Dassault Rafale
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Pix.gif Dassault Rafale Silhouette d’un avion militaire.
US Navy 070723-N-0916O-118 A French Rafale M combat aircraft from the French nuclear-powered aircraft carrier Charles De Gaulle lands on the flight deck of the nuclear-powered aircraft carrier USS Enterprise (CVN 65).jpg
Un Rafale M de l'Aviation navale française appontant sur le porte-avions USS Enterprise

Constructeur Drapeau : France Dassault Aviation
Rôle Avion omnirôle
Premier vol 4 juillet 1986
Mise en service 18 mai 2001
Date de retrait Toujours en service
Investissement Au 1er janvier 2008 : 39,6 M€
Coût unitaire 142,3 M€ avec les coûts de développement
Nombre construits Au 18 novembre 2010 : 93/286 (France)
Équipage
1 Pilote (+ 1 Navigateur Officier Système d'Armes sur biplace)
Motorisation
Moteur Deux Snecma M88-2
Type Turboréacteurs avec postcombustion
Poussée unitaire 50 kN (75 kN avec postcombustion)
Dimensions
Rafale 3-vues.jpg
Envergure 10,90 m
Longueur 15,30 m
Hauteur 5,30 m
Surface alaire 45,7 m2
Masses
À vide Rafale C : 9 060 kg
Rafale M : 9 670 kg
Rafale B : 9 800 kg
Carburant Interne : 4 800 kg
Externe : 6 800 kg
Avec armement 23 700 kg
Maximale 24 500 kg
Performances
Vitesse maximale 2 203 km/h (Mach 1,8)
Plafond 16 800 m
Vitesse ascensionnelle 18 000 m/min
Rayon d’action Haute altitude : 1 850 km
Basse altitude : 1 090 km
Facteur de charge +9 g / -3,6 g
Armement
Interne 1 canon Nexter DEFA 30M 791B (30 mm)
Externe 9 500 kg de différents types de missiles ou de bombes
Avionique
Voir la section concernée

Le Dassault Rafale est un avion militaire français omnirôle développé et produit par l'avionneur français Dassault Aviation. Appartenant à la génération dite « 4++ » des avions de chasse, il est le résultat d'un programme, lancé au milieu des années 1980, d'uniformisation des forces armées françaises qui vise à remplacer, à l'horizon 2025-2030, les sept types d'aéronefs en service jusqu'alors dans l'Armée de l'air et la Marine nationale. Le Rafale doit ainsi remplir toutes les missions anciennement dévolues à ces appareils, dont la possibilité d'effectuer une frappe nucléaire.

Le Rafale est un avion de chasse à aile delta avec un empennage canard rapproché, propulsé par deux Snecma M88-2, des turboréacteurs à postcombustion. Il est décliné en trois versions : le Rafale M, avion monoplace pour les opérations menées à partir d'un porte-avions, et le Rafale C et Rafale B, avions respectivement monoplace et biplace, pour les opérations réalisées à partir d'une base terrestre. Le Rafale est capable d'atteindre une vitesse maximale de 2 203 km/h (Mach 1,8), et sa capacité d'emport maximale est de 9 500 kg. Sa particularité est de pouvoir effectuer simultanément plusieurs missions aux profils très variés, d'où le terme d'avion « omnirôle ».

Mis en service le 18 mai 2001, 93 exemplaires de Rafale équipent, au 18 novembre 2010, les forces armées françaises sur les 286 commandés par le gouvernement français. Son coût unitaire est de 142,3 millions d'euros ; le programme Rafale est quant à lui estimé, au 1er janvier 2008, à 39,6 milliards d'euros. Proposé à l'exportation vers plusieurs pays (Émirats arabes unis, Brésil, etc.), le Rafale n'a pas encore enregistré de commande ferme si bien qu'il équipe à ce jour uniquement la France.

Sommaire

Contexte

Une coopération européenne ? (1977-1979)

McDonnell Douglas F-15C Eagle de l'Armée américaine.

Au milieu des années 1970, l'Armée de l'air et, dans une moindre mesure, la Marine nationale, dont les flottes paraissent dépassées en comparaison des nouveaux chasseurs américain (F-15 et F-16) et soviétique (MiG-29 et Su-27), expriment l'intention d'acquérir une nouvelle génération d'avion de combat polyvalent[1],[2]. En décembre 1977, l'Armée de l'air demande à la Direction des constructions aéronautiques du ministère de la Défense français de conduire une réflexion sur un « Avion de Combat Tactique » (ACT)[3]. Le ministère n'exclut pas à cette date une éventuelle construction en coopération avec d'autres pays européens, les budgets défense se faisant plus maigres et l'intégration de technologies récentes de plus en plus coûteuses[4].

Des discussions tripartites entre la France, la RFA et le Royaume-Uni s'engagent alors pour s'entendre sur des besoins communs, sur un calendrier et sur la configuration technique d'un éventuel avion de combat européen[4] ; la France opte à cette date pour un chasseur-bombardier tandis qu'un intercepteur destiné à succéder aux McDonnell Douglas F-4 a la préférence de la RFA et du Royaume-Uni. L'industriel français Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation (AMD-BA, aujourd'hui Dassault Aviation) obtient un premier marché d'étude le 30 octobre 1978 pour l'étude d'un appareil de défense aérienne et d'attaque destiné à l'Armée de l'air française, puis un second le 22 décembre 1978, pour un appareil destiné à la Marine nationale française, l'« Avion de Combat Marine » (ACM).

Alors que les études françaises se poursuivent, les entreprises française AMD-BA, anglaise British Aerospace et allemande Messerschmitt-Bölkow-Blohm (MBB) évoquent dans un rapport commun la possibilité de combiner les exigences des trois pays pour la réalisation d'un unique chasseur européen (European Combat Fighter)[5]. En octobre 1979, au terme d'un colloque tenu à Bruxelles, les aviations militaires et les industriels européens s'entendent sur un biréacteur multirôle à aile delta, équipé de plans canard et de commandes électriques, d'une vitesse de Mach 2, d'un plafond de 15 000 mètres et devant être disponible en 1992.

Un démonstrateur pour chaque pays (1980-1983)

En 1980, des divergences se font déjà jour sur la masse de l'appareil, sa motorisation et, dans une moindre mesure, son avionique ; l'appareil devra être de 8,5 tonnes propulsé par deux Snecma M88 pour la France, de 9 tonnes propulsé par deux General Electric F404 pour la RFA et de 12,5 tonnes propulsé par deux Turbo-Union RB199 pour le Royaume-Uni, de manière à compenser son éloignement du champ de bataille continental. Jusqu'ici, seul le ministère de la Défense allemand émet une réserve quant à la possibilité de réaliser un chasseur commun, expliquant que « les différences dans les exigences opérationnelles rendent économiquement infaisable la production d'un avion commun »[5].

Charles Hernu, à droite, ministre de la Défense en France de 1981 à 1985.

Trois maquettes 1/1 statiques, un pour chaque pays, sont présentées au public au début des années 1980 :

  • l’« Avion de Combat Tactique 92 » (ACT 92) de AMD-BA, l'un à aile haute et double dérive, l'autre à aile basse en double flèche et plans canard (au design proche du Mirage 4000) au 13e salon IFA de Hanovre de 1980 ;
  • le « Taktisches Kampf Flugzeug-90 » (TFK-90) de MBB, avion d'interception à aile delta, double dérive, plans canard et entrées d'air ventrales au 13e salon IFA de Hanovre de 1980 ;
  • l’« Agile Combat Aircraft » (ACA) de Panavia (consortium entre British Aerospace, MBB et Aeritalia), dérivé des études P.106 et P.110 (au design proche du F-15), à aile delta, double dérive, plans canard et entrées d'air ventrales au salon de Farnborough de 1982[6].

En septembre 1982, lors du salon aéronautique de Farnborough, le ministère de la Défense britannique annonce qu'il financerait à hauteur de 70 millions de livres la construction d'un démonstrateur Experimental Aircraft Program (EAP) basé sur l'ACA et invite les autres partenaires européens à se joindre à lui[6]. Le 12 décembre 1982, le ministre de la défense français Charles Hernu annonce à l'Assemblée nationale française que « la France construira seule si nécessaire l'ACX » (« Avion de Combat eXpérimental », ex-ACT 92), dont les études sont lancées, et fait la même proposition aux industriels européens. En fait, chacun cherche à rallier la RFA à son propre programme à la faveur des liens tissés avec MBB.

La mésentente cordiale (1983-1985)

L'année 1983 voit les lancements officiels de l'ACX français (le 13 avril)[7] et de l'EAP germano-britannique (en mai), ce dernier ayant intégré les études du TFK-90 allemand. Le cahier des charges des deux prototypes répond aux spécifications de 1979 avec une utilisation intensive de matériaux composites tels les fibres de carbone, le titane, plus, pour l'ACX, de fibres d'aramide (Kevlar) et d'alliage aluminium-lithium. L'ACX possède, en outre, l'expérience de AMD-BA en matière de commandes de vol électriques « pleine autorité » qu'il est le premier à développer en Europe de 1975 (Mirage 2000) à 1986, date du vol d'essai de l'ACX.

Un F-8 Crusader de la Marine nationale française.

Néanmoins, la coopération – « de façade », pronostiquent certains – est toujours de mise avec la signature de deux protocoles d'accord, le premier le 16 décembre 1983 (Outline European Staff Target, OEST)[4],[8], le deuxième en octobre 1984 (European Staff Target for a European Fighter Aircraft, EST-EFA)[4],[8] où l'on discerne que l'unanimité est battue en brèche par les exigences inconciliables de ce « club des cinq » (France, RFA et Royaume-Uni, rejoints par l'Italie et l'Espagne). Les Britanniques veulent un appareil à prédominance air-air pouvant atteindre le rideau de fer à partir de ses bases les plus à l'ouest ; en conséquence, cet appareil serait trop gros pour être utilisé sur porte-avions. À l'inverse, les Français veulent en priorité un appareil capable d'effectuer des opérations air-sol et air-surface, tous les jours et dans des conditions météorologiques défavorables ; il devra par ailleurs remplir toutes les missions anciennement dévolues aux Jaguar, F-8P Crusader, Mirage F1C/R/T, Mirage 2000/N, Étendard IVPM et Super-Étendard des forces armées françaises[1].

Pour surmonter les dissensions, et alors que AMD-BA plaide pour un maître d'œuvre unique (lui en l'occurrence), la partie britannique accepte de lui abandonner la conception de la cellule à condition que Turbo-Union obtienne celle du moteur. Ceci obligerait la Snecma a passer par perte et profits les investissements déjà consentis depuis septembre 1983 pour développer un nouveau réacteur, le M88[Note 1], et il est exclu pour la France de confiner Snecma aux moteurs civils (tels le CFM56) ou d'envisager deux motorisations pour le futur avion de chasse. Les Français font cependant des concessions sur le cahier des charges en acceptant notamment que la masse à vide soit portée de 7,5 tonnes à 9,5 tonnes[1].

Dans la nuit du 1er au 2 août 1985 se déroule la négociation finale[7]. La délégation française est menée par le délégué général pour l'armement, Émile Blanc, qui rendra compte au ministre et lui conseillera de refuser de poursuivre avec les trois autres pays. En août 1985, le ministre de la Défense français Charles Hernu annonce au sommet de Turin le retrait de la France du programme EST-EFA[7], ce qui conduira par la suite au lancement de deux programmes distincts : l'Eurofighter et le Rafale[8]. Le président français François Mitterrand tentera de relancer une coopération au niveau des équipements, sans succès[9].

Développement

Le démonstrateur Rafale A

Le démonstrateur Rafale A.

Le démonstrateur de l'ACX, dénommé « Rafale A » en référence à l'Ouragan, le premier avion à réaction construit par Dassault[Note 2], est construit en moins d'un an et demi ; il est présenté le 13 décembre 1985 à Saint-Cloud en présence de Marcel Dassault. Le Rafale A effectue ensuite son premier vol le 4 juillet 1986 piloté par Guy Mitaux-Maurouard au centre d'essais de la DGA sur la base aérienne 125 à Istres.

Le Rafale A est équipé d'une aile en double delta semi-basse, d'une dérive haute, d'entrées d'air semi-ventrales sans les « souris » des Dassault Mirage III, 2000 et 4000, de plans canard placés en arrière du cockpit pour une meilleure visibilité du pilote et de commandes de vol électriques[1]. Cette combinaison de plans canard actifs, qui font office de gouverne de profondeur, et de l'aile permet à la fois un rapport portance/traînée et une incidence élevés. Le démonstrateur est initialement motorisé par deux turboréacteurs General Electric F404, au lieu de Snecma M88, pour réduire les risques qui viennent souvent avec un premier vol, et parce que le M88 n'est pas encore considéré comme suffisamment mature[10],[1].

Quand la Marine nationale française préfèrait le F/A-18 (1987)

En février 1987, le président François Mitterrand annonce le lancement d'un avion opérationnel dérivé du Rafale A, puis en juin, au salon du Bourget, précise qu'il équipera l'Armée de l'air et la Marine nationale françaises. Cette dernière ne veut apparemment pas du Rafale qui arrivera trop tard pour remplacer ses F-8 Crusader[Note 3],[11] et étudie la transformation, qui se serait révélée peu fiable, de quelques Super-Étendard d'attaque datant de dix ans en avions d'interception. En dépit de 7 appontages simulés du Rafale A sur le Clemenceau le 30 avril 1987, de 85 autres sur le Foch du 4 au 8 juillet 1988, de 124 appontages simulés sur la BA 125 à Istres et 160 sur la BAN Nîmes-Garons[Note 4], sa préférence va cependant à la location ou l'achat « sur étagère » d'une trentaine de F/A 18 Hornet d'occasion qui ont fait leurs preuves sur les porte-avions américains[Note 5].

En 1988, à la suite d'un rapport de l'Assemblée nationale française, des critiques de la presse sur « le gouffre à milliards » ou le « Mirage du Rafale » puis de la sortie du Premier ministre Michel Rocard du « sinistre industriel »[Note 6], les industriels sont enjoints de participer à hauteur de 25 % aux frais de développement, soit 40 milliards de francs, qu'ils devraient récupérer à moyen terme à l'export. Une décision de retrait de la Marine nationale du programme, qu'elle finance à hauteur de 20 %, aurait vraisemblablement été catastrophique pour les industriels du GIE Avion de Combat Européen (ACE) et la R&D française, comme le précise un nouveau rapport de l'assemblée nationale : la Marine a essayé « à tout prix [de] disposer d'un avion spécifique et surtout différent de celui de l'armée de l'air. Ces errements passés avaient été poussés jusqu'à l'absurde à la fin des années 1980, avec la proposition d'achat des F-18 pour le porte-avions au risque d'affaiblir l'outil de souveraineté, la cohérence du dispositif aérien et l'industrie aéronautique française »[12]. Après que Marcel Dassault se fut fâché, il a été décidé une prolongation de 17 Crusader pour 800 millions de francs et la transformation de 71 Super-Étendard en version modernisée (SEM) pour un montant inconnu.

Aujourd'hui, la Marine semble satisfaite du Rafale et constate que ses appareils n'ont aucun mal à rivaliser avec les F/A-18E Super Hornet entrés en service en 1999 lors des exercices avec l'US Navy[13].

Le Rafale A néanmoins retenu

Logo du programme Rafale.

Le 26 janvier 1988, le lancement du programme Rafale est officiellement annoncé par un comité interministériel tandis que le contrat de développement est signé le 21 avril 1988. À cette date, AMD-BA, Snecma, Thomson-CSF et Dassault Electronique passent en phase de réalisation des matériels de pré-série. Le démonstrateur Rafale A, après avoir passé Mach 2 sur General Electric F404 au cours de son 93e vol (le 4 mars 1987), simulé des appontages sur le Clemenceau (le 30 avril 1987) à vitesse minimale, effectué un 460e vol avec un réacteur F404 à droite et un Snecma M88 à gauche[14] (27 février 1990) est retiré des essais après 867 vols (le 24 janvier 1994).

Les prototypes en phase de test

Rafale C01 et B01

Pour répondre aux différentes missions qui lui seront confiées – défense et supériorité aérienne, reconnaissance, appui-feu rapproché, attaque de précision et d'interdiction au moyen d'armes conventionnelles, frappe nucléaire –, le Rafale destiné à l'Armée de l'air est décliné en deux versions, le Rafale C (pour « chasseur ») et Rafale B (pour « biplace »), avions respectivement monoplace et biplace. Un prototype du Rafale C, dénommé C01, est commandé le 21 avril 1988 et réalise son premier vol le 19 mai 1991[15],[16], inaugurant ainsi le début d'un programme de test qui vise essentiellement à élargir le domaine de vol du Rafale et tester les turboréacteurs Snecma M88, puis, par la suite, l'interface homme/machine et les armes. Un second prototype, le Rafale C02, est également prévu avant d'être annulé à l'automne 1991 en raison de contraintes budgétaires[17].

Le Rafale C01, prototype destiné à l'armée de l'air française, reconnaissable à l'absence de perche de ravitaillement.

Le Rafale C01, qui arbore une livrée noire suggérant la furtivité, est significativement différent du démonstrateur Rafale A. La compacité du moteur M88 par rapport au F404 permet tout d'abord d'alléger le prototype d'une tonne (8,5 contre 9,5 tonnes pour le Rafale A) en réduisant sa longueur d'un mètre, son envergure de 1,15 mètre et sa surface alaire de 2 m2. Au niveau de l'aérodynamisme, la voilure est elle-même simplifiée, revenant à une aile delta simple prolongée par un apex vers les entrées d'air. L'empennage est raccourci et sa jonction avec le fuselage est revue, déplaçant l'entrée d'air auxiliaire du pied de l'empennage vers la canopée.

En vue de l'intégration du système de guerre électronique SPECTRA, le Rafale C01 est muni, à la façon des Mirage 2000, d'un ballonnet tandis que les plans canard sont modifiés et peuvent servir d'aérofreins. La pointe avant est plus large, afin d'y loger le radar RBE2, mais surtout inclinée vers le bas pour faciliter la visibilité lors des appontages. Enfin, des efforts ont été faits pour réduire la surface équivalente radar, grâce notamment à l'utilisation étendue de matériaux absorbants les ondes radar.

Le Rafale B01, d'une livrée camouflage, dont le premier vol se déroule le 30 avril 1993[15],[16], est quasiment identique au C01. Hormis le fait qu'il s'agit d'un biplace, le B01 est plus lourd de 700 kg et sa capacité en carburant est réduite de 500 litres. L'entrée d'air du circuit de refroidissement est modifiée pour loger le deuxième poste de pilotage, identique au premier et interchangeable, indispensable aux complexes missions de pénétration.

Rafale M01 et M02

Catapultage d'un Rafale depuis le porte-avions USS Theodore Roosevelt.

La Marine nationale dispose d'une version spécifique du Rafale, dénommée Rafale M (pour « Marine »), en raison de la particularité des opérations menées à partir d'un porte-avions. Deux prototypes de cette version, les Rafale M01 et M02, sont commandés le 6 décembre 1988 et effectuent leur premier vol respectivement le 12 décembre 1991[15],[16] et le 8 novembre 1993[15],[16]. D'une livrée grise, ils sont également quasi identiques au Rafale C01. Ainsi, ils en conservent l'aile fixe, contrairement aux traditions de l'aviation navale française qui met alors en service des aéronefs aux extrémités d'aile repliables.

Les trains d'atterrissage principaux Messier-Dowty sont renforcés pour absorber une énergie verticale d'appontage correspondant à une vitesse de 6,5 mètres par seconde (soit 23,4 km/h)[18]. Pour l'envol à partir d'un porte-avions, le choix d'une barre de catapultage à la place des élingues accrochées au fuselage oblige à renforcer également le caisson du train avant (en titane et acier haute résistance), plus sollicité. L'amortisseur est doté d'un dispositif « jump strut » qui permet d'emmagasiner de l'énergie lors du catapultage et de la restituer en bout de pont d'envol[18]. Cette technologie sera conservée sur les Rafale de série.

La technologie du train d'atterrissage avant – à laquelle s'ajoutent des astuces comme la rotation à 360° des roues à l'arrêt ou de ±75° lors de la rentrée – et son encombrement obligent à réduire les points d'emport d'armement de 14 à 13 par rapport au C01. Les Rafale M01 et M02 sont, en outre, dotés d'une crosse d'appontage plus lourde que celle utilisée pour les atterrissages d'urgence du Rafale C01, d'une échelle télescopique repliable dans le fuselage, de deux batteries au lieu d'une et, en bout de dérive, du système inertiel infrarouge (hybridé GPS) d'alignement à la mer TELEMIR de Sagem Défense Sécurité.

Coûts du Rafale

Le coût global du programme Rafale (études, production, soutien, etc.), initialement évalué à 33,274 milliards d'euros pour 294 avions en 2005[19], est revu à la hausse en 2008 à 39,6 milliards d'euros[20], puis en 2010 à 40,690 milliards d'euros[réf. nécessaire] pour 286 avions, en incluant les améliorations nécessaires pour s'adapter à l'évolution de la demande. Le coût moyen de fabrication d'un Rafale (toutes versions confondues) est de 101,1 millions d'euros par appareil en 2011 soit une hausse de 4,70 % par rapport au coût de fabrication initial, l'une des plus faibles hausses des programmes d'armements[21].

Le coût prévisionnel par appareil en incluant les coûts de développement est de 142,3 millions d'euros en 2010[22]. Pour comparaison, celui de son concurrent historique, l'Eurofighter Typhoon, est estimé par la Cour des comptes britannique (NAO) à 272 millions d'euros (près de 75 % de hausse par rapport au coût initial) soit près du double du prix du Rafale[23],[24]. Pour la Cour des comptes, le coût de soutien du Rafale est, en décembre 2004, de 35 000 euros l'heure de vol et devrait, selon le ministère de la Défense, diminuer à 10 000 euros l'heure de vol pour les Rafale C et B, et à 7 000 euros pour le Rafale M en 2012[25].

Spécifications techniques

Aérodynamique

Comme le Mirage 2000 et la plupart des avions de combat des années 2000, la voilure du Rafale est conçue pour être aérodynamiquement instable en tangage à vitesse subsonique ; cela signifie qu'une augmentation de l'incidence provoque l'apparition d'un couple braqueur qui tend lui-même à augmenter la variation d'incidence[26]. Cette caractéristique procure une grande maniabilité à l'aéronef. L'inconvénient est qu'un aéronef instable ne peut être maintenu dans une attitude stable qu'en appliquant des consignes rapides et précises sur les commandes de vol. Cela ne peut être accompli avec un contrôle manuel direct et par un pilote seul. Le Rafale dispose pour cela d'un système de commandes de vol électriques en fibre optique (CDVO ou fly-by-light) à plusieurs niveaux de redondance (trois chaînes numériques pouvant être secourues par une chaîne analogique, le tout alimenté par différentes sources électriques[27]) permettant une parfaite manœuvrabilité.

Ailes

Décollage d'un Rafale depuis le porte-avions USS Harry S. Truman.

Le Rafale est doté d'une aile delta à flèche modérée (48° contre 58° pour le Mirage 2000 et 53° pour Eurofighter) et grand allongement, d'où une grande finesse d'aile. L'aile delta offre, de part la combinaison entre une surface d'aile relativement grande et une charge alaire relativement faible, un bon compromis entre portance et traînée ; cette configuration permet en outre une grande maniabilité, notamment à vitesse transsonique (environ Mach 0,8 à 1), et une grande efficacité à vitesse supersonique (jusqu'à Mach 2). Montée en position moyenne sur le fuselage, la voilure est prolongée par des apex à 72° dénommés LERX (Leading Edge Root eXtension). La flèche modérée ayant permis d'améliorer les performances à basse vitesse mais ayant à l'inverse diminué l'incidence de décrochage, les apex permettent d'accroître la portance à forte incidence.

Pour le contrôle du vol, huit commandes sont installés sur les ailes. Sur le bord de fuite des deux ailes sont placés deux grands élevons, conjuguant l'action d'une gouverne de tangage (volet de profondeur) à celle de roulis. Sur le bord d'attaque sont également installées deux becs amovibles, qui permettent essentiellement d'augmenter la portance. Comparé au Rafale A, qui disposait de trois élevons et trois becs sur chaque aile, cette configuration simplifiée permet de gagner en poids et en simplicité, donc en coût et en maintenance. Contrairement aux traditions de l'aviation navale française qui met alors en service des aéronefs aux extrémités d'aile repliables, celles du Rafale, toutes versions confondues, demeurent fixes.

Plans canard

Un Rafale effectuant un « touch and go » sur le pont d'envol de l'USS John C. Stennis.

Les deux apex du Rafale sont chacun prolongés par une partie mobile dénommée plan canard, placée en position rapprochée et surélevée par rapport à l'aile. Des plans canard fixes avaient déjà été utilisés par Dassault sur le Mirage 4000. Ce dispositif permet d'adapter le flux incident sur l'aile et de diminuer voire retarder la formation de vortex en bout d'aile (tourbillon marginal), source importante de traînée[28],[29]. Conjugué aux élevons de l'aile, les plans canard augmentent la vitesse angulaire de tangage, donc la maniabilité de l'aéronef.

Mobiles, les plans canard peuvent être placés en position rapprochée des ailes, ce qui offre au pilote, en particulier dans la version à deux sièges, une meilleur visibilité pour les missions air-sol[29]. Ils peuvent également, outre servir d'aérofreins, générer un moment cabreur : à l'atterrissage, au lieu d'être braqués vers le haut, les élevons sont légèrement braqués vers le bas, ce qui permet d'abaisser la vitesse minimale d'approche lors d'un appontage. La portance est cependant plus faible que celle de volets d'atterrissage à simple ou double fente montés sur les avions conventionnels. Le Rafale peut ainsi effectuer un décollage en moins de 400 mètres tandis que sa vitesse d'approche minimale est de 115 nœuds (213 km/h), inférieure à celle des Super-Étendard et F-8 Crusader. Les freins carbone très puissants permettent par ailleurs des distances d'atterrissage très courtes (450 m) sans utilisation de parachute de queue.

Prises d'air

Les deux entrées d'air destinées à alimenter le moteur sont positionnées latéralement sous les apex et non en position ventrale comme sur le General Dynamics F-16 Fighting Falcon ou l'Eurofighter Typhoon. Cette disposition est considérée par Dassault comme le gage d'une meilleure stabilité structurelle du train d'atterrissage avant. Par ailleurs, deux entrées d'air permettent une indépendance totale des deux moteurs, ce qui signifie plus de sécurité[29] ; le risque d'aspirer des corps étrangers et de provoquer une avarie moteur est ainsi diminué. Les entrées d'air du Rafale ne sont pas réglables ; cela simplifie la conception, réduit le poids et les exigences en termes d'entretien, au détriment cependant d'un flux d'air optimal pour les moteurs et donc une perte de puissance par suralimentation.

Cockpit

Confort de pilotage

L'accès au cockpit du Rafale se fait grâce à une échelle extérieure.

Le cockpit du Rafale est équipé d'un siège éjectable Martin-Baker Mk F16F zéro/zéro – ce qui signifie qu'il peut être utilisé à l'arrêt à une hauteur de zéro mètre au-dessus du sol – à haute vélocité, doté d'un parachute GQ Type 5000. Il est fabriqué en France par SEM-MB, une coentreprise à 50 % entre Safran et Martin-Baker[30]. De 32° sur le prototype Rafale A, l'inclinaison du siège est de 29° sur le Rafale de série afin de donner au pilote, même le plus petit, un accès aux instruments et une vision optimale ; une telle inclinaison permet également de réduire la distance verticale entre le cœur et le cerveau du pilote, ce qui facilite la tenue des fortes accélération[30]. Avec un angle d'attaque maximal d'environ 30°, le pilote bénéficie donc d'une inclinaison de 59° et ne ressent ainsi que g, voire 7 g grâce à sa combinaison anti-G.

La poignée des gaz à 24 interrupteurs et commutateurs (à gauche) et le manche à 13 interrupteurs et commutateurs (à droite) disposent chacun d'un reposoir pour les avant-bras. De type 3M, pour Main sur Manche et Manette (HOTAS pour Hands On Throttle And Stick en anglais), ils permettent au pilote de ne jamais relâcher les commandes pour dialoguer avec le Système de navigation et d'attaque (SNA).

Enfin, un générateur d'oxygène embarqué (On-Board Oxygen Generation System, OBOGS) fabriqué par Air liquide sert à augmenter la teneur en oxygène de l'air prélevé au niveau d'un compresseur du moteur afin qu'il soit fourni directement aux pilotes. Avec l'OBOGS, la production d'oxygène est quasiment infinie et facilite la logistique : pas de production au sol, ni de chargement et d'installation des bouteilles à bord.

Interface homme-machine

L'afficheur tête haute du Rafale apparaît ici en vert.

La visualisation tête haute holographique de type « Head-Up Display » (HUD) d'un champ de vision de 30 × 22° est l'outil de pilotage à court terme du décollage à l'atterrissage en passant par toutes les phases intermédiaires (y compris le combat). Il affiche des informations sur la vitesse, l'altitude, l'assiette, le cap, l'horizon artificiel, l'angle d'attaque, le temps de vol effectué, les alarmes provenant d'un capteur infrarouge, le temps de vol à parcourir des MICA, la décélération, etc. Le viseur de casque (Head-mounted display) Sextant Avionique-Intertechnique TopSight E, léger (1,45 kg), procure à l'œil droit du pilote un angle de vue de 20°, ainsi que des visualisations graphiques générées par la cible et l'instrumentation de l'appareil. Il pourra à terme remplacer complètement la visualisation tête haute à l'instar du F-35 Lightning II.

La visualisation tête moyenne présente la situation tactique sur un écran LCD couleur de 25,4 × 25,4 cm (10 pouces) placé juste en dessous et à proximité de la visualisation tête haute, d'une résolution de 1 000 × 1 000 et d'un champ de 20 × 20°. Comme cette dernière, la visualisation tête moyenne est colimatée « à l'infini » pour l'accommodation de l'œil du pilote. L'écran affiche une synthèse des différents capteurs (en particulier l'enveloppe de tir du SCALP-EG et des MICA, superposée à une cartographie synthétique). La visualisation tête moyenne comprend également deux écrans LCD couleur, tactiles et interchangeables de 15 × 15 cm, placés à gauche (plutôt dédié à la navigation) et à droite (plutôt dédié à l'armement) de l'écran principal.

Matériaux et furtivité

Matériaux utilisés dans la construction du Rafale.

La surface mouillée du Rafale est composée d'environ 75 % de matériaux composites, ce qui représente près de 30 % de la masse totale de l'aéronef[31] ; en comparaison au Mirage 2000, le Rafale utilise 7 % de matériaux composites en plus. En prenant en compte tous les matériaux non conventionnels, le proportion monte à 50 % pour le Rafale de série contre seulement 30 % pour le prototype Rafale A. Pour les pièces soumises potentiellement à des chocs telles que les becs de bord d'attaque et les plans canard, du titane est utilisé. Les becs sont d'ailleurs conçus par formage superplastique et soudage par diffusion[32]. Les ailes, les élevons, le gouvernail et environ 50 % de l'enveloppe extérieure sont réalisés en fibre de carbone, tandis que de la plus grande partie du fuselage est fabriquée à partir d'un alliage aluminium-lithium ; certaines parties du fuselage utilisent également des composites thermoplastiques[33]. Enfin, le nez, où se situe le radar, est en kevlar. Au final, le gain de poids réalisé grâce à l'utilisation de ces matériaux est estimé à 300 kg[34].

Le Rafale est un avion semi-furtif, la configuration à aile delta et plans canard n'étant pas la configuration optimale en termes de furtivité puisque les points d'emport des armes sont uniquement placés à l'extérieur. Pour autant, des mesures ont été prises pour diminuer la signature radar du Rafale – l'utilisation étendue de matériaux composites constitue la première de ces mesures[35] – et pour réduire la surface équivalente radar (SER)[27]. Les entrées d'air ont par ailleurs été placées de telle sorte qu'il soit impossible d'avoir une vue directe sur les moteurs, principale source d'émission radar. Outre les matériaux composites, des matériaux absorbant les ondes radar ont également été utilisés ; la verrière est ainsi recouverte d'une fine couche d'or. Des mesures, non dévoilées par Snecma, ont enfin été prises pour réduire la signature infrarouge des moteurs[36].

Avionique et capteurs

L'un des atouts majeurs du Rafale réside dans sa capacité à fusionner les informations de ses différents capteurs en fournissant au pilote une situation tactique unique, facilement interprétable ; cette fonction est dénommée FSST pour « Fonction Synthèse de la Situation Tactique ».

Radar RBE2

Conçu par Thales-Dassault Électronique, le Rafale est équipé d'un radar RBE2 (radar à balayage électronique deux plans) de 270 kg à antenne électronique passive (Passive Electronicaly Scanned Array ou PESA) ce qui lui permet de ne plus être limité par la vitesse du balayage mécanique[Note 7]. En déphasant les signaux émis, il permet de suivre jusqu'à 40 pistes très éloignées les unes des autres (dont 8 avec poursuite renforcée à 100 km de distance)[37] avec identification Friend or Foe (IFF) automatique et de basculer presque simultanément du mode air-sol au mode air-air[37].

Le handicap du RBE2 PESA réside dans sa portée jugée un peu courte pour les pays ne disposant pas d'avions de type AWACS[37]. En 2004, et malgré la dotation française en AWACS (E-2 Hawkeye pour la Marine Nationale et de l'E-3 Sentry pour l'armée de l'Air), la DGA et passe commande auprès de Thales d'un radar RBE2-AA de cinquième génération possédant une antenne dite active (Active Electronicaly Scanned Array ou AESA). Le premier Radar RBE2 AESA est sorti de chaîne en août 2010. Soixante ont été commandés par la DGA pour équiper tous les Rafale de la tranche 4 commandés pour l'armée de l'air et la marine et livrables à partir de 2013[38]. Le RBE2 AA permettra de continuer à poursuivre et à engager des cibles aériennes sortant du champ exploré par le radar. Il permet également le vol automatique de suivi de terrain et présente au pilote une cartographie haute résolution pour identification, recalage ou désignation d'une cible terrestre[39].

OSF

Le RBE2 est placé dans le nez tandis que l'OSF est visible à l'avant, à côté de la perche de ravitaillement en vol.

Développé par Thomson-CSF et Sagem-SAT, l'optronique secteur frontal (OSF) est un système visuel passif – il n'émet donc aucun signal, ce qui lui permet de rester indétectable – composé d'une voie infrarouge bi-bande (3-5 µm et 8-12 µm) tous temps, capable de poursuivre les cibles à plus de 100 km, et d'une voie télévision Thales capable d'identifier une cible, d'en détecter l'armement, etc. à plus de 50 km. Le capteur TV est couplé à un télémètre laser de faible portée et peu discret[40]. Son faible encombrement (80 litres) lui permet d'être implanté au pied de la verrière du cockpit, proche du radar[40].

Ce système présente le grand avantage de permettre une identification visuelle à 50 kilomètres, donc le tir d'un missile MICA à 50 kilomètres en respectant les règles d'engagement strictes qui s'appliquent dans les guerres modernes, alors que la plupart des autres avions imposent à leur pilote de s'approcher pour identifier à vue, ce qui impose de ne tirer les missiles qu'à quelques kilomètres au risque d'être eux-mêmes pris pour cible. En revanche, l'OSF ne fonctionne que dans le secteur frontal du Rafale.

Nacelle de reconnaissance

La nacelle de reconnaissance Thales tous temps AREOS Reco NG mesure 4,6 m et pèse 1 100 kg. Elle intègre deux capteurs : un senseur bispectral infrarouge et proche infrarouge pour la haute/moyenne altitude (HA/MA), qui permet de photographier des objectifs jusqu'à 60 nautiques, soit deux à trois fois plus loin que la nacelle PRESTO[41] des Mirage F1 CR, et un senseur infrarouge pour la très basse altitude (TBA) destiné à la photographie d'horizon à horizon à seulement 60 mètres du sol et à haute vitesse.

La nacelle connaît en permanence sa position grâce aux informations transmises par le système de navigation et d’attaque (SNA) de l’avion et par sa propre centrale d'attitude interne. Ceci permet de pointer automatiquement le senseur HA/MA pour couvrir les objectifs définis en préparation de mission, en prenant en compte le relief grâce à un modèle numérique de terrain. Les images sont transmises en vol en temps réel ou en temps différé vers une station d'aide à l'interprétation des images (SAIM). Cette station peut être déployée soit dans une cabine aménagée mobile, soit sur le porte-avions Charles-de-Gaulle.

Au 15 février 2011, douze nacelles AREOS Reco NG ont été commandées par l’armée de l’Air et huit par la Marine nationale[42].

SPECTRA

Les éléments constituant le capteur SPECTRA.

Le capteur de guerre électronique Thales-MBDA SPECTRA (Système de Protection et d'Évitement des Conduites de Tir pour RAfale) de 250 kg est le système d'autoprotection du Rafale. Le Rafale possède trois détecteurs radar de 120° (deux antennes devant les plans-canard, une antenne en haut de dérive), trois détecteurs d'alerte laser (DAL) de 120° (deux antennes sur le fuselage en bas du pare-brise, une antenne logée dans un barillet sur la dérive) et deux détecteurs de départ missile (DDM) infrarouge (deux antennes logées dans un barillet sur la dérive).

Complètement intégré dans la cellule et passif, il assure une veille dans tous les spectres sur 360° en détectant une source avec une précision de moins de 1° (suffisante pour les attaquer ou les brouiller individuellement), en l'identifiant par comparaison des signaux à une banque de données, en hiérarchisant et en localisant les menaces en mode interférométrique, en les fusionnant avec les pistes détectées par d'autres capteurs (radar, OSF), en les présentant au pilote et en lui proposant des contre-mesures. Le Rafale possède 3 brouilleurs (2 antennes à balayage électronique actives situés devant les entrées d'air et un à la base de la dérive), 4 lance-leurres modulaires à éjection vers le haut (placés à la jonction de l'aile et du fuselage) et 2 lance paillettes Spirale (qui coupent des paillettes à la demande en fonction de la longueur d'onde des radars à leurrer en bord de fuite de l'aile).

Communication

Si elle n'est pas à proprement parler un capteur, la liaison de donnée tactique OTAN L16 utilise un terminal MIDS-LVT (Multi-function Information Distribution System-Low Volume Terminal) de 29 kg qui permet au Rafale d'échanger, sans l'utilisation de la voix, des données tactiques complexes entre unités militaires aériennes, terrestres et maritimes dans le cadre d'une Network Centric Warfare (« guerre en réseau infocentrée »), le tout à 100 kbits/s.

Le Rafale est doté d'une fusion de données complètement intégrée au système d'arme. Elle fusionne les informations L16 (pistes des équipiers, messages PPLI (Precise Participant Location and Identification), pistes de surveillance provenant d'un centre de commandement et de contrôle) aux pistes des capteurs internes (RBE2, OSF IR ou TV, SPECTRA). Le Rafale est donc interopérable avec toutes les plateformes Liaison 16 et peut s'insérer dans n'importe quel théâtre d'opération interallié OTAN.

Moteurs

Tuyère d'échappement des deux M88-2 du Rafale.

Snecma débute les essais du réacteur M88-2 en janvier 1984, soit 8 mois à peine après la livraison à l'Armée de l'air du 1er Mirage 2000, équipé du réacteur M53. La qualification du M88-2 est obtenue le 30 septembre 1992 après 500 heures de vol.

Le M88-2, moteur modulaire entièrement nouveau à double corps et double flux, d'une longueur de 3,53 mètres, d'un diamètre de 69,3 cm et d'une masse de 897 kg, est développé spécialement pour le Rafale. Compact[Note 8], il délivre 50 kN de poussée à sec et 75 kN avec postcombustion, offre un rapport poussée/masse élevé et de fortes accélérations. Le M88-2 doit s'adapter au vol à basse altitude à faible consommation spécifique (et possède donc un fort taux de compression de 24,5 et des composants au rendement élevé) comme au vol à haute altitude à forte poussée spécifique (et possède donc un faible taux de dilution de 0,3). À cet effet, les innovations les plus récentes du secteur, telles que des disques de compresseur aubagés monoblocs (DAM), une chambre de combustion annulaire non polluante et des aubes et distributeurs de turbines haute pression monocristallins, sont employées.

Le moteur est régulé automatiquement à pleine autorité redondante (FADEC) par deux calculateurs, ce qui permet un pilotage sans restriction (démarrage des deux moteurs en deux minutes, et passage à la postcombustion en trois secondes) et une maintenance facilitée : les 21 modules du M88-2 sont remplaçables sans test tandis que les deux réacteurs sont remplaçables en seulement h 45. Le M88-2 bénéficie enfin d'une surface équivalente radar (SER) et une signature infrarouge (SIR) réduites.

Armement et profils de mission

Le Rafale est muni de 14 points d'emport externes (13 pour la version marine) lui donnant une capacité d'emport maximale de 9 500 kg. Il est capable d'emporter une large gamme d'armements, déjà testés ou en service. Sa particularité est de pouvoir effectuer simultanément des missions aux profils très variés – la détection de défense sol-air, le tir de missile air-air, le tir de missile air-sol – ne nécessitant aucune reconfiguration contrairement aux avions multirôles classiques ; c'est pourquoi le constructeur et la presse utilisent le terme « omnirôle » pour le Rafale[43],[44],[45].

Armement air-air

Le canon Nexter DEFA 30 M791 du Rafale.

Un canon Nexter DEFA 30 M791 monotube de 30 mm et 120 kg comprenant 125 obus de type OPIT (obus perforant incendiaire traçant) pour une cadence de tir de 2 500 obus/minute est placé sous l'apex de l'aile droite du Rafale. Bien que gardant la dénomination DEFA[Note 9], ce canon est très différent de ceux qui équipent les avions français depuis les années 1950. En effet, à l'époque de son développement, le cahier des charges du canon spécifiait plusieurs innovations dont la capacité de tirer sous de très forts facteurs de charges, à vitesse supersonique (Mach 1 et au-delà), et peut-être même de façon autonome. Mais les restrictions budgétaires n'ont pas permis le développement de calculateurs adaptés. Ce canon est masqué par un cache qui est détruit par le premier projectile tiré.

De missiles MBDA MICA (Missile d'Interception de Combat et d'Autodéfense) tire et oublie (Fire And Forget) à moyenne portée ou d'autodéfense à courte portée, guidage électromagnétique ou infrarouge de troisième génération d'une portée maximum de 80 km équipent également le Rafale. Quatre modes de tir sont possibles : liaison avion-missile (LAM) longue portée, longue portée sans LAM, courte portée avec auto-directeur accroché sur la cible avant départ ou après départ avec un fort dépointage sur coordonnées L16. Le MICA est un missile à grande manœuvrabilité qui remplit les missions habituellement dévolues à deux types de missiles (à courte portée et moyenne portée). Le couple Rafale/MICA a réalisé avec succès le 11 juin 2007 une première mondiale en tirant sur un agresseur située derrière le Rafale grâce à une désignation d’objectif transmise par liaison 16 depuis un deuxième avion, transformant ainsi l'agresseur en proie[46]. Le MICA a été commandé par la DGA à 1 110 exemplaires. En octobre 2010, 1 000 exemplaires avaient été réceptionnés par les forces françaises qui disposeront de l’intégralité de ce parc en 2012[47].

À moyen terme, des missiles MBDA Météor à longue portée, guidage inertiel et radar de troisième génération et doté d'un statoréacteur, d'une portée de plus de 100 km et possédant une très grande NEZ (« No-Escape Zone », soit la distance à laquelle la cible n'a théoriquement aucune chance de s'en sortir), estimée entre 50 km et 60 km, devrait enfin compléter l'armement air-air du Rafale. Une première commande de 200 unités a été notifiée par la DGA en décembre 2010 pour la Marine nationale et pour l'Armée de l'air. Le premier missile sera livré en 2018[48].

Armements air-sol et air-mer

Ce Rafale Air présente, de gauche à droite, un missile MICA en bout d'aile, un missile de croisière SCALP-EG, 3 bombes guidées AASM, un réservoir externe et un pod de désignation laser Damoclès.

L'armement air-sol du Rafale comprend :

  • la bombe guidée laser Raytheon GBU-12 Paveway II et, à partir de 2009, GBU-24 Paveway III. Le guidage de ces bombes est effectué soit par un soldat au sol équipé d'un système de désignation laser, soit par un pod de désignation laser Damoclès qui peut être emporté par un autre avion ou, depuis janvier 2011, par le Rafale F3 en totale autonomie[49] ;
  • la bombe guidée Sagem Défense Sécurité AASM en version GPS-INS ou GPS-INS et image terminale infrarouge, qui permet de détruire des cibles statiques ou mobiles (chars, navires, etc) avec une précision inférieure à un mètre et une portée de 55 km[50] ;
  • le missile de croisière MBDA Apache, à longue portée, destiné à la neutralisation à distance de sécurité des pistes d'aérodromes très défendues ;
  • le missile de croisière MBDA SCALP-EG, dérivé de l'Apache, à longue portée, guidage inertiel et infrarouge autonome, doté d'un turboréacteur Microturbo TRI60-30 et d'une charge « broach » de 400 kg ;
  • le missile de croisière préstratégique MBDA ASMP-A à moyenne portée, guidage inertiel, doté d'un statoréacteur et armé d'une nouvelle tête nucléaire, la TNA.

Un missile antinavire MBDA Exocet AM39 B2 à moyenne portée, guidage inertiel et radar complète l'armement air-sol pour les opérations en mer (armement air-mer).

Carburant

Le Rafale est doté de 1 à 5 réservoirs externes de 1 250 litres chacun, de 1 à 3 réservoirs externes de 2 000 litres chacun et de deux réservoirs conformes (CFT en anglais, pour « Conformal Fuel Tank ») dorsaux de 1 150 litres chacun[Note 10], spécialement profilés pour minimiser leur traînée induite et ainsi allonger le rayon d'action, pour les missions de pénétration notamment. L'adoption de CFT permet également de dégager des points d'emports et d'augmenter l'armement embarqué. Enfin, la nacelle de ravitaillement Douglas d'un débit de 750 litres/minute à partir des réservoirs internes[Note 11] du Rafale permet de le gréer rapidement en « buddy-to-buddy » (ou « nounou »), apte à ravitailler un congénère Air ou Marine, tous dotés de série d'une perche de ravitaillement en vol (amovible).

Standards

Le Rafale comprend cinq configurations types selon les profils de mission :

  • la supériorité aérienne avec deux à six missiles MICA à guidage électromagnétique ou infrarouge ou quatre MICA à guidage électromagnétique et deux Matra R550 Magic plus un réservoir supplémentaire (standard F1) ;
  • le bombardement et l'appui aérien rapproché (close air support) avec deux missiles MICA ou deux Magic II, jusqu'à six bombes guidées AASM plus trois réservoirs supplémentaires (standard F2) ;
  • la pénétration à longue distance avec deux missiles MICA, deux missiles de croisière SCALP-EG plus trois réservoirs supplémentaires (standard F2) ;
  • le bombardement à la mer avec 4 missiles MICA, deux missiles Exocet AM39 B2 plus deux réservoirs supplémentaires (standard F3) ;
  • la frappe nucléaire avec deux à quatre missiles MICA à guidage électromagnétique ou infrarouge, un missile ASMP-A plus deux réservoirs supplémentaires (standard F3).

La DGA décide au premier semestre 2006 d'injecter 400 millions d'euros dans la remise à niveau de l'avion qui se fera, une nouvelle fois, par un étalement des commandes[Note 12]. Cette mise à jour, tout d'abord appelée F4 puis F3+, est désormais dénommée F3 road map ou F3-O4T (Obsolescence 4e Tranche). La feuille de route du Rafale, conditionnée par l'arrivée du missile Meteor, comprend[51] :

  • l'adjonction en 2010 au radar Thales RBE2 d'une antenne active (AESA) dotée d'un millier de modules émetteurs-récepteurs à arséniure de gallium au lieu d'un seul tube à ondes progressives (TOP)[Note 13] et permettant un accroissement de 50 % de la portée ;
  • une nouvelle version de l'OSF, l'OSF-IT, qui voit la suppression de la double voie infrarouge obsolète et se contentera d'une voie TV améliorée ;
  • l'intégration d'un détecteur infrarouge de départ missile (DDM-NG) Sagem ou Thales/MBDA à SPECTRA ;
  • un nouveau réacteur baptisé provisoirement M88-2 ECO, faisant la synthèse entre les projets abandonnés M88-3 et –4 de 90 kN et 115 kN et proposant une meilleure poussée (90 kN) sur augmentation du débit d'air (ce qui impose une entrée d'air légèrement agrandie) de même qu'une consommation réduite et une durée de vie augmentée de 50 % ;
  • le développement d'une nacelle de brouillage électromagnétique de puissance, à la façon du EA-18G Growler américain ;
  • l'adjonction de la nacelle de désignation laser Thales Damoclès, conférant une capacité de bombardement à 70 km de jour comme de nuit. Son capteur infrarouge opérant dans une bande moyenne lui permet de garder toute son efficacité dans des conditions atmosphériques chaudes et/ou humides et de tirer les bombes guidées laser GBU-24 Paveway III de 1 000 kg ;
  • l'intégration d'une antenne satellitaire (SATCOM) ;
  • éventuellement, l'adaptation de la roquette de 68 mm développée pour le Eurocopter Tigre, voire une roquette guidée laser, elle aussi commune au deux appareils (Rafale/Tigre).

Le Rafale au sein des forces armées françaises

Commandes

Rafale B/C/M

En 1992, les besoins seront révisés une première fois à la baisse ; au lieu de 336 appareils – 225 monoplaces C et 25 biplaces B pour l'Armée de l'air, 86 pour la Marine nationale –, seuls 294 Rafale sont finalement prévus pour les armées françaises : 234 pour l'Armée de l'air (dont 95 monoplaces C et 139 biplaces B) et 60 monoplaces M pour la Marine nationale[19]. Puis une deuxième fois, au 20 novembre 2008, la cible est désormais de 286 appareils : 228 pour l'Armée de l'air et 58 pour la Marine nationale[52].

L'exécution de la loi de programmation militaire (2003-2008) et l'insuffisance de crédits (11 milliards d'euros, soit l’équivalent d’une année complète de programmation) ont par ailleurs conduit à ralentir le rythme de réalisation de la plupart des programmes non nucléaires, l'exemple le plus marquant étant celui du Rafale : la date de la dernière livraison, initialement prévue en 2010, est désormais fixée à 2025[22].

Le 18 novembre 2010, 180 appareils au total ont été commandés (132 Air + 48 Marine) et 93 ont été livrés (62 Air + 31 Marine)[53]. En 2011, l'État va acquérir 11 appareils supplémentaires plus tôt que prévu, afin d'honorer une clause du contrat, signé avec l'avionneur, qui oblige l'État à garantir une cadence minimale de la chaîne de production, compte tenu du fait que le Rafale n'a pas encore trouvé d'acheteur ferme à l'export[54],[55].

Unités opérationnelles

En 1988, le premier vol d'un appareil de série est prévu pour fin 1995 avec une livraison à partir de 1996. En 1990, la formation du 1er escadron de l'Armée de l'air est repoussée de 1996 à 1999. En 1992, elle est reportée à 2000[16]. La flottille 12F de l'Aviation navale, basée sur la base d'aéronautique navale (BAN) de Landivisiau, est la première unité équipée de Rafale (le 18 mai 2001) mais demeure 3 ans en phase d'expérimentation ; l'unité n'est opérationnelle que le 25 juin 2004.

Le Rafale M au standard F2 est déclaré opérationnel le 21 mai 2008. Les Rafale M2 à M10 au standard F1 ont été mis sous cocon (de facto retirés du service) sur la BAN Landivisiau. Le rafale M1 sert toujours pour l'expérimentation de nouveaux équipement. Les 10 appareils ont déjà subi des modifications nécessaires au chantier de mise au standard F3 qui se fera entre fin 2011 et 2017 pour le coût d'environ 3 appareils neufs (300 millions d'euros)[56],[57].

Le 31e Rafale Marine au standard F3 est livré début décembre 2010 à la Marine nationale. L'aviation navale dispose fin 2011 de 30 Rafale M dont 20 sont en lignes au standard F3. L'été 2011 voit le passage d'une seconde flottille, la 11F, du Super Étendard Modernisé (SEM) au Rafale M F3. La troisième flottille, la 17F sera progressivement transformée du Super Étendard Modernisé (SEM) au Rafale M F3 avec pour objectif d'être opérationnelle fin 2015[58].

La première unité de Armée de l'air, l'escadron de chasse 1/7 Provence de la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson destiné à la chasse-bombardement, est opérationnelle depuis le 26 juin 2006[59]. Une seconde unité, l'escadron de chasse 1/91 Gascogne destiné à la frappe nucléaire, a été créé le 31 mars 2009 sur la même base aérienne, et a pris pour la première fois l'alerte nucléaire dans un exercice le 1er juillet 2010, équipés du nouveau missile ASMP-A[60]. Au 1er septembre 2011, l'armée de l’air à un total de 64 Rafale dont 5 au sein de l'escadron de chasse et d'expérimentation 5/330 Côte d'Argent[61]

Export

En dépit des bonnes performances à l'exportation de la série des Mirage et de spécifications techniques choisies dans le but d'obtenir de bonnes opportunités à l'export, en décembre 2010, le Rafale n'a toujours pas enregistré de commandes à l'export. Malgré de nombreuses offres, l'appareil de Dassault doit faire face à la concurrence forte des Eurofighter Typhoon, Saab JAS 39 Gripen, Soukhoï Su-30, General Dynamics F-16 Fighting Falcon, McDonnell Douglas F-15 Eagle et Lockheed Martin F-35 Lightning II.

Décision en attente

Drapeau : Brésil Brésil
Le 1er octobre 2008, le Brésil retient pour la compétition « F-X2 » portant sur l'acquisition de 36 appareils, le Rafale, le McDonnell Douglas F-18E/F Super Hornet et le Saab JAS 39 Gripen après avoir éliminé le Soukhoï Su-35. Le Rafale est soutenu par le président Lula da Silva après des accords passés avec Dassault portant sur une réduction du prix et avec la France sur un transfert total de technologie, y compris les codes informatiques du Rafale qui sont le cœur numérique de l'appareil, ce que les autres concurrents ont été réticents à accorder[62]. Mais le Rafale est sévèrement critiqué par l'armée brésilienne qui l'estime trop onéreux et surdimensionné pour les besoins du pays et préfère le Gripen puis le F/A-18 Super Hornet ; le syndicat des métallurgistes de São Paulo appuie également le projet suédois estimant qu'il créera de 5 000 à 6 000 emplois directs au Brésil[63].
Drapeau d'Inde Inde
Le Rafale et l'Eurofighter Typhoon sont sélectionnés pour la fourniture de 126 avions multirôle pour un montant de 10,5 milliards de dollars à l'Indian Air Force dans le cadre de l'appel d'offres dit MRCA, lancé en 2001. Les candidats éliminés sont le Saab JAS 39 Gripen NG, le Mikoyan-Gourevitch MiG-35 et, malgré un puissant lobbying opéré par Washington, les General Dynamics F-16IN Super Viper, Boeing F/A-18E/F Super Hornet. Aux États-Unis, le choix indien a généré de très nombreuses critiques contre l'administration Obama et a conduit à la démission de l'ambassadeur américain en poste à New Delhi[64],[65].

Négociations à venir

Un Rafale B sur la base d'Emmen en Suisse.

Dassault a proposé le Rafale au Canada faisant savoir que l'avion français pouvait répondre à toutes les exigences connues du ministère de la défense canadien qui envisage l'acquisition de 65 appareils. En juillet 2010, le gouvernement canadien a annoncé l'achat de 65 chasseurs furtifs F-35 à la compagnie américaine Lockheed Martin sans qu'aucun appel d'offre ne soit lancé, une décision critiquée par plusieurs partis de l'opposition, notamment les néo-démocrates et les libéraux qui ont promis l'annulation du contrat. Le Boeing F/A 18G, le Typhoon et le Gripen sont également en course[66].

Le Rafale serait, selon un quotidien malais, The Malay Mail, en course pour un nouveau contrat de 18 appareils visant à remplacer les MiG-29N Fulcrum de la force aérienne de Malaisie à l'horizon 2015. Il devrait être opposé une nouvelle fois au F/A-18E/F Super Hornet, à l'Eurofighter Typhoon et au Saab JAS 39 Gripen. L'appel d'offres pourrait être annoncé à partir de décembre 2011[67]. Le Qatar a également entamé une évaluation technique de candidatures comprenant, en plus du Rafale, le F-15 Eagle, le F/A-18 Super Hornet, le JAS 39 Gripen, le F-35 Lightning II et l'Eurofighter Typhoon pour la fourniture de 24 à 36 appareils. La décision finale sera prise avant 2012[68].

La Suisse évalue l'avion dans le cadre du programme TTE de remplacement partiel de la flotte de F-5 Tiger du 13 octobre 2008 au 3 novembre 2008[69] au cours d'essais au sol et en vol (39 vols pour une durée de 60 heures) sur la base d'Emmen[70] ; le Rafale est en concurrence avec l'Eurofighter Typhoon et le Saab Gripen[71]. En 2010, le Rafale et le Jas-39 Gripen réalisent plusieurs exercices, mais la Suisse décide de ne pas remplacer les F-5 avant 2015.

Échec des négociations

Le Rafale a échoué dans plusieurs compétitions auprès de :

Engagements

Afghanistan

Catapultage d'un Rafale F2 du porte-avions USS Enterprise au large de Cannes (23 juillet 2007).
Deux Rafale, dont un à l'appontage, à bord de l'USS Harry S. Truman (CVN-75) au large de Marseille (21 mai 2008).

À partir du 12 mars 2007, trois Rafale de l'armée de l'Air basés à Douchanbé au Tadjikistan et trois autres de la Marine nationale déployés à bord du Charles-de-Gaulle débutent des opérations de soutien aux forces en Afghanistan[82]. Ces appareils sont modifiés en urgence pour pouvoir larguer des bombes à guidage laser, ce qui n'était pas prévu dans la version F2. Toutefois, ils ne sont pas autonomes et doivent compter sur les Mirage 2000 ou les Super-Étendard pour « illuminer » la cible.

Le 28 mars 2007, un Rafale M F2 de la Marine nationale largue une bombe guidée laser GBU-12 Paveway II de 277 kg à la demande des troupes néerlandaises, tandis que le 1er avril 2007, c'est au tour d'un Rafale B F2 de l'escadron de chasse 1/7 Provence de tirer une bombe guidée laser GBU-12 contre une grotte présumée abriter des Talibans dans la région de Helmand[83]. Dès le 8 février 2008, trois Rafale (des B F2 pendant le premier détachement puis des C F2 équipés de l'AASM pendant le second), sont déployés sur la base de Kandahar en Afghanistan où ils rejoignent les trois Mirage 2000 D présents depuis le 26 septembre 2007 et remplacent les trois Mirage F1CR présents depuis le 29 octobre 2007[84],[85],[86] ;

À partir du 13 janvier 2009, trois Rafale de l'escadron de chasse 1/7 Provence de la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson sont stationnés sur la base aérienne de Kandahar en Afghanistan, où ils relèvent trois Mirage 2000 D[87].

Libye

AMD Rafale B de l'escadron de chasse et d'expérimentation 5/330 Côte d'Argent de la base aérienne 118 Mont-de-Marsan durant la guerre de Libye emportant 4 bombes AASM, 2 réservoirs et 2 MICA.

À partir du 19 mars 2011, des Rafale de l'Armée de l'air et de l'Aviation navale françaises participent à l'opération Harmattan en Libye[88] dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations unies, dont l'objet est la protection des civils pris sous le feu des forces du colonel Khadafi et l'application d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Le 24 mars 2011, un Rafale détruit au sol un Soko G-2 Galeb libyen alors qu'il venait d'atterrir à une distance de 55 km[89]. Toujours dans le cadre de cette résolution, les Rafale français ont été impliqués dans des missions de bombardement contre les forces pro-Kadhafi et sont également crédités d'au moins quatre autres destructions d'avions et d'hélicoptères au sol[90].

Plus de 6 mois après le début de l’opération, un millier de sorties et 2 000 heures de vol ont été réalisé par les Dassault Rafale de la Marine engagé jusqu'au 12 août et environ 900 sorties et 4 000 heures de vol par ceux de l'armée de l'air;. Environ 45 % des sorties, soit 850, ont été dédiées à des missions offensives dont environ la moitié ont donné lieu à des tirs d'armement, 45 % à la reconnaissance, 10 % à des missions de ravitaillement en vol, ceux-ci mené par les Rafale M[91].

Accidents

  • Le 6 décembre 2007 vers 18 h 20, le Rafale B no 316 immatriculé 7-HL ayant décollé de la BA 113 de Saint-Dizier (France) s'écrase dans une zone boisée de la commune de Neuvic (France), lors d'un vol d'entraînement d'une patrouille d'avions de l'escadron de chasse 1/7 Provence[92]. L'appareil évoluait en no 2 à 4 000 m d'altitude puis a disparu des écrans radar à 1 500 m d'altitude en sortant d'un virage serré à environ 800 km/h[93]. Il n'y avait qu'un seul pilote à bord qui ne s'est pas éjecté. Le Rafale volait non armé, de nuit et par temps de pluie. Les premières conclusions de l'enquête imputent l'accident à une « désorientation spatiale » du pilote qui aurait mal apprécié la position et l'orientation réelle de son avion.
  • Le 22 mai 2008 à 10 h 34 par temps de pluie, le Rafale M no 16 de la flottille 12F de l'aviation navale sort de la piste ouest de la BAN Lann-Bihoué lors de son atterrissage, franchissant une route et un talus sans que son train ne cède. Le pilote s'éjecte sans être blessé[94]. L'avion est rapidement réparé et reprend son service quelques semaines plus tard.
  • Le 24 septembre 2009 à 18 h 9, les Rafale M no 22 et no 25 de la flottille 12F de l'aviation navale qui s'apprêtaient à regagner le porte-avions Charles-de-Gaulle après un vol d'essai, s'abîment en mer dans le golfe du Lion, à environ 30 kilomètres à l'est de Perpignan, à la suite d'une collision en vol entre les deux appareils due, selon le Bureau enquêtes accident de la Défense (BEAD), à un « facteur humain »[95]. Un des pilotes, le capitaine de corvette Yann Beaufils, a pu s'éjecter et a été secouru[96],[97],[98]. Le second pilote, le capitaine de frégate (R) François Duflot, est décédé.
  • Le 28 novembre 2010 le Rafale M no 18 (standard F3) de la flottille 12F opérant depuis le porte-avions Charles-de-Gaulle dans le cadre de la mission Agapanthe 2010 s'est abîmé au large des côtes pakistanaises ; le pilote a réussi à s'éjecter[99]. Un problème de jauge de carburant serait à l’origine du crash.

Culture

Cinéma

Jeux vidéo

Le Rafale est mis en scène dans les jeux vidéo suivants :

Bandes-dessinées

Bibliographie

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : Ouvrage utilisé comme source pour la rédaction de cet article

Ouvrages

Revues

  • « Le Rafale, un champion incontesté de la polyvalence », dans Air & Cosmos, no hors-série, juin 2004 (ISSN 1240-3113) 
  • Claude Carlier, « Les hésitations des États-majors face au renouvellement des matériels aériens », dans Stratégique, no 53, janvier 1992 (ISSN 0224-0424) [texte intégral] 

Notes et références

Notes

  1. La potentialité commerciale du réacteur M88 représente alors 5,6 milliards d'euros (valeur de l'euro en janvier 2006).
  2. « L'ACX fut baptisé Rafale, évoquant ainsi à la fois le souffle, le dynamisme et l'esprit de société », selon François Robineau, Rafale : les ailes du futur, Le Cherche midi, Paris, 1994 (ISBN 2-8627-4355-0)
  3. En 1987, on évoque le retrait du F-8 Crusader en 1993 au plus tard tout en rappelant que le Rafale M ne sera pas disponible avant 1996.
  4. Selon le site French Navy, ces essais ont pour but d'étudier le champ visuel dont dispose le pilote lors de la manœuvre d'approche et de l'appontage, ainsi qu'à analyser le comportement et la stabilité du prototype Rafale A lors des approches par l'arrière, c'est-à-dire dans les turbulences occasionnées par le sillage du porte-avions, qui concluront à une vitesse d'approche finale de 255 km/h (10 km/h inférieure à celle du Super-Étendard) et une incidence de 14,5° (pouvant aller jusqu'à 16°) [lire en ligne]
  5. L'US Navy, qui a désarmé trois porte-avions, possède environ 80 F/A-18E Hornet disponibles immédiatement qu'elle se propose de vendre à la Marine nationale au prix imbattable de 206 millions de francs l'unité
  6. Plus tard, le 10 octobre 1995, le chef d'État-major de l'armée de l'Air Jean Rannou propose l'abandon du programme et est qualifié de « général d'opérette », un sobriquet dont on n'affuble pas le ministre de la Défense français Hervé Morin qui, le 10 puis le 17 septembre 2007, dénonce dans La Tribune « cet avion sophistiqué et difficile à vendre ».
  7. Un radar à balayage mécanique est bien envisagé au début du programme sous le nom RDX, qui donne naissance au radar RDY des Mirage 2000-5 et -9
  8. À poussée égale, le M88-2 est plus court et plus léger de moitié que l'Atar 9K50 du Mirage F1 tandis qu'à masse égale, il délivre deux fois plus de poussée que l'Adour du Jaguar.
  9. Acronyme pour la Direction des études et fabrications d'armement, renommée Groupement industriel des armements terrestres (GIAT) en 1973 avant sa privatisation partielle en 1990 sous le nom de GIAT Industries puis son changement d'identité en Nexter fin 2006.
  10. Testés le 18 avril 2001 et dotant l'appareil d'une capacité en carburant totale de 10 800 litres.
  11. Pour les missions « nounou », la Marine nationale utilise parfois des configurations à quatre réservoirs externes.
  12. Le financement de la remise à niveau de l'avion « passera sans doute par la réduction à 51 avions de la commande de 59 signée en 2004 » (46 Air et 13 Marine), selon « Le Rafale, un champion incontesté de la polyvalence », dans Air & Cosmos hors-série (ISSN 1240-3113) (juin 2004)
  13. La durée de vie du TOP est seulement d'une centaine d'heures et, en cas de panne, c'est l'ensemble du RBE2 qui se retrouve hors-service
  14. Si la puissance militaro-diplomatique américaine a joué, sous la forme de packages inclus dans les Foreign Military Sales, a contrario, la vente de 12 à 18 avions au Maroc, qui semblait acquise puisque financée en partie par l'Arabie saoudite, a échoué à la suite de manque de coordination entre la DGA d'une part, de Dassault Aviation d'autre part et de l'État-major de l'Armée de l'air française

Références

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  9. Germain Chambost, Rafale, la véritable histoire, Paris, Le Cherche midi, mai 2007, 314 p. (ISBN 978-2-7491-1013-4) (LCCN 2007474006) 
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  11. Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Économica, Lasay-les-Rideaux, 1990 (ISBN 2-7178-1949-5) [lire en ligne]
  12. Rapport sur le projet de loi de finances pour 2002 no 3320, 11 octobre 2001, annexe no 40
  13. Reportage effectué par le site Mer et Marine du 12 juin 2006 [lire en ligne]
  14. Voir la photo d'archives Dassault Rafale A first prototype sur Flickr ; le M-88, plus court, est à gauche.
  15. a, b, c et d Eden 2004, p. 169
  16. a, b, c, d et e Facon 2010, p. 57
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  20. Projet de loi de finances pour 2009 : Défense - Équipement des forces sur www.senat.fr, Sénat, 2008. Consulté le 2 août 2011
  21. La conduite des programme d'armement sur Rapport public annuel 2010, Cour des comptes, février 2010, p. 68 [PDF]
  22. a et b La conduite des programme d'armement, Rapport public annuel 2010, Cour des comptes, février 2010, p. 50 [PDF]
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  25. Rapport de la Cour des comptes relative au « Maintien en condition opérationnelle des matériels des armées » (décembre 2004) [PDF]
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  94. Yann Lukas, « Un Rafale rate son atterrissage à Lann Bihoué », dans Ouest-France, 23 mai 2008
  95. Jean-Dominique Merchet, « Accident du Rafale : l'analyse de la boite noire conclut à un facteur humain », dans Libération, 4 novembre 2009 [texte intégral (page consultée le 5 novembre 2009)] 
  96. Jean-Dominique Merchet, « Crash des deux Rafale : il s'agit de pilotes d'essais », dans Libération, 25 septembre 2009 [texte intégral (page consultée le 25 septembre 2009)] 
  97. Pierre Julien, « Deux Rafale de la marine nationale s'abîment en Méditerranée » sur rtl.fr, RTL, 24 septembre 2009. Consulté le 24 septembre 2009
  98. Deux Rafale de la Marine nationale s'abîment en mer sur defense.gouv.fr, Ministère de la Défense français, 24 septembre 2009. Consulté le 24 septembre 2009
  99. Crash d'un Rafale de Landivisiau au Pakistan sur Ouest France, 28 novembre 2010

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