est le plus vaste forum de Rome. Il se composait d'une grande place avec une statue équestre de l'empereur, un temple dédié à Trajan, une basilique (la basilica ulpia) et deux bibliothèques ;
    • la colonne Trajane, sur le forum de Trajan, destinée à recueillir les cendres de l'empereur et décorée de bas-relief en spirale qui racontent l'histoire de la guerre de Dacie.
    • les marchés de Trajan, vaste centre commercial à proximité de son forum ;
    • les thermes de Trajan, immense complexe de thermes romains et de loisirs ;
    • le Port de Trajan de forme hexagonale;
  • en Égypte :
    • le kiosque de Trajan à Philæ ;
    • achèvement de la décoration du mur extérieur du temple de Montou à Médamoud.

Noms et titres

Noms successifs

  • 53, naît MARCVS•VLPIVS•TRAIANVS
  • 97, adopté par Nerva : CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•GERMANICVS
  • 98, accède à l'Empire : IMPERATOR•CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•AVGVSTVS•GERMANICVS
  • 102, prend le titre de Dacicus : IMPERATOR•CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•AVGVSTVS•GERMANICVS•DACICVS
  • 114, prend le titre de Parthicus : IMPERATOR•CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•AVGVSTVS•GERMANICVS•DACICVS•PARTHICVS
  • 114, le Sénat lui décerne le titre d'Optimus : IMPERATOR•CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•OPTIMVS•AVGVSTVS•GERMANICVS•DACICVS•PARTHICVS

Titres et magistratures

Titulature à sa mort

À sa mort en 117 sa titulature était :

IMPERATOR•CAESAR•DIVI•NERVAE•FILIVS•NERVA•TRAIANVS•OPTIMVS•AVGVSTVS•GERMANICVS•DACICVS•PARTHICVS, PONTIFEX•MAXIMVS, TRIBVNICIAE•POTESTATIS•XXI, IMPERATOR•XIII, CONSVL•VI, PATER•PATRIAE

Trajan a été divinisé par le Sénat.

Évocation du nom de Trajan

Dans l'hymne national de la Roumanie, Deşteaptă-te, române!, Trajan est évoqué dans la deuxième strophe :

Şi că-n a noastre piepturi păstrăm cu fală-un nume
Triumfător în lupte, un nume de Traian!

La traduction du roumain au français donne :

Et que dans nos cœurs nous gardons avec fierté un nom
Triomphant dans les batailles, le nom de Trajan!

On peut supposer que le nom de cet empereur est présent comme un hommage aux origines de la Roumanie et notamment sa langue dérivée du latin à l'instar de l'italien, l'espagnol, etc.

Notes et références

  1. (de)Erreur dans la syntaxe du modèle ArticleWerner Eck, « Der Weg zum Kaisertum », dans Annette Nünnerich-Asmus, Traian. Ein Kaiser der Superlative am Beginn einer Umbruchzeit? Mainz 2002, p. 7–20 
  2. cf. les commentaires de Marcel Durby dans l'édition Les Belles Lettres
  3. Hirsch Graëtz

Bibliographie

  • Hirsch Graëtz, Histoire des Juifs, Troisième période, I - Chapitre III - Soulèvement des Judéens sous Trajan et Adrien [lire en ligne] 
  • Julien Guey, Essai sur la guerre parthique de Trajan, Bucarest, 1937.
  • Eugen Cizek, L'Époque de Trajan : circonstances politiques et problèmes idéologiques, Paris, Les Belles Lettres, 1983, 566 p. (ISBN 2-251-32852-1)

Voir aussi



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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Trajan de Wikipédia en français (auteurs)

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