Jean Laplanche

Jean Laplanche (né en 1924), philosophe de formation, est un psychanalyste « de la troisième génération ». L'importance de son œuvre se mesure à l'aune de l'avancée scientifique que propose la psychanalyse en France après Freud : les travaux de Jean Laplanche commencent par une confrontation avec le Lacan « structuraliste » de la Métaphore du Nom du Père et de « l'inconscient structuré comme un langage », vis-à-vis duquel il adopte une position critique dès 1960 au colloque de Bonneval sur « L'inconscient ».

Le pas que cet auteur fait franchir à la psychanalyse depuis Freud, se formule catégoriquement en 1987 (Nouveaux fondements pour la psychanalyse) dans la théorie de la séduction généralisée, dont le corrélat est une théorie de la traduction.

Le Vocabulaire de la psychanalyse (1967) de Jean Laplanche et de J.-B. Pontalis est un ouvrage de référence, dont la diffusion est internationale.

Jean Laplanche, ancien élève de l'ENS Ulm, agrégé de philosophie, et ancien interne des hôpitaux psychiatriques, s'est beaucoup consacré à l'enseignement de la psychanalyse à l'université, en l'amenant, en tant que Professeur à la Sorbonne (Université Paris VII), au niveau de la recherche. Ses cours sont rassemblés dans les sept ouvrages à présent tous publiés des Problématiques où le texte de Freud est rigoureusement remis au « travail », selon les critères d’« exigence » de la pensée laplanchienne.

Outre ses activités éditoriales aux Presses universitaires de France et son engagement dans l'institution psychanalytique française et internationale, Jean Laplanche est également traducteur au long cours de nombreux textes de Freud, ainsi que directeur scientifique de la traduction française des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P), édition historique et critique, aux PUF, depuis 1988.

Sommaire

Repères biographiques

Jean Laplanche, né le 21 juin 1924, est d'ascendance vigneronne (la Bourgogne du côté paternel, et la Champagne du côté maternel). Après ses études primaires et secondaires accomplies au collège Monge à Beaune (Côte-d'Or) et une solide formation scientifique, il s'oriente vers la philosophie et prépare son admission à l'École normale supérieure au Lycée Henri IV à Paris. Engagé dès l'adolescence dans l'Action catholique, il participe activement à la Résistance à Paris et en Bourgogne (1943-1944).

Admis à l'ENS en 1944-1945, il y est formé par Jean Hyppolite, Gaston Bachelard ou encore Maurice Merleau-Ponty. Pendant l'année 1946-1947, il étudie à l'université Harvard, période pendant laquelle il rencontre Rudolph Loewenstein. En 1950, il obtient l'agrégation de philosophie et se marie avec Nadine Guillot. Il sera Docteur d'État ès lettres et sciences humaines en 1970. Depuis la Libération, il est actif dans le mouvement d'extrême-gauche antistalinien et est un des fondateurs, avec Cornelius Castoriadis et Claude Lefort du groupe et de la revue Socialisme ou barbarie (1948).

Il a commencé en 1947 une cure psychanalytique avec Jacques Lacan. Sur le conseil de ce dernier, il entreprend alors une formation médicale comme préalable à la formation analytique. Il est interne des Hôpitaux psychiatriques et soutient sa thèse de médecine en 1959, thèse qui sera publiée en 1961 sous le titre devenu un quasi-paradigme: Hölderlin et la question du père. À l'automne 1960 a lieu le Colloque de Bonneval où il présente avec Serge Leclaire le rapport : L'Inconscient, une étude psychanalytique. À partir de 1962, Laplanche enseigne à la Sorbonne à l'invitation de Daniel Lagache. Il va rompre avec Lacan, et devient en 1964 l'un des membres fondateurs de l'Association psychanalytique de France.

En 1966, Jean-Louis Laplanche prend la direction avec sa femme Nadine du domaine familial du château de Pommard [qu'il ne cédera qu'en novembre 2003[1]]. Il partage son existence entre la Bourgogne et Paris [2].

En 1967, il publie avec Jean-Bertrand Pontalis, sous la direction de Daniel Lagache, le Vocabulaire de la psychanalyse, traduit dans une quinzaine de langues.

Il est professeur titulaire à l'université Paris VII de 1970 à 1993, où il a introduit un enseignement de la psychanalyse au niveau de la recherche (DEA et doctorat de psychanalyse créés en 1976 et 1980). Aux Presses universitaires de France, Laplanche dirige la Bibliothèque de psychanalyse (1973), la collection Voix nouvelles en psychanalyse (1979) qui rassemble des premiers travaux de chercheurs d'origine universitaire, et la revue Psychanalyse à l'université (1975-1994).

À partir de 1988, il entreprend avec André Bourguignon et Pierre Cotet de publier dans une nouvelle traduction française (traduction collective), les Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P). Il en est le directeur scientifique et il publie en 1989 le volume collectif Traduire Freud qui explicite les orientations scientifiques et techniques de cette traduction.

Jean Laplanche, professeur émérite à la Sorbonne Université Paris VII, est également docteur honoris causa des universités de Lausanne, Buenos-Aires et Athènes. Il est chevalier des Arts et des Lettres (1990), ainsi que lauréat du Mary S. Sigourney Award (1995).

Au seuil de l'année 2010, la Fondation Jean Laplanche[3] qui porte le nom des Nouveaux fondements pour la psychanalyse a entre autres pour but de traduire en anglais les œuvres de Jean Laplanche, et celui-ci supervise à présent les traductions de ses propres œuvres à côté de celles de Freud:

« Un château datant de 1802 dans le petit village de Pommard, en Bourgogne, près d'un autre qu'il a vendu, il y a six ans, renonçant du même coup à la viticulture. À 85 ans, Jean Laplanche, continue à y superviser la traduction des Œuvres complètes de Freud aux Presses universitaires de France, initiées dans les années 1960 [...] »

— « Jean Laplanche, les mots pour le traduire », Journal Libération, N° 8908, 2 et 3 janvier 2010, p. 5, de son envoyée spéciale à Pommard (Côte-d'Or), Frédérique Roussel.

Au printemps 2010, il est fait part dans Le Carnet du Monde du décès à 85 ans, survenu le 12 avril 2010, de Nadine Laplanche, l'épouse du psychanalyste et sa compagne de toute une vie partagée entre Paris et la Bourgogne au château de Pommard, au service d'un grand cru du Vignoble français. Pommard où Jean Laplanche semble s'être maintenant retiré, pour diriger l'achèvement de la traduction des Œuvres Complètes de Freud et travailler à sa propre œuvre d'écriture de la psychanalyse.

Œuvres de Jean Laplanche

  • Jean Laplanche:
    • Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961 (2e éd.: 1969 ; Quadrige, 1984, ISBN 2-13-038314-9).
    • avec Serge Leclaire. L’inconscient une étude psychanalytique (colloque de Bonneval, automne 1960). In Laplanche, J. Problématiques IV L’inconscient et le ça. Paris : PUF, 1981.- p. 261-321.
    • et Jean-Bertrand Pontalis, Fantasme originaire Fantasmes des origines Origines du fantasme [1964], Paris : © Hachette (collection « Textes du XXe siècle »), 1985 ; Paris, Hachette Pluriel, 2002.
    • et Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, Paris, 1967, éd. 2007, Ed.: PUF - Quadrige, Coll.: Quadrige Dicos Poche, ISBN 2-13-056050-4
    • Vie et mort en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1970, 2e éd. 1971, suivie de Dérivation des entités psychanalytiques, 1977, rééd. : PUF - Quadrige, 2008, ISBN 2-13-056673-1
    • Problématiques I : L'angoisse, Paris, PUF, 1980, 2e éd. 1981, ISBN 2-13-036989-8 (Quadrige, 1998).
    • Problématiques II: Castration, symbolisations, Paris, PUF, 1980, 2e éd. 1983 ISBN 2-13-036990-1 (Quadrige, 1998).
    • Problématiques III : La Sublimation, Paris, PUF, 1980, 2e éd. 1983 ISBN 2-13-036991-X (Quadrige, 1998, 2008).
    • Problématiques IV : L'inconscient et le ça, Paris, PUF, 1981, ISBN 2-13-036714-3 (Quadrige, 1998).
    • Problématiques V : Le baquet-transcendance du transfert, Paris, PUF, 1987, ISBN 2-13-040026-4 (Quadrige, 1998).
    • Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, 1987, ISBN 2-13-040279-8 ; 2e éd. avec un Index général des "Problématiques", 1990, ISBN 2-13-046044-5; rééd.: PUF / Quadrige, 2008.
    • Traduire Freud, (en coll. avec A. Bourguignon, P. Cotet F. Robert). Paris, PUF, 1989, ISBN 2-13-042342-6.
    • La Révolution copernicienne inachevée, (Travaux 1967-1992), Paris, Aubier 1992, ISBN 2-7007-2166-7. Réédition : Le Primat de l'autre en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1997, ISBN 2-08-081390-0; rééd. sous le titre La Révolution copernicienne inachevée : PUF / Quadrige, 2008.
    • Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1993, rééd. augmentée sous le titre : La Sexualité humaine, biologisme et biologie (coll. "Déjà classique!"), Paris, Synthélabo, 1999 ; Problématiques VII: Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud suivi de Biologisme et biologie, Paris, PUF, 2006, ISBN 2-13-055518-7.
    • Entre séduction et inspiration : l'homme, Paris, PUF, 1999, ISBN 2-13-049994-5.
    • Problématiques VI : L'après-coup - La "Nachträglichkeit (de)" dans l'après-coup (1990-1991), Paris, PUF, 2006, ISBN 213055519 5.
    • Sexual. La sexualité élargie au sens freudien. 2000-2006, Paris, PUF, 2007, ISBN 978-2-13-055376-2.

Étapes d'une pensée

Années 1960 : Après Lacan

Les années 1960 sont pour Jean Laplanche, celles de la publication de sa thèse sur Hölderlin, de sa critique de Lacan à Bonneval, et de sa co-écriture avec J.-B. Pontalis du Vocabulaire et de l'opuscule sur les Fantasmes originaires.

1. Au début était Hölderlin et la question du père

Le premier livre de Jean Laplanche, écrit dans sa période « para-lacanienne », est la publication sous ce titre en 1961 de sa thèse de médecine soutenue en 1959 sur le cas de « Hölderlin au détour de sa folie et de son œuvre (1794-1800) »[4]. La thèse est « mixte », médicale et psychanalytique. Stricto sensu, il s’agit d’une thèse de « psychanalyse appliquée » [On dirait maintenant « hors cure »]. La théorie psychanalytique appliquée au « cas » de Hölderlin, alors pris pour « objet clinique », est la théorie de la « psychose » des années 1950 de Jacques Lacan[5] . La « structure » psychotique y est déterminée par la « forclusion du Nom-du-père », soit la non admission de la « Métaphore du Nom-du-père », ce « pivot du complexe d’Œdipe », dans « le système de significations du sujet »[6].
Le Hölderlin de Jean Laplanche, d’une facture limpide et relativement brève, mais au contenu dense et complexe, qui fait souffler le vent nouveau de « l'interprétation psychanalytique » dans la critique littéraire par rapport au genre traditionnel de la « psycho-biographie »[7], amorce au final d'une belle conclusion dialectique « ouverte », un renversement subversif du propos sur son « objet » désormais passé, sous le froc médical d'une « pathographie » « au sens étroit du terme » requérant son « "certificat" psychiatrique »[8], en psychanalyse.
Hölderlin, poète et schizophrène, y a la main et fait écrire à J. Laplanche qu’au bout du compte :

« ce n'est pas la science - psychanalytique ou non - de la schizophrénie qui nous enseigne le dernier mot sur Hölderlin, mais [que] c'est lui qui rouvre la question de la schizophrénie comme problème universel »

— Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, p. 133.

L’objet de la psychanalyse, c’est l’inconscient. Au passage de son Hölderlin « sous les fourches caudines » de La Faculté, l’œuvre de Jean Laplanche est bel et bien commencée : c’est une œuvre psychanalytique. Et le livre Hölderlin et la question du père ayant été publié deux ans après la soutenance de thèse et un an après Bonneval, on peut se demander si ce titre devenu quasi paradigmatique sous sa forme bien française de « question », n’annonçait pas dans les arcanes du livre un passager clandestin « résistant » et fidèle à un Freud plus exigeant, auquel menait une inspiration hölderlinienne plus souterraine et portant après coup sur toute l’œuvre à venir du psychanalyste.

2. Bonneval

Dans L’Inconscient, une étude psychanalytique par Jean Laplanche et Serge Leclaire, rapport présenté au Colloque de Bonneval à l’automne 1960[9], J. Laplanche pose pour sa part sous la « Métaphore paternelle » de Jacques Lacan sa métaphore du refoulement originaire, dans laquelle E. Roudinesco voit une critique de « la théorie lacanienne du signifiant »[10]. La critique de J. Laplanche se fonde sur Freud (davantage le Freud de la première topique), pour lequel les « représentations de mots » relèvent du préconscient/conscient, d’où la critique laplanchienne d’un « inconscient structuré comme un langage ». Pour J. Laplanche, c’est « l’inconscient » qui est « la condition du langage ». Toute la pensée de Jean Laplanche va maintenant s’ensuivre.

3. J. Laplanche et J.-B. Pontalis

J. Japlanche et J.-B. Pontalis écrivent ensemble le bref essai Fantasme originaire. Fantasmes des origines. Origines du fantasme en 1964, puis le Vocabulaire de la psychanalyse en 1967.

Le Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis est devenu, comme on a pu le dire plaisamment de cet ouvrage de référence, l'indispensable « Lagarde et Michard » de la psychanalyse, sa traduction et diffusion hors de nos frontières françaises en sus.

Et c'est "dans sa foulée", alors qu'il était « sur le point d'être terminé » que fut rédigée l'étude Fantasme originaire. Fantasmes des origines. Origines du fantasme. Ainsi le rappelle le "Post-scriptum" de 1985 à ce texte, post-scriptum qui situe bien cette étape de co-écriture, marquée pour ce qui est de son urgence, par sa date, 1964, celle pour les deux auteurs du « refus de suivre Lacan » dans son "École", et exprimant par conséquent une prise de distance « à l'égard de sa pensée », en même temps que « le souci d'établir une continuité entre Freud et lui ». L'enjeu porte sur le fameux « retour à Freud » proclamé par Jacques Lacan. L'étude de 1964 co-écrite par J. Laplanche et J.-B. Pontalis aborde l'immense question qui commence de se poser à Freud au moment où celui-ci « renonce à ses neurotica » en 1897 (lettre à Fliess du 21 septembre), soit à sa théorie de la séduction factuelle chez les hystériques : quel est le statut du fantasme (la Phantasie) ? Qu'est-ce que la « réalité psychique » dans sa relation à la sexualité infantile ?
Par la suite, Jean Laplanche ira presque jusqu'à désavouer pour sa part ce texte encore influencé par le structuralisme de ses « années Lacan ». En particulier, la « structure œdipienne » telle qu'elle ressortait du « Symbolique » lacanien pouvait y apparaître comme l'un de ces « fantasmes originaires » freudiens, le principal auquel se ramènent les autres « scènes primitives » (Urszenen), Œdipe qu'un J. Laplanche plus récent verse à présent au registre d'un « mytho-symbolique » refoulant et ne faisant plus partie du « noyau de l'inconscient » (Cf. Entretien avec Jean Laplanche in le Carnet PSY, 2002).

Années 1970 : Vie et mort en psychanalyse

C'est le début des Problématiques, soit de l'enseignement de la psychanalyse à l'Université. L'ouvrage Vie et mort en psychanalyse marque une étape décisive concernant « l'étayage », qui prépare la future théorie de la séduction généralisée.

1. La « psychanalyse à l'université » : Problématiques

Durant l’enseignement de Jean Laplanche à l’université au niveau de la recherche (cours du « DEA de psychanalyse » à PARIS-VII jusqu’en 1993), vont se déployer les Problématiques. Par son côté subversif, l'implantation de la « psychanalyse à l'université » (avec la revue qui l'accompagne) n'est pas sans s'inscrire dans le sillage du mouvement de mai 1968.
Les Problématiques constituent un véritable atelier de la pensée laplanchienne, qui se met à « faire travailler » le texte de Freud selon les critères d'« exigence » de la méthode freudienne à laquelle, souligne D. Scarfone, « il s'agit d'être fidèle, au besoin contre Freud lui-même »[11].
J. Laplanche insiste souvent aussi sur le mouvement « en spirale » ou « hélicoïdal » de sa démarche, qui rappelle en filigrane le philosophe de formation rompu à la dialectique hégélienne, malgré une plus secrète résistance peut-être à l'aspect assez « dévorant » de cette dernière dans sa synthèse ternaire (l'Aufhebung dont le sens ne correspond pas à celui du mot « Aufhebung » employé par Freud pour indiquer seulement une « suppression »). Une telle résistance serait décelable au départ même de l'œuvre laplanchienne, dans l'analyse qui est faite de celle de Hölderlin à la synthèse en question dont le très grand poète ne saurait se satisfaire[12].

La psychanalyse à l'université

L'enseignement de Jean Laplanche, commencé dès 1962 à l'École normale et à la Sorbonne, va s'implanter à partir de 1969 à l'université Paris VII dans l'UER de Sciences Humaines Cliniques. Le premier cours sur L'angoisse (Problématiques I) est daté du 18 novembre 1970. L'observation de Dominique Scarfone en 1997 sur une certaine banalisation des études psychanalytiques à l'Université depuis en France ainsi que dans le monde anglo-saxon, en dépit des malentendus auxquels celles-ci ont pu donner lieu[13], ne tient peut-être plus aujourd'hui dans les années 2000, où l'on assiste à un repli défensif de l'institution psychanalytique, en bute à la progression des neurosciences et des sciences comportementales, sur sa définition exclusivement clinique ou justifiée par son rattachement disciplinaire majeur à une « psychopathologie » que Jean Laplanche était parvenu de son temps (jusqu'en 1992-1993) à ne pas faire figurer dans l'intitulé significatif des seuls « DEA de psychanalyse » et « Doctorat de psychanalyse » qu'il avait créés. Cette période de son activité d'enseignement de la psychanalyse à l'Université s'accompagne pour Jean Laplanche, sur le plan éditorial, de la fondation de la revue Psychanalyse à l'université, dont il est le directeur, revue qui paraîtra dix-neuf années (1975-1994) et qui permettra à plus d'un enseignants chercheurs ainsi qu'à des doctorants de communiquer les résultats de leurs travaux — heureuse époque !
Le but de Jean Laplanche, grand psychanalyste (fidèle au Freud de La question de l'analyse profane sur l'objet de la psychanalyse), et grand universitaire s'il en est, c'est-à-dire homme de science, était d'introduire la psychanalyse comme discipline à part entière à l'université, et de la porter au niveau de la recherche en l'inscrivant dans la communauté scientifique[14]. Dans les Nouveaux fondements pour la psychanalyse et dans les Problématiques V, Le baquet, transcendance du transfert , il insistera sur la différenciation des lieux de l'expérience psychanalytique : « la psychanalyse hors-les-murs » (hors des murs de la cure ou « psychanalyse hors cure »), la théorie psychanalytique, l'histoire de la psychanalyse. Ce « hors-les-murs » qui cherche à quitter l'ancienne désignation de « psychanalyse appliquée » suggérant une pratique secondaire et serve d'une interprétation infaillible et « plaquée », plutôt que l'application d'une méthode scientifique, correspond au domaine culturel :

« L'homme moderne n'est pas seulement étudié par la psychanalyse, mais marqué culturellement par elle. »

— Jean Laplanche, Nouveaux fondements pour la psychanalyse, p. 16 [15].

Article détaillé : Psychanalyse à l'université.

2. Vie et mort en psychanalyse (1970)

Vie et mort en psychanalyse (1970) marque la première étape importante de la pensée de Jean Laplanche, celle de l’étayage, dont J. Laplanche dira plus tard, non sans la critiquer, par rapport à sa trop grande dépendance encore du « pôle vital », que c’est la théorie de la séduction généralisée qui en dit la vérité[16].
Ainsi que l'observe D. Scarfone dans son livre d'introduction à la pensée de J. Laplanche, Vie et mort en psychanalyse décrit « un arc » partant « de l'ordre vital dans ses rapports avec la genèse de la sexualité » pour aboutir « à une interrogation sur la fonction de la pulsion de mort dans la structure d'ensemble de l'œuvre de Freud »[17].

Toute la sexualité humaine est d'une certaine façon déviante. Laplanche commence par se référer aux Trois essais de Freud, pour montrer la dérivation du sexuel à partir du vital. L'exemple donné est celui du suçotement de l'enfant après l'apaisement de sa faim. La zone érogène de la bouche se constitue à la suite d'un rebroussement auto-érotique par rapport à l'objet du besoin (le lait) au profit de la dérivation métonymique vers l'objet contigu : le sein, lequel, lorsqu'il est « perdu », peut faire place à tout objet contingent susceptible de stimuler la pulsion orale. La contingence de l'objet sexuel, devenu fantasmatique, amène même le plaisir érogène à l'indépendance de l'auto-érotisme.

Le concept d'auto-érotisme fait problème en psychanalyse, dans la mesure où certains auteurs, dont Freud lui-même parfois, en font un état absolument « anobjectal » en élaborant une théorie d'un « narcissisme primaire absolu ». Pour J. Laplanche, l'auto-érotisme n'est pas du tout « le temps primaire ». En référence au Freud des Trois essais, « trouver l'objet sexuel, c'est à proprement parler, le retrouver »[18] . Le rabattement possible de la notion d'étayage sur l'instinctuel, qui fait l'objet de sa remise en question par Laplanche dès 1975, donne lieu à cette conception freudienne d'un auto-érotisme « absolument sans objet », et la critique laplanchienne de l'étayage sera rigoureusement reprise après la mise en place de la théorie de la séduction généralisée dans Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud (1993; Problématiques VII, 2006)[19].

Années 1980 : La théorie de la séduction généralisée

1. Nouveaux fondements pour la psychanalyse (1987)

C'est l'ouvrage central de Jean Laplanche, où celui-ci pose la théorie de la séduction généralisée. Après une "Cathartique", ou première partie critique, dans laquelle le psychanalyste dégage le champ proprement psychanalytique des quatre domaines du biologique, du phylogénétique, du mécanicisme et du linguistique, commence l'avancée vers l'originaire, c'est-à-dire quelque chose "qui transcende le temps mais qui reste en même temps lié au temps"[20]: L'originaire ne doit cependant pas se confondre avec le « mythique », ni le psychanalytique avec le développemental.

«  [...] l'originaire est un approfondissement de la notion de réel (le réel humain, évidemment) en direction des situations inéluctables qui le fondent : l'originaire est une catégorie de l'effectivité, de la Wirklichkeit.  »

— Jean Laplanche, Nouveaux fondements pour la psychanalyse, p. 128.

La jonction est faite avec le « "langage de la passion" (le langage de l'adulte) » de Ferenczi, qu'il s'agit néanmoins de dépasser, dans la mesure où ce dernier reste en deçà du pas que franchit Laplanche: il faut en effet, pour Laplanche, prendre en considération que l'inconscient parental « véhicule un sens à lui-même ignoré »[21]. Puis Jean Laplanche en vient à la situation fondamentale de séduction originaire entre l'adulte (doté d'un inconscient) qui propose à l'enfant des signifiants énigmatiques (le sein par exemple, investi sexuellement et inconsciemment par la femme).

«  L'énigme, celle dont le ressort est inconscient, est séduction par elle-même, et ce n'est pas en vain que la Sphynge est postée aux portes de Thèbes avant même le drame d'Œdipe. »

— Jean Laplanche, Nouveaux fondements, p. 126

La séduction originaire, en introduisant la dissymétrie « activité-passivité », constitue le fondement des autres niveaux de séduction que sont la séduction précoce et la séduction infantile. Certes, Freud qui abandonne (en 1897) la théorie restreinte de la séduction infantile par un père pervers progresse considérablement dans la factualité en passant à la séduction précoce par la mère des soins corporels prodigués à l'enfant.Mais La généralisation laplanchienne de la théorie de la séduction, à l'instar de la relativité en physique, fait passer à un autre niveau la théorie freudienne: elle détruit sa « restriction au pathologique » pour fonder la structure de l'appareil de l'âme (l'appareil psychique). Elle rend compte de la constitution et de la réalité d'un inconscient ainsi que de « l'effet "pulsion" » à travers le mécanisme du refoulement.

La notion de « signifiants énigmatiques » va faire place à celle plus spécifiquement laplanchienne et catégorique de messages énigmatiques, ou plus précisément encore de « messages compromis avec l'inconscient de l'autre ». Et avec cette catégorie du message « à traduire » pour l'enfant herméneute, une théorie de la traduction, en corrélation avec celle de la séduction généralisée, renoue avec la lettre 52 de Freud à Wilhelm Fliess, où sont évoqués des fueros, ou « restes inconscients », que J. Laplanche nomme les « objets-sources » de la pulsion »[22].

Dès lors, une nouvelle topique (du moi) se dessine chez Jean Laplanche à partir des deux temps du refoulement originaire que représentent le tout de l'individu ou moi-corps et le début du moi comme instance, lesquels temps renouvelés d'apparition du moi correspondraient au narcissisme primaire selon Freud (dans Pour introduire le narcissisme). Le signifiant énigmatique (S-E) est externe au premier temps, et son reste refoulé ou objet-source devient interne au second temps: c'est un « externe-interne » qui agit de l'extérieur.J. Laplanche parle de « niveaux de la liaison et de la synthèse »[23].
Le concept de l'après-coup intervient dans cette description topique, non seulement entre les deux temps du refoulement originaire, explique Laplanche, mais également « à l'égard du refoulement originaire lui-même pris dans son ensemble ». Il en résulte dans la théorisation laplanchienne une secondarisation de l'Œdipe :

« Ce qui veut dire concrètement que le refoulement originaire a besoin d'un sceau pour être maintenu : il a besoin du refoulement secondaire. Et c'est précisément là que se situe la place de l'Œdipe, du complexe de castration et la formation du surmoi. »

— Jean Laplanche, Nouveaux fondements, p. 135.

Au cours de cette « remise en chantier » de la topique freudienne, le surmoi, que J. Laplanche rapproche de l'impératif moral kantien, fait problème : les impératifs moraux seraient difficilement métabolisables, tout au plus « justiciables d'une certaine dérivation métonymique »; Laplanche se demande même si les règles morales transmises par les parents, incapables d'être refoulées, et restées dans « l'entre-deux du pré-refoulement » ne forment pas « des enclaves psychotiques de toute personnalité »[24].

2. Problématiques V. Le baquet - transcendance du transfert

Ces cours de 1979-81/1983-1984 ont été publiés la même année que les Nouveaux fondements, lesquels reprennent, à la suite de la mise en place de la théorie de la séduction généralisée, la problématique du transfert qui doit en rendre compte dans la cure et hors la cure.

Dans la situation analytique, l'analyste représente pour l'analysant l'énigme de l'autre, d'où se trouve provoquée la relation à l'énigme que constitue le transfert. Le baquet ou enceinte de l'analyse, assez sur le modèle du rêve, met en suspens le domaine des intérêts pour instaurer et continuellement réinstaurer le lieu du pulsionnel ou du sexuel (ramenant la sexualité infantile). Par ses refusements l'analyste se dérobe à la position de l'adulte « supposé savoir » (selon la formule de Lacan) qu'il représente aux yeux de l'analysant.

Ce « refusement de savoir » va plus loin que le sujet transcendantal de la science auquel renvoie, sur un plan synchronique et abstrait, la référence à Lacan. Il y a bien dans la relation qu'instaure la théorie de la séduction généralisée de J. Laplanche une transcendance du transfert, soit un « transfert de transfert » du fait que « l'adulte lui-même est dans une relation d'ignorance par rapport à son propre inconscient »[25].

À l'autre bout de la cure, que Freud n'est pas loin de considérer comme une application parmi d'autres de la psychanalyse, Jean Laplanche repart en contrepoint et à plusieurs reprises du « repère indispensable, indispensable pour comprendre par comparaison » la cure, de là où, dit-il, très souvent on « "attend" » les psychanalystes : l'ancienne et embarrassante « psychanalyse appliquée » devenue la « psychanalyse exportée, psychanalyse déportée, peut-être psychanalyse transposée ? »[26] Tandis que les Nouveaux fondements évoquent au final et à nouveau la « seule terminaison concevable de la cure »: le transfert du transfert.

Traduire Freud

La nouvelle traduction française des Oeuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P commence en 1988, à la suite de négociations entre les éditeurs et les psychanalystes français qui remontent aux années 1960. L'édition historico-critique est publiée aux Presses universitaires de France qui ont signé un contrat d'exclusivité avec le Fischer Verlag (de) et ont également acquis le droit d'utiliser l'apparat critique de la Standard Edition. Jean Laplanche en est le directeur scientifique. Les directeurs de publication sont au départ André Bourguignon et Pierre Cotet. Cette aventure au long cours, non pas encore tout à fait achevée à ce jour, est un travail d'équipe.Il s'agit d'une traduction collective que se partagent plusieurs traducteurs, dont les noms respectifs sont indiqués pour chaque volume publié.
Le volume Traduire Freud (1989), dont les auteurs sont André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche, François Robert, donne les orientations scientifiques et techniques de cette traduction. Celle-ci est née de l'exigence qui s'est fait jour, non seulement de rassembler, dans une perspective chronologique éditoriale, des textes de Freud jusque là dispersés au regard de leurs traductions françaises antérieures, mais aussi de procéder à l'unification terminologique du vocabulaire de la psychanalyse, dans la suite par conséquent de la tâche entreprise en 1967 par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis.
Notons l'esprit « allemand » qui inspire en partie cette nouvelle traduction, dont l'exigence vise également à inscrire la traduction des textes de Freud et la psychanalyse plus avant dans la recherche scientifique, esprit «germanique» qui a pu valoir comme pierre d'achoppement dans les controverses auxquelles les OCF.P ont donné lieu avant de s'imposer comme on peut considérer qu'elles le sont aujourd'hui:

« À la lumière des discussions approfondies qui agitèrent l'Allemagne à l'époque "romantique", et qu'elles que soient les importantes différences entre Herder, Goethe, Schlegel, Novalis, Hölderlin, Humboldt ou Schleiermacher, ce qui ressort, d'une façon générale, c'est que "la théorie allemande" de la traduction se construit consciemment contre les traductions "à la française"[27] »

— Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, p. 62, cité dans Traduire Freud, p. 9.

Article détaillé : Oeuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P.

Années 1990 : La révolution copernicienne inachevée

1. « Ptoléméisme » et « copernicisme »

« Ponctuation » (1992) : Avec la « métaphore astronomique », repérée à bon escient par Dominique Scarfone dans son livre, sous le signe de laquelle celui-ci introduit à la pensée et à l'œuvre du psychanalyste contemporain Jean Laplanche, en s'arrêtant à cette période des années 1990 qui suivent la mise en place de la théorie de la séduction généralisée, il aura bien été pris acte de ce texte important de 1992 placé en préambule au recueil de vingt-cinq années de travaux, paru cette année-là sous le titre de La révolution copernicienne inachevée: Le navigateur du ciel y fait le point un peu à la manière de Christophe Colomb découvrant l'Amérique. « Ponctuation », texte vraiment nouveau, constituait la communication de Jean Laplanche au début du premier Colloque international qui lui était consacré sur le thème des Nouveaux fondements en juillet 1992, à Montréal. En Post-scriptum de cet ouvrage très bien fait du psychanalyste canadien D. Scarfone, revenait comme en « syncope » de la « métaphore astronomique » décelée chez Jean Laplanche, la coda de son inspiration rappelée après coup en mineur : le Hölderlin premier du même Jean Laplanche, associé aux orbites elliptiques de Kepler à deux centres - l'un clair et l'autre obscur, en sa retombée lyrique de l'Umnachtung ou « nuit qui tombe » de la folie et du « soleil noir » nervalien venu ajouter cette fleur « poétique » de « l'envoi » au Jean Laplanche de la collection « Psychanalystes d'aujourd'hui », 1997.

Même si la « lignée copernicienne » avec sa « brillante descendance » (Galilée, Kepler, Newton, et au-delà : Einstein) remonte à l'héliocentrisme d'Aristarque de Samos au IIIe siècle av. J.‑C., la « révolution copernicienne », dont il est question ici, réfèrerait plus précisément d'un point de vue épistémologique à la philosophie de Kant, puis à « l'objet » de la psychanalyse : l'inconscient. Et la théorie de la séduction généralisée apporterait l'élargissement requis par son décentrement : une telle révolution est « inachevée ». Notons bien la pertinence de la remarque laplanchienne sur l'inversion kantienne paradoxale qui consiste à refaire tourner, somme toute, les choses autour du sujet de la science à partir d'un « mouvement de décentrement radical » :

«  Le sujet empirique est conforme à Copernic, il est emporté on ne sait où, dans le mouvement de l'univers. Le sujet transcendantal, lui, reste fidèle à Ptolémée : c'est sur lui que se règle le mouvement des corps célestes, qui ne sont que des "objets en général". »

— « Ponctuation », La révolution copernicienne inachevée

Freud, qui a comparé à maintes reprises la découverte psychanalytique à une révolution copernicienne, serait, selon J. Laplanche, « à lui-même son propre Copernic, mais aussi son propre Ptolémée ». Du côté de Copernic, il y a la découverte conjointe de l'inconscient et de la théorie de la séduction, qui maintient « l'autre chose en nous »; du côté du repliement ptoléméiste, il y a le fourvoiement freudien faisant « retour à une théorie de l'auto-centration, voire de l'auto-engendrement ».

La psychanalyse est d'abord une méthode : « Le domaine de l'inconscient est inséparable de son abord ». Et la méthode opère par associations et recoupements, déconstruction : c'est une « analyse ». Toute méthode interprétative de l'ordre de « l'herméneutique » se trouve disqualifiée.

La centration sur un inconscient « pathologique », et l'insuffisance d'élaboration qui s'ensuit de « la théorie traductive », « l'absence surtout de la catégorie du message » expliqueraient en partie le fourvoiement freudien, auquel concourrait également la place envahissante et ambiguë accordée à la « vexation dite biologique » de l'évolutionisme darwinien, partant à la phylogenèse. En fait, nous dit Laplanche, « la blessure narcissique par la science échoue sur notre centration narcissique, comme corps vivant. »

«  La clé du problème reste bien le narcissisme, mais celui-ci est pris dans l'évolution même de l'objet [...].
— « Ponctuation », La révolution copernicienne inachevée »

La situation originaire de l'être humain est à la fois ptoléméique et copernicienne. Elle est copernicienne « en ce qu'elle trouve son centre de gravité dans l'autre », et se trouve réitérée dans le transfert. J. Laplanche retraduit la maxime qu'il juge en son fond « ptoléméique » de la deuxième topique freudienneWo Es war, soll Ich werden par une maxime inverse ou complémentaire qu'impose la théorie de la séduction généralisée :

« Wo Es war, wird (soll? muss?) immer noch Anderes sein,
là où il y avait du ça, il y aura toujours et encore de l'autre. La permanence de l'inconscient, la priorité de l'adresse de l'autre, c'est une des fonctions de l'analyse que de les maintenir, et c'est le devoir de l'analyste de garantir le respect qui leur est dû.  »

— « Ponctuation », La révolution copernicienne inachevée

2. Un quart de siècle en psychanalyse

La révolution copernicienne inachevée - Travaux 1967-1992 contient les « principaux » articles de Jean Laplanche, parus dans des revues depuis 1967 jusqu'en 1992: ces articles « jalonnent une réflexion psychanalytique et constituent une sorte de contrepoint aux différents livres publiés dans la même période », écrit Jean Laplanche pour présenter son ouvrage, qui est par conséquent assez volumineux et qu'il est impossible de résumer. C'est au texte introductif « Ponctuation » de 1992 d'en donner le ton fondamental d'où résonne le titre, allusif à Copernic, à la philosophie de Kant et à la « révolution psychanalytique » qu'apporte la découverte par Freud de l'inconscient : à la révolution freudienne « inachevée » correspond la théorie de la séduction généralisée qui renoue, mais à partir de « nouveaux fondements », avec la théorie de la séduction factuelle des neurotica que Freud a abandonnée.

Voici un certain nombre de ces articles :

  • « Interpréter [avec] Freud » (dans L'Arc, 1968). Texte inaugural de ce que veut dire Jean Laplanche lorsqu'il parle de « faire travailler » Freud. Avec D. Scarfone, qui reconnaît dans cet article un « texte-programme », on peut y retrouver pratiquement inscrit le « discours de la méthode psychanalytique »[28] : comment, hors du cadre de la cure, appliquer au texte de Freud la règle fondamentale établie par Freud, celle de l' association libre du côté du patient, et celle de l' attention en égal / libre suspens (1988, nouvelle traduction des OCF.P pour l'ancienne « attention flottante ») du côté de l'analyste ?

« Les deux règles du dialogue, règle des libres associations pour l'analysé et règle de l'attention également flottante pour l'analyste, forment un tout méthodologique. L'essentiel de l'accent est mis sur ce précepte de traiter également tous les éléments du discours. Tous les détails d'un rêve, par exemple, doivent être pris, sans qu'aucun soit privilégié, comme le point de départ possible, d'une chaîne associative. »

— J. Laplanche, La révolution copernicienne inachevée, p. 25.

Deutung signifie « interprétation » au sens de la Traumdeutung, L'interprétation du rêve (dans la nouvelle traduction des OCF.P, 2004). Et « l'originalité de l'interprétation freudienne » souligne Jean Laplanche « est trop souvent méconnue, aussi bien dans certains efforts théoriques pour la faire rentrer dans le cadre général d'une herméneutique, que dans une pratique qui, même chez les psychanalystes les plus orthodoxes, ne résiste pas toujours aux séductions de la lecture à livre ouvert» (p. 23).
À cette époque de 1968, où la psychanalyse « française » va se vulgariser Urbi et orbi, et en amont notamment du « débat théorique sur ce qu'on nomme dans la presse le "retour à Freud" », à propos duquel Laplanche relève que les termes sont « sujets eux-mêmes à interprétation », le débat de Jean Laplanche avec l'herméneutique, qui accompagne décisivement toute l'œuvre de ce psychanalyste, est nettement engagé — il l'est depuis Bonneval (1960) à l'adresse de Lacan, à ce moment-là dans le contexte de la polémique avec le philosophe marxiste Georges Politzer. Le mot « traduire » apparaît déjà (p. 21), il s'imposera à partir de 1987 et de la théorie de la séduction généralisée, qui débouchera sur une « théorie de la traduction » et l'annonce d'un remaniement topique ; pour l'instant, en 1968, « interpréter [avec] Freud » signifie « sillonner l'œuvre en tous sens sans rien omettre et sans rien privilégier a priori », ce qui équivaut à appliquer la règle fondamentale au niveau de l'œuvre de Freud.

Autour et dans le sillage de Vie et mort...

  • « La position originaire du masochisme dans le champ de la pulsion sexuelle » (1967/1968). Approche ardue, fondamentale dans la pensée de Jean Laplanche, à partir de son étude chez Freud (« Le problème économique du masochisme »), du masochisme, creuset métapsychologique préparant l'étape de l'étayage dans Vie et mort en psychanalyse : il s'agit de dégager « l'usage de la notion d'étayage dans la théorie du sado-masochisme et la priorité du temps masochiste dans la genèse de la pulsion sado-masochiste ». Le masochisme est primaire en quelque sorte en second lieu, par « retournement auto-érotique » au moment de « l'abandon de l'objet ». Freud est cité dans sa Métapsychologie sur le passage à « la voie moyenne réfléchie » lorsque « le besoin de tourmenter devient tourment infligé à soi-même, auto-punition et non masochisme ». La théorie de la séduction généralisée est en germe à l'étape laplanchienne de l'étayage dans Vie et mort... de 1970 ; avant le repli freudien d'après 1920 sur « la pulsion de mort » prenant, selon Laplanche, « les apparences du mythe métabiologique et métaphylogénétique », on décelait chez Freud en 1915 « un primat de l'hétéro-agression sur l'auto-agression » :

«  Dans le champ de l'auto-conservation, il y a une (hétéro-) agressivité primaire; dans le champ de la pulsion sexuelle, c'est le masochisme qui est primaire ou originaire.  »

— J. Laplanche, «La position originaire du masochisme», La révolution copernicienne inachevée, p. 48, note 19.

  • « Dérivation des entités psychanalytiques » (1971). Ce texte, où il est beaucoup question de la métaphore et de la métonymie, figures de la rhétorique réunies par Roman Jakobson, suit les six développements qui constituent Vie et mort en psychanalyse. La dérivation métaphoro-métonymique en psychanalyse s'applique ainsi au moi, la métonymie renvoyant plus au temps et à la « contiguïté », et la métaphore à l'espace et à la « ressemblance » : Selon la ligne métonymique, le moi reste en continuité en tant qu'appendice différencié d'un organisme représentant le tout; selon la ligne métaphorique, le moi est instance et se forme par identification.
  • « Faut-il brûler Mélanie Klein? » (Mexico, 1981/Publication, 1983). Le titre, bien dans le style de Laplanche — avec la « provocation de l'analyste » sous la litote de l'écrivain ayant recours au Witz — se veut « un grand hommage » à « celle que plus d'un considèrent comme la plus grande créatrice après Freud ». Car « c'est la situer dans cette tradition flamboyante (comme on dit du gothique) qui reconnaît le caractère étrange, étranger, hostile, angoissant de "notre monde intérieur" ». Un monde intérieur « peuplé de démons »! Il faut faire « travailler » Mélanie Klein comme il faut faire « travailler » Freud, conclura Jean Laplanche:

« On s'apercevra alors que le travail de toute grande œuvre psychanalytique se recoupe, s'entrecroise avec le travail d'une autre œuvre. »

— J. Laplanche, La révolution copernicienne inachevée, p. 224-225.

Jean Laplanche n'est pas un adepte du kleinisme qui, comme mouvement et comme doctrine, a toujours suscité sa méfiance, dit-il. Le mérite de Mélanie Klein est d'avoir remis l'accent sur le fantasme, mais sa technique, dont le « bombardement interprétatif » est « l'aspect le plus frappant », implique un « abandon quasi total de la méthodologie freudienne de l'interprétation » : « c'est l'imposition d'un système pré-établi, qui fait fi de tout le pas-à-pas de l'analyse freudienne ». L'analyse par Laplanche, dans ce texte, des apports majeurs de Klein est d'une grande richesse critique; elle invite effectivement à « faire travailler » l'œuvre de Mélanie Klein par rapport à celle de Freud, et peut-être aussi par rapport à celle de... Jean Laplanche, par exemple sur la question d'un surmoi comportant son reste d'énigme.

Vers la théorie de la séduction généralisée

  • « La pulsion et son objet-source - Son destin dans le transfert » (mai 1984). Le prononcé de ce texte décisif, qui jette les bases métapsychologiques de la future théorie de la séduction généralisée posée en 1987 dans les Nouveaux fondements, eut lieu lors de l'intervention de Jean Laplanche dans le cadre du Colloque organisé par l'Association Psychanalytique de France le 12 mai 1984 sur le thème de « La pulsion, pour quoi faire ? ». Là où Freud définissait la pulsion (le Trieb) comme « un concept limite entre le psychisme et le somatique », plus précisément comme « la quantité d'exigence de travail imposée à l'âme par suite de sa relation au corporel », Jean Laplanche revient au Freud des Lettres à Wilhelm Fliess où le terme employé était Impulse, soit à la théorie de la séduction : les Impulse, c'est « l'action même des souvenirs refoulés et des fantasmes, ce qui en naît, ce qui en découle comme leur source » :

« [...] le modèle freudien que j'essaie de faire fonctionner, aux origines de la pulsion, est celui de la séduction et du refoulement originaires »

— J. Laplanche, « La pulsion et son objet-source », La révolution copernicienne inachevée, p. 235.

  • « La pulsion de mort dans la théorie de la pulsion sexuelle » (1984/1986). Dans Vie et mort en psychanalyse, Laplanche avait déjà analysé la place, en quelque sorte « spéculative », faite au Todestrieb freudien après l'introduction du narcissisme, afin de rééquilibrer par ce concept antagoniste qui arrive dans la seconde théorie des pulsions, le régime libidinal narcissique s'unifiant sous l'égide d'Éros en prenant le relais, non sans un certain flottement théorique de la part de Freud, de l'autoconservation. Cette position de Laplanche sur la pulsion de mort chez Freud, observe Dominique Scarfone, « ne fait pas l'unanimité » (débat avec André Green[29]). Laplanche va parler de « liaison » pour « les pulsions sexuelles de vie » et de « déliaison » pour les « pulsions sexuelles de mort ». Avec Au-delà du principe de plaisir, pour que la sexualité ne se voit pas accaparée par l'aspect « lié, investi, calme, quiescent » d'Éros, Jean Laplanche écrit que, en 1919, se manifestent pour Freud:

«  [...] le besoin de réaffirmer quelque chose qui s'est perdu, c'est-à-dire la sexualité non liée, la sexualité qu'on peut dire "déliée" au sens de la pulsion, c'est-à-dire la sexualité changeant d'objet [...], la nécessité de réaffirmer quelque chose qui était essentiel dans la sexualité et avait été perdu, son aspect démoniaque, asservi au processus primaire et à la compulsion de répétition. »

— J. Laplanche, « La pulsion de mort... », La révolution copernicienne inachevée, p. 280.

La théorie de la séduction généralisée et son après-coup «traductif»

  • « Le mur et l'arcade » (1987/1988). Walter Benjamin est cité en épigraphe. Il est question de traduction: la grande aventure de la traduction « pratique » des Oeuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P aux P.U.F. vient de commencer (1988), et celles-ci prennent Jean Laplanche « à bras-le-corps ». Et il s'agit en même temps de la pulsion, la « pulsion de traduire » :

« la traduction comme modèle de la pulsion »

— J. Laplanche, « Le mur et l'arcade », La révolution copernicienne inachevée, p. 288.

Avec l'image de la déliaison reprise de Benjamin, l'Entbindung « chère à Freud », la traduction « délie de son sens » un élément ultime, au-delà du sens (un « symbolisant »), pour en faire un « symbolisé ». En référence plutôt à une « théorie allemande » de la traduction telle que l'expose l'ouvrage d'Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, Jean Laplanche invite, désormais dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée, à une vision « décentrée » [« copernicienne »] de la traduction, pour faire sortir celle-ci de la subjectivité de l'interprétation « ethnocentriste » [« ptoléméiste »].
La problématique laplanchienne sur le concept d'après-coup est déjà au travail dans « Le mur et l'arcade » qui en représente un moment avant-coureur important, presque obscur à la lecture : les références littéraires à l'enseigne de la traduction, sont riches. Hölderlin revient en point d'orgue dans la version « mûrie » du grand poème Mnémosyne pour illustrer aux yeux de Laplanche « l'inlié ».

Toujours sur le thème du temps et de la traduction :

  • « Temporalité et traduction - Pour une remise au travail de la philosophie du temps » (1989)
  • « Le temps et l'autre » (1990)

Des questions qui insistent

  • « Implantation, intromission » (1990). Ce texte bref articule, peu de temps après la mise en place de la théorie de la séduction généralisée, la question qui continue de se poser à Jean Laplanche de la « psychose ». La priorité est donnée au concept d'introjection, dont la « modalité la plus patente, le refoulement, implique que le sujet met d'abord quelque chose au-dedans, instaure un inconscient, avant de constituer, par projection, un monde objectal sexuel selon les lignes de force du refoulé ». La « priorité de ce mouvement (le refoulement originaire) » est ce qui permet dans la théorie laplanchienne «la constitution du sujet psychique». Dans la situation de séduction originaire, « le procès vient originellement de l'autre». Le temps originaire « est celui d'une passivité » de l'individu, et les procès où celui-ci manifeste son « activité » sont tous secondaires par rapport à ce temps premier. L'« implantation » désigne le « fait que les signifiants apportés par l'adulte se trouvent fixés, comme en surface, dans le derme psychophysiologique d'un sujet chez lequel une instance inconsciente n'est pas encore différenciée ». C'est le procès normal ou névrotique. Les premières tentatives de traduction s'opèrent sur ces signifiants, et les restes constituent le « refoulé originaire (objets-sources) » Le procès a été décrit précisément dans Nouveaux fondements pour la psychanalyse; il correspond au Fort-da, signifiant de l'absentement de la mère ou du père chez Freud. L'« intromission » est la « variante violente » de ce procès et « met à l'intérieur un élément rebelle à toute métabole ». Ces procès « allogènes » ont leur modèle dans les processus corporels:« L'intromission est dans une relation majeure avec l'analité et l'oralité. L'implantation se réfère plutôt à la surface du corps dans son ensemble, à la périphérie perceptive ». Remarque importante de Jean Laplanche, qui fait question dans la remise en chantier de la topique: « un processus apparenté à l'intromission joue aussi son rôle dans la formation du surmoi, corps étranger non métabolisable ».
  • « L'interprétation entre déterminisme et herméneutique — Une nouvelle position de la question » (1991): Le débat sur l'interprétation en psychanalyse, « qui ne date pas d'hier », aura été marqué par le « grand livre » de Paul Ricœur, De l'interprétation. Essai sur Freud (1965). Cet « ouvrage monumental et profond », nous dit Laplanche, « consacre le retour en force, au cœur de la problématique freudienne de l'interprétation, de la tradition classique, séculaire voire millénaire, qui est celle de l'herméneutique ». La première incursion de l'herméneutique dans la psychanalyse date de Carl Gustav Jung et de Silberer. Dans un « après Ricœur », il y eut en France dans les années 1970 les écrits et thèses de Viderman, et les débats, tout déconnectés qu'ils soient d'avec la psychanalyse française, sont vifs à l'étranger aussi. La contestation anglo-saxonne se caractérise en particulier par une « critique radicale de toute la pensée métapsychologique ».
    La comparaison avec l'histoire des historiens (l'historiographie), prise entre le point de vue « réaliste » [il s'agirait de rendre son histoire réelle au sujet névrosé atteint d'une « maladie de la mémoire »] et le point de vue relativiste [d'une « herméneutique créatrice » de l'objet construit] constitue « l'illusion majeure ». « Qu'est-ce qui fait courir Freud? » s'interroge Laplanche: Ce n'est pas l'histoire! (celle des historiographes).

« Ce [que Freud] vise c'est une sorte d'histoire de l'inconscient ou plutôt de sa genèse. Une histoire à syncopes, où les moments d'enfouissement et de résurgence sont ceux qui comptent par-dessus tout. Une histoire pourrait-on dire, du refoulement [...] »

— J.Laplanche, La révolution copernicienne inachevée, p. 396

À l'encontre de l'interprétation, Jean Laplanche parle de traduction, en se référant à la lettre 52/112 de Freud à Wilhelm Fliess: « Le refusement de la traduction c'est cela que cliniquement on nomme "refoulement" ». La théorie de la séduction généralisée apporte en effet cette nouvelle dimension de l'adresse que représente la catégorie de message (« signifiant ») « adressé par quelqu'un à quelqu'un »: une « tierce catégorie », à « poser, comme troisième réalité » .

  • « Du transfert: sa provocation par l'analyste » (1991). Cette conférence d'abord donnée dans le cadre de l'A.P.F. sous l'intitulé : « Le transfert: ordinaire et extraordinaire », fut donnée une seconde fois, avec un léger remaniement, dans un centre de recherches universitaires (à Paris X-Nanterre) au cours d'un cycle de conférences sur le thème de « l'identité du psychanalyste ». Il y a des « transferts dans la cure et des transferts hors la cure ». Sa prise de position critique et analytique vis-à-vis du « grand "Rapport" de Daniel Lagache » sur « Le problème du transfert »[30] (1952), Jean Laplanche en a déjà rendu compte dans les Problématiques V: Le baquet. Transcendance du transfert(1987): à l'encontre de « l'unité de la psychologie » de Lagache, il pense que « c'est d'une dualité de la psychologie ou d'une dualité du psychisme qu'il faut parler pour comprendre quoi que ce soit au transfert ». Il entend par dualité celle « entre autoconservation et sexualité ». La psychologie tendrait à faire rentrer « l'extraordinaire dans l'ordinaire », le transfert psychanalytique dans le « transfert psychologique d'habitudes » du lot commun des hommes et des êtres vivants. Avec Freud, dit Laplanche, « la spécificité du transfert analytique tient à la spécificité du névrosé. C'est la névrose — le conflit inconscient non résolu — qui est créatrice de transfert. Ni l'analyste ni la situation n'y sont pour rien » [Position critique est également prise à l'encontre de Ida Macalpine qui définit la « situation analytique » comme infantilisante: le sujet régresse parce que la situation est régressive].
    En fait, la raison qui pousse Jean Laplanche à revenir sur le transfert lui vient d'un colloque récent sur « La psychanalyse hors la cure »,avec une table ronde intitulée « Transfert et contre-transfert dans la psychanalyse hors cure »[31] explique-t-il. Laplanche interroge: La psychanalyse n'est-elle pas originellement chez elle dans la culture? Le transfert est peut-être déjà chez lui hors la cure. Dans le culturel, l'artiste s'adresse à un autre, à des autres « épars dans le futur »: « C'est l'offre qui crée la demande »

« c'est l'offre d'analyse, l'offre de l'analyste, qui crée... quoi? non pas l'analyse, mais sa dimension essentielle, le transfert. »

— Jean Laplanche, La révolution copernicienne inachevée, p. 430.

Selon Laplanche, l'analyse s'apparenterait au lieu culturel dans la mesure où elle « offre une réouverture de la dimension d'altérité ». L'analyste comme « gardien de l'énigme et provocateur du transfert » travaille « en creux » [« transfert en creux »] par rapport à une situation originaire infantile de séduction:« L'énigme sexuelle est proposée par les adultes à l'enfant, elle est adresse » ; l'adresse est énigmatique et il y a « transcendance du transfert » parce que l'autre (émetteur) « ne sait pas tout ce qu'il dit : il est autre pour lui-même ». À l'adresse de l'analyste, l'analysant peut loger « du plein ou du creux. Du plein [« transfert en plein »], c'est y déverser sa besace; du creux, c'est y loger un autre creux, l'énigme de sa propre situation originaire ».
La notion de « transfert de transfert » appelle à s'interroger sur le « destin du transfert en creux »: une sortie d'analyse peut se laisser représenter, dans le modèle hélicoïdal de Laplanche, par une « fenêtre, en astronautique, un laps de temps précis où le lancement d'un astronef est possible ». La psychanalyse existe hors de la cure, elle est présente « en expansion », dans la culture. Il faut disait déjà Laplanche dans ses Problématiques III, « faire dériver la sublimation » , qui « n'est plus ce qu'elle était », à cause de « l'introduction irréversible de l'analyse dans la culture »:

« Il n'est pas nécessaire de penser — comme le voulait Lacan — que la seule analyse digne de ce nom est celle qui mène à la pratique de la cure, pour affirmer que l'expérience analytique ne saurait être une simple parenthèse, ouverte un jour puis refermée, dans le destin de l'individu humain, et cela, même s'il ne devient pas lui-même psychanalyste praticien. »

— J. Laplanche, La Révolution coperncienne inachevée, p. 437.

  • « Masochisme et théorie de la séduction généralisée » (1991). Pour Laplanche, le « fourvoiement freudien majeur est celui de 1897: l'abandon de la théorie de la séduction ». Cette renonciation entraîne chez Freud le « retour à l'endogénisme de la pulsion sexuelle », avec les rééquilibrages qui s'ensuivent de la théorie (biologisante) de l'étayage et l'introduction de la pulsion de mort, laquelle donnera lieu à des interprétations infinies, romantiques et irrationnelles. Au cours de la relecture critique par Laplanche du « Problème économique du masochisme » de Freud (1924), il faut relever en particulier celle sur « le masochisme dit féminin », dont Freud énumère les contenus fantasmatiques: « être castré - être coïté - accoucher », en omettant de faire le rapprochement qui va de soi avec « Un enfant est battu » (1919): « On voit ici s'amorcer le virage par lequel Freud a réinterprété, en fonction de sa théorie du primat du phallus, la clinique du fantasme de fustigation », dit Jean Laplanche en renvoyant à l'analyse de Jacques André « La sexualité féminine: retour aux sources » (Psychanalyse à l'université, 1991): « L'allusion à un infantile originaire, où se superposeraient féminité, passivité et masochisme, ne peut être qu'atopique par rapport au dogme dominant». L'aveuglement de Freud (et partiellement celui de Laplanche en 1968, reconnaît ce dernier), c'est de ne pas avoir repéré que la séquence décrite dans « Un enfant est battu » est « une séquence de séduction »: « Mon père bat un petit frère ou sœur » est « un message adressé à ego », un « à traduire »:

« le mouvement de départ du sado-masochisme n'est pas centrifuge, mais centripète. »

— J. Laplanche, La révolution copernicienne inachevée, p. 454.

3. Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud

Réédité au titre des Problématiques VII en 2006, ce cours du D.E.A. de psychanalyse fut prononcé à Paris VII au semestre d'hiver 1991-1992, et publié pour la première fois en 1993 chez Les empêcheurs de penser en rond: « On a dit que je mettais en danger l'équilibre de la pensée freudienne »... Le « faire travailler » Freud de ces dernières et futures Problématiques VII [ainsi nommées quand paraîtront après coup les sixièmes et avant-dernières en 2006] est ici pleinement à l'œuvre. La théorie de la séduction généralisée (Nouveaux fondements, 1987) exige de Laplanche qu'il parcoure à nouveau, « avec Freud » ce qu'il nomme le « fourvoiement biologisant » de celui-ci.
La théorie de la séduction généralisée par Laplanche dit la vérité de la notion d'étayage que développait en 1970 Vie et mort en psychanalyse, « un étayage de la sexualité sur les fonctions d'autoconservation » qui représente un « moment » important du fourvoiement freudien.

« À partir de l'abandon par Freud de la théorie de la séduction, le retour à une conception purement endogène de la sexualité était inéluctable: l'instinct ancré dans la phylogenèse, bien que révoqué au départ, ne cessera de hanter la pensée freudienne. »

— J. Laplanche, Le fourvoiement biologisant de la sexualité chez Freud, p. 3.

Ce qui manque à Freud au moment de « l'étayage », c'est que « le clivage d'un plan proprement sexuel dans le biologique infantile ne peut se concevoir qu'à partir de l'action de l'autre ».

Dans un second moment, l'« Introduction du narcissisme » (1915), explique toujours Laplanche dans l'avant-propos de son livre, offrait « la possibilité d'un fécond remaniement grâce à la nette distinction de trois niveaux: auto-conservatif, sexuel-érotique, sexuel-narcissique. L'action de l'autre adulte comme point de départ du choix d'objet sexuel était même entrevue ».

Mais la dernière théorie des pulsions va rendre caduques ces distinctions pourtant indispensables: « Sous le chef d'Éros unificateur, c'est finalement un retour à l'indistinct, dans un déguisement mythique qui est proposé ». La « pulsion de mort » aura une fonction compensatrice antagoniste pour « maintenir le conflit, mais c'est un concept composite ».

Laplanche doit toujours rappeler, à l'encontre de ses détracteurs sur le sujet, que « dénoncer un fourvoiement biologisant de Freud n'est nullement dénoncer la biologie dans l'être humain. C'est au contraire lui restituer une place positive, et non plus mythologique ».
Sur l'idée de fourvoiement, l'image proposée de l'alpiniste indique que « la recherche de celui qui se fourvoie est guidée par un but qui insiste » (p. 8). Il n'y a pas vraiment d'impasse, ni de retour en arrière, mais des bifurcations, d'autres voies à trouver pour le chercheur, qui ne perd pas de vue « l'exigence du sommet » à atteindre (l'Everest).
Le fourvoiement de base de Freud est issu du recul, « quasi obligatoire » devant « les conséquences de la priorité de l'autre dans la constitution [...] de l'être humain sexuel ». Il se compose de plusieurs fourvoiements majeurs ou mineurs, et chacun des fourvoiements majeurs est nettement défini par « sa descendance postfreudienne » (p. 11) :

  • Le premier fourvoiement, « qui a partie liée avec un biologisme de la sexualité, trouve sa descendance directe chez Mélanie Klein et ses disciples ».
  • Le second fourvoiement, « c'est la reconstruction autocentriste ou ipsocentriste de l'être humain, qui a envahi toute une psychologie se réclamant plus ou moins de la psychanalyse ».
  • Le troisième et dernier fourvoiement « consiste à situer le structurel au cœur de l'inconscient, ce dont on reconnaîtra la descendance dans le structuralisme de Lacan ».

D'autres fourvoiements sont subordonnés aux précédents ainsi exposés, comme la phylogenèse, la notion de ça primordial.

4. Pour rouvrir le concept de sublimation

D'une certaine façon, la théorie de la séduction généralisée est d'emblée une théorie de la sublimation. Et il n'est guère étonnant que ce concept, qui fit l'objet autrefois des Problématiques III, soit remis sur le métier dans les années 1990.

Dans l'introduction à son ouvrage Entre séduction et inspiration: l'homme (1999), qui rassemble ses « principales communications » des années 1992-1998, Jean Laplanche attire l'attention sur les « récurrences » marquant d'un texte à l'autre « l'insistance d'un thème qui justifie le titre du recueil », «  motif directeur » qu'il appelle la « situation anthropologique fondamentale », celle qu'énonce la théorie de la séduction généralisée : sa « dissymétrie est structurante » ; elle « confronte adulte et infans » — l'adulte (« secourable », dit Freud — il ne s'agit pas seulement de différence d'âge)— est celui qui a un inconscient, tandis que l'infans n'a pas encore d' « inconscient sexuel ». Dans la « situation originelle », la théorie de la séduction ne tient que si l'on prend en compte en plus du « facteur communication »: « l'immixtion de l'inconscient de l'adulte dans son propre message ». Lorsque disparaît la relation concrète adulte-enfant, explique Laplanche, « le primat de l'autre et son énigme » peut ne pas se refermer: il constitue « le vif de la situation analytique, et aussi de ce qu'on peut tenter de décrire comme l'ouverture à — et par — l' inspiration ».

Quelques textes :

  • « Séduction, persécution, révélation » (Journées de l'A.P.F., 1992 / Psychanalyse à l'université, 1993). Le névrosé (sur le « fantasme de séduction »), le psychotique (sur le « délire de persécution ») et l'homme de la religion (sur le « mythe de révélation ») doivent avoir « d'une certaine façon raison » — Laplanche cite Freud qui dans ce cas fait « référence au contenu du symptôme ». Laplanche entend aller plus loin que l'implicite « recentration » contenue dans le point de vue que supposent les « verbes actifs » séduire, persécuter, révéler, où « on » fait de l'autre un « névrosé », un « psychotique » ou un « croyant ». Les trois thèmes abordés représentent « trois décentrements-recentrements ». Cette étude de Jean Laplanche, qui dialogue ici également avec la pensée de Guy Rosolato, fait suite à « Ponctuation » (1992) où Laplanche observe et théorise une bi-polarisation du comportement humain entre ptoléméisme centrifuge (autocentration narcissique sur le « sujet » percipiens) et « copernicisme » radical et centripète de l'autre inconscient et invasif. Laplanche veut y « mettre en évidence l'existence d'un même vecteur venant de l'autre, irréductible à une projection du sujet, dans les trois champs parallèles de la séduction originaire, de la paranoïa et de la religion ». Et par rapport à cette dernière, notons cette fine analyse laplanchienne de la « foi », un mot difficile à traduire en allemand pour Freud qui ne connaît que la plus subjective « croyance » (de L'avenir d'une illusion). Et de citer alors J.-B. Pontalis ayant écrit un jour dans l'introduction à un numéro spécial de la Nouvelle Revue de Psychanalyse sur la croyance (1978, n° 18): « Ne croyez pas à la psychanalyse! fiez-vous à elle » ! :

«  Cette phrase [ de J.B. Pontalis: « Ne croyez pas à la psychanalyse! fiez-vous à elle »] est peut-être intraduisible en allemand et en freudien. Je la trouve parfaitement en accord avec l'idée que le transfert, comme la foi vient de l'autre. »

— J. Laplanche, Entre séduction et inspiration: l'homme, p. 51

  • « Notes sur l'après-coup » (1992). En relation directe avec les Problématiques VI publiées seulement en 2006, ces « Notes », basées sur une conversation de Jean Laplanche avec Martin Stanton (en), ont d'abord été publiées dans Jean Laplanche: Seduction, Translation and the Drives, London, ICA, Éd. John Fletcher & Martin Stanton, en 1992; elles furent ensuite augmentées et révisées par Jean Laplanche. On y trouve en conclusion une excellente définition de ce que Laplanche entend apporter, par la théorie de la séduction généralisée et la catégorie du message énigmatique, au concept de Freud de la « Nachträglichkeit (de) dans l'après-coup », traduit en anglais par afterwardsness :

« le concept de Freud d'après-coup contient à la fois une grande richesse et une certaine ambiguïté, en ce qu'il combine une direction rétrogressive et une direction progressive. Je veux rendre raison de ce problème des directions différentes, vers l'avant et vers l'arrière, en argumentant que, dès le début, il y a quelque chose qui va dans la direction du passé vers le futur, de l'autre à l'individu en question, de l'adulte vers le bébé, que j'appelle l'implantation du message énigmatique. Ce message est alors retraduit, en suivant une direction temporelle tour à tour rétrogressive et progressive (en accord avec mon modèle de traduction-détraduction-retraduction). »

— J. Laplanche, Entre séduction et inspiration: l'homme, p. 66

Article détaillé : en:afterwardsness.
  • « Court traité de l'inconscient » (N.R.P., 1993). Le « Court traité » reprend, dans les chapitres alors impartis à Jean Laplanche, le rapport de Jean Laplanche et Serge Leclaire présenté au Colloque de Bonneval en 1960[32], L'inconscient, une étude psychanalytique[33], texte qui paraît « encore aujourd'hui, largement assumable » à Jean Laplanche. La catégorie du « message énigmatique » (« signifiant à ») qu'a introduite la théorie de la séduction généralisée (1987) vient accentuer cependant par exemple et d'autant les idées exposées jadis dans les parties I, II et IV écrites par Jean Laplanche du rapport co-écrit avec Serge Leclaire. Tandis que les parties III et V du présent « Court traité » comportent « des développements plus nouveaux » : elles s'intitulent « Les conséquences du refoulement sur les (fameux) caractères de l'inconscient » et « Inconscient et métaphysique ».
  • « La psychanalyse comme anti-herméneutique » (1995). Écrit dédié à Serge Leclaire (décédé en 1994). Le prononcé du texte eut lieu au Colloque de Cerisy, Herméneutique, textes, sciences, le 15 septembre 1994: il constitue une véritable « pierre de construction » (Baustein) dans l'objection catégorique que Laplanche élève à l'encontre d'un certain envahissement par l'herméneutique du champ proprement dit de la psychanalyse, soit de l'assimilation de la psychanalyse à une « lecture, ce qui suppose qu'elle proposerait d'emblée un ou plusieurs codes ». Laplanche s'appuie sur le « temps originaire de la méthode » freudienne, méthode de « détraduction », car chez Freud lui-même ce temps originaire de la méthode psychanalytique est « bientôt occulté », ainsi dans L'interprétation du rêve, « sous deux bannières: la "symbolique" et la "typicité" ». Puis viennent chez Freud « les grands schèmes typiques: les grands "complexes" au premier plan desquels le "complexe de castration" », la « mythologie des deux grands instincts, de vie et de Mort ». Et après Freud, dit Laplanche, « ces organisateurs synthétiseurs vont continuer à proliférer, par exemple le schéma de la position dépressive selon Melanie Klein, ou encore la fonction de la Loi et de la Castration chez Lacan». Or la méthode symbolique n'est pas dans une relation de coopération avec la méthode associative : « puisque, selon Freud, lorsque le symbolisme parle, les associations se taisent ». Laplanche, dans la seconde partie de son exposé, propose, dit-il :

«  [je proposerai] le fondement de l'anti-herméneutique psychanalytique, ce que j'appelle théorie de la séduction généralisée.  »

— J. Laplanche,Entre séduction et inspiration: l'homme, p. 244

  • « La psychanalyse : mythes et théorie » (1997)
  • « Sublimation et/ou inspiration » ( Université d'Athènes et Soirées de l'A.P.F., 1999)

5. Dans Cent ans après...

Dans Cent ans après (1998), Patrick Froté s'entretient avec Jean-Luc Donnet, André Green, Jean Laplanche[34], Jean-Claude Lavie, Joyce McDougall, Michel de M'Uzan, J.-B. Pontalis, Jean-Paul Valabrega, Daniel Widlöcher.

Années 2000 : L'après-coup

Durant ces années de recherches et de remaniement topique, deux ouvrages importants: Les Problématiques VI - L'après-coup et Sexual.

1. La « Nachträglichkeit » dans l'après-coup

Tel est le titre « possible » et plus exact que Jean Laplanche donnerait à son enseignement de 1989-1990 à Paris VII, publié, 16 ans après coup (nachträglich), sous le titre des Problématiques VI - L'après-coup (mai 2006).

Cet avant-dernier cours de Jean Laplanche tenu à l'Université Paris VII entre novembre 1989 et février 1990 ne fut publié par son auteur que seize ans plus tard, en mai 2006, après coup donc, à l'instar de Freud ayant énoncé un jour que « l'exemple est la chose même ». J. Laplanche rappelle que, historiquement, le concept d'« après-coup » (la Nachträglichkeit (de)) fut inauguré la première fois en France, également sur le plan de sa traduction, par Lacan dans son « rapport de Rome » en septembre 1953. Sa « seconde scansion, toujours française, c'est la scansion due à Laplanche et Pontalis, puis à Laplanche seul »[35], déjà dix ans après : 1964, dans Fantasme originaire, Fantasmes des origines. Origines du fantasme ; 1967, dans le Vocabulaire de la psychanalyse ; 1970, dans Vie et mort en psychanalyse.

« Ce qu'apporte ce travail conceptuel — cet après-coup chez Laplanche et Pontalis, c'est tout autre chose que Lacan —, c'est la réinsertion du nachträglich dans son ensemble conceptuel qu'on pourrait dire "nourricier", "originaire", c'est-à-dire la réinsertion du nachträglich dans la théorie de la séduction, ce que finalement ne fait nullement Lacan. »

— J. Laplanche, Problématiques VI L'après-coup, p. 16.

La traduction interprétative de Lacan d'un après-coup « rétroactif » de l'événement, au sens d'une réorganisation des contingences passées à partir des nécessités à venir [qui vont devenir au cours du transfert celles de l'adresse finalement au grand Autre], concerne la « vérité » d'une parole « telle qu'elle se révèle dans son histoire et dans la cure »[36]. Et Lacan est à ce moment-là, nous dit Laplanche, « en étroit voisinage avec la pensée heideggerienne », l'idée chez Heidegger de « finitude », « l'être pour la mort ». Lacan découvre le nachträglich dans « L'homme aux loups », là où « Freud exige une objectivation totale de la preuve, tant qu'il s'agit de dater la scène primitive » (Lacan lu par Laplanche qui le cite). Pour Lacan c'est l' « assomption par le sujet de son histoire en tant qu'elle est constituée par la parole adressée à l'autre qui fait le fond de la nouvelle méthode à quoi Freud donne le nom de psychanalyse» (Lacan cité par Laplanche).
La grande différence que représentent la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche et la catégorie posée du message énigmatique à traduire, c'est que la parole est « adressée par l'autre » (J. Laplanche, L'après-coup, p. 20). Il y aurait un « avant-coup » de « la Nachträglichkeit dans l'après-coup » qui est au cœur de la théorie de Jean Laplanche et a fait écrire à celui-ci dès les premières pages de son ouvrage qui soude pas à pas au texte freudien mis au travail la théorie de la séduction retrouvée et généralisée:

« La théorie de la séduction est une pensée du temps. C'est une pensée, permettez-moi ce néologisme, "traductive" du temps. »

— J. Laplanche, Problématiques VI L'après-coup, p. 11

Article détaillé : L'après-coup.

2. Sexual - La sexualité élargie au sens freudien

Comme l'explique l'auteur justifiant son titre dans l'Avant-propos du livre, « "sexual" (par différence avec sexuel), c'est tout ce qui est du ressort de la théorie freudienne de la sexualité élargie, et au premier plan la sexualité infantile dite "perverse polymorphe"». L'ouvrage rassemble dans un ordre chronologique la plupart des écrits de Jean Laplanche entre 2000 et 2006, parmi lesquels le psychanalyste en désigne certains, au moins deux, qui ont « une visée novatrice »:

  • « Le genre, le sexe, le sexual » (2003)

Ce texte présente « une espèce de synthèse » d'un travail de recherche mené en séminaire durant plusieurs années sur ce qu'on appelle d'une façon très classique « la question de l'identité sexuelle ». Bien des auteurs sont convoquées comme la philosophe Judith Butler et des féministes comme Nicole-Claude Matthieu; on voit Freud (dans les Nouvelles leçons de 1933) précéder Simone de Beauvoir: « Il répond à la spécificité de la psychanalyse de ne pas prétendre décrire ce qu'est la femme, tâche dont elle ne pourrait guère s'acquitter, mais d'examiner comment elle le devient »...

Jean Laplanche propose :

« Le genre est pluriel. [...]. Le sexe est duel. [...]. Le sexual est multiple, polymorphe. Découverte fondamentale de Freud, il trouve son fondement dans le refoulement, l'inconscient, le fantasme. Il est l'objet de la psychanalyse. Proposition: Le sexual est le résidu inconscient du refoulement-symbolisation du genre par le sexe. »

— J. Laplanche, « Le genre, le sexe, le sexual », Sexual, p. 153.


Cette recherche ouvre, dit Jean Laplanche, « sur des hypothèses » dont certaines comme la « précession du genre sur le sexe » bouleversent les habitudes, ici, l'automatisme de la pensée qui consiste à mettre le « biologique » avant le « social ». La catégorie du genre, remarque Jean Laplanche, est souvent « absente ou impensée » chez Freud. L' énigme du genre doit être posée « dans une simultanéité: c'est l'enfant en présence de l'adulte, qui se pose la question de cette différence présente chez l'adulte ». Le genre est premier dans le temps, ce qui signifie « une mise en cause du primat du "socle" sexué ». Mais le genre, « pour le définir, le terme capital, [...] c'est celui d' "assignation ". Assignation souligne le primat de l'autre dans le processus ». L'assignation « est un processus complexe d'actes qui se prolonge dans le langage et dans les comportements significatifs de l'entourage ». L'enfant est « bombardé » de messages « prescriptifs » à traduire. Cependant, à la différence de Person et Ovesey (« Psychoanalytic theories of Gender identity », in J. Am Acad. Psychoanal., 11/2/1983) qui disent « le genre précède le sexe et l'organise », Jean Laplanche dit : « Oui, le genre précède le sexe. Mais loin de l'organiser, il est organisé par lui ». C'est principalement le « sexual » des parents qui « vient faire bruit dans l'assignation », parce que la sexualité infantile des adultes se trouve réactivée en présence de l'enfant. Arrive alors pour l'enfant une traduction que suppose la théorie de la séduction, par conséquent « un code de traduction »: « Le sexe vient fixer, vient traduire le genre » qui « est acquis, assigné, mais énigmatique jusqu'à environ quinze mois » (J. Laplanche s'appuie sur des observations d'enfants de Roiphe et Galenson). Le code, c'est donc « le complexe de castration »: il est au centre de la « phase génitale précoce ». Maintenant, Jean Laplanche retrouve Freud, même lorsqu'il concède: « La certitude du complexe de castration se maintient sur fond d'idéologie et sur fond d'illusion ». Il s'agit de la fameuse parole de Freud pastichant Napoléon sur la politique: « Le destin, c'est l'anatomie ». L'anatomie, qui prévaut, c'est l'« anatomie populaire », l'anatomie masculine, seule visible pour l'homme en station debout et ayant perdu le sens olfactif. Dès lors, et en dépit des multiples questions qui peuvent se poser avec « le règne du complexe de castration », au nombre desquelles il y a celle de l'idéologie qu'engendrerait « la logique de tiers exclu dans l'appareillage de notre civilisation occidentale » :

«  Ce que le sexe et son bras séculier, pourrait-on dire, le complexe de castration, tendent à refouler, c'est le sexuel infantile. Le refouler, c'est-à-dire précisément le créer en le refoulant. »

— J. Laplanche, « Le genre, le sexe, le sexual », Sexual, p. 173.


L'étude ouvre sur des incertitudes, nombreuses, comme le problème soulevé de la féminité et celui de la « bisexualité », la question de « l'identification par » (l'adulte) [plutôt que « à » l'adulte] et le rapport de celle-ci avec la notion d'idéal du moi.

  • « Trois acceptions du mot "inconscient" dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée » (2003)

Pour permettre, dans les limites d'une information brève, d'avoir une vue d'ensemble de la mise en « chantier » de la topique qu'effectue Jean Laplanche dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée, en corrélation avec la théorie de la traduction qui en ressort, présentons d'emblée la conclusion par Laplanche de son texte : En se référant à la « situation anthropologique fondamentale », qui exige de « prendre au premier chef en considération le message énigmatique de l'autre, et sa traduction », le mot « inconscient » peut trouver trois acceptions : 1) l'inconscient au sens propre freudien du refoulé, c'est-à-dire « le résidu de la traduction toujours imparfaite du message » en termes laplanchiens: en opposition à un moi préconscient par lequel une personnalité s'historise ; 2) l' inconscient enclavé ou « subconscient »: « en ceci qu'il n'est maintenu latent que par la mince couche de la conscience ». Il est « constitué de messages non traduits »: à côté d'un échec de la traduction « prépsychotique », il faut ranger dans cette « zone de stagnation » qui est aussi une « zone de passage, de transit », des « éléments de message non encore traduits, en attente de traduction, et peut-être aussi des messages détraduits, en attente d'une nouvelle traduction »; 3) « le pseudo-inconscient du mytho-symbolique » n'a plus sa place à l'intérieur de l'appareil [de l'âme ou psychique]. La fonction psychique de l'Oedipe mytho-symbolique qui le représente principalement en tant que schéma narratif est néanmoins capitale, parce qu'il fournit une « aide à la traduction » pour le petit être humain en train de s'historiser[37].
C'est au « deuxièmement » qu'arrive dans la pensée de Laplanche le moment le plus « novateur », avec l'acception d'un « subconscient ». Et c'est le moment difficile parce qu'il faut dans la notion d' « inconscient enclavé » tenir compte de la psychose: tout en exprimant (dans une note[38]) – par rapport à « l'inconscient psychotique » – sa réticence vis-à-vis de « l'inconscient amential » de Christophe Dejours, Jean Laplanche s'intéresse à l'hypothèse de « la troisième topique » de cet auteur résultant « des considérations métapsychologiques sur la perversion » et de l'introduction chez Freud de « la notion de "clivage du Moi" »[39]. Jean Laplanche propose, à la suite de Christophe Dejours, de « généraliser à tout être humain » ce que décrit Freud dans son article sur le clivage du moi, soit « l'existence côte à côte chez le même individu de deux mécanismes: mécanisme névrotique du refoulement, et mécanisme pervers ou psychotique du déni » (J. Laplanche, Sexual, p. 204-205). Reste à étudier « la possibilité d'un phénomène de communication, de vases communicants entre les deux parties » [« que sépare la ligne de clivage »]. Jean Laplanche, qui essaie depuis longtemps, écrit-il en note, de dégager « la fonction créatrice du rêve » au point de s'interroger : « Faut-il réécrire le chapitre VII ? » (Cf. J. Laplanche, 2000, « Rêve et communication: faut-il réécrire le chapitre VII? », Sexual, p. 51-78) renvoie ici aussi à ce que Christophe Dejours nomme « zone de sensibilité de l'inconscient » ainsi qu'aux développements de ce dernier concernant les « mécanismes de perlaboration par le rêve » (J. Laplanche,Sexual, p. 207-208).

3. Jean Laplanche et les bébés

« Sur une psychanalyse des bébés » (automne 2007) : Jean Laplanche discute avec Bernard Golse qui pose la question : « Y a-t-il une psychanalyse possible des bébés ? » en réfléchissant « sur les traumatismes hyperprécoces à la lumière de la théorie de l' après-coup » [40].

4. Entre psychanalyse et psychothérapie, le psychanalyste

Jean Laplanche participe, le 9 février 2008 à la Maison de la Chimie à Paris, au débat sur « Psychanalyse et psychothérapie » organisé par Daniel Widlöcher et l'équipe du Carnet/PSY, et engagé par textes interposés dans les colonnes de la revue entre févier 2006 et avril 2007.

La position de l'auteur de la théorie de la séduction généralisée est catégorique: la liaison psychothérapeutique est du côté du patient qui s'autohistorise,« avec l'aide plus ou moins active de l'analyste ».

« L'acte psychanalytique - parfois bien rare - est autre chose. Oeuvre de déliaison, il tente de faire surgir des matériaux nouveaux pour une historisation profondément renouvelée. Après tout, nous ne nous étonnerons pas que le psychanalyste soit aussi prudent et parcimonieux: son travail de déliaison ne s'apparente-t-il pas à celui de la pulsion sexuelle de mort[41]? »

— Jean Laplanche, « Psychanalyse et psychothérapie » publié dans Le Carnet psy, 108, mai 2006.

Le préalable que pose la psychothérapie des psychoses et des cas dits « borderline » graves, c'est « le problème même de l'indication. Est-on en droit d'aider à "délier" ce qui est déjà en mal de liaison.» L'« implication » du psychothérapeute est alors « maximale »: il participe « "créativement" à la construction, en apportant ses schémas, voire ses propres matériaux.» Le bémol apporté au final par Jean Laplanche témoigne de l'aspect effectivement novateur apparu dans « Trois acceptions du mot "inconscient" »: aucun aliéné ne l'étant totalement, dans la « zone de passage » du subconscient, l'analyse précautionneuse de la part névrotique « peut avoir un effet d'entraînement sur l'ensemble de la personne y compris sa part psychotique »[42]

Depuis 2010 : Freud, ce n'est pas fini...

2010: « Les maisons d'édition se ruent sur l'œuvre de Freud désormais libre de droits », titre le journal Libération dans son numéro du 2 et 3 janvier 2010. Le passage de Freud dans le domaine public n'émeut pas trop Jean Laplanche. « Il écarte d'un revers de la main les arguments antifreudiens et antipsychanalystes », rapporte l'envoyée spéciale à Pommard du journal:

« Si des gens considèrent que Freud n'est rien, pourquoi passent-ils toute leur vie à travailler sur ce rien? Il y a une espèce de passion contre lui qui ne se justifie que si l'homme est grand. Moi, je dis qu'il s'est fourvoyé mais cela ne m'empêche pas de le respecter énormément. »

— Jean Laplanche cité par Frédérique Roussel, envoyée spéciale à Pommard, « Jean Laplanche, les mots pour le traduire », Libération, N° 8908, 2-3 janvier 2010, p. 5

  • Préface de Jean Laplanche à Au-delà du principe de plaisir de Freud, dans la traduction des Oeuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P, désormais en édition « de poche » Quadrige Grands textes/PUF (janvier 2010). Jean Laplanche commence ainsi :

«  Voilà un texte qui peut être relu des dizaines de fois [...] »

— Jean Laplanche, Préface à Au-delà du principe de plaisir de Freud, janvier 2010, incipit

Critique(s) et histoire

L'avancée théorique de Jean Laplanche se situant d'emblée dans un après-Lacan, les critiques dont ce psychanalyste peut faire l'objet restent difficiles à cerner. Parce que le « pour » ou le « contre » Laplanche du « contenu manifeste » vise bien souvent l'enchevêtrement, évolutif avec les années, du « pour » ou « contre » l'ombre restée obsédante de Lacan. Pour les héritiers du « retour à Freud » lacanien, que sont aussi, à l'instar des lacaniens, celles et ceux qui se considèrent comme « non lacaniens », le « contenu latent » en mal d'analyse se trouve encore dans le dénominateur commun du « retour à Freud » de la psychanalyse française.

« Retour à Freud » en France

Qui critique qui ?

Les critiques dont Jean Laplanche et ses travaux peuvent faire l'objet dépendent en grande partie de la position des psychanalystes (re)connus, lacaniens et non-lacaniens, par rapport à l'héritage du « retour à Freud » de Jacques Lacan, constitutionnel de la psychanalyse française dans les années 1950. En sachant que Jean Laplanche, d'abord élève et analysant de Lacan, est le premier qui commença la critique de Lacan, au niveau métapsychologique, dans le rapport co-écrit avec Serge Leclaire, L'inconscient, une étude psychanalytique, présenté au Colloque de Bonneval sur « L'inconscient » en 1960 (voir plus haut, 3.1.2.2, et note 9). Le divers des éventuelles critiques de psychanalystes qui s'y risquent ne se ramènerait-il pas à cette première « critique » de Lacan par Jean Laplanche lui-même, qui initialise l'œuvre alors à venir de celui-ci ?

Jean Laplanche et la « pensée française »

Intellectuel français d'envergure, le psychanalyste Jean Laplanche ne paraît pas faire partie comme Lacan de la « pensée française » exportée, « littérairement », aux États-Unis, et réimportée en french theory dans la « mondialisation » ou « globalisation » de la fin du second millénaire .

Dans les années 1960 et par leur « retour » aujourd'hui en french theory des départements littéraires de certaines universités américaines, Jean Laplanche ne reste-t-il pas largement méconnu? C'est-à-dire connu – en particulier par sa thèse sur Hölderlin – en tant qu' ancien « élève » de Lacan plutôt que par la théorie de la séduction généralisée ?

Qui sait toutefois si la critique élogieuse de Hölderlin et la question du père par Michel Foucault en 1962 dans la revue Critique n'a pas produit une sorte d' « effet papillon » dans la participation de Lacan à cette « pensée française » exportée aux États-Unis, puis « mondialisée » par le truchement d'une french theory acclimatée?

Et au chapitre de l'influence qu'aurait eue après coup la pensée de Laplanche, alors dans sa période « para-lacanienne », sur d'autres penseurs français des années 1960 et 1970, on ne peut éviter de faire le rapprochement entre la réouverture par le Hölderlin de Laplanche de « la question de la schizophrénie » en 1961, et L'Anti-Oedipe de Gilles Deleuze et Félix Guattari en 1972, qui propose une analyse politique du capitalisme à partir de la « schizophrénie », en même temps qu'une application pratique de la « schizo-analyse ».

Cependant, quel « Lacan » au juste fait partie de la « pensée française » telle qu'elle est reçue par des universitaires américains en philosophie et littérature ? « L'effet de bande » le plus remarquable de ce Lacan-là se retrouve surtout dans la « déconstruction » derridienne. Lacan, de fait, n'a pas été sans se sentir « doublé » par le jeune Derrida (Baltimore, 1966 [43]).

Or, s'il arrive à Jean Laplanche d'évoquer le philosophe Gilles Deleuze sur un sujet d'étude (le masochisme par rapport au sadisme), il ne semble pas que la pensée du psychanalyste ait jamais « croisé » après coup et de son propre chef celle de Derrida, dont le nom n'est apparemment jamais mentionné dans le plus petit écrit de Laplanche. L'inverse peut-il se vérifier ? Jacques Derrida, dont l’œuvre débute en 1965, aurait-il un jour « croisé » Jean Laplanche, dont l’œuvre commence en 1960, au point qu'une « trace » du nom de ce dernier en soit consignée par « écrit » ? Oui, la trace en est bel et bien consignée par écrit, dans « La parole soufflée »[44] (paru dans Tel Quel dès 1965), à propos de Hölderlin, bien entendu, et par rapport à la « critique littéraire » (à Maurice Blanchot), la confrontation étant celle du « discours critique » et du « discours clinique » :

« Près de nous, M. Blanchot, M. Foucault, J. Laplanche se sont interrogés sur l'unité problématique de ces deux discours [le discours critique et le dicours clinique], ont tenté de reconnaître le passage d'une parole qui sans se dédoubler, sans même se distribuer, d'un seul et simple trait, parlerait de la folie et de l'oeuvre, s'enfonçant d'abord vers leur énigmatique conjonction. »

— Jacques Derrida, « La parole soufflée » dans: L'écriture et la différence, p. 253.

Concernant Derrida par rapport à la critique du « signifiant lacanien » à Bonneval par Laplanche, Élisabeth Roudinesco observe:

« Pour Lacan, la trace est toujours déjà langagière dans la mesure où la distinction langue/parole est posée à partir de la division du sujet et selon une conception heideggerienne de la vérité. Sur un certain plan, Derrida adresse à la version lacanienne du signifiant une critique proche de celle de Laplanche [...] »

— É. Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France. 2, p. 395.

Mais l'historienne française lit Freud avec les lunettes d'un Lacan déjà « derridien », et poursuit : la critique de Derrida aurait, selon elle, « l’avantage sur la précédente » de Laplanche « d’ouvrir la problématique freudienne à un nouveau champ d’investigation : le devenir littéraire du littéral ». À quel niveau théorique en effet de la langue « écrite » par Freud, écrivain « allemand » de la psychanalyse – Sigmund Freud écrit, comme Goethe et les Classiques allemands, en Schriftdeutsch : l'« allemand écrit » de la traduction de la Bible par Luther, fondateur de l'allemand moderne, devenu celui de la littérature allemande –, Jacques Derrida se situe-t-il pour y référer sa propre théorie de la « trace » ? L'inconscient de la « crypte » par exemple est-il le refoulé constituant l'inconscient en psychanalyse selon Freud et Laplanche ? Le passage par la critique d'un « phono-logocentrisme » de Lacan produisant un effet de couverture – celui du « retour à Freud » de la psychanalyse française – n'est-il pas un passage obligé pour Jacques Derrida, arrivant en 1965 dans la « pensée française » avec sa « grammatologie » ? Bref, Jacques Derrida ne se situe-t-il pas au même « niveau de langue » que Lacan, à savoir celui du structuralisme linguistique de Saussure, lequel va précisément lui donner, à lui Derrida, l'argument de sa « différance » d' « écriture » ? Et dans ce cas, de quelle « littérature » est supposée se rapprocher la « psychanalyse » nécessairement « lacanienne » dans l'après-coup rétroactif (deferred action) de la déconstruction derridienne ? L' après-coup laplanchien, dans son apport au concept freudien de la Nachträglichkeit est, il faut le rappeler (voir plus haut à la section 3, dans les « années 2000 »), « tout autre » que celui de Lacan !

Guerres « lacaniennes » et « postmodernes »

Le « retour à Freud » de Jacques Lacan recouvrait en fait un « aller simple », rien moins que « complexe », à Lacan : il s'agit, somme toute, du complexe d'Œdipe transposé dans l'acculturation de Freud en France au nom du père « symbolique », l'Oedipe freudien ayant fait place à la « Métaphore du Nom-du-père » dans la période du « Symbolique » de Lacan. Les « guerres lacaniennes » vont jusqu'à prendre l'accent de guerres de religions où les protagonistes, à défaut d'en venir aux mains comme au temps du « meurtre du père » par voie de fait, sous l'aspect du pugilat de l'Antiquité dans Œdipe roi de Sophocle, en viennent aux « mots » entre « frères » ennemis de la « progression du refoulement dans la culture »[45]. À cet égard, la virulence des propos échangés entre Jean Laplanche et André Green dans les années 1990 est exemplaire. Certes, la polémique avec ce psychanalyste, de la même « troisième génération », a au moins le mérite de pouvoir se dérouler à visage découvert. Comme le souligne Jean Laplanche :

«  [...] un tel abord direct et polémique diffère de la façon d'agir courante dans la psychanalyse — et peut-être dans la pensée — française. Les idées sont trop souvent prises par le petit bout de la lorgnette, disloquées, effleurées en passant [...]... et l'on passe à la suite. Cet éclectisme de l'allusion, ce refus d'une pensée qui se laisse vraiment saisir, serait-il un caractère majeur de ce que l'on nomme "postmodernité"? Je le pense parfois. »

— Jean Laplanche, « Le prégénital freudien : à la trappe. A propos du livre d'André Green : Les chaînes d'Éros. Actualité du sexuel », R.F.P., 4/1997, p. 1359.

Les critiques dont la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche peut faire l'objet, le plus souvent indirectes, allusives ou sous forme de « piques », selon le « poids » institutionnel, universitaire, ou médiatique, de l'émetteur / émettrice, reflètent assez l'état des lieux de la « gloire » passée de Lacan. L'ombre de ce dernier continue tout de même à tomber sur le chantier de la topique (du moi) dans les travaux de Jean Laplanche.

Un certain « retour à Lacan » qui ne dit pas son nom

La raison politicienne (institutionnelle)

Un tel « retour à Lacan » ne serait pas le simple remake du « retour à Freud » dont il ne cesse de s'autoriser, justement peut-être pour mieux se dérober à son analyse. Car l'Oedipe n'a plus trop bonne presse de nos jours, bien qu'en sous-main tout le monde ou presque le garde, où qu'il se cache. Et surtout personne ne touche vraiment à la « sacro-sainte » Castration, demeurée là comme le catéchisme. Ce « retour à Lacan » politicien et institutionnel qui ne dit pas vraiment son nom chez certains non lacaniens moins sûrs de l'être, et qui chez certains lacaniens, en attendant des heures meilleures, re-tire la couverture médiatique vers le « littéraire » d'une pensée française du « sujet », a sa raison majeure, toujours la même : la défense de la « clinique », et en infrastructure celle de l'alliance demeurée prépondérante de l'institution psychanalytique avec ce que Freud désigne dans La question de l'analyse profane ( « des laïcs », en allemand) comme la « sphère des intérêts médicaux »[46]. Laquelle « sphère » ne peut que se retrancher à présent au sein du bastion de la formation de psychologues cliniciens à l'université dans la discipline de la psychopathologie. Avec le « retour de bâton » que cette alliance suppose, et ce dans l'actualité la plus récente, « l'article 52 de la Loi du 9 août 2004 règlementant l'usage du titre de psychothérapeute », qui n'opère pas dans la finesse entre « "formation à la pratique psychothérapique" et "psychopathologie" »[47] : les psychologues cliniciens, qui sont majoritairement des psychologues cliniciennes – féminisation de la profession oblige, sont ramené(e)s « par décret » au rang « infirmier » d'un statut plus que jamais « paramédical ».

La psychanalyse, selon Lacan, est exclusivement réservée à la pratique de la cure, y compris lorsqu'elle est « exportée » hors la cure pour effacer l'ancienne « psychanalyse appliquée » décriée, mais toujours pratiquée de la même façon sous l'euphémisme qui la déplace « hors cure ». La psychanalyse dans sa définition française référée au « territoire » de la « cure », ne peut pas se passer de Lacan sur ce chapitre, tout en se sentant menacée quant à son institution lorsque Lacan aura osé toucher justement à la « séance », en raccourcissant le territoire « temporel » de celle-ci (séances courtes). Ce qui était nouveau avec Lacan, c'était le détachement « laïc » à la française que ce dernier apportait, plus radicalement que Freud en fait, par rapport à l'institution médicale; et sur ce chapitre entre autres, Jean Laplanche reste peut-être son « fils » le plus paradoxalement « fidèle » en esprit — malgré la scission de 1963 [48].

La raison « clinicienne » sine qua non, ses cas-limites

Au nom de la clinique, notamment de celle dite des borderline, laquelle clinique « non oedipienne » amène à la fréquentation préférée des auteurs anglo-saxons, spécialement de Winnicott, une bonne partie des critiques adressées plus ou moins ouvertement à Jean Laplanche argumente sur le soupçon, allant jusqu'au reproche ad hominem en « dialectique éristique »[49], du manque qu'on lui attribue — et qui n'a pas valeur de preuve —, de pratique « clinique » : « Voilà le rêve de l'analyste philosophe : une psychanalyse sans clinique (sans patients?) »[50], tel est l'argument « massue » réservé par André Green à la fin de son article (voir infra) pour donner de la main droite le coup de grâce à l'adversaire accusé auparavant, de la main gauche, de « néolacanisme ».

Le louvoiement théoricien peut alors consister à rapprocher le « sujet » lacanien de la psychanalyse française, du « soi » et du « self » des « nombreux travaux américains et anglais ». Gilbert Diatkine, ancien président de la Société psychanalytique de Paris, écrit dans son Jacques Lacan[51] :

« Winnicott a l'idée que l'analyse a pour but de protéger le "vrai self", comme Lacan pense qu'elle doit permettre l'émergence du sujet. »

— Gilbert Diatkine, Jacques Lacan, p. 120.

Critiques de fait

Depuis la « seconde génération » et « retours »

Sous Lacan
  • À propos de Bonneval

Laplanche est carrément accusé de « déviationnisme » par une universitaire belge, adepte de l'enseignement de Lacan : pour Anika Lemaire, qui procède dans sa thèse à une étude détaillée de l'exposé de Bonneval, « l'hérésie » de Laplanche consiste en cette conclusion de celui-ci, « radicalement opposée à certains énoncés de J. Lacan, à savoir : "L'inconscient est la condition du langage." »[52]. A. Lemaire rédige son travail à la fin des années 1960, et c'est au cours de sa préface à l'ouvrage que Lacan, en 1969, dans sa polémique vis-à-vis de son ancien élève (qui n'est pas directement nommé),« se laisse aller à une diatribe de garçon de bain », constate Élisabeth Roudinesco: « Le ton employé contre Laplanche est d'une infinie grossièreté », l'homme Lacan ayant été « profondément humilié par deux scissions qui ont fait de lui une sorte de bouc émissaire ». Sur Laplanche désigné, entre ses « deux L », comme « sa petite aile de poussin », pèse le lourd et pénible jugement concernant « le psychanalyste »[53], etc.

  • « Le 'non' du père » de Michel Foucault

Il y eut en fait 2 articles de Michel Foucault sur Hölderlin et la question du père en 1962[54] : le 1er intitulé « Jean Laplanche : Hölderlin et la question du père » parut dans la Nouvelle Revue française en janvier 1962 ; le second, paru dans Critique en mars 1962 et qu'on connaît sous le titre « Le ‘non’ du père », rapporte Isabelle Kalinowski dans son étude sur la réception de Hölderlin en France (dans les revues entre 1925 et 1967), était considérablement plus développé que la première recension qui insistait sur le respect par J. Laplanche de l’œuvre de Hölderlin en se séparant d’une « fiction psychiatrique ». La seconde recension reconnaissait à l’étude de J. Laplanche le mérite de « l’anti-psychologisme » à travers celui reconnu aux collaborateurs du Hölderlin-Jahrbuch d’avoir dégagé Hölderlin de la vision développée, sous l’égide de Stefan George, de Norbert von Hellingrath (de), lequel avait influencé le commentaire de Heidegger. Cependant, l’enjeu d’une étude de la « folie » de Hölderlin résidait pour Foucault dans une réinterprétation du thème de « l’absence des dieux » comme « absence du sens », inspirée de Maurice Blanchot.

  • Lacan et le Hölderlin de Laplanche

Dans Scilicet, en 1973[55],Jacques Lacan évoque de manière sibylline la thèse de son ancien élève (innommé) sur Hölderlin :

«  [À propos de la « fonction hyperbolique de la psychose de Schreber » et de « l'irruption d' Un-père comme sans raison »] Mais à porter à sa puissance d'extrême logique la fonction, cela dérouterait. J'ai déjà pu mesurer la peine que la bonne volonté a prise de l'appliquer à Hölderlin: sans succès. »

— Jacques Lacan, « L'étourdit », Scilicet 4, 1973, p. 22.

Le « coup d'œil » de Lacan qui transparaît dans ce jugement échappé à mi-mot sur Hölderlin et, apparemment, sur l'échec reconnu de l'application de la thèse lacanienne des psychoses au « cas clinique » qui est fait du poète fou par « l'élève » [innommé : Jean Laplanche] de Lacan, peut avoir une valeur prospective d'une grande portée, d'après le sens que quelqu'un d'autre est susceptible de lui donner un jour : d'autant que le nom du poète est associé dans ce texte « énigmatique » à la notion d' « hétéros », et par ricochet sur hétéros, à celle du « féminin ».

La suite à donner à cet « aperçu » de Lacan se trouverait aujourd'hui dans les travaux de Roseline Bonnellier[56] sur Hölderlin et la question du père « symbolique » de Jacques Lacan, c'est-à-dire de l'Oedipe chez Jean Laplanche sur la pierre de touche de Hölderlin, dans l'après-coup de la théorie de la séduction généralisée appliquée par cette auteur en psychanalyse « hors cure ».

Psychanalyse (r)appliquée « hors cure » au Hölderlin de Jean Laplanche !
  • Il faut « sauver » le Hölderlin de Laplanche : J. Canestri, 2010, « Friedrich Hölderlin : dissonance et réconciliation » !

La psychanalyse appliquée « hors cure » reste le plus souvent référée à la seule clinique, même lorsqu'elle se voile la face de beaux discours chargés de la dédouaner « en prémisse » et par prétérition des « tentations patho-biographiques ». C'est ainsi qu'après cette allusion critique (dans le genre « postmoderne ») à la « pathographie » de Hölderlin écrite par Laplanche (chez qui le terme est nimbé d'une certaine ironie), Jorge Canestri, dans son article « Friedrich Hölderlin : dissonance et réconciliation » paru récemment dans un numéro de la revue Topique sur « L'acte poétique » [57], ne manque pas d'écrire en commettant une assez grossière erreur de date sur l'édition du livre de Laplanche, page 68 de la revue : « Malgré la validité générale de cette prémisse, nous ne pouvons toutefois pas ne pas reconnaître à la plus célèbre patho-biographie psychanalytique, celle de Jean Laplanche (1992), la place importante qu'elle occupe dans la bibliographie psychanalytique du poète ».

L'article de Jorge Canestri, après la défausse convenue de celui-ci « en prémisse » auprès de ses pairs, est un article de psychanalyse appliquée au Hölderlin de Jean Laplanche.

J. Canestri va s'employer à « sauver » (sic!) « quelques intuitions fondamentales » de Jean Laplanche qu'il tient « à souligner », etc. Suit une interprétation kleinienne de la « réparation » qui développe la 3e de ces « intuitions » de Laplanche sur la fonction « équilibrante » de la poésie, que J. Canestri raccroche à une notion trouvée chez Freud de « réconciliation » (écrite avec une faute en allemand: Versohnung, au lieu de Versöhnung). En fait – et J. Canestri ne semble pas y être allé voir de si près en matière de « nouveauté » qui ne serait que « glose » ajoutée à l'interprétation du « cas » du Hölderlin de Laplanche –, la potentialité kleinienne de l'interprétation se trouve déjà dûment inscrite et à lire, au chapitre II sur « Les dialectiques duelles de L' Hypérion », pp. 64-68 circa, de Hölderlin et la question du père, où J. Laplanche a fait le rapprochement entre la « mauvaise mère » (« phallique » : imaginaire) lacanienne et le « mauvais objet » kleinien par rapport au concept freudien de narcissisme. L'article de J. Canestri nous édifierait seulement un peu plus, en tant que « symptôme » théorique de « l'analysé du texte » (selon la formule de André Green), sur un plus large rapprochement, effectivement théorique, à opérer entre Freud, Mélanie Klein et Lacan, dont ici Hölderlin est toujours supposé faire les frais de « cas clinique » ad hominem, sous prétexte allégué ad rem de son « acte poétique », ainsi couché sur le divan « hors cure » du psychanalyste.

Dans le corps de l'article de J. Canestri, les références à Hölderlin sont plusieurs fois indiquées sans précision entre parenthèses par : « (Hölderlin...) » ou bien « (in Hölderlin...) »; des concepts philosophico-littéraires glissent l'un sur l'autre comme « poématique », qui se retrouve « flottant » à la dérive entre Walter Benjamin et Heidegger. Au passage, la célèbre citation de Heidegger dans « Hölderlin et l'essence de la poésie »[58], où le philosophe reconnaît en Hölderlin « le poète du poète », est attribuée à... Walter Benjamin ! Dans le même registre du « flou », où le lecteur plus averti aurait de quoi s'estimer « floué » – Jorge Canestri laisse ce dernier dans l'ignorance expresse de ses références exactes, lorsqu'il affirme comme si la chose allait de soi: « Les traducteurs et les critiques concordent pour rendre l'allemand Ungebundene, qui signifie "non lié", "inconditionné", par "absolu" ». Où se trouve cette traduction de « non lié » par un « absolu » français où « va [...] un désir [pour Sehnsucht] » dans Mnémosyne (que J. Canestri orthographie Mnemosine !), alors que le mot « absolu » ne semble pas faire partie du vocabulaire de Hölderlin ? Est-ce un mot hérité de la « critique littéraire » française ? On le trouverait un peu, certes, en cherchant bien, dans le commentaire teinté de « romantisme » des poèmes de Hölderlin par Walter Benjamin. Canestri poursuit hélas avec le même terme d' « absolu », pour forcer le texte du poème « L'Unique »[59] de Hölderlin à convenir à son interprétation : le « Mais ce qui n'est pas lié, Dieu le hait » signifie chez Canestri « L'absolu est haï de Dieu » (Topique N° 109, p. 69).

Et Jorge Canestri d'enchaîner imperturbablement: « Ce thème se rattache à la thèse centrale de l'étude de Laplanche, à savoir la signification du père dans la dynamique du monde intérieur de Hölderlin » (ibid.). C'est évidemment faire fi de toute l'œuvre ultérieure à son Hölderlin de Jean Laplanche : celui-ci, dans les années 1990 de La révolution copernicienne inachevée, évoque précisément le Hölderlin du grand poème (version « mûrie ») de Mnémosyne pour représenter ce qu'il entend par « déliaison »[60] : ce n'est pas « l'absolu » de la traduction présentée par J. Canestri comme consensuelle, peut-être parce qu'elle provient – serait-ce à l'insu de Jorge Canestri seulement fort de cette ignorance acquise au contact de la « pensée française » ? – de la réception heideggerienne, prise pour argent comptant de « la vérité », d'un certain Hölderlin made in France. Et en 2010, Heidegger n'ayant plus bonne presse sur la scène culturelle française, le flottement des références anonymes regroupées par J. Canestri comme « concordantes » pour désigner « l'absolu » redirigé depuis « l'inlié », ainsi interprété plus que traduit chez « l'excellent malade »[61] Hölderlin, indiquerait d'autant plus pour quelle raison, chue d'un « désastre obscur », Jorge Canestri trouve subconsciemment plus prudent d'attribuer par erreur une phrase célèbre de Martin Heidegger désignant Hölderlin comme « le poète du poète » à Walter Benjamin, dont la cote risque actuellement beaucoup moins de faiblir.

Le pire en effet dans l'article de Jorge Canestri, symptomatique de ce qu'est toujours et encore la psychanalyse appliquée « hors cure », à côté des fautes d'orthographe sur les mots et noms allemands, qui sont légion et rendent la lecture du texte particulièrement pénible au psychanalyste germaniste (non pas seulement « amateur » ou « du dimanche »), à côté aussi des interprétations cliniques faites « au premier degré » et appliquées de la même façon à certains grands poèmes de Hölderlin à nouveau « analysés » à l'enseigne de la psychopathologie - sans se préoccuper vraiment, quoi que J. Canestri dise de sa « méthode », de la discipline de l'autre qu'est la « science de la littérature » (Literaturwissenschaft) - , c'est qu'il faut surtout noter une absence remarquable : celle de l'auteur Hölderlin dans la bibliographie de la fin de l'article de J. Canestri qui ne cite alors que les commentaires sur Hölderlin, bien connus aussi des intellectuels français, de Walter Benjamin, Heidegger, et... le livre de J. Laplanche, lequel récupère quand même in fine sa véritable date de parution, 1961.

Quant au très grand poète et penseur Hölderlin, qui commençait d'avoir la main dans le livre « pionnier » de Jean Laplanche (cf. les travaux de R. Bonnellier, source principale de cet article « Jean Laplanche » sur Wikipédia-français), il est « de nouveau » réduit à sa « fiction » rétroactive ou rétrofantasiée (en termes laplanchiens) d' « objet clinique » mis au service d'une interprétation psycho-pathologique qui prétend en avoir « cure », mais omet au bout du compte, dans les références bibliographiques finales, « l'auteur » de l'œuvre ! Tel est l'acte manqué de l'auteur de l'article, qui aurait apparemment l'aval acquis d'avance de ses « collègues » pour ne même pas être en mesure de le reconnaître, acte manqué sur le sujet affiché de « l'acte poétique » de son auteur « absent » et ré-« absenté » une seconde fois.

Sur ce genre peu soigné de glose freudo-kleinienne ré-appliquée au Hölderlin de Laplanche, égratigné dans le dos au passage par la petite tape du collègue « bien-pensant », on ne peut pas ne pas relever que le psychiatre et psychanalyste Jorge Canestri publie son texte traduit de l'italien dans une revue française de psychanalyse soucieuse de sa reconnaissance sur le plan culturel comme Topique, laquelle revue aura tout de même « laissé passer » le paper sur l'« excellent malade » en question, porteur du nom illustre de Hölderlin. Et la pseudo « vignette clinique » aura été brodée en fait de seconde et énième main, mais d'après principalement l'ouvrage de Laplanche, allusivement critiqué « en prémisse » du coup de patte opportun dénigrant « au premier degré » actuel la « patho-biographie » d'antan (que Laplanche entendait déjà « au second degré »). Ainsi « relookée » d'après cette référence laplanchienne restée néanmoins incontournable, la psychanalyse « hors cure » est, dans cet article, plus que jamais « appliquée » comme d'habitude, mais ce qui met mal à l'aise, c'est qu'elle le dénie en toute « bonne foi », celle de l'enfer pavé des meilleures intentions du monde qui la relient à son Institution: sur son site d'Internet, l' International Psychoanalytical Association (I.P.A.) définissait encore assez récemment la « psychanalyse » comme une therapy [en tout dernier lieu, la définition a quelque peu évolué autour de l'idée de « treatment »]. Alors que, à lire Freud dans La question de l'analyse profane sur « l'objet » de la psychanalyse, ce n'est pas tout à fait le genre de « peste » que celui-ci aurait voulu apporter à l'Amérique, ni le seul avenir qu'il promettait à la psychanalyse dans son acception de « science » dont l' « application » ne devait pas être exclusivement « clinique ».

Où est la « différance » ?

L’introduction très fouillée, par contre, de Rainer Nägele (de) à la première traduction en anglais de Hölderlin and the Question of the Father [62], 46 ans après (2007) sa première édition française originale en 1961, témoigne d'une certaine approche, et d'une approche certaine, à son retour d’Amérique, du tout premier livre de Jean Laplanche alors dans sa période « para-lacanienne » : par la french theory. Au sens d’ailleurs le meilleur de ce qui est présenté ici sur Hölderlin en Amérique dans le domaine littéraire et universitaire « Criticism and interpretation ». L’étude de Rainer Nägele fait ressortir, à côté d’auteurs richement cités comme Jacques Derrida, Michel Foucault et surtout Maurice Blanchot, dont le texte « La folie par excellence » représente aux yeux de R. Nägele « the real challenge for Laplanche » (p. xx), à quel point Jacques Lacan est partie prenante de cette « pensée française » de l’époque ainsi convoquée. Ceci dit, et malgré tout l’intérêt du commentaire à l’endroit de l’étude psychanalytique de J. Laplanche à nouveau foncièrement reconnue, un demi-siècle plus tard, comme la « seule introduction qui fût et qui le soit encore » au signifiant de l’œuvre « pour autant que Hölderlin soit concerné », on éprouve une certaine gêne devant ce portrait assurément élogieux de Jean Laplanche, mais qui se trouve au final remis dans le cadre après coup du « devenir-littéraire du littéral » de… Jacques Derrida. Cet après-coup étant celui du sens « rétroactif » lacanien, c'est-à-dire connoté de la finitude heideggerienne, d’après l’analyse que Jean Laplanche en fait précisément dans L’après-coup… laplanchien ! Avant presque de lui donner « le mot de la fin » [où se trouve aussi évoqué le séminaire de Lacan sur « La lettre volée » d’Edgar Poe], R. Nägele, dans les premières pages de son introduction, avait également cité J. Derrida [dans « La parole soufflée »], sur le dialogue presque « impossible » entre le discours « clinique » et le discours « critique », un passage où Derrida relève « une curieuse et latente complicité » entre les deux discours, puisque le « criticisme » aboutit, « dans une direction opposée au même résultat » que les « réductions psycho-médicales » dans l’évaluation de l’œuvre : « il expose un exemple, c'est-à-dire : un cas ». N’est-ce pas l’aveu implicite que la « déconstruction » derridienne opérerait au même niveau d’appréhension de son « objet » littéraire que la psychanalyse lacanienne avec son « objet clinique », qu’elle chercherait en quelque sorte à « doubler » ? Et ne faut-il pas conclure sur l’intérêt de l’introduction de Rainer Nägele, pour autant que Jean Laplanche s’en trouve concerné ?

Avec cette « introduction » en 2007 de l'universitaire américain Rainer Nägele (de) (germanophone au départ, originaire du Liechtenstein) à Hölderlin and the Question of the Father de Jean Laplanche ainsi « traduit » pour la première fois en anglais dans une maison d'édition rattachée à l'Université de Victoria, nous sommes donc loin de la « pensée française » en gloire et « de première main » d'un Michel Foucault saluant en 1962 la parution du Hölderlin de Jean Laplanche dans une revue française particulièrement cotée comme Critique. Et alors même que Jean Laplanche, aujourd'hui en France, semble se refuser, depuis 1984, à une réédition de son tout « premier » livre Hölderlin et la question du père de 1961.

Mais cette relecture américaine en « déconstruction » derridienne du « premier » livre de Jean Laplanche invite à une réflexion peut-être beaucoup plus grave sur une certaine « différence », d'avant le a de substitution de la « différance » de Jacques Derrida susceptible de la « fausser » après coup. Et cet après-coup de la deferred action, du verbe « différer » qui donne, au participe présent, son a à la différance derridienne, se situe au même niveau de « langue » (référant au structuralisme linguistique de Saussure) que l'après-coup de la traduction et de la théorie lacaniennes dans son « adresse au » grand Autre. Rainer Nägele, dans son introduction à Hölderlin and the Question of the Father, parle surtout de Laplanche comme de « l'un des plus brillants élèves de Lacan » (« one of Lacan's most brilliant students ») ayant pu « conquérir sa propre stature et indépendance » (p. xiv-xv) : et il relit Hölderlin et la question du père de 1961, de Laplanche, en 2007 – lorsque la déconstruction, après « la psychanalyse » [lacanienne], « est passée par là » .

Jean Laplanche et la « différence » de Hölderlin

Cette « différance » derridienne n'est pas la « différence » du Hölderlin de Laplanche, celle que Jean Laplanche a vue, et relevée catégoriquement chez le très grand poète et penseur allemand Hölderlin. La « différence » de Hölderlin est écrite noir sur blanc, page 116 du livre de Laplanche : « la différence de la différence et de la non-différence », s'oppose à la « synthèse » par Aufhebung de Hegel, jugée encore trop « facile » pour l'esprit plus exigeant de Hölderlin. Ce dernier, qui resterait « premier » pour Laplanche, ferait objection par anticipation à la philosophie de Hegel, laquelle « trouve son ressort dans la démonstration de "l’identité de l’identité et de la non-identité" ». Le moment philosophique est ici capital. Et il est remarquable que le philosophe Jean Laplanche ait pu remarquer, juste au moment où son engagement bascule vers la psychanalyse, dans une thèse de médecine mise au service de Lacan, la « différence » essentielle de Hölderlin, qui va, peut-être, continuer, souterrainement, d'inspirer toute l'œuvre à venir du psychanalyste Jean Laplanche : notamment, son moment « central », la théorie de la séduction généralisée, ainsi que son aspect « critique » de... Freud, qu'il s'agit de « faire travailler ».

La critique la plus grave qu'il faudrait adresser à la thèse « mixte », médicale et lacanienne, de Jean Laplanche sur le « cas » de Hölderlin, entre « folie » et « œuvre » — critique qui commence de se faire jour dans les travaux de l'auteur émergente Roseline Bonnellier —, serait plutôt d'ordre éthique. Au tribunal de l'Histoire, elle vise au-delà du seul Hölderlin de Laplanche, qu'il faudrait bien davantage, plutôt que de s'en servir comme pièce à conviction du « corpus delicti », citer à titre de premier témoin à la barre, avec en contrebas, en après-coup de toute « différance », le projet « littéraire » de la « déconstruction » d'inspiration derridienne en train de s'engager dans ce sillon tout tracé. Le corpus delicti, c'est la compromission de la psychanalyse comme « science » que signifie pour son institution l'alliance obligée avec « la sphère de intérêts médicaux », envers laquelle Freud émet les réserves qu'on sait dans La question de l'analyse profane. Cette compromission « pratique » est d'autant plus vérifiée en France au sein d'une sempiternelle « Querelle du trône et de l'autel », larvée de nos jours, mais reconduite au nom d'une raison (d'« État », soit d'État-providence : laïc[63]), s'assurant les services du corps médical et de ses marges retraitées au sous-titre d'un personnel « paramédical », en l'occurrence « psy ». La grave question, pour la définition de la psychanalyse, des alliances prioritaires que son institution entend contracter, engage l'avenir de sa pratique : le « premier » livre de Laplanche était « pionnier » parce qu'il engageait déjà une définition non pathologique de « l'inconscient » humain, en allant au cœur du débat et de la confrontation avec la théorie de Lacan sur le « père symbolique » et la « psychose », à savoir la question incontournable que pose l'inconscient « psychotique ». Le premier article de Michel Foucault ne s'y trompe pas ; mais le second article de celui-ci, le plus « célèbre », si l'on y regarde de près, faisait « dériver » le livre de Laplanche vers une interprétation littéraire (blanchotienne) [analysée par Laplanche dans son introduction, précisément afin de s'en démarquer], celle d'une « pensée française » en constitution – ici à l'endroit de Michel Foucault, qui n'était pas ou déjà plus du fait de Laplanche. Révélatrice plus avant de la définition scientifique de la psychanalyse, la question se pose vraiment de la psychanalyse hors les murs (non clinicienne).

La critique d'ordre éthique plus pointue qu'on peut adresser à la thèse lacanienne de Laplanche, liée à la précédente — et toujours référée aux travaux de recherche de Roseline Bonnellier —, concerne l'utilisation de la philosophie allemande que la « philosophie française » s'approprie à cette époque dont fait partie Lacan. Ce dernier plie la dialectique hégélienne – qui dynamise son système de pensée – aux convenances d'un « sujet » français plus cartésien (ce que ne fait certes pas Laplanche, dont la formation philosophique, de première main, est plus rigoureusement « hégélienne »). Et voilà la faute obligée et commise de « l'esclave » par le jeune philosophe compromis avec l'acception lacanienne de l'« inconscient » langagier structuraliste de son « maître » Lacan qu'il est tenu de servir : Hölderlin est re-« jugé » fou par le Hegel marxiste (via Kojève) de Lacan « appliqué », re-« bouclé » dans une clinique, qui n'est plus celle du Docteur Autenrieth à Tübingen, mais celle de la « structure » du Docteur Lacan, psychanalyste. Et le Laplanche d'aujourd'hui, qui dénonce le « pseudo inconscient  » lacanien de l'Oedipe « mytho-symbolique », a encore maille à partir avec l'inconscient dit « enclavé » du psychotique.

Le jugement d'antan qui re-condamne Hölderlin est « sommaire » : il s'agit d'une application pragmatique de la dynamique hégélienne à la psychanalyse – très précisément à la Métaphore paternelle qui fait de l'Oedipe freudien de la Castration la « bonne » structure de la névrose (celle qu'il faut pour être « normal »), défensive, par rapport à celle de la psychose par forclusion du Nom-du-père. Hölderlin, d'après le schéma paranoïaque que reconduit la dialectique maître-esclave, aurait donc « échoué » comme Schreber là où Freud a « réussi ». Cette « faute » philosophique concerne l'histoire de la philosophie, car Laplanche appartient à la fin des années 1950 à une époque où l'on philosophe depuis plus d'un siècle avec Hegel, de même que cette pensée française va ensuite et pendant tout un temps philosopher avec Heidegger :Hölderlin sera alors reçu, en tant que passager clandestin, dans les bagages de l'herméneutique « ontologisante » de Heidegger.

Au cours d'un long travail de « levée du refoulement » , lequel refoulement a lieu au sein de la théorie elle-même, Roseline Bonnellier[64] montre qu'en échouant de fait en « fiction psychiatrique » on ne peut plus « réductrice » de son « sujet » pris pour « objet clinique » [selon une dialectique hégélienne de seconde main appliquée en psychanalyse lacanienne à un « sujet » patient – dit l'« analysant », qui aurait fait, sans le savoir philosophiquement, l'économie de la philosophie de Fichte, l'antécédent ou le « marchepied » permettant d'accéder à l'idéalisme allemand[65] ], l'énorme problème où achoppe une psychanalyse lacanienne d'un « sujet » de « l'inconscient » appliqué à un poète et penseur aussi considérable que Hölderlin, c'est justement la dimension titanesque de celui-ci, titanisme dont rend compte le roman solaire Hypérion de son auteur : Hölderlin a déjà fait objection à toute philosophie d'un « sujet » au moment de la formation de l'idéalisme allemand dont cependant il participe. Sur cette pierre de touche du poète et penseur allemand Hölderlin, la psychanalyse prise au sérieux de sa méthode en psychanalyse hors les murs, doit revoir sa définition première comme « science » si elle prétend rester crédible quant à son objet, l'inconscient (qui n'est pas « pathologique » par définition de la seule pratique « clinique » de la psychanalyse).

Entre la « troisième génération » et la quatrième génération

Intra muros de l'institution psychanalytique

Elle a lieu à partir, pour Laplanche, de la question du « prégénital », passé « à la trappe » dans le livre de André Green, « Les chaînes d'Éros »[66] où Green « consacre un certain nombre de passages à la contestation » des idées de Jean Laplanche, rapporte celui-ci, « sur l'origine du sexuel et la nature de la pulsion » : L'article de Jean Laplanche intitulé « Le prégénital freudien : à la trappe. A propos du livre d'André Green: " Les chaînes d'Eros ". Actualité du sexuel » est publié par la Revue française de psychanalyse (4/1997) dans la rubrique « Critiques de livres »[67]. André Green répond dans la rubrique « Débat » de la R.F.P., 1/1998, par l'article intitulé « Le déchaînement du signifiant énigmatique désignifié dans le processus traductif-détraductif auto-théorisant. De l'intérêt à bien lire Jean Laplanche »[68].

Mis à part « la contre-offensive de l'offensé », soit toutes les « réponses » personnelles de l'homme André Green atteint dans son amour-propre par la critique offensive de Jean Laplanche lui-même non reconnu, ou attaqué, sur sa propre œuvre psychanalytique dans le livre de Green, quel est le fond du débat? Une phrase le résume en grande partie, du côté de André Green (page 282): « Ma critique d'antibiologisme s'allie à celle de complaisance lacanienne ».

Le plus grave de la « critique » réside dans une incompréhension presque totale doublée d'une non reconnaissance de la théorie de la séduction généralisée [Green considère que Freud aurait déjà « généralisé » la théorie de la séduction en 1938]. Green confond au reste la séduction « originaire » avec la séduction « précoce » par les soins maternels, et cette dernière serait, dit-il, déjà bien connue des psychanalystes (comme lui). Laplanche serait (pages 278-279) « un représentant d'une théorie néo-lacanienne » (le petit livre de Gilbert Diatkine est cité en note à l'appui): la séduction peut être considérée « comme un raccordement non envisagé par Lacan à la théorie lacanienne ».

L'essentiel de la critique, gardé pour la fin, a été évoqué ici plus haut ; il apparaît tout de même assez nettement que « le terrorisme théorique » (p. 284) reproché à Laplanche par André Green cherche son maître dans « le terrorisme clinique » dont peut se recommander ce dernier, avec la bénédiction consensuelle de l'institution.

Critiques extérieures et psychanalyse extra muros
  • 1967/2007 : Une critique du philosophe Jacques Taminiaux qui ne reste pas inaperçue

Cette critique du philosophe belge Jacques Taminiaux, remarquée par Roseline Bonnellier dès la fin des années 1960 dans les travaux de recherche de celle-ci sur Hölderlin, est donc émise dans le champ purement philosophique: R. Bonnellier, dont la recherche reprise dans les années 1990 est devenue après coup psychanalytique, va découvrir peu à peu l'importance de cette critique de J. Taminiaux, et trouver que l'observation du philosophe contredit en fait l'application « freudo-lacanienne » par Jean Laplanche du concept de narcissisme à l' Hypérion de Hölderlin. Jacques Taminiaux, dans La Nostalgie de la Grèce à l’aube de l’idéalisme allemand. Kant et les Grecs dans l’itinéraire de Schiller, de Hölderlin et de Hegel [69], ouvrage de fond sur l'axe « Kant et les Grecs » chez les trois grands auteurs cités se rattachant à l'idéalisme allemand, se réfère plutôt à un « espace » heideggerien de la pensée. Il critique l'interprétation « narcissique » par Jean Laplanche, au chapitre II, central, de la thèse médicale et lacanienne de ce dernier, « Les dialectiques duelles de l' Hypérion », de l'idée de « Beauté » dans l'Hypérion de Hölderlin[70]. Aux yeux de R. Bonnellier en 2007[71], cette critique est importante parce qu'elle peut mettre en question par sa portée le concept de narcissisme introduit par Freud en psychanalyse, dans lequel Lacan a prélevé son noyau du « Symbolique » à partir d'une conception renforcée chez lui du spéculaire (« stade du miroir ») et spéculatif à l'endroit du narcissisme.

Bien que cette critique[72], faite à propos de Hölderlin et la question du père (1961) de Jean Laplanche, ait été écrite par Roger Laporte dans « les années Lacan » qui influent beaucoup sur la pensée française de cette époque, l'importance de l'œuvre, radicalement « singulière », de Roger Laporte fait échapper la critique en question, purement littéraire, à l'influence lacanienne s'exerçant rétroactivement en psychanalyse française entre une « deuxième » et « troisième » génération. Et d'ailleurs les frontières entre ces générations reconnues de psychanalystes commencent de faire problème entre une « troisième génération » et une « quatrième génération » de psychanalystes, où la psychanalyse appliquée (pratiquée) extra muros et hors la cure par Roseline Bonnellier, l'écrivain et psychanalyste qui justement relève dans ses travaux de recherche[73] la critique de Roger Laporte avec lequel elle dialogue et correspond dans les années 1990, ne serait pas encore vraiment reconnue par l'institution psychanalytique, laquelle ne (re)connaît dans la pratique que l'application de la psychanalyse à la cure, « exportée » dans un « hors cure » où l' « objet culturel » est traité en « objet clinique ».

Très proche de Maurice Blanchot, proche aussi, philosophiquement, de Jacques Derrida, mais surtout à partir de son expérience vécue de lecteur fervent de Hölderlin, et tout en reconnaissant « le projet de Jean Laplanche concernant Hölderlin » à savoir « "Comprendre dans un seul mouvement son œuvre et son évolution vers et dans la folie, ce mouvement fût-il scandé comme une dialectique et multilinéaire comme un contrepoint" (Jean Laplanche cité dans son livre HQP, 13) » (Roger Laporte, Quinze variations..., p. 85), Roger Laporte se réfère à Michel Deguy pour émettre la critique suivante, dont la portée dépasse le cadre ambiant d'un structuralisme lacanien appliqué en psychanalyse:

«  D’où vient donc parfois notre gêne ? De ce que, pour s’exprimer comme Michel Deguy, "l’époque a entrepris de fouiller les structures, mais sans prendre encore pour objet systématiquement l’art"[74] »

— Roger Laporte,Quinze variations sur un thème biographique, p. 84.

À la « quatrième génération », sq : débat(s)

À la « quatrième génération » de psychanalystes, non seulement on a changé d'époque quant à la place de la psychanalyse dans la culture et la société – la psychanalyse n'est plus en gloire, tout en s'étant vulgarisée, jusqu'à passer à l'ère du « psy » banalisé –, mais la problématique de(s) filiation(s) par rapport à Jean Laplanche se fait plus « proche », voire plus « pressante », tandis que celle de la filiation de Jean Laplanche à Lacan s'éloigne. La voix de l'analyste chercheur, qui s'avérerait « critique » à l'endroit de Jean Laplanche, n'est audible (par exemple et concrètement: sur le plan éditorial des publications) qu'au prorata de la reconnaissance qui lui est accordée intra ou extra muros de l'institution (dans les associations et à l'université). Et l'analyste peu (re)connu(e) de la « quatrième génération » peut de plus se voir « syncopé(e) » sous la « cinquième génération » nouvellement arrivée, et dont les enjeux de filiation éventuelle par rapport à l'héritage de Freud, n'obéissent plus aux mêmes motifs « professionnels » dans l'ordre d'une reconnaissance proprement psychanalytique.

Psychanalyse et/ou psychopathologie (?)

L'ancienne « psychanalyse à l'université », pour la raison fournie, majoritaire, de la formation professionnelle de « psychologues clinicien(ne)s » à l'université, a été (re)mise au pas d'une psychopathologie prévalant en tant que discipline. Bien que l'enseignement de la psychanalyse (clinicienne) à l'université se passe par définition « hors la cure », la psychanalyse [pratiquée] hors cure « n'existe pas » ou plus dans la recherche (après Laplanche) officiellement; elle ne dispose d'aucun statut institutionnel qui permette sa reconnaissance scientifique à part entière. Elle est redevenue un parent pauvre, récupérée éventuellement en tant qu' « objet culturel » à des fins illustratives de l'« objet clinique » (Voir plus haut, 4.2.1.2., sur le sujet allégué de « l'acte poétique » d'un N° de Topique (revue), la pseudo « vignette clinique » (théorico-clinique) de Jorge Canestri (2010) en psychanalyse (r)appliquée « hors cure » au... Hölderlin de Jean Laplanche après coup).

Seule la clinique pourrait faire « la preuve » de la psychanalyse : de la psychanalyse ou de la psychopathologie[75]? That is the question !

Lorsque du moins le mot « psychanalyse » n'est pas « tout simplement » remplacé dans les colloques, exposés et publications, par le mot à tout faire « déconstruction », indiquant la dérive « littéraire » rapide et postmoderne du propos en french theory, dans la bouche même de psychanalystes apparemment « non conscients » de leur défausse théorique, mais reconnus « a priori » par leur institution pour avoir montré patte blanche de leur « clinique ».

La recherche en « théorie » est soumise à la seule application clinique d'une psychanalyse qui n'entend plus s'interroger sur ses propres fondements que dans l'après-coup au sens rétroactif (implicitement lacanien) de l'action [thérapeutique] différée ( deferred action) dans la « pensée » (théorique), et non pas au sens de l'apport laplanchien au concept freudien de « la Nachträglichkeit dans l'après-coup» (en anglais plutôt : afterwardsness ).

Jean Laplanche et la question de l’Œdipe (R. Bonnellier)

Le débat s'ouvre après 2000, à la suite de la position théorique prise clairement par Jean Laplanche au cours de son remaniement de la topique freudienne après la théorie de la séduction généralisée posée en 1987 : L'Oedipe ne ferait plus partie de l' inconscient au sens freudien du refoulé.

Reste d'héritage lacanien chez Laplanche

Un tel débat avec la pensée de Jean Laplanche sur la question de l'Oedipe commence de se faire jour au moment de la parution de l'article de Roseline Bonnellier intitulé « Oedipe: l'éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche ». Le débat porte sur l'héritage lacanien du « père symbolique » dans le « retour à Freud » de la psychanalyse française. En effet, à l'occasion de cet article paru dans Cliniques méditerranéennes, 80-2009, R. Bonnellier s'interroge – par rapport aux aspects novateurs des deux textes de Jean Laplanche dans Sexual et surtout en relation avec le concept laplanchien de l'après-coup, là où l'apport de Jean Laplanche au concept freudien de la Nachträglichkeit (de) ( afterwardsness ) diffère de celui de l'acception lacanienne que lui a insufflée sa traduction française au nom du « père symbolique » au moment de l'héritage obligé dans la psychanalyse en France du « retour à Freud » de Jacques Lacan (Rapport de Rome, 1953) : « Quel est donc cet Oedipe qu'un Jean Laplanche des plus récents bannit de "l'inconscient" au sens freudien du refoulé ? »[76].
Pour cet Œdipe du « mytho-symbolique » par lequel Jean Laplanche désigne le « pseudo-inconscient » renvoyant à « l'Oedipe "freudo-lacanien" amalgamé du "retour à Freud" de Jacques Lacan – en ses années 1950 du Symbolique, soit l'Oedipe de la " Vulgate "  », analyse Roseline Bonnellier, Jean Laplanche applique au « mythe scientifique » freudien du meurtre du père et de l' Urmensch ( d'où provient la « castration », cause de l'idée de « paternité » après coup, dans le mythe grec des origines à partir de la castration d'Ouranos par Cronos / Chronos avec la faucille de Gaïa) la même théorie structuraliste du « mythe » référant à Claude Lévi-Strauss que Lacan: « Laplanche critiquerait Freud avec le concept "rétroactif" de l' après-coup lacanien, en contradiction avec l'après-coup laplanchien [« la Nachträglichkeit dans l'après-coup » des Problématiques VI] de la théorie de la séduction généralisée », un « reste » encore à détraduire - retraduire de l'héritage chez Laplanche de sa relation paradoxale à Lacan concernant « la question du père » (symbolique) de ce dernier, c'est-à-dire : la question de l'Oedipe chez Freud, dont Roseline Bonnellier considère que, paradoxalement, la théorie de la séduction généralisée exige, voire signifie déjà à son corps défendant la « réouverture » dans la topique.

La théorie de la séduction généralisée, propose-t-elle, permettrait de reposer autrement, en amont de la logique phallique-castré dans laquelle le monisme de la libido l'inscrit encore, la question du féminin [liée à celle de l'idéal-du-moi par le complexe de castration dans l'introduction par Freud du narcissisme où l'Oedipe du garçon modèle a son impact] : car, dans la théorie de Jean Laplanche, « ce n'est plus le Phallus qui sépare l'un de l'autre, c'est le temps », constate R. Bonnellier :

« Vue de Sirius, l'asymétrie de la situation originaire dans la théorie de la séduction généralisée entre l'enfant de la sexualité infantile et l'adulte pourvu d'un inconscient n'est pas sans généraliser une situation oedipienne fondamentale, à une différence près qui est catégorique : ce n'est plus le Phallus qui sépare l'un de l'autre, c'est le temps. »

— Roseline Bonnellier, « Oedipe : l'éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche »,Cliniques méditerranéennes 80-2009, p. 243

En mettant au travail le concept de « la Nachträglichkeit dans l'après-coup », et au sein du « message énigmatique » à traduire avant-coureur de la formation de l'idéal-du-moi, l'auteur de l'article entrevoit une identification hystérique plus inconnue antérieure et refoulée : elle précèderait l'identification narcissique à l'objet « identificatoire » phallique, lequel en ressort en second lieu au niveau de « l'homme » et du monisme de la libido, en termes de culture « patrilinéaire ».
L'argument, c'est la progression du refoulement dans la culture, qui frappe au cœur de la théorie, notamment au moment nodal de Pour introduire le narcissisme, dont il s'agit encore d'ouvrir le concept, pour y trouver quoi? l'Oedipe. Celui du seul garçon, bien sûr, « avatar du mythe du héros » moderne, et plutôt le Knabe « du classico-romantisme allemand » car « Oedipe n'est tout de même pas tombé "tout cuit, tout rôti" du ciel grec de Sophocle dans la Traumdeutung de Freud ! » (R. Bonnellier, Clin. médit. 80-2009, p. 238) ; il est le « passager clandestin » d'un narcissisme toujours « secondaire » et l'idéal-du-moi est son « cheval de Troie », porteur du « message énigmatique » à traduire (en termes laplanchiens).
« Qu'est-ce que le père? Une énigme » (R. Bonnellier, Cl. médit., 80 - 2009, p. 245) signerait désormais la réouverture exigible de la question de l'Oedipe chez Freud.

La question du « féminin » dans l'Oedipe

En 2010, dans son livre Sous le soleil de Hölderlin : Oedipe en question. Au premier temps du complexe était la fille, Roseline Bonnellier déclare « rouverte » la question de l'Oedipe, en reconnaissant en filigrane dans le contenu manifeste de Hölderlin et la question du père de Jean Laplanche l'idée latente d'une mise en question du « père symbolique » de Jacques Lacan », et faisant du livre de Jean Laplanche un ouvrage « pionnier », annonciateur plutôt d'un autre ouvrage en psychanalyse hors les murs, dans lequel l'auteur Hölderlin aurait la main. L'ouvrage s'intitulerait cette fois « Hölderlin et la question du père symbolique de Jacques Lacan », soit la question du « retour à Freud », donc d'un « sujet » (français) de « l'inconscient » selon Lacan : « sous le soleil de Hölderlin ». À ce moment-là, il faut reconnaître que ce n'est plus Jean Laplanche qui parle, mais Roseline Bonnellier en psychanalyse hors les murs, complètement désamarrée d'une définition psychopathologique de l'inconscient - une telle définition reste en effet accrochée à « l'objet clinique » dont l'analyste est supposé(e) avoir « cure ». Sur l'Oedipe « allemand » de Freud, le livre de R. Bonnellier, apporte un élément nouveau - nouveau parce que trop méconnu - à prendre en ligne de compte dans l'écriture d'une psychanalyse venue de Vienne sous la plume d'un Freud écrivain, et dont l'œuvre peut aussi s'inscrire dans la littérature allemande en sa seconde période d'acmé de « Vienne fin de siècle » : sans que cela empêche pour autant la psychanalyse d'être une « science »; bien au contraire, la définition de la psychanalyse comme science pourrait s'y retrouver plus catégoriquement fondée.
Au décours de l'article cité ci-dessus, paru dans la revue Cliniques méditerranéennes 80-2009, Roseline Bonnellier aura remarqué que Jean Laplanche ne juge pas utile pour sa part de souligner le renvoi par Freud, à la fin de Totem et Tabou, de la citation dans Faust du vers « Au commencement était l'acte »[77] à son auteur Goethe. Alors que ce « point d'orgue » littéraire, revenant signifier aux yeux du « père de la psychanalyse » tout son « mythe scientifique » du « meurtre du père », interviendrait bien comme élément tiers entre un Freud croyant « dur comme fer » à la factualité déterminante de l'acte, à la phylogenèse etc. et la réalité psychique que découvre plus fondamentalement la théorie de la séduction généralisée ! Or, cet élément tiers, c'est Œdipe car - rappelle ici la psychanalyste et germaniste - Faust de Goethe, c'est l'Oedipe classique allemand.
La progression du refoulement dans la culture ne s'arrête pas chez Shakespeare à l'étape Hamlet de l'homme de la Renaissance dans la traduction du mythe tragique d'Oedipe depuis Sophocle. L'ouverture exigible que propose R. Bonnellier d'un champ épistémologique en langue et littérature allemandes sous la plume « subliminaire » de Freud et dans l'écriture de la psychanalyse se référant à Freud apparaît plus catégoriquement dans le livre de cette auteur amenée à s'interroger, étant donné son sujet d'étude - un Hölderlin auteur de plein droit et non plus sa « fiction réduite » de « cas clinique », une application désormais « datée » de la théorie lacanienne de la « forclusion du Nom-du-père » - : sur l'héritage « en mal d'analyse » du « retour à Freud » de Jacques Lacan dans la psychanalyse française. Dans l'avant-propos de Sous le soleil de Hölderlin: Oedipe en question - Au premier temps du complexe était la fille, Roseline Bonnellier, qui « traduit » dans son ouvrage « le mythe solaire chez Hölderlin », un(e) Soleil (Sonne) plus originairement féminin, en complexe d'Oedipe originaire de la fille (en filiation: celle de l' Antigone de Sophocle d'après la traduction par Hölderlin du « père du temps » ), dès lors généralisé, écrit par rapport à la « traduction » par Goethe de Oedipe roi en Faust, co-inspirateur avec Sophocle de l'écriture par Freud de la théorie du complexe d'Œdipe du garçon modèle de « l'enfant » culturel idéal du « moi » (à venir de la seconde topique freudienne) dans le narcissisme parental (celui de His Majesty the Baby cité de Pour introduire le narcissisme) :

« Et si j'adopte l'analyse hölderlinienne du mythe tragique en route vers l' Hespérie (le monde occidental), le Faust de Goethe qui tient lieu de l'Oedipe allemand, ne tue plus le père directement, sur le mode grec, mais cherche indirectement à tuer « le temps », ou du moins à le suspendre par l'intervention et les artifices du diable.  »

— Roseline Bonnellier, Sous le soleil de Hölderlin: Oedipe en question, p. 8.

Dans ce livre en effet, partant de l'immense portée culturelle du mythe créé que représente la « Grèce de Hölderlin » (Avant-propos de Sous le soleil..., p. 8), Roseline Bonnellier « remet à sa place » le « code ou genre », « devenu relatif » de la « "Castration" phallique », organisatrice de tout l'Oedipe freudo-lacanien, « là où il a son impact en fait de pouvoir politico-religieux d' "Ancien Régime" » et d'où il ressort en « pseudo "Primat du Phallus" » : « dans le narcissisme toujours second(aire) culturellement, au lieu métapsychologique chez Freud de l'Idéal-du-moi »[78].
Autrement dit, dans son « débat avec la pensée de Jean Laplanche », Roseline Bonnellier applique, sur la question de l'Oedipe à rouvrir en psychanalyse, Laplanche à Laplanche, un Laplanche qu'elle fait « travailler ». La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche, sur la pierre de touche d'un Hölderlin princeps, se retourne contre son auteur mis sur la touche de ce que R. Bonnellier analyse comme un reste de l'héritage oedipien résistant du « retour à Freud  » français de Jacques Lacan chez un Jean Laplanche qui aura cependant commencé, le premier (à Bonneval, 1960), de mettre en question le précédent. Ce reste, c'est « la question du père symbolique », soit l'Oedipe mytho-symbolique de la Vulgate dans la psychanalyse française, exportée après coup de par le monde.
L'appel est lancé : Retour à Freud, mais l'histoire de la psychanalyse ne s'arrête pas à Lacan Urbi et orbi. Elle a déjà (re)commencé ailleurs: l'Oedipe freudo-lacanien de la logique phallique-castré est bien devenu, comme l'analyse Laplanche, un élément « refoulant » (mais Laplanche semble garder quant à lui la "castration" comme « aide à traduire » dans le socius !). Oui, acquiesce Roseline Bonnellier, elle est d'accord: il est refoulant dans la théorie qui s'auto-refoule elle-même et participe ainsi de la progression du refoulement dans la culture. Et R. Bonnellier ajoute qu'il refoule l'autre, par exemple le « féminin », par rapport auquel il demeure « relatif » dans l'inconscient: R. Bonnellier fait donc « sauter le verrou » du genre phallique de la « castration » symbolique qu'elle rend à l'identification narcissique seconde et culturelle dans l'histoire. Il y a un rapport sexuel possible, mais il est originairement hétérosexuel: il n'arrive que dans le temps, après coup et de source inconsciente d'avant. Le complexe d'Oedipe généralisé à partir de celui de la fille (de l'Homme: en filiation d'avant le genre narcissique) est originairement inconscient. R. Bonnellier retrouve donc de plus haut, en amont du complexe généralisé, la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche avec la « transcendance du transfert » (Jean Laplanche, P. V) que cette théorie apporte au grand concept freudien qui s'y développe de « la Nachträglichkeit dans l' après-coup » (J. Laplanche, P. VI).

Filiation(s) plus ou moins « critique(s) »

Une question féminine dans la clinique du masculin ? (S. Bleichmar)
  • Préface de Jean Laplanche au livre de Silvia Bleichmar (es) (1944-2007), Paradoxes de la sexualité masculine : J. Laplanche a fait traduire – par Élisabeth Lagache et Myriam Leibovici – et édite dans la collection « Bibliothèque de psychanalyse » qu'il dirige aux P.U.F. l'ouvrage de son ancienne élève argentine: Silvia, dit-il, et il en parle avec « tristesse en raison de sa disparition trop tôt survenue », était une psychanalyste dont il connaissait l'engagement et les activités cliniques ainsi que théoriques à travers toute l'Amérique latine, l'Europe, les États-Unis d'Amérique...
    La théorétique (terme laplanchien, P.V, 46) de Silvia Bleichmar, « orientée, en partie, » par la Théorie de la séduction généralisée, est en relation constante avec « la pratique clinique, devenue à la fois enthousiasmante et envahissante: clinique de l'adulte, de l'adolescent, des psychotiques aussi, et surtout clinique de l'enfant ».
    Le premier thème du livre, qui correspond le plus au titre, traite de la sexualité masculine et renverse paradoxalement l'évidence apparente d'une « continuité de la relation enfant-mère » pour en imposer une autre - Jean Laplanche cite Silvia Bleichmar (es) : « L'identification masculine en termes d'exercice sexuel (pas seulement en termes de genre) s'établit par l'introjection fantasmatique du pénis paternel, à savoir par incorporation d'un objet privilégié qui articule le sujet en soumettant sa sexualité masculine à un parcours féminin paradoxal... »
    La position de Jean Laplanche est nuancée par rapport à celle de Silvia Bleichmar (es) qui « oppose bien à un désir homosexuel, centré sur une position de soumission masochiste, ce qu'elle n'hésite pas à nommer un désir de masculinité et de l'exercice de la masculinité, par le biais de l'introjection d'un pénis masculin », mais « néglige ainsi un troisième terme qui est à proprement parler le désir sexuel ou "sexual"».
    L'interrogation métapsychologique de Jean Laplanche que provoque la position théorico-éthique de Silvia Bleichmar (es), quant au second thème du livre, le transsexualisme, en redouble d'autant: devant l'attitude de « respect absolu des états dits de stabilisation » qui interdirait à l'analyste ce que Freud a nommé « "représentation-but", y compris la représentation d'un quelconque but thérapeutique », la « représentation dont il faut s'abstenir », est-elle seulement « d'ordre pratique »? N'est-elle pas « également théorique, c'est-à-dire métapsychologique » ? Dès lors, « de quelle métapsychologie s'agit-il ? » J. Laplanche en voit deux possibles: « l'une, rationaliste, osera parler d'un "déni de réalité", laissant en suspens comme "politiquement incorrect" le terme de psychose ; l'autre métaphorique, s'appuiera sur la formule bien connue et si répandue depuis plus d'un siècle [...] » - par les psychiatres qui emploient le terme d' « invertis » à propos de l'homosexualité masculine, plus récemment par les homosexuels eux-mêmes, puis par les transsexuels : « Une âme de femme dans un corps d'homme ». Et voilà le « problème métapsychologique » que la notion de genre désormais introduite « ne suffit probablement pas à résoudre » :

«  À vrai dire, ni l'une ni l'autre de ces deux métapsychologies, la rationaliste ou la métaphorique, ne se risquera à définir son point central: quelle est la "réalité" qui est déniée? Qu'est-ce qu'une âme de femme? »

— Jean Laplanche, Préface au livre de Silvia Bleichmar (es), Paradoxes de la sexualité masculine, p. 12

Dans la troisième partie du livre, où il reconnaît « une part essentielle de la "théorie de la séduction généralisée" », Jean Laplanche pointe ce « trait capital » - citation de Silvia Bleichmar (es): « nous devons redéfinir l'Oedipe en resituant la flèche qui part à l'origine de l'adulte pour aller vers l'enfant ». Pour ce faire, Silvia Bleichmar (es) « remet au travail l'interdit de l'inceste et la castration permettant de réorganiser » - citation de S. Bleichmar: « la fonction tierce entre enfants et adultes en la délivrant des modes selon lesquels la société patriarcale se défend, en amalgamant loi et autorité ».

Vers un complexe d'Oedipe originaire et « généralisé » de la fille (R. Bonnellier)

Les travaux de Roseline Bonnellier intoduisent une problématique du refoulement après coup de la théorie (ici: de la TSG) par ce qu'elle considère comme un Oedipe d' « Ancien Régime » : dans le cadre d'une filiation oedipienne conflictuelle au sein de l'institution, où R. Bonnellier se situe comme un auteur émergent(e). Le refoulement de l'Oedipe par la théorie psychanalytique elle-même s'effectue au prorata de « la progression du refoulement dans la culture » — via la résistance (endogène) à la psychanalyse d'un pouvoir institutionnel : il s'agit alors entre autres, d'après le travail théorique de cette auteur, de la question de l'hétérosexualité originaire (originaire : au sens laplanchien) du « féminin », liée à celle de l'Idéal du moi freudien dans le narcissisme second(aire), où l'Oedipe freudien a son impact.

En quoi cette question ainsi reformulée du « féminin » par R. Bonnellier diffère-t-elle de la théorie d'une « féminité originaire de l'enfant » de Jacques André, contiguë, dans les années 1990, de la TSG de Jean Laplanche ? Ce « disciple » reconnu de Jean Laplanche, ne remet nullement en question l'Oedipe que tout le monde connaît, fût-il freudien, puis lacanien, à savoir le « complexe d'Oedipe » qu'organise la « castration », donc ce que cette théorie signifie : le « primat du phallus ». Et Jean Laplanche, quant à lui, a seulement « déplacé » dans le socius l'Oedipe « refoulant », mais aussi « structurant », comme « aide à traduire » pour l'enfant. C'est peut-être la raison théorique pour laquelle la clinique des borderline (non oedipienne et, semble-t-il, très féminisée) « apporte de l'eau au moulin » à la conception chez Jacques André d'une « féminité »[79] devenue plutôt « primitive »[80], plus éloignée à présent de la théorie laplanchienne d'une séduction « originaire ». La théorie reliée à la TSG de la « féminité originaire de l'enfant », prenant pour base le texte de Freud sur le fantasme hystérique inconscient de fustigation Un enfant est battu[81], ne cesserait pas de s'inscrire dans celle du « cloaque » où le complexe de la petite fille, en tant que petit garçon d'abord chez Freud, se distingue mal du complexe inversé du petit garçon, modèle de l' « enfant » freudien. La théorie moniste de la libido y est complètement conservée. Par la théorie d'un Oedipe « généralisé » que Roseline Bonnellier est en train d'élaborer à partir de la TSG de Jean Laplanche, à l'encontre peut-être, paradoxale, de ce dernier, et sur la base du mythe tragique dans la conception de Hölderlin[82] , poète et penseur qui occupe une place aussi déterminante que critique en tant que « discutant » du « titan » Fichte[83] dans la formation de l'idéalisme allemand, donc du système hégélien, cette auteur entend jeter les bases statutaires d'une « filiation » oedipienne a priori du sexe féminin, comme hétérosexuel, dans le genre humain.

Il n'est évidemment pas du tout sûr que Jean Laplanche admette dans son propre remaniement de la topique cette proposition « renversante » de Roseline Bonnellier selon laquelle la théorie de la séduction généralisée correspondrait à un nouveau complexe d'Oedipe élargi de la fille, devenu originaire en amont de celui du garçon, modèle culturel du « moi » dans la seconde topique freudienne. La discussion métapsychologique est de toute façon ardue (sur la question de l' Idéal du moi) et ne fait que commencer du côté de Roseline Bonnellier. Le débat donc,si Jean Laplanche considère qu'il y a matière à un débat acceptable de son côté, sur cette proposition de R. Bonnellier – la théorie de la séduction généralisée comme précurseur possible de la question à rouvrir du complexe d'Œdipe, sur la base de celui, plus originaire, de la fille – reste à suivre.

Envoi : l'apport d'une œuvre

Apport principal de Jean Laplanche à la psychanalyse, la théorie de la séduction généralisée rejoindrait dans sa prospective le texte tardif, presque testamentaire, de Freud L’analyse avec fin et l’analyse sans fin (1937). Il n’y aurait donc pas de « conclusion » qui tienne à la fin de l’article « Jean Laplanche », si ce n’est une conclusion ouverte. Comme celle – à laquelle « renvoie » cet article (en citant ses sources) – du premier livre de Jean Laplanche, son Hölderlin, venu « rouvrir » la « question du père », et avec elle et dans le contexte d’alors, la question dite « universelle » de la « schizophrénie » : cette « question » à rouvrir est, par là même, la question du « père symbolique » français de Lacan en son « retour à Freud », c'est-à-dire au fond, la question de l’Œdipe chez Freud repassé par le structuralisme français. Chez le découvreur de la psychanalyse, l’analyse à la fin bute sur l’inachèvement du complexe d’Œdipe au féminin, le soi-disant Penisneid (l’ « envie du pénis ») dans les deux sexes. Mais dans la culture, c’est tout de même à la « femme » qu’on n’aurait pas fini d’en demander la clé supportant l’énigme. Tout en lui imposant le silence (que résume Lacan : « La femme n'existe pas »). Ce qui n’empêche pas l’hystérique de causer, et la « chose sexuelle » d’exister, comme Freud avait entendu Charcot l’observer.

Pour Freud, l’Œdipe est un schibboleth. Or, l’ Œdipe est un récit. Cela n’amènerait-il pas Jean Laplanche à une confrontation, tentatrice de part et d’autre, avec la pensée française « postmoderne », qui fait suite à la vague structuraliste et préconise la fin des récits, en programmant la « mort de Dieu » ?

La théorie de la séduction généralisée se rapporte à la sexualité infantile, au sexual. En écartant l’Œdipe « mytho-symbolique » (dans sa définition structuraliste référant à Lacan avec Lévi-Strauss) de son acception de « l’ inconscient » comme « refoulé », Jean Laplanche propose un au-delà de la traduction psychique dans et pour la topique (du moi) : la traduction du « message énigmatique » adressé par l’autre (adulte : pourvu d’un « inconscient ») à « l’enfant » ; celui-ci est le seul herméneute.

L’importance de la théorie laplanchienne réside bien là : dans cette nouvelle dimension (r)apportée au transfert dans et au-delà de la cure, celle de la transcendance, en fait, de l’être humain. Cette « transcendance du transfert » en psychanalyse, c'est l'apport de Jean Laplanche au concept émergent chez Freud de « la Nachträglichkeit dans l'après-coup », croisant celui de transfert (Übertragung), qui la « traduit » au plus près, et au-delà de sa traduction « française » à l'adresse du « grand Autre » dans le « retour à Freud » de Lacan.

Le philosophe n’aurait pas fini de faire rendre l’âme au psychanalyste Jean Laplanche sur le fait que les deux ont à reconnaître en la théorie de la séduction généralisée « une pensée du temps ».

L'ordonnancement « critique » autour d'un point de vue « générationnel », où Lacan occupe une place « phénoménale » de fait assez aveuglante dans l'histoire de la psychanalyse française, peut commencer avec Laplanche d'accuser son caractère formel : cet aspect générationnel après Freud, où Lacan serait un « second père » (au lieu du « symbolique »), se défait, c'est-à-dire requiert son analyse. La critique de Lacan par Laplanche (depuis Bonneval, 1960), qui a lieu au niveau de la métapsychologie, s'est avérée radicale : avec Laplanche en effet, et l'engagement de celui-ci, notamment dans une théorie — accompagnant l'œuvre — de « traduction », le retour à Freud a entrepris de perdre ses guillemets « français » ou trop français, et ce, catégoriquement. Maintenant, le retour à Freud est remis dans l'histoire à l'avenir de la psychanalyse.

Bibliographie complémentaire

Avec la participation de Jean Laplanche (Colloques, ouvrages collectifs, préfaces, entretiens)

(Dans l'ordre chronologique des parutions)

  • Roland Jaccard, "Se faufiler entre les astres", Entretien avec Jean Laplanche, Le Monde, 27 avril 1980; repris in entretiens avec Le Monde, 5, L'individu, Paris, La Découverte-Le Monde, 1985, p. 48-57. [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche].
  • "Jean Laplanche talks to Martin Stanton", Free Associations, n° 23, 1991, p. 323-341 [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche].
  • Jean Laplanche et Collaborateurs, Colloque international de psychanalyse - Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Actes du colloque de Montréal (3-5 juillet 1992), publié sous la direction de Jacques André, Paris, PUF, 1994, ISBN 2-13-046259-6.
  • Troisième colloque international J. Laplanche, Practica psicoanalitica y mensaje enigmatico, Nueva investigaciones en psicoanalisis [Intervenants: Silvia Bleichmar (es), Jean-Claude Rolland, Luis Martinho Maia, Dominique Scarfone, Roseline Bonnellier, Kenia M. Ballve Behr, José Guttierez Terrazas, Jean Laplanche (Les réponses de J. Laplanche ne figurent pas dans les Actes qui rassemblent les textes de conférences des intervenants cités)], Madrid 19-21 juillet 1996, Miraflores de la Sierra Madrid, Actes du Colloque, Universidad autonoma de Madrid.
  • Dans: Cent ans après, Jean-Luc Donnet, André Green, Jean Laplanche, Jean-Claude Lavie, Joyce McDougall, Michel de M'Uzan, J.-B. Pontalis, Jean-Paul Valabrega, Daniel Widlöcher, Entretiens avec Patrick Froté, Paris, Nrf / Gallimard, Collection "Connaissance de l'inconscient" dirigée par J.-B. Pontalis, Série: La psychanalyse dans son histoire, 1998, Entretien avec Jean Laplanche: pp. 169-227. ISBN 2-07-075382-4
  • Jean Laplanche, « Masochisme et sexualité », Entretien avec Jacques André, dans L'énigme du masochisme, sous la direction de Jacques André (Marilia Aisenstein, Jacques André, Maurice Dayan, Michel De M'Uzan, Philippe Jeammet, Marie-Claude Lambotte, Jean Laplanche), Paris, PUF "Petite Bibliothèque de psychanalyse", 2000, pp. 19-30. ISBN 2 13 050679 8
  • « Entretien avec Jean Laplanche par Alain Braconnier », in Le Carnet PSY, mars 2002, no 70.
  • « Festschrift zum 80. Geburtstag von Jean Laplanche » (« Brochure commémorative pour le 80e anniversaire de Jean Laplanche »), sous la direction de Anna Koellreuter, dans : Werkblatt, N° 52, 1/2004, Zeitschrift für Psychoanalyse und Gesellschaftskritik, Hirschgasse 76/8, A-4020 Linz, WERKBLATT im Internet: www.werkblatt.at – Articles en allemand, ou (re)traduits en allemand, de : Anna Koellreuter, Zurich ; Élisabeth Mathey, (« Entretien avec Nadine et Jean Laplanche »), Dijon ; Jean Laplanche, Paris ; Jean-Daniel Sauvant, Berne ; Christophe Dejours, Paris ; Marta Rezende Cardoso, Rio de Janeiro ; Udo Hock, Berlin... ISSN 0257-3601
  • Journées internationales Jean Laplanche, du 20 au 22 juillet 2006, à Lanzarote, aux îles Canaries. Recension de ces Journées in Circulo Brasileiro de Psicanalise, Revista : « Uma análise epistemológica da teoria da sedução generalizada Contribuições atuais para a cientificidade da psicanálise » par Fernando de Andrade e Luís Maia, Palavras-Chave : [6]
    Extraits d’un entretien avec Jean Laplanche, publié dans le quotidien Il Manifesto (Roma) qui s'est déroulé à l'issue des Journées Internationales Jean Laplanche, version mise au point par Alberto Luchetti, Vincent Magos et Francis Martens et revue par Jean Laplanche: [7]
  • Revue Psychiatrie française[8] Vol. XXXVII 3/06 (Plusieurs auteurs avec la réponse de J. Laplanche : J. Laplanche, J.-L. Brenot, J.C. Calich, M. Dornes, F. François, Bernard Golse, F. Guignard, A. Luchetti, F. Martens, R. Stein, Le concept d'inconscient selon Jean Laplanche, novembre 2006.
  • Jean Laplanche, « Sur une psychanalyse des bébés » in: Psychiatrie de l'enfant, volume 50, 2007/2, p. 413-416 : Discussion avec Bernard Golse, « Y a-t-il une psychanalyse possible des bébés ?. Réflexions sur les traumatismes hyperprécoces à la lumière de la théorie de l’après-coup » in: La Psychiatrie de l'enfant, 2007/2, Volume 50, p. 327-364. ISBN 978-2-13-056310-5 .
  • Revue Psychiatrie française, Vol. XXXVIII, Théorie de la séduction : validation, réfutation, décembre 2007. Plusieurs auteurs : Christophe Dejours, Francis Martens, Paulo de Carvalho Ribeiro, José Gutierrez Terrazas, Luís Maia, Fernando Andrade, Gilbert Diebold, Hélène Tessier, Jean Guegan, Alberto Luccheti, Jean Daniel Sauvant et Jean Laplanche. ISSN 0755-9755
  • Psychanalyse et psychothérapie, Daniel Widlöcher (éd), Co-Auteurs : Marilia Aisenstein - Christine Anzieu-Premmereur - Alain Braconnier - Bernard Brusset - Raymond Cahn - Serge Frisch - Bernard Golse - Roland Gori - Bertrand Hanin - Christian Hoffmann - Christian Lachal - Jean Laplanche - Sylvain Missonnier - Marie Rose Moro - Roger Perron - René Roussillon - Jacques Sédat, F-31520 Ramonville, érès, © 2008, Carnet psy -Le- - dirigée par Manuelle Missonnier, ISBN 978-2-7492-0854-1, EAN 9782749208541.
  • « Jean Laplanche, les mots pour le traduire » par Frédérique Roussel, envoyée spéciale à Pommard (Côte-d’Or) dans le journal Libération, N° 8908, samedi 2 et dimanche 3 janvier 2010, p. 5.
  • Préface de Jean Laplanche à Au-delà du principe de plaisir de Freud, traduction des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse, Paris, 1re édition PUF / Quadrige, janvier 2010 ISBN 978-2-13-057960-1
  • Préface de Jean Laplanche au livre de Silvia Bleichmar (es) Paradoxes de la sexualité masculine traduit de l'espagnol (Argentine) par Elisabeth Lagache et Myriam Leibovici, Paris, P.U.F. Collection « Bibliothèque de psychanalyse », mars 2010 ISBN 978-2-13-056923-7

Études et articles sur Jean Laplanche et la théorie de la séduction généralisée

(Dans l'ordre chronologique des parutions)

  • Michel Foucault, "Le "non" du père", in Critique, mars 1962, 178, p. 195-209 [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche]; in: Michel Foucault, Dits et écrits I, Paris, Gallimard, 1994, p. 200 sq. Sur la réception de Hölderlin et la question du père de J. Laplanche, les Archives de Hölderlin à Stuttgart disposent d'un assez volumineux dossier : [9].
  • François Roustang, "Une relation énigmatique", Critique, no 497, octobre 1988, p. 771-785 [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche].
  • Jacqueline Lanouzière, Histoire secrète de la séduction sous le règne de Freud, Paris, PUF, collection « Voix nouvelles en psychanalyse » (Sous la Direction de Jean Laplanche), 1991 ISBN 978 2 13 043476 4
  • Ph. Merle, "Jean Laplanche", L'Encyclopédie philosophique, Paris, PUF, 1992 [cité dans "Bibliographie raisonnée" de D. Scarfone, Jean Laplanche].
  • Luiz Carlos Tarelho, Paranoïa et théorie de la séduction généralisée, Paris, PUF, [Voix nouvelles en psychanalyse], 1996.
  • Dominique Scarfone : Jean Laplanche, Psychanalystes d’aujourd’hui, PUF, 1997, ISBN 2130484050 (ce n'est pas une biographie, mais une introduction à la pensée de Jean Laplanche - selon la précision apportée par D. Scarfone - avec l'ajout de morceaux choisis de l'œuvre).
  • Mi-Kyung Yi, Herméneutique et psychanalyse, si proches… si étrangères, Paris, puf (Collection « Voix nouvelles en psychanalyse »), 2000. ISBN 2 13 050813 8
  • Roseline Bonnellier : « De Hölderlin et la question du père à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche : Avancée paradoxale de la traduction d’Œdipe en psychanalyse », thèse du Doctorat de psychologie sous la direction du Pr Vladimir Marinov, Université Paris XIII, 2007. Cet ouvrage sur "Hölderlin et la psychanalyse" est également consultable en Allemagne aux Archives de Hölderlin, Bibliothèque du Land de Wurtemberg à Stuttgart. Internationale Hölderlin-Bibliographie online Id.-Nr.: 26088052007.0170 [10]. Thèse reproduite par l'Atelier national de reproduction des thèses (diffusion ANRT) [11], ANRT, Domaine universitaire du Pont de Bois, BP 60149, 59653 Villeneuve-d’Ascq Cedex France, ISBN 978-2-7295-7070-5.
  • Rainer Nägele (de), Introduction à : Jean Laplanche, Hölderlin and the Question of the Father, edited and translated by Luke Carson, Victoria (Canada), ELS Éditions no. 97, 2007, ISBN 978-1-55058-379-3
  • Roseline Bonnellier :
    • « Aux sources culturelles de la psychanalyse, l'Œdipe relatif : Hölderlin et la question du père de Jean Laplanche », in le Carnet PSY, numéro 124 - mars 2008, p. 24-30.
    • « Oedipe: l'éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche », dans: Cliniques méditerranéennes, N° 80, 2009-2, « La psychanalyse (sur)prise par l'art », érès, pp. 233-247. ISBN 978-2-7492-1149-7
    • Sous le soleil de Hölderlin: Oedipe en question - Au premier temps du complexe était la fille, Paris, L'Harmattan, Collection "Études psychanalytiques" (dirigée par Alain Brun et Joël Bernat), février 2010, 358 pages, ISBN 978-2-296-10411-2
  • Silvia Bleichmar (es), Paradoxes de la sexualité masculine [ Paradojas de la sexualidad masculina, Ed. Paidos, abril de 2006 ], traduit de l'espagnol (Argentine) par Elisabeth Lagache et Myriam Leibovici, Préface de Jean Laplanche, Paris, P.U.F. Collection « Bibliothèque de psychanalyse » (dirigée par Jean Laplanche), mars 2010 ISBN 978-2-13-056923-7

Liens externes

  • Source des repères biographiques et d'une introduction à la pensée de Jean Laplanche jusqu'en 1997 : Dominique Scarfone, Jean Laplanche, Psychanalystes d’aujourd’hui, PUF, 1997, ISBN 2-13-048405-0
  • Source principale ensuite de l'article dans son ensemble : Roseline Bonnellier, « De Hölderlin et la question du père à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche : Avancée paradoxale de la traduction d’Œdipe en psychanalyse », thèse du Doctorat de psychologie, université Paris-XIII, 2007, 1050 pages, reproduite par l'Atelier National de Reproduction des Thèses (Diffusion ANRT) [12] ISBN 978-2-7295-7070-5 ; puis : Roseline Bonnellier, Sous le soleil de Hölderlin: Oedipe en question - Au premier temps du complexe était la fille, Paris, L'Harmattan, Collection "Études psychanalytiques" (dirigée par Alain Brun et Joël Bernat), février 2010, 360 pages, ISBN 978-2-296-10411-2
  • Wiki des PUF: [13]
  • Œuvres Complètes de Freud / Psychanalyse — OCF.P Édition historico-critique sous la direction scientifique de Jean Laplanche [14]; [15]
  • Hölderlin et la psychanalyse: réception de Hölderlin et la question du père de Jean Laplanche ; plusieurs travaux inédits (14 titres env.) de Roseline Bonnellier sur ce thème : Hölderlin-Archiv et Internationale Hölderlin Bibliographie online (IHB) [16]

Articles connexes

Notes et références

  1. "Vendredi 14 novembre 2003 [...] Le château de Pommard vient de changer de main [...]". Source : archives du Bien Public du Journal de Saône-et-Loire [1].
  2. En passant régulièrement une partie de l'été en Grèce à Samos: Page 10 de son livre sur Jean Laplanche, Dominique Scarfone relève ce détail biographique lié à la "métaphore astronomique" qu'il observe dans l'œuvre du psychanalyste [selon un balancement entre le pôle « copernicien » (l'inconscient) et le pôle « ptoléméiste » (le recentrement narcissique de l'humain)], « ce qui ne manque pas de saveur quand on sait », dit-il, que Samos est « l'île même d'Aristarque, grand astronome de l'Antiquité grecque et premier à postuler l'héliocentrisme ». L'autre rapprochement qu'omet de faire ici D. Scarfone, touche un J. Laplanche plus secret et très réservé sur une relation de sa « vie d'âme » à... « la Grèce de Hölderlin » où le soleil reste inscrit au cœur de l'œuvre, par exemple dans le roman Hypérion ou l'ermite de Grèce.
  3. "La « Fondation Jean Laplanche - Nouveaux fondements pour la psychanalyse» a pour but général de contribuer, dans l’esprit qui a inspiré la vie scientifique du Fondateur, au développement de la psychanalyse en France et à l’étranger." : www.institut-de-france.fr/rubrique_-fondation_jean_laplanche.html
  4. Jean Laplanche, Avant-propos de Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961, p. V.
  5. Jacques Lacan, « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » (1955-56), dans Écrits, Paris, © Seuil, 1966; Jacques Lacan, Le séminaire livre III. Les psychoses (1955-1956) Texte établi par J.-A. Miller. Paris : Seuil (Collection « Le Champ freudien »), 1981.
  6. Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961, p. 43.
  7. Cf. Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France, 2, 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, p. 396.
  8. Jean Laplanche, Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961, p. 123.
  9. Sur le contexte des années 1960 dans l'histoire de la psychanalyse et de la vie intellectuelle française, cf. Élisabeth Roudinesco, Généalogies, Paris, Fayard, 1994 : Page 261, E. Roudinesco relève au 30 octobre 1960, l'ouverture du colloque de Bonneval consacré à « L’inconscient », avec une « présence massive de la troisième génération psychanalytique française » : René Diatkine, Serge Lebovici, André Green, Conrad Stein, Jean Laplanche, Serge Leclaire, ainsi qu'avec la participation de Paul Ricœur, Maurice Merleau-Ponty, Jean Hyppolite. Serge Leclaire, raconte-t-elle, y expose le cas de l’Homme à la licorne, dont il fera un film pour la télévision, et « Jean Laplanche critique la théorie lacanienne du signifiant ».
    Plus loin, p. 263-264, l'historienne consigne qu'en 1961, Serge Leclaire et Jean Laplanche publient leur article sur « L’inconscient » dans la revue de Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes et que Jean Laplanche publie Hölderlin et la question du père. La même année, Michel Foucault soutient sa thèse sur Folie et déraison. Histoire de la folie à l’âge classique. Page 270, on lit qu'avec la fin de la deuxième scission du mouvement psychanalytique français, la troisième génération sera désormais divisée en trois groupes psychanalytiques : deux appartenant à l’IPA, un autre, toujours freudien mais d’orientation lacanienne, hors de la légitimité ipéiste ». Et c'est en 1964, écrit E. Roudinesco, page 271, qu'entre en scène « la quatrième génération psychanalytique française » et qu'on assiste au « début de la psychanalyse de masse ». Page 266, il est noté pour 1965 : « Jacques Derrida : "De la grammatologie", article publié dans la revue Critique », en 1966 : « Conférence de Jacques Derrida à la S.P.P. : "Freud et la scène de l’écriture" » ; p. 281, en 1968 : « Jacques Derrida : conférence sur "La différance » à la Société française de philosophie". »
  10. Voir réf. supra note 9
  11. Dominique Scarfone, Jean Laplanche, Paris, puf, 1997, p. 13.
  12. Cf. J. Laplanche, Hölderlin et la question du père, Paris, PUF, 1961 (3e édition: 1984), p. 116.
  13. Cf. D. Scarfone, Jean Laplanche, Paris, puf, p. 46. [Dominique Scarfone, psychanalyste, membre de la Société canadienne de psychanalyse et professeur à l'université de Montréal, est à même d'observer également la situation anglo-saxonne].
  14. Cf. J. Laplanche, « La psychanalyse dans la communauté scientifique », Cliniques méditerranéennes, n° 45-46, 1995, p. 33-42 [cité par D. Scarfone, Jean Laplanche, Paris, puf, p. 47, note 1].
  15. Passage cité par D. Scarfone qui renvoie également aux Problématiques V, le baquet, transcendance du transfert, Paris, PUF, 1987, p. 146-148.
  16. Cf. Jean Laplanche, Problématiques III, La sublimation, Paris, PUF, 1980, p.69.
  17. Cf. Dominique Scarfone, Jean Laplanche, Paris, puf, coll. « Psychanalystes d'aujourd'hui », p. 22.
  18. Jean Laplanche, Vie et mort en psychanalyse, Paris, Flammarion, 1970, p. 35. Citation de Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, Gallimard, coll. « Folio », p. 132; Trois essais sur la vie sexuelle, in OCF.P VI, Paris, PUF, 2006, p. 161: « La trouvaille de l'objet est, à proprement parler une retrouvaille. » [N.B. La nouvelle traduction dans les OCF.P sous la direction scientifique de J. Laplanche permet au lecteur de repérer les divers ajouts freudiens des éditions ultérieures à ce texte fondamental des Trois essais de 1905 : ils sont signalés par un trait vertical dans la marge.].
  19. Cf. D. Scarfone, Jean Laplanche, Paris, puf, p. 28-29.
  20. Jean Laplanche, Nouveaux fondements, p. 63.
  21. J. Laplanche, Nouveaux fondements, p. 124.
  22. J. Laplanche, Nouveaux fondements, p. 128.
  23. J. Laplanche, Nouveaux fondements, p. 133.
  24. J. Laplanche, Nouveaux fondements, p. 137.
  25. J. Laplanche, Problématiques V. Le baquet - transcendance du transfert, p. 308-309.
  26. J. Laplanche,Problématiques V. Le baquet - la transcendance du transfert, p. 146-147.
  27. Antoine Berman, L'épreuve de l'étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 62: cité dans les « principes généraux » de Traduire Freud, Paris, PUF, 1989,ISBN 2 13 04 2342 6 , p. 9.
  28. Cf. Dominique Sarfone, Jean Laplanche, PUF, 1997, p. 12-20
  29. Cf. La pulsion de mort, ouvrage collectif, Paris, Puf, 1986; D. Scarfone, suivi et cité pour cette analyse laplanchienne de la pulsion de mort chez Freud dans Jean Laplanche, Paris, PUF, 1997, p. 43 et circa
  30. Daniel Lagache, « Le problème du transfert ». Communication à la XIVe Conférence des Psychanalystes de Langue Française, 1951, in Revue française de psychanalyse, 1952, 16, 1-2, p. 5-115; et in D. Lagache, Œuvres III. Le transfert et autres travaux psychanalytiques, Paris, PUF, 1980, p. 1-114.
  31. Colloque des 24 et 25 novembre 1990; participaient à la table ronde (publiée dans Psychanalyse à l'université, 1991, 16, 64, p. 3-28): Roger Dorey, André Green, Guy Rosolato, Gérard Bonnet (modérateur).
  32. Il faut noter dans le « Court traité » de 1993 le lapsus calami insistant que Jean Laplanche commet sur la date du Colloque de Bonneval où il critique pour la première fois Lacan: il écrit 1959 au lieu de 1960. En 1959, Jean Laplanche soutenait sa thèse de médecine sur le « cas » de Hölderlin, auquel il appliquait la thèse de Lacan sur les psychoses : Hölderlin au détour de sa folie et de son œuvre (1794-1800).
  33. Dans: Jean Laplanche, Problématiques IV: L'inconscient et le ça, Paris, PUF, 1981, p. 261-321.
  34. Cent ans après, Jean-Luc Donnet, André Green, Jean Laplanche, Jean-Claude Lavie, Joyce McDougall, Michel de M'Uzan, J.-B. Pontalis, Jean-Paul Valabrega, Daniel Widlöcher, Entretiens avec Patrick Froté, Paris, Nrf / Gallimard, Collection "Connaissance de l'inconscient" dirigée par J.-B. Pontalis, Série: La psychanalyse dans son histoire, 1998, Entretien avec Jean Laplanche: p. 169-227. ISBN 2-07-075382-4
  35. Cf. J. Laplanche, Problématiques VI, L'après-coup, Paris, puf, 2006, p. 16.
  36. Laplanche se réfère à Fonctions et champ de la parole et du langage de Lacan,Écrits, 1re édition, p. 256-257.
  37. J. Laplanche, Sexual, p. 213.
  38. J. Laplanche, Sexual, p. 202, note 2 : « Christophe Dejours propose le terme d' "inconscient amential" qu'il m'est difficile d'accepter, car il suppose que le refoulement-traduction est un processus de mentalisation que ne subit pas l'inconscient psychotique. Il suppose donc que les messages de l'autre ne sont pas "mentaux", mais qu'ils doivent le devenir. J'ai du mal à faire mienne une telle opposition âme/corps, mens/soma. »
  39. Cf. Christophe Dejours,Le corps, d'abord (2001), Paris, Petite Bibliothèque Payot, N° 476, 2003, p. 84: « Freud introduit la notion de "clivage du Moi", en vertu duquel le sujet pourrait fonctionner selon deux modes différents à l'insu l'un de l'autre. L'un reconnaîtrait la réalité de la différence anatomique des sexes, l'autre lui opposerait un déni ».
  40. Jean Laplanche, « Sur une psychanalyse des bébés » in: Psychiatrie de l'enfant, volume 50, 2007/2, p. 413-416 : Discussion avec Bernard Golse, « Y a-t-il une psychanalyse possible des bébés ?. Réflexions sur les traumatismes hyperprécoces à la lumière de la théorie de l’après-coup » in: La psychiatrie de l'enfant, 2007/2, Volume 50, p. 327-364.
  41. J. Laplanche, Sexual, p. 272.
  42. J. Laplanche, Sexual, p. 273.
  43. En 1966, lors d'un congrès à Baltimore : « Le lendemain, au dîner offert par les organisateurs, Derrida pose les questions qui lui tiennent à cœur sur le sujet cartésien, la substance et le signifiant. Tout en dégustant debout une salade de choux sucrée, Lacan réplique que son sujet à lui est le même que celui que son interlocuteur oppose à la théorie du sujet. En soi, la remarque n’est pas fausse, mais Lacan s’empresse d’ajouter : "Vous ne supportez pas que j’aie déjà dit ce que vous avez envie de dire." Encore la thématique du vol d’idées, encore le fantasme de la propriété des concepts, encore le narcissisme de la primauté. C’en est trop. Derrida ne marche pas et répond tout à trac : "Ce n’est pas cela mon problème" Lacan en sera pour ses frais. Plus tard dans la soirée, il s’approche du philosophe et lui pose gentiment la main sur l’épaule : "Ah ! Derrida, il faut qu’on parle, il faut qu’on parle ! " Ils ne parleront pas… . » in : Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France. 2. 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, pp. 417-418.
  44. Jacques Derrida, La parole soufflée (Tel Quel 20, hiver 1965) dans: J. Derrida, L'écriture et la différence, Paris, Seuil, 1967.
  45. Dans L'interprétation du rêve, au moment du « rêve de la mort des personnes chères » où arrive l'idée incidente (Einfall) du mythe d'Œdipe, Sigmund Freud, à la suite de la remarque de Goethe sur l'acte différé par la pensée du meurtre dans Hamlet de Shakespeare, observe « la progression du refoulement dans la culture » à l'étape de l'Homme de la Renaissance.
  46. Freud. « La question de l’analyse profane. Entretiens avec un homme impartial » (Die Frage der Laienanalyse. Unterredungen mit einem Unparteiischen, 1926), dans : OCF.P, XVIII,Paris, P.U.F., 1994, p. 75-76 ISBN 2 13 046576 5
  47. Roland Gori, Un marché de dupes ? , Dans le Carnet PSY, N° 146, juillet/août 2010, p. 52: Roland Gori prend position à propos du décret sur le statut des psychothérapeutes, par rapport à l'annexe des récents décrets d'application, de la façon suivante: « Cette annexe, petit codicille d'un long processus d'échanges, de débats et de négociations entre les pouvoirs publics et les professionnels, crée un nouveau métier de santé et établit une hiérarchie arbitraire des professionnels conduisant à une médicalisation abusive de la psychothérapie : la dispense totale des suppléments de formation n'étant accordée qu'aux psychiatres, promus modèle idéal du psychothérapeute ».
  48. Voir sur ce « chapitre » complexe de la scission de 1963 dans l'histoire de la psychanalyse en France le chapitre qu'Élisabeth Roudinesco intitule « Vie et mort de la Société française de psychanalyse », par allusion rétrospective au livre de Jean Laplanche, Vie et mort en psychanalyse (1970), dans Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France 2. 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, p. 288-377.
  49. Schopenhauer, L’art d’avoir toujours raison ou Dialectique éristique (1830-1831) [1re publication in Arthurs Schopenhauers handschriftlicher Nachlaß, Brockhaus, Leipzig, 1864.] Tr. par Henri Plard. Suivi de Franco Volpi. Schopenhauer et la dialectique. 88210 Belval, © Les éditions Circé, 1990 ; © de la postface de Franco Volpi, Milano, Adelphi editioni, 1991, © pour la présente édition, Circé, 1999.
  50. André Green, « Le déchaînement du signifiant énigmatique désignifié dans le processus traductif-détraductif auto-théorisant. De l'intérêt à bien lire Jean Laplanche », dans la R.F.P., 1/1998, P.U.F., p. 286.
  51. Gilbert Diatkine, Jacques Lacan, Pais, P.U.F., Collection "Psychanalystes d'aujourd'hui", 1997, ISBN 2 13 048574 X
  52. Anika Lemaire, Jacques Lacan, avec une Préface de Jacques Lacan (Noël 1969), Bruxelles, Pierre Mardaga, éditeur, 12, rue Saint-Vincent, 4020 Liège, 1977 (Septième édition, revue et augmentée), p. 166. ISBN 2 87009 459 0
  53. Elisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France. 2 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, p.325-326. ISBN 2 213 59360 4
  54. Michel Foucault, « Jean Laplanche : Hölderlin et la question du père », dans Nouvelle Revue française 109, janvier 1962, pp. 125-126) ; Michel Foucault, « Le ‘non’ du père » (première parution : Critique 178, mars 1962, pp. 195-209), in Michel Foucault, Dits et écrits I., Paris, Gallimard, 1994, p. 200. Source de l'information sur les 2 articles de Michel Foucault (aux Archives de Hölderlin [2]): Isabelle Kalinowski, « Une histoire de la réception de Hölderlin en France 1925-1967 », Thèse du Doctorat de Lettres allemandes de l’Université Paris XII Val de Marne, sous la Direction du Professeur Gérard Raulet, mai 1999 [Composition du jury : Gérard Raulet, Pierre Bourdieu, Michel Espagne, Jean-Pierre Lefèbvre, Jürgen Link (de).
  55. Scilicet, 4, « L'Étourdit » par Jacques Lacan, Paris, Revue paraissant au Champ freudien, collection dirigée par Jacques Lacan aux Editions du Seuil, 1973, ISBN 2-02-003633-9
  56. Roseline Bonnellier : « De Hölderlin et la question du père à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche : Avancée paradoxale de la traduction d’Œdipe en psychanalyse », thèse du doctorat de psychologie, université Paris-XIII, 2007 (Composition du jury de soutenance : Jean-François Chiantaretto; Vladimir Marinov; Jacques André; Jean-Pierre Lefèbvre; Robert Muchembled). Cet ouvrage sur "Hölderlin et la psychanalyse" est également consultable en Allemagne aux Archives de Hölderlin, Bibliothèque du Land de Wurtemberg à Stuttgart, avec 14 autres textes env. inédits parmi les travaux de R. Bonnellier sur ce thème. Internationale Hölderlin-Bibliographie online Id.-Nr.: 26088052007.0170 [3]. Thèse reproduite par l'Atelier national de reproduction des thèses (diffusion ANRT) [4],Domaine Universitaire du Pont de Bois, BP 60149, 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex France, ISBN 978-2-7295-7070-5. Un extrait remanié de cette thèse a fait l'objet du livre de Roseline Bonnellier, Sous le soleil de Hölderlin: Oedipe en question - Au premier temps du complexe était la fille, Paris, L'Harmattan, Collection "Études psychanalytiques" (dirigée par Alain Brun et Joël Bernat), février 2010, 358 pages, ISBN 978-2-296-10411-2 .
  57. Jorge Canestri, "Friedrich Hölderlin : dissonance et réconciliation", Topique, décembre 2009, N° 109 sur "L'acte poétique", L'esprit du temps, avril 2010, p. 67-76.
  58. Dans: Martin Heidegger, Approche de Hölderlin, Paris, Gallimard, 1962 pour la traduction française (Erläuterungen zu Hölderlins Dichtungen, Vittorio Klostermann, Frankfurt am Main, 1951), p. 59.
  59. Hölderlin, « L'Unique » <Fin d'une deuxième version>, in Hölderlin, Œuvre poétique complète, Paris, La Différence, p. 844-845.
  60. Jean Laplanche, « Le mur et l'arcade » (1987/1988) dans: La révolution copernicienne inachevée, Paris, Aubier, 1992, p. 305-306. Comme il a été indiqué plus haut à la section 3 « Étapes d'une pensée », aux années 1990, cet article de Jean Laplanche fait référence à Walter Benjamin à propos de la théorie discutée de la traduction. L'idée d' « Absolu », qui « va vite en besogne » chez J. Canestri, demeuré « flou » sur ses sources, pour traduire « l'inlié » chez Hölderlin, est discutée de manière critique par Jean Laplanche dans cet article (p. 297 de la RCI), non pas par rapport au grand poème Mnémosyne, mais par rapport aux traductions de Sophocle par Hölderlin et des Remarques sur Oedipe et Antigone parues en traduction française dans l'édition 10/18 avec une « très belle préface » de Jean Beaufret : or, ce philosophe est un spécialiste et disciple de Heidegger.
  61. J. Canestri, « Friedrich Hölderlin : dissonance et réconciliation »,:Topique, N° 109 « L'acte poétique », p. 68.
  62. Jean Laplanche, Hölderlin and the Question of the Father with an introduction by Rainer Nägele (de), edited and translated by Luke Carson, Victoria (Canada), ELS Editions, no. 97,2007, ISBN 978 1 55058 379 3
  63. Dans le texte de Freud La question de l'analyse profane [des laïcs], "laïc" s'oppose sans ambiguïté à "médical" en ayant valeur de Witz : Freud ironise à peine sur le fait que le médecin a remplacé le prêtre dans une société qui ne se fonde plus sur la religion. Dans la psychanalyse « française » (comme dans la « pensée française » en général), la "clinique" est "sacralisée" par rapport à la "cure", et l'acception du mot «laïc » reste « politiquement » ambiguë, en mal d'analyse : au nom de 1789, « laïc » continue en France de faire valoir que le sens sous-entendu « premier » du mot s'oppose à « religieux » pour que la psychanalyse référée à la seule « cure » puisse être pratiquée stricto sensu également par des psychologues non médecins. Freud était plus clair; et il allait beaucoup plus loin dans l'avenir promis à la psychanalyse comme « science ». Sa « représentation-but » concerne l'objet de la psychanalyse, l'inconscient, dont il apparaît dès lors nettement, comme chez Jean Laplanche — dans sa filiation « paradoxale » (cf. les travaux de R. Bonnellier, notamment sa thèse et l'intitulé de cette thèse) à Lacan, que sa définition n'est pas en soi celle d'une psychopathologie appliquée : l'être humain n'est pas par nature un « malade » qui s'ignore auprès du « sujet supposé savoir » qui en aurait « cure ».
  64. Ce paragraphe - pivot sur "Jean Laplanche et la différence de Hölderlin" fait référence, plus encore que l'ensemble de l'article "Jean Laplanche" sur Wikipédia-français, à la source devenue principale de l'article : les travaux de recherche de Roseline Bonnellier, indiqués dans la 2e partie de la "Bibliographie", ainsi que dans "liens externes".
  65. R. Bonnellier renvoie alors, nécessairement, aux travaux du philosophe spécialiste de Fichte : Alexis Philonenko.
  66. André Green, Les chaînes d'Eros, Editions Odile Jacob, 1997.
  67. Jean Laplanche, « Le prégénital freudien : à la trappe. A propos du livre d'André Green: "Les chaînes d'Eros". Actualité du sexuel », dans R.F.P. , 4/1997, Tome LXI, "Après l'analyse...", P.U.F., p. 1359-1369.
  68. André Green, « Le déchaînement du signifiant énigmatique désignifié dans le processus traductif-détraductif auto-théorisant. De l'intérêt à bien lire Jean Laplanche », dans la R.F.P., 1/1998, Tome LXII, « La rencontre analytique », P.U.F., p. 263-287.
  69. Jacques Taminiaux, La Nostalgie de la Grèce à l’aube de l’idéalisme allemand. Kant et les Grecs dans l’itinéraire de Schiller, de Hölderlin et de Hegel, La Haye, Martinus Nijhoff, 1967.
  70. J. Taminiaux, La nostalgie de la Grèce à l'aube de l'idéalisme allemand, p. 171 : « la Beauté ne s’identifie pas à l’aimée, et surtout […] elle n’a pas son site dans la fixité immédiate d’une fascination "spéculaire", mais dans un mouvement ou une différenciation. »
  71. Roseline Bonnellier, thèse citée à la note 56, p. 441.
  72. Roger Laporte, « Hölderlin ou le combat poétique » (étude d’abord parue dans le n ° 259 de la revue Critique) in : Roger Laporte, Quinze variations sur un thème biographique, Paris, © Flammarion (essais / textes), 1975.
  73. Sur le dialogue de Roseline Bonnellier et de Roger Laporte à propos de « Hölderlin, Jean Laplanche,(la psychanalyse) », voir : Roseline Bonnellier, « De Hölderlin et la question du père à la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche : Avancée paradoxale de la traduction d’Œdipe en psychanalyse », thèse du Doctorat de psychologie, Université Paris XIII – Nord Villetaneuse, 2007 [Thèse reproduite par l'Atelier national de reproduction des thèses (diffusion ANRT) [5],Domaine Universitaire du Pont de Bois, BP 60149, 59653 Villeneuve d’Ascq Cedex France, ISBN 978-2-7295-7070-5 ], pages 32-33, 37, 40, 44-45, 63, 445.
  74. Roger Laporte cite de Michel Deguy Hölderlin s’approche, in N.R.F., oct. 1967, n° 178, p. 676.
  75. Cf. Le Pr Bernard Golse dans la polémique sur le « non événement » médiatique que représente la diatribe de Michel Onfray contre Freud, réflexion de Michel Onfray invalidée par le fait, dit Bernard Golse, qu'elle « ne s'ancre en rien dans la clinique » dont Michel Onfray « ignore tout » (Pr Bernard Golse, « Humanités, humanité », dans le Carnet PSY N° 147 / sept./oct. 2010, p. 1).
  76. Roseline Bonnellier, « Oedipe : l'éclipse. La théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche », dans Cliniques méditerranéennes, N° 80-2009, p. 233-247.
  77. Freud, Totem et Tabou, OCF.P. XI, p. 382, a. « Cf. Goethe, Faust I, v. 1238 (Cabinet de travail): Im Anfang war die Tat. »
  78. Cf. Présentation argumentaire à sa parution chez l'éditeur de l'ouvrage de Roseline Bonnellier: Sous le soleil de Hölderlin : Oedipe en question - Au premier temps du complexe était la fille , Paris, L'Harmattan, février 2010.
  79. Jacques André, Aux origines féminines de la sexualité. Paris : puf, (Bibliothèque de psychanalyse dirigée par Jean Laplanche. Secrétaire de collection: Jacques André), 1995 ISBN 2 13046611 7.
  80. Jacques André, Préface à l'édition "Quadrige" de Aux origines féminines de la sexualité, Paris, Quadrige / PUF, 2004, p. 5. ISBN 2 13 054417 7
  81. Sigmund Freud, Un enfant est battu (1919), dans OCF.P, XV, Paris, PUF, 1996, p. 115-146. ISBN 2 13 047850 6
  82. Hölderlin expose sa conception du « tragique » surtout dans les Remarques sur Œdipe et Antigone, et dans deux Lettres à Böhlendorff (1801-1802), in Hölderlin, Œuvres, édition publiée sous la direction de Philippe Jaccottet, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1967, p. 951-966, 1003, 1009.
  83. Après Kant, qu'il considère comme « le Moïse de la nation allemande », Hölderlin, auditeur de Fichte en 1794-1795 à Iéna, reconnaît en ce dernier un « titan » dans l'ordre de la pensée philosophique. En s'appuyant sur l'enseignement publié des Leçons de métaphysique allemande de Jacques Rivelaygue, Roseline Bonnellier insiste sur le fait que le texte [Être et Jugement] de Hölderlin en 1795, ou celui-ci discute les thèses de Fichte et fait par là objection à l'idéalisme allemand en train de se former, ne fut retrouvé qu'au vingtième siècle, et édité seulement en 1961 par Friedrich Beißner (de) dans la Stuttgarter Ausgabe. Jean Laplanche en 1959, et à plus forte raison auparavant Heidegger - lorsqu'il étaie sa « pensée » sur la « poésie » de Hölderlin », ne pouvaient pas avoir eu connaissance de ce texte important : Hölderlin est à ce moment-là en position « supérieure » d' « enseignant » critique de la philosophie de Fichte vis-à-vis de Schelling et Hegel, ses anciens compagnons d'études au Stift, le Grand Séminaire de théologie protestante à Tübingen. Schelling et Hegel, rapporte Jacques Rivelaygue, dans le chapitre qu'il consacre à la place déterminante de Hölderlin dans la formation de l'idéalisme allemand, entendront Hölderlin plus ou moins bien, et dans l'après-coup (pour ce qui est de Schelling). Cf. Jacques Rivelaygue, chapitre IV de la 2e section: "La rencontre avec Hölderlin" dans "La genèse du système hégélien", in: Leçons de métaphysique allemande, Tome I, "De Leibniz à Hegel" (1969 sq environ, d'après la préface de Luc Ferry), Paris, Grasset, Le Livre de Poche, biblio essais, 1990, p. 199-228. ISBN 2 253 94341 X . [Être et jugement] de Hölderlin se trouve traduit dans Hölderlin, Œuvres, édition publiée sous la direction de Philippe Jaccottet, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1967,p.282-283. Voir aussi, notamment sur le retard pris en France concernant la place à reconnaître de Hölderlin dans l'idéalisme allemand, Hölderlin, Fragments de poétique et autres textes. Edition bilingue. Présentation, traduction et notes de Jean-François Courtine, Paris, Imprimerie nationale Editions, 2006.

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