Fronde (Histoire)

Fronde (histoire)

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La Fronde (16481653) est une période de troubles graves qui frappe la France pendant la minorité de Louis XIV (1638-1656), en pleine guerre avec l’Espagne.

Sommaire

Introduction

Cette période de révolte marque un brutal fléchissement de l’autorité monarchique en France. On distingue une conjonction de multiples oppositions aussi bien parlementaires qu’aristocratiques et populaires. Il est très difficile de délimiter avec précision les bornes chronologiques de la Fronde. Les historiens ont des avis divergents sur la question. L'on peut toutefois proposer comme point de départ la date du 15 juin 1648 qui est marquée par la déclaration des 27 articles. Cette déclaration faite au Parlement de Paris énonçait la limitation des pouvoirs du souverain. La soumission de la ville de Bordeaux,le 3 août 1653, est l'événement qui clôture les troubles de la Fronde. La chronologie est complexe en raison d'événements multiples. Toutefois, l'historiographie a pris l'habitude de distinguer plusieurs phases: la première correspond à l’opposition des cours souveraines (fronde parlementaire, 1648-1649); la seconde à l’opposition des Grands (fronde des princes, 1651-1653). À ce titre, elle peut être considérée comme la dernière grande révolte nobiliaire du XVIIe siècle.

Anne d'Autriche et son fils Louis-Dieudonné. Anonyme.
La Fronde se déroule pendant la minorité de Louis XIV. Le pouvoir est assuré par la régence de la reine-mère qui s'appuie sur son principal ministre, le cardinal Mazarin.

Les facteurs explicatifs des troubles

Il est possible de distinguer trois facteurs d'explication : au niveau fiscal (une pression croissante de la fiscalité royale), au niveau social (une remise en cause des privilèges des parlementaires parisiens) et au niveau politique (le pouvoir royal entend gouverner seul dans le cadre d'une monarchie absolue, qui amènerait un renforcement monarchique).


Une ponction fiscale de plus en plus forte

Portrait d'Omer Talon, 1649, Huile sur toile, National Gallery of Art, Washington D.C.

La Fronde naquit tout d'abord d'un mécontentement général. Celui-ci prenait sa source dans la crise économique et l'augmentation de la pression fiscale en vue de faire face aux dépenses de la guerre de Trente Ans. L'espoir d'un allègement des impôts, que la régente Anne d'Autriche avait fait naître après la mort de Louis XIII, se trouve vite déçu. En effet, le cardinal Mazarin demande au surintendant des finances Particelli d'Émery, d'élargir l'assiette de nombreux impôts. Ce dernier a cherché par tous les grands moyens à augmenter les recettes notamment par les édits du Toisé (1644) et du tarif (1646) qui sont les plus connus et les plus impopulaires. L’objectif était d’étendre l’assiette fiscale parisienne afin de compenser le manque à gagner de la taille car les villes en étaient alors exemptées.

En janvier 1648, sept nouveaux édits fiscaux sont soumis à enregistrement auprès du Parlement de Paris (lit de justice du 15 janvier 1648). En dépit de protestations, notamment de l’avocat général Omer Talon, le Parlement doit s’effacer. Toutefois, il est farouchement hostile à ces mesures qui touchent la plupart de ses membres qui, jusque là, ne payaient pas ou peu d’impôts. En ce sens, la Fronde est un soulèvement des gens de bien, ne souhaitant pas payer d’impôts ou d’augmentation d’impôts. Les Parisiens suivent et soutiennent les parlementaires. Le mécontentement se généralise.

Une atteinte aux privilèges des officiers de robe

Outre l’aspect fiscal, la monarchie touche également aux privilèges de ces parlementaires. En effet, toujours dans un souci de trouver des fonds, elle multiplie la création des offices. Or, les gens du Parlement en ont pour la plupart acheté et sont opposés à de nouvelles créations car l’augmentation de l’offre fait baisser le cours du prix de l’office.

De plus, la monarchie rogne sur les revenus des officiers. Un office produit en effet des revenus (que l’on appelle des gages), et le pouvoir royal supprime pour quatre années tous les gages des officiers parlementaires (avril 1648). Par conséquent, tous les officiers de robe de toutes les cours souveraines (Parlements, Chambre des comptes, Cour des aides et Cour des monnaies) sont solidaires pour défendre leurs privilèges.

Une volonté d'abaisser l'influence politique des ordres du royaume

Portrait du cardinal Mazarin, v.1658-1660, Huile sur toile, Musée Condé, Chantilly

Le développement de la monarchie absolue signifie concrètement que la direction du pouvoir est entre les mains du roi seul, sans l’assistance de corps constitués tels que les États généraux. Au cours du XVIIe siècle, le roi s’est peu à peu passé de telles assemblées. Au contraire, le pouvoir monarchique s’est confiné dans une construction bicéphale où le roi place sa confiance en une seule personne (Richelieu pour Louis XIII et Mazarin pour la régente Anne d’Autriche).

Portrait de J.-F. Paul de Gondi, coadjuteur de Paris, puis cardinal de Retz (1651), anonyme.

Lors de la minorité de Louis XIV, la noblesse mais aussi les élites de robe n’acceptent pas l’idée que le pouvoir réside entre les mains du cardinal Mazarin, jugé trop puissant. Le peuple parisien exprime son aversion à l'égard du cardinal dans des mazarinades.

L’opposition se déplace ainsi sur le terrain politique. Le Parlement aspire à plus de pouvoir. Certains princes du sang font également valoir leurs prétentions quant à leur participation à la direction des affaires.

Car en effet, face au gouvernement, se dressait d'abord rien moins que la famille royale. Gaston de France (le Grand Monsieur), oncle du roi et éternel comploteur, ne cachait pas son opposition à Mazarin, non plus que sa fille, Anne Marie Louise d'Orléans, la Grande Mademoiselle. Le Grand Condé et sa sœur, la duchesse de Longueville, espéraient entrer au conseil de régence.

Outre ces aspirations politiques, il en est d'autres plus personnelles. Jean-François Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, coadjuteur de Paris, était ambitieux. Il voulait lui aussi jouer un rôle politique et surtout obtenir le chapeau de cardinal.

La Fronde parlementaire (1648-1649)

La Chambre Saint-Louis et la montée de l'opposition parlementaire (janv.-déc. 1648)

Portrait de Pierre Broussel, conseiller au Parlement de Paris, 1649. Anonyme.

Pour forcer le Parlement à enregistrer les sept édits fiscaux, Anne d'Autriche tient un lit de justice, en présence du roi, le 15 janvier 1648. Les parlementaires réagissent dans un premier temps par le discours très dur d'Omer Talon, puis ils se ravisent: ils examinent les édits et n'ont de cesse d'adresser des remontrances.

En avril 1648, la tension se fait encore plus forte à cause du droit annuel ou paulette. Mazarin espère dissocier les cours souveraines en exemptant seul le Parlement d'un rachat de quatre années de gages pour obtenir le droit de renouvellement de leur office. C'est un échec pour le cardinal car la Robe parisienne fait bloc : la protestation générale se traduit par l'arrêt d'union (13 mai 1648) qui est cassé par le conseil d'État au mois de juin.

Dans ce contexte, les cours souveraines ont pris l'habitude de siéger ensemble, à l'appel du Parlement de Paris, à la chambre Saint-Louis du Palais de justice. Les magistrats rédigent des projets de réformes dans une charte contenant 27 articles. Ces derniers prévoient la suppression des traitants, la réduction des tailles, la répartition et la levée des impôts par les seuls officiers, le rappel des Intendants, l'absence de création de nouveaux offices, le renoncement aux réductions de rentes et de gages, un habeas corpus pour les seuls officiers (garanties individuelles). Par la déclaration royale du 31 juillet, la chambre de Saint-Louis obtient gain de cause sur tous les points (sauf sur l'abolition des lettres de cachet) et Particelli d'Émery est renvoyé.

Portrait de Gaston de France, oncle de de Louis XIV, dit Monsieur, 1634, par Antoine Van Dyck.

Au mois d'août, le contexte change. La victoire de Condé, le 20 août sur les Espagnols à Lens, pousse Mazarin à réagir. Il profite de la liesse parisienne (un Te Deum est donné à Notre-Dame en l'honneur de la victoire de Condé) pour faire arrêter trois parlementaires, dont l'un des principaux chefs de la Fronde, le conseiller Broussel. Ce dernier étant très populaire au sein de la capitale, Paris s'enrage et monte 1 260 barricades (26-28 août) autour du Palais-Royal[1], à l'instigation des milices bourgeoises. Le chancelier Séguier est poursuivi par la foule qui met le feu à l'hôtel de Luynes où il s'était réfugié. Mazarin est contraint de libérer Broussel qui effectue un retour triomphal.

En septembre, la Cour s'exile quelques temps à Rueil. C'est là que le vainqueur de Rocroi et de Lens se met à la disposition d'Anne d'Autriche: "Je ne saurais souffrir l'insolence de ces bourgeois qui veulent gouverner l'État; je m'appelle Louis de Bourbon..."[2]. Par son intermédiaire et celui de Gaston d'Orléans, la Cour et le Parlement tentent de trouver une issue à la crise lors de conférences tenues à Saint-Germain (25 septembre-4 octobre 1648). Anne d'Autriche et Mazarin se résignent temporairement à accepter les exigences parlementaires: le 24 octobre, la monarchie accepte les articles de la Chambre Saint-Louis, ramenés à une quinzaine, par une déclaration royale confirmant celle de juillet. Le même jour, une paix est signée avec l'Empereur Ferdinand III (1608-1657) mais passe complètement inaperçue (Traités de Westphalie); la France sort de la guerre de Trente Ans mais reste en conflit avec l'Espagne.

Pendant l'automne, le Parlement ne cesse d'adresser des protestations contre les infractions faites à cette déclaration. Mazarin projette de réduire Paris par la famine.

La guerre et le blocus de Paris (janvier-mars 1649)

Armand de Bourbon (1629-1666), prince de Conti, médaillon, v. 1650. Anonyme.
Fils d'Henri II de Bourbon et frère du prince de Condé, le prince de Conti est l'un des chefs de la Fronde. Il commande l'armée parisienne contre les troupes royales.

D'un côté comme de l'autre, les forces s'organisent pendant que la Cour quitte brusquement Paris dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649 pour gagner le château de Saint-Germain. Mazarin fait appel aux 4 000 mercenaires allemands de l'armée de Condé qui, au demeurant, reçoit le commandement des troupes royales afin de conduire le siège de Paris. Il dispose au total de 8 à 10 000 hommes[3]. Le cardinal est condamné au bannissement par un arrêt du Parlement (8 janvier).

Du côté parisien, la résistance s'organise. Le Parlement confie le commandement des troupes au prince de Conti, frère de Condé, qui est désigné comme le généralissime de la Fronde (11 janvier). Les autres chefs sont les ducs de Bouillon, de Beaufort et d'Elbeuf ainsi que le maréchal de La Mothe et le prince de Marcillac. La duchesse de Longueville (sœur de Condé et Conti) et surtout le coadjuteur de Paris, Jean-François Paul de Gondi (futur cardinal de Retz) jouent également un rôle prépondérant dans la révolte. Ce dernier se montre dans les rues de Paris, à cheval, en habits gris, des pistolets à l'arçon de sa selle. Le peuple chante des louanges à son égard en faisant référence au combat entre David (Gondi) et Goliath (le couple Anne d'Autriche et Mazarin):

"Monsieur notre coadjuteur
Vend sa crosse pour une fronde
Il est vaillant et bon pasteur,
Monsieur notre coadjuteur

Sachant qu'autrefois un frondeur
Devint le plus grand roi du monde;
Monsieur notre coadjuteur
Vend sa crosse pour une fronde"[4]

Mathieu Molé (1584-1656), sculpture en pied de Charles-François Leboeuf (alias Pierre Nanteuil), avant 1853, Paris, Le Louvre, cour Napoléon.

Le siège de la ville est efficace. Les greniers à blé autour de Paris n'alimentent plus la ville. Le combat de Charenton remporté par l'armée royale le 8 février 1649 sur quelques groupes de frondeurs empêche toute délivrance. Les soldats du roi ravagent le sud de Paris. Toutefois, les frondeurs reçoivent le soutien de Turenne. Ce dernier tente d'ailleurs d'attacher à son service huit régiments de l'armée d'Allemagne commandés par le général d'Erlach. Mazarin riposte grâce au banquier Barthélemy Hervart : il réussit à maintenir cette armée dans son devoir (et à ses frais) en fournissant 1,5 million de livres tournois. Sans moyens, Turenne décide alors de s'exiler. Le 7 mars 1649, il est déclaré coupable de crime de lèse-majesté.

Dans ces conditions (les alentours de Paris ravagés, Turenne défait), les frondeurs les plus modérés tels que le premier président du Parlement Mathieu Molé et le président Henri de Mesmes supplient Anne d'Autriche de négocier. Un compromis est signé le 11 mars 1649 (paix de Rueil), suivi de la paix de Saint-Germain (1er avril 1649). Tous les fauteurs de troubles sont pardonnés, y compris Turenne. Le 18 août, le roi fait son entrée à Paris.

La paix de Saint-Germain (1er avril 1649) : un apaisement difficile et fragile

La paix de Saint-Germain marque une pause dans les événements tumultueux de la Fronde. En réalité, le retour au calme est plus difficile. D'une part parce que les libelles et les pamphlets hostiles à Mazarin circulent toujours à Paris et, d'autre part, parce que ce sont les provinces qui entrent en mouvement. Les villes de Bordeaux et d'Aix se soulèvent chacune contre leur gouverneur respectif. Le retour au calme ne se fait qu'en août pour la Provence (alors qu'à Paris, la foule fête la Saint-Louis dans la joie) et en janvier 1650 pour le Bordelais.

Quant à la situation parisienne, tout se joue en coulisse. En effet, le prince de Condé entend tirer quelques bénéfices de l'appui qu'il a accordé à Mazarin, notamment pendant le blocus de la ville. Les prétentions de Condé (prendre part au gouvernement) conduisent Mazarin à se rapprocher des anciens frondeurs : il promet au coadjuteur de Paris, Jean-François Paul de Gondi, le chapeau de cardinal. Quant à François de Vendôme, Mazarin le neutralise grâce à madame de Montbazon mais aussi en donnant en mariage à son frère, le duc de Mercœur, l'une de ses nièces, Laure Mancini.

Ces jeux de clientèles renversent les alliances : en janvier 1650 quelques uns des chefs de la vieille fronde se rallient au pouvoir royal contre le prince de Condé et sa famille.

La Fronde des princes (1649-1653)

La politique de rapprochement avec quelques anciens frondeurs (Gondi, Beaufort) menée par Mazarin se fait contre la famille de Bourbon (Condé, Conti et leur beau-frère Longueville, mari de leur sœur). Ce retournement ouvre une nouvelle phase d'agitation appelée Fronde des princes.

L'arrestation des princes et le soulèvement de leurs clientèles en province

Henri de La Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), par Robert Nanteuil, sans date, Paris, Musée Carnavalet.

L'arrestation des princes de Condé et de Conti et de leur beau-frère le duc de Longueville est un véritable coup de théâtre (18 janvier 1650). L'événement provoque le soulèvement de leurs clientèles et par conséquent, celui de leurs provinces. Madame de Longueville se rend en Normandie mais échoue dans sa tentative de soulèvement. Elle rejoint Turenne à Stenay après un détour par Bruxelles. Turenne envisage de marcher sur Vincennes où sont détenus les prisonniers. Mazarin les transfère alors au Havre.

De leur côté, le prince de Marcillac (futur La Rochefoucauld) et le duc de Bouillon agitent le Poitou et le Limousin avant de rejoindre les Bordelais. En effet, la princesse de Condé pousse le Parlement à s'opposer une nouvelle fois au gouverneur d'Épernon. La ville est assiégée pendant l'été 1650 mais une trêve est conclue pour les vendanges[5]. Mazarin signe une paix de compromis le 2 octobre 1650.

Lorsque Mazarin est de retour à Paris (15 novembre), la situation a de nouveau changé. Alors qu'elle s'était retournée en faveur de la monarchie au début de l'année 1650, des libelles circulent contre le cardinal italien. La seule satisfaction pour la Couronne est de voir l'armée des princes une nouvelle fois défaite à Rethel (15 décembre 1650). Turenne est vaincu par le maréchal du Plessis. Cela n'empêche pas le Parlement et les anciens frondeurs de se rapprocher des princes. Les parlementaires adressent des remontrances au Roi pour la libération de Condé, de Conti et de Longueville (20 janvier 1651). Un traité secret est même signé, le 30 janvier, entre Gaston d'Orléans, les frondeurs et les partisans des princes pour obtenir leur libération et le départ de Mazarin.

Mazarin en exil

Gaston d'Orléans rend publique sa rupture avec Mazarin le 2 février 1651. Les deux frondes s'unissent. Le Parlement réclame la liberté des princes, ordonne aux maréchaux de n'obéir qu'à Monsieur, lieutenant général du royaume (Gaston d'Orléans).

Mazarin s'enfuit de Paris le 6 février. Un nouvel arrêt de bannissement du Parlement est promulgué. Le roi et la reine sont retenus prisonniers au Palais-Royal et pour faire taire les rumeurs d'une nouvelle fuite, Louis XIV (12 ans) est exhibé en train de dormir devant la foule (nuit du 9 au 10 février 1651). Anne d'Autriche accepte de libérer Condé, Conti et Longueville (retour triomphal le 16 février). Le 10 février, la noblesse et le clergé réclament la tenue d'États généraux. Un mariage entre le prince de Conti et mademoiselle de Chevreuse (la maîtresse du coadjuteur de Paris) est projeté.

Mazarin s'est réfugié chez l'électeur de Cologne, à Brühl. Il gouverne la France par d'intenses relations épistolaires avec Anne d'Autriche, Le Tellier, Servien et Hugues de Lionne mais aussi grâce à des émissaires (comme l'abbé Zongo Ondedei, ami du cardinal).

Michel Le Tellier Abel Servien Hugues de Lionne
Michel Le Tellier (1603-1685)
Abel Servien (1611-1675)
Hugues de Lionne (1611-1671)
(1603-1685) (1611-1675) (1611-1671)

Il demande à la reine d'accepter la réunion des États généraux (1er mars 1651) tandis que les frondeurs lui imposent une déclaration royale excluant les cardinaux des conseils du roi (20 avril).

Avec la perspective des États généraux, les frondeurs se divisent. Turenne et son frère, le duc de Bouillon, se rallient au roi au mois de mai (Bouillon échange la ville de Sedan contre les duchés-pairies d'Albret et de Château-Thierry). Les autres princes se brouillent avec les parlementaires, le coadjuteur de Paris et Chevreuse. Anne d'Autriche négocie avec le prélat parisien qui espère toujours son chapeau de cardinal. Le prince de Condé s'oppose à la reine et au coadjuteur. En juillet 1651, il tient au château de Saint-Maur (où il s'est réfugié par crainte d'une nouvelle arrestation) une assemblée de la noblesse. Lorsque le 7 septembre 1651 la majorité du roi est proclamée, Condé ne se résout pas à baisser les armes: il traite avec Madrid (6 novembre 1651).

La Fronde du Grand Condé

Louis II de Bourbon, prince de Condé (1621-1686), par David Teniers le jeune, sans date, Bruxelles.
Condé a d'abord été l'un des plus fermes soutiens de la monarchie par aversion pour la Fronde des parlementaires issus de la bourgeoisie parisienne. Espérant être récompensé de sa fidélité, ses prétentions sont sans cesse croissantes. Inquiet, Mazarin décide de l'arrêter. La clientèle du prince se soulève et même après sa libération, il n'aura de cesse de lutter non contre "son roi" mais contre "Mazarin" jusqu'en 1659.

Le 6 septembre 1651, le prince de Condé s'était retiré à Trie-Château, chez le duc de Longueville. Il signe un accord avec les Espagnols (26 octobre 1651): il promet de livrer un port français, Bourg-sur-Gironde, contre 500 000 écus pour lever des troupes. À la fin de l'année, Condé contrôle la Guyenne (avec Bordeaux comme point d'appui), la Saintonge, l'Aunis, le Limousin, le Berry, la Provence du comte d'Alais et la ville-pont de Stenay sur la Meuse (pour une jonction avec les troupes impériales).

De son côté, la reine-mère, accompagnée du roi et de Turenne, installe la Cour à Poitiers afin de se rapprocher de la base de Condé (Bordeaux). Paris est livrée au Parlement, à Jean-François Paul de Gondi, le coadjuteur, et à Gaston d'Orléans. Le désordre est total puisque les Parisiens mettent au ban du royaume les Condéens d'une part, et à prix la tête de Mazarin d'autre part[6] (150 000 livres tournois), le 29 décembre. Les troupes royales s'occupent d'abord de Condé et le neutralisent. Il est battu par le comte d'Harcourt à Cognac (15 novembre 1651) et en Guyenne (hiver 1651-1652).

En janvier 1652, Anne d'Autriche rappelle Mazarin. En février, la Cour décide de marcher sur Paris. Les troupes de Condé en profitent pour harceler l'arrière de l'armée royale (Bléneau, le 7 avril 1652). Turenne parvient à débloquer la situation: il harcèle l'armée de Condé en Beauce, combat autour d'Étampes en mai et occupe Villeneuve-Saint-Georges pour couper Condé des Lorrains de Charles IV venus secourir le prince[7].

Anne Marie Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, dite la grande Mademoiselle (1627-1693) par Gilbert de Sève.
Elle joue un rôle prépondérant durant la Fronde. Sa détermination proviendrait de sa rancune envers Mazarin qui s'est opposé à son projet de mariage avec Louis XIV, son cousin.

Autour de Paris, les troupes royales et celles de Condé se livrent finalement à une guerre d'escarmouches. L'armée royale assiège Paris, Condé tente de libérer la ville. Le 2 juillet, alors qu'un combat se déroule dans le Faubourg Saint-Antoine, la grande Mademoiselle fait donner le canon sur la cavalerie royale et sur les hauteurs de Charonne, d'où Louis XIV et Mazarin observaient l'action. Cet épisode du canon de la Bastille, permet à Condé de trouver refuge dans la ville. Il y fait régner la terreur: l'Hôtel de Ville est brûlé et les édiles, devenus favorables au roi parce qu'ils souhaitent la fin du siège, sont massacrés par des soldats déguisés en ouvriers (4 juillet 1652). Le Parlement déclare Gaston d'Orléans lieutenant général de l'État (20 juillet).

Pourtant, seul le menu peuple reste brousseliste et condéen. Les notables de la ville aspirent à un retour au calme. Le roi convoque le Parlement hors les murs, à Pontoise. Pour répondre au vœu des parlementaires de Pontoise, désireux d'enlever tout prétexte de révolte à ceux de Paris, Mazarin fait mine de s'exiler à nouveau. Il se rend à Château-Thierry ; de là, il gagnera Bouillon

Devant la formation d'un parti déterminé à ramener l'ordre à Paris (manifestation du Palais-Royal, 24 septembre 1652), Condé quitte Paris (13 octobre) pour Bruxelles et se met au service de l'Espagne.

Le retour triomphal de Louis XIV

Le 21 octobre 1652, Louis XIV entre triomphalement à Paris. Il s'installe au Louvre.

La déclaration royale du 12 novembre 1652 déchoit le prince de Condé de ses dignités et gouvernements (le 27 mars 1654, un arrêt du Parlement le condamnera à mort). Après la Fronde, il continue de vivre en exil pendant sept années (octobre 1652-novembre 1659). Il estime ne pas être hostile "à son roi" mais "au Mazarin". Ce n'est qu'en 1659 qu'il s'en remet à l'indulgence du roi. Une clause du traité des Pyrénées lui permet de recouvrer ses titres et ses biens. Le 27 janvier 1660, à Aix, il se jette aux pieds de Louis XIV avant de recevoir des lettres d'abolition en sa faveur et celle de ses compagnons. Quant au frère de Condé, le prince de Conti, il a également continué la lutte après l'entente qui se dessinait en octobre 1652. Déclaré coupable de lèse-majesté, il baisse les armes en signant la paix à Pézenas, le 20 juillet 1653. Ce traité met définitivement un terme à la Fronde des Princes. Il se dépouille de ses bénéfices ecclésiastiques et accepte d'épouser la nièce de Mazarin, Anne-Marie Martinozzi en 1654.

Gondi, qui avait été fait cardinal de Retz le 21 septembre 1651 par le pape Innocent X, est aussitôt jeté en prison au château de Vincennes puis à Nantes. Il s'évade en 1654 pour gagner Rome.

La duchesse de Longueville ne connait pas la disgrâce. Des lettres patentes d'avril 1653 confirment le rang de son mari entre celui de prince du sang et celui de duc et pair. La duchesse, veuve en 1663, se retire du monde et devient une figure importante de Port-Royal. En revanche, la Grande Mademoiselle reçoit un ordre d'exil (21 octobre 1652). Elle part au château de Saint-Fargeau avec ses amies frondeuses (madame de Fiesque, madame de Frontenac). Elle y demeure jusqu'en 1657 et entreprend d'écrire ses Mémoires qui, au demeurant, restent "l'un des témoignages les plus riches sur la cour et sur la sensibilité féminine au XVIIe siècle"[8].
Concernant la Robe parisienne, un lit de justice triomphal, tenu au Louvre et non au Palais, interdit aux magistrats de « prendre aucune connaissance des affaires de l'État ».
Pour finir, Mazarin rentre à son tour le 3 février 1653 sous les applaudissements des Parisiens qui l'avaient tant décrié dans de scabreuses mazarinades.

Notes et références

  1. Méthivier (Hubert), L'Ancien Régime en France, XVIe-XVIIe-XVIIIe siècles, Paris, P.U.F., 1981, 3e éd. 2003, p. 263.
  2. Ibid., p. 263.
  3. Bély (Lucien), La France moderne. 1498-1789, Paris, P.U.F., coll. Quadrige, 1994, réed. 2003, p. 353.
  4. Cardinal de Retz, Mémoires, Edition de Michel Perrot, Paris, Gallimard, coll. Folio classique, 2003, p. 20.
  5. Loirette (Gabriel), "La désolation des campagnes bordelaises en 1649-1650" in Bulletin philologique et historique, Paris, 1957, p. 197.
  6. Méthivier (Hubert), op.cit., p. 265.
  7. Méthivier (Hubert), Ibid., p. 266. Voir aussi : Jacquart (Jean), "La Fronde des princes dans la région parisienne et ses conséquences matérielles" in Revue d'Histoire Modene et Contemporaine (RHMC), octobre 1960.
  8. Bluche (François, dir.), op.cit., p. 932.

Bibliographie

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  • Joël Cornette, Les années cardinales: chronique de la France (1599-1652), Paris, Sedes, 2000. ISBN 2-7181-9320-4
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Les institutions dans la France du XVIIe siècle
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Les acteurs de la Fronde
  • Claude Badalo-Dulong, Banquier du roi: Barthélemy Hervart (1606-1676), Paris, Ségur, 1951.
  • Katia Béguin, Les princes de Condé. Rebelles, courtisans et mécènes dans la France du Grand siècle, Seyssel, Champ-Vallon, 1999. ISBN 2-87673-277-7
  • Jean Bérenger, Turenne, Paris, Fayard, 1987, réimp. 1998. ISBN 2-7028-1653-3
  • Joël Cornette, La mélancolie du pouvoir: Omer Talon et le procès de la raison d'État, Paris, Fayard, 1998. ISBN 2-213-60198-4
  • Georges Dethan, Mazarin, un homme de paix à l'âge baroque, 1602-1661, Paris, Imprimerie nationale, 1981.
  • Claude Dulong, Mazarin, Paris, Perrin, 1999. ISBN 2-7028-3639-9
  • Claude Dulong, Anne d'Autriche: mère de Louis XIV, Paris, Perrin, 2000. ISBN 2-262-01601-1
  • Pierre Goubert, Mazarin, Paris, Fayard, 1990. ISBN 2-213-01650-X
  • Marie-Catherine Vignal-Souleyreau, Anne d'Autriche: la jeunesse d'une souveraine, Paris, Flammarion, 2006. ISBN 2-08-068810-3
Les mots de la Fronde
  • Hubert Carrier, Les mazarinades: la presse de la Fronde (1648-1653), Genève, Droz, 1989.
  • Christian Jouhaud, Mazarinades : la Fronde des mots, Paris, Aubier, 1985. ISBN 2-7007-0390-1

Principaux acteurs de la Fronde

Du côté du roi

Frondeurs

Revirements

  • le vicomte de Turenne, qui y fait sa gloire
  • le Grand Condé
  • le jeune lieutenant Vauban, qui servait dans le régiment Condé Cavalerie, fait prisonnier en Champagne en 1653, rallie le camp du roi sur la proposition que lui fait Mazarin.

Ces deux généraux luttèrent alternativement à la tête des troupes royales, puis des Frondeurs

La Fronde dans les œuvres de fiction

Liens externes

  • Bibliothèque nationale de France. Ce lien vous conduira sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France. Cliquez sur l'onglet "Recherche" (en rouge). En effectuant une recherche par sujet à partir du mot "Fronde", vous pourrez télécharger librement des sources d'époque, notamment les œuvres du cardinal de Retz.
Meuble héraldique Fleur de lys.svg Les événements du règne de Louis XIV (1643-1715) Meuble héraldique Fleur de lys.svg

Victoire de Rocroi • La Fronde • Traités de Westphalie • Traité des Pyrénées • Emménagement au Château de Versailles • Guerre de Dévolution • Traité d'Aix-la-Chapelle • Guerre de Hollande • Traité de Nimègue • Guerre des Réunions • Guerre de la ligue d'Augsbourg • Guerre de Succession d'Espagne • Mort de Louis XIV


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