Histoire De Carthage


Histoire De Carthage

Histoire de Carthage

L'histoire de Carthage n'est guère facile à étudier en raison de son assujettissement par les Romains à la fin de la Troisième Guerre punique. Il ne reste que peu de sources historiques primaires carthaginoises. Certains textes puniques furent traduits en grec ou en latin, comme des inscriptions sur des monuments d'Afrique du Nord[1]. Cependant, la majorité des sources nous est parvenue par le biais d'auteurs grecs et romains : Tite-Live, Polybe, Appien, Cornélius Népos, Silius Italicus, Plutarque, Dion Cassius et Hérodote.

Ces auteurs proviennent de cultures souvent en rivalité avec Carthage. Les Grecs lui disputèrent la suprématie en Sicile[2] et les Romains entrèrent en guerre contre la cité[3]. Ces sources écrites par des étrangers ne sont pas toujours dénuées de préjugés. Toutefois, des excavations récentes ont mis au jour des sources primaires plus fiables. Certaines fouilles confirment des aspects de la vie à Carthage telle que la décrivaient les auteurs anciens, mais d'autres non, et beaucoup de découvertes restent encore peu probantes.

Extension du territoire carthaginois avant la Première Guerre punique

Comme tous les comptoirs phéniciens, Carthage doit, en signe d'allégeance, verser un tribut à Tyr. Cependant, le déclin de Tyr face à la progression des Grecs l'incite à prendre son indépendance au cours de la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C.. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois s'installent aux îles Baléares puis dominent l'ouest de la Sicile, le sud de la Sardaigne et, alliés aux Étrusques, repoussent les Grecs hors de Corse. Ils contrôlent alors la totalité du commerce et de la navigation en Méditerranée occidentale, et possèdent de nombreux territoires à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Afrique : Maurétanie, Numidie, Ibérie, sud de la Gaule, Sicile, Sardaigne et sud de l'Italie. À l'aube de la Première Guerre punique, Carthage représente un territoire d'environ 73 000 km² et une population de près de 4 millions d'habitants.

Comme dans le cas de Rome, son ennemie mortelle, le nom de la ville englobe tous les territoires soumis à sa juridiction.

Sommaire

Fondation de Carthage

La reine Élyssa (ou Didon)

Mort de Didon par Heinrich Friedrich Füger (1792)

Selon la mythologie, la cité a été fondée par la reine Élyssa. Fille du roi de Tyr Muttoial (ou Bélus II), elle s'enfuit de Phénicie lorsque son frère Pygmalion assassine son mari Sychée, grand prêtre de Melqart, pour accéder au pouvoir.

Élyssa (également orthographiée Alissa), en arabe اليسار, اليسا ou عليسا, s'appelle Didon chez les Romains.

Après une escale à Chypre, Élyssa s'installe sur les côtes d'Afrique (actuelle Tunisie) avec sa sœur Anna, d'autres Tyréens (dont certains sont des notables) ayant abandonné Tyr, ainsi que des vierges de Chypre. C'est donc un contingent hétéroclite qui serait à l'origine de l'une des plus grandes cités de l'Antiquité. La tradition date la fondation de la ville en 814 av. J.-C.. Selon le poète latin Virgile, le roi du pays, Iarbas, consentit à leur offrir un territoire « aussi grand que pourrait en recouvrir une peau de bœuf ». Élyssa découpa alors la peau en lanières dont elle entoura un territoire suffisant pour y bâtir une citadelle. Ce territoire, appelé Byrsa (« bœuf »), deviendra le centre historique de la cité punique. Les Phéniciens de Tyr arrivant à Carthage donnèrent à la cité sa divinité poliade : Melqart. La légende de cette création finit malheureusement tristement car Elyssa se serait jetée dans le feu pour protéger sa cité.

Les historiens réfutent cependant cette légende et datent la fondation de la cité au milieu du VIIIe siècle av. J.-C.. Cependant l'absence de traces archéologiques antérieures à cette période peut être compensée par le mode de datation, les céramiques proto-corinthiennes, dont les dates ne sont pas en l'état actuel de nos connaissances d'une absolue précision.

Didon et Énée

L'amour de la reine Didon et d'Énée est chanté par Virgile dans L'Énéide.

Au cours de son périple pour fonder une nouvelle Troie, le prince Énée atteint le sol d'Afrique et fait escale après une tempête. Il est accueilli par la reine de Carthage. Une grande passion naît entre eux mais elle est interrompue par les dieux de l'Olympe, qui rappellent au héros troyen qu'il doit reprendre son voyage pour fonder une nouvelle capitale (en l'occurrence Rome).

Lorsque Énée quitte Carthage, Didon, incapable de supporter cet abandon, préfère se donner la mort sur un bûcher après s'être transpercée avec l'épée qu'il lui avait remise[4]. L'ombre de Didon refuse de pardonner à Énée, qu'elle rencontre aux Enfers accompagné par la sibylle de Cumes, et refuse de répondre à ses questions.

Les frères Philène

Pour décider d'une frontière avec la colonie grecque de Cyrène (actuelle Libye), les deux cités conviennent que chacune enverra le même jour une expédition qui longera la côte. La frontière devra se situer au point de rencontre. Les Carthaginois, conduits par les frères Philène, marchent jour et nuit, si bien qu'ils rencontrent les Cyréniens beaucoup plus près de Cyrène que de Carthage — voir la frontière actuelle entre la Tunisie et la Libye. Les Cyréniens les accusent d'être partis avant la date convenue. Enfin, ils déclarent qu'ils ne reconnaîtront cette frontière que si les frères Philène se font enterrer vivants sur place. Par dévouement envers leur cité, ceux-ci acceptent, acte que Salluste signale par la présence de l'autel des frères Philène dans son ouvrage La Guerre de Jugurtha.

Colonisation phénicienne

Les Phéniciens

Au Xe siècle av. J.-C., des populations diverses habitent un territoire qui correspond au Liban actuel. Elles parlent une langue sémitique, semblable à l'hébreu ancien, qui se nomme le canaanite. Pour leur part, les Grecs appellent ce peuple les « Phéniciens ».

Les Phéniciens vivent du commerce et disposent de ports importants. Leur cité principale est Tyr, qui fonde des postes commerciaux à travers le bassin méditerranéen.

Extension des comptoirs phéniciens

Carte de la Sicile :      Établissements phéniciens      Établissements grecs      Cités indigènes

Pour assurer des escales à leur flotte marchande et conserver un monopole sur les ressources naturelles des régions méditerranéennes, les Phéniciens établissent de nombreuses colonies sur le littoral. Ils fondent ces comptoirs à des fins commerciales, et également pour payer le tribut exigé par Tyr, Sidon et Byblos, mais aussi par crainte d'une totale emprise des Grecs sur la Méditerranée qui signifierait la ruine de leur commerce. Ils ne sont cependant pas assez nombreux pour établir des cités autonomes et beaucoup de leurs comptoirs atteignent à peine les 1000 habitants.

Quelque 300 comptoirs s'installent en Tunisie, au Maroc, en Algérie, sur la péninsule ibérique et, dans une moindre mesure, sur les côtes de la Libye. Les Phéniciens contrôlent l'île de Chypre, la Sardaigne, la Corse et les îles Baléares ainsi que des possessions mineures en Crète et en Sicile. Ces deux îles se trouvent en conflit permanent avec les Grecs. Pendant un temps limité, les Phéniciens garderont le contrôle de la Sicile entière. L'île passera ensuite sous la domination de Carthage, qui à son tour enverra de nouveaux colons fonder d'autres établissements ou renforcer les comptoirs qui se sont séparés de Tyr et de Sidon.

Les premiers comptoirs se situent sur la double route des minéraux ibériques : d'une part, le long de la côte africaine, et d'autre part en Sicile, en Sardaigne et aux îles Baléares. Tyr reste le centre économique et politique du monde phénicien. Mais la cité perd peu à peu son pouvoir à la suite de nombreux sièges — jusqu'à sa destruction par Alexandre le Grand. Même si chaque comptoir paie un tribut à Tyr ou à Sidon, aucune des deux cités n'exerce un contrôle véritable sur eux. Cela changera avec la montée en puissance de Carthage, qui nommera ses propres magistrats à la tête de ses colonies, s'assurant ainsi un contrôle direct. Cette politique entraînera le ralliement de plusieurs colonies ibériques au côté des Romains lors des Guerres puniques.

Colonisation de Malte

Avec le déclin de la Phénicie sous les coups de boutoir des Assyriens et des Babyloniens, l'archipel maltais passe sous le contrôle de Carthage en 480 av. J.-C. C'est une colonie précieuse dans la lutte que les Carthaginois mènent contre les Grecs et ensuite contre les Romains. Il est probable que l'archipel maltais était un relais important dans le commerce avec les actuelles îles Britanniques et du Cap-Vert avec des dépôts de marchandises et déjà des chantiers de réparation navales [5].

C'est à Malte que sont retrouvées au XVIIe siècle deux cippes, datées du IInd siècle av. J.-C., dédiées au dieu Melqart, seigneur de Tyr, sur lesquelles une inscription bilingue phénicien/grec permit en 1758 à un archéologue français, l'abbé Jean-Jacques Barthélemy, de déchiffrer la langue phénicienne[6].

Traité avec Rome

En 509 av. J.-C., Carthage et Rome signent un traité qui divise les aires d'influence et de commerce entre les deux cités. C'est la première source qui indique que Carthage a conquis la Sicile et la Sardaigne.

Au début du Ve siècle av. J.-C., Carthage est devenue le centre commercial de l'ouest du bassin méditerranéen. À cette époque, la cité a conquis la plupart des anciennes colonies phéniciennes, comme Hadrumète, Utique et Kerkouane, soumis les tribus de la Libye et s'est emparée de la côte nord-africaine depuis le Maroc jusqu'aux frontières de l'Égypte. Carthage a également étendu son influence en Méditerranée en prenant la Sardaigne, l'île de Malte, les Baléares et la côte occidentale de la Sicile. Des comptoirs importants sont fondés dans la péninsule Ibérique.

Guerres siciliennes

Première guerre sicilienne

Article détaillé : Première guerre gréco-punique.

La prospérité économique de Carthage ainsi que l'importance des voies marines pour son commerce conduisent la cité à s'armer d'une flotte puissante, destinée à décourager les pirates et les rivaux commerciaux. La flotte de Carthage et son hégémonie croissante ont tout pour inquiéter les Grecs.

La Sicile, aux portes de Carthage, devient la scène des guerres siciliennes. Depuis longtemps, les Grecs et les Phéniciens convoitent cette île stratégique et établissent de nombreuses implantations sur ses côtes. Depuis des siècles, il existe des conflits locaux entre ces différents comptoirs. En 480 av. J.-C., Gélon, tyran de Syracuse, tente avec le soutien de plusieurs cités grecques d'unifier l'île sous sa domination. Carthage sent la menace et, probablement avec l'alliance de l'Empire perse, déclare la guerre à la Grèce en envoyant ses troupes sous le commandement du général Hamilcar de Giscon. Selon les sources traditionnelles, Hamilcar dispose alors de 300 000 hommes. Ce chiffre est sûrement exagéré même si sa force fut sans doute considérable.

En route pour la Sicile, Hamilcar subit des pertes en raison du mauvais temps lors de la traversée. Après son arrivée à Panormus (actuelle Palerme), il est battu à la bataille d'Himère en 480 av. J.-C.. Il serait mort au cours des combats ou se serait suicidé de honte. À la suite de cette défaite, Carthage remplace l'ancien gouvernement aristocratique par une république.

Deuxième guerre sicilienne

Article détaillé : Deuxième guerre gréco-punique.

Vers 410 av. J.-C., Carthage s'est remise de ses revers militaires. Elle a conquis la plus grande partie de la Tunisie actuelle, fortifié et fondé de nouvelles colonies en Afrique du Nord ; elle soutient les expéditions d'Hannon le long de la côte africaine et d'Himilcon dans l'océan Atlantique. Durant cette période, les colonies de la péninsule Ibérique se rebellent contre Carthage — coupant son approvisionnement en argent et en cuivre — mais Hannibal de Giscon, petit-fils d'Hamilcar, commence des préparatifs pour reconquérir la Sicile et lance en même temps des expéditions au Maroc, au Sénégal et dans l'Atlantique.

En 409 av. J.-C., Hannibal de Giscon embarque pour la Sicile avec ses troupes. Il parvient à envahir des cités mineures comme Sélinonte et Himère avant de retourner triomphalement à Carthage avec son butin. Mais l'ennemie principale, Syracuse, n'est pas touchée et, en 405 av. J.-C., Hannibal mène une seconde expédition avec l'intention de s'emparer de l'île tout entière. Cette fois, il se heurte à des résistances. Lors du siège d'Agrigente, les forces carthaginoises sont décimées par une épidémie de peste et Hannibal lui-même en est victime. Son successeur Himilcon parvient à remporter des succès en brisant le siège, en s'emparant de la cité de Gela et en battant à plusieurs reprises l'armée de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse, qui lui aussi est atteint par l'épidémie de peste et se trouve contraint de négocier un traité de paix.

En 398 av. J.-C., Denys viole le traité en attaquant la forteresse carthaginoise de Motyé. Himilcon riposte par une reprise de Motyé et une conquête de Messine. Finalement, Himilcon assiège Syracuse jusqu'en 396 av. J.-C., quand la peste oblige les forces carthaginoises à partir. Pendant les soixante années suivantes, Carthaginois et Grecs s'affronteront dans diverses escarmouches. En 340 av. J.-C., l'armée carthaginoise est cantonnée dans la partie sud-ouest de l'île et la paix qui règne en Sicile est loin d'être définitive.

Troisième guerre sicilienne

Article détaillé : Troisième guerre gréco-punique.

En 315 av. J.-C. le tyran de Syracuse Agathocle s'empare de Messine et, en 311 av. J.-C., il envahit les derniers comptoirs carthaginois de Sicile. Il assiège également Agrigente.

Hamilcar dirige la riposte carthaginoise avec succès. En 310 av. J.-C., il contrôle pratiquement la Sicile entière et fait le siège de Syracuse. En désespoir de cause, Agathoclès mène en secret une expédition de 14 000 hommes sur le continent afin de sauver son règne par une attaque contre Carthage. Cette expédition est une victoire ; Carthage est obligée de rappeler Hamilcar et la majeure partie de son armée pour faire face à la nouvelle menace. L'armée d'Agathoclès est par la suite battue en 307 av. J.-C. mais il réussit à s'enfuir en Sicile, d'où il négocie une paix qui garde à Syracuse son statut de place forte grecque.

Guerre de Pyrrhus

Article détaillé : Guerre de Pyrrhus en Italie.

Entre 280 et 275 av. J.-C., Pyrrhus d'Épire entreprend deux expéditions destinées à accroître l'influence des Macédoniens dans l'ouest de la Méditerranée. La première vise la République romaine qui émerge au sud de l'Italie tandis que la seconde est dirigée contre Carthage en Sicile. Pyrrhus envoie une avant-garde forte d'une infanterie de 3000 hommes sous le commandement de Cinaeus à Tarente. L'armée principale traverse la péninsule grecque avant de s'engager dans des batailles contre les Thessaliens et les Athéniens. Après ses succès initiaux, Pyrrhus rejoint son avant-garde à Tarente.

Guerre de Pyrrhus en Italie

Au cours de ses campagnes d'Italie, Pyrrhus reçoit des envoyés des cités siciliennes d'Agrigente, Syracuse et Leontini qui demandent de l'aide pour évincer la puissance carthaginoise[7]. Pyrrhus accepte et fait renforcer les cités siciliennes d'une infanterie de 20 000 hommes, d'une cavalerie de 3000 hommes, de 20 éléphants de guerre ainsi que de 200 navires. Au début, la guerre de Pyrrhus en Sicile contre Carthage est un succès : il parvient à faire reculer les forces carthaginoises et s'empare de la cité-forteresse d'Éryx, même s'il doit renoncer à Lilybée[8].

Après ces pertes, Carthage essaie d'entamer des négociations de paix. Pyrrhus n'accepte ces tractations qu'à condition que Carthage renonce à la Sicile tout entière. Selon Plutarque, Pyrrhus projette alors d'attaquer Carthage elle-même et commence à mettre sur pied une expédition à cette fin. Cependant, son traitement impitoyable des villes siciliennes ainsi que l'exécution de deux gouverneurs siciliens soupçonnés de trahison augmentent l'hostilité des Grecs. Pyrrhus se voit contraint de quitter la Sicile pour l'Italie méridionale[9].

Ses expéditions en Italie ne s'étant pas soldées par des victoires décisives, Pyrrhus se retire en Épire. Pour Carthage, cela ramène la situation au statu quo. Pour Rome, le fait que Pyrrhus n'ait pas su défendre les colonies de la Grande-Grèce signifie qu'elle va les faire entrer dans sa sphère d'influence, qui s'étendra jusqu'à la domination totale de la péninsule italienne. Dès lors, l'armée romaine pourra aisément affronter la puissance de Carthage.

Guerres puniques

Article détaillé : Guerres puniques.

La lutte entre Rome et Carthage prend de l'ampleur avec l'essor des deux cités : ce sont les trois guerres puniques, qui faillirent voir la prise de Rome mais se conclurent par la destruction de Carthage, en 146 av. J.-C., après un siège de trois ans.

Première Guerre punique : choc frontal avec Rome

Article détaillé : Première Guerre punique .

La Première Guerre punique couvre les années 264 à 241 av. J.-C.. Il s'agit d'un conflit essentiellement naval et de luttes d'influence en Sicile. L'enjeu principal est la possession du détroit de Messine.

Les Carthaginois prennent d'abord la ville de Messine. Cela inquiète les Romains en raison de la position de Messine à proximité des villes grecques d'Italie, qui viennent de passer sous leur protection. Appius Claudius Caudex traverse donc le détroit et prend par surprise la garnison punique de Messine, ce qui déclenche le début de la guerre. Suite à ce revers, le gouvernement de Carthage rassemble ses troupes à Agrigente mais les Romains, menés par Claudius et Manius Valerius Maximus Messalla, s'emparent des villes de Ségeste et d'Agrigente après un siège de sept mois. Après avoir conclu la paix avec les Romains, Carthage doit réprimer une révolte de ses mercenaires.

Deuxième Guerre punique : campagne d'Italie

Article détaillé : Deuxième Guerre punique.
Hannibal
Scipion l'Africain

La Deuxième Guerre punique, dans les années 218-202 av. J.-C., a pour point culminant la campagne d'Italie : le général Hannibal Barca, issu de la famille des Barcides, parvient à traverser les Pyrénées et les Alpes avec ses éléphants. Pourtant, il renoncera à entrer dans Rome. Le prétexte de la guerre avait été le siège de Sagonte par les Carthaginois ; selon le traité de 241 av. J.-C., ils auraient dû se trouver au-delà de l'Èbre, qui délimitait les zones d'influence respectives des puissances rivales.

L'attentisme d'Hannibal permet aux Romains de contre-attaquer et ils réussissent à retourner le conflit en leur faveur à la bataille de Zama, en 202 av. J.-C., prenant à Carthage la totalité de ses possessions hispaniques, détruisant sa flotte et lui interdisant toute remilitarisation.

Malgré la victoire finale, cette guerre ne satisfait pas les Romains. Poussés par la crainte d'avoir encore à affronter Carthage, ils décident, selon le fameux mot de Caton l'Ancien (Delenda Carthago est), que la destruction totale de la cité ennemie est le seul moyen d'assurer la sécurité de la République.

Troisième Guerre punique : destruction de Carthage

Article détaillé : Troisième Guerre punique.

La Troisième Guerre punique (149-146 av. J.-C.) est déclenchée par une offensive romaine en Afrique qui aboutit à la défaite et à la destruction de Carthage après un siège de trois ans.

Carthage retrouva une certaine prospérité économique entre 200 et 149 av. J.-C. mais ne réussit pas à reconstituer une flotte de guerre ou une armée importante. De son côté, le rétablissement de Rome, malgré ses pertes navales, permet au Sénat romain de décider d'une courte campagne destinée à amener les troupes romaines à pied d'œuvre pour le siège de Carthage, conduit par Scipion Émilien, surnommé dès lors « Scipion le deuxième Africain ». Le siège s'achève par la destruction totale de la ville : les Romains emmènent les navires phéniciens au port et les incendient devant la cité. Puis ils vont de maison en maison en exécutant ou en asservissant la population. La cité brûle pendant dix-sept jours. Rayée de la carte, elle ne laisse que des ruines.

Au XXe siècle, une théorie indique que les Romains ont répandu du sel sur les terres agricoles de Carthage pour empêcher de cultiver la terre, theorie fortement mise en doute, l'Afrique devenant par la suite le « grenier à blé » de Rome[10], le territoire de l’ancienne cité étant néanmoins déclaré sacer, c’est-à-dire maudit.

Carthage romaine

La fin de la Troisième Guerre punique marque l'établissement de la province romaine d'Afrique. Après la chute de Carthage, sa rivale Utique, alliée des Romains, devient la capitale de la province et remplace Carthage en tant que centre économique et politique régional. Utique se trouve au bord du bassin de la Medjerda, seule rivière de Tunisie qui possède un débit constant durant toute l'année, ce qui constitue une position avantageuse pour la cité. Cependant, la culture de blé en amont accroît le niveau de limon qui finit par se déposer dans le port, contraignant Rome à reconstruire Carthage.

Ruines des thermes d'Antonin à Carthage
Ruines de villas romaines à Carthage

Après une tentative avortée des Gracques (Colonia Junonia), Jules César déclare que Carthage devrait être reconstruite. Il n'a pas le temps de le faire avant son assassinat mais Auguste reconstruit Carthage en 29 av. J.-C. et celle-ci prend le nom de Colonia Julia Carthago[11]. La ville redevient la capitale de la province, et retrouve rapidement son rang et sa prospérité d'autrefois. Au Ier siècle, elle atteint les 500 000 habitants et devient l'une des cités les plus importantes de l'Empire romain d'Occident. Durant une courte période, de 308 à 311, l'usurpateur Domitius Alexander y établit sa capitale.

Puis, pendant la période du Bas-Empire, la cité gagnée au christianisme subit les persécutions impériales. Elle devient néanmoins au IVe siècle l'un des plus grands centres spirituels d'Occident : Tertullien, saint Cyprien ou saint Aurèle en sont originaires. Tertullien écrira au gouverneur romain :

« L'État, s'écrie-t-on, est assiégé jusque dans les campagnes, dans les bourgs fortifiés, dans les îles, il n'y a que des chrétiens ; des personnes de tout sexe, de tout âge, de toute condition, de tout rang même passent au nom chrétien et l'on s'en afflige comme d'un dommage ![12] »

Une série de conciles commence quelques années plus tard avec la participation de 70 évêques. Tertullien se sépare ensuite du courant principalement représenté par l'évêque de Rome, un schisme plus grave étant la controverse entre catholiques et donatistes, contre lesquels Augustin d'Hippone lutte à maintes reprises. En 397, le canon biblique de l'Église d'Occident est confirmé au concile de Carthage.

Enfin, Carthage et les autres centres de la province sont envahis en 439 par Genséric, roi des Vandales, qui bat le général byzantin Boniface et fait de Carthage sa capitale.

Carthage vandale

Article détaillé : Royaume vandale.

Genséric est un arien, c'est-à-dire un hérétique par rapport au catholicisme institué, mais, malgré l'opposition entre les ariens et les catholiques, une promesse de tolérance amène la population à l'accepter. Après une tentative de reconquête de la cité au Ve siècle, les Byzantins battent les Vandales au VIe siècle. En remplaçant le petit-fils de Genséric par un cousin, Gélimer, les Byzantins conduits par Justinien envoient une armée pour conquérir le royaume vandale. Le 15 octobre 533, le général byzantin Bélisaire, accompagné de sa femme Antonina, fait son entrée solennelle à Carthage pour éviter une mise à sac de la ville.

Carthage byzantine

Article détaillé : Exarchat de Carthage.

Justinien installe à Carthage le siège de son diocèse d'Afrique, puis, à la suite de la crise monothéliste, les empereurs byzantins, opposés à l'Église d'Afrique, se détournent de Carthage.

Sous le règne de l'empereur Maurice, Carthage devient un exarchat à l'image de Ravenne en Italie. Les deux exarchats constituent les remparts de Byzance car ils représentent les derniers territoires qu'elle possède encore en Occident. Au début du VIIe siècle, l'exarque de Carthage, d'origine arménienne, Héraclius, parvient à renverser l'empereur Phocas.

L'exarchat byzantin ne peut cependant pas résister aux conquêtes arabes du VIIe siècle. La première attaque est lancée depuis l'Égypte, sans grand succès, en 647. Une campagne plus efficace est entreprise entre 670 et 683. En 698, l'exarchat de Carthage est finalement battu par Hassan Ibn Numan, de Kairouan, à la tête d'une armée de 140 000 hommes qui finit par détruire Carthage tout comme les Romains en 146 av. J.-C.. Tunis prend dès lors la place de Carthage en tant que centre régional. La destruction de l'exarchat de Carthage marque la fin de l'influence romaine et byzantine en Afrique du Nord, et la montée de l'islam au Maghreb.

Carthage médiévale

Au Moyen Âge, saint Louis prend la ville pendant la huitième croisade, au cours de laquelle il meurt de la dysenterie. Il espérait alors convertir le sultan hafside au christianisme et le dresser contre le souverain d'Égypte afin de forcer ce dernier à se retirer de Jérusalem. L'échec de cette stratégie marque la fin des croisades. Une cathédrale est élevée au XIXe siècle sur la colline de Byrsa (à l'endroit présumé de sa sépulture).

Carthage moderne

Jusqu'à la redécouverte de Carthage au XIXe siècle, ses ruines sont pillées pour ses marbres afin de construire, en Afrique comme en Europe, des édifices publics ou religieux.

Depuis, Carthage est devenue une petite ville résidentielle des faubourgs de Tunis. Elle a accueilli un palais beylical d'été jusqu'à l'avènement de la république en 1957 et abrite depuis les années 1960 le palais présidentiel de Carthage. La ville est un lieu de résidence recherché des hauts fonctionnaires, diplomates et industriels, pour sa tranquillité, sa fraîcheur estivale, et le charme de sa situation.

Le Corbusier a réalisé entre 1928 et 1929, à Carthage-Présidence, son unique œuvre tunisienne : la villa Baizeau.

Notes et références

  1. (en) Karel Jongeling, The Neo-Punic Inscriptions and Coin Legends, Université de Leiden, 2005
  2. Hérodote, L'Enquête, V, 2, 165–7
  3. Polybe, Histoire générale de la République romaine, 1.7–1.60
  4. Extrait du chant IV de L'Enéide : « Urbem præclaram statui, mea mœnia vidi, ulta virum pœnas inimico a fratre recepi, felix, heu nimium felix, si litora tantum numquam Dardaniæ tetigissent nostra carinæ (J'ai établi une ville magnifique, vu mes remparts, vengé mon mari et puni mon frère meurtrier. Heureuse, hélas trop heureuse si seulement les carènes dardaniennes n'avaient jamais touché nos côtes). »
  5. J. Godechot (1970) p.14
  6. A. J. Frendo et N. C. Vella (2001) p.47
  7. Plutarque, Vie de Pyrrhus 22.1–22.3
  8. Plutarque, Vie de Pyrrhus, 22.4–22.6
  9. Plutarque, Vie de Pyrrhus, 23
  10. R.T. Ridley, « To Be Taken with a Pinch of Salt. The Destruction of Carthage », Classical Philology, vol. 81, n°2, 1986
  11. Destinée de Carthage après sa destruction (Encarta)
  12. Tertullien, Apologétique, I, 6

Sources

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « History of Carthage ».
  • (fr) Anthony J. Frendo et Nicholas C. Vella (2001) « Les îles phéniciennes du milieu de la mer » dans Malte du Néolithique à la conquête normande, Dossier d'archéologie, no 267, octobre 2001
  • (fr) Jacques Godechot (1970) Histoire de Malte, Presse Universitaire de France, Col. Que sais-je, Paris

Bibliographie

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  • Serge Lancel, Hannibal, éd. Fayard, Paris, 1995 (ISBN 221359550X)
  • Serge Lancel, Carthage, éd. Fayard, Paris, 1992
  • Marcel Le Glay, Rome, grandeur et déclin de la République, éd. Perrin, Paris, 1990
  • Jean Malye (textes réunis et commentés par), La véritable histoire de Carthage et de Hannibal, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2007 (ISBN 9782251443287)
  • Pierre Cintas, Manuel d'archéologie punique, (tome 1, 1970 ; tome 2 [posth.], 1976)
  • Collectif, Carthage, sa naissance, sa grandeur, archéologie vivante vol.1 n°2, (1968-1969).
  • Maria Giulia Amadasi Guzzo, Carthage, éd. PUF, Paris, 2007 (ISBN 9782130539629)
  • Badr-Eddine Arodaky [sous la dir.], La Méditerranée des Phéniciens. De Tyr à Carthage, éd. Somogy, Paris, 2007 (ISBN 9782757201305)
  • Collectif, « La Méditerranée des Phéniciens », Connaissance des arts, n°344, octobre 2007
  • Hédi Dridi, Carthage et le monde punique, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2006 (ISBN 2251410333)
  • Hédi Slim et Nicolas Fauqué, La Tunisie antique. De Hannibal à saint Augustin, éd. Mengès, Paris, 2001 (ISBN 285620421X)
  • Christophe Hugoniot, Rome en Afrique. De la chute de Carthage aux débuts de la conquête arabe, éd. Flammarion, Paris, 2000 (ISBN 2080830031)
  • Collectif, La Tunisie, carrefour du monde antique, éd. Faton, Paris, 1995
  • Collectif, Carthage. L’histoire, sa trace et son écho, éd. Association française d’action artistique, Paris, 1995 (ISBN 9973220269)
  • Michel Gras, Pierre Rouillard et Javier Teixidor, L’univers phénicien, éd. Arthaud, Paris, 1994 (ISBN 2700307321)
  • Azedine Beschaouch, La légende de Carthage, éd. Découvertes Gallimard, Paris, 1993 (ISBN 2070532127)
  • Abdelmajid Ennabli et Hédi Slim, Carthage. Le site archéologique, éd. Cérès, Tunis, 1993 (ISBN 997370083X)
  • M'hamed Hassine Fantar, Carthage. Approche d’une civilisation, éd. Alif, Tunis, 1993
  • M'hamed Hassine Fantar, Kerkouane, cité punique au pays berbère de Tamezrat, éd. Alif, Tunis, 2005 (ISBN 9973-22-120-6)
  • Collectif, Pour sauver Carthage. Exploration et conservation de la cité punique, romaine et byzantine, éd. Unesco/INAA, 1992 (ISBN 9232027828)
  • Madeleine Hours-Miédan, Carthage, éd. PUF, Paris, 1982 (ISBN 2130374891)
  • François Decret, Carthage ou l’empire de la mer, éd. du Seuil (coll. Points histoire), Paris, 1977 (ISBN 2020047128)
  • Gilbert et Colette Charles-Picard, La vie quotidienne à Carthage au temps d’Hannibal, éd. Hachette, Paris, 1958
  • « La Méditerranée des Phéniciens », Connaissance des arts, n°344, octobre 2007
  • Sabatino Moscati [sous la dir.], Les Phéniciens
  • [collectif] De Carthage à Kairouan, catalogue exposition 1982.
  • [sous dir.]E. Lipinski : Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, 1992.
  • Y. Le Bohec, Histoire militaire des guerres puniques. 2003

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