Psychopathologie

La psychopathologie est l'étude raisonnée des troubles mentaux ou psychologiques. Ce mot est dérivé des racines grecques psukhê qui signifie âme et pathos qui signifie maladie.

La psychopathologie est l'objet d'étude de la psychologie clinique et de la psychiatrie, elle est enseignée dans les universités ou en clinique. En France la vision structurale (structure en psychopathologie) développée par le courant du psychanalyste Jean Bergeret a influencé et influence encore les enseignements, notamment dans les facultés de psychologie.

Les classifications anglo-saxonnes et internationales (DSM et CIM) tendent quant à elles à circonscrire leur champ d'étude à la faveur d'une approche scientifique convoquant clinique, épidémiologié, génétique, et neurosciences, et positive des symptômes lesquels ne sont pas, comme en psychanalyse, référés à des conflits inconscients sous-jacents[1]. Dans cette approche essentiellement descriptive du fonctionnement psychique, la question est : « dispose-t-on ou pas d'un traitement ad hoc de psychotropes? ». Pour le psychanalyste R. Dorey et contrairement aux ambitions athéoriques de l'approche DSM - CIM : «Le recueil et l'assemblage de symptômes comme constitutant une sémiologie "en-soi" est une pure abstraction. Il n'y a pas de sémiologie innocente, pas plus qu'il n'existe d'observation neutre ou objective.» Pour cet auteur, «Le danger n'est pas ainsi d'être soumis à nos présupposés théoriques, bien au contraire, ce sont eux qui éveillent et enrichissent notre investigation; le danger c'est de méconnaître une telle détermination, de la nier, car c'est s'engager irrémédiablement dans une voie en impasse[2] »

Face à la tendace objectivante actuelle forte l'approche de René Roussillon développée dans le Manuel (2007) entre autres constitue une synthèse moderne et pertinente des connaissances en la matière. Le symptôme y est vu comme l'un des aspects du trouble psychique déterminé par des types d'angoisses, des défenses et de relations d'objet.

À propos de la différence entre une sémiologie étroite, c'est-à-dire simplement rivée aux symptômes et une réflexion approfondie qui fonde la psychopathologie, Eugène Minkovski écrivait : « Certes, quand il s'agit de rédiger un certificat d'internement ou d'enseigner les éléments de la psychiatrie au médecin praticien, les hallucinations, les idées délirantes, les impulsions, les réactions anti-sociales, l'agitation, la dépression, suffisent amplement. Il n'en est plus de même quand, en psychologues, nous essayons de comprendre le fond qui conditionne tous les troubles dont je viens de parler et sont déjà forts complexes de par leur nature. Ici, nous nous sentons souvent dépourvus de notions appropriées. De là le désir d'élargir les conceptions courantes, voire d'envisager les troubles mentaux sous un angle tout différent de celui auquel nous sommes habitués. Ce désir, évidemment, a quelque chose de révolutionnaire. Cela, cependant, ne doit pas nous faire reculer. » (dans L'Evolution psychiatrique, octobre 1929).

Sommaire

La question du normal et/ou du pathologique

Daniel Widlöcher déclare que juger d’une conduite en termes de normalité ou d’anormalité renvoie obligatoirement à un jugement normatif. Cependant, la notion de norme se réfère à celle de moyenne. Or, cette dernière est sujette à caution. Georges Canguilhem propose de substituer la notion de normativité à celle de norme et la notion d’ordre à celle de valeur. Cet auteur « biologise » la notion de norme et considère que ce n'est pas à la science de juger du normal car c’est avant tout la vie qui en fait un concept de valeur. On ne peut pas non plus poser le problème de la normalité ou de l’anormalité sans tenir compte des normes sociales ou individuelles. La psychopathologie identifie ainsi trois types de normalité : la normalité comme norme sociale, la normalité comme idéal, la normalité comme absence de maladie. Canguilhem propose encore le concept d’« anomalie » qui se définirait comme « ce qui se laisse voir en se dégageant de l’ensemble lisse et uni qui l’entoure ». Elle est observable. La psychopathologie s’intéresserait alors plus à l’anomalie qu’à l’anormalité.

Pour Widlöcher, le propre de la psychopathologie est l'étude de ces conduites marquées que sont les anomalies, d'en repérer la genèse, d'en définir la fonction et d'en préciser le mécanisme. Pour Jean Bergeret (psychanalyste), il faut éviter une conception de la "normalité" empreinte du sadisme lié aux statistiques ou aux idéaux tout autant qu'une tentation masochique systématiquement allergique à tout composé du radical "norme[3]".

La définition suivante permet de sortir du dilemme de la question sans fin de la relativité des normes : « La psychopathologie peut être définie comme une approche visant une compréhension raisonnée de la souffrance psychique. » (René Roussillon et coll. dans le Manuel, 2007).

Notes et références

  1. Berrios G E (1996) The History of Mental Symptoms. Descriptive Psychopathology since the 19th Century. Cambridge, Cambridge University Press (ISBN 0521437369)
  2. Roger Dorey: Valeur et limites de la sémiologie dans l'approche psychanalytique in l'Evolution psychiatrique no0 48, 1983
  3. Jean Bergeret (psychanalyste): La dépression et les états limites, Payot, Coll Science de l'homme, 1992, ISBN 2-228-88597-5

Bibliographie

Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article : Ouvrage utilisé comme source pour la rédaction de cet article

Monographies

  • Alain Braconnier (dir.) et al., Introduction à la psychopathologie, Issy les Moulineaux, Masson, coll. « Les ages de la vie », 2006, 340 p. (ISBN 9782294015014) 

Articles

Annexes

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