Aïnous (ethnie du Japon)
Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le peuple aïnou du Nord du Japon. Pour les autres significations, voir Aïnou.
Aïnous
AinuGroup.JPG
Aïnous en 1904.
Populations
Population totale env. 150 000
Hokkaidō (Drapeau du Japon Japon)
Îles Kouriles et Kamtchatka Sibérie (Drapeau de Russie Russie)
Autre
Langue(s) Aïnou
Religion(s) Animisme

Les Aïnous (アイヌ?, « a.i.nu », qui signifie « humain » en aïnou), aussi appelés Utari (ウタリ?, qui signifie « camarade »), sont une population aborigène. Ils vivent dans le Nord du Japon et à l'extrême Est de la Russie. Vers -1300, leurs ancêtres ont migré vers Hokkaidō, les îles Kouriles, l'île de Sakhaline et le sud de la péninsule du Kamtchatka. Soit 1000 ans avant les peuples de Wa qui sont les ancêtres des Japonais actuels, arrivés par l'île de Honshū (vraisemblablement depuis la Corée).

Ils étaient hier en voie d'extinction : on compte, de nos jours, environ 150 000 membres de ce groupe ethnique [réf. nécessaire], mais aucun recensement exact n'a été tenu car beaucoup d'Aïnous cachent leur origine ou, dans bien des cas, ne la connaissent même pas, leurs parents la leur ayant dissimulée pour les protéger de la discrimination et du racisme.

Sommaire

Histoire

carte montrant la répartition des Aïnous en Asie

Origines, différentes hypothèses

Hypothèse caucasienne

Morphologiquement, les Aïnous ne ressemblent pas aux Japonais. Ils sont plus grands, leur carrure et pilosité sont plus affirmées, leur peau est plus claire, leur visage moins lisse et leurs yeux ne sont pas bridés. Ils ne sont pas mongoloïdes (type morphologique des Japonais, Coréens et Chinois). Avec ces caractéristiques physiques, ils ont été longtemps associés au type caucasien.[réf. nécessaire]. Les Aïnous actuels sont en fait largement métissés et ressemblent donc plus aux Japonais qu'il y a quelques siècles[réf. souhaitée].

Hypothèse de parentés avec l'Asie centrale

Les tests génétiques effectués sur les Aïnous montrent qu'ils font partie de l'Haplogroupe D du chromosome Y[1]. Or cet haplogroupe est rare et n'est retrouvé en quantité significative qu'au Tibet et dans les îles Andaman ce qui suggère une parenté avec les peuples d'Asie centrale. Le groupe ethnique dont descendraient les Aïnous était, si l'on suit cette hypothèse, installé en Asie centrale et orientale. Il en aurait été chassé par l'expansion des Han.

Brassage avec les Nivkhes

Un Aïnou sur huit possède aussi les caractères de l'haplogroupe C3 qui est le plus commun parmi les populations de l'extrême est de la Russie et parmi les populations de Mongolie. Certains ont avancé que cet haplogroupe serait le résultat d'un brassage génétique unidirectionnel avec les Nivkhes[2] avec qui les Aïnous ont d'ailleurs des points communs sur le plan culturel (sculpture sur bois, festival de l'ours, motifs des habits[3]). Cette hypothèse de brassage avec les Nivkhes est encore soutenue par la similarité des langues des deux peuples[réf. nécessaire].

Originaires de l'Asie du Sud ?

Certains scientifiques ont avancé le fait que les Aïnous descendent d'un groupe ethnique préhistorique qui aurait aussi engendré les aborigènes d'Australie. Cette hypothèse se base sur la découverte d'ossements de la période Jōmon datant d'il y a 10 000 ans. Ces ossements possèdent un faciès semblable à celui des peuples d'Australie et de Nouvelle-Guinée. Le géographe français Jean Delvert avançait que l'architecture des maisons traditionnelles des Aïnous (sur pilotis, avec des cloisons végétales) étant proche de celle des anciennes habitations proto-Malaises, une origine des Aïnous dans le sud-est asiatique n'est pas à exclure.

Différence entre Aïnous et Japonais

Les Aïnous sont le seul peuple de la période Jōmon à ne pas avoir subi de brassage génétique avec les peuples de la période Yayoi, arrivés plus tard de la péninsule Coréenne. De ce fait, ils sont proches des habitants des îles Ryūkyū, qui sont aussi issus des peuples Jōmon et ont été peu mixés avec les peuples Yayoi. Les Japonais sont issus du mélange entre Jōmon et immigrants de Corée.

Période pré-japonaise

On ne sait pas grand chose de l'histoire pré-japonaise des Aïnous. Au début, les premiers contacts avec les Japonais étaient amicaux et les deux peuples nouèrent des relations commerciales d'égal à égal. Au fil du temps, le Japon commence à dominer la relation et à établir de grandes colonies sur le territoire aïnou. Les Aïnous sont pour la première fois mentionnés par les Japonais dans le Kojiki comme étant les descendants d'un peuple ancien : les « Emishi » (littéralement, les « barbares qui ne sont pas sous l'autorité politique du Japon »).

Refoulement des Aïnous vers Hokkaidō

Les Japonais avancent progressivement vers le Nord en prenant le contrôle des terres des Aïnous, abandonnées généralement sans résistance. On connaît cependant des guerres toutes perdues par les Aïnous : 1268 (première révolte connue), 1457 (bataille de Koshamain), 1669 (bataille de Shiyakushiyain entre les Aïnous et le clan Matsumae) et 1789. En 1799, les Aïnous de l'est d'Hokkaido sont soumis au contrôle du shogun et en 1807, c'est au tour de ceux de l'ouest de l'île. On peut expliquer cette quasi-absence de résistance par leurs croyances selon lesquelles la terre n'appartient à personne.

Disparition de la culture aïnou

Un Aïnou, vers 1880

Pendant ces siècles où les Européens pratiquent la colonisation et l'esclavage (XVIe siècle - milieu du XIXe siècle), où les Américains font la chasse à l'indigène, les Japonais exercent « l'assimilation forcée », entre autres sur les Aïnous : l'habillement, la religion et l'éducation de toutes les populations du territoire japonais doivent être japonais. Puis, les règles japonaises durant l'ère Meiji (XIXe siècle - début du XXe siècle) s'attachent à « réformer » le mode de vie aïnou dans son quotidien, interdisant leur langue et les cantonnant à l'agriculture sur des parcelles fournies par le gouvernement. Les Aïnous sont aussi employés dans des conditions proches de l'esclavage par l'industrie de la pêche. Ils ont aussi été forcés (par le clan Matsumae) à servir de population tampon entre les Japonais et les Russes[4].

Il en fut de même en Russie où ils furent convertis à la religion orthodoxe. Après 1945, beaucoup d'Aïnous de Russie rejoignirent le Japon. La présence des Aïnous en Russie fut d'ailleurs cachée. La guerre russo-japonaise eut aussi une influence sur la disparition des Aïnous de Russie. Ainsi lorsque l'île Sakhaline a été rattachée au Japon (prenant le nom de Karafuto), les Aïnous furent envoyés sur l'île d'Hokkaidō.

Reconnaissance de l'identité aïnou

Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les Aïnous sont contraints de « devenir Japonais », de renier leurs rites, leurs arts, leur mode de vie, leur religion (abandon des cérémonies de mariage, d'enterrement, des esprits animaux). À partir de 1960, les Aïnous commencent à se rassembler pour acquérir « le droit à la différence ». Leurs demandes régulières, menées par l'Association Utari et Giichi Nomura, n'ont aucun aboutissement, mais ils poursuivent leurs efforts et soutiennent leur projet de lois pour faire valoir leur « droit à la différence ». Mais ce n'est qu'en 1994, grâce à la pression exercée par l'ONU en faveur des peuples autochtones, qu'ils parviennent à faire entrer un des leurs, Shigeru Kayano, à la Kokkai (Parlement japonais).

Dévoué à son peuple depuis toujours, Shigeru Kayano n'a cessé de se battre pour obtenir sa reconnaissance. En 1997, est promulguée la Loi pour la promotion de la culture aïnou et pour la diffusion et le soutien des traditions aïnous et de la culture des Aïnous. Depuis, les Aïnous ont le droit et le devoir de promouvoir leur culture, leur différence. Plusieurs dizaines de musées et de centres culturels dédiés à la culture aïnou sont les réceptacles de leur savoir, de leurs traditions. Mais la discrimination existe toujours (selon un sondage du gouvernement de Hokkaidō en 1999, un Aïnou sur deux seulement n'a pas été témoin de discrimination envers des Aïnous (qu'il soit lui-même victime ou non) et les Aïnous espèrent aujourd'hui obtenir davantage que le « droit à montrer leur culture » : le « droit à vivre selon leur culture ».

Aujourd'hui, un journal en langue aïnou est publié : le Ainu Times[5]. Comme les Aïnous ne connaissaient pas l'écriture, un syllabaire proche du katakana a été mis au point et est utilisé par ce journal.

La culture aïnou figure à présent au sein des manuels scolaires : elle doit représenter au moins deux pages dans les livres d'histoire-géographie[6].

Religion

peinture japonaise datant de 1870 montrant le sacrifice d'un ours par des Aïnous

Les Aïnous sont animistes. Selon la tradition, tout élément de la nature contient un kamuy (esprit, écrit aussi kamui). Il y a une hiérarchie dans les kamuy. Le plus important est celui du feu (Apehuci-Kamuy) ; ensuite on trouve les kamuy des animaux de montagne et encore derrière, les kamuy des animaux de la mer. Les Aïnous remercient les dieux avant de manger, et prient le kamuy du feu lorsqu'ils sont malades. Ils croient que les esprits sont immortels, et qu'ils seront récompensés par l'accès à la terre des dieux.

Le folklore aïnou contient aussi des sortes de petits lutins, les Koropokkuru.

Liste des Kamuy

  • Ae-oina Kamui, il aurait enseigné aux hommes les arts domestiques
  • Akkorokamui
  • Apasam Kamui
  • Apehuci-Kamuy (kamuy du feu)
  • Cep Kamuy (kamuy du saumon)
  • Chikap Kamui, kamuy des hiboux et de la terre
  • Chup Kamui, kamuy du soleil
  • Hash-Inau-uk Kamui, kamuy de la chasse
  • Kamui Fuchi, kamuy du foyer
  • Kanna Kamuy, le kamuy de l'orage
  • Kenash Unarabe, un monstre buveur de sang qui attaque les chasseurs
  • Kim-un Kamui, kamuy des ours
  • Kinashut Kamui, kamuy des serpents
  • Moshirikara Kamui, créateur de la terre
  • Nusakoro Kamui, messager des dieux et représentant de la mort
  • Pauchi Kamui, esprit malin responsable de la maladie
  • Repun Kamui, kamuy de l'orque et de la mer
  • Shinda (kamuy de la fertilité)
  • Tuntu (kamuy du ciel), aussi appelé Kamui
  • Shiramba Kamui, kamuy du bois, de la nature
  • Waka-ush Kamui, kamuy de l'eau potable
  • Yushkep Kamui, kamuy de l'araignée

Certains Aïnous habitant à l'extrême nord de l'archipel sont maintenant membres de l'église orthodoxe russe.

Cosmogonie

représentation d'un Koropokkuru

Pour les Aïnous, il existe six cieux et six enfers où vivent les dieux, les démons et les animaux. Les démons vivent dans les cieux les plus bas. Au niveau des nuages et des étoiles vivent les dieux les moins importants. Dans le plus haut des cieux, vivent Tuntu, le Dieu créateur, et ses serviteurs. Son royaume est entouré par un mur de métal et la seule façon d'y entrer est de passer par une grande porte de fer.

Tuntu créa ce monde comme un grand océan reposant sur la colonne vertébrale d'une gigantesque truite. Lorsque ce poisson bouge, la terre tremble.

Un jour Tuntu regarda vers ce monde d'eau et décida d'en faire quelque chose. Il y envoya un oiseau qui en volant au-dessus de l'océan chassa l'eau et ainsi des îles surgirent.

Quand les animaux des cieux virent combien ce nouveau monde était beau, ils demandèrent à Tuntu la permission d'aller y vivre. Celui-ci accepta. Mais Tuntu fabriqua aussi des créatures faites uniquement pour ce monde. Les premiers Aïnous étaient nés, ils avaient un corps de terre et des cheveux à base de végétaux. Tuntu envoya aussi Aioina, un homme divin, sur terre pour enseigner aux Aïnous comment chasser et faire la cuisine.

Habitat

reconstitution d'une habitation aïnou

Les Aïnous s’établissent aux bords des rivières ou des mers, dans des zones où ils s’estiment protégés des désastres naturels. Ils vivent en communauté, regroupés en villages appelés kotan, où chaque famille a sa cise (maison). En moyenne, un kotan se compose d’une dizaine de cises.

Les Aïnous disposent de nombreuses constructions en dehors des cise : garde-mangers (pu, où ils font notamment sécher le poisson), séchoirs à linge, appentis, etc. On trouve aussi des cages pour les ours et de nombreux « autels » verticaux protégeant le kotan.

L'entrée des maisons aïnous se trouve à l'ouest. Elles n'ont qu'une seule pièce. Le centre de la maison est occupé par un foyer. Les maisons n'ont pas de cheminée. L'évacuation des fumées se fait par des orifices laissés à l'angle du toit.

Les habitations des Aïnous ont toujours trois fenêtres (on peut d'ailleurs le constater sur l'image de droite). Deux d'entre elles sont toujours dans la même direction. Il n'y a jamais de fenêtre au nord[7],[8].

Mode de vie

A l’origine, le territoire japonais était couvert de forêts. Dans les dures conditions de l’environnement nordique, les Aïnous subvenaient à leurs besoins par la pratique de la chasse, de la pêche, de la cueillette de fruits et de plantes . Ils concevaient et construisaient les outils utiles et nécessaires à ces pratiques avec un savoir-faire unique et spécifique.

De nombreux outils sont utilisés en fonction de la tâche : arcs et flèches, pièges complexes (trappes et autres), crochets (marek), harpons (kite), filets de chasse, systèmes de creusage, pioches pour les plantes, métiers à tisser (karepinki), couteaux (makiri), etc.

Outre les ressources obtenues par les activités traditionnelles, les Aïnous conservaient certains articles dans le but de les échanger avec les populations voisines. La fourrure et les peaux (cerfs de Yezo, zibelines, plumes de faucon…) étaient réservés à cet effet. Les Aïnous étaient de grands commerçants. Les témoins de leurs échanges avec les Wajin, toutes les populations minoritaires limitrophes, mais aussi avec les Chinois et même les Européens, sont souvent exposées dans les musées de culture aïnoue (verres soufflés, des tissus en soie, des outils en métal, etc.). Les Aïnous ont construit leurs vies en contact avec les autres populations, partageant et échangeant leurs « marchandises » autant que leurs savoirs.

Culture

Ainu faces (gray).gif
Les Aïnous ont conservé, développé et enrichi de nombreuses traditions au cours des siècles, se forgeant une grande diversité de savoir-faire et d'expressions artistiques. Encore aujourd'hui, ces arts sont exercés.

Les Aïnous et leur corps

Les hommes ont pour habitude après un certain âge de ne plus se raser et de laisser pousser leurs cheveux librement.

Les femmes, elles, se tatouent dès la puberté. Les parties alors tatouées sont les bras, la bouche, la lèvre supérieure, la vulve et parfois, le front. Elles utilisent aussi de la suie pour donner de la couleur à leur visage. Les femmes, tout comme les hommes, portent des boucles d'oreilles (en aïnou : ninkari). Les bijoux ne sont portés par les Aïnous que depuis le XIIe siècle, date où le métal fut introduit chez eux.

Le tissage et la broderie

Tout d'abord, la broderie des Aïnous est un art unique et spécifique, d'une complexité telle qu'elle ne saurait être expliquée en quelques lignes. Les textiles aïnous, tissés selon les traditions culturelles des Aïnous, sont couverts de motifs brodés.

Ces motifs, représentés à la base pour protéger les propriétaires de l'intrusion de mauvais esprits (maladies, moisissures, blessures), sont sujets à de nombreuses études. Ils varient d'un kotan (village) à l'autre et sont tissés sur des métiers à tisser (appelés karepinki) tout aussi uniques en leur genre, les Aïnous possèdent un puissant savoir-faire en matière de textile.

Ils fabriquent notamment leurs vêtements à base de plumes d'oiseaux, de fibres tirées d'écorces[9],[10].

La gravure sur bois

Inaos

On raconte que les garçons Aïnous ne devenaient hommes que lorsqu’ils étaient habiles dans les arts de la chasse, de la pêche, et de la gravure sur bois. Cet art est donc considéré comme un rite de passage à l’âge adulte. Les outils et les meubles aïnous sont toujours gravés. En plus d’être fonctionnels, ces articles revêtaient donc une caractéristique esthétique.

Le seul outil du graveur aïnou est son makiri (couteau). Cette technique, aussi bien que son esthétique, sont uniques au monde. De nombreux musées et centres culturels aïnous exposent fièrement toutes ces œuvres-là. Aujourd’hui, des artistes aïnous modernes travaillent encore cet art, vivant de la technique qu’ils ont héritée de leurs ancêtres. Les œuvres sont vendues aux galeristes, et aux touristes.

Le sculpteur Bikki (6 mars 1931 – 25 janvier 1989) a acquis ainsi une renommée internationale, permis le début des collaborations entre Aïnous et Canadiens, élaboré plusieurs monuments municipaux, etc. Deux astronomes japonais ont donné son nom (Bikki) à une planète (K. Endate et K. Watanabe, le 1er septembre 1993,à la planète 5372).

Voir aussi : Inaos

La danse et le chant

La danse traditionnelle Ainu *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Pays * Drapeau du Japon Japon
Région * Asie et Pacifique
Liste Liste représentative
Fiche 00278
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO

Depuis toujours, les Aïnous chantent et dansent pour leurs cérémonies (Iyomante (celle de l'esprit ours, par exemple) et durant leurs célébrations (naissances, fêtes, mariages, enterrements). Ils chantent et dansent pendant leurs prières et quand ils content leurs légendes (les Kutune-Shirka ou les Yukar), mais aussi en famille, lors de réunions amicales et même pendant le travail quotidien (cueillette, retour de chasse, confection des bouillies, etc.). Il existe de nombreuses danses : rimse, upopo, horippa (danses en cercle), les danses de prière, les danses de jeu, les danses d’exorcisme, les danses de travail, les danses qui décrivent les mouvements des animaux… Ces danses varient d’une région à l’autre, d’un kotan à l’autre, et sont si nombreuses, si variées, qu’elles ne peuvent faire l'objet d'un inventaire complet. Elles ont toutefois obtenu aujourd’hui la reconnaissance en tant que « biens culturels folkloriques intangibles ».

Généralement, les danses se font sans instruments, seuls les voix, les frappements et claquements de mains guident ces danses. Les Aïnous chantent, imitent des cris d’animaux ou psalmodient des onomatopées. Les danseurs ne sont pas professionnels: tous les Aïnous dansent. La plupart des danses sont mixtes mais, ce sont essentiellement des femmes qui dansent et, seules certaines danses sont des danses d’hommes. Pour les Aïnous, danser est un moment de plaisir qui se partage avec les kamuys (les esprits). Le fils de Bikki, Oki, défend ces arts.

Le mukkuri et le tonkori

Un Tonkori

Les Aïnous possèdent deux types d'instruments : le mukkuri, aussi appelé harpe buccale, ou luth japonais, qui est un instrument de musique fait de bambou et de ficelle. Taillé comme une fine cuillère plate mesurant 10 à 15 cm de long et 1 cm de large, le centre du mukkuri est creusé de la forme d’une langue à laquelle est attachée une ficelle aux deux extrémités. Pour en jouer, il faut placer la ficelle dans une main et poser avec l’autre main le mukkuri contre le bord de la bouche. Il faut tirer la ficelle pour créer une vibration. Les joueurs varient les sonorités émises en ouvrant plus ou moins la bouche tandis qu’ils soufflent tout en tirant la ficelle plus ou moins rapidement. Ces instruments, proches des guimbardes, existent aussi chez les peuples indigènes de Taïwan et chez certaines ethnies nordiques ainsi que chez d’autres peuples indigènes dans le monde entier. La technique de construction et la technique d’utilisation du mukkuri sont deux arts indissociables.

Le tonkori est un instrument de musique taillé comme une cithare japonaise et tout d’abord utilisé par les Aïnous de Sakhaline. Un arbre est vidé pour composer le corps de l’instrument, au-dessus duquel est attaché un morceau de bois plat. Il mesure entre 70 et 150 cm de long et approximativement 15 cm de large. Il possède en général cinq cordes, mais il est possible d'en voir moins souvent avec soit trois, soit six cordes. Le tonkori est porté et joué en pinçant les cordes avec les deux mains mais en prenant soin de ne pas poser les doigts sur les cordes. C’est un art complexe qui demande une grande dextérité.

Le fils de Bikki, Oki, permet de faire entendre ces instruments au Japon et à l'étranger.

La gastronomie

Les techniques culinaires et les plats aïnous font partie des arts gastronomiques autant que des biens culturels intangibles, ils sont donc sans contestation possible l’un des témoins de la culture aïnoue.

L'association Rera propose de goûter à ces témoignages dans un restaurant aïnou situé dans le quartier de Nakano à Tōkyō.

Ingrédients utilisés

Pukusa
  • haricots
  • millet
  • sarrasin
  • blé
  • Pukusa, en japonais gyōja ninniku (ギョウジャニンニク?), en français : Ail à tuniques réticulées.

Viandes :

Poissons :

  • saumon (les Aïnous connaissaient des systèmes de pêches perfectionnés (enclos) pour attraper les saumons[11]
  • truite
  • carpe

Mets

  • Kitokamu
  • Munchiro Sayo
  • Ohaw, nom des soupes faites par les Aïnous. Il en existe beaucoup de sortes[12].
  • Munini-imo, un type de galette

Politique

drapeau des Aïnous

Organisation politique de la société aïnoue

Ce peuple de pêcheurs et chasseurs possède une structure sociale patriarcale et polygamique. Leur religion est de type animiste : l'ours y est l'entité la plus vénérée.

De nos jours, les Aïnous sont placés sous les lois du Japon. Avant cela, leur système politique était basé sur un système de chefs héréditaires, trois dans chaque village. Administrativement, leur pays était divisé en trois comtés : Saru, Usu et Ishikari. Les relations entre ces différents comtés étaient éloignées et les mariages entre des habitants de différents comtés évités. Les fonctions de juges n'étaient pas attachées aux chefs du village, à la place un nombre indéterminé de membres de la communauté s'asseyaient pour juger les criminels. L'emprisonnement n'existait pas et était remplacé par des coups qui étaient considérés comme suffisants. Dans le cas des meurtres toutefois, le nez et les oreilles de l'assassin étaient coupés ou bien les tendons de ses pieds tranchés.

Politique actuelle

Actuellement, à l'instar des Amérindiens, ceux qui n'ont pas été assimilés par la communauté japonaise se retrouvent confinés dans des réserves. Les Aïnous assimilés souffrent de la discrimination (près de la moitié d'entre-eux en ont souffert) et ils vivent dans des conditions inférieures à la moyenne japonaise. Ils font aussi moins d'études[13].

De nos jours, nombre d'entre eux rejettent le terme Aïnou et lui prèfère celui d'Utari (« camarade » en langue des Aïnous). Dans les documents officiels les deux termes sont utilisés. Au Japon, les Aïnous sont également appelés Ebisu (?, « sauvage »), Emishi ou Ezo (蝦夷?).

Les revendications actuelles des Aïnous portent sur l'exigence d'une représentation légale des populations minoritaires japonaises dans les couloirs du pouvoir (chambres constitutionnelles). En effet, à part Shigeru Kayano, aucun représentant de minorité nippone n'a eu la parole dans les hauts lieux du pouvoir japonais. Les Aïnous vont jusqu'à demander la création d'un État fédéral dans lequel leur voix portera autant que celle du gouvernement japonais, exigence excessive pour les Japonais.

Un projet, dont l’élaboration a commencé avec la promulgation de la Loi pour la Promotion de la Culture des Aïnous en 1997, tend à rendre possibles les revendications des Aïnous : c’est le parc Iwor. Ce projet, dit de « parc historique », permettrait de « reproduire les espaces de vie traditionnelle » et d’agir pour la « préservation de l’environnement ». Un espace appartenant aux Aïnous, géré par les Aïnous, dans lequel pourraient être conservés et transmis les traditions et mode de vie des Aïnous. Mais aujourd'hui, pour les raisons politiques mentionnées au paragraphe précédent, le parc Iwor ne peut toujours pas être construit.

L'espoir porte à présent sur l'ONU et son Instance des Peuples Autochtones qui doit préparer une déclaration des droits des peuples aborigènes, laquelle pourrait aider à débloquer la situation.

L'ethnie des Aïnous réclame aussi un dédommagement s'élevant à 1,5 milliard de yens auprès des autorités japonaises pour avoir subi la colonisation japonaise[14].

Le 6 juin 2008, le Parlement japonais a reconnu l'existence du peuple indigène Aïnou et a promis d'améliorer ses conditions de vie. La résolution, votée à l'unanimité par les élus des partis au pouvoir et de l'opposition, affirme pour la première fois que les Aïnous « sont un peuple indigène avec sa propre langue, religion et culture ».

Langue

Tout comme celle du peuple Aïnou, les origines de la langue sont incertaines.

L'aïnou est un isolat, les spécialistes n'ont pas réussi à établir sa parenté linguistique avec d'autres langues. D'un point de vue typologique, il est plutôt proche des langues dites paléo-sibériennes. On constate un certain nombre de mots communs entre l'aïnou et le nivkhe ainsi qu'entre l'aïnou et le japonais, mais il s'agit d'emprunts[réf. souhaitée].

De nombreux toponymes ont pour origine la langue aïnou en dépit des efforts japonais pour éviter ce fait. Par exemple Shiretoko vient de l'aïnou « sir-etok  » qui signifie « l'extrémité de la terre »

L'aïnou (langue) n'est plus pratiqué par les Aïnous (peuple) qui parlent japonais.

Sous-groupes

Une explication de la domestication ?

Chez les Aïnous, il est un rituel qui a particulièrement frappé les ethnologues, c'est leur rituel de l'ours. En effet, on est en présence d'un rituel religieux, sans la moindre utilité économique, mais clairement apparenté à l'élevage, alors que ce peuple ne le pratique pas. Le même rituel, appliqué à un loup (pas encore un chien), ou à un bovin (encore sauvage) ou un autre animal domesticable, aurait donné à la longue des effets faciles à imaginer : la domestication, et l'intérêt pratique non prévu mais s'imposant aurait recouvert l'intention rituelle qu'on ne remarquerait plus. Mais comme l'ours n'est semble-t-il pas domesticable, le rituel a pu être conservé sans trop de variations, et apparaît comme un précieux fossile culturel, qui peut nous aider à imaginer le processus culturel à l'origine de l'élevage.

C'est la thèse que l'anthropologue René Girard a développée[16]. C'est la nécessité d'acclimater les animaux pour en faire des victimes propres au sacrifice rituel qui aurait donné naissance, comme conséquence imprévue, à la domestication, pratique qui nous apparaît naïvement comme ayant été anticipée pour sa rentabilité économique, alors qu'elle est coûteuse, et même très coûteuse : seule l'exigence rituelle permet de justifier les efforts déployés pour conserver près de soi et nourrir un animal qui ne s'y prête pas, et ceci sur une longue période. Il faut considérer les difficultés (trouver de quoi le nourrir, lui éviter les maladies, souffrir ses parasites, ses déjections, son comportement mal contrôlable, etc.) alors que la même viande pourrait être trouvée en une journée de chasse. L'élevage apparait donc comme une conséquence fortuite de la nécessité de se constituer une réserve de victimes sacrifiables, chez un peuple qui a eu la chance, au contraire des Aïnous, d'avoir à sa portée une espèce domesticable.

Anecdotes et rumeurs

Il paraitrait que les premiers représentants japonais aux Jeux olympiques (Jeux olympiques d'été de 1912 à Stockholm) étaient tous Aïnous, aberration lorsqu'on sait qu'à cette époque (fin XIXe - début XXe siècle), les Aïnous étaient déconsidérés et rejetés par le peuple japonais.

Il semble que Hayao Miyazaki, le fameux réalisateur japonais (Nausicaä de la vallée du vent, Mon voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro...), se serait inspiré des Aïnous pour réaliser l'un de ses plus grands succès : « Princesse Mononoké » (titre original : Mononoke Hime). Si l'homme a toujours affirmé le contraire[17], certains éléments de son film semblent pourtant adhérer à cette théorie. Exemples :

  • Ashitaka un personnage principal fait partie d'une tribu cachée nommée Emishis dans la version française.
  • l'Inaos, typiquement et indéniablement témoin de la culture aïnou, présent devant la maison de rassemblement du village où vit Ashitaka.
  • la présence de forges aux abords de « l'endroit » où se trouve son village (sachant que les Wajin (peuple de Wa), ancêtres des Japonais, ont commencé à s'installer en Hokkaidō où vivaient les Aïnous pour y construire des « zones de commerce » et ... des forges).
  • la période dans laquelle se situe le film (selon une citation de Miyazaki : période Muromachi), période où le peuple aïnou était la population humaine la plus représentée sur Hokkaidō.
  • Et surtout la présence de lutins sylvestres (appelés kodama dans la version originale. Si la traduction française dans le film est « les sylvains », la traduction littérale du terme signifie « esprits des arbres »), représentations évidentes de « koropokkuru », présents dans les légendes des Aïnous.

Le jeu vidéo Ōkami contient de nombreuses références aux Aïnous (renommés "Oïnas"), présentés comme les membres d'une tribu au nord du Nippon (la région de Kamui), vivant avec la nature et pouvant se transformer en chiens. De même, Amaterasu, le personnage principal, est accompagné par Issun, un koropokkuru.

Citations

  • La ségrégation subie par les Aïnous apparaît dans un film de Mikio Naruse Kotan no kuchibue (Le sifflement de Kotan, Whistling in Kotan) sorti en 1959. On y voit justement des Aïnous se faisant payer par les touristes japonais pour s'exhiber en costume traditionnel et danser leurs danses folkloriques, et un écolier Aïnou affublé d'une inscription collée dans son dos, « quand je serai grand, je serai une attraction touristique ».
  • Les Aïnous apparaissent, ainsi que les koropokkuru, dans le manga Shaman King et sa version animée. L'un des personnages principaux, Horohoro, est membre de cette tribu et utilise un koropokkuru comme esprit pour combattre. Il est également possible d'y voir un représentant du peuple aïnou nommé Okuru dans Samurai Champloo (double épisode « Lullabies Of The Lost »); dans sa lutte contre le clan Matsumae, il joue d'ailleurs du tonkori.

Note

À ce jour, selon le Larousse, entre autres[18], « aïnou » est un nom commun masculin défini comme étant la langue des Aïnous (nom propre désignant la population). Il n'existe pas d'adjectif aïnou(e) en français correct même s'il arrive cependant que l'on puisse le trouver sous cette forme (ex : Encyclopædia Universalis 1993). Singulièrement en aïnou, aïnou signifie « le mâle ».

Sources

    • Encyclopædia Britannica (11e édition)
    • Shigeru Kayano : Our Land Was Forest (texte traduit en anglais par Kyoko Selden)
    • Fitzhugh, W. (2004). Ainu:Spirit of a Northern People. Seattle: University of Washington Press

Sur papier

  • Nicolas Bouvier, « À la rencontre des Aïnous : Extraits d’un article daté du 9-10 septembre 1986 », dans Le Monde 2, 4 août 2007, p. 58-61 (ISSN 0395-2037) 

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Michel Weinert, Japan's Minorities: The illusion of homogeneity, Routledge, 1997 
  • (fr) Jacques Lemoine, « Les Aïnu » pages 981-95 in Ethnologie Régionale Tome II, Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, 1978
  • (en) Collectif (Artic Studies Center - National Museum of Natural History - Smithsonian Institution), Ainu - Spirit of a Northern People, Perpetua Press, 1999
  • (fr) George Montandon, La Civilisation aïnou et les cultures arctiques, Paris, Payot, 1937 
  • (en) Katarina Sjöberg, The Return of the Ainu, Philadelphie, Harwood Academic Publishers, 1993 
  • (fr) Arlette Leroi-Gourhan, André Leroi-Gourhan, Un Voyage chez les Aïnous - Hokkaïdo 1938, Albin Michel, 1989 

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