Critique De La Psychanalyse

Critique de la psychanalyse

La psychanalyse a rencontré des critiques dès sa naissance. Les thèses de Freud ont pu parfois provoquer l'opposition de scientifiques, médecins, philosophes et psychologues de son temps[1] même si elle rencontrèrent ailleurs un accueil plutôt bienveillant.

Freud aurait surtout synthétisé et généralisé abusivement des conceptions en vogue dans les milieux littéraires philosophiques et médicaux de son époque au risque de se contredire au fil de son œuvre comme le remarquent aussi des psychanalystes tels que Patrick Mahony. Selon Ernst Kris, l'un de ses plus fidèles partisans, la plupart des options théoriques de Freud se fonderaient sur des présupposés biologiques déjà obsolètes à la naissance de la doctrine (cf. par exemple, l'histologiste Ramon y Cajal lequel jette, très tôt, les bases de la théorie neuronale moderne ignorée par Freud), et que Freud aurait masqués, ainsi que le révèlent les travaux de Frank Sulloway[2].

Freud contestait la suprématie de la conscience, du libre-arbitre et de la volonté, au demeurant comme d'autres l'avaient déjà fait avant lui à l'instar de Nietzsche ou de Schopenhauer : au sujet « cartésien » était substitué un sujet psychologique dominé, à son insu, par l'inconscient refoulé et les vicissitudes de sa libido. Paradoxalement, Freud thématisera l'inconscient sur le mode de la conscience, notion d'ailleurs non approfondie par lui, forgeant une représentation homonculaire du « ça », que Jean-Paul Sartre ne manquera pas de relever et de critiquer.

Freud proposait, en outre, une explication (spéculative) exclusivement psychologique (non organique) des névroses et des psychoses, qu'il ancrait, tout comme le développement psychique général, dans le développement de la sexualité infantile et de ses éventuels conflits : les symptômes névrotiques devenaient ainsi l'expression (symbolique) de conflits inconscients. Non seulement cette action symbolique présumée ôtait toute signification intrinsèque aux symptômes (une phobie animale, comme chez le « petit Hans », constitue une peur commune chez l'enfant mais disproportionnée et renforcée positivement par des facteurs internes ou externes, et non le « symbole » d'une peur de la castration), mais aussi jetait les bases d'une exégèse psychanalytique délestée de la réalité et retrouvant ainsi toujours, plus ou moins tortueusement, la théorie dans les faits, plutôt que de vérifier/tester la théorie par les faits.

Enfin, Freud proposait une méthode pour supprimer les causes supposées des névroses voire des psychoses dans le refoulement, grâce à la cure psychanalytique fondée essentiellement sur l'association libre, le transfert… et la suggestion, comme il le reconnaît dans Introduction à la psychanalyse, et comme n'ont de cesse de l'en accuser ses détracteurs de toutes les époques.

Ainsi, la psychanalyse présentera, schématiquement, deux versants : l'un théorique comme connaissance du psychisme, centrée sur le déterminisme psychique inconscient ; et l'autre pratique, en filiation directe avec la théorie, comme thérapie, ainsi que deux temps majeurs : la fondation par Freud de la psychanalyse avec l'élaboration de ses principaux concepts, et l'évolution secondaire de la théorie et de la pratique avec les successeurs de Freud. Corrélativement, la critique de la psychanalyse portera sur :

  1. le moment fondateur (contexte historique, épistémologique, scientifique, culturel, innovation, statuts des « découvertes freudiennes », méthodologie, prétentions scientifiques…) qui recouvre le personnage même de Freud (intentions, ambitions, compétences…) ;
  2. les inflexions ultérieures de la psychanalyse ;
  3. le noyau conceptuel commun à l'ensemble des courants psychanalytiques ;
  4. l'efficacité de la cure analytique ;
  5. les modes de formation des psychanalystes (valeur d'une analyse didactique, réglementation, institutions);
  6. la construction de la "légende Freud" à partir de la manipulation des sources et de la réécriture de l'histoire des origines, par Freud lui-même, et ses succeseurs sans compter sur les "réhabillages" structuralistes ou herméneutiques.

Cette démarche de réévaluation de la psychanalyse concilie donc un abord épistémologique et scientifique avec un abord historiographique (et aussi thérapeutique). En effet, bien des éléments biographiques de Freud (et d'autres) relèvent plus de l'hagiographie que de la stricte vérité historique dont la restitution fidèle nécessite un méticuleux et courageux travail d'archiviste et de déconstruction comme l'illustre le cas Anna O que Henri Ellenberger fut le premier à démystifier.

Bien des documents (lettres, notes, minutes…) ont été détruits par Freud lui-même ou par sa fille ainée, (Anna Freud), caviardés, ou soustraits délibérément à l'investigation d'historiens indépendants, et pour de longues années comme, par exemple, une partie des archives freudiennes stockées à la bibliothèque du Congrès à Washington.

Il est dès lors aisé de comprendre les raisons pour lesquelles la critique de la psychanalyse se confond au moins partiellement avec la critique de Freud : l'ensemble de l'échafaudage psychanalytique contemporain s'effondre faute de fondations théoriques et cliniques solides dès le commencement, et dont il continue pourtant de partager le refus de la méthode expérimentale. Seule une réécriture de l'histoire du mouvement psychanalytique, initiée par Freud lui-même, pouvait masquer la fragilité, les accommodements et les inconséquences de la psychanalyse.

Comme l'écrivent Borch-jacobsen et Shamdasani, faisant écho à Alfred Hoche, le principal obstacle à l'hégémonie de la psychanalyse réside dans son historicisation, grâce à une histoire véritable et non révisée et expurgée par ses hagiographes. Ainsi, se comprennent les assauts violents et souvent insultants que doivent endurer les historiens critiques de la part des historiens-psychanalystes soucieux de préserver la légende freudienne (cf. par exemple, Elisabeth Roudinesco).

Sommaire

Mise en perspective

Les critiques de Freud et de la psychanalyse furent jusqu'à aujourd'hui extrêmement nombreuses et variées. Il est parfois difficile de distinguer les critiques qui portent sur Freud lui-même (sa personnalité, son manque de rigueur supposé) de celles qui portent sur la psychanalyse, discipline dont les bases théoriques ont considérablement évolué au cours du siècle amenant à des écoles, des théorisations, des pratiques, fort différentes les unes des autres aujourd'hui. Même si certaines critiques adaptées à la psychanalyse « des origines » ne sont plus de mise aujourd'hui, un noyau théorique pérenne centré autour de l'inconscient, de son déterminisme psychique, du refoulement et de la sexualité traverse les différents courants de la psychanalyse d'hier à aujourd'hui. Malgré ces thèmes communs, certains critiques considèrent qu'en dehors de la légende freudienne, la diversité des acceptions de ces concepts chez les psychanalystes proscrit toute unité doctrinale de la psychanalyse, autre que mythique et institutionnelle.

Un grand nombre de critiques apparaissent dirigées contre Freud car regardé par certains comme le fondateur indépassable. En France, la critique de Freud apparaît parfois comme une critique de Freud via Lacan qui a eu une énorme influence sur les milieux intellectuels et universitaires (cf. par exemple Mikkel Borch-Jacobsen lui-même proche des lacaniens durant son séjour à Paris[réf. nécessaire]).

Le débat sur la psychanalyse s'est radicalisé depuis les années 1980, à partir de la parution en 1984 du pamphlet de Jeffrey Masson, Le réel escamoté (The Assault on Truth). Selon cet auteur, Freud aurait minimisé voire négligé les abus dont auraient été victime certaines de ses patientes. La polémique s'est intensifiée pendant les dix années suivantes, si bien qu'on a parlé de Freud Wars. La polémique fut si intense que le Congrès américain décida en 1995 du report d'une exposition consacrée à Freud sous la pression de quelques historiens, idéologues et d'épistémologues [3]. Ce groupe hostile à la psychanalyse et à Freud et qui se désigne souvent sous le terme de Freud scholars comprend des chercheurs et des polémistes issus d'horizons différents et qui appliquent à la psychanalyse des critiques virulentes selon différents modes d'approche : historique, épistémologique et thérapeutique.

Ces Freud Wars ont, plus récemment encore, essaimé vers le monde francophone notamment avec la parution de deux ouvrages Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire de Jacques Bénesteau puis Livre noir de la psychanalyse, reprenant les critiques des Freud scholars et d'auteurs français et qui a suscité un vif débat.

Critiques de philosophes

La psychanalyse n'a pas toujours fait bon ménage avec la philosophie et ses différents et innombrables courants. Sans parler des critiques marxistes, existentialistes, etc., il n'est pas possible de les résumer toutes d'autant qu'elles varient selon leur auteur ou les courants en cause. À l'époque de Freud, Pierre Janet au carrefour de la philosophie et de la psychologie s'est montré réticent et même mordant. Karl Jaspers, tout en admirant les percées compréhensives de la recherche psychanalytique, en critiquait la confusion entre « psychologie explicative » et « psychologie causale ». Il estimait que la psychanalyse devenait un système totalisant qui négligeait les limites de ce qu'on peut comprendre de l'âme humaine. Ludwig Wittgenstein a lui aussi été un contradicteur farouche des œuvres psychanalytiques desquelles il ne retenait rien ou à peu près. La critique s'est également portée sur les prétentions scientifiques de la psychanalyse. Popper considérait la psychanalyse comme ascientifique car non falsifiable, Grünbaum comme pseudo-scientifique et donc pouvant en partie être testée scientifiquement, et Wittgenstein comme mythologique.

Critiques de la validité scientifique

La scientificité de la psychanalyse a été vivement contestée, en particulier, en raison:

  • de son absence de falsifiabilité (elle n'est pas « réfutable » [4] au sens où l'entendait Popper dans la Logique de la découverte scientifique (1934), en d'autres termes la psychanalyse est toujours vraie même quand des faits semblent la démentir grâce à l'usage de notions comme l'ambivalence, la résistance, la dénégation…) ;
  • de son absence d'ancrage empirique et clinique (nombre faible de cas, notions issues de l'auto-analyse de Freud lui-même comme le complexe d'Œdipe…) ;
  • de la quasi-absence de démonstration expérimentale et de la validation statistique des assertions et des conséquences de la théorie psychanalytique (Grünbaum) ;
  • de la validation a priori de la théorie par des cas cliniques ad hoc sans valeur démonstrative ou probatoire ;
  • de l'usage inapproprié de certaines conceptions structuralistes et mathématiques (topologie, théorie des nœuds) comme chez Lacan (Bricmont et Sokal) donnant une apparence spécieuse d'objectivité mais confinant au non-sens ;
  • du refus de prise en compte et de confrontation avec la psychologie scientifique et les neurosciences en général, qui contre-disent l'explication psychanalytique, par exemple, des formes graves de névrose (phobie, dépression) des psychoses et des rêves.

La psychanalyse est d’ailleurs une des disciplines que conteste la zététique [5], par, en grande partie, la critique épistémologique.

La réfutabilité

Article détaillé : Réfutabilité.

Avec Karl Popper, épistémologue, ces critiques estiment que la psychanalyse n'est pas une science issue d'une forme de recherche expérimentale. L'argumentation de Popper porte principalement sur le fait que, dans la cure analytique, toute dénégation peut être remise en question et être considérée comme une défense de la personne à l'égard d'une interprétation du psychanalyste. Prévenant par avances ses critiques, la psychanalyse serait donc irréfutable.

Or, Karl Popper a élevé la réfutabilité (en anglais, falsifiability) au rang de critère décisif de scientificité. Est scientifique une explication qui est réfutable et non l'inverse comme le préjuge une conception primitive de la science que partageait Freud. Au terme de son raisonnement, Popper écarte la psychanalyse des sciences au même titre que l'astrologie et avec quelques hésitations, le darwinisme, qu'il considère comme non-scientifique mais offrant tout de même un bon cadre explicatif post hoc[6] pour comprendre, par exemple, l'évolution de l'arbre de la connaissance : selon Popper, les théories scientifiques devraient assurer, comme les espèces animales, leur propre lutte pour la survie, en étant capables de résister à des tests toujours plus sévères. Mais bien que Popper déniait toute valeur scientifique à la psychanalyse, il lui reconnaissait une « grande part de vrai », et, comme la théorie de Darwin, un cadre explicatif post hoc capable de répondre à notre besoin instinctif de donner des raisons (et non des causes) à certains de nos comportements.

En effet, pour réfuter l'hypothèse centrale de la psychanalyse qui affirme que le refoulement des pulsions ou traumas dans l'inconscient est la cause de certains troubles ou certains actes non intentionnels, il faudrait pouvoir montrer que dans certains cas, l'arrivée à la conscience des souvenirs traumatiques incriminés (fin ou absence du refoulement) n'entraîne pas la disparition des troubles. Or, c'est impossible, puisqu'il est toujours possible d'affirmer que les troubles persistent à cause de résidus inconscients « non liquidés » qui sont par nature impossibles ou difficiles à atteindre[7].

Par conséquent, l'hypothèse d'un lien de causalité entre refoulement et névrose ne peut être réfutée. Sans cette hypothèse, il est parfaitement possible de rejeter l'hypothèse de l'existence d'un inconscient freudien (qui diffère de l'inconscient cognitif) qui reste, certes non réfutable, mais sans aucun fondement. En fait le raisonnement psychanalytique est plus ou moins circulaire, puisque pour montrer l'existence de l'inconscient, il faudrait pouvoir le connaître, et en faisant cela, il deviendrait conscient. Il est donc impossible d'observer l'inconscient et de démontrer son existence. Il ne s'agit que d'une hypothèse à laquelle on adhère par un acte de foi[8].

Dans Les Fondements de la psychanalyse, Adolf Grünbaum argumente sur le fait que Freud n'a jamais fourni la moindre preuve inductivement valide de ses théories. Toutefois, Grünbaum s'oppose avec vigueur contre la critique de Karl Popper selon laquelle la psychanalyse serait entièrement irréfutable, donc, de ce point de vue, non scientifique (Grünbaum précise qu'il serait possible de rendre certaines théories freudiennes réfutables par l'expérience moyennant des modifications)[9]. « (…), je soutiens que dans la mesure où le flou des conséquences et/ou l’indétermination déductive militent contre la falsifiabilité empirique de la théorie freudienne, ils sapent sa capacité explicative aussi bien que sa confirmabilité inductive »[10].

L'applicabilité du critère de démarcation

Article détaillé : Problème de la démarcation.

Des freudiens contestent la généralisation à toutes les sciences de « la logique de la découverte scientifique ». Pourtant, Popper défend qu’il ne peut y avoir qu’une seule et unique méthode scientifique, procédant à l’aide de tests intersubjectifs, reproductibles et indépendants, par « conjectures et réfutations ». En effet, il pense qu'il est démontrable, que toutes les théories scientifiques qui prétendent avoir une portée universelle, tout en ayant des pouvoirs descriptifs, explicatifs, et prédictifs sur des phénomènes, doivent aussi avoir la forme logique d’énoncés universels au sens strict. C’est-à-dire, comme l’explique Popper, d’énoncés logiquement invérifiables, mais également logiquement falsifiables (ou réfutables).

Popper a toujours précisé que son critère de démarcation était avant tout un critère logique de démarcation entre les énoncés scientifiques et les énoncés métaphysiques[11], et qu'il était toujours possible d'éviter une réfutation par le moyen d'hypothèses auxiliaires, ad hoc.

« (…) la falsifiabilité, au sens du critère de démarcation, ne signifie pas qu'une falsification puisse être obtenue en pratique ou que, si on l'obtient, elle soit à l'abri de toute contestation. La falsifiabilité, au sens du critère de démarcation, ne désigne rien de plus qu'une relation logique entre la théorie en question et la classe des énoncés de base, ou celle des événements décrits par ces énoncés : les falsificateurs potentiels. (…) J'ai toujours soutenu, et ce dès la première édition de Logik der Forschung (1934) (…) qu'il est absolument impossible de prouver de manière décisive qu'une théorie scientifique empirique est fausse. (…) il est toujours possible de trouver certains moyens d'échapper à la falsification, par exemple en introduisant une hypothèse auxiliaire ad hoc (…); on ne peut jamais réfuter une théorie de manière concluante. »

— Karl Popper, Le Réalisme et la science, éd Hermann, p. 3-4

Malgré toutes ces critiques, les avis demeurent toujours sujets à controverse sur le problème de la scientificité de la doctrine freudienne, et des psychanalystes comme Daniel Widlöcher (ancien président de l'IPA), pensent même que rien ne s'oppose à ce que la psychanalyse soit la science de la subjectivité opérant dans son laboratoire : l'analyse des associations libres des patients.

Controverse sur la scientificité de la psychanalyse

La question de la scientificité de la psychanalyse est probablement la plus importante de toutes concernant le statut de cette théorie. Elle engage son histoire depuis les origines, les projets de son père fondateur, ainsi que ceux de ses disciples. Même si beaucoup de psychanalystes paraissent avoir renoncé au statut de scientificité justifiant que la psychanalyse est avant tout une « pratique » (thérapeutique) « qui se vit » avec une autre personne, il fut toujours l'objet de très vives polémiques, lesquelles sont encore prégnantes aujourd'hui étant donnés l'importance des enjeux socio-culturels. Si dans d'autres domaines scientifiques bien établis, certaines controverses sont achevées, la question de la scientificité de la théorie freudienne est sujette à d'incessants rebondissements.

Souvent contestée depuis les débuts de sa création, la scientificité de la psychanalyse est aujourd'hui réaffirmée par certains de leurs représentants comme Daniel Widlöcher, Président de l'Association psychanalytique de France (APF), et ancien Président de l'Association internationale de psychanalyse (IPA). Selon lui, la psychanalyse s'inscrit dans un mouvement que l'on pourrait appeler une « psychologie scientifique de la subjectivité », et croit en la possibilité de fonder scientifiquement la psychanalyse, dont le champ d'investigation se situerait à un niveau intermédiaire « où l'on étudie des mécanismes de pensée complexes, qui sont liés au niveau intentionnel de la pensée et non au niveau syntagmatique ou au niveau causaliste minimal ». En conséquence, Daniel Widlöcher estime que la polémique entre sciences cognitives et psychanalyse où les premières contestent à la seconde sa validité n'a pas lieu d'être et est même « une absurdité ». Il affirme qu'avec la psychanalyse « on a là une science de la complexité de l'action humaine », dont la méthode est essentiellement fondée sur l'association libre[12].

Le psychanalyste Antoine Fratini, considère qu'« il apparaît aujourd’hui encore possible et même nécessaire d’attribuer à notre discipline un statut véritablement scientifique », ajoutant que « celle-ci a bel et bien un objet spécifique, l’inconscient, et est bien finalisée à la connaissance de cet objet », même si, précise Fratini, « la psychanalyse ne peut pas être définie comme une pratique proprement expérimentale, car ses résultats ne sont pas parfaitement reproductibles ». Fratini considère enfin que même si la psychanalyse n'est pas « vraie », il s'agit néanmoins « d’une science nouvelle ou d’un nouvel essai scientifique dans un domaine traditionnellement considéré comme étranger et impropre à la science ».[13]

Ce point de vue est également défendu par le psychanalyste Alfred Erbs, pour qui « la psychanalyse est une science au même titre que les autres. Ce n'est pas parce qu'elle est une science qui concerne l'intérieur de l'individu qu'elle n'est pas une science comme veulent le prétendre certains scientifiques qui ne croient qu'à la science objective. La subjectivité aussi a ses lois et on ne peut pas nier l'Inconscient ! »[14]. Contre l’avis de Erbs, l’épistémologie de Popper précise que les objets d’une recherche, quels qu’ils soient, ne peuvent être observés, décrits, ou prédits que sur la base de termes et d’énoncés universels a priori, dont ils dépendent pour formuler des hypothèses ; que ce sont toujours eux qu’il faut tester, et que logiquement, seuls les tests indépendants et dont la valeur intersubjective peut-être contrôlée par d’autres chercheurs peuvent acquérir une valeur scientifique. Il ne pourrait donc y avoir de « science du subjectif » sans devoir recourir à des méthodes « objectives » pour son « objectivation scientifique ». Les « lois » de la subjectivité dont parle Erbs, ne peuvent donc être que des lois générales, et pour Popper, il est possible d'examiner si oui ou non leur formulation les rend logiquement puis empiriquement testables. On peut opposer cette affirmation de Erbs à celle de Popper selon lequel : « Le concept d'unique s'oppose à celui de typique : le typique se laisse apercevoir dans l'homme individuel lorsqu'on le considère d'un point de vue général donné. C'est pourquoi tout changement de point de vue entraîne un changement dans l'aspect typique. Il semble dès lors impossible à une psychologie, à une sociologie, quelles qu'elles soient, ou à tout autre espèce de science, de venir à bout de l'individuel ; une science sans point de vue général est impossible »[15]. De plus, si comme l’affirme Erbs « on ne peut nier l’inconscient », c’est que, soit cette théorie est irréfutable, (donc « non poppérienne »), soit que les psychanalystes utilisent des stratagèmes ad hoc pour la sauver de tout risque de réfutation.

Jean Laplanche, philosophe et psychanalyste, pense que Freud était « poppérien avant la lettre » (sachant que les plus célèbres critiques épistémologiques sur la scientificité de la psychanalyse, proviennent du philosophe des sciences autrichien Karl Popper et de son adversaire en ce domaine, Ludwig Wittgenstein), considérant que Freud a écrit un article qui s'intitule « Une conception de la paranoïa contredisant la théorie psychanalytique de cette maladie ». (Il est à noter que le philosophe des sciences Adolf Grünbaum, lequel contestait justement à Popper le fait que la psychanalyse ne serait pas scientifique en raison de son irréfutabilité, mais qui invalidait sa scientificité pour des raisons qualifiées d'inductivistes, a choisi, lui aussi cet exemple, dans son livre « Les fondements de la psychanalyse », pour démontrer la réfutabilité de la psychanalyse). Laplanche juge que cet écrit freudien qui constitue une « description d’un cas négatif est typiquement poppérienne. Même si cette description d’un cas négatif aboutit au fait que ce cas n’est pas aussi négatif que cela, parce que Freud évidemment n’aimait pas beaucoup trouver des cas vraiment négatifs… »

Laplanche écrit ensuite que Freud ne réfutait pas les autres conceptions que la sienne, lui reprochant son manque de tolérance. Mais cette opinion démarque la démarche freudienne de toute ressemblance avec une démarche « poppérienne » dans la mesure où Popper exigeait que tout scientifique se doit de reprendre les travaux de ses prédécesseurs pour tenter d’y apporter des corroborations (ou des réfutations) en concertation avec eux. Il pense que « Freud était un scientiste relativement dur » (ce reproche de scientisme fut également formulé par Paul Ricoeur, théoricien de l'herméneutique)[16].

Le point de vue de Jean Laplanche est poussé plus loin encore par Christine le Boulengé, dans un article où elle affirme que Freud était même « plus poppérien encore que Popper »[17], et que Freud « n'a cessé de soumettre ses hypothèses à la réfutation ».

Cependant, de nombreux philosophes et scientifiques contestent toujours le caractère « poppérien » de la psychanalyse, la reconnaissant comme un modèle de pseudo-science, et Adolf Grünbaum pensait que s'agissant d'inférences inductives, Freud se livrait surtout à des affirmations péremptoires sans avoir jamais fournit la moindre preuve indépendante de ses théories[18]. Il en vient à écrire : « (…), je soutiens que dans la mesure où le flou des conséquences et/ou l’indétermination déductive militent contre la falsifiabilité empirique de la théorie freudienne, ils sapent sa capacité explicative aussi bien que sa confirmabilité inductive »[19]. Des scientifiques comme J. Allan Hobson, (professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School et directeur du Laboratoire de neurophysiologie au Massachusetts Health Center), auteur de nombreux travaux neuroscientifiques sur les mécanismes du rêve, travaux qui démontreraient l'effondrement de la théorie freudienne[20], précise que le problème de la méthode freudienne, c'est son caractère subjectif, opérant depuis les origines en dehors de tout contrôle indépendant, n'ayant jamais fournit aucune étude quantitative ni même aucun test qui puisse être reproductible de façon systématique[21]. Hobson précise en outre, qu'il est illusoire de vouloir comparer la psychanalyse à l'astronomie (puisque Freud voulait se comparer à Galilée et Copernic), même si leurs objets de recherche respectifs ont ceci de commun qu'il est très difficile de faire des expériences. Par contre, poursuit Hobson, ce qui différencie radicalement la psychanalyse de l'astronomie, c'est que la première n'est en position de ne faire ni mesure ni prévision, alors que la seconde se base sur l'une et l'autre pour tester ses hypothèses [22].

De son côté, Karl Popper insiste sur la nécessité, dans le processus de « la logique de la découverte scientifique », que les tests réalisés aient un caractère intersubjectif et reproductible de manière indépendante. Car sans ces deux conditions indispensables, estime Popper, un fait particulier qui comporte en lui-même la possibilité d'une réfutation peut très bien n'avoir qu'une valeur accidentelle ou subjective. De plus, Popper insiste pour que les faits contradictoires aient d'abord acquis auprès de la communauté scientifique, le statut d'« énoncés de base acceptés », avant d'être soumis à des tests. C'est-à-dire des faits dont les conséquences empiriques et logiques ainsi que leur caractère inédit soient unanimement reconnus, après discussion, par les scientifiques[23]. Selon Popper, les scientifiques doivent donc s'attacher à rechercher, de façon concertée et non isolée, les tests les plus sévères possibles, ce qui, selon Jean Laplanche ou J. Allan Hobson ne fut jamais le cas de Sigmund Freud.

A la lumière des diverses positions antagonistes exprimées, comme celles de Jean Laplanche ou de Karl Popper, il semble que ce qui ferait le plus défaut à la psychanalyse et à la démarche freudienne en particulier, pour accéder au statut de science, serait une certaine dimension sociale de la preuve. Karl Popper, avec son critère de réfutabilité des théories (à condition que les procédures de mise à l'épreuve des théories soient explicites, contrôlables de manière indépendante par les autres chercheurs, et non isolées donc subjectives), est l'un des philosophes des sciences à avoir le plus insisté sur cet aspect. Pour lui, aucune théorie ne peut être scientifique, si elle n'est pas réfutable de manière intersubjective et contrôlée, car chaque individu vivant sur Terre, fait sans arrêt, selon Popper, ses propres « conjectures et réfutations » isolées, dans le monde de ses propres pensées et projets subjectifs (que Popper nomme « le Monde 2 ») ou en relation avec son environnement constitué d'objets physiques, (« le Monde 1 »), ce qui est également le cas, selon Popper, de certains animaux. Les réfutations n'ont pas la moindre chance d'accéder au véritable statut « poppérien », si elles ne passent pas du « Monde 2 » au « Monde 3 », qui est celui de la connaissance objective, où les idées et les méthodes sont d'abord communiquées à d'autres, et encadrées au sein d'institutions qui organisent ce type d'échanges et de communications (laboratoires, articles, conférences, tests, etc.) pour éventuellement faire l'objet de tests scientifiques ou par exemple être identifiées comme métaphysiques voire reléguées au rang d'impostures intellectuelles.

Frank Cioffi, Professeur à l’Université de Princeton, s’oppose aux arguments conjugués de Karl Popper et d’Adolf Grünbaum. Selon lui, d’une part, l’histoire des sciences regorge d’exemples de scientifiques qui n’ont pas été découragés par d’apparentes infirmations de leurs théories (rejoignant ainsi le point de vue d’Imre Lakatos, selon lequel un programme de recherche scientifique se développerait toujours dans un « océan d’anomalies »[24]), et d’autre part, il évoque l’exemple de l’astrologie attirant toujours autant d’adeptes en dépit du fait qu’elle aurait été « mille fois réfutée »[25]. En conséquence, le seul critère de scientificité valide, selon Cioffi, serait « la mauvaise foi – le silence observé sur les réfutations, l’invocation de confirmations imaginaires, la manipulation des données, voire le mensonge pur et simple »[26]. Pour Cioffi, la psychanalyse est donc une pseudo-science, « parce que c’est une théorie de mauvaise foi » laquelle ferait des psychanalystes des « acrobates de la pensée ne tenant aucun compte des réfutations éclatantes qui leur sont opposées », cette mauvaise foi n’étant « le symptôme que d’un cynisme prêt à tout justifier pour préserver la cause »[27].

Dans son livre intitulé « L'imposture scientifique en dix leçons », le journaliste scientifique Michel de Pracontal qui s'appuie notamment sur le critère de Popper pour identifier les pseudo-sciences, [28] donne son point de vue sur la psychanalyse. Il pense que dans son cas, (contrairement à Popper), que « le modèle des sciences de la nature ne s'applique pas à toutes les formes de connaissances et de théories »[29]. Pour Pracontal, on peut soutenir que « la théorie psychanalytique est une théorie interprétative, qui permet de donner du sens à des comportements subjectifs », et que « l'expérience montre que trouver un sens aux événements de sa vie peut aider à se sentir mieux, ou moins mal ». Ceci suffirait à valider, « d'une certaine manière, les théories de Freud »[30]. Mais, selon Pracontal, ce que dit la psychanalyse ne pourrait être du même ordre que ce que nous apprend la physique, la chimie ou la biologie, et ce, contrairement à ce qu'avait toujours affirmé Freud.

Ethnographie, sciences sociales

Jean-Pierre Vernant a dénoncé l'anachronisme et les contre-sens de la lecture psychanalytique du mythe d'Œdipe, tel qu'il est d'ailleurs retravaillé dans la Tragédie grecque, cette fiction exploratoire qui sonde les fondements sociaux, religieux et politiques de la société grecque au moment de sa démocratisation à partir du 6e siècle av JC. Ce mythe ne constitue en aucun cas une illustration d'un drame psychologique individuel et familial.

L'universalité du concept de complexe d’Œdipe semble invalidée par des recherches (notamment ethnographiques)

  1. on ne retrouve pas partout l'interdit de l'inceste (les pharaons d'Égypte le pratiquaient, le mythe du frère-époux y était très présent, et Cléopâtre elle-même était fille d'un frère et d'une sœur.
  2. certaines sociétés n'ont pas de familles structurées autour du père.

Ces points interrogent la validité universelle de ce concept psychanalytique ; cela étant, l'immense majorité des groupes humains pratiquent bien une forme d'exogamie, comme le montrera Lévi-Strauss, en s'appuyant sur des interdits souvent puissants. Ainsi le complexe d'Œdipe est à comprendre comme un concept social plus que biologique (« N'épouse pas ta sœur » signifiant alors « Donne ta sœur à une autre famille pour faire alliance avec elle »), ce que parfois Freud laisse penser (cf. Moïse et le monothéisme) ;

Les réflexions sur la civilisation de Freud sont établies en confondant celle-ci avec la culture. Dans ses ouvrages Malaise dans la civilisation, L'Avenir d'une illusion et Moïse et le monothéisme, le psychanalyste s'intéresse à la sociologie et à l'anthropologie. Il considère d'ailleurs la sociologie comme une psychologie appliquée.

Freud estime que la civilisation est menacée de dislocation sous l'effet de deux forces antagonistes :

  • les contraintes qu'elle exerce sur l'individu, et qui font entrave à ses désirs immédiats, d'où frustration cumulative au fil du temps
  • la culture qu'elle crée et qui allège certes une grande partie de ces tensions, mais amène en revanche à s'interroger sur l'utilité de cette civilisation elle-même

Il s'étonne et s'inquiète que la civilisation elle-même puisse être rejetée. Ce rejet se traduirait pour lui par un souhait inconscient de destruction de ce qui forme son humanité, la civilisation. La pulsion de mort, Thanatos serait à terme aussi forte que la pulsion de vie, Éros. Le concept de pulsion est influencé par celui de volonté chez Schopenhauer. Cela est à rapprocher du « Nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles » de Paul Valéry contemplant le naufrage définitif qu'avait risqué l'Europe durant la Grande Guerre

Controverses sur les « piliers » de la psychanalyse

Le problème du déterminisme psychique absolu et aprioriste

Article détaillé : Déterminisme.

Pour de nombreux intervenants dans la critique externe de la psychanalyse, les positions de Freud sur le déterminisme demeurent cruciales, tout comme elles le sont pour tout autre projet de « faire science ». On peut citer Frank Sulloway, Jacques Van Rillaer, Jacques Bouveresse, Ludwig Wittgenstein, Karl Popper.

Pour la majorité de ces intellectuels, il est indiscutable que Freud a tenté de s'inscrire dans la mode déterministe de son époque mais en choisissant une version du déterminisme qui outrepasse les réelles possibilités de tout projet scientifique.

L'erreur fondamentale de Freud serait d'avoir fondé un apriorisme absolu en excluant le hasard et le non-sens au niveau du déterminisme psychique inconscient. Comme l'écrivent Bouveresse et Sulloway, seule une telle version du déterminisme pouvait permettre à Freud de prétendre investiguer des associations libres et de n'entrevoir que des causes exclusivement psychiques des névroses ou des psychoses.

Ces auteurs, comme de nombreux autres, démontrent ainsi qu'il devient impossible de détacher les conceptions déterministes de Freud de ce qui fonde sa pratique thérapeutique. Le psychanalyste Pierre-Henri Castel semble plus sévère encore sur ce problème, en argumentant que le déterminisme psychique tel que Freud l'envisage, se répercute directement sur l'efficacité thérapeutique. Castel écrit : « (…)Il est difficile, ainsi, de concilier l'ambition déterministe, donc la réalité de lois causales contraignantes dans la vie psychique (y compris dans ses manifestations ordinairement considérées comme contingentes), et l'idée d'une guérison de la névrose qui remettrait entre les mains du malade quelque chose, un mécanisme sur lequel il pourrait agir, en opérant les choix (moraux ou esthétiques) dont Freud parlait la veille. » Castel reproche de manière explicite au déterminisme freudien d'être beaucoup trop large en faisant en sorte que rien n'échappe aux lois de l'inconscient. Pour Castel, le déterminisme tel que l'a envisagé Freud n'a ainsi plus aucune valeur explicative dans le réel, puisque, selon ses termes il se métamorphoserait en principe métaphysique (Castel).

Les engagements ontologiques déterministes de Freud constituent donc le fil directeur de toute la doctrine. Il introduit le chapitre 12 de « Psychopathologie de la vie quotidienne » par les propos suivants :

« La conclusion générale qui se dégage des considérations particulières développées dans les chapitres précédents peut être formulée ainsi : certaines insuffisances de notre fonctionnement psychique […] et certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, lorsqu'on les livre à l'examen psychanalytique, comme parfaitement déterminés par des raisons qui échappent à la conscience.» [31]

De plus, bien que Freud parle de « certaines » insuffisances et actes, donc, a priori, d'un déterminisme psychique absolu qui ne s'appliquerait que dans certains cas concernant la causalité psychique et non dans tous les cas. Autrement dit que l'individu n'est pas, selon Freud entièrement soumis au principe du déterminisme qu'il propose. Mais après la lecture globale de l'œuvre de Freud, il semble qu'il s'y inscrive bien, c'est en tout cas l'avis des épistémologues critiques de la psychanalyse tel que Karl Popper.

Frank Sulloway souligne encore : « Dans le travail scientifique auquel il consacra toute sa vie, Freud se caractérise par une foi inébranlable dans l'idée que tous les phénomènes de la vie, y compris ceux de la vie psychique, sont déterminés selon des règles inéluctables par le principe de la cause et de l'effet. (…) Qui plus est, que les réponses du patient fussent vérité ou fantasme, elles étaient toujours déterminées psychiquement, comme Freud l'expliquait devant la Société de psychanalyse de Vienne en 1910. » (In : « Freud biologiste de l'esprit ». Édition Fayard, page 87).

La thèse de Popper

Article détaillé : Karl Popper.

D'après Popper[32], toute science, vise à la corroboration de lois universelles dont le but est de permettre la prédiction, l'explication, ou la description des phénomènes, autrement dit, toute science, selon Popper a pour but de montrer, comment ses objets d'études sont « déterminés ». Cependant la position de Popper est nuancée dans la mesure où il rejette tout déterminisme aprioriste et absolu, tout en considérant que la science ne peut se passer de la recherche de lois causales précises, donc déterministes, mais qui ne peuvent jamais atteindre un déterminisme absolu.

En conséquence, la science vise donc à l'édification de lois précises, ou causales (donc déterministes) ou de lois fréquentistes (Popper explique que ces deux types de recherche ne sont nullement incompatibles)[33].

Karl Popper[34], fait la démonstration de l'impossibilité de toute forme de déterminisme absolu et aprioriste (prima faciae), qu'il nomme « déterminisme scientifique », d'avoir une quelconque valeur explicative, descriptive, et prédictive. Pour Popper, cette forme de déterminisme prima faciae et absolue, n'est absolument d'aucune utilité pour la science car elle ne peut avoir strictement aucune valeur explicative.

« Déterminisme psychique absolu »

Sur le déterminisme psychique absolu, Freud écrit : « On sait que beaucoup de personnes invoquent à l'encontre d'un déterminisme psychique absolu, leurs convictions intimes de l'existence d'un libre arbitre. Cette conviction refuse de s'incliner devant la croyance au déterminisme. » (Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p. 273); excluant tout hasard et « valable sans exception », mais aussi, aprioriste, ce qui est le trait distinctif crucial du déterminisme psychanalytique. (Cf. Timpanaro, cité par Jacques Bouveresse).

Il souligne encore que : « Nous ne serons pas étonnés de constater que l'examen analytique révèle comme étant parfaitement déterminés, non seulement les nombres, mais n'importe quel mot énoncé dans les mêmes conditions. »[35]

Ainsi, selon cette conception du déterminisme (qui ne laisse apriori aucune part au hasard), Freud devrait pouvoir, non seulement interpréter (comme il le fait dans « Psychopathologie de la vie quotidienne »), mais aussi expliquer causalement, ainsi que prédire[36] tous les nombres et tous les mots, si c'est bien une science de l'inconscient qu'il prétendait fonder. Le déterminisme psychique absolu implique donc la possibilité d'expliquer et prédire n'importe quel nombre ou mot composé d'autant de membres que l'on voudra, et ce, en excluant toute erreur aussi minime soit-elle.

Pierre-Henri Castel, a également remarqué les problèmes liés aux conceptions de Freud sur le déterminisme. Castel souligne, par exemple : « (…) La position de Freud, pour être conséquente, doit donc interpréter tous les phénomènes considérés en général comme fortuits, comme des produits du déterminisme psychique. Il n'est plus ici question du rêve ou du mot d'esprit, mais de la liste par définition indéfiniment ouverte des ratages qui attestent l'action d'un refoulement. »[37].

Déterminisme « a priori »

Ce déterminisme psychique absolu est a priori [38].

Cet apriorisme, (qui constitue le caractère crucial du déterminisme tel que Freud le concevait), relevé, notamment, par Timpanaro, est en effet nécessaire pour pouvoir permettre une technique thérapeutique fondée sur l'interprétation des associations dites libres [39], puisque pendant l'analyse, selon Freud, le patient doit dire tout ce qui lui passe par la tête (en effet, Freud écrit dans Cinq leçons sur la psychanalyse : « (…) il faut (…) qu'il dise tout ce qui lui vient à l'esprit, même s'il pense que c'est inexact, hors de la question, stupide même, et surtout s'il lui est désagréable que sa pensée s'arrête à une telle idée. S'il se soumet à ces règles, il nous procurera les associations libres qui nous mettront sur les traces du complexe refoulé » [40]).

Si c'est donc bien l'ensemble des associations verbales, [ou non verbales comme par exemple des dessins ou des œuvres d'art] que la psychanalyse se propose d'expliquer à l'aide de ses lois causales strictes, en tant que ces associations seraient appréhendées comme libres, alors il est nécessaire pour la psychanalyse de disposer d'une théorie fondée sur un tel déterminisme permettant d'appréhender, a priori et sans aucun risque d'erreur puisqu'elle exclut le hasard, le libre jeu apparemment indéterminé et libre de toutes les associations verbales ou non verbales que peut faire le genre humain. D'après Karl Popper, et aussi Jacques Bouveresse (ibid, page 116), aucun déterminisme de ce type, ne peut en réalité, permettre à la psychanalyse ou même à tout autre doctrine de réaliser les objectifs qu'elle se donne que ce soit sur le plan théorique, ou thérapeutique.

On remarque que Freud exclut de la « vie psychique », toute possibilité d'arbitraire (c'est-à-dire, pour lui, de quelque chose de soumis au contrôle du libre-arbitre, donc de la conscience), et de fortuit, (c'est-à-dire, le hasard)[41]. Mais en excluant de façon aussi explicite le hasard au niveau d'une causalité inconsciente, Freud exclut aussi, logiquement, toute erreur de calcul que puisse faire l'inconscient, perspective invalidée par Karl Popper.

Toute tentative thérapeutique est un projet de prédiction, puisque l'on prédit que par l'application de certaines techniques thérapeutiques soutenues par la corroboration de certaines théories universelles, le patient guérira de ses névroses, ou alors trouvera un nouveau sens positif à sa vie. Ainsi, et en se basant sur le déterminisme psychique absolu (et aprioriste), la psychanalyse devrait pouvoir réaliser, d'après Popper, des prédictions thérapeutiques, ou tout autre type de prédictions se rapportant au comportement et au psychisme humain, avec n'importe quel degré de précision stipulé à l'avance.

Mais Jacques Bouveresse[42] avance que, en s’appuyant (notamment) sur la critique du « déterminisme scientifique » élaborée par Karl Popper, les théories freudiennes supposées détenir une valeur explicative, ne pourraient en réalité fournir les causes aussi strictes impliquées par l’affirmation d’un déterminisme psychique absolu et aprioriste (prima faciae), et, encore moins, donner lieu à de quelconques prédictions sur le psychisme humain, puisque la capacité revendiquée par Freud de fournir les causes d'un phénomène implique logiquement celle de pouvoir les prédire.

En somme, et en reprenant les analyses de Lévi-Strauss et du marxiste Timpanaro, Jacques Bouveresse fait remarquer que la psychanalyse se rapprocherait beaucoup plus de la « magie concrète » que de la science, en raison, précisément, de ses positions favorables à un déterminisme strict excluant le hasard.[43] Cette critique, selon laquelle la psychanalyse ne serait qu'une « pensée magique » établie dans la « mentalité primitive », et qui procèderait par « développements scolastiques », à cause de son déterminisme strict négligeant les « secondes causes », se retrouve aussi chez Pierre Debray-Ritzen. [44]

La théorie des rêves

Historique

C'est au cours son auto-analyse, et par l'analyse de ses propres rêves que Freud va inventer la psychanalyse et découvrir « la voie royale vers l'inconscient ».

D'un point de vue de l'histoire du Freudisme, c'est le célèbre rêve de Freud de l'injection faite à Irma, dans la nuit du mardi 23 au mercredi 24 juillet 1895, qui constituerait le point de départ de toute l'invention de la psychanalyse. En réalité, et selon des historiens critiques de Freud, comme Robert Wilcocks, l'analyse de la correspondance entre Freud et son ami Fliess, à cette époque, démontrerait de façon claire, « que ce célèbre « rêve de l'injection faite à Irma » n'a jamais pu se dérouler comme Freud le laissait entendre dans Die Traumdeutung. Ce « rêve » n'est qu'une invention rhétorique (géniale) de Freud pour « persuader » son public viennois de la validité de ses curieuses méthodes nouvelles »[45].

Selon ces historiens, toute l'invention de la psychanalyse débute donc par un mensonge. Ce mensonge serait ce « rêve princeps » de Sigmund Freud.

Critiques philosophiques, épistémologiques

Dans son livre « La psychanalyse à l'épreuve », le Professeur Adolf Grünbaum étudie l'efficacité revendiquée par Freud de sa méthode d'interprétation des rêves, à partir des associations libres des patients, pour valider ses théories sur le refoulement inconscient[46]. Grünbaum propose que Freud échafauderait des inférences fallacieuses, lesquelles ne lui permettraient pas de mettre en évidence le refoulé dans le rêve de manière satisfaisante. Le principal reproche fait à Freud par Grünbaum, est de n'avoir jamais donné de confirmation clinique indépendante pour ses thèses sur le refoulement dans le rêve, confirmations qui ne soient contaminées par les attentes théoriques de Freud.[47]. Grünbaum en conclut à l'effondrement total de l'étiologie psychanalytique, lequel ruinerait radicalement la pertinence de la méthode d'investigation de l'association libre dans la conduite de l'enquête étiologique. Car Freud, explique Grünbaum, « avait énoncé cette règle fondamentale de l'association libre comme une maxime de recherche clinique, parce qu'il pensait que les associations régies par elle permettaient d'identifier de manière fiable les agents pathogènes inconscients de la névrose ».[48]

René Pommier, qui reçut en 1979 Le Prix de la Critique de l'Académie française pour « Assez décodé ! », puis le Prix Alfred Verdaguer pour l'ensemble de son œuvre sur proposition de l'Académie française, publie une critique de la méthode d'interprétation des rêves. L'essentiel de ses reproches recouvre l'usage du symbolisme pratiqué par Sigmund Freud, pour ne retrouver dans les faits cliniques étudiés que les idées préconçues qu'il y a mises ou les fruits de son imagination. Il accuse Freud d'établir avec les éléments du rêve qu'il observe, des liaisons qui paraissent d'autant plus « étonnantes » au père de la psychanalyse qu'elles seraient en réalité « arbitraires et saugrenues ».[49]

Critiques scientifiques

J. Allan Hobson, professeur de psychiatrie à la Harvard Medical School, et directeur de neurophysiologie au Massachusetts Mental Health Center, avance un modèle neurobiologique du rêve, le modèle dit d'activation-synthèse, qui démontrerait l'effondrement total de toutes les théories freudiennes sur le rêve, qu'elles soient d'ordre physiologique ou psychique. L'hypothèse d'activation-synthèse propose un « mécanisme cérébral nécessaire et suffisant pour qu'il y ait rêve ». « Rêver est considéré, dans cette hypothèse, comme un processus endogène avec une dynamique propre, génétiquement déterminée. Il ne saurait y avoir de sens informatif caché dans ce processus ». Néanmoins, cette hypothèse serait moins déterministe que les théories antérieures, car elle suppose un système de traitement de l'information ouvert, capable de créer des informations nouvelles[50]. Le processus d'activation-synthèse, s'oppose radicalement à la théorie freudienne, en faisant passer la signification du rêve « de l'opacité à la transparence, et en considérant que le processus onirique est plus progressif que récessif, (…) plus créatif que destructif. En un mot, comme un processus plutôt sain que névrotique »[51].

Hobson accuse Freud d'avoir non seulement fait table rase des travaux des chercheurs de sa génération, mais aussi de les avoir systématiquement discrédités pour mieux imposer son point de vue comme étant le seul valide[52]. Il lui reproche aussi de n'avoir jamais fourni la moindre étude comparative quantitative sur ses hypothèses, utilisant les cas contradictoires possibles comme des exceptions qui confirmaient toujours sa théorie[53]. Il s'oppose aussi à la théorie de Freud selon laquelle « rien de ce que nous avons possédé mentalement ne peut être totalement perdu » (Freud, 1900), et argumente sur le fait que l'on possède aujourd'hui des preuves expérimentales montrant clairement que les souvenirs de la prime enfance (que les psychanalystes ont estimé être la source des conflits ultérieurs) sont en fait irrémédiablement perdus[54]. Hobson en vient à écrire qu'« une fois démolis ces deux postulats jumeaux : l'information ne peut être construite ; l'information ne peut être perdue, beaucoup d'arguments freudiens s'effondrent de manière catastrophique »[55].

En conclusion, Hobson pense que la psychanalyse n’est qu’une pseudo-science se basant sur des élaborations « obscurantistes » et qui ne possède « aucune base empirique » solide. Freud a basé son postulat de la censure sur des patients dont la répression des désirs sexuels lui a paru pathologique, mais sa théorie de la répression repose, selon Hobson, sur une image erronée du système nerveux qu’avait conçue Freud. Pour Hobson, la théorie de Freud sur le rêve n’est donc que « spéculative et a priori », ne reposant sur « aucune preuve expérimentale » fondée sur des tests, d’autant que la théorie freudienne, ajoute Hobson, « n’est pas construite selon une logique qui la rende susceptible de vérification expérimentale », précisant « que les psychanalystes n’ont jamais défini quelle sorte de preuve pourrait infirmer leur théorie », ce qui serait le cas, pour la théorie des rêves, depuis presque quatre-vingt-dix ans[56].

Critiques relatives à la légitimité du psychanalyste

La pratique de la psychanalyse n'implique pas la détention d'un diplôme universitaire particulier. Pour être affilié à une association de psychanalystes, il est impératif, que le praticien ait été lui-même analysé par l'analyse didactique, pendant de nombreuses années ce qui tout à fait cohérent avec les écrits de Freud. L'accès aux métiers en rapport avec les soins médicaux, psychiatriques ou non, sont strictement encadrés dans la plupart des pays occidentaux. En France la psychanalyse n'est pas encore parvenue à se doter d'une réglementation de la psychothérapie, celle-ci d'ailleurs, encore récente. Il en va de même pour les thérapies béhavioristes, dernières nées. C'est une des critiques qui lui sont le plus souvent faites.

Lacan lui-même, a qualifié d'escroquerie la pratique :

« Notre pratique est une escroquerie. Bluffer, faire ciller les gens, les éblouir avec des mots qui sont du chiqué, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué... Du point de vue éthique, c'est intenable, notre profession... Il s'agit de savoir si oui ou non Freud est un évènement historique. [...] Je crois qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse.[57] »

— Jacques Lacan, 26 janvier 1977

On peut noter que cette déclaration a été mise par certains sur le compte de son âge (76 ans), sinon de son éventuelle « sénilité », et de son goût habituel de la provocation. Pour d’autres, « le célèbre psychanalyste, arrivé au terme de l’existence, a voulu simplement jeter le masque »[58].

L'impact scientifique de la psychanalyse

Selon un rapport de l'IPA (International Psychoanalytical Association)[59], la psychanalyse pourrait avoir moins d'impact scientifique qu'auparavant. En effet, cette analyse concernant la fréquence de moyen de citation de l’« International Journal of Psychoanalysis » et le Journal de l’Association Psychanalytique Américaine dans le « Social Science Citation Index » montre un déclin des citations par d'autres journaux. Ce qui signifierait que la psychanalyse se développerait en « ignorant les contributions contemporaines » (Op. cit.).

Critiques historiques et politiques

Enseignement de Charcot à la Salpêtrière : le professeur montrant à ses élèves sa plus fidèle patiente, « Blanche » (Marie) Wittman, en crise d'hystérie.

Le psychiatre Henri F. Ellenberger a développé les critiques sur ce qu'il appelle les « légendes » de l'histoire freudienne (Histoire de la découverte de l'inconscient, 1970). Par ailleurs souvent reconnu par les défenseurs de la psychanalyse comme un critique impartial et érudit de son histoire, lui reconnaissant certaines qualités, il écrit qu’il est très difficile de juger en toute objectivité l’influence de Freud tant son histoire trop récente serait déformée par les légendes, et qu’il « serait d'un intérêt inestimable de découvrir le point de départ de la légende freudienne et d'analyser les facteurs qui ont permis son développement.»[60]

Frank J. Sulloway, dans Freud biologiste de l'esprit, ainsi que Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, dans Le dossier Freud, enquête sur l'histoire de la psychanalyse, développent à la suite d'Ellenberger (et en reprenant parfois ses thèses) des arguments concernant ce qu'ils appellent le mythe du héros, des légendes, des produits de l'imagination de Freud, etc. Les arguments, parfois sévères ou polémiques, de ces historiens ont été repris à leur suite par d'autres intellectuels ayant entrepris des recherches et publié des travaux critiques de nature historique sur Freud et la psychanalyse.

Sigmund Freud s'est présenté comme le Galilée de la psychologie de son temps, le découvreur de l'inconscient et de la psychanalyse qui serait devenue sa « science privée » (Mikkel Borch-Jacobsen et Shamdasani)[61]. Or, Auguste Forel (défenseur de l'eugénisme), contesta à Freud la découverte de la méthode psychanalytique en ces termes :

« Le découvreur de la méthode psychanalytique, tant du point de vue de sa signification psychologique que de sa signification thérapeutique, est le Dr Joseph Breuer de Vienne.»[62]
Henri F. Ellenberger relativise l'originalité de la découverte freudienne :
« La légende freudienne passe à peu près complètement sous silence le milieu scientifique et culturel dans lequel s’est développée la psychanalyse, d’où le thème de l’originalité absolue de tout ce qu’elle a apporté : on attribue ainsi au héros le mérite des contributions de ses prédécesseurs, de ses associés, de ses disciples, de ses rivaux et de ses contemporains en général.»[63]

Pour la psychiatrie organiciste, la psychanalyse aurait été, comme c'est devenu à nouveau le cas aujourd'hui, un produit de l'imagination de Freud et de ses successeurs. En effet, selon les travaux des « Freud scholars » (les historiens de Freud, parfois qualifiés de révisionnistes), ce dernier, depuis les débuts jusqu'à la fin de sa vie, n'aurait jamais admis de témoin indépendant dans son cabinet (au contraire de certains de ses plus éminents premiers modèles tels Charcot) ni de contrôle extra-clinique et reproductible de ses théories, en rejetant de manière explicite, dans une réponse restée célèbre à Rosenzweig, la méthode expérimentale[64].

Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, soutiennent également que :

« L'ignorance systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédience psychanalytique.»[65].

La théorie de l'inconscient et le complexe d'Œdipe seraient entièrement le fruit de l'échec reconnu par Freud lui-même de sa propre auto-analyse par introspection (procédé déjà reconnu comme obsolète en son temps, et déjà longtemps avant, par Emmanuel Kant in Anthropologie. Divers fragments relatifs aux rapports du physique et du moral et au commerce des esprits d'un monde à l'autre).

« C'est une chose digne de réflexion, une chose utile et nécessaire pour la logique et la métaphysique, d'observer en soi les différents actes de la faculté représentative, lorsqu'on les provoque. Mais vouloir s'épiloguer, prétendre connaître la manière dont ces actes surgissent d'eux-mêmes dans l'âme sans être suscités (…), c'est un renversement de l'ordre naturel dans la faculté de connaître (…) c'est déjà ou une maladie de l'esprit (…), ou un acheminement à la folie.»[66]

Selon les plus récents travaux des « Freud scholars » (Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani), Freud n'aurait, en travaillant reclus dans son cabinet et en excommuniant systématiquement les critiques, bâti que « sa science privée », ainsi que des légendes autour de son personnage et de sa doctrine afin de mieux imposer l'objectivité de ses études et de ses résultats d'une part, et de rigueur et d'honnêteté de ses méthodes d'autre part. Freud aurait dissimulé ses inspirations de biologiste (jugées obsolètes, par Ernst Kris, l’un de ses plus ardents défenseurs), dans la conception de ses théories, afin de mieux donner l’impression d’une rupture scientifique radicale avec la psychologie de son temps, pour s’affirmer, en « pur psychologue » comme le nouveau « Galilée » de la psychologie. C'est donc ce travail de dissimulation de ses inspirations biologistes obsolètes qu'aurait opéré Freud, qui justifie le qualificatif de « cryptobiologiste de l'esprit », utilisé par Frank Sulloway dans son étude. Toutefois, ce point de vue est critiqué, par Borch-Jacobsen et Shamdasani.

Les « Freud scholars » semblent unanimes sur le fait que Freud fut le seul témoin privilégié de la création de ses théories et de leur confirmation, et du traitement des grands cas censés être représentatifs de l'efficacité de sa méthode thérapeutique ainsi que de la validité des théories qui les sous tendent.

Les travaux des Freud scholars sont parfois qualifiés « d’insultants » ou « d'infamants », par des défenseurs de la psychanalyse. L'argument du complot, et de la « conspiration », revient aussi de façon récurrente dans les discours et les écrits des défenseurs de la psychanalyse, qui voient dans les critiques une « haine » contre Freud et la psychanalyse, donc de l'irrationnel qui ne peut être traité sur le front du discours rationnel et critique mais sur celui du symptôme (Cf. par exemple le livre d'Elisabeth Roudinesco Pourquoi tant de haine ? - anatomie du livre noir de la psychanalyse).

Le régime nazi contre la psychanalyse

Au cours de son histoire, la psychanalyse eut à affronter les tentatives d'éradication par le régime nazi. L'action du nazisme contre la psychanalyse n'a jamais été considérée au niveau d'une critique rationnelle, encore moins scientifique, ou même moralement respectable. En fait, jamais les adversaires de Freud ne reconnurent dans le nazisme une possible source d'informations utiles à leurs recherches et à leurs critiques basées sur l'histoire, l'épistémologie ou la thérapeutique, et la confrontation pacifique des idées. Les nazis considéraient la psychanalyse comme une « science juive ».

A partir de 1933, les ouvrages de Freud ont été brûlés en place publique en Allemagne, les instituts de psychanalyse fermés, et de nombreux lieux de soins saccagés [67]. Le nazisme a notamment causé la fuite des premiers psychanalystes allemands, autrichiens et hongrois vers Londres, New-York et l'Amérique latine. La pratique de la psychanalyse n'à toutefois pas complètement disparu sous le régime nazi. Certains psychanalystes non juifs ont continué à œuvrer au sein de l'Institut Göring[68] dirigé par le psychiatre Matthias Göring, au prix d'une rupture avec les associations psychanalytiques internationales (API).

Critiques marxistes

Les marxistes, à part quelques exceptions notables comme Trotsky [69], considéraient la psychanalyse comme une science bourgeoise, ils en ont interdits la pratique en URSS. Toutefois, il y eut un courant intellectuel désigné sous le nom de freudo-marxisme dont les principaux représentants ont été les psychanalystes de la gauche freudienne : d'Otto Fenichel à Wilhelm Reich, ainsi que Erich Fromm et Herbert Marcuse. Mais c'est en France, que s'effectua avec le plus de richesse la jonction entre l'idéal communiste et l'idée d'une subversion freudienne, avec le mouvement surréaliste et le double projet de révolution du langage et de la réalité. Freud manifesta toujours une hostilité, sinon au marxisme, du moins au communisme et surtout aux freudo-marxistes et aux surréalistes. Louis Althusser, en 1964, inaugura une refonte du marxisme, à partir d'une lecture largement inspirée des thèses freudiennes.

Critiques éthiques et religieuses

Article détaillé : Évaluation des psychothérapies.

De plus en plus d'analyses et de recherches publiées à orientations historiques et épistémologiques (et aussi thérapeutiques comme celle du psychanalyste canadien Patrick Mahony dans son livre « Dora s'en va. Violence dans la psychanalyse »), remettent en question les résultats et la validité des méthodes employées par Freud, ses effets thérapeutiques, mais aussi, la probité scientifique et morale de celui-ci. Selon Mahony, « Dora », aurait été traumatisée deux fois : par son agresseur, puis par son thérapeute (Freud).

« Sans exagération aucune, le cas, sa publication et l'accueil qu'il a reçu par la suite peuvent être qualifiés d'exemple de perpétuation de sévices sexuels. Dora avait été traumatisée, et Freud l'a traumatisée une nouvelle fois. Et pendant à peu près un demi-siècle, la communauté psychanalytique a, soit gardé un silence complice sur ces brutalités, soit ignoré celle-ci par adoration aveugle.» [70]

Judd Marmor constate : « Selon le point de vue de l'analyste, les malades de chaque école semblent fournir les données phénoménologiques qui confirment précisément les théories et les interprétations de leur analyste ! Ainsi chaque théorie semble s'auto-valider.» [71]

Selon le Prix Nobel de médecine Eric Kandel, il y aurait des preuves irréfutables de l'efficacité des thérapies non psychodynamiques, alors que, selon lui : « il n'y pas de preuve irréfutable, à part des impressions subjectives, que la psychanalyse est meilleure que la thérapie non analytique ou le placebo ».

En France, le rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale sur l'évaluation des psychothérapies, demandé par les fédérations des usagers, suscita de très vives réactions d'indignation de la part des milieux favorables à la psychanalyse. En effet, ce rapport fait état d'une supériorité des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), dans la majorité des troubles mentaux, par rapport aux thérapies d'inspiration psychodynamique. Ce rapport dont la publication était précipitée fut retiré du site du Ministère de la Santé Publique. Il reste accessible sur le site de l'INSERM.

L'accusation de subjectivisme, et de mensonges

L'accusation de subjectivisme semble bien étayée par les propres propos de Freud. Il écrit, dans Introduction à la psychanalyse, première partie, les actes manqués (Édition Petite bibliothèque Payot, page 8) : « la conversation qui constitue le traitement analytique ne supporte pas d'auditeurs ; elle ne se prête pas à la démonstration (…) Vous ne pourrez donc pas assister en auditeurs à un traitement psychanalytique. Vous pouvez seulement en entendre parler et, au sens le plus rigoureux du mot, vous ne pourrez connaître la psychanalyse que par ouï-dire. (…)Tout dépend, en grande partie, du degré de confiance que vous inspire celui qui vous renseigne. »

Les propres affirmations du Freud, paraissent s'accorder avec les critiques de Borch-Jacobsen et Shamdasani dans « Le dossier Freud enquête sur l'histoire de la psychanalyse », page 334 - 335, où, après avoir décrit les « mensonges », les « assertions trompeuses », les « équivoques stylistiques » et les « silences intéressés », les auteurs soutiennent que : « (…) Freud n'est plus un témoin fiable. Ou plutôt, il n'est qu'un témoin parmi d'autres, particulièrement douteux et partial étant donné les multiples bénéfices théoriques, pratiques, économiques et institutionnels qu'il retire de ses témoignages », et surtout qu'il n'aurait bâti qu'une « science privée » et « légendaire », en dehors de tout contrôle indépendant, donc selon une démarche diamétralement opposée à la vraie science.

Depuis quelques années, surtout depuis l'exposition Freud aux USA, on assiste à une montée de critiques à caractère moral basées sur la personne de Freud (il aurait été un « menteur », un « charlatan », un cocaïnomane) et sur ce que cela implique en termes de validité scientifique.

Des historiens comme Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani dans « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse », démontrent donc que toute la psychanalyse n'est que la « science privée » de Freud, et qu'elle ne peut, de ce fait, être considérée comme une science. À la suite de ce constat, les historiens démontrent qu'en détruisant, par l'analyse historique, les légendes protectrices et mensongères qui seraient destinées à protéger Freud et la psychanalyse de la prise de conscience de leur histoire réelle entièrement dépendante des mensonges freudiens, on porterait un coup fatal à la crédibilité de l'un et de l'autre. Ni Freud, ni « sa » psychanalyse ne résisterait à « la police du passé » (Borch-Jacobsen).

Le livre « Le Livre noir de la psychanalyse » montre grâce aux travaux d'historiens qui ont pu retrouver des patients que Freud avait décrit dans ces livres en retrouvant leur vrai nom, que la plupart de ceux ci n'était pas du tout guéris comme le prétendait Freud, mais que Freud utilisait ses publications pour promouvoir la psychanalyse et non comme un compte rendu scientifique de ces « cures » psychanalytiques prétendument réussies.

Un mouvement parfois qualifié de « sectaire »

Même au sein des psychanalystes des voix s'élèvent sur le danger du sectarisme de la psychanalyse, lié au fait que, en France, les différentes écoles sont organisées en associations loi 1901 ce qui permet d'empêcher les voix divergentes d’une doctrine de s’exprimer. En plus le coût de la formation étant élevé et l’enseignement limité à quelques grandes villes, l’accès à la formation est difficile. “Le mode d’organisation est à mi-chemin entre celui des sectes, des églises et corporations, ce qui engendre un coût psychologique écrasant : conformisme, croyance et discours clos.”[72]

Depuis le début des voix se sont élevées qui rapprochaient la psychanalyse d'une secte. C'était le cas d'Alfred Hoche, psychiatre allemand, ardent défenseur de l'eugénisme, l'un des tous premiers critiques de la psychanalyse, qui écrivit en 1910 : « De façon étonnante, un grand nombre de disciples, en partie carrément fanatiques, se sont ralliés à présent à Freud et le suivent où qu'il les mène. Parler à ce propos d'une école freudienne serait en réalité complètement déplacé, dans la mesure où il n'est pas question de faits scientifiquement probables ou démontrables, mais d'articles de foi ; en vérité, si j'en excepte quelques têtes plus pondérées, il s'agit d'une communauté de croyants, d'une sorte de secte (eine Art von Sekte) avec toutes les caractéristiques qui s'y rapportent. […] Le mouvement freudien est en fait le retour, sous une forme moderne, d'une Medicina magica, une sorte d'enseignement secret (Geheimlehre) qui ne peut être pratiqué que par des devins qualifiés.» [73]

D'autres critiques célèbres de la psychanalyse, tel Henri Ellenberger, portent le même jugement sur la psychanalyse (Voir par exemple, l'organisation d'un « Comité secret » par Freud, et la distribution d'un anneau aux fidèles, membres de ce Comité). Henri Ellenberger écrit :

« La psychanalyse est-elle une science ? Elle ne répond pas aux critères (science unifiée, domaine et méthodologie définie). Elle répond aux traits d'une secte philosophique (organisation fermée, initiation hautement personnelle, doctrine changeante mais définie par son adoption officielle, culte et légende du fondateur.» « Et encore ceci : Ce que Freud a introduit : […] retour au système « secte » antique : […] initiation de caractère plus qu'intime, sacrifices d'argent considérable[s], doctrine commune, culte du Fondateur ». (In : « Les incertitudes de la psychanalyse », notes dactylographiées, Centre Henri Ellenberger, hôpital Saint-Anne, Paris).

Cependant, ce serait présenter faussement Henri Ellenberger en oubliant qu'il avait aussi un point de vue où il reconnaissait la valeur pratique de certains concepts issus de la psychanalyse, puisqu'il était psychanalyste.

Lettre d'Eugen Bleuler à Sigmund Freud, 1° janvier 1912 (In : Mikkel Borch-Jacbosen et Sonu Shamdasani, ibid, page 125) :

« S'il ne s'agissait que d'une association au même sens que d'autres, personne n'aurait pu trouver à y redire et elle aurait simplement été utile. Mais c'est le type d'association qui est néfaste. Plutôt que de s'efforcer d'avoir beaucoup de points de contact avec le reste de la science et d'autres scientifiques, l'Association s'est isolée du monde extérieur avec des barbelés, ce qui blesse tant les amis que les ennemis. […] Les psychanalystes eux-mêmes ont justifié les méchantes remarques de Hoche sur le sectarisme, qui à l'époque étaient injustifiées.»

Le problème des rapports à l'argent

La nécessité de payer les séances en liquide est considérée par certaines critiques de la psychanalyse comme un indice de la vénalité des psychanalystes. Précisons cependant que cette règle ne s'applique qu'à la cure psychanalytique type, et qu'elle ne concerne pas les psychothérapies psychanalytiques bien plus fréquemment pratiquées.

Pour les psychanalystes, cette règle obéit à une théorisation précise : l'aspect concret de l'argent liquide lui permet d'être intimement relié à de nombreux motifs inconscients que la cure vise à rendre conscients afin qu'ils puissent y être élaborés. La séance étant payée, sur le champ, l'analysant est libre de venir ou de ne pas revenir à la séance suivante. Selon la Société psychanalytique de Paris :

« Le paiement direct de l'analysant à l'analyste, sans tiers interposé, constitue la situation optimale pour la dynamique du processus. […] Le paiement en espèces appartient à la tradition analytique, et vise à rendre plus concrète et présente cette dimension de l'échange. L'évolution générale des modes de paiement (chèques, carte de crédit), qui peut d'autant plus justifier cette clause, a tendance par ailleurs, et de manière parfois encombrante, à la lier à l'idée de fraude fiscale»[74].

Critiques de nature religieuse

Henri Baruk remarquait que « toute la psychologie moderne n'est qu'une négation, implicite ou explicite, de la conscience morale. » C'est ainsi que les critiques religieuses reposent soit sur des raisons morales, soit sur une vision idéale de l'humain qui ne peut intégrer la vision dualiste de Freud.

L'explication par le bas étant incompatible avec l'explication par le haut, l'Église catholique accuse la psychanalyse de justifier la fornication et de prétendre que tous les problèmes psychologiques auraient leur source dans une sexualité refoulée.

Le prêtre franciscain Agostino Gemelli écrit dans Psicoanalisi e Cattolicismo (1950) que les théories de Freud sont inacceptables pour l'église catholique. Pie XII a explicitement condamné la technique psychanalytique dans son discours aux médecins neurologues du 13 septembre 1952 :

« Pour se délivrer de refoulements, d'inhibitions, de complexes, psychiques, l'homme n'est pas libre de réveiller en lui, à des fins thérapeutiques tous et chacun de ces appétits de la sphère sexuelle, qui s'agitent ou se sont agités en son être et roulent leurs flots impurs dans son inconscient ou son subconscient. Il ne peut en faire l'objet de ses représentations et de ses désirs pleinement conscients avec tous les ébranlements et répercussions qu'un tel procédé entraine. Pour l'homme et le chrétien, il existe une loi d'intégrité et de pureté personnelle. L'estime personnelle de soi interdit de se plonger aussi totalement dans le monde des représentations et des tendances sexuelles. »
« Il n'est pas prouvé, il est même inexact que la méthode pansexuelle d'une certaine école de psychanalyse soit une partie intégrante indispensable de toute psychotérapie sérieuse et digne de ce nom. »

Critiques psychologiques

Dans les années 1920, une critique plus scientifique - voire scientiste[75] - a émergé, en particulier chez Lev Vygotski (1896-1934). Ses critiques, qui ne remettent pas en cause l'existence de l'inconscient, ni la sexualité infantile, portent sur trois points principaux :

  1. la psychanalyse donne une place trop exclusive à l'inconscient : ne pas prendre en compte les éléments conscients dans l'expérience vécue entraîne à négliger l'activité sociale ;
  2. la psychanalyse donne trop d'importance explicative à la structure des conflits de l'enfance : ne pas prendre en compte les événements ultérieurs dans la biographie de la personne empêche de comprendre l'articulation, éventuelle, des conflits actuels et de leurs sources avec les conflits qui se sont déroulés dans l'enfance ;
  3. la psychanalyse réduit trop toutes les manifestations psychiques à la sexualité.

Vygotski conclut sa critique par :

« Ainsi la méthode psychanalytique attend encore sa véritable application pratique, et l'on peut seulement dire que cette application doit concrétiser dans la réalité et dans la pratique les immenses apports théoriques de valeur que renferme cette théorie. » (op. c. p.123)

Critiques de la métapsychologie

D'autres critiques, comme celles de Ian Hacking, portent sur « la fragilité du concept de mémoire », fruit d'une longue construction historique, et donc par extension, du concept d'inconscient. Ces critiques montrent d'ailleurs à quel point, les travaux de Freud, contrairement à une idée reçue, s'inscrivait dans la pensée de son époque, très attentive aux problèmes de mémoire et de sexualité.

Critiques de l'école française de psychologie clinique

Pierre Janet en conflit de priorité avec Freud, représentant de cette école, est l'un des premiers français à critiquer la psychanalyse, en tant qu'elle n'apporterait aucun vrai concept nouveau, et sa seule nouveauté serait le trop fort poids qu'elle donne à la sexualité (voir plus haut le jugement que portait Jung sur l'attitude de Freud concernant le rôle de la sexualité).

Janet serait précurseur à Freud sur nombres d'idées sur l'hystérie ou les traitements psychologiques. Il reprochait notamment à Freud son utilisation du symbolisme :

« Ce qui caractérise cette méthode [psychanalytique], c'est le symbolisme, un événement mental peut toujours, quand cela est utile à la théorie, être considéré comme le symbole d'un autre. La transformation des faits, grâce à toutes les méthodes de condensation, de déplacement, d'élaboration secondaire, de dramatisation peut être énorme, et il en résulte qu'un fait quelconque peut signifier tout ce que l'on voudra. […] C'est […] une conséquence de la confiance des auteurs dans un principe général posé au début comme indiscutable, qu'il ne s'agit pas de démontrer par les faits mais d'appliquer aux faits.» [76]

Michel Cariou, auteur contemporain de cette école, spécialiste d'Henri Wallon, relève le paradoxe de la psychanalyse. Pour lui, la psychanalyse apporte sa nouveauté en partant de la constatation que la sexualité humaine est passé d'un seul but de reproduction à celui de jouissance, et ainsi est sous-tendue par le concept de pulsion plutôt que par celui d'instinct. C'est de ce point de vue que la psychanalyse est pour lui étonnante. En effet, « c'est probablement le paradoxe de la psychanalyse que d'avoir accordé tant de place à ce vécu conscient », sachant que « nous savons bien que la conscience n'a pas pour fonction de nous informer des processus par lesquels s'organise notre fonctionnement »[77]. Ce même auteur dénonce également « l'anthropomorphisme » de nombre de théorie en psychologie, qui, chez Freud, a pris la forme d'une théorisation basé sur des concepts tels que la jouissance et la sexualité, qui sont en fait des « évidences d'adultes » répercutées sur l'enfant (Ibid. p. 111).

Critiques cognitiviste, des neurosciences, etc.

  • Le behaviourisme, concept d'origine américaine, né de John Broadus Watson, s'est toujours opposé farouchement à la psychanalyse et il a maintenant retrouvé de la force avec l'appoint du cognitivisme. Les neurosciences progressent actuellement grâce aux nouveaux moyens dont les chercheurs disposent sur le plan technique : imagerie cérébrale fonctionnelle: IRMf, TEP-scan, électroencéphalographie, magnétoencéphalographie, stimulation trans-crânienne, etc. Cette mouvance soit conteste globalement la psychanalyse soit tente d'en démontrer les fondements en visualisant des activités cérébrales qui ressembleraient à ce que Freud a décrit. Ce courant, comme la psychiatrie, a trouvé préférable, au début des années 1980, de se référer pour le diagnostic à des classifications descriptives unificatrices, pouvant également servir de base à des travaux scientifiques qu'ils qualifient de qualité. C'est ainsi que le concept de névrose a été remplacé par d'autres catégories diagnostiques, comme celles des troubles anxieux et des troubles de l'adaptation dans les dernières classifications internationales (CIM-10 et DSM-IV).
Eric Kandel, Prix Nobel de médecine.

Le Prix Nobel de médecine, Eric Kandel, qui reçut initialement une formation de psychiatrie pour en venir aux neurosciences considère que « Si elle veut fournir une contribution importante à notre future compréhension de l’esprit humain, la psychanalyse doit réexaminer et restructurer le contexte intellectuel dans lequel ses travaux sont menés, et développer une approche plus critique dans la formation des psychanalystes de demain. » [78] ; « Ainsi, à l'inverse de formes variées de thérapies cognitives et d'autres psychothérapies, pour lesquelles des preuves objectives et irréfutables existent maintenant – à la fois en tant que thérapies isolées ou en tant qu'additions au traitement pharmacologique – il n'y pas de preuve irréfutable, à part des impressions subjectives, que la psychanalyse est meilleure que la thérapie non analytique ou le placebo » [78]

Dans Le Livre noir de la psychanalyse, Joëlle Proust, directrice de recherche au CNRS, écrit : « En résumé, la théorie énergétique de la psychanalyse est difficilement compatible avec la conception contemporaine de la dynamique neuronale. Le concept de refoulement n’a pas à être invoqué pour expliquer l’existence de représentations inconscientes ; (…) le destin des pulsions libidinales ne joue pas le rôle que lui prêtait Freud dans l’apparition de troubles psychiatriques. Ce qui est causalement pertinent dans leur apparition n’est pas le sens « latent » du symptôme, mais la manière dont le cerveau traite l’information perceptive, émotionnelle ou mémorielle et contrôle l’exécution des actions.[79] »

Le modèle freudien des rêves n'est plus accepté par les différents courants scientifiques depuis 1916 quand Carl Gustav Jung publiait ses recherches sur les rêves.[80] Freud accordait pourtant une importance tout à fait centrale au rêve et à son interprétation, tant pour la justification de la théorie du refoulement inconscient (la « clé de voûte » de la psychanalyse, selon Freud), et de la psychanalyse dans son ensemble, que pour la formation des analystes, comme il le précise dans « Cinq leçons sur la psychanalyse »[81]

A l’heure actuelle, des spécialistes des critiques neuroscientifiques de la psychanalyse tels Joëlle Proust, affirment que la critique neurobiologique du modèle freudien du rêve n’occuperait plus désormais qu’une place marginale et qu’elle n’aurait plus qu’un intérêt historique. Toujours selon Joëlle Proust, « les neurosciences ne reprennent aucun des concepts de la psychanalyse dans leur analyse de l'anatomie et de la physiologie du cerveau, pas plus que la psychologie expérimentale ou la psychologie de l'enfant, pas plus non plus que la neuropsychologie cognitive. »

Pour les détails sur les différentes positions concernant le rêve et son interprétation voir

Articles détaillés : rêve et interprétation des rêves.

Concernant la théorie du refoulement freudien, autre pierre de touche de tout l'édifice, et considérée par Freud, comme la « clé de voute » de toute la psychanalyse. Les souvenirs enfouis dans notre mémoire ne sont pas des souvenirs figés, chose absolument nécessaire au fondement de la théorie du refoulement freudien et à son inconscient : « Le cerveau n'est pas un organe passif qui ne fait qu'enregistrer des stimuli et les comparer avec l'information déjà emmagasinée. L'esprit est la conséquence des interactions dynamiques entre le cerveau, le corps et l'environnement. (…) Le cerveau ne prend pas de photographies. Au contraire, il les fabrique. Le cerveau, (…) participe activement à la fabrication des images visuelles, selon ses propres règles et ses propres programmes. (…) Le dogme selon lequel le cerveau ne peut pas produire de nouveaux neurones à l'âge adulte risque d'être fortement remis en question par une récente découverte : de nouveaux neurones naissent apparemment dans des aires cruciales pour l'apprentissage et la mémoire. La théorie des souvenirs figés était basée sur le dogme biologique selon lequel aucun nouveau neurone n'est produit après la naissance.» [82].

Autres critiques

Le texte de Freud Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci[83], quoique toujours sérieusement étudié en esthétique, en histoire de l'art et en arts plastiques, se fonde sur une erreur de traduction, comme l'a démontré un historien de l'art[84] dès 1923. Léonard de Vinci parle du fait qu'un milan (l'oiseau) s'était posé sur son berceau, Freud, qui ne disposait que d'une traduction allemande erronée d'un roman russe évoquant les mots de Léonard, fait un long développement sur la figure maternelle et le vautour (en russe, le mot korshun décrit indifféremment un vautour ou un milan) et y trouve l'explication de l'homosexualité de Vinci. Pour certains, cet exemple démontre le peu de cas que Freud faisait des faits. Pour les défenseurs de ce texte, l'erreur ne remet pas en cause l'interprétation, car comme disent les italiens, se non è vero, è ben' trovato (si ce n'est pas vrai, c'est bien vu).

La misogynie de Freud est souvent critiquée en tant que fondement même de ses théories : « Freud concevait la femme comme une triste copie de l’homme, inexorablement obnubilée par le complexe de castration » Haro sur Freud et ses émules, Le Nouvel Observateur, 01/09/2005). Cette thèse est entre autres aussi contestée par la psychanalyste Monique Schneider dans ses écrits, entre autres « Le paradigme féminin », Flammarion, 2006, ISBN 2080801570

Alice Miller est une critique relativement connue de la psychanalyse, elle a même quitté sa fonction de psychanalyste. Alice Miller reproche à la psychanalyse et surtout à Freud son fondateur d'avoir nié la réalité des abus sur les enfants que lui racontaient ses patientes, on sait que la psychanalyse considère souvent les abus (notamment sexuels) sur les enfants comme des fantasmes de ceux ci : c'est la théorie d'Œdipe ou l'enfant désire sexuellement son parent de sexe opposé, voir « L'enfant sous terreur », Alice Miller, Aubier, 1986 [85].

La psychanalyse a par ailleurs véhiculé une image dépréciative de l'homosexualité quand certains de ses représentants n'ont pas tenu, comme Lacan, des propos ouvertement homophobes, en charriant une vision hétérosexiste et patriarcale de la sexualité (Didier Eribon).

Les humoristes ont souvent été a même de résumer d'un trait les critiques à l'encontre de la psychanalyse. Le viennois Karl Kraus dans une formule lapidaire, et que vient confirmer la critique scientifique, nous donne la meilleure des critiques de Freud selon le biographe Emil Ludwig « Qu'est-ce que la psychanalyse ? Une maladie qui a la prétention de guérir les hommes. »[86]

Contextes et enjeux des critiques

Les discussions à propos de la psychanalyse (théorique et pratique) reposent sur la possibilité, reconnue ou non, de pouvoir établir une science du singulier : Aristote l'avait exclu, tout en se demandant à quelles conditions elle serait possible, mais la psychanalyse et la psychologie de la personnalité appellent nécessairement une science du singulier. Le débat est donc encore ouvert.

Voir aussi

Le Livre noir de la psychanalyse

Bibliographie

  • Henri Baruk : « Mémoires d'un neuropsychiatre », Ed.: Tequi; 2e éd. rev. et augm, 2000, ISBN 2852449803
  • Jacques Bénesteau, Mensonges freudiens : Histoire d'une désinformation séculaire, Sprimont, Pierre Mardaga, coll. Psychologie et sciences humaines, 2002, ISBN 2870098146.
  • Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, Le dossier Freud : Enquête sur l'histoire de la psychanalyse, Empêcheurs de Penser en Rond, 2006, ISBN 2846711321.
  • Mikkel Borch-Jacobsen, Le Sujet Freudien, Aubier Flammarion, Paris, 1982.
  • Mikkel Borch-Jacobsen, Souvenirs, d'Anna O. Une mystification centenaire, Aubier, 1995.
  • Mikkel Borch-Jacobsen, Folies à plusieurs. De l'hystérie à la dépression, Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2002.
  • Mikkel Borch-Jacobsen et Georges Fischman, Constructivisme et psychanalyse, débat animé par Bernard Granger, Le Cavalier Bleu, Paris, 2005.
  • Jacques Bouveresse, Philosophie, mythologie et pseudo-science. Wittgenstein lecteur de Freud, L'Eclat, Paris, 1991.
  • Renée Bouveresse, Les critiques de la psychanalyse, Que sais-je no 2620, Presses Universitaires de France, Paris, 1991.
  • Robert Castel, Le psychanalysme, François Maspero, 1973
  • Michel Cariou, Personnalité et vieillissement: introduction à la psycho-gérontologie. Paris: Delachaux et Niestlé, 1995.
  • Frank Cioffi, Freud and the question of pseudo-science, Open Court.
  • Pierre Debray-Ritzen, La Scolastique freudienne, Fayard, Paris, 1972.
  • Pierre Debray-Ritzen, La psychanalyse, cette imposture, Albin Michel, 1991, ISBN 2-226-05236-4.
  • Gilles Deleuze et Félix Guattari, L'anti-Œdipe, Minuit, 1972.
  • Henri F. Ellenberger, The Discovery ot the Unconscious : The History and Evolution of Dynamic Psychiatry, New York, Basic Books, (Histoire de la découverte de l'inconscient, Paris, Fayard, 1994).
  • Didier Eribon, Échapper à la psychanalyse, Léo Scheer, 2005, ISBN 2915280932.
  • Allen Esterson, Seductive Mirage : An Exploration of the Work of Sigmund Freud, Chicago et La Salle, III, Open Court, 1993.
  • Hans Jürgen Eysenck, Déclin et chute de l'Empire Freudien, De Guibert, Paris, 1985.
  • Dominique Frischer, Les analysés parlent.
  • Marcel Gauchet: L'inconscient cérébral, Ed.: Seuil, 1999, Coll.: Librairie du XXIe siècle, ISBN 2020135485
  • Gilles-Gaston Granger, Pour la connaissance philosophique, Ed. O.Jacob, 2005, (ISBN 2738100236)
  • Gilles-Gaston Granger, L'Irrationnel, Ed. O.Jacob, 1998, (ISBN 2738105017)
  • Adolf Grünbaum, La psychanalyse à l'épreuve, L'Eclat, Paris, 1993.
  • Adolf Grünbaum, Les fondements de la psychanalyse, Presses Universitaires de France, Paris, 1984.
  • André Haynal et Paul Roazen, Dans les secrets de la psychanalyse et de son histoire, PUF, 2005, (ISBN 2130553001).
  • Rauda Jamis, Ce qui me gêne avec les psys, Paris, Lattès, 2003.
  • Pierre Janet, La psychanalyse de Freud, L'Harmattan, 2004, (ISBN 2747575322).
  • Sibylle Lacan, Un père, puzzle, Paris, Gallimard, 1994.
  • Sylvie Lanzenberg, J'accuse la dérive de la psychanalyse, Éditions du Cygne, Paris, 2005.
  • Malcom Macmillan, Freud evaluated - the completed ARC.
  • Patrick Mahony, Freud l'écrivain, Belle Lettres, 1982, (ISBN 2251334467).
  • Patrick Mahony, Dora s'en va, violence dans la psychanalyse, Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2001.
  • Catherine Meyer (dir.), Le Livre noir de la psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud, collectif, les Arènes, coll. Documents, 2005, (ISBN 2912485886).
  • Tobie Nathan (dir.), La guerre des psys, Empêcheurs de penser en rond.
  • Maria Pierrakos, La tapeuse de Lacan. Souvenirs d'une sténotypiste fâchée. Réflexions d'une psychanalyste navrée, L'Harmattan, Paris, 2003.
  • Richard Pollak, Bruno Bettelheim ou la fabrication d'un mythe, Empêcheurs de Penser en Rond, Paris, 2003.
  • Karl Popper, Le réalisme et la science, Hermann, Paris, 1990.
  • Karl Popper, L'univers irrésolu. Plaidoyer pour l'indéterminisme, Hermann, Paris, 1984.
  • Karl Popper, La logique de la découverte scientifique, Payot, Paris, 1979.
  • Karl Popper, Conjectures et réfutations, Paris, Payot, 1985.
  • Paul Ricoeur, De l'interprétation, Seuil poche, 1995, (ISBN 2020236796).
  • Paul Roazen, Mes rencontres avec la famille de Freud, Seuil, 1998, (ISBN 2020183978).
  • Paul Roazen, La Saga freudienne, Paris, Presses Universitaires de France, 1986.
  • (en) Paul Roazen, Freud and his followers, New York, Da Capo Press, 2° ed., 1990.
  • François Roustang, Un destin si funeste, Éditions de Minuit, 1977, (ISBN 2707301426).
  • Frank J. Sulloway, Freud biologiste de l'esprit, Fayard, 1979.
  • Sherry Turkle, La France freudienne, Fayard, 1981.
  • Jacques Van Rillaer, Les illusions de la psychanalyse, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1980, (ISBN 2870091281)

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Par exemple Charcot critique vertement la thèse freudienne qui explique toute névrose par l'hypertrophie du sexe. Or que reste-t-il de Freud et de sa renommé si l'on rejette cette hypertrophie ? (E. Ludvig).
  2. Frank Sulloway, Freud, biologiste de l’esprit, Fayard, 1998. Résumé de ce livre
  3. Castel P.H. La psychanalyse depuis les années 80 : crises, dévoiements et replis
  4. Roger Perron : Une psychanalyse est-elle réfutable ? in Revue française de psychanalyse, 2008/4 vol 72, p. 1009-111
  5. [lire en ligne]
  6. La formule latine « Post hoc ergo propter hoc » signale l'erreur habituelle qui consiste à prendre pour conséquence ce qui n'est qu'une succession accidentelle dans le temps (voir paralogisme).
  7. Karl Popper, Conjectures et réfutations et Le Réalisme et la science
  8. Voyez par exemple Jacques Van Rillaer dans un article pour Le Nouvel Observateur de septembre 2005 : « Bref, on croit en Freud comme on croit dans les Evangiles. ». Mais Jung lui-même rappelait l'aspect toujours « théorique » de l'inconscient, dont il donne la définition lui-même : « Centre obscur auquel le terme d'inconscient a seulement la prétention de faire allusion. En lui-même, cet inconscient n'existe point, il n'est qu'une possibilité. » cité par Gaston Bardet dans Freud et les Yogas, éd. de la Maisnie, Paris 1991, p. 115.
  9. Adolf Grünbaum, Les Fondements de la psychanalyse, Puf, 1984 chapitre 1 « la théorie freudienne est-elle empiriquement testable ? »
  10. ibid, page 172
  11. Voir La Logique de la découverte scientifique et Le Réalisme et la science où Popper déplore, les mécompréhensions sur les aspects logiques de la falsifiabilité et les contresens typiques qui furent effectués à partir de ses thèses
  12. Daniel Widlöcher. La psychanalyse. Points de vue pluriels. Coordonné par Magali Molinié. Editions Sciences humaines, 2007, p.179 - 182
  13. Antoine Fratini. « La psychanalyse est-elle une science ? » Site internet : http://www.psychanalyse-paris.com/881-La-psychanalyse-est-elle-une.html
  14. Alfred Erbs. « La psychanalyse ». Site internet : http://mapage.noos.fr/erbs/page1.html
  15. Karl Popper, « Colloque de Cerisy. Karl Popper et al science d'aujourd'hui », « Popper et la psychologie : les problèmes et la résolution des problèmes », Aubier, 1989, pages 377-379
  16. Jean Laplanche. « La scientificité de la psychanalyse - Entretien avec Jean Laplanche ». Site internet : http://squiggle.be/rencontre-avec-un-psychanalyste/la-scientificite-de-la-psychanalyse-entretien-avec-jean-lapl.html
  17. Christine le Boulengé. « Freud plus poppérien que Popper ». Site internet : http://www.causefreudienne.net/publications/la-cause-freudienne/n-67/freud-plus-popeprien-que-popper/
  18. Adolf Grünbaum. « Les fondements de la psychanalyse ». Puf, 1996 ; « La psychanalyse à l'épreuve », L'Eclat, 1993
  19. Adolf Grünbaum. « Les fondements de la psychanalyse », Puf, 1984 chapitre 1 « la théorie freudienne est-elle empiriquement testable ? », page 172
  20. J. Allan Hobson. « Le cerveau rêvant », Gallimard, 1988.
  21. J. Allan Hobson. Ibdi, p. 78
  22. J. Allan Hobson, ibid, p. 80
  23. Karl Popper. « La logique de la découverte scientifique », Payot, 1979
  24. Imre Lakatos. « Histoire et méthodologie des sciences », PUF, 1994.
  25. Frank Cioffi. « Le livre noir de la psychanalyse », Les Arènes, 2005, page 304.
  26. Frank Cioffi, ibid, page 304.
  27. Frank Cioffi, ibid, page 305
  28. Michel de Pracontal. « L'imposture scientifique en dix leçons », Seuil, 2005, pages 354-378.
  29. Michel de Pracontal. Ibid, p. 373.
  30. Michel de Pracontal, Ibid, p. 373
  31. Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12: « Déterminisme, croyance au hasard et superstition », p.257
  32. « La logique de la découverte scientifique »
  33. Popper, in « La logique de la découverte scientifique », chapitre 9, section 78, « métaphysique indéterministe »
  34. Karl Popper, « L'univers irrésolu, plaidoyer pour l'indéterminisme », p. 25 et 27
  35. Freud, dans « Psychopathologie de la vie quotidienne », Paris, P.U.F., 1980, Chapitre 12, p.269
  36. Souligné par Jacques Bouveresse
  37. Castel PH Le determinisme psychique
  38. Voir Timpanaro, cité par Jacques Bouveresse, in : « Philosophie, mythologie et pseudo-science ». Wittgenstein lecteur de Freud. Edition l'Eclat, Paris, 1991, page 116.
  39. Voir Jacques Bouveresse, in : « Philosophie, mythologie et pseudo-science ». Wittgenstein lecteur de Freud. Edition l'Eclat, Paris, 1991, page 107.
  40. Voir Sigmund Freud. In : « Cinq leçons sur la psychanalyse ». Edition Petite bibliothèque Payot. Paris, 2001, page 44
  41. « Vous remarquerez déjà que le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n'a, à ses yeux, rien d'arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où, d'habitude, on n'a pas l'idée d'en supposer. Bien plus : il fait appel à plusieurs causes, à une multiple motivation, pour rendre compte d'un phénomène psychique, alors que d'habitude on se déclare satisfait avec une seule cause pour chaque phénomène psychologique. ». Freud, dans « Cinq leçons sur la psychanalyse », Paris, petite bibliothèque Payot, 2001, Troisième leçon, page 53
  42. Jacques Bouveresse, « Mythologie, philosophie et pseudoscience, Wittgenstein lecteur de Freud », ed. l'Eclat
  43. Voir Jacques Bouveresse, in : « Philosophie, mythologie et pseudo-science ». Wittgenstein lecteur de Freud. Edition l'Eclat, Paris, 1991, page 121.
  44. Voir Pierre Debray-Ritzen, in : « La psychanalyse cette imposture ». Edition Albin Michel, 1991, page 27.
  45. Robert Wilcocks. « MENSONGE D'UNE NUIT D'ÉTÉ : la fabrication du rêve d'Irma ». Site internet : http://www.psychiatrie-und-ethik.de/infc/1_gesamt_fr.html
  46. Adolf Grünbaum. « La psychanalyse à l'épreuve ». Edition l'Eclat.1993, page 74.
  47. Adolf Grünbaum. « La psychanalyse à l'épreuve ». Edition l'Eclat. 1993. page 73
  48. Adolf Grünbaum. « La psychanalyse à l'épreuve ». Edition l'Eclat. 1993. pages 71 ; 72.
  49. René Pommier. « Sigmund est fou et Freud a tout faux ». Edition Le Fallois, 2008, pages 78 - 79.
  50. J. Allan Hobson. « Le cerveau rêvant ». Gallimard, 1988, p. 30
  51. J. Allan Hobson. Ibid, p. 33
  52. J. Allan Hobson. Ibid, p. 62
  53. J. Allan Hobson. Ibid, p. 63
  54. J. Allan Hobson. Ibid, p. 64
  55. J. Allan Hobson, p. 65
  56. J. Allan Hobson, Ibid, p. 78 – 79
  57. Intervention de Jacques Lacan à Bruxelles, Quarto (Supplément belge à La lettre mensuelle de l’École de la cause freudienne), 1981, n° 2, ou Le Nouvel Observateur, La leçon de Lacan; Extraits d”une conférence prononcée à Bruxelles le 26 février 1977, n° 880, sept. 1981, p. 88. Le 15 mars 1977, Lacan adoucissait quelque peu ses propos.
  58. Jacques van Rillaer « La gestion de soi » Editions Mardaga, 1992, ISBN 287009731X, 9782870097311, p. 38.
  59. P. Fonagy, rapport de l'IPA, traduction Jean-Michel Thurin et Michael Villamaux [lire en ligne]
  60. Voir Henri Ellenberger. In « Histoire de la découverte de l'inconscient ». pages 586 et 587.
  61. Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani. In : « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse ». Edition les Empêcheurs de penser en rond. Page 51 et suivantes.[1]
  62. In : Borch-Jacobsen et Shamdasani, ibid, page 126
  63. Henri F. Ellenberger : Histoire de la découverte de l'inconscient, p. 464
  64. Mikkel Borch-Jacbosen & Sonu Shamdasani. In « Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse. »
  65. Borch-Jacobsen & Shamdasani, ibid, page 173
  66. Cité par Borch-Jacobsen & Shamdasani, ibid, page 64
  67. Article scientifique de Frosh Frosh, S. (2003) Psychoanalysis, Nazism and « Jewish science ». International Journal of Psychoanalysis, 84 (5). pp. 1315-1332. ISSN 0020-7578
  68. Cox G. Psychotherapy in the Third Reich—The Göring Institute. New York: Oxford University Press, 1985
  69. Culture et Socialisme, 3 février 1926. « La tentative de déclarer la psychanalyse "incompatible" avec le marxisme et de tourner le dos sans cérémonie au freudisme est trop simpliste, ou plutôt trop "simplette" ». Lettre à E. Bauer, 10 octobre 1931. « Vous avez tout à fait raison de supposer que j'ai un peu mélangé l'école de base de la psychanalyse avec une branche divergente. Quant à l'élève ingrat, Alfred Adler, je le connais depuis des années, je l'ai fréquenté d'assez près en particulier par l'entremise de mon ami Ioffé. C'est alors que j'ai pris connaissance de divers ouvrages de Freud. Mais je dois avouer que j'ai toujours cru que c'était Freud qui avait jeté les bases de la théorie des handicaps surmontés, et qu'Adler n'avait fait que la développer par la suite. Mais je suis bien de votre avis : Freud est incomparablement plus profond et plus spirituel que cet Alfred Adler, limité et autosatisfait. » La Révolution russe, novembre 1932. « L'anthropologie, la biologie, la physiologie, la psychologie ont rassemblé des montagnes de matériaux pour ériger devant l'homme dans toute leur ampleur les tâches de son propre perfectionnement corporel et spirituel et de son développement ultérieur. Par la main géniale de Sigmund Freud, la psychanalyse souleva le couvercle du puits nommé poétiquement "l'âme" de l'homme. Et qu'est-il apparu ? Notre pensée consciente ne constitue qu'une petite partie dans le travail des obscures forces psychiques. De savants plongeurs descendent au fond de l'Océan et y photographient de mystérieux poissons. Pour que la pensée humaine descende au fond de son propre puits psychique, elle doit éclairer les forces motrices mystérieuses de l'âme et les soumettre à la raison et à la volonté. »
  70. Patrick Mahony : Dora s'en va. Violence dans la psychanalyse, p. 234.
  71. Judd Marmor cité d'après Hans Jürgen Eysenck : Déclin et chute de l'Empire Freudien, p. 124
  72. P. Juignet, citant Robert Castel dans : La psychanalyse. Histoire des idées et bilan des pratiques. Grenoble, 2006, p. 209
  73. Cité par Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, ibid, pages 118 à 119
  74. Dans quelles conditions une analyse peut-elle avoir lieu? Sur le site de la SPP
  75. La Psychologie de l'art, p. 103 et suivantes;
  76. in : Pierre Janet, Les médications psychologiques, vol.2, 1919. Cité par Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani, in Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse;
  77. Cariou Michel, Personnalité et vieillissement, Delachaux et Niestlé, Paris, 1995, p.180;
  78. a  et b [lire en ligne]
  79. Le livre noir de la psychanalyse, page 658;
  80. Carl Gustav Jung : The Psychology of Dreams In Collected papers on analytical psychology, London, 1916
  81. Cinq leçons sur la psychanalyse, Petite bibliothèque Payot, page 45
  82. in : Israël Rosenfield. « Souvenirs artificiels ». Revue : Sciences et avenir. Les thématiques. N° 127, juillet-août 2001. Pages : 89 - 90
  83. Ainsi que Le Moïse de Michel-Ange (Der Moses des Michelangelo) (1914)
  84. Eric Maclagan, dans le Burlington Magazine for Connoisseurs, n° 42, 1923, p. 54-57.
    Lire aussi : Meyer Schapiro, « Leonardo and Freud : an art-historical study » (Journal of the History of Ideas, n° 17, 1956, p. 147-178) ; et Psychanalyse et art.
  85. Alice Miller, ancienne psychanalyste qui s'est séparé de la psychanalyse après avoir découvert que Freud avait nié les abus sur les enfants: « On ne m'a pas exclue de l'Association psychanalytique; c'est moi qui me suis écartée d'une école après l'autre à mesure que m'apparaissaient clairement le traditionalisme de leur point de vue et leur refus de prendre en compte la souffrance de l'enfant », Interview sur le site officiel et son livre « L'enfant sous terreur », Aubier, 1986.
  86. Cité dans Freud Démasqué d'Emil Ludwig, Amiot-Dumont, Paris 1951, p. 110.


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