Leo Ferre


Leo Ferre

Léo Ferré

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Léo Ferré
Naissance 24 août 1916
Monaco Monaco
Décès 14 juillet 1993 (à 76 ans)
Castellina in Chianti, Italie Italie
Profession(s) Auteur-compositeur-interprète
Écrivain
Imprimeur
Chef d'orchestre
Animateur radio
Genre(s) Chanson française
Musique symphonique
Pop
Instrument(s) Piano
Années actives 1946 - 1992
Label(s) Le Chant du monde
Odéon
Barclay-Universal
CBS
RCA
EPM
La Mémoire et la Mer
Site Web leo-ferre.com

Léo Ferré, né le 24 août 1916 à Monaco et mort le 14 juillet 1993 à Castellina in Chianti (Toscane), est un poète, musicien et chanteur franco-monégasque. Bénéficiant d'un souffle créateur continu et d'une période d'activité longue (46 ans, contre 24 ans pour Brel, 30 ans pour Brassens, 34 ans pour Gainsbourg), Ferré est à ce jour le plus prolifique auteur-compositeur-interprète d'expression française, ayant réalisé plus d'une quarantaine d'albums originaux. Il vécut principalement à Monaco, à Paris, en Bretagne, dans le Lot et en Toscane.

Sommaire

Biographie

L'enfance

Fils de Joseph Ferré, directeur du personnel du Casino de Monte-Carlo et de Marie Scotto, couturière d'origine italienne, il a une sœur, Lucienne, de deux ans son aînée.

Léo Ferré s'intéresse très tôt à la musique. À l’âge de sept ans, il intègre la Chorale de la Maîtrise de la Cathédrale de Monaco, et y apprend le solfège et l'harmonie. Il découvre la polyphonie au contact des œuvres de Palestrina et de Tomás Luis de Victoria. Son oncle, un violoniste du casino de Monaco, lui fait découvrir Beethoven et le fait assister aux répétitions et à la représentation du Concerto pour la main gauche de Ravel à l'opéra de Monte-Carlo, en présence du compositeur. Ces deux expériences vont le marquer durablement.

À neuf ans il entre chez les Frères des Écoles chrétiennes au collège Saint-Charles de Bordighera en Italie, où il restera en pension pendant huit longues années. Il racontera cette enfance mise en cage dans un livre : Benoît Misère (1970). En 1926, il compose sa première mélodie sur un poème de Verlaine : Soleils couchants. En 1930, à 14 ans, il compose le Kyrie d'une Messe à trois voix.

De retour à Monaco, il rencontre Antal Dorati, Mitropoulos qui dirige l'Orchestre philharmonique de New York et Léonid Sabaniev, un élève d'Alexandre Scriabine qui lui fait travailler le piano. Il obtient son baccalauréat de philosophie au lycée de Monaco, et se lie d'amitié avec Maurice Angéli. Il devient pigiste pour le journal Le Petit Niçois comme critique musical.

Ses années de formation

En 1935, il vient à Paris pour y faire des études de droit. Il est diplômé de l'école libre des sciences politiques en 1939. De septembre 1939 à août 1940, il effectue son service militaire. Pendant la guerre, il est affecté à l'infanterie et dirige un groupe de tirailleurs algériens.

Après la défaite de 1940 il est démobilisé et revient à Monaco. À l'occasion du mariage de sa sœur, il écrit un Ave Maria pour orgue et violoncelle, qui est joué à l'église Saint-Charles de Monaco. Suivront deux autres œuvres d'inspiration religieuse, un Benedictus et un Agnus Dei.

En 1941, il commence à composer des chansons et se produit au Théâtre des beaux-arts de Monaco sous le pseudonyme de Forlane. C'est à cette époque qu'il prend la double nationalité monégasque et française.

À la fin d'un concert à Montpellier où se produit Charles Trenet, il lui présente trois de ses chansons, mais celui-ci lui conseille de ne pas les chanter lui-même et d'écrire pour les autres.

En 1943, Léo Ferré épouse Odette Shunck qu'il avait rencontrée en 1940 à Castres. Il s'installe dans une ferme à Beausoleil, sur les hauteurs de Monaco. La même année il devient un temps speaker, régisseur, pianiste, bruiteur et balayeur pour Radio Monte-Carlo, et continue de se produire dans des cabarets. C'est ainsi qu'il rencontre en 1945 René Baër et Édith Piaf qui lui conseille de monter à Paris.

Ses débuts à Paris

En 1946, Léo Ferré s'installe dans la capitale où il se lie d'amitié avec le producteur de radio et directeur artistique de cabaret Francis Claude. Il co-écrit avec lui plusieurs chansons, dont L'Île Saint-Louis et La Vie d'artiste. Il est engagé pendant trois mois au cabaret le Bœuf sur le toit. Il y fait la connaissance des Frères Jacques et du duo Roche-Aznavour. Il interprète ses premières chansons importantes : Le Bateau espagnol, La Chanson du scaphandrier, Le Flamenco de Paris entre autres.

Un événement marquant est sa rencontre avec Jean-Roger Caussimon à Montmartre qui devient un de ses complices et l'auteur de certains de ses premiers succès comme Monsieur William ou Le Temps du tango.

Pour Ferré, c'est une époque financièrement difficile. Il a du mal à joindre les deux bouts et demande de l'aide à son père. Il se sépare de sa femme Odette qui ne supporte plus ces conditions de vie, cela lui inspire en 1950 la chanson La Vie d'artiste, écrite avec Francis Claude, qui relate ses années de vache maigre.

Premiers succès

Pour se faire connaître, Ferré s'efforce de placer quelques-uns de ses titres chez les interprètes de l’époque : Édith Piaf, Renée Lebas, Yvette Giraud, Henri Salvador, Les Frères Jacques.

Renée Lebas fait connaître Ferré en interprétant Elle tourne la terre. Elle créera aussi L'Île Saint-Louis et surtout Paris Canaille, dont l'enregistrement par Catherine Sauvage sera le premier grand tube de sa carrière.

Ferré continue de se produire dans les cabarets de la rive gauche : Les Assassins, le Milord l'Arsouille, les Trois Mailletz, où il partage l'affiche avec Catherine Sauvage qui sera l'interprète privilégiée de sa musique.

En 1947, il rencontre les anarchistes espagnols exilés de la guerre civile et du franquisme avec qui il se lie d'amitié. Il effectue une tournée en Martinique. Il écrit la chanson Mon Général. Durant 1 minute, il adhère au Parti communiste[1].

En 1948 avec Eddy Marnay, il écrit Les Amants de Paris pour Édith Piaf et en 1950 enregistre son premier disque pour Le Chant du monde en s'accompagnant au piano. Il travaille à la radio nationale en qualité de programmateur d'une émission intitulée Musiques byzantines. En 1950, il joue le rôle d'un pianiste dans un film La Cage d'Or de Basil Dearden.

Les années Odéon

Sa rencontre avec Madeleine Rabereau amorce une nouvelle direction dans sa vie et sa carrière, elle devient son mentor et influe sur ses choix artistiques. Ils écrivent De sac et de corde une pièce pour la radio qui sera interprétée par Jean Gabin comme récitant et Léo Ferré dirigeant l'orchestre et les chœurs de la radio nationale.

Ils se marient en 1952, pour Ferré c'est la fin des temps difficiles, des artistes comme Henri Salvador[2] et Yves Montand[3] interprètent ses chansons et le label Odéon lui signe un contrat d'enregistrement. Il se lie d'amitié en 1952 avec Lucien Morisse. En octobre 1953, il réenregistre au piano, les chansons déjà enregistrées en 1950, pour Le Chant du monde.

Son premier disque pour la firme comprend des titres comme Monsieur William, le Pont Mirabeau (poème d'Apollinaire), et Paris Canaille[4], suivi de nouveaux titres en 1954 avec Le Parvenu, Le Piano du pauvre et L'Homme[5].

Il compose aussi un oratorio : La Chanson du mal-aimé sur un texte d'Apollinaire, qui sera créé à l'Opéra de Monte-Carlo le 29 avril 1954 sous sa direction, et sous le patronage de Rainier III de Monaco. La même année, il est en première partie de Joséphine Baker à l'Olympia. Il rencontre l'accordéoniste Jean Cardon, qui devient son accompagnateur privilégié jusqu'à la fin des années 1950.

1955 est l'année de la consécration il est programmé en vedette à l'Olympia pendant vingt soirées. C'est une année très productive, qui voit l'enregistrement de nouveaux titres Vise la réclame, Monsieur mon passé, Le Guinche et met en musique l'un des grands textes de la poésie médiévale avec Pauvre Rutebeuf[6]. Il rencontre André Breton.

Il écrit son premier recueil important de poésie intitulé Poètes... vos papiers ! . En 1956, il lit le Roman inachevé de Louis Aragon dont il met dix textes en musique.

En 1957, il met en musique des poésies extraites des Fleurs du mal de Charles Baudelaire et enregistre son oratorio La Chanson du mal-aimé. Il rencontre la même année Paul Castanier, qui devient son pianiste, et Maurice Frot, qui devient son secrétaire.

Les deux années qui suivent voient l'enregistrement de ses deux derniers albums pour le label Odéon, avec des titres, comme Mon Sébasto, Les Copains d'la Neuille, et Le Temps du tango. En 1958, c'est son premier passage à Bobino. Il rencontre en 1958 Bernard Dimey, et en 1959 Hubert Grooteclaes qui devient son photographe et son ami.

Barclay première manière

En 1960, Léo Ferré fait partie avec Charles Aznavour, Henri Salvador et Dalida, de l'écurie Barclay, bientôt rejoint par Jacques Brel. Son directeur artistique est Jean Fernandez. Il enregistre son premier album Paname où l'on trouve Comme à Ostende (paroles de Jean-Roger Caussimon), Jolie Môme qui sera aussi interprétée par Juliette Greco, ainsi que la chanson titre.

L'année suivante il consacre un nouvel album à un poète, cette fois-ci il choisit d'interpréter des textes de Louis Aragon, la chanson la plus marquante de ce disque est L'Affiche rouge.

Il chante au Vieux Colombier, puis fait un triomphe lors de son spectacle en vedette à l'Alhambra[7] accompagné par l' orchestre dirigé par Jean-Michel Defaye, il y chante ses succès et aussi des inédits comme Les temps sont difficiles.[8].

Après avoir vu un numéro de chimpanzé en première partie de son spectacle Léo et sa femme adoptent une femelle qu'ils nomment Pépée, ils recueilleront ensuite d'autres animaux. Il achète l'Île du Guesclin, près de Cancale. C'est le début d'un amour-passion pour la Bretagne, qui lui inspirera un long poème, « Les Chants de la fureur » dont le début sera publié par Aragon dans le N° 1000 des Lettres Françaises.[9]

En 1962, il fait un récital à l'ABC. Il écrit la préface des Poèmes saturniens de Verlaine. L'album Flash Alhambra - ABC est rapidement retiré de la vente. La chanson Mon général déplaît aux autorités. En 1963, il achète le Château de Pechrigal, dans le Lot, qu'il nomme « Perdrigal ». Il vivra dans cette vieille bâtisse qui, selon lui, était un château malheureux (dû en partie aux dégâts de Pépée), avec son épouse et sa ménagerie, retiré de la vie parisienne. Le « Léo Ferré châtelain » lui sera beaucoup reproché, il s'en défendra vivement en disant que tout le monde appartenait au système, et que les artistes eux aussi avaient le droit d'avoir de l'argent.

En 1964, il enregistre un double album de poèmes de Verlaine et de Rimbaud, qu'il a mis en musique. L'année suivante, il effectue un récital à Bobino, et écrit la préface du livre de Maurice Frot Le Roi des rats. En 1967, Barclay supprime la chanson À une chanteuse morte (Edith Piaf) sur son nouveau disque. Il écrit dans la collection Poètes d'aujourd'hui de Seghers une longue préface sur Caussimon. Son nouveau directeur artistique devient Richard Marsan[10].

En mars 1968, il quitte le Lot. Le 7 avril, Pépée est tuée par un voisin d'une balle dans la tête tout comme Zaza, un autre chimpanzé, sur ordre de Madeleine qui liquidera tous les animaux, en les donnant aux voisins ou en les tuant. Léo Ferré ne pardonnera pas à Madeleine, sa femme, il chantera Pépée en 1969 et Zaza, une chanson beaucoup plus explicite où Léo Ferré « se venge », qu'on retrouvera bien plus tard dans l'album posthume de Léo : Métamec. Le 10 mai, il chante à la Mutualité pour les anarchistes comme il le fait chaque année depuis 1948. Il part vivre en Lozère, puis en Ardèche.

Barclay seconde manière

En 1969, il enregistre à New York le titre Le Chien (version inédite) avec des musiciens de jazz-rock (John McLaughlin et Billy Cobham, respectivement guitariste et batteur du Mahavishnu Orchestra, et Miroslav Vitous, bassiste de Weather Report). Initialement ce devait être avec Jimi Hendrix. Ferré rencontre la même année Brel et Brassens au micro de François-René Christiani pour RTL. C'est extra devance les Beatles au hit-parade. Il chante au Don Camillo, rue des Saint-Pères, où vient régulièrement l'écouter Serge Gainsbourg. Il effectue aussi la même année une série d'entretiens avec Michel Lancelot sur Europe 1.

En 1970, il enregistre le double album Amour Anarchie. La maison de disque écarte Avec le temps, qui sort en 45 tours. C'est très vite un très grand succès. Ferré se produit au Théâtre 140 à Bruxelles, et effectue une série de récitals intitulés Un chien à la mutualité. De nombreux galas sont perturbés par des contestataires qui veulent l'empêcher de chanter. Il part s'installer définitivement en Toscane.

Il se produit pour la première fois en 1971 au Théâtre Toursky à Marseille, où il reviendra très régulièrement. Il écrit une première version d'Il n’y a plus rien pour un film qu'il a en projet avec Maurice Frot et Philippe Fourastié, qui ne verra jamais le jour. Il sort un album à dominante rock : La Solitude. Il est accompagné du groupe Zoo.

1972 signe son retour à l'Olympia, où il ne s'est pas produit depuis 1955. Il effectue une tournée au Liban. Il participe à un concert avec Brassens contre la peine de mort.

En 1973, il sort le disque Il n'y a plus rien, participe à un concert de soutien au journal Libération, enregistre le disque Et... basta !. En décembre, il épouse Marie-Christine Diaz au consulat de France à Florence.

Les années toscanes

En 1974 il participe au Festival de Vence organisé par le violoniste Ivry Gitlis, et donne durant cinq semaines à l'Opéra comique La Chanson du mal-aimé et Et... basta !. En 1975, il enregistre le disque Ferré muet dirige...[11]. Il dirige - en chantant ! - l'orchestre des Concerts Pasdeloup[12] au Palais des Congrès de Paris où il fait salle comble pendant 5 semaines. Il y interprète ses chansons et des pièces de Ravel et Beethoven. L'année suivante, il effectue une tournée en Algérie[13]. Il signe chez RCA.

En 1981, malgré la proposition d'un cachet substantiel et la promesse faite par Roger Hanin de mettre un orchestre symphonique à sa disposition, il refuse de soutenir la campagne présidentielle de François Mitterrand. Il dédie à Bobby Sands et à ses amis de l'IRA la chanson Thank You Satan.

En 1982, il publie le triple album Ludwig- L'Imaginaire-Le Bateau ivre.

En 1983, il publie le quadruple-album vinyle L'Opéra du pauvre et entame une « tournée marathon » en Italie, en France, au Portugal et en Belgique[14]. Il soutient à la même époque Radio libertaire. L'année suivante il chante à l'Olympia et au Théâtre des Champs-Élysées. Ses concerts durent alors trois heures.

En 1985, il publie un album entièrement consacré à son ami Jean-Roger Caussimon et effectue une nouvelle tournée à travers la France. En mars, il refuse d'être Commandeur des Arts et Lettres, et quitte RCA. Il inaugure en 1986 le Théâtre Libertaire Parisien. Il se produit pendant 6 semaines au TLP avec au programme un tour de chant consacré aux poètes qu'il a mis et continue de mettre en musique.

Il refuse en 1987 d'être l'invité d'honneur des premières Victoires de la musique et entame une nouvelle tournée marathon en France, Allemagne, Autriche, Italie, Belgique, Canada et Japon. Jean-Louis Foulquier organise une Fête à Ferré dans le cadre des Francofolies de la Rochelle ; Jacques Higelin interprète pour l'occasion une version de "Jolie Môme" « survitaminée ». L'année suivante, il refuse une nouvelle fois de soutenir la candidature de Mitterrand et appelle à l'abstention. Il effectue une tournée en France, au Canada, en Espagne, au Maroc, et un récital au TLP[15].

En 1989, Léos Carax lui propose d'écrire la musique du film Les Amants du Pont-Neuf[16]. En 1990, il chante avec Renaud, et Francis Lemarque à Bercy pour la fête des 70 ans du Parti Communiste. En 1991, il signe en compagnie de Renaud un appel pour la Paix maintenant contre l'intervention militaire dans le Golfe. Il publie le disque Une saison en enfer pour le centenaire de la mort de Rimbaud, et effectue en début d'année 1992 une tournée en France et en Belgique. Le 9 février 1992 il retrouve sur la scène de l'Olympia  : Jacques Higelin, Georges Moustaki, Rufus, Font et Val, Alain Meilland, Jacques Serizier, Patrick Siniavine pour un spectacle en hommage à Paul Castanier.

Hospitalisé fin 1992 il doit annuler sa rentrée parisienne au Rex. Il décède chez lui, le 14 juillet 1993, à l'âge de 76 ans.

Son style

Léo Ferré est une des références incontournables de la chanson française. Mêlant le lyrique et le populaire, la tradition et l'utopie, l'amour et l'anarchie, Ferré dépeint des états d'âmes plus qu'il ne raconte des histoires. Il secoue plus qu'il ne flatte.

Ferré est considéré comme un poète marquant de la deuxième moitié du XXe siècle, avec une expression riche et profonde, où l'influence du surréalisme se fait sentir notamment dans la dernière partie de l'œuvre. Il utilise un vocabulaire étendu, des champs lexicaux récurrents plutôt inattendus (du moins pour la chanson), joue avec la connotation usuelle des mots, forge des néologismes, crée des images complexes s'engendrant les unes les autres, avec de nombreux changements de registre et de rythme ; l'intertexte littéraire y est abondant, le sens rarement univoque.

En tant qu'écrivain, il a abordé - en les subvertissant à des degrés divers - le récit d'enfance (Benoît Misère), le genre épistolaire (Lettres non postées), le texte de réflexion (Introduction à l'anarchie, Technique de l'exil, Introduction à la folie), le texte de circonstance (préfaces à Verlaine, à Caussimon...). Il s'est frotté au théâtre (L'Opéra des rats), il a publié des recueils (Poètes... vos papiers !, Testament phonographe) et composé de vastes poèmes ouvragés (La Mémoire et la Mer[17], Le Chemin d'enfer, Le Loup, Death... Death... Death..., Métamec).

Léo Ferré est aussi un infatigable passeur. En mettant en musique ses modèles et ses affinités (Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Villon, Jean-Roger Caussimon, Aragon, Rutebeuf, Cesare Pavese et quelques autres), il contribue à les faire connaître et aimer d'un public élargi.

On reconnaît moins unanimement ses qualités de musicien, alors que les harmonies chez lui sont riches et la mélodie inspirée. À partir de 1971, devenant son propre orchestrateur, Léo Ferré donne vie à son idéal esthétique de la chanson symphonique, pour un résultat souvent flamboyant. Ce choix a pu sembler hasardeux à certains, mais ce classicisme l'éloigne d'une inscription précise dans une époque et le prémunit avec une belle ampleur des aléas de l'air du temps.

Hors de la chanson, il s'est essayé à la composition de différents genres : l'opéra avec La Vie d'artiste (inachevé), l'oratorio avec La Chanson du mal-aimé (texte d'Apollinaire), le « ballet » avec La Nuit, la musique instrumentale avec La Symphonie interrompue, Le Chant du hibou, Le Concerto pour bandonéon (inachevé), et enfin la BO pour le cinéma avec des films comme Douze heures d'horloge, avec Lino Ventura, ou L'Albatros de Jean-Pierre Mocky. Il faut ajouter à cela la direction d'orchestre, qu'il apprend en autodidacte. De 1975 à 1990, Léo Ferré dirige occasionnellement les orchestres symphoniques qu'on veut bien lui prêter, lors de représentations en France, en Italie, au Canada, en Espagne, en Suisse et en Belgique.

Mathieu Ferré[18], avec les Éditions La Mémoire et la Mer, réédite régulièrement l'œuvre originale de son père tout en sortant de nombreux inédits.

Discographie

Albums studio

  • 1953 : Premières chansons
  • 1953 : Paris Canaille
  • 1954 : Le Piano du pauvre
  • 1955 : Sans titre (épuisé)
  • 1957 : Les Fleurs du mal (Léo Ferré chante Baudelaire)
  • 1957 : La Chanson du mal-aimé, de Guillaume Apollinaire (épuisé)
  • 1958 : Sans titre (épuisé)
  • 1960 : Paname
  • 1961 : Les Chansons d'Aragon
  • 1961 : Les Chansons interdites... et autres
  • 1962 : La Langue française
  • 1964 : Ferré 64 & 65
  • 1964 : Léo Ferré chante Verlaine-Rimbaud
  • 1966 : 1916-19...
  • 1967 : Cette chanson (la Marseillaise)
  • 1967 : Léo Ferré chante Baudelaire
  • 1969 : L'Été 68
  • 1969 : Les Douze Premières Chansons de Léo Ferré
  • 1970 : Amour Anarchie
  • 1970 : Bande originale du film L'albatros (épuisé)
  • 1971 : La Solitude
  • 1972 : La Chanson du mal-aimé, de Guillaume Apollinaire
  • 1972 : Léo Ferré in italiano / La solitudine
  • 1973 : Il n'y a plus rien
  • 1973 : Et... basta !
  • 1974 : L'Espoir
  • 1975 : Ferré muet dirige…
  • 1976 : Je te donne
  • 1977 : La Frime
  • 1977 : La musica mi prende come l'amore
  • 1979 : Il est six heures ici et midi à New York
  • 1980 : La Violence et l'Ennui
  • 1982 : Ludwig - L'Imaginaire - Le Bateau ivre
  • 1983 : L'Opéra du pauvre (épuisé)
  • 1985 : Les Loubards (Léo Ferré chante Jean-Roger Caussimon)
  • 1987 : On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans
  • 1990 : Les Vieux Copains
  • 1991 : Une saison en enfer (Léo Ferré chante Rimbaud)

Albums en public

  • 1955 : Récital Léo Ferré (à l'Olympia, épuisé)
  • 1958 : Léo Ferré à Bobino (épuisé)
  • 1961 : Récital à l'Alhambra & à l'A.B.C.
  • 1969 : Bobino 1969
  • 1973 : Seul en scène (Olympia 72)
  • 1984 : Léo Ferré au Théâtre des Champs-Élysées
  • 1986, 1988, 1990 : Léo Ferré au Théâtre libertaire de Paris (hors-commerce)

Sorties posthumes

  • 1998 : La Vie d'artiste : les Années Le Chant du monde 1947-1953
  • 2000 : Métamec (dernier album inachevé)
  • 2000 : Le Temps des roses rouges (versions alternatives des premières chansons, 1950)
  • 2001 : Sur la scène... (Lausanne 73)
  • 2001 : Un chien à Montreux (Montreux 73, CD maxi)
  • 2004 : De sacs et de cordes (feuilleton lyrique avec Jean Gabin, 1951)
  • 2004 : Maudits soient-ils ! (versions préparatoires & inédits Verlaine-Rimbaud)
  • 2006 : La Mauvaise Graine (archives radiophoniques, 1959)
  • 2008 : Les Fleurs du mal, suite et fin (inédits Baudelaire, 1977)

Compilations

  • 1972 : Avec le temps : les chansons d'amour de Léo Ferré (1962-72, 1 CD)
  • 1990 : Léo chante Ferré (1960-74, 2 CD)
  • 1998 : Thank You Ferré (1960-74, 3 CD)
  • 2003 : Les Années toscanes (1975-92, 1 CD)

Vidéographie DVD

  • 1984 : Léo Ferré au Théâtre des Champs-Élysées
  • 1986 : Léo Ferré chante les poètes (Théâtre libertaire de Paris)
  • 2001 : Sur la scène (Olympia 72)
  • 2006 : Léo Ferré au Théâtre Libertaire de Paris, 8 mai 1988 (DVD inclus dans le coffret CD éponyme)

Bibliographie

Ouvrages de Léo Ferré

  • Poètes... vos papiers !, poèmes (1956, épuisé)
  • La Nuit, feuilleton lyrique (1956, épuisé)
  • Mon programme, plaquette auto-éditée (1968, épuisé)
  • Benoît Misère, roman (1970)
  • Il est six heures ici et midi à New York, plaquette auto-éditée (1974, épuisé)
  • Je parle à n'importe qui, plaquette auto-éditée (1979)
  • La Méthode, plaquette auto-éditée (1979)
  • Testament phonographe, textes, poèmes et chansons (1980)
  • La Mauvaise Graine, textes et chansons (1993)

Parutions posthumes

  • La musique souvent me prend… comme l'amour, recueil critique (1999)
  • Les Noces de Londres, poème (2000)
  • Alma Matrix (2000)
  • Marie-Jeanne (2000)
  • Lettres non postées (2006)

Ouvrages sur Léo Ferré

Biographies

  • Robert Belleret, Léo Ferré, une vie d'artiste. Actes Sud, 1996.
  • Jacques Layani, Les Chemins de Léo Ferré. Christian Pirot, 2005.

Entretiens

  • Françoise Travelet, Dis donc, Ferré…. Hachette, 1976.
  • Claude Frigara, Léo Ferré, entretiens entre peau et jactance. Christian Pirot, 2003.
  • Quentin Dupont, Vous savez qui je suis, maintenant ?. La Mémoire et la Mer, 2003.

Études

  • Charles Estienne, Poètes d'aujourd'hui : Léo Ferré. Seghers, 1962.
  • Françoise Travelet, Léo Ferré, les années-galaxie. Seghers, 1986.
  • Christine Letellier, Léo Ferré, l'Unique et sa Solitude. Nizet, 1993.
  • Collectif, Cahiers d'études Léo Ferré (10 numéros parus). Éditions du Petit Véhicule, 1998-2007.
  • Claude Frigara, Léo Ferré ou l'astre de liberté, in Chroniques d'un âge d'or. Christian Pirot, 2007.
  • Yann Valade, Léo Ferré, la Révolte et l'Amour. Les Belles Lettres, 2008.
  • Céline Chabot-Canet, Léo Ferré : une voix et un phrasé emblématiques. L'Harmattan, 2008.

Divers

  • Alain Fournier & Jacques Layani, Léo Ferré, une mémoire graphique. La Lauze, 2000.
  • Louis-Jean Calvet, Léo Ferré. Flammarion, 2003.
  • Maurice Frot, Léo Ferré, comme si j'vous disais. L'Archipel, 2008 (réédition augmentée de Je n'suis pas Léo Ferré. Fil d'Ariane, 2001).

Interprètes

Léo Ferré a été et est chanté par de très nombreux interprètes, parmi lesquels :

Notes et références

  1. Comme on refuse de le laisser parler, il déchire sa carte.
  2. premier interprète de À Saint-Germains des prés et du Scaphandrier
  3. Montand interprète le Flamenco de Paris.
  4. La chanson est refusée la même année 1954, par Les frères Jacques, Yves Montand et Mouloudji.
  5. Catherine Sauvage obtient le Grand Prix du disque 1954 pour cette chanson.
  6. l'œuvre originale est La Pauvreté Rutebeuf
  7. Une première fois en mars 1961 et ensuite en novembre.
  8. Depuis 1961, et chaque dimanche, lorsqu'il chante à Paris, Maurice Chevalier vient l'applaudir.
  9. Dont il tirera plusieurs chansons, notamment le célèbre La Mémoire et la Mer.
  10. C'est pour lui qu'il écrira la chanson Richard.
  11. Ferré ne pouvait enregistrer sa voix car une clause de son contrat précédent avec Barclay le lui interdisait.
  12. Il comprend 140 musiciens et choristes.
  13. Il donne une série d'émissions à Alger-Chaîne 3.
  14. À Liège, on tente de l'empêcher de chanter. Un ami curé, le père Lambert, prend sa défense.
  15. On y découvre deux spectateurs assidus : Guy Roux et Éric Cantona.
  16. Le producteur Christian Fechner refuse.
  17. La fameuse chanson n'en est qu'un tout petit fragment
  18. Né le 29 mai 1970.

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