Denis Diderot
Denis Diderot
Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.
Diderot par Louis-Michel van Loo, 1767.

Activités Écrivain, philosophe, encyclopédiste
Naissance 5 octobre 1713
Langres
Décès 31 juillet 1784
Paris
Langue d'écriture français
Mouvement Lumières

Denis Diderot, né le 5 octobre 1713 à Langres et mort le 31 juillet 1784 à Paris, est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français.

Diderot est reconnu pour son érudition, son esprit critique et un certain génie. Il laisse son empreinte dans l'histoire de tous les genres littéraires auxquels il s'est essayé : il pose les bases du drame bourgeois au théâtre, révolutionne le roman avec Jacques le Fataliste, invente la critique à travers ses Salons et supervise la rédaction d'un des ouvrages les plus marquants de son siècle, la célèbre Encyclopédie. En philosophie également, Diderot se démarque en proposant plus de matière à un raisonnement autonome du lecteur plutôt qu'un système complet, fermé et rigide. Rien en fait ne représente mieux le sens de son travail et son originalité que les premiers mots de ses Pensées sur l'interprétation de la nature (1753) :

« Jeune homme, prends et lis. Si tu peux aller jusqu'à la fin de cet ouvrage, tu ne seras pas incapable d'en entendre un meilleur. Comme je me suis moins proposé de t'instruire que de t'exercer, il m'importe peu que tu adoptes mes idées ou que tu les rejettes, pourvu qu'elles emploient toute ton attention. Un plus habile t'apprendra à connaître les forces de la nature; il me suffira de t'avoir fait essayer les tiennes. »

Mal connu de ses contemporains, éloigné des polémiques de son temps et des conventions sociales, mal reçu par la Révolution, il devra attendre la fin du XIXe siècle pour recevoir enfin l'intérêt et la reconnaissance de la postérité dans laquelle il avait placé une partie de ses espoirs.

Sommaire

Biographie

La jeunesse (1713-1742)

Statue à Langres, place Diderot, où il est né.

Denis Diderot naît à Langres, dans une famille bourgeoise le 5 octobre 1713 et est baptisé le 6 octobre 1713 en l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Langres[1].

Ses parents, Didier Diderot et Angélique Vigneron (1677-1748), eurent 6 enfants, dont 4 seulement atteignirent l'âge adulte ; Denis était l'aîné. Les trois autres tiendront des rôles importants dans la vie de Diderot.

  • Angélique (1720-1749), Ursuline, mourut au couvent. Son histoire est une des sources d'inspiration de La religieuse.
  • Didier-Pierre (1722-1787) embrassera la carrière ecclésiastique et sera chanoine de la cathédrale de Langres. Les relations entre les deux frères seront toujours conflictuelles, au-delà même du décès de Denis[2].
  • Denise (1715-1797), restée au pays, sera le lien entre Diderot et sa région natale.

De 1723 à 1728, Denis suit les cours du collège jésuite proche de sa maison natale. À douze ans (1725), ses parents envisagent pour lui la prêtrise et, le 22 août 1726, il reçoit la tonsure de l'évêque de Langres.

En 1728, il part étudier à Paris, peu intéressé par les perspectives de la province, l'entreprise familiale et la carrière ecclésiastique à laquelle son père le destinait.

Ses premières années parisiennes sont mal connues. De 1728 à 1732, il suit sans doute des cours au collège d'Harcourt puis étudie la théologie à la Sorbonne. En tous cas, le 6 août 1735, il reçoit une attestation de l'université de Paris qui confirme qu'il a étudié avec succès la philosophie pendant deux ans et la théologie durant trois ans.

Les années 1737-1740 sont difficiles. Diderot donne des cours, compose des sermons, se fait clerc auprès d'un procureur d'origine langroise, invente des stratagèmes pour obtenir de l'argent de ses parents..., au désespoir de son père.

Malgré cela, ses préoccupations prennent progressivement une tournure plus littéraire. Il fréquente les théâtres, apprend l'anglais et donne quelques articles au Mercure de France - le premier serait une épître à M. Basset, en janvier 1739. Fin des années 1730, il annote une traduction d'Étienne de Silhouette de l'Essay on man d'Alexander Pope et se tourne vers la traduction.

Les premiers écrits (1743-1749)

Au début de l'année 1743, s'opposant à son mariage, son père le fait enfermer quelques semaines dans un monastère près de Troyes. Il s'en échappe et en novembre épouse secrètement Anne-Antoinette Champion (1710-10 avril 1796[3]) en l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs[4] le 6 novembre 1743[5]. La clandestinité de l'acte peut laisser penser à un mariage d'amour, mais cette union ne sera pas heureuse longtemps. Diderot oublie rapidement son épouse très éloignée sans doute de ses considérations littéraires ; sa première liaison connue, avec Madeleine de Puisieux, est attestée en 1745. En dépit de cela, Diderot aura toujours soin de protéger les siens et de les mettre à l'abri et le couple aura quatre enfants dont seule la cadette, Marie-Angélique (1753-1824), atteindra l'âge adulte.

L'année 1743 marque également le début de la carrière littéraire de Diderot, par le biais de la traduction. Il traduit The Grecian history de Temple Stanyan. En 1745 paraît sa traduction, largement augmentée de ses réflexions personnelles, de An inquiry concerning virtue or merit de Shaftesbury, sous le titre Essai sur le mérite et la vertu[6], premier manifeste du glissement de Diderot de la foi chrétienne vers le déisme, bientôt confirmé par la publication de sa première œuvre originale, les Pensées philosophiques en 1746.

De 1746 à 1748, il collabore avec Marc-Antoine Eidous et François-Vincent Toussaint à la traduction du Medicinal dictionnary de Robert James. En 1748 il publie Les Bijoux indiscrets, conte orientalisant parodiant entre autres la vie à la cour et des Mémoires sur différents sujets de mathématiques, ces derniers jettant les bases de sa notoriété, comme mathématicien...

Il rencontre à cette époque Jean-Philippe Rameau et collabore à la rédaction de sa Démonstration du principe de l'harmonie (1750).

Château de Vincennes (24 juillet au 3 novembre 1749)

Le n°3 de la rue de l'Estrapade où vivait Diderot de 1747 à 1754, à l'époque de son arrestation.

Les positions matérialistes de sa Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient qui paraît en 1749 achèvent de convaincre la censure que leur auteur, surveillé depuis quelque temps, est un individu dangereux. L'œuvre est condamnée et Diderot est incarcéré 3 mois au château de Vincennes sur ordre de Berryer qui saisit le manuscrit de La promenade du sceptique. Il cherche aussi mais sans succès le manuscrit de L'oiseau blanc, conte bleu.

Durant sa détention, Diderot reçoit la visite de son ami Jean-Jacques Rousseau qui, en chemin, a eu la fameuse illumination qui l'amènera à écrire, sans doute avec l'aide de Diderot son Discours sur les sciences et les arts. Sa pénible détention traumatise Diderot[7] et l'incite à une grande prudence dans ses publications, préférant même réserver certains de ses textes à la postérité (voir chapitre Réception de l'œuvre de Diderot, ci-dessous).

L'Encyclopédie (1747-1765)

L'année 1747 marque le début des pleines responsabilités de Diderot dans le vaste projet éditorial de l'Encyclopédie. Il s'installe alors rue de l'Estrapade sur la montagne Sainte-Geneviève. Le Prospectus paraît en 1750 et le premier volume l'année suivante. Il consacrera 20 ans de sa vie à ce projet qu'il n'achève qu'en juillet 1765, rempli de l'amertume due au manque de reconnaissance, aux errements de l'édition et au comportement des éditeurs (Le Breton en particulier).

Cette période de travail intense, avec les charges, les menaces, les satisfactions et les déceptions qui l'accompagnent est également marquée par quelques événements privés importants pour Diderot.

En 1750, il est nommé à l'Académie de Berlin. En 1753 naît Marie-Angélique, seul de ses enfants qui lui survivra. En 1755 il rencontre Sophie Volland amante pour la vie. En 1759, son père décède. Le voyage nécessaire à Langres pour régler la succession donne l'occasion à Diderot de retrouver sa terre natale et de repenser à l'intégrité de son père. Il en sortira des textes importants, comme le Voyage à Langres et l'Entretien d'un père avec ses enfants.

En 1762, enfin, Diderot pense à vendre sa bibliothèque pour doter correctement sa fille. Catherine II intervient et achète le bien. Non seulement elle l'achète "en viager" pour permettre au philosophe d'en garder l'usage jusqu'à sa mort mais en plus elle le nomme bibliothécaire de ce fond et le rétribue en tant que tel. Suite à un retard de paiement, l'impératrice lui paye même 50 années d'avance. Cette vente permettra au philosophe de mettre sa fille et ses vieux jours à l'abri du besoin, mais aura un impact important sur la réception de son œuvre.

Le critique et le négociant (1765-1773)

À partir de 1769, Grimm confie plus largement la direction de la Correspondance littéraire à Diderot et madame d'Épinay. Ce sera l'occasion pour Diderot de développer une activité de critique d'une part littéraire et d'autre part artistique par le biais des neuf salons qu'il rédigera entre 1759 et 1781.

Article détaillé : Salons (Diderot).

La Correspondance littéraire sera également le premier mode de diffusion, manuscrit et très restreint, de nombreux textes du philosophe.

À cette époque également, Diderot négocie des tableaux pour Catherine II. Grande amatrice d'art, l'impératrice chargeait ses principaux contacts, dont Diderot, d'acheter des œuvres européennes alors introuvables en Russie. C'est Diderot, par exemple, qui se charge en personne de l'achat du cabinet de Pierre Crozat en 1772.

Le 9 septembre 1772 sa fille unique se marie avec Abel François Nicolas Caroillon de Vandeul.

Le voyage à Saint-Pétersbourg (1773-1774)

Du 11 juin 1773 au 21 octobre 1774 Diderot entreprend un long voyage[8] à Saint-Pétersbourg, marqué par ses entretiens avec Catherine II et deux longs séjours à La Haye, dans les Provinces-Unies de l'époque. Les conditions pénibles de ce voyage ont certainement écourté sa vie de quelques années.

Trajet de Denis Diderot

Diderot était invité depuis 11 ans auprès de Catherine II et les largesses de l'impératrice méritaient certainement qu'il aille la remercier de vive voix. Toutefois, ses obligations (l'Encyclopédie, la Correspondance littéraire entre autres) et son caractère casanier, l'incitent à reporter un voyage considéré à l'époque comme pénible. Ce n'est qu'après le mariage de sa fille qu'il se décide enfin, non sans avoir pris de précautions nécessaires quant à sa succession.

Les dernières années (1774-1784)

Dès son retour, il ralentit progressivement sa vie sociale, sa santé se dégrade et il l’accepte mal. Il multiplie et allonge les séjours à Sèvres et au château du Granval, parfois en famille. En 1781, il collabore un peu à l'Encyclopédie méthodique de Panckoucke et Naigeon.

À partir de 1783, Diderot met de l'ordre dans ses textes et travaille avec Naigeon, à établir trois copies de ses œuvres : une pour lui, une pour sa fille et la dernière pour Catherine II. Sophie Volland décède le 22 février 1784. Le 15 mars 1784, le décès prématuré de sa petite-fille lui est peut-être caché, pour le ménager.

Plaque sur la maison (n°39 rue de Richelieu) où est mort Diderot.

Le 1er juin 1784, il déménage au 39 rue de Richelieu à Paris, grâce aux bons soins de Grimm et de Catherine II qui souhaitaient lui éviter les 4 étages d'escalier de son logis de la rue Taranne. Il ne profite que deux mois de ce confort et décède à son domicile, le 31 juillet 1784. Il est autopsié, à sa demande et inhumé à l’église Saint-Roch, dans la chapelle de la Vierge, le 1er août 1784[9].

En juin 1786, sa bibliothèque et ses archives sont envoyées à Saint-Petersbourg où elles ne recevront pas l’attention accordées à celles de Voltaire : les pertes, les disparitions et l'absence de tout inventaire nuiront également à la connaissance et la bonne réception de l'œuvre de Diderot.

À la Révolution, les tombes de l’église Saint-Roch sont profanées et les corps jetés à la fosse commune. La sépulture et la dépouille de Diderot ont donc disparu, contrairement à celles de Voltaire et Rousseau, tous deux inhumés au Panthéon de Paris, comme se plaît à le souligner Raymond Trousson.

Son œuvre

Article détaillé : Œuvres de Denis Diderot.

Diderot a touché à tous les genres littéraires s'y montrant souvent novateur.

Roman, conte et théâtre

En tant qu'écrivain de fiction, Diderot s'est illustré dans le roman et au théâtre. Dans ces deux genres, malgré une production limitée il est parvenu à marquer l'histoire de la littérature par son style qui modernise le roman et le développement d'un nouveau genre théâtral, le drame bourgeois. Le Fils naturel ou Les épreuvres de la vertu, sont écrit et représenté pour la première fois en 1757.

Encyclopédiste

À partir de 1747, à 34 ans, Diderot dirige et rédige, avec D'Alembert, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Il s'investira dans la rédaction, la collation, la recherche, la réalisation des planches de 1750-1765. Il a personnellement rédigé le Prospectus (paru en 1750) et plus d'un millier d'articles.

Critique d'art

Diderot a mené une importante activité de critique publiée surtout dans la Correspondance littéraire, philosophique et critique. Diderot a rédigé de nombreux comptes rendus de lectures pour la Correspondance littéraire, philosophique et critique. Mais il a également rédigé plusieurs ouvrages ou « postface » à portée critique qui traitent de ses conceptions du théâtre ou d'auteurs en particulier.

Article détaillé : Salons (Diderot).

Correspondance

On conserve de Diderot deux importants corpus de correspondance, outre sa correspondance générale. Le premier se constitue des 187 lettres conservées adressées à son amante, Sophie Volland[10]. Dans l'une d'elles, datée du 1er octobre 1768, Diderot aurait enrichi la langue française du mot calembour[11] Le second est un échange avec Falconet sur l'immortalité de l'artiste, l'art et la postérité.

Traductions

Diderot a entamé sa carrière littéraire par des traductions, qui étaient, initialement le moyen de gagner sa vie.

Contributions

Travailleur infatigable, sans doute éternel insatisfait, relecteur attentif, toujours prêt à rendre service, par amour, amitié ou obligeance, ou encourager le débutant, Diderot a consacré une part importante de son énergie aux oeuvres d'autrui. Une part de son œuvre est ainsi éparpillée, voire difficilement discernable dans les publications de son entourage littéraire : Madeleine de Puisieux, D'Holbach, Raynal, Galiani, madame d'Epinay, Tronchin,... Diderot ne manque toutefois pas de nier sa contribution, ou d'en réduire l'importance, de bonne ou de mauvaise foi.

Son style

Le dialogue

Loin de la recherche d'un système philosophique cohérent, Diderot rassemble les idées et les oppose. C'est donc, avant ses idées personnelles, surtout une incitation à la réflexion qui se dégage de son œuvre. Cette démarche, volontaire, se retrouve dans la forme de dialogue qu'il donne à ses œuvres principales (Le Neveu de Rameau, Le rêve de D'Alembert, Supplément au Voyage de Bougainville...) avec cette particularité qu'aucun des personnages ne représente à lui seul la pensée de l'auteur. Cette pluralité se retrouve d'ailleurs dans ses titres (les pensées, les principes, ...). Quand il ne conçoit pas de dialogue, il répond — fut-ce fictivement —, ajoute (Supplément au voyage de Bougainville), réfute (Réfutation d'Helvetius). Diderot retravaille aussi fréquemment ses textes et, même, dans la seconde moitié de sa vie, rédige quelques Additions (aux Pensées philosophiques, à la Lettre sur les aveugles, ...) pour rendre compte de l'évolution de ses propres réflexions.

Le commentaire

Diderot développe souvent ses œuvres à partir du canevas de l'œuvre d'un tiers, pour le commenter. C'est le cas du Paradoxe sur le comédien où Diderot développe ses idées sur le théâtre à partir de Garrick ou Les acteurs anglais de Sticotti ; c'est le cas des Salons qui suivent le catalogue de l'exposition. Dans le même esprit, Diderot s'appuie souvent sur l'œuvre d'un tiers pour développer ses idées, pour contredire (Supplément au Voyage de Bougainville), pour s'inscrire dans un contexte ou une polémique (Suite de l'Apologie de M. l'abbé de Prades).

La digression

La digression est le principe même de Jacques le Fataliste que l'on pourrait centrer sur ses amours que Jacques ne raconte jamais et autour desquels gravitent une série de récits qui constituent l'œuvre.

La digression c'est aussi des détails sans rapport avec le contenu du texte et qui servent à l'introduire, à alléger le propos,... Ainsi, la première réplique du Paradoxe sur le comédien est : « N'en parlons plus ».

La mise en abyme

La mise en abyme est utilisée par Diderot, pour pouvoir mener de front une théorie et son application. L'exemple flagrant est Le Fils naturel où sont mêlés la pièce et son commentaire. La pièce de théâtre est en fait l'incise dans un exposé de d'une théorie du théâtre (Les entretiens). Diderot d'ailleurs se met en scène occupé à assister à une représentation théâtrale privée à laquelle participe la personne avec laquelle il discute.

Ses idées

Chez Diderot, les idées s'effacent un peu devant la méthode (voir ci-dessus). Il est moins question d'imposer ses vues personnelles que d'inciter à la réflexion personnelle sur base de différents arguments, donnés, par exemple, par les intervenants des dialogues. Les idées personnelles de Diderot ont de plus évolué avec l'âge.

Plutôt que philosophe, Diderot est avant tout un penseur. Il ne poursuit en effet ni la création d'un système philosophique complet, ni une quelconque cohérence : il remet en question, éclaire un débat, soulève les paradoxes, laisse évoluer ses idées, constate sa propre évolution mais tranche peu.

Pour autant, des thèmes apparaissent récurrents dans la pensée de Diderot et des orientations générales peuvent être dégagées de ses écrits.

Religion

La position de Diderot à l'égard de la religion évolue dans le temps, en particulier dans sa jeunesse. Ses parents le vouaient à une carrière ecclésiastique et il reçut la tonsure de l'évêque de Langres. Arrivé à Paris, son parcours académique se fait dans des institutions d'obédience catholique, comme la Sorbonne. C'est au gré de ses lectures que sa foi va s'étioler et Diderot semble évoluer de la foi vers le théisme, le déisme et enfin souscrire aux idées matérialistes. C'est cette évolution que l'on constate des Pensées philosophiques à la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient. Plus tard, ces positions sont confirmées dans le Supplément au voyage de Bougainville qui évoque la religion naturelle et un dialogue très représentatif, l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***. À l'instar des Lumières, Diderot rejette plus les excès de la religion que la religion elle-même. Toute sa vie, il fut en conflit avec son frère sur ces questions.

Morale

La morale[12] est une préoccupation récurrente de Diderot. Le thème apparaît dans ses critiques artistiques (voir ci-dessous), dans son théâtre (voir ci-dessus) et dans quelques textes (contes et dialogues), rédigés en 1771-1772, autour du thème de la morale, inspirés par un retour dans sa région natale, imprégnée de la droiture morale de son père décédé.

Art

Éducation

Synthèse[13]

Œuvres principales

Politique

Diderot s'est peu impliqué concrètement dans les débats politiques de son temps. Toutefois quelques œuvres rendent compte de sa philosophie politique. On peut les partager en deux groupes. D'une part les œuvres de commande et les contributions à l'œuvre d'autrui et d'autre part les textes strictement personnels qu'il rédige plutôt... à la fin de sa vie, à partir de 1770. Il se fera un devoir de partager ses idées avec Catherine II lors de son voyage à Saint-Pétersbourg.

Deux idées principales sont certainement le rejet du despotisme et le rôle de l'enseignement (non religieux) dans le bonheur et le développement de la société.

Diderot a également pris parti pour le développement du droit d'auteur[15].

Sciences

Diderot est également auteur ou co-auteur de quelques ouvrages scientifiques. En tant que matérialiste, la compréhension des phénomènes naturels est une préoccupation importante que l'on retrouve à travers toute son œuvre.

Bibliographie

Postérité et réception critique

La réception de l'œuvre Diderot a une histoire particulière car l'image du philosophe a évolué avec le temps, au gré de la révélation progressive de son œuvre. Cette révélation progressive apparait clairement dans le tableau de synthèse de l'article Œuvres de Denis Diderot.

Diderot, de son vivant, s'est montré prudent face à la censure. Après son incarcération de 1749, il ne voulait plus prendre de risque ni en faire courir à sa famille. Il va donc lui-même reporter la publication de certains textes, parfois de plusieurs années après les avoir écrits. Par ailleurs, certains textes ne sont parus que dans la Correspondance littéraire de Grimm. La publication manuscrite de ce périodique ne permettait pas d'assurer une connaissance publique de l'œuvre de Diderot.

En 1762, Catherine II de Russie achète à Diderot sa bibliothèque personnelle en viager. Diderot en garda l'usage et perçoit une rente en tant que bibliothécaire, mais l'accord impliquait que le fond et tous ses manuscrits seraient transférés à Saint-Pétersbourg à sa mort. Ce qui fut fait en juin 1786. Cet éloignement n'a pas favorisé la publication des textes soigneusement cachés par Diderot. De plus, sur place, les documents n'ont pas eu les égards de ceux de Voltaire (transférés dans des circonstances similaires), n'ont pas été catalogués et se sont éparpillés. Certains n'ont réapparu qu'au XXe siècle...

De son côté, sa propre fille, catholique et conservatrice, a sans doute, malgré l'admiration qu'elle vouait à son père, cherché à orienter la publication de ses œuvres, « corrigeant » si nécessaire les textes qui ne respectaient pas assez ses valeurs, la bienséance ou les intérêts commerciaux de son mari. Un exemple concret[16] est le grattage systématique des noms de personnes dans les manuscrits de Ceci n'est pas un conte. Dans d'autres textes, certains noms seront remplacés ou ramenés à leur initiale. Même le fidèle secrétaire, Naigeon n'obtiendra pas sa collaboration pour l'édition des Œuvres complètes qu'il préparait avec Diderot à partir de 1782 et qui ne paraitra qu'en 1800 (voir ci-dessous).

Les vicissitudes de l'histoire ont également porté atteinte à l'image de Diderot. En 1796 parait l'Abdication d'un roi de la fève ou Les éleuthéromanes. Le public tient des passages de ce texte pour responsables de certains excès de la Révolution française et les reproche à Diderot. Ces dispositions n'inciteront ni à l'étude, ni à la publication ni à la découverte de textes durant tout le XIXe siècle.

Dans la première partie du XIXe siècle, les œuvres de Diderot sont toujours contestées et interdites à de nombreuses reprises. On notera que le 31 mai 1826, à Paris, le Tribunal Correctionnel de la Seine, ordonne la destruction du roman de Denis Diderot "Jacques le Fataliste et son maître" et condamne l'éditeur à un mois de prison. D'autres œuvres de Diderot connaîtront la censure étatique pour outrage à la morale publique dont "La Religieuse" (en 1824 et 1826), où encore les "Bijoux Indiscrets" (en 1835)[17].

Il faut en fait attendre le bicentenaire de sa naissance pour rencontrer un regain d'intérêt et avoir une vision considérée comme complète de ses écrits.

L'image de Diderot a donc évolué avec le temps en fonction de l'idée que l'on pouvait se faire de l'intégralité de son œuvre. Ses contemporains le connaissaient essentiellement comme l'éditeur de l'Encyclopédie, le promoteur d'un nouveau genre théâtral (le « drame bourgeois »), l'auteur d'un roman libertin (Les Bijoux indiscrets) et de quelques textes philosophiques critiqués. Après sa mort, il est assez symptomatique de voir les éditions d'« Œuvres complètes » s'enrichir avec le temps.

Son entourage

Voir aussi : catégorie:Connaissance de Denis Diderot et Catégorie:Académie de Berlin.

L'analyse de l'entourage de Diderot souligne, autant que la diversité de son œuvre, son côté éclectique. Les personnages repris ici n'entretenaient bien sûr pas tous les mêmes rapports avec Diderot : si tous ont eu un impact sur sa vie ou son œuvre, ces contacts ont pu n'être alimentés que sporadiquement ou ponctuellement.

Les écrivains et philosophes

Diderot rencontre Rousseau à la fin de 1742 ; une forte amitié naît entre les deux hommes. C'est sur la route qui le conduit en visite à Diderot enfermé à Vincennes qu'il a la fameuse illumination qui lui inspirera le Discours sur les sciences et les arts. Diderot lui-même n'est d'ailleurs pas étranger à certaines idées du texte.

À partir de 1757 les idées des deux hommes commencent à diverger entre autres sur la question de la valeur de l'homme dans la société. Diderot en effet comprend mal le désir de solitude exprimé par Rousseau et écrit dans le Fils naturel, que « 'l'homme de bien est dans la société, et qu'il n'y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau se sent attaqué et s'offusque. L'éloignement tourne à la dispute qui s'amplifie jusqu'à la rupture totale en 1770, lorsque Rousseau compte Diderot au nombre de ses ennemis.

L'un et l'autre alimenteront une grande amertume de cette rupture. Ainsi, dans sa Lettre sur les spectacles, adressée à D'Alembert, Rousseau écrit : « J'avais un Aristarque sévère et judicieux, je ne l'ai plus, je n'en veux plus ; mais je le regretterai sans cesse, et il manque bien plus encore à mon cœur qu'à mes écrits . » Et Diderot répond, dans l'Essai sur les règnes de Claude et de Néron : « Demandez à un amant trompé la raison de son opiniâtre attachement pour une infidèle, et vous apprendrez le motif de l'opiniâtre attachement d'un homme de lettres pour un homme de lettres d'un talent distingué. »

Rencontré en 1745, par l'intermédiaire de Jean-Jacques Rousseau.

Co-directeur de l'Encyclopédie avec Diderot. Rapports tendus entre les deux hommes.

Diderot passe son premier séjour au Granval (à Sucy-en-Brie[19]), sur son invitation en 1759.

Lettres connues à Voltaire : 11 juin 1749 (Lettre sur les aveugles), 19 février 1758, 28 novembre 1760, 29 septembre 1762, 1766. Diderot lui a manifestement adressé un exemplaire de la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient. Voltaire lui répond et marque son intérêt pour l'ouvrage. Voltaire collabore à l'Encyclopédie avec quelques articles. Respect mutuel mais l'éventuelle unique rencontre, en 1778, n'est pas confirmée. Dans une lettre à Palissot du 4 juin 1760, Voltaire dit : « sans avoir jamais vu M. Diderot (...) j'ai toujours respecté ses profondes connaissances. »

La rencontre date de 1765 : l'attention de Diderot est attirée par le Philosophe sans le savoir, présenté au public le 2 décembre 1765, qu'il apprécie tout particulièrement.

Diderot remanie son Catilina au point d'en modifier la focalisation et de devoir changer le titre en Terentia en 1775.

Les peintres

Étienne Maurice Falconet, Anna Dorothea Therbusch, Charles Van Loo, Jean-Honoré Fragonard, Claude Joseph Vernet (qui lui offre son tableau Fin de tempête en 1768), Allan Ramsay (rencontré en septembre 1765).

Sa famille

Dans la livraison de la Correspondance littéraire du 1er mars 1771 Grimm fait précéder l'Entretien d'un père avec ses enfants du texte suivant.

« 'Monsieur Diderot, maître coutelier à Langres, mourut en 1759, généralement regretté dans sa ville, laissant à ses enfants une fortune honnête pour son état, et une réputation de vertu et de probité désirable en tout état. Je le vis trois mois avant sa mort : en allant à Genève, au mois de mars 1759, je passai exprès par Langres, et je m'applaudirai toute ma vie d'avoir connu ce vieillard respectable. Il laissa trois enfants : un fils aîné, Denis Diderot, né en 1713, c'est notre philosophe; une fille d'un cœur excellent, et d'une fermeté de caractère peu commune, qui, dès l'instant de la mort de sa mère, se consacra entièrement au service de son père et de sa maison, et refusa par cette raison de se marier; un fils cadet, qui a pris le parti de l'Église : il est chanoine de l'église cathédrale de Langres, et un des grands saints du diocèse. C'est un homme d'un esprit bizarre, d'une dévotion outrée, et à qui je crois peu d'idées et de sentiments justes. Le père aimait son fils aîné d'inclination et de passion ; sa fille, de reconnaissance et de tendresse ; et son fils cadet, de réflexion, par respect pour l'état qu'il avait embrassé. »

  • Didier Diderot (1685-1759)[20]

Coutelier issu de la bourgeoisie, intègre et respecté. Malgré les tensions avec Denis, il lui transmettra ses préoccupations morales et un intérêt pour la technique, qui aidera Diderot dans sa rédaction de l’Encyclopédie.

  • Sa fille, Marie-Angélique (1753-2 décembre 1824).

Elle est aimée de son père et lui témoigne une grande admiration[21]. Elle donne en 1797 une notice historique sur Sedaine, à la Correspondance littéraire[22]. Il existerait (ou aurait existé) un portrait d'elle par Jacques Augustin Catherine Pajou et Louis Léopold Boilly. Claveciniste talentueuse, son père lui rapportera des partitions inédites de Carl Philipp Emanuel Bach, rencontré à Hambourg en revenant de Saint-Pétersbourg. Pieuse et soucieuses des intérêts financiers de son mari (Abel Caroillon de Vandeul), elle finira par nuire volontairement à la réception de l'œuvre de son père. Il existe une copie manuscrite (inédite) de 160 de ses lettres adressées à son ami Drevon[23], juge du tribunal à Langres entre 1805 et 1822[24].

Ses liaisons extra-conjugales

  • Bibliographie
  • Alice M. Laborde, Diderot et madame de Puisieux, Anma Libri (ISBN 978-0-915838-54-7) 
  • Alice M. Laborde, Diderot et l'amour, Anma Libri (ISBN 978-0-915838-22-6) 
  • Michel Corday, La vie amoureuse de Diderot, Paris, Ernest Flammarion, coll. « Leurs amours », 1928, 187 p. 

Le monde politique

Le monde politique n'est pas représenté dans les proches de Diderot (voir ci-dessous ses écrits en ce domaine). Toutefois, Diderot a pu profiter à différentes périodes de soutiens plus ou moins affichés. Lors de sa détention à Vincennes, on notera par exemple de l'intervention de Madame de Pompadour et l'édition de l'Encyclopédie bénéficiera du soutien de Malesherbes.

Les contributeurs de l'Encyclopédie

Article détaillé : Encyclopédiste.

Les ennemis

N'ayant pas vraiment eu d'ennemis personnels, les opposants de Diderot sont essentiellement ceux de l'Encyclopédie et du parti philosophique en général : Charles Palissot de Montenoy, Élie Fréron, Abraham Chaumeix,...

Article connexe : Cacouac.
  • Anne-Marie Chouillet (dir.), Les ennemis de Diderot (colloque), Klincksieck, 2000 (ISBN 978-2252028803) .

Les francs-maçons

Bien qu'il ne semble pas avoir été initié, Diderot est entouré de près de francs-maçons[25] : Louis de Jaucourt, André Le Breton, Montesquieu, Jean-Baptiste Greuze, Claude-Adrien Helvétius, Friedrich Heinrich Jacobi, Voltaire[26], Otto Hermann von Vietinghoff, Carlo Goldoni...

On notera également l'intérêt particulier qui lui est porté par des françs-maçons qui ne le connaitront pas de son vivant : Goethe, Guizot, Frédéric Bartholdi...

Autres

Diderot fut par ailleurs lié à Jacques-Henri Meister, Galiani[27], Damilaville, d'Holbach, Guillaume Le Monnier, l'abbé Raynal, André Le Breton, madame Geoffrin qui lui offre fin 1768 la trop luxueuse robe de chambre qui lui fera regretter l'ancienne, l'orfèvre Belle chez qui il fera quelques séjours (à Sèvres), David Garrick, Roland Girbal (son copiste[28]).

  • Rencontres en 1765

La princesse de Nassau-Sarrebruck, Julie de Lespinasse (amie de D'Alembert, qui offusquera d'être un personnage du Le Rêve de d'Alembert), Suzanne Curchod, Jacques-André Naigeon, Jean Jodin (un ami horloger genevois décédé en 1761, auteur de Les échappemens à repos comparés aux échappemens à recul, Lausanne, Marc Chapuis, 1762.).

  • Rencontres en 1769

Dom Léger Marie Deschamps, moine bénédictin, auteur d’un Vrai système que Diderot critique sévèrement dans la Correspondance littéraire pour ne pas avoir assez lu entre les lignes, comme lui expliquera l’auteur.

  • Rencontre en 1773

Diderot rencontre l'éditeur Marc-Michel Rey en Hollande. Il envisage avec lui une édition complète de ses œuvres qui ne verra pas le jour.

Les lieux de Diderot

Diderot était un sédentaire. Il n'aimait guère les voyages[29].

Langres

Une discrète plaque en pierre signale la naissance de Diderot sur la façade du n°6 (au niveau du premier étage) place Diderot (place Chambeau à l'époque). Selon Raymond Trousson[30], l'emplacement exact est le n° 9 de la place, au coin avec la rue du Grand-Cloître.

La place Chambeau a été renommée place Diderot à l'occasion du centenaire de sa mort et décorée de son effigie par Frédéric Bartholdi.

Diderot quitte Langres pour Paris en 1728 et n'y reviendra plus que pour quelques raisons impératives :

  • 1742/1743 : pour solliciter l'autorisation de se marier — refus.
  • octobre-novembre 1754.
  • 1759 : pour régler la succession de son père décédé.
  • 1770 : la préparation du mariage de sa fille.

Paris

Pauvre durant sa jeunesse, Diderot déménage fréquemment mais jamais loin du quartier latin[31].

Il fut enterré à l'église Saint-Roch, dans la chapelle de la Vierge. Celle-ci sera pillée à la Révolution et les corps jetés à la fosse commune.

Les séjours en France

Le voyage à Saint-Pétersbourg

Voir ci-dessus.

Iconographie

Célèbre de son vivant, Diderot a souvent été représenté en peinture ou en sculpture. Voici une liste — dont il est difficile de garantir l'exhaustivité — des portraits de Diderot effectués de son vivant. Les références sont complétées par l'avis du modèle sur son image, quand il nous est connu[34].

  • Jean-Baptiste Garand, portrait, 1760.
    • « Je n'ai jamais été bien fait que par un pauvre diable appelé Garand, qui m'attrapa, comme il arrive à un sot qui dit un bon mot. Celui qui voit mon portrait par Garand, me voit » (Salon, 1767).
  • Claude Bornet, portrait, 1763.
  • Étienne Maurice Falconet, buste, antérieur à 1767.
    • Citation|Je dirais seulement de ce mauvais buste, qu'on y voyoit les traces d'une peine d'âme secrète dont j'étais dévoré quand l'artiste le fit (Salon, 1767).
  • Marie-Anne Collot, différents bustes antérieurs à 1767. Du dernier d'entre eux, possédé par Grimm, Diderot dit :
    • « Il est bien, il est très bien. Il a pris chez lui Grimm la place d'un autre, que son maître M. Falconet avoit fait, et qui n'était pas bien. Lorsque Falconet eut vu le buste de son élève, il prit un parteau, et cassa le sien devant elle » (Salon, 1767).
  • Louis Michel van Loo, portrait, 1767, musée du Louvre.
    • « Moi, j’aime Michel, mais j’aime encore mieux la vérité. Assez ressemblant; très vivant ; c’est sa douceur, avec sa vivacité ; mais trop jeune, tête trop petite, joli comme une femme, lorgnant, souriant, mignard, faisant le petit bec, la bouche en cœur ; et puis un luxe de vêtement à ruiner le pauvre littérateur, si le receveur de la capitation vient l’imposer sur sa robe de chambre. L’écritoire, les livres, les accessoires aussi bien qu’il est possible, quand on a voulu la couleur brillante et qu’on veut être harmonieux. Pétillant de près, vigoureux de loin, surtout les chairs. Du reste, de belles mains bien modelées, excepté la gauche qui n’est pas dessinée. On le voit de face; il a la tête nue; son toupet gris, avec sa mignardise, lui donne l’air d’une vieille coquette qui fait encore l’aimable; la position d’un secrétaire d’État et non d’un philosophe. La fausseté du premier mouvement a influé sur tout le reste. C’est cette folle de madame Van Loo qui venait jaser avec lui, tandis qu’on le peignait, qui lui a donné cet air-là et qui a tout gâté. […] Il fallait le laisser seul et l’abandonner à sa rêverie. Alors sa bouche se serait entrouverte, ses regards distraits se seraient portés au loin, le travail de sa tête fortement occupée se serait peint sur son visage, et Michel eût fait une belle chose. Mon joli philosophe, vous me serez un témoignage précieux de l’amitié d’un artiste, excellent artiste, plus excellent homme. Mais que diront mes petits-enfants, lorsqu’ils viendront à comparer mes tristes ouvrages avec ce riant, mignon, efféminé, vieux coquet - là ! Mes enfants, je vous préviens que ce n’est pas moi. J’avais en une journée cent physionomies diverses, selon la chose dont j’étais affecté. J’étais serein, triste, rêveur, tendre, violent, passionné, enthousiaste ; mais je ne fus jamais tel que vous me voyez là. J’avais un grand front, des yeux très vifs, d’assez grands traits, la tête tout à fait du caractère d’un ancien orateur, une bonhomie qui touchait de bien près à la bêtise, à la rusticité des anciens temps. »(Salon, 1767).
  • Louis Michel van Loo, portrait dessin sur papier brun, sans date, musée du Louvre
Portrait grandeur nature de Denis Diderot par Jean-Baptiste Greuze, Pierpont Morgan Library.
  1. dessin, 1767, Tournus, musée Greuze.
  2. dessin, New York, Pierpont Morgan Library.
  • Anna Dorothea Therbusch, représentation de Diderot torse nu, vers 1767. Le portrait original semble être perdu mais il a été reproduit en émail par Pierre Pasquier et gravé ensuite par Pierre François Bertonnier pour l'édition Briére des Œuvres de Diderot. Brière a offert l'émail de Pasquier à M. François Guizot. La gravure de Bertonnier est reprise dans M.-C. Sahut, N. Volle, Diderot et l'art de Boucher à David, catalogue exposition Hôtel de la Monnaie, 5 octobre 1984-6 janvier 1985, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux (ISBN 2-7118-0283-3).
    • « Ses autres portraits sont froids, sans autre mérite que celui de la ressemblance, excepté le mien, qui ressemble, où je suis nu jusqu'à la ceinture, et qui, pour la fierté, les chairs, le faire, est fort au-dessus de Roslin et d'aucun portraitiste de l'Académie. Je l'ai placé vis-à-vis celui de Van Loo, à qui il jouait un mauvais tour. Il était si frappant, que ma fille me disait qu'elle l'aurait baisé cent fois pendant mon absence, si elle n'avait pas craint de le gâter. La poitrine était peinte très-chaudement, avec des passages et des méplats tout à fait vrais » (Salon, 1767).
  • Jean Honoré Fragonard, huile sur toile, vers 1769, musée du Louvre. Le fait qu'il s'agisse de Diderot est contesté, entre autres parce que le philosophe avait les yeux bruns et non bleus comme sur ce portrait[35].
  • Jean-Antoine Houdon,
  1. buste, 1771, musée du Louvre.
  2. buste, vers 1771, Troyes, musée des beaux-arts. Le 30 avril 1780, la ville de Langres organise un banquet inaugural d'un des bustes de Diderot par Houdon, que le philosophe venait d'offrir à la ville.
  3. 1773, Langres.
  4. buste, 1775, musée du Louvre.

Bibliographie

On ne reprend ici que les ouvrages généraux qui évoquent la vie de Diderot ou son œuvre dans une vision transversale ou thématique. Les ouvrages qui évoquent un texte en particulier trouvent leur place dans l'article qui lui est consacré. De nombreux ouvrages du début du 20e sièce ont été réédités dans les années 1960.

Les ouvrages qui évoquent l'Encyclopédie sont rassemblés dans la bibliographie de l'article qui lui est consacré.

Voir aussi : Bibliographie des Lumières.

  • Frederick A. Spear, Bibliographie de Diderot : répertoire analytique international, Genève, Droz, 1980
    Un second volume qui couvre les années 1976 à 1986 est paru chez le même éditeur en 1988.
     

Biographie et généralités

  • Raymond Trousson, Diderot jour après jour : chronologie, Paris, Champion, 2006 
  • Raymond Trousson, Denis Diderot ou le vrai Prométhée, Paris, Tallandier, 2005 
  • Michel Delon (dir.), Album Diderot, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 2004 
  • Anne-Marie Chouillet (dir.), Les ennemis de Diderot : colloque, Klincksieck, 2000 (ISBN 978-2-25202880-3) 
  • Raymond Trousson, Roland Mortier (éd.), Dictionnaire de Diderot, Paris, Honoré Champion, 1999 
  • Arthur M. Wilson, Diderot : sa vie et son œuvre, Paris, Robert Laffont, 1985
    Il s'agit de la traduction française de cet ouvrage de référence initialement publié en anglais.
     
  • Franco Venturi, La jeunesse de Diderot : 1713-1753, Paris, Albert Skira, imp. 1939 
  • Maurice Tourneux, Diderot et Catherine II, Paris, 1899 
  • Jacques-André Naigeon, Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Denis Diderot, Paris, 1821 

Œuvre de Diderot en général

  • Roger Lewinter, Diderot ou les mots de l'absence : essai sur la forme d’une œuvre, Paris, Champ Libre, 1976 (ISBN 2-85184-056-8) 
  • Paul Vernière, Diderot : ses manuscrits et ses copistes, Paris, Klincksieck, 1967 

Correspondance de Diderot

  • Benoît Melançon, Diderot épistolier : contribution à une poétique de la lettre familière au XVIIIe siècle, Fidès, 1996 [lire en ligne (page consultée le 26/07/2010)] 
  • Jean Varloot et Georges Roth, Denis Diderot : correspondance, éditions de Minuit, 1955-1970 
  • Lester Gilbert Krakeur, La correspondance de Diderot : son intérêt documentaire, psychologique et littéraire, New York, 1939 

La pensée de Diderot

  • Ida Hisashi, Genèse d'une morale matérialiste : les passions et le contrôle de soi chez Diderot, Paris, Champion, coll. « Les dix-huitièmes siècles », 2001 
  • Manlio D. Brusnelli, Diderot et l'Italie : reflets de vie et de culture italiennes dans la pensée de Diderot, Paris, Champion, 1925 
  • Paolo Quintili, La pensée critique de Diderot : matérialisme, science et poésie à l’âge de l’Encyclopédie (1742-1782), Honoré Champion, 2001, 576 p. (ISBN 978-2-7453-0423-0) 
  • R. Loyality Cru, Diderot as a disciple of English thought, New York, 1913 
  • Jean Thomas, L'humanisme de Diderot, Paris, 1932 
  • Alice Scheyer, Diderot als universaler Denker, Berlin, 1932 
  • Jean Oestreicher, La pensée politique et économique de Diderot, Vincennes, 1936 
  • Ivan Kapitonovic Luppol, Diderot : ses idées philosophiques, Paris, 1936 
  • Hajo Brugmans, Diderot (1713-1784) : aan de bron van het moderne denken, Amsterdam, 1937 
  • Joszef Szigeti, Diderot. Une grande figure du matérialisme militant du 18e siècle, Budapest, 1962
  • Henri Lefebvre, Diderot ou les affirmations fondamentales du matérialisme, Paris, 1949
  • Urs App, The Birth of Orientalism, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2010 (ISBN 978-0-8122-4261-4)
    sur le rôle de Diderot dans la découverte européenne du bouddhisme et de l'hindouisme : p. 133-187

Art, esthétique, critique

  • Anne Elisabeth Sejten, Diderot ou Le défi esthétique: les écrits de jeunesse : 1746-1751, Vrin, 1999 (ISBN 978-2-7116-1365-6) 
  • Diderot : les beaux-arts et la musique : actes du colloque international, Aix-en-Provence, 14, 15 et 16 décembre 1984, Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence, Centre aixois d’études et de recherches sur le XVIIIe siècle, 1986 (ISBN 2-85399-143-1) 
  • Jean-Michel Bardez, Diderot et la musique, Paris, Champion, 1975 
  • Werner Leo, Diderot als Kunstphilosoph, Diss. Erlangen, 1918 
  • Bessie Roberts, Les idées de Diderot sur la poésie, Liverpool, 1941
  • René Crevel, Le clavecin de Diderot, Paris, 1932 
  • R. L. Evans, Diderot et la musique, Birmingham, 1932 
  • Yvon Belaval, L'esthétique sans paradoxe de Diderot, Paris, 1950
  • Marie-Luise Roy, Die Poetik Diderots, München, 1966

Théâtre

  • Alain Ménil, Diderot et le drame : théâtre et politique, Presses Universitaires de France, 1995 (ISBN 978-2-13-047057-1) 

Sciences

  • Fernand Paitre, Diderot biologiste, Lyon, 1904 

Éducation

  • Jean-Marie Dolle, Diderot et les problèmes de l'éducation, Vrin, 1973 

Réception de Diderot

  • Raymond Trousson, Images de Diderot en France : 1784-1913, Paris, Champion, 1997 
  • Manlio Duilio Busnelli, Diderot et l'Italie : reflets de vie et de culture italiennes dans la pensée de Diderot, avec des documents inédits et un essai bibliographique sur la fortune du grand encyclopédiste en Italie, Paris, 1925 

Revues et sociétés savantes consacrée à Diderot

Références

  1. Extrait du registre des baptêmes de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Langres (1713), disponible aux archives départementales de la Haute-Marne : Le 6 octobre 1713 a été baptisé Denis, né d'hier, fils du légitime mariage de Didier Diderot, maître coutelier, et d'Angélique Vigneron, ses père et mère. Le parrain Denis Diderot, coutelier, la marraine Claire Vigneron, et qui ont signé avec le père de l'enfant. Sur la date exacte de sa naissance, voir George R. Havens, « The Dates of Diderot's Birth and Death » in Modern Language Notes, vol. 55, n° 1 (janvier 1940), p. 31-33
  2. Sur Didier-Pierre et ses relations avec son frère, consulter : Chanoine Marcel, Le frère de Diderot : Didier-Pierre Diderot : chanoine de la cathédrale et grand archidiacre du diocèse, fondateur des écoles chrétiennes de Langres, Paris, Champion, 1913 (disp. à la Bibliothèque nationale de France).
  3. Son testament du 25 septembre 1786
  4. Alors située sur l'île de la Cité, cette église du XIIIe siècle est aujourd'hui détruite. L'église Saint-Séverin a hérité de son portail, toujours visible, donc. Saint-Pierre-aux-Bœufs partageait avec quelques rares paroisses le privilège des mariages quasi-clandestins, qui n'avaient pas reçu le consentement des parents.
  5. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs à Paris : Denis Diderot, bourgeois de Paris, fils majeur de Didier Diderot, maitre coutelier, et d'Angélique Vigneron et Anne-Toinette Champion, demeurant rue Poupée, paroisse Saint-Séverin furent unis le 6 novembre 1743 en présence de Marie Maleville, demeurant rue Saint-Séverin, de Jacques Bosson, vicaire de Saint-Pierre-aux-Bœufs, de Jean-Baptiste Guillot, ancien chanoine de Dôle, et d'un voisin de l'épouse. (Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte partiellement transcrit par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 495).
  6. Philippe Folliot propose ici une traduction du texte de Shaftesbury suivi du texte de Diderot.
  7. Malgré les soutiens extérieurs, comme celui de Voltaire et les interventions d'Émilie du Châtelet qui parvient à faire assouplir ses conditions de détention.
  8. Sur ce voyage consulter : Maurice Tourneux, Diderot et Catherine II, Paris, C. Lévy, 1899
    Disponible dans Gallica.
      ; Roland Mortier, Diderot en Allemagne : 1750-1850, Paris, Presses universitaires de France, 1954
    Lire en particulier les pages 30 à 47.
      ; Denis Diderot, Voyage en Hollande, La Découverte, 1982 (ISBN 978-2-7071-1279-8)  ;

    Gilles Dutertre, Les Français dans l’histoire de la Lithuanie, L’Harmattan, 2009  ; Denis Diderot, introd. et notes d'Yves Benot, Over Holland : een journalistieke reis 1773-1774, Amsterdam, Antwerpen, Contact, 1994  ;

    Paul Ledieu, « Le voyage de Saint-Pétersbourg », dans Revue des vivants, no 2, 1928, p. 933-950 
  9. Extrait du registre paroissial de l'église Saint-Roch à Paris : L’an 1784, le 1er août, a été inhumé dans cette église M. Denis Diderot, des académies de Berlin, Stockholm et Saint-Pétersbourg, bibliothécaire de Sa Majesté Impériale Catherine seconde, impératrice de Russie, âgé de 71 ans, décédé hier, époux de dame Anne-Antoinette Champion, rue de Richelieu, de cette paroisse, présents : M. Abel- François-Nicolas Caroilhon de Vandeul, écuyer, trésorier de France, son gendre, rue de Bourbon, paroisse Saint-Sulpice ; M. Claude Caroilhon Destillières, écuyer, fermier général de Monsieur, frère du Roi, rue de Ménard, de cette paroisse ; M. Denis Caroilhon de la Charmotte, écuyer, directeur des domaines du Roi, susd. rue de Ménard, et M. Nicolas-Joseph Philpin de Piépape, chevalier, conseiller d’État, lieutenant général honoraire au bailliage de Langres, rue Traversière, qui ont signé avec nous, curé : Caroilhon de Vandeul, Caroilhon Destillières, Naigeon, Cochin, Caroilhon de la Charmotte, Michel..., Marduel, curé. (Registre détruit par l'incendie de 1871 mais acte recopié par l'archiviste Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1867, page 496).
  10. Voir à ce sujet Hubert Juin, Diderot : lettres d'amour, in Magazine littéraire n° 204 (février 1984).
  11. Le mot est effectivement utilisé dans la lettre mais il reste difficile de prétendre qu'il s'agit bien d'une invention de Diderot. Consulter l'article calembour pour les détails sur l'histoire de ce mot.
  12. Pierre Hermand, Les idées morales de Diderot, Georg Olms Verlag, 1972 (ISBN 3-487-04346-7).
  13. Avédik Mesrobian, Les conceptions pédagogiques de Diderot, Ayer Publishing, 1972 (ISBN 0-8337-4270-1 et 9780833742704) ; Roland Mortier, The philosophes and public education. In : Yale French Studies, n° 40, Literature and Society: Eighteenth Century (1968), p. 62-76.
  14. R. R. Palmer, A mystery explored : the De l'education publique attributed to Denis Diderot. In : The Journal of Modern History, vol. 57, n° 1 (Mar., 1985), p. 1-23.
  15. http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RHLF_051_0079
  16. Rapporté par Michel Delon dans sa notice présentant Ceci n'est pas un conte, Œuvres complètes de Diderot, vol. 1 : Contes et romans, Paris, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, 2004.
  17. Source : http://epheman.perso.neuf.fr/mai31.html#censurediderot
  18. Voir : Franck Salaün (dir.), , Desjonquères, 2006 (ISBN 2-84321-082-8)  ; http://www.fabula.org/revue/document1439.php
  19. Ce château fut presque entièrement détruit en 1949. Il n'en reste que la ferme, qui date du XVIIe siècle et qui abrite aujourd'hui le centre culturel communal.
  20. Hubert Gautier, Le Père de Diderot : son testament, sa succession : patrimoine d'un maître coutelier langrois vers le milieu du XVIIIe siècle, Moulins, impr.-édit. Crépin-Leblond, 1933.
  21. Voir J. Massiet du Biest, La fille de Diderot, Tour, 1949 ; Corinna Gepner, Angélique Diderot ou l'amour d'un père. In : Lunes (revue éditée à Evreux), 2002, n° 18, p. 41-47.
  22. La correspondance littéraire, vol. 16. Paris, Garnier Frères, 1882. P. 234.
  23. S'agit-il de Joseph-Claude Drevon, avocat, exerçant à Langres, député suppléant pour le tiers-état du bailliage de Langres ?
  24. La copie, soignée date de 1925; elle compte plus de 200 pages in-4. Voir : le lot 24 de ce catalogue de vente de 2007
  25. Sur les rapports de Diderot avec les francs-maçons, consulter France Marchal, La culture de Diderot, Paris, Honoré Champion, 1999, p. 104-118.
  26. Voltaire ne fut admis à la Loge des Neuf Sœurs que peu de temps avant sa mort. Au cours de sa vie, il n'a jamais intégré la confrérie bien que ses idées en furent proches.
  27. Voir Rosena Davison, Diderot et Galiani : étude d'une amitié philosophique, Oxford, Voltaire Foundation at the Taylor Institution, 1985.
  28. Voir : De Booy, Diderot et son copiste Roland Girbal. In : French Studies, 1962, vol. XVI, p. 324-333.
  29. Voir : [1].
  30. Raymond Trousson, Denis Diderot, Paris, Tallandier, 2005, p. 19.
  31. Pour un aperçu plus large des lieux parisiens associés à Diderot, voir ce rescencement.
  32. Exempt du Prévost de l’Isle [de France]. Voir : Georges Roth, Diderot : correspondance, Paris, éd. de Minuit, 1955–70, I, p. 53) ; Almanach Royal, 1757.
  33. Il pourrait s'agir du bâtiment qui est toujours situé à cette adresse. Voir : [2].
  34. A propos de ces commentaires, consulter Marc Buffat, Ecco il vero pulcinella in Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 18-19, oct. 1995, pp. 55-70.
  35. Marie-Anne Dupuy-Vachey, Fragonard : les plaisirs d'un siècle : [catalogue de l'exposition, Paris, Musée Jacquemart-André, 2007], Paris, Culturespaces, 2007.

Voir aussi

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