Gorgias


Gorgias
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Gorgias (en grec ancien Γοργίας / Gorgías) de Léontium (ou Léontinoï) est né en Sicile (en 483-375 avant J.-C.), il fut élève d'Empédocle d'Agrigente avec qui il apprit la rhétorique. Sophiste, il enseignait l'art de persuader. On affirme qu'il vécut 108 ans.

Platon, dont les écrits forment le noyau autour duquel la philosophie et son histoire se sont cristallisées, a jeté un discrédit sur la pensée de Gorgias de telle sorte qu'aujourd'hui encore le qualificatif « sophiste » est péjoratif. Selon Athénée, Gorgias, ayant lu lui-même le dialogue qui porte son nom, a dit : « Comme Platon sait bien se moquer ! »[1]. Il serait néanmoins juste de revenir aux sources afin de découvrir l'importance de cette pensée — non seulement dans l'histoire de la philosophie mais aussi pour la pensée contemporaine.

Sommaire

Gorgias penseur de l'Être et de la vérité

« Gorgias de Léontium appartient à cette catégorie de philosophes qui ont supprimé le critère de vérité. (...) Dans son livre intitulé Du non-être, ou de la nature, il met en place, dans l'ordre, trois propositions fondamentales : premièrement, et pour commencer, que rien n'existe ; deuxièmement que, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, que même si on peut l'appréhender, on ne peut ni le formuler ni l'expliquer aux autres. »
(Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, VII, 65)

Gorgias démontre logiquement que l'être n'existe pas.

« (66). Sur le fait qu'il n'y a rien, Gorgias raisonne de la manière suivante. S'il y a quelque chose, ce sera l'être ou le non-être ou, à la fois, l'être et le non-être. Mais d'un côté, l'être n'est pas, comme il l'établira, non plus que le non-être, comme il le confirmera ; non plus encore que l'être en même temps et le non-être, comme la suite le montrera. Il n'y a donc rien.

(67). Ainsi donc le non-être n'est pas. Car si le non-être est, il est à la fois et ne sera pas. Car dans la mesure où il n'est pas pensé comme être, il ne sera pas, mais dans la mesure où il est non-être, il sera à nouveau. Or il serait tout à fait contradictoire qu'une chose fût à la fois et ne fût pas. Par conséquent, le non-être n'est pas. Et par ailleurs, si le non-être est, l'être ne sera pas. Car ces propositions sont contraires entre elles et, si on accorde au non-être qu'il est, il s'ensuivra que l'être n'est pas. Or il n'est pas possible que l'être ne soit pas et, par conséquent, le non-être ne sera pas.

(68). Et, au reste, l'être n'est pas. Car, si l'être est, il ne peut être que non dérivé ou dérivé ou, à la fois, non dérivé et dérivé. Or il n'est ni non dérivé, ni dérivé, ni à la fois non dérivé et dérivé, comme nous le montrerons. Donc l'être n'est pas. Car si l'être est non dérivé (et c'est par là qu'il faut commencer), il n'a aucun commencement, quel qu'il soit.

(69). Car tout ce qui naît a un commencement, mais ce qui, par nature, est non dérivé n'a pas de commencement et, n'ayant pas de commencement, est infini. Or s'il est infini, il n'est nulle part. Car s'il est quelque part, ce en quoi il est, est différent de lui-même et ainsi l'être ne sera plus infini, du moment qu'il sera contenu par quelque chose. Le contenant est plus grand que le contenu ; or rien n'est plus grand que l'infini ; il en résulte que l'infini ne peut être quelque part.

(70). Et certes il n'est pas non plus limité en lui-même ; car c'est la même chose que ce qui le limite et ce qu'il contient, et en ce cas l'être sera double, à la fois lieu et corps. Car ce en quoi on est, c'est le lieu et ce qu'on a en soi, c'est le corps. Par conséquent, l'être n'est pas non plus en lui-même. Si bien que, si l'être est non dérivé, il est infini ; et s'il est infini, il n'est nulle part ; et s'il n'est nulle part, il n'est pas. Ainsi donc, si l'être est non dérivé, il ne peut pas non plus être dès le commencement.

(71). Et certes l'être ne peut pas non plus être dérivé. Car s'il était né, il serait né de l'être ou du non-être. Mais il ne l'est pas de l'être ; car s'il est existant, il n'est pas né, mais il existe de tout temps. Et il ne peut pas non plus naître du non-être. Le non-être ne peut donner naissance à quoi que ce soit, pour la raison que ce qui donne naissance à quelque chose doit nécessairement participer à l'existence. Par conséquent l'être n'est pas non plus dérivé.

(72). Suivant les mêmes raisonnements, il ne peut non plus être à la fois non dérivé et dérivé ; ces propositions se détruisent l'une l'autre et si l'être est non dérivé, il n'est pas né, et s'il est né, il n'est pas non dérivé. Donc, puisque l'être n'est ni non dérivé, ni dérivé, ni l'un et l'autre, l'être ne saurait exister.»
(Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, VII, 65)

Gorgias le rhéteur

À côté de la faiblesse de la vérité, Gorgias pose la force du langage, son pouvoir sur les esprits, par l'argumentation, et sur les émotions, par le rythme et les effets sonores. Ce pouvoir peut être bien ou mal utilisé, la technè rhêtorikè ne garantit ni n'élève ni la moralité de celui qui l'emploie, il s'agit d'un instrument neutre. En cela, Gorgias est le fondateur du pragmatisme rhétoricien, opposé à l'idéalisme philosophique à la manière de Platon (les leçons de Socrate conduisent ceux qui les écoutent à devenir meilleurs). Gorgias semble être l'un des premiers à développer l'idée que l'orateur peut aider les États à faire des choix politiques, parce que sa technè lui permet 1. d'analyser la situation, 2. de convaincre en vue de l'action.

En dehors de son traité d'ordre métaphysique dont Sextus Empiricus nous a conservé un extrait (voir ci-dessus), on possède de Gorgias deux courts plaidoyers, Pour Hélène et Pour Palamède. On peut y voir des exemples des procédés stylistiques et sonores dont il fait la théorie.

Études

  • Jean Lévêque, La Trilogie, Parménide, Héraclite, Gorgias, Paris, Osiris, 19.
  • Marie-Pierre Noël :
    • « Gorgias et l’invention des GORGIEIA SCHÈMATA », Revue des Études grecques 112, 1999, p. 193-211 ;
    • « La persuasion chez Gorgias », dans La Rhétorique grecque, Actes du Colloque O. Navarre, éd. J.-M. Galy et A. Thivel, Nice, 1994, p. 89-105 ;
    • « L’enfance de l’art : plaisir et jeu chez Gorgias », Bull. de l'Ass. Guillaume Budé, 1994, p. 71-93 ;
    • « La persuasion et le sacré chez Gorgias », Bull. de l'Ass. Guillaume Budé, 1989, p. 139-151.

Notes

  1. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne], XI, 505, D.

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