Languedoc
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La province de Languedoc à la fin de l'Ancien Régime.
Blason du Languedoc

Le Languedoc (Lengadòc, en occitan) est un territoire du Sud de la France correspondant à l'origine aux pays de langue d'oc annexés au domaine royal au XIIe siècle. Son étendue s'est ensuite réduite à l'ancienne province du Languedoc (une des régions où l'on parle l'occitan). Aujourd'hui, le territoire de l'ancienne province de Languedoc correspond principalement aux régions françaises de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon, qui correspondent respectivement aux anciens Haut-Languedoc et Bas-Languedoc, mais aussi à la région Rhône-Alpes, avec l'Ardèche, et à la région Auvergne avec une partie de la Haute-Loire. Le Languedoc fait partie de l'Occitanie.

Sommaire

Étymologie

Testament de Lancelot d'Orgemont, 1286. Premier président du Parlement de Langue de Oc, il déclare faire son testament selon la coutume de l'Occitanie, mores patriae occitanae.

Le territoire s'est d'abord nommé Langue d'oc, nom féminin en français et lingua occitana, en latin. Le mot languedoc est ensuite devenu masculin.

Il tient son nom de la langue occitane, où oc signifie oui.

Histoire

Le Languedoc correspond en grande partie à la Narbonnaise première des Romains, appelée plus tard Septimanie. Les Wisigoths, qui s'en emparèrent au Ve siècle, lui donnèrent le nom de Gothie. Dans le VIIIe siècle, les Sarrasins l'occupèrent un instant, mais ils en furent chassés par Charles Martel, Pépin et Charlemagne. Le Languedoc forma dès lors sous la domination des Francs le duché de Septimanie, qui devint bientôt indépendant ; il se confondit au Xe siècle avec le comté de Toulouse. À la suite de la croisade contre les Albigeois, Amaury VI de Montfort, à qui le comté avait été dévolu, le céda au roi de France Louis VIII, et cette cession fut confirmée en 1229 par un traité entre Raymond VII et S. Louis.

Préhistoire et Antiquité

Au cours de la préhistoire, seules les causses au nord du Languedoc ont été peuplés et exploités, la plaine du Languedoc étant un lieu de paludisme. Au Néolithique, on trouve dans ces montagnes cévennoles une population de bergers qui, au chalcolithique, ont laissés leurs traces sous formes de stèles sculptées représentant des guerriers portant un couteau triangulaire.

À l'âge du Fer la région est occupée par des populations ibériques qui fondent l'oppidum d'Ensérune et mettent en valeur la région avoisinante. Vers la fin du IIIe siècle avant J.-C. un rassemblement migratoire celtique, les Volques, impose sa colonisation dans les territoires contigüs à l'est et à l'ouest de cette première colonie ibérique. Ils fondent pour capitales, à l'ouest Toulouse et à l'est Nîmes (Volques Tectosages, Volques Arécomiques vers le Gard). L'on assiste à une première structuration du territoire.

Les armées carthaginoises, parties à la conquête de l'Italie, traversent la région qui est alors sous la domination d'un prince arverne, lequel leur donnent des guides pour traverser les Alpes au nord de la province, entre Rhône et Alpes, déjà occupée par le Romain Gneus Domitius Ahénobarbus (fin IIe siècle avant J.-C.). L'invasion volque avait donc inscrit complètement la région dans la civilisation celtique.

Les marins grecs avaient fondé une colonie à Agde et leurs légendes assimilaient la région aux Champs Elysées, où Héraclès, parti à la conquête des pommes d'or du jardin des Hespérides, avait rencontré et épousé la nymphe Galatée, d'où les habitants, Galates ou Gaulois, tireraient leurs nom (on retrouve le nom d'Elysées dans la cité voisine d'Elusa en Aquitaine).

Ils pactisèrent avec les Romains dès le IIe siècle avant J.-C. alors que la région est parcourue par les légions romaines. Ensérune est abandonnée comme capitale militaire pour une ville nouvelle, Narbonne, créée pour pacifier la province, qui un siècle plus tard devient à son tour la capitale de la Narbonnaise. L'axe routier est-ouest existant est pavé et relié au réseau romain : c'est la via Domitia reliant Rome à la seconde ville de l'empire, Tarragone.

Au IVe siècle, la région est christianisée par saint Sernin.

Le Royaume wisigothique

Au début du Ve siècle, le Languedoc subit les invasions vandales. Quelques années plus tard, les Wisigoths devinrent maîtres de la région, après que les Romains leur aient donné l'Aquitaine et la Narbonnaise au titre de confédérés. Le royaume wisigothique occupa bientôt le tiers sud de la Gaule puis l'Espagne. Toulouse joue le rôle de capitale et vit un petit siècle d'or au Ve siècle, avant que l'aristocratie wisigothe ne se replie sur Tolède. De cette période légendaire, seuls subsistent le mythe de la Reine Pédauque et l'église de la Daurade.

Contrairement à d'autres envahisseurs, les Wisigoths ne firent pas table rase des institutions et entretinrent la continuité du droit romain, synthétisant un droit romano-germanique (Bréviaire d'Alaric). La persistance du droit romain positif permettra la continuité d'un haut degré de civilisation. Le Languedoc bénéficiera ainsi d'un droit féodal atténué qui permettra l'émergence d'une bourgeoisie de Cité. Le Toulousain Cujas enseignera au XVIe siècle avec éloquence ce vieux fil de droit romain.

Formation du Languedoc

Les Wisigoths sont ariens, comme la plupart des peuples de l'Empire romain à cette époque. Les relations de Clovis avec la papauté trinitaire fournissent des arguments aux Francs pour prétendre annexer la région au VIe siècle. S'ensuit une longue période trouble où la région est dispersée. La Septimanie, les alentours de Narbonne, reste sous domination wisigothe et a des relations paisibles avec les Musulmans, ce qui donne son prétexte à l'expédition punitive de Charles Martel en 719, qui ravage l'Occitanie.

Charlemagne léguera Toulouse à l'un de ses fils sous le titre de Royaume d'Aquitaine en 778, avec tout le Sud, du Rhône à l'Atlantique en vue de fédérer la reconquête hispanique. L'administration de cet immense territoire est confiée aux Comtes de Toulouse.

La dynastie des Comtes de Toulouse, Duc de Narbonne n'aura de cesse de repousser les Maures et de reconquérir les territoires perdus pour reconstituer la Narbonnaise. De cette compétition féodale naîtra le Languedoc de la Garonne au Rhône, de Toulouse à Saint-Gilles.

Raimond IV, dit Raimond de Saint Gilles, (1042–1115) augmentera sa principauté, par mariage et par héritage, du comté de Rouergue, de Nîmes, de Narbonne, du Gévaudan, d'Agde, de Béziers, et d'Uzès. Il sera un des principaux acteurs de la première croisade en prenant part à la prise de Jérusalem (1099), et fondera le comté de Tripoli (Liban) en 1102. De ce contact avec l'Orient naîtra une véritable civilisation dite aujourd'hui « occitane », des troubadours, de l'amour courtois.

Mais ses fils et successeurs ne parviennent pas à maintenir leur autorité dans le Languedoc et, s'ils restent suzerains, l'autorité revient à différents nobles :

Quatre de ces vicomtés (Agde, Béziers, Carcassonne et Nîmes) sont tenues par la maison Trencavel, qui possède en outre la vicomté d'Albi. Petit à petit, le sud de la région passe sous la suzeraineté du comte de Barcelone, également roi d'Aragon, qui devient par mariage comte de Gévaudan et seigneur de Montpellier.

L'hérésie cathare et l'annexion au royaume de France

Comtés du Languedoc en 1209, avant le début de la croisade des barons

Ce foisonnement va laisser apparaître le dualisme de l'hérésie cathare, réprimée à partir du XIIe siècle par l'Église catholique. L'ordre mendiant des frères prêcheurs est créé à Toulouse par Saint Dominique pour donner un nouvel élan à la vraie foi, face à l'hérésie. Pour témoigner de cette renaissance, les reliques de Saint Thomas d’Aquin sont exposées à Toulouse en l’église des Jacobins, magnifique témoignage d'architecture gothique languedocienne. L'hérésie sert de prétexte au Roi de France pour annexer les régions méridionales en déclenchant la croisade des Albigeois :

  • Bataille de Muret (12 septembre 1213).
  • Toulouse est assiégé par Simon de Montfort et prise en 1215.
  • Le dernier foyer cathare, Montségur, tombera en 1244.

En 1229, Alphonse de Poitiers, fils de Louis VIII de France et frère de Louis IX de France, hérite du comté de Toulouse en se mariant avec Jeanne, la fille du comte de Toulouse, Raimond VII. À la mort de Jeanne sans enfants la région est administrée pour le compte du roi de France en trois sénéchaussées : Toulouse, Carcassonne et Beaucaire. Plus tard le Languedoc est administré en deux généralités : Montpellier et Toulouse. L'intendant siégeait à Montpellier et le Parlement à Toulouse. En 1271 le comté de Toulouse est finalement réuni à la couronne, par Philippe le hardi.

De là naît le Languedoc royal qui persiste jusqu'à la Révolution française. Il conserve ses coutumes, sa langue et une administration spécifique. Ce Languedoc historique correspond à l'ancien comté de Toulouse et incorpore le Vivarais, le Velay, le Gévaudan.

Le Languedoc, une des premières grandes provinces rattachées à la couronne, perd son autonomie, mais influence profondément par sa culture latine une France royale encore marquée par son héritage culturel germanique. La province a toujours été garante de la cohésion du territoire royal, dans les périodes les plus troubles comme la guerre de Cent Ans où elle repousse la domination anglaise en Aquitaine, comme devant les pressions de l'Empire romain germanique sur les rives du Rhône qu'elle contient.

1348 : Épidémie de peste dans tout le midi.
1443 : Création du Parlement de Toulouse ; compétence juridique sur l'étendue des régions actuelles de Midi-Pyrénées, Languedoc, Ardèche, Le Puy-en-Velay.

Époque moderne

XVIe siècle : La Réforme et les guerres de religion
1627-1629 : nouvelle prise d’armes des protestants du Languedoc. La répression est dirigée par le prince de Condé et le duc d’Épernon qui détruisent les récoltes, massacrent les protestants et procèdent à des dragonnades[1].

1666–1688 : Creusement du Canal royal du Languedoc ou canal du Midi, reliant Toulouse à Sète, par Pierre Paul Riquet.

L'expression Midi devait ravir le Roi Soleil pour désigner suivant le méridien de Paris la province du Languedoc où le soleil est au zénith quand il est midi à Paris comme à Versailles.

Au XVIIIe siècle l'intendance du Languedoc couvre deux généralités : Montpellier et Toulouse.

En 1790-1791, lors de la création des départements, l'intendance du Languedoc donne naissance aux départements de l'Ardèche, du Gard, de l'Hérault, de l'Aude, du Tarn, de la Lozère, d'une grande partie de la Haute-Loire et de la Haute-Garonne et d'une petite partie de l'Ariège et des Pyrénées-Orientales (Fenouillèdes).

Citations

« Ce Languedoc était [au XIIe siècle] le vrai mélange des peuples, la vraie Babel. Placé au coude de la grande route de France, d'Espagne et d'Italie, il présentait une singulière fusion de sang ibérien, gallique et romain, sarrasin et gothique. Ces éléments divers y formaient de dures oppositions. Là devait avoir lieu le grand combat des croyances et des races. Quelles croyances? Je dirais volontiers toutes. Ceux mêmes qui les combattirent, n'y surent rien distinguer, et ne trouvèrent d'autre moyen de désigner ces fils de la confusion, que par le nom d'une ville : Albigeois.

L'élément sémitique, juif et arabe, était fort en Languedoc. Narbonne avait été longtemps la capitale des Sarrasins en France. Les Juifs étaient innombrables. Maltraités, mais pourtant soufferts, ils florissaient à Carcassonne, à Montpellier, à Nîmes; leurs rabbins y tenaient des écoles publiques. Ils formaient le lien entre les chrétiens et les mahométans, entre la France et l'Espagne. Les sciences, applicables aux besoins matériels, médecine et mathématiques, étaient l'étude commune aux hommes des trois religions. Montpellier était plus lié avec Salerne et Cordoue qu'avec Rome. Un commerce actif associait tous ces peuples, rapprochés plus que séparés par la mer. [...] Ces nobles du Midi étaient des gens d'esprit qui savaient bien la plupart que penser de leur noblesse. Il n'y en avait guère qui, en remontant un peu, ne rencontrassent dans leur généalogie quelque grand-mère sarrasine ou juive. Nous avons déjà vu qu'Eudes, l'ancien duc d'Aquitaine, l'adversaire de Charles Martel, avait donné sa fille à un émir sarrasin. Dans les romans carolingiens, les chevaliers chrétiens épousent sans scrupule leur belle libératrice, la fille du sultan. »

— Jules Michelet, Histoire de France, Chamerot, 1861, t. 2, p. 335

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Notes et références

  1. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Club France Loisirs, 1980 (ISBN 978-2-7242-0785-9) p 433

Liens externes


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