Affaire Edgard de Mortara

Affaire Mortara

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L'affaire Mortara est nommée d'après Edgardo Mortara (18511940), un enfant juif de 6 ans, vivant à Bologne en Italie et qui fut enlevé par les autorités papales en 1858 pour être élevé au sein de la religion catholique. Cette affaire devint un scandale international et le catalyseur de profonds changements politiques. Son souvenir influe toujours sur les relations entre l'Église catholique et les organisations juives.

Sommaire

Les faits

Le 23 juin 1858 à la nuit tombante, la police pontificale, accompagnée de représentants des forces de l'ordre de Bologne, fait irruption au domicile de la famille juive de Salomon et Marina Mortara. Ils réveillent les huit garçons et s'emparent d'Edgardo, six ans et dix mois, en annonçant aux parents que l'enfant a été baptisé secrètement par leur ancienne employée, Anna Morisi, lors d'une maladie. La servante était alors mineure puisqu'elle avait 14 ans. Elle ne "révèle" ce baptême que six ans plus tard[1].

L'enfant ne peut donc rester dans une famille juive car, en grandissant, il serait très probablement devenu israélite. Or, ayant été au préalable baptisé, il aurait donc été apostat, et donc promis de façon certaine à l'Enfer, du point de vue catholique.

Afin de "sauver son âme", l'Église avait alors le devoir moral d'empêcher cette apostasie[réf. nécessaire]. L'enlèvement a été orchestré par l'Inquisiteur Feletti, sur ordre de Rome, c'est-à-dire de Pie IX.

Le petit Mortara est conduit immédiatement à Rome et, au cours du voyage, est renommé Pio, c'est-à-dire Pie, du nom du pape Pie IX[2]. L'étrangeté apparente de ce baptême vient que du fait même de sa maladie, le jeune garçon avait seulement été ondoyé et des rites restaient encore à accomplir : l'ondoiement est en effet un baptême sommaire, réduit à l'effusion d'eau, réservé aux cas d'urgence.

Canoniquement valide, il doit être si possible complété[réf. nécessaire].

Impact international

À cette époque, les juifs de Bologne connaissent de nombreuses restrictions :

  • ils n'ont pas de synagogue,
  • ils vivent en de petits ghettos,
  • il leur est interdit d'avoir des employés chrétiens.

La tragédie de la famille Mortara devient bientôt une « affaire » internationale, mais ne parvint jamais devant un tribunal impartial. Les Mortara accumulent les preuves de vices de forme et de machination, font d'innombrables tentatives pour rejoindre et récupérer leur fils, reçoivent des appuis de nombreux pays d'Europe :

  • des princes et des souverains catholiques, le comte Cavour, Napoléon III, François-Joseph d'Autriche écrivent personnellement au pape, lui recommandant de ne pas défier l'Europe ;
  • Guillaume, roi de Prusse, regrette auprès d'une association juive de ne pouvoir intervenir de crainte qu'une intercession protestante soit mal interprétée ;
  • la congrégation juive de Sardaigne invoque l'aide de divers gouvernements ;
  • de nombreux rabbins allemands conduits par Ludwig Philippson envoient une pétition au pape ;
  • les Juifs anglais tiennent des meetings, et Sir Moses Montefiore porte à Rome leur pétition au pape pour la libération de l'enfant ;
  • l'Alliance protestante ;
  • la Société de la Réforme écossaise ;
  • l'Alliance chrétienne universelle.

Rien ne vient infléchir la décision de Rome qui, au contraire, multiplie les obstacles et les fins de non recevoir.

La création de l'Alliance israélite universelle, en 1860, sera en partie liée à l'affaire Mortara. L'AIU participera également aux tentatives pour faire rendre le jeune Mortara à sa famille.

En 1867, à seize ans, Pio Mortara est ordonné prêtre malgré la promesse du cardinal Antonelli à Sir Moses Montefiore de laisser la liberté de choix au jeune homme à ses dix-sept ans. En 1870, il prêche au Ier concile œcuménique du Vatican. Il est envoyé comme missionnaire dans de nombreuses villes d'Allemagne : Mayence, Breslau ; il prêche aussi à New York. Son père meurt en 1871, après avoir été la cible du parti clérical, et faussement accusé d'avoir jeté une servante par la fenêtre ; après quelques mois de prison, il sera disculpé. En 1878, enfin, sa mère le rencontre à Paris et il tente de la convertir au catholicisme... Sa mère meurt en Suisse en 1895, et Pio assiste aux funérailles. Il meurt près de Liège, en 1940.

Précédents et autres cas

Les enlèvements d'enfants non-chrétiens trouvent leur source dans les décisions du quatrième concile de Tolède (633), dont le corpus de droit canon reconnaissait à l'Église le droit « d'arracher à des familles non chrétiennes des enfants oblats, offerts à l'Église en état d'inconscience invitis parentibus, c'est-à-dire sans l'accord explicite des parents ; il suffisait qu'un chrétien affirmât les avoir baptisés[3] ».

Ceci a entrainé à travers les siècles de nombreux rapts d'enfants juifs ou de familles « infidèles ». Lorsqu'en 1775, Léon XII (1760-1829)[réf. nécessaire] confirme l'édit sur les Juifs, une série d'enlèvements se produisent :

  • 1814 : Saporina de Angeli, à Reggio de Calabre, baptisée par une servante alors que l'enfant était malade
  • 1824 : Davide di Anselmo Tedeschi à Gênes
  • 1826 : le petit Diena à Modène
  • 1840 : l'Affaire Montel (affaire franco-romaine)
Article détaillé : Affaire Montel.
  • 1844 : Pamela Maroni à Reggio di Calabria, baptisée par une servante catholique, enlevée et élevée dans la foi catholique jusqu'à l'âge adulte[4]
  • et encore d'autres à Lugo et à Ancône.

L'affaire Mortara n'est donc pas la première du genre. L'émotion internationale soulevée montre cependant que l'évolution des sociétés européennes rendait ces comportements anciens de plus en plus inacceptables. De fait, la pratique des enlèvements d'enfants non-chrétiens devient de plus en plus rare, même si l'affaire Finaly (en France), à la fin de la Seconde Guerre mondiale, montre qu'elle restera longtemps considérée comme acceptable par une partie du clergé et de l'opinion catholique.

Si la position du pape fut critiquée, elle eut aussi ses soutiens. Le journaliste Louis Veuillot justifia ainsi avec violence, dans le journal catholique L'Univers, l'attitude du Vatican. Il accusera les journaux qui défendent l'opinion contraire à la sienne d'être à la solde des Juifs et les désignera comme étant la « presse juive ». Ces articles constituent une des premières manifestations de l'antisémitisme moderne.

L'affaire Mortara s'est trouvée remise sous les feux de l'actualité lors de la béatification du pape Pie IX en 2000.

Articles connexes

Notes et références

  1. Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, Editions Syllepse, octobre 2008 ISBN:978-2-84950-18-63
  2. Dans un texte d'Antonelli, secrétaire d'Etat du pape, Edgardo est décrit comme « fils du père suprême des croyants, Pie IX, car, ainsi qu'Edgardo l'a exprimé lui-même : "Je suis baptisé - Mon père est le pape", cité par Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, p.29 »
  3. Riccardo Calimani, L'Errance juive, Denoël, 1996 ; les pages 333-342 (disponibles sur le site debriefing.org) concernent l'affaire Mortara.
  4. Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, p.13

Bibliographie

  • David Kertzer, Natalie Zimmermann, Pie IX et l'enfant juif: L'enlèvement d'Edgardo Mortara, Librairie Académique Perrin, 2001 ISBN 2262013764
  • David I. Kertzer, The Popes Against The Jews. The Vatican's Role In The Rise Of Modern Anti-Semitism., Alfred A. Knopf, New York, 2001. ISBN: 0-375-40623-9
  • Gérard da Silva, L'Affaire Mortara et l'antisémitisme chrétien, Editions Syllepse, octobre 2008 ISBN:978-2-84950-18-63
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