Denys l'Ancien

Denys l'Ancien
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Denys l'Ancien (en grec ancien Διονύσιος / Dionýsios), né en 431 av. J.-C. et mort en 367 av. J.-C., est un tyran de la colonie grecque de Syracuse.

Sommaire

Prise de pouvoir

En 406, les Carthaginois, sous le commandement d'Hannibal de Giscon et d'Himilcon, tentent de prendre l'intégralité de la Sicile et s'emparent notamment d'Agrigente, désertée par ses défenseurs. Un jeune Sicilien de 25 ans, Denys, profite alors de l'indignation générale pour se faire connaître. Timée de Tauroménion le décrit comme grand, blond et couvert de taches de rousseur[1]. Pour certains auteurs, il est issu de bonne famille, selon d'autres, il est de basse extraction — lieu commun de la littérature contre les tyrans. La première hypothèse paraît donc plus vraisemblable, d'autant plus que Denys a été un familier du stratège Hermocrate et que, selon Cicéron[2], il a reçu une très bonne éducation.

À l'assemblée syracusaine, Denys réclame la condamnation immédiate et sans procès des généraux responsables de la chute d'Agrigente. La proposition étant illégale, il est mis à l'amende, aussitôt payée par l'un de ses riches amis, Philistos. Denys peut donc garder la parole. Il entraîne la conviction du peuple : les stratèges sont destitués et un nouveau collège est nommé à leur place, parmi lesquels figure Denys[3].

Il rappelle derechef les citoyens bannis lors du coup de force d'Hermocrate. Envoyé à Géla pour stopper l'avance carthaginoise, il s'allie avec le Lacédémonien Deixippos, commandant une garnison à proximité. Il se rend également populaire en saisissant et en revendant les biens des riches. L'argent collecté lui permet d'augmenter la solde de ses soldats. Rentré à Syracuse, il obtient de l'assemblée la destitution de ses collègues et se fait nommer stratêgos autokratôr : stratège unique, doté des pleins pouvoirs. Cependant, le peuple lui refuse une garde personnelle, jugée tyrannique. Denys met alors en scène un faux attentat contre sa personne, à l'instar du tyran athénien Pisistrate. Ses troupes lui accordent alors 600 gardes du corps, chiffre bientôt porté à 1 000. Il renforce également sa position en épousant la fille d'Hermocrate.

Consolidation de la tyrannie

Sa lutte contre les Carthaginois n'est pas aisée : au printemps 405, il échoue à protéger Géla et Camarina, deux cités voisines, et doit donner l'ordre d'évacuer. En somme, il ne fait guère mieux que les stratèges qu'il avait fait destituer au départ. De riches Syracusains en profitent pour tenter de le renverser. Une première tentative échoue grâce aux gardes du corps de Denys. Les forces rebelles menées par les aristocrates syracusains maintiennent malgré tout le siège de la forteresse dans laquelle Denys s'est réfugié. Cependant, Denys parvient à faire échouer la conspiration en faisant appel aux Spartiates. Les aristocrates parviennent tout juste à s'enfuir dans la forteresse d'Etna.

Profitant d'une épidémie de peste dans les rangs des Carthaginois, il conclut avec ces derniers une première trêve, par laquelle il leur laisse la partie occidentale de l'île. En outre, Messine, Catane, Naxos et les Sikèles doivent être « autonomes », c'est-à-dire hors de l'hégémonie de Syracuse. Cependant, le traité conforte la domination de Denys sur Syracuse. Il en profite pour fortifier l'île d'Ortygie, au large de Syracuse, où il bâtit un palais fortifié pour lui-même. Il entoure également Syracuse d'une enceinte.

Il encourage la production d'armes et en renforce son armée. Il recrute également des ingénieurs pour inventer de nouvelles armes, comme le gastrophète, ancêtre de l’arbalète. C'est à ce moment, selon Diodore de Sicile[4] que sont inventées des machines apparentées à la catapulte (perceuse de boucliers, littéralement), et issues du gastrophète :

  • l’oxybèle : sorte de grosse arbalète remontée par treuil, et tirant de grosses flèches (600 à 800 g) qui peuvent percer une file d’homme ;
  • sur le même principe, mais avec un projectile différent, le lithobolos envoie des boulets de pierre sur l’ennemi.

Il se constitue également une clientèle en distribuant par lots les terres confisquées à ses ennemis. Mercenaires et esclaves (peut-être des paysans dépendants comparables aux Hilotes spartiates) deviennent ainsi de nouveaux citoyens (neapolitai). Il craignait durant toute sa vie un complot contre lui, ainsi, il se faisait raser par ses propres filles, avec des coquilles de noix ou d'escargot, craignant qu'on tente de l'assassiner.

Ainsi renforcé, il décide de restaurer l'hégémonie syracusaine et met le siège devant la cité sikèle d'Herbessos. Cependant, les Syracusains se soulèvent et s'allient aux conjurés réfugiés par Etna. Denys doit promettre son départ pour temporiser : il en profite pour recruter des mercenaires campaniens, grâce auxquels il mate la rébellion. Il récupère par trahison les cités de Naxos et Catane, dont les habitants sont réduits en esclavage. Leontinoi se rend et ses habitants sont déportés à Syracuse, où ils reçoivent ensuite la citoyenneté. En 399, Messine et Rhégion se décident à prendre les armes contre Denys, sans succès. Le tyran tente alors de se concilier Rhégion par voie matrimoniale, mais son offre essuie un échec. Denys épouse alors une jeune aristocrate de Locres, ce qui isole encore davantage Rhégion, puis une aristocrate syracusaine.

Deuxième guerre contre Carthage

Denys reprend alors son combat avec Carthage. Sa première action est de faire saisir les biens des Carthaginois présents à Syracuse et les bateaux carthaginois mouillant dans le port. Il est imité par les autres cités siciliennes, ce qui lui permet de se faire passer pour le champion du panhellénisme. Au printemps 397, il s'empare de la place forte de Motyè, principale base militaire carthaginoise. La ville est rasée et pillée, et les Grecs ayant combattu avec les Carthaginois sont crucifiés.

Cependant, les Carthaginois ont le temps de lancer une contre-attaque. Le général Himilcon, à la tête de renforts, prend pied en Sicile à Panormos. Sa flotte prend ensuite Messine, qui est entièrement rasée. Denys est finalement vaincu au large du cap Tauroménion par Himilcon. Ce dernier commence alors le siège de Syracuse, mais une nouvelle épidémie affaiblit ses troupes, permettant à Denys de reprendre l'initiative : les Carthaginois sont alors repoussés, permettant au tyran d'augmenter son influence jusqu'aux îles de l'Adriatique (Lissa) et à la côte italienne (Ancône, Adria). La guerre contre Carthage reprend entre 383 et 378, puis en 368, sans changement significatif des territoires.

Denys meurt en 367, dit-on, suite à un excès de boisson, en fêtant son premier prix au concours de tragédie à Athènes. Denys le Jeune, son fils, lui succède à la tête de la cité.

Il est à l'origine de l'expression actuelle de l'« épée de Damoclès ».

  • Il encouragea aussi ses poliorcétes à innover, ainsi c'est sous son règne qu'on inventa la catapulte et la tour de siège.

Notes et références

  1. FrGrHist 566, F29
  2. Tusculanes, V, 22, 63
  3. Diodore de Sicile, XIII, 91
  4. XIV, 42, 1

Voir aussi

Sources

Les sources de sa biographie viennent essentiellement de Diodore de Sicile. Platon ne le cite pas nommément mais il est probable qu'il parle de lui dans son Gorgias, sa République et sa Politique lorsqu'il évoque le Tyran.

Bibliographie

  • Pierre Carlier, Le IVe siècle grec jusqu’à la mort d’Alexandre, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire / Nouvelle histoire de l'Antiquité », 1996 (ISBN 2-02-013129-3)  ;
  • Claude Mossé, La Tyrannie dans la Grèce antique, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », 2004 (1re édition 1969) (ISBN 2-13-054664-1), p. 99-120 ;
  • (de) Karl Friedrich Stroheker, Dionysos I. Gestalt und Geschichte des Tyrannen von Syrakus, Franz éd. Steiner, Wiesbaden, 1958.

Valério MANFREDI Le tyran de Syracuse Plon 2005: un roman historique vivant et documenté.


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