Athena

Athéna

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Athéna contemplative, bas-relief, v. 460 av. J.-C., musée de l'Acropole d'Athènes

Athéna ou Athéné (en attique Ἀθηνᾶ / Athênã ou en ionien Ἀθήνη / Athếnê) est une déesse de la mythologie grecque, identifiée à Minerve chez les Romains. Elle est également appelée « Pallas Athéna » déesse de la guerre, de la sagesse, des artisans, des artistes et des maîtres d'écoles.

Sommaire

Naissance

Athéna est la fille de Zeus et de Métis (une Océanide), déesse de la raison et de la prudence. Ouranos, le Ciel étoilé, prévient Zeus qu'un fils né de Métis lui prendrait son trône. Par conséquent, dès qu'il apprend que Métis est enceinte, Zeus prend le parti de l'avaler[1]. Mais quelques mois plus tard, il ressent de terribles maux de tête sur les bords du lac Triton[2] (pour certains auteurs, il s’agit d’une source ou d’une rivière). Il demande alors à Héphaïstos, le dieu forgeron (selon d'autres auteurs, il s'agissait de Prométhée. Il semble que la mythologie soit en conflit avec sa propre chronologie : Héphaïstos était le fils de Zeus et de Héra, qui s'unirent bien après la naissance d'Athéna, ou même d'Héra seule, sans l'aide d'aucun mâle, qui l'aurait enfanté par dépit après la naissance d'Athéna.), de lui ouvrir le crâne d'un coup de hache, pour le libérer de ce mal : c'est ainsi qu'Athéna jaillit, brandissant sa lance et son bouclier, de la tête de Zeus, en poussant un puissant cri de guerre. Par la suite, Athéna est considérée comme la fille de Zeus seul. Ainsi, chez Eschyle, déclare-t-elle : « Je n'ai pas eu de mère pour me donner la vie[3]. »

Très vite, elle rejoint les dieux de l'Olympe, où elle prend une place importante. L’Iliade, l'Odyssée comme les Hymnes homériques la représentent comme la favorite de Zeus, celle à qui il ne peut rien refuser. Tout comme Zeus, elle tient l'égide et peut lancer la foudre et le tonnerre. On invoque son nom à côté de ceux de Zeus et Apollon dans les serments solennels. Elle est la déesse de la Cité, mais c'est comme déesse de la sagesse, représentée par la chouette et par l'olivier, qu'elle s'impose et en vient à symboliser la civilisation grecque au cours des siècles, jusqu'à nos jours.

À l'instar d'Hestia et d'Artémis, Athéna est une déesse vierge, à qui on ne connaît pas d'aventures. Pour autant, elle est l'objet des avances d'Héphaïstos ; alors que celui-ci la poursuit, son sperme se répand sur la cuisse de la déesse qui l'essuie avec de la laine (ἔριον / érion) qu'elle jette à terre (χθών / khthốn) ; la terre ainsi fécondée donne naissance à Érichthonios, qu'Athéna recueille et élève[4].

Rôles

Elle est la protectrice d'Athènes et elle est la marraine des héros.

Protectrice d'Athènes

Athéna Varvakeion, copie de l'Athéna chryséléphantine de Phidias

Selon la légende de Cécrops, Athéna et Poséidon se sont disputés la possession de l'Attique. Ils choisissent comme arbitre Cécrops, le premier roi du territoire. Poséidon frappe l'Acropole de son trident et en fait jaillir un étalon noir invincible au combat, ou dans d'autre légende un lac salé. Athéna, elle, offre un olivier. Cécrops juge le présent de la déesse bien plus utile pour son peuple, et c'est elle qui devient protectrice d'Athènes.

Selon Varron[5], Cécrops demande aux habitants d'Athènes (les femmes comprises) de choisir eux-mêmes leur protecteur. Les hommes préfèrent le cheval, susceptible de leur apporter la victoire dans la bataille. Les femmes quant à elles préfèrent l'olivier. Les femmes, plus nombreuses d'une voix, font pencher la balance en faveur d'Athéna. Furieux, Poséidon submerge l'Attique sous les flots. Pour apaiser sa colère, les Athéniens doivent imposer aux femmes trois punitions : elles n'auront plus le droit de vote ; aucun enfant ne portera le nom de sa mère ; et, enfin, elles ne seront plus appelées Athéniennes.

Tétradrachme Athénien.

Par la suite, Athéna élève un autre roi mythique, Érichthonios. Il lui dresse l'Érechthéion, le plus ancien sanctuaire de l'Acropole, dont les premières prêtresses ne sont autres que les filles de Cécrops, Aglaure, Pandrose et Hersé, c'est-à-dire respectivement le beau temps, la rosée et la pluie, tous trois dons d'Athéna. Il crée également en son honneur les Panathénées, destinées à fêter l'anniversaire de la déesse, la plus grande fête religieuse d'Athènes. En tant que divinité civilisatrice, les Athéniens la vénèrent également pour leur avoir appris à utiliser l'araire, et l'attelage des bœufs. Au total, Athéna est la divinité poliade (Πολιάς, « protectrice de la cité ») d'Athènes, et c'est ainsi qu'on la retrouve sur les monnaies de cette ville.

Athéna est, comme Artémis, vierge, et tient beaucoup à sa virginité ; elle fut donc surnommée Parthénos (jeune fille) d'où le nom du grand temple d'Athènes sur l'Acropole, le Parthénon.

Conseillère des héros

Héraclès entrant dans l'Olympe accompagné par Athéna, olpè attique à figures noires, 550-530 av. J.-C., musée du Louvre

Comme Hermès, son demi-frère, elle se charge souvent de protéger les héros. C'est le cas dans la guerre de Troie, où après avoir été refusée par Pâris dans le jugement du mont Ida, elle prend parti pour les Grecs. Elle protège tout particulièrement Diomède. Après la guerre, elle protège Ulysse et surtout Télémaque, sous les traits de Mentor. Elle apaise la colère des Érinyes et fait acquitter Oreste par l'Aréopage.

Elle aide également Héraclès (Hercule) à accomplir ses douze travaux, et Persée à tuer Méduse, dont la tête coupée orne ensuite son égide. C'est elle qui conseille Cadmos, le fondateur de Thèbes, lui enjoignant de tuer le dragon puis de semer ses dents pour susciter une armée hors de terre. Elle indique à Bellérophon comment dompter Pégase. Par la suite elle se rendit sur le trône provoquant Zeus.

Déesse de la guerre, de la pensée, des armes et de la sagesse

Il peut sembler étrange que la déesse de la sagesse naisse en armes et soit également la déesse du combat. Pourtant, ses épiclèses le montrent : elle est Athéna Πρόμαχος / Prómakhos, celle qui combat au premier rang, ou encore Athéna Νίκη / Níkê, déesse de la victoire — bien des représentations la montrent d'ailleurs tenant Nikê, personnification de la victoire, dans la main, tout comme c'est le cas de Zeus. L'Hymne homérique à Athéna indique ainsi :

« Je chanterai Pallas Athènaiè, puissante protectrice des villes, et qui s'occupe, avec Arès, des travaux guerriers, des villes saccagées, des clameurs et des mêlées. Elle protège les peuples qui vont au combat ou qui en reviennent. Salut, Déesse ! Donne-moi la bonne destinée et la félicité[6]. »

Ce sont ses conseils qui guident les dieux lors de la gigantomachie, et selon certaines traditions, elle tue elle-même le Géant Pallas, ce qui lui aurait valu son nom de « Pallas Athéna ».

Il n'est pas anodin que les sages grecs aient revêtu Athéna d'attributs guerriers : la guerre est omniprésente dans le monde des cités grecques ; la sagesse implique que la cité soit protégée non seulement spirituellement, mais aussi physiquement. Athéna, par son côté guerrier représente davantage l'art de bien se protéger et de prévoir les combats à venir, que l'art du combat lui-même, incarné par Arès dans sa sauvagerie meurtrière. Athéna incarne l'aspect plus ordonné de la guerre, la guerre qui obéit à des règles, celle qui se fait en certains lieux, à certaines périodes, et entre les citoyens.

Patronne des artisans et des techniques

Pallas et le centaure, par Botticelli (1482)

Enfin, Athéna est une déesse civilisatrice, comme nous l'avons vu à Athènes, qui la vénère entre autres pour le don de techniques agricoles. C'est elle toujours qui montre à Érichthonios comment fabriquer un char[7], et à Danaos, à Rhodes, comment concevoir un navire à cinquante rames — son rôle est similaire dans la légende des Argonautes, c'est elle qui montre comment construire l'Argo. Elle est la protectrice des artisans et des travailleurs sous son épithète d'Ἐργάνη / Erganê, « la travailleuse ».

Tout ce qui est filé ou cousu est de son domaine, comme le montre par ailleurs la fable d'Arachné, transformée en araignée pour avoir osé prétendre qu'elle filait mieux que la déesse. De nombreuses représentations la montrent tenant un fuseau ou un rouet[8].

Enfin, elle est aussi Ὑγεία / Huy-dat, la protectrice de la santé familiale.

Étymologie

Le nom, attesté en mycénien, n'a pas d'étymologie certaine[9] L'origine de son nom, selon certains, vient de la racine indo-européenne ath- signifiant probablement « tête » ou « sommet », car née (selon la légende relatée ci-dessous) de la tête de Zeus[10].

La ville d'Athènes aurait la même origine étymologique, l'Acropole située au sommet de la colline du même nom, constituant probablement le « noyau fondateur » de la ville, dont Athéna est devenue la protectrice.

Épithètes, attributs et sanctuaires

  • Épithètes homériques :
    • aux yeux pers (γλαυκῶπις / glaukôpis),
    • de bon conseil (πολύϐουλος / polyboulos),
    • fille de Zeus porte-égide (θύγατερ Διὸς αἰγιόχοιο / tygater Dios aigiokhoio) ;
  • Ses attributs : l'égide, l'olivier, la lance, le casque, le gorgoneion ;
  • Son animal favori : la chouette ;
  • Sanctuaires : culte reconnu à Tirynthe ; sanctuaire d'Athéna Khalkiokos (« à la Maison de Bronze ») à Sparte ; sanctuaire d'Athéna Aléa à Tégée ; Érechthéion d'Athènes, qui abrite le Palladium ; Sanctuaire d'Athéna à Lindos, dans l'île de Rhodes, un haut lieu de culte fondé par les Doriens et à Athènes, son sanctuaire principal.

Notes

  1. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne] (886-900).
  2. Eschyle, Euménides [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 293).
  3. Les Euménides (736). Issu de la traduction de Victor-Henri Debidour pour De Fallois, 1999.
  4. Premières mentions dans les Catastérismes du pseudo-Ératosthène (13), qui cite Euripide dans une pièce perdue ; ensuite Bibliothèque (III, 14, 6) et Hygin, Fables (CLXVI, 3-4).
  5. Cité par Augustin d'Hippone La Cité de Dieu (XVIII, 9).
  6. Extrait de la traduction de Leconte de Lisle, 1868.
  7. Hymnes homériques [détail des éditions] [lire en ligne] (à Aphrodite, 7-15).
  8. Virgile, Géorgiques [détail des éditions] [lire en ligne] (IV, 246-247) et Ovide, Métamorphoses [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 5-145).
  9. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, Paris, 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4), s.v. Ἀθήνη, p.27b-28a.
  10. Dictionnaire des noms de lieux - Louis Deroy et Marianne Mulon (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X)

Voir aussi

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  • (fr) Robert Bowie Johnson, Athena ou le Jardin d'Eden, Jardin des Livres, Paris, 2006 (ISBN 978-2914569545)
  • (fr) Robert Bowie Johnson, Le Code du Parthénon, Jardin des Livres, Paris, 2008 (ISBN 978-2914569613)
  • (en) Susan Deacy, Athena, Routledge, New York, 2006 (ISBN 0-415-30066-5)
  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press, 1993 [détail de l’édition], p. 83-87.

Liens externes

Sur l'origine indo-européenne d'Athéna:

http://www.indo-europeens.info/mythologie_comparee.html


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