Howard ZINN


Howard ZINN

Howard Zinn

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Howard Zinn (né le 24 avril 1922 à Brooklyn, New York) est un historien et un politologue américain.

Les écrits de Zinn s'inspirent du marxisme, de l'anarchisme, et de la pensée social-démocrate. Depuis les années 1960, il est un acteur de premier plan du mouvement des droits civiques comme du courant pacifiste aux États-Unis.

Auteur de vingt livres, dont le best-seller Une histoire populaire des États-Unis, Howard Zinn est professeur émérite du département de science politique de l'Université de Boston. Il vit actuellement à Newton dans le Massachusetts. Sa femme Roselyn, elle-même artiste et éditrice, a activement participé à la publication de tous les livres de son mari. Elle est décédée le 14 mai 2008, ils étaient mariés depuis 64 ans.

Howard Zinn au Marlboro College le 17 février 2004.

Sommaire

Un parcours engagé

Le mouvements pour les droits civiques

À partir de 1956, Howard Zinn devient directeur du département d'histoire et de sciences sociales du Spelman College d'Atlanta, une université d'arts libéraux réservée aux étudiantes afro-américaines. Il prend, lors de ses années d'enseignement en Georgie, une part active au mouvement des droits civiques. Sur le plan académique, il milite avec l'historien August Meier pour « mettre fin aux réunions de l'Association des historiens du Sud (Southern Historical Association) dans des hôtels pratiquant la ségrégation raciale »[1]. Spelman est également l'occasion pour lui de collaborer avec l'historien Staughton Lynd et de suivre de jeunes étudiantes activistes, parmi lesquelles figuraient Alice Walker, Betty Stevens, Marie Thomas, la kényanne Dorcas Boit, Lana Taylor et Marian Wright Edelman, maintenant présidente du Children's defense fund. Edelman a plus tard révélé que Zinn avait constitué une influence majeure du cours sa vie[2]. Sa proximité avec les mouvements étudiants l'a notamment amené à servir comme conseiller du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC, littéralement « Comité de coordination des étudiants non violent ») ; il écrivit à ce sujet en 1964 un ouvrage intitulé SNCC : the new abolitionnists.

Bien que Zinn fût professeur titulaire, il fut renvoyé en juin 1963, après avoir pris parti pour les étudiantes qui avaient défié la formation traditionnellement dispensée à Spelman en participant aux manifestations contre la ségrégation raciale dans les lieux publics d'Atlanta. Les années de Zinn à Spelman, dont il dit qu'elles sont probablement les plus intéressantes, excitantes et instructives de sa vie, sont relatées dans son autobiographie You Can't Be Neutral on a Moving Train : A Personal History of Our Times[3].

Alors qu'il était à Spelman, Zinn a relevé trente violations des premier et quatorzième amendements de la constitution américaine à Albany, Georgie, comprenant la liberté d'expression, la liberté d'assemblée et l'égalité devant la loi. Il a dénoncé la réticence du président John F. Kennedy à faire appliquer la loi et souligné sa passivité ainsi que celle de son ministre de la justice Robert Kennedy ou du FBI, de John Edgar Hoover, devant les brutalités des ségrégationnistes à l'égard des manifestants pour les droits civiques[4].

Zinn a beaucoup écrit au sujet de la lutte pour les droits civiques, à la fois en tant qu'acteur et qu'historien. En 1961, il a arrêté l'enseignement durant une année afin d'écrire SNCC : the New Abolitionists et The southern mystique. Il affirme notamment dans son ouvrage sur le SNCC que les sit-ins contre la ségrégation étaient initiés par les étudiants et donc indépendants des organisations de défense des droits civiques les plus installées.

Il est retourné à Spelman en 2005 pour donner une conférence intitulée « Against discouragement »[5].

Un engagement pacifiste

Le bombardement de Royan

Après Spelman, Zinn fut intégré dans le département de science politique de l'Université de Boston en 1964. Ses cours consacrées aux libertés publiques figuraient, avec 400 inscrits chaque semestre, parmi les plus populaires de toute l'université alors même qu'ils étaient facultatifs. Il a enseigné 24 ans à Boston avant de prendre sa retraite en 1988, écrivant durant ses années bostoniennes le premier livre à demander le retrait des troupes américaines du Vietnam. Vietnam : the logic of withdrawal fut publié dès 1967, sur la base d'articles précédemment parus dans Commonweal, The Nation, The Register-leader et Ramparts.

Par conviction anti-fasciste, Zinn avait volontairement rejoint l'Air Force durant la Seconde Guerre mondiale. Il avait à cette occasion participé à des bombardements sur Berlin, l'ex-Tchécoslovaquie et la Hongrie comme il le décrit dans ce film. La position anti-guerre de Zinn s'appuie donc pour une grande part sur sa propre expérience du combat. En avril 1945, il a notamment participé à l'une des premières utilisations militaires du napalm, à Royan (France).

Ces bombardements visaient des soldats allemands, qui, aux dires de Zinn, s'étaient repliés en attendant l'abdication de l'Allemagne et ne représentaient donc plus un quelconque danger militaire. Ses attaques tuèrent non seulement des soldats mais aussi des civils français. Neuf ans plus tard, Zinn est retourné à Royan pour consulter des documents ayant trait à cette opération et interviewer des habitants. Dans ses livres The politics of history et The Zinn reader, il décrit comment le bombardement fut décidé par la hiérarchie militaire pour des raisons qui tenaient plus à des considérations carriéristes qu'à des objectifs militaires légitimes.

D'après Zinn, son expérience en tant que bombardier, combiné à ses recherches sur la cause et les effets du bombardement de Royan, l'ont sensibilisé aux dilemmes moraux associés à toute intervention armée mais surtout aux atrocités commises au nom de la défense d'intérêts militaires incertains. Dans son pamphlet Hiroshima : breaking the silence, il a notamment questionné les justifications d'opérations militaires affectant les civils ; s'il dénonce en particulier les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, son propos vise aussi les bombardements alliés sur l'Allemagne (Dresde, Essen...), le Japon (Tokyo) voire la France (Royan), durant la Seconde Guerre mondiale. Il établit une continuité entre ces bombardements et ceux qui ont touché Hanoi durant la guerre du Vietnam, et Bagdad durant la guerre du Golfe[6].

Le Vietnam

Zinn fut chargé durant la guerre du Vietnam d'une mission diplomatique en compagnie du chanteur activiste Daniel Berrigan. Sa visite à Hanoi permit, en pleine offensive du Têt (janvier 1968), le retour de trois aviateurs américains, les premiers militaires relâchés par les combattants vietnamiens du Nord depuis le début du bombardement américain. L'événement fut largement couvert par les médias et discuté dans plusieurs ouvrages comme celui de Nancy Zaroulis et Gerard Sullivan, Who Spoke Up? American Protest Against the War in Vietnam 1963-1975[7]. Zinn est resté ami avec les frères Dan et Philipp Berrigan bien après cet épisode.

Lors du conflit, Daniel Ellsberg, un ancien analyste de la RAND Corporation, fournit à Howard et Roslyn Zinn un rapport gouvernemental américain secret sur dans la guerre du Vietnam, connu sous le nom de Pentagone papers. Avec l'aide de Noam Chomsky, Zinn a édité et annoté le rapport, publié par Beacon Press, l'éditeur de confiance de Zinn, dans ce qui est connu comme l'édition du sénateur Mike Gravel des Pentagon papers[8]. Cette dernière est constituée de quatre volumes et d'un cinquième consacré à l'analyse de Chomsky et Zinn.

Lors du procès d'Ellsberg pour vol, conspiration et espionnage à la suite de la publication d'extraits des Pentagon papers par le New York Times, Zinn fut appelé par l'avocat de la défense en tant qu'expert de l'histoire de l'engagement américain au Vietnam depuis la seconde guerre mondiale jusqu'en 1963. Zinn a exposé cette histoire pendant plusieurs heures. « J'ai expliqué qu'il n'y avait rien dans les papiers qui ait un intérêt militaire pouvant affaiblir la défense des États-Unis, que les informations qu'ils contenaient étaient simplement embarrassantes pour notre gouvernement car elles révélaient, sur la base de ses propres mémos interservices, comment il avait menti au peuple américain. Les secrets renfermés dans les Pentagon Papers était susceptibles d'embarrasser les politiciens, de nuire aux profits des compagnies exploitantes de l'étain, du caoutchouc, du pétrole. Mais ce n'est pas la même chose que de blesser la nation, le peuple », a écrit Zinn dans son autobiographie. Les poursuites contre Ellsberg ont été abandonnées au motif que l'accusation avait été entachée par le cambriolage du bureau du psychiatre d'Ellsberg par une équipe menée par Howard Hunt, travaillant pour Nixon.

Le témoignage de Zinn sur les motivations qui poussaient le gouvernement à conserver le rapport secret fut confirmé en 1989 par Erwin Griswold, qui, en tant qu'avocat général des États-Unis sous l'administration Nixon poursuivit le New York Times dans l'affaire des Pentagon papers en 1971. Grisswold réussit à persuader trois juges de la Cour suprême d'empêcher le New York Times de continuer à publier des extraits des Pentagon Papers, sans pouvoir toutefois obtenir une majorité de la Cour[9]. En 1989, il reconnut cependant dans les colonnes du Washington Post que la publication des Pentagon papers ne nuisaient pas à la sécurité nationale. « Il est rapidement apparu à quiconque avait une certaine expérience des documents classés, qu'il y avait over classification et que la principale préoccupation des promoteurs de la classification n'était pas la sécurité nationale mais d'une manière ou d'une autre un embarras gouvernemental.[10]»

Zinn a soutenu le mouvement anti-guerre des soldats vétérans durant la guerre du Vietnam. Dans le film Unfinished symphony, dont le titre fait référence à la symphonie n°3 d'Henryk Gorecki, il revient sur le contexte historique de la marche pacifiste de 1971 des vétérans du Vietnam contre la guerre, une association d'anciens combattants, militant pour le retrait américain du Vietnam. Les marcheurs, depuis Lexington (Massachusetts) jusqu'à Bunker Hill ont symboliquement retracé la promenade à cheval de Paul Revere de 1775. La marche s'est conclue par l'arrestation massive de 410 vétérans et civiles par la police de Lexington. Le film dépeint en particulier les scènes du Winter soldier investigations, durant lequel 109 anciens GIs et 16 civils se sont publiquement réunis à Détroit pour témoigner des atrocités qu'ils ont commises ou dont ils ont été témoins au Vietnam[11].

Une histoire populaire des États-Unis

Zinn estime que le point de vue traditionnellement adopté par les ouvrages d'histoire est assez limité. Ainsi, il décide de rédiger lui-même un ouvrage sur l'Histoire des États-Unis afin d'en offrir une perspective différente : c'est la naissance d’Une histoire populaire des États-Unis. Ce livre dépeint les luttes qui opposèrent les Indiens d'Amérique aux Européens, l'expansion des États-Unis, les révoltes des esclaves contre le système qui les oppressait, les oppositions entre syndicalistes -ou simples travailleurs- et capitalistes, les combats des femmes contre le patriarcat, le mouvement mené par les Noirs contre le racisme et pour les droits civiques, et d'autres parties de l'Histoire américaine qui n'apparaissent pas traditionnellement dans les livres.

Après la première publication de l’histoire populaire (au début des années 1980), le livre fut une lecture souvent recommandée aux élèves et aux étudiants ; il est aussi connu pour être un très bon exemple de pédagogie critique. Il constitue un succès de librairie assez rare pour un ouvrage d'histoire de niveau académique ; édité en 1980 aux États-Unis, il a fait l’objet de 5 rééditions en 22 ans[12].

Au printemps 2003, pour marquer la vente de la millionième copie de l'ouvrage, un événement a été organisé au 92nd Street Y de New York, Howard Zinn et une dizaine de narrateurs faisant lecture de ce texte. Le tout fut retransmis en direct par Democracy Now!, présenté par Amy Goodman, et mis à disposition du public sur l'Internet.

En 2004, Zinn a publié Voices of A People's History of the United States avec Anthony Arnove. Ce livre, qui complète l'histoire populaire (ils ont d'ailleurs des structures parallèles), s'arrête sur des témoignages à contre-courant.

Il est membre du Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l'Agent Orange et au procès de New York (CIS) conduit par André Bouny.

Howard Zinn a également collaboré à la création d'une série documentaire produite par Alvin H. Perlmutter, elle aussi baptisée Une histoire populaire des États-Unis.

Pierre Mélandri et Serge Ricard soulignent que le travail de Zinn est motivé par un souci d'« interprétation globale de l'histoire américaine, articulant politique étrangère et politique intérieure » et que d'un point de vue historiographique cet ouvrage s'inscrit dans le renouveau de l'histoire sociale initié par la publication en 1963 de La formation de la classe ouvrière anglaise de l'historien britannique Edward Palmer Thompson dont l'influence intellectuelle a été déterminante sur le projet de Zinn[13]. Toutefois précisent-ils : « Zinn est un héritier ambigu de cette nouvelle histoire sociale. L'attention qu'il a pour la politique des États fait de lui un historien atypique de cette nouvelle histoire sociale. Une histoire populaire est le fruit de cette histoire sociale, mais demeure une tentative d'articuler toutes les composantes entre elles dans un projet d'interprétation d'ensemble. Cette étude est donc différente de la nouvelle histoire sociale plutôt centrée sur la micro-histoire[14]. »

Œuvre théâtrale

Howard Zinn a écrit trois pièces, dont Fille de Vénus (1985), sa première œuvre. La pièce suivante, Emma, s’inspire de la vie d’Emma Goldman, une anarchiste du début du siècle. Anarchiste, féministe et libre-penseuse, Emma Goldman dut s’exiler des États-Unis où elle était considérée comme dangereuse compte tenu des points de vue radicaux qu’elle défendait (au rang desquels il faut noter une opposition farouche à la Première Guerre mondiale). La pièce la plus récente est Marx à Soho, une création faisant une large place à l’Histoire ; Brian Jones tenant le rôle principal de 1999 a 2005 (il cède sa place à Bob Weick), Marx à Soho a beaucoup été jouée et applaudie dans les théâtres indépendants aux États-Unis, et a reçu un accueil chaleureux de la critique.

Distinctions

Publications en français

Notes et références

  1. John Bracey, « Nécrologie d'August Meier », Organization of american historian newsletter, mai 2003.
  2. Edelman, Marian Wright, « Spelman College: a safe haven for a young black woman », The Journal of Blacks in Higher Education, n°27 (2000): p.118-123.
  3. L'impossible neutralité. Autobiographie d'un historien et militant, Agone, Marseille, 2006.
  4. Voir son article « Federal Bureau of Intimidation » [1].
  5. Cette conférence est disponible en ligne.
  6. La seconde guerre en Irak n'avait pas eu lieu en 1995 quand fut rédigé le pamphlet [2]. Pour un texte sur la seconde guerre en Irak voir « After the War », The Progressive, janvier 2006 [3].
  7. Horizon book promotions, 1989. ISBN 0-385-17547-7
  8. The Pentagon Papers : the Defense department history of United States decisionmaking on Vietnam, Beacon Press, Boston, 5 vols. ISBN 0-8070-0526-6 & ISBN 0-8070-0522-3.
  9. La Cour Suprême est en effet composée de neuf juges. En droit américain une interdiction de publication est appelée une « restriction préalable » (prior restraint) ; elle entre en contradiction avec le premier amendement de la Constitution américaine et n'a été déclarée qu'en de rares occasions, notamment après l'invocation de la mise en cause de la « sécurité nationale »
  10. Tom Blanton, « The lie behind the secrets », Los Angeles Times, 21 mai 2006 [4].
  11. Un résumé, en anglais, du film [5]
  12. Il en existe également une version lue par l'acteur américain Matt Damon. Voir la présentation du livre chez son éditeur français, les éditions Agone : « La synthèse d’Howard Zinn » par Thierry Discepolo.
  13. Pierre Mélandri et Serge Ricard, La politique extérieure des Etats-Unis au XXe siècle : le poids des déterminants intérieurs, L'Harmattan, 2008, p. 55-76.
  14. Pierre Mélandri et Serge Ricard, op. cit., p. 74.

Bibliographie

  • (en) James Green, « Howard Zinn’s History », The Chronicle of Higher Education, 23 mai 2003, B.13-4.
  • (en) Ambre Ivol, « The Life and Work of Howard Zinn », Transatlantica, 2008:1, Amérique militante. [lire en ligne]
  • (en) David Joyce, Howard Zinn, A Radical American Vision, New York, Prometheus Press, 2003.

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