Hysterie

Hystérie

Enseignement de Charcot à la Salpêtrière : le professeur montrant à ses élèves sa plus fidèle patiente, « Blanche » (Marie) Wittman, en crise d'hystérie. Détail du tableau d'André Brouillet : « une leçon clinique à la Salpêtrière », 1887)

Les symptômes de l'hystérie simulent une pathologie organique pour laquelle aucune anomalie physique (en particulier neurologique) n'existe. L'association de manifestations permanentes ou récurrentes, fréquemment des paralysies, des troubles de la parole ou de la sensibilité, et d'autres transitoires, tels que des crises pseudo-épileptiques ou des comas psychogènes, constitue la forme classique de cette maladie.

Ces symptômes, par ailleurs très souvent associés, sur le plan psychologique, à un trouble de la personnalité histrionique, sont susceptibles d'être reproduits par autosuggestion. L'étiologie de l'hystérie, indissociable de sa représentation sociale, a beaucoup évolué avec les progrès théoriques que son étude a suscités, et la psychiatrie moderne préfère la notion de trouble somatoforme.

Sommaire

L'évolution d'un concept

Neurologie et psychiatrie

Le terme d'hystérie vient du médecin grec Hippocrate, qui inventa ce mot pour décrire un concept qu'il apprit des Égyptiens.

Le terme est dérivé du mot grec hystera, signifiant l'utérus. L'hystérie fut en effet, jusqu'aux travaux du neurologue Charcot, considérée comme intimement liée à l'utérus; la théorie admise étant que celui-ci se déplaçait dans le corps, créant les symptômes. Paul Julius Möbius était un neurologue aussi connu pour s'être intéressé à l’hystérie avec cette définition de 1888 qui, dans son contenu, précédait les théories de Freud, Breuer et Janet: Sont hystériques toutes les manifestations pathologiques causées par des représentations. Puis: Une partie seulement des phénomènes pathologiques correspond par son contenu aux idées motivantes, c.à.d. à celles provoquées par des suggestions étrangères et des autosuggestions, dans le cas par exemple, où l'idée de ne pouvoir mouvoir le bras entraîne une paralysie de celui-ci. D'autres phénomènes hystériques, tout en émanant bien de représentations, ne leur correspondent pas au point de vue du contenu. .[1] En d'autres termes et en résumé, il prétendait que les manifestations hystériques sont idéogènes.

Études sur l'hystérie

Sigmund Freud s'est intéressé à l'hystérie avant même que la psychanalyse ne naisse ; c'est l'hystérie qui a révélé à Freud la névrose.

Dès 1883, Joseph Breuer raconte à Sigmund Freud, alors neurologue, comment il avait pris en charge une de ses patientes, Bertha Pappenheim (plus connue sous le pseudonyme de Anna O. en psychanalyse), qui souffrait de troubles hystériques. L'intérêt de Freud est éveillé, et en 1885, il se rend à Paris dans le service de Charcot, qui propose déjà plusieurs avancées théoriques quant à l'hystérie.

En 1893, Freud et Joseph Breuer publient des Communications préliminaires ; des souvenirs pathogènes déclencheraient l'hystérie, et peuvent être soignés par l'application de la méthode cathartique. Freud élabore les notions de psychonévrose de défense et de libido. Deux ans plus tard seront publiées les Études sur l'hystérie.

Si le modèle psychanalytique n'est pas réellement en place, puisque lui manquent alors des concepts essentiels, tout un corpus théorique se formule pourtant, ensemble conceptuel qui sera repris et retravaillé tout au long de l'histoire de la psychanalyse.

La psychanalyse actuelle utilise toujours la notion d'hystérie, bien qu'un certain travail de délimitation ait eu lieu.

Psychosomatique

La psychanalyse, par la suite, sera amenée à différencier l'hystérie d'autres troubles psychosomatiques. Si le principe de conversion semble au premier regard le même, il y a plusieurs différences essentielles.

La différence principale est structurelle et essentielle selon le point de vue de la psychopathologie psychanalytique. Si l'hystérie est une névrose, d'autres troubles psychosomatiques ne peuvent pas être compris en se référant uniquement à la structure névrotique. Ce sont des cas de pathologies limites, se situant entre névrose et psychose, sans qu'aucune de ces deux structures ne soient satisfaisantes quand il s'agit de décrire le fonctionnement psychique du patient.

On le devine, le modèle du passage de psychique à corporel n'est pas le même. Dans l'hystérie, c'est la conversion hystérique, qui implique une histoire psychique et une forme symbolique d'expression. Le symptôme corporel, tel que la paralysie, se laisse analyser et révèle le passé psychique.

Dans les troubles psychosomatiques, le symptôme implique bien plus un rejet de la vie psychique. Ce que le psychique, même inconscient, ne prend pas en charge, les représentations donc qui sont déniées, forcloses de la vie psychique, provoqueront des troubles médicaux, mais sans signification inconsciente. L'analyse dans ce cas, devra passer, selon Joyce McDougall, par une hystérisation des symptômes.

En psychanalyse, l'hystérie ne recouvre donc pas tout trouble physique inexplicable par une affection médicale autre que psychique. Il s'agit d'une structure à part entière.

Trouble somatoforme

La psychiatrie évolua dans son approche de la psychopathologie. Si elle employa un temps le terme d'hystérie, ce concept tomba récemment en désuétude, accusant le coup d'une grille de lecture foncièrement différente.

La psychiatrie reconnaît dorénavant un trouble somatoforme qui n'est pas synonyme d'hystérie, et il s'agit d'en entendre les différences.

Dans la Classification internationale des maladies (CIM), il y a donc un trouble somatoforme. Ce trouble est alors compris comme trouble névrotique, et mis aux côtés de troubles anxieux tels que la phobie. Ce classement, phénoménologique, conserve donc certains aspects de la psychopathologie en cours dans la psychanalyse.

Mais dans le DSM-IV, le trouble somatoforme constitue une catégorie à part entière, regroupant tant le trouble somatoforme lui-même que, par exemple, l'hypocondrie. Le trouble somatoforme n'est pas donc situé dans la même catégorie que le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive : le trouble somatoforme n'est, dans le DSM, pas un trouble de l'anxiété - mais il est, simplement, un trouble somatoforme.

Le DSM ne saurait donc être critiqué quant à un abandon factice du terme de névrose : ce qu'il propose se veut une approche athéorique et réellement différente.

Hystérie et féminité

L'erreur d'Hippocrate et des Égyptiens fut de restreindre les symptômes hystériques à la femme, d'où le mot hystérie (utérus en grec).

Le fait est que la pathologie est restée fortement associée à la féminité, en dépit des efforts au XIXe siècle de Jean-Martin Charcot, Sigmund Freud et Joseph Breuer ayant démontré l'existence de l'hystérie masculine et en en ayant lancé des bases théoriques.

Les psychanalystes ont considéré que l'hystérie était probablement une pathologie fortement associée aux femmes non parce que les femmes y seraient plus sensibles que les hommes mais parce que, dans des sociétés où la femme est opprimée et où la féminité est réprimée, les femmes l'utilisent comme médium pour exprimer leur malaise psychologique profond sous l'influence de la société qui oriente leur peine vers une expression de type hystérique. Cette hypothèse bien que semblant appuyée sur une explication séduisante, n'est pourtant pas démontrée. Elle expliquerait pourquoi il semble y avoir des effets de mode ou des épidémies d'hystérie dans certaines sociétés et à certaines époques, et pourquoi l'hystérie a beaucoup régressé en Occident.[réf. nécessaire]

Aujourd'hui, étant donné le fait que l'on trouve bel et bien des hommes « hystériques », on préfère utiliser le terme histrionique (histrio, comédien en latin), ramenant le symptôme à un jeu d'acteurs, une exagération explosive d'émotions.

Modèle métapsychologique

L'hystérie fut le modèle historique de la névrose. Quelle en est la métapsychologie ?

Traumatisme réel et conversion hystérique

Freud commence par relever que les symptômes physiques, s'ils sont reliés à un trouble psychique, trouvent leur origine dans l'histoire psychosexuelle du sujet. L'hystérie serait la réponse corporelle à un traumatisme sexuel subi durant l'enfance.

C'est la première théorie, celle d'un événement réel cause d'un traumatisme psychique : la neurotica.

Quant à la conversion hystérique, elle suppose qu'une tension pulsionnelle inconsciente ne trouve, pour se décharger, que le corps ; mais il s'agit alors d'une expression symbolique de la représentation sexuelle refoulée. Dans Pulsion et destin des pulsions, Freud précise que ce destin pulsionnel permet non seulement d'éliminer la représentation insupportable et inconciliable avec les impératifs du conscient, mais également à en faire taire l'affect : c'est la belle indifférence des hystériques.

La répression de l'affect réussirait donc mieux dans l'hystérie que dans d'autres pathologies ; par exemple dans la phobie, si la représentation est refoulée, l'affect n'est lui que déplacé sur une autre représentation tout aussi inquiétante.

Traumatisme psychique

D'un traumatisme réellement vécu par l'hystérique, Freud décrira par la suite un traumatisme psychique ; il renonce donc à décrire un événement réel - ce qui lui semble impossible au sein de tant de familles. Mais il concède que le psychanalyste n'a aucun moyen pour faire la différence entre un fantasme et un souvenir réel.

Freud décrira donc des souvenirs écran. Il élaborera surtout un fantasme de séduction, l'un des fantasmes originaires, dans lequel l'hystérique pense reconnaître l'origine de la sexualité. L'hystérique fonderait donc sa sexualité sur le fantasme d'avoir été séduite.

Cependant, Sándor Ferenczi reprochera à Freud l'abandon de cette neurotica. Dans Confusion des langues, il abordera la question d'une séduction réelle d'un enfant par un adulte, comprenant cette séduction comme la confusion de deux registres : celui de la sexualité génitale, qui est propre à l'adulte, et celui de la sexualité infantile. C'est la "Théorie de la séduction restreinte et généralisée" abandonnée par Freud, certains courants américains reprochent à Freud d'avoir cédé sur sa théorie en raison de convenances sociales.

Œdipe et bisexualité

L'hystérie semble révélatrice du complexe d'Œdipe : la future hystérique, alors enfant, fantasme la relation sexuelle avec son père. L'hystérique entre dans le complexe d'Œdipe avec la castration : découvrant qu'elle n'a pas le phallus, découvrant la différence entre filles et garçons, elle cherche ce phallus chez son père, veut l'obtenir de lui. C'est là ce que Freud nomme l'envie du pénis, et qui peut également prendre la forme d'un désir d'enfant.

Le complexe d'Œdipe, propre à l'hystérie mérite d'être différencié de celui du névrosé obsessionnel, puisque que c'est d'abord la mère qui est investie, puis, suite à la découverte de la castration et à la menace une sorte de fusion primitive avec la mère, le père.

Mais l'hystérie garde toujours trace de la bisexualité ; comme elle ne vit, dans l'hystérie, que comme fantasme, il s'agit bien de la préciser comme bisexualité psychique. Cette bisexualité psychique sera un des fondements essentiels du comportement ; elle demeure cependant refoulée.

Hystérie, théâtralité et sublimation

Alors que les expériences de Charcot à la Salpêtrière s'apprêtent à initier une réflexion théorique sur l'hystérie dont est sortie la psychologie moderne, un poète, Baudelaire, comprend ce que l'artiste peut tirer de l'application consciente des phénomènes qui attirent ainsi l'attention des savants de son temps :

« L'hystérie ! Pourquoi ce mystère physiologique ne ferait-il pas le fond et le tuf d'une œuvre littéraire, ce mystère que l'Académie de médecine n'a pas encore résolu, et qui, s'exprimant dans les femmes par la sensation d'une boule ascendante et asphyxiante (je ne parle que du symptôme principal), se traduit chez les hommes nerveux par toutes les impuissances et aussi par l'aptitude à tous les excès ? [2] »

La figure hybride du poète hystérique fait écho, bien sûr, aux romans de l'époque (le fameux « Madame Bovary c'est moi » de Flaubert) mais Baudelaire, en définissant ainsi le projet d'une expérimentation volontaire d'une symptomatologie alors comprise comme essentiellement féminine, rompt avec la simple conversion connue des romantiques et des générations antérieures, inaugurant une pratique dont la trace se retrouve dans tout l'art ultérieur, des outrances littéraires de Lautréamont à celles de Dada, jusqu'à certaines de ses manifestations les plus contemporaines.

Hystérie, théâtralité et religion

Longtemps on confondit l'hystérie et les cas d'individus possédés par un éventuel démon. L'hystérie est une névrose et donc le résultat d'un conflit intérieur d'ordre psychologique.

Notes et références

  1. In 'Uber den Begriff der Hysterie, 1894 cité par Freud et Breuer dans les études sur l'hystérie.
  2. (fr) Daniel Fabre, « L'androgyne fécond ou les quatre conversions de l'écrivain », novembre 2000, Clio. Consulté le 26 novembre 2008

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Bibliographie

  • Sigmund Freud, Joseph Breuer : Etudes sur l'hystérie, Ed.: PUF, 2002, ISBN 2-13-053069-9
  • Sigmund Freud : Dora : Fragment d'une analyse d'hystérie, PUF - Quadrige, 2006, ISBN 2-13-055784-8
  • Gisèle Harrus-Révidi : L'Hystérie, PUF-Que sais-je ?, 1997, ISBN 2-13-048279-1
  • Jacqueline Schaeffer . Le refus du féminin, PUF, 2003, ISBN 2-13-048959-1
  • Lucien Israël, L'hystérique, le sexe et le médecin, Masson 1976 ISBN 2-294-00727-1
  • Monique Schneider : La part de l'ombre, Ed.: Aubier Montaigne, 1992, ISBN 2-7007-2167-5
  • Jacques André, Jacqueline Lanouzière, François Richard : Problématiques de l'hystérie, Ed.: Dunod, 1999, ISBN 2-10-003819-2
  • Collectif : Hystérie, dans Revue Française de Psychanalyse, PUF, 2000, ISBN 2-13-050773-5
  • Liliane Fainsilber : Eloge de l'hystérie masculine ; sa fonction secrète dans les renaissances de la psychanalyse, ed L'Harmattan, 2005, ISBN 2-7384-4204-8
  • Showalter, E. (1998). Hystories: Hysterical Epidemics and Modern Media. Colombia: Colombia University Press.
  • Trillat, E : Histoire de l'hystérie
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