Picard

Picard
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Picard
Ch'ti, ch’timi ou rouchi
Parlée en France, Belgique
Région Nord de la France, ouest de la Belgique romane
Nombre de locuteurs au moins 500.000 hors Belgique
Typologie SVO
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle de langue régionale endogène de Belgique
Codes de langue
ISO 639-2 roa[1]
ISO 639-3 pcd
IETF pcd
Échantillon
Article premier de la Déclaration des Droits de l'Homme (voir le texte en français)

Tous chés ètes humains is sont nés libes et égals in dignité et pi in drouots. Is sont dotés ed raison et d' conschienche et pi is doétte agir les uns invèrs les eutes din un ésprit ed fratérnité.

ooOoo

Extrait de Canchon Dormoire d'Alexandre Desrousseaux - 1853 (ou : le P'tit Quinquin)

Dors, min p'tit quinquin,
Min p'tit pouchin min gros rojin,
Te m'fras du chagrin,
Si te n'dors point ch'qu'à d'main.

Ainsi l'aut' jour, eun pauv' dintelière,
In amiclotant sin p'tit garchon
Qui, d'puis tros quarts d'heure, n'faijot qu'braire,
Tâchot d'lindormir par eun' canchon.
Ell' li dijot : Min Narcisse,
D'main t'aras du pain n'épice
Du chuc à gogo

Si t'es sache et qu'te fais dodo.

Le picard est une langue romane traditionnellement parlée en France dans les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie ainsi que dans l’ouest de la Belgique romane (plus précisément dans la province du Hainaut, à l’ouest d’une ligne Rebecq-Beaumont-Chimay). Le picard est un élément de l'ensemble dialectal traditionnellement désignés comme langue d'oïl.

Pour désigner cette langue, on utilise le plus souvent picard dans la région Picardie et les mots ch’ti et ch’timi dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (rouchi dans la région de Valenciennes). Cependant, la plupart des locuteurs concernés ont le sentiment d'user d'un patois -terme péjoratif délibérément utilisé par les linguistes à l'époque où l'Instruction Publique avait pour mission de répandre l'usage du français sur l'ensemble du territoire et notamment dans les campagnes. Les linguistes, quant à eux, emploient maintenant le terme picard. En effet, qu’on l’appelle picard ou ch’ti, il s’agit de la même langue, les variétés parlées en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique étant largement intercompréhensibles et partageant des caractéristiques morphosyntactiques fondamentalement communes.

Sommaire

Reconnaissance

La Communauté française de Belgique a reconnu officiellement le picard comme langue régionale endogène à part entière, aux côtés du wallon, du gaumais (lorrain), du champenois et du francique (décret du 24 décembre 1990).

Il n’en va pas de même de la France, qui n’a pas franchi ce pas, conformément à sa politique d’unité linguistique, en vertu de laquelle la Constitution française ne reconnaît qu’une langue officielle, ignorant toutes les autres. Certains rapports officiels ont pourtant reconnu le picard comme une langue à part entière, distincte du français.

On peut citer à ce sujet un extrait du rapport sur les langues de la France rédigé par Bernard Cerquiglini, directeur de l'Institut national de la langue française (branche du CNRS), à l’intention du ministre de l’Éducation nationale, de la recherche et de la technologie et du ministre de la Culture et de la Communication (avril 1999)[2] :

« L’écart n’a cessé de se creuser entre le français et les variétés de la langue d’oïl, que l’on ne saurait considérer aujourd’hui comme des « dialectes du français » ; franc-comtois, wallon, picard, normand, gallo, poitevin-saintongeais, bourguignon-morvandiau, lorrain doivent être retenus parmi les langues régionales de la France ; on les qualifiera dès lors de « langues d’oïl », en les rangeant dans la liste [des langues régionales de la France]. »

Le picard bénéficie néanmoins, comme toutes les autres langues de France, des actions menées par la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France du Ministère de la Culture.

Origine et variation dialectale

L'aire d'extension des langues d'oïl, avec au nord le Picard

Le picard fait partie des langues d’oïl (comme le français) et appartient à la famille des langues gallo-romanes. C’est d’ailleurs aux langues d’oïl que l’on fait référence lorsque l’on parle d’ancien français.

On ne confondra pas le dialecte picard, tel qu’il est et a été parlé, avec ce que l’on appelle « le picard » dans l’histoire de la littérature française. Dans ce dernier cas, il s’agit d’un ensemble de variétés utilisées à l’écrit (scriptae) dans le Nord de la France dès avant l’an 1000 et bien sûr marquées par des traits dialectaux picards ; ces scriptae voisinaient avec d’autres variétés écrites, comme le champenois et l’anglo-normand (le Sud de la France utilisait alors un ensemble de variétés, hétérogènes elles aussi, souvent désignées comme constituant la langue d’oc, ou occitan).

Le picard est phonétiquement assez bien différencié des langues d’oïl centrales, qui donneront naissance au français ; parmi les traits les plus remarquables, on peut noter une évolution moins marquée en picard des phénomènes de palatalisation, qui frappent dans les langues d’oïl /k/ ou /g/ devant /y/ (son initial de yacht), /i/ et /e/ toniques, ainsi que devant /a/ et /ɔ/ (/o/ ouvert de porte) toniques pour l'ancien français central mais pas le picard[réf. souhaitée] :

  • picard keval ~ ancien français cheval (prononcé tcheval), de *kábal (latin vulgaire cáballus) : maintien du /k/ originel en picard devant /a/ et /ɔ/ toniques ;
  • picard gambe ~ ancien français jambe (prononcé djambe), de *gámbe (latin vulgaire gámba) : absence de palatalisation de /g/ en picard devant /a/ et /ɔ/ toniques ;
  • picard kief (prononcé kyéf) ~ ancien français chief (prononcé tchiéf), de *káf (latin cáput) : palatalisation moins importante du /k/ en picard ;
  • ancien picard cherf (prononcé tchèrf) ~ ancien français cerf (prononcé tsèrf), de *kárf (latin cérvus) : palatalisation simple en picard, palatalisation puis assibilation en ancien français.

On peut résumer ces effets de palatalisation ainsi :

  • /k/ + /y/, /i/ ou /e/ (toniques) : ancien picard /ʧ/ (prononcé tch et noté par ch) ~ ancien français /ts/ (noté par c) ;
  • /k/ et /g/ + /a/ ou /ɔ/ toniques : picard /k/ et /g/ ~ ancien français /ʧ/ (noté ch) et /ʤ/ (prononcé dj comme dans djebel et noté par j).

Ainsi, l’on en arrive à des oppositions frappantes, telles que l'ancien picard cachier (prononcé catchyér) ~ ancien français chacier (prononcé tchatsiér, lequel deviendra plus tard chasser, forme du français moderne).

Du fait du voisinage entre l’aire du picard et Paris, le français, c’est-à-dire principalement l’ensemble de langues parlées dans le bassin parisien, influença beaucoup le picard. De cette proximité entre le picard et le français vient d’ailleurs la difficulté à le reconnaître comme une langue à part plutôt que comme « une déformation du français », comme on le pense souvent. On notera d'ailleurs l'ambivalence de cet article sur ce point (voir paragraphes précédents).

Le picard se manifeste comme un ensemble de variétés, extrêmement proches cependant. Une énumération précise reste difficile en l’absence d’études spécifiques sur la variation dialectale, mais on peut probablement distinguer provisoirement les principales variétés suivantes : Amiénois, Vimeu-Ponthieu, Vermandois, Thiérache, Beauvaisis, « ch'ti mi » (ex-bassin minier, Lille), variétés circum-lilloises (Roubaix, Tourcoing, Mouscron, Comines), Tournaisien, « rouchi » (Valenciennois) et Borain, Artésien rural, Boulonnais et formes spécifiques du littoral (Gravelines, Grand Fort Philippe, Calais). Ces variétés se définissent par des traits phonétiques, morphologiques ou lexicaux spécifiques, et parfois par une tradition littéraire particulière.

Classification Linguasphere

L'observatoire linguistique Linguasphere distingue treize variantes du picard :

  • laonnais (Aisne nord est)
  • vermandois (Aisne nord ouest)
  • noyonnais (Oise nord est)
  • amiénois (Somme et Oise nord)
  • vimeu (Somme ouest)
  • marquenterre (Somme nord et Pas de Calais sud ouest)
  • boulonnais-paysan (Pas de Calais ouest)
  • boulonnais-marin (Pas de Calais ouest)
  • calaisien (Pas de Calais nord ouest)
  • ternois (Pas de Calais centre)
  • arrageois (Pas de Calais sud)
  • ch-ti-mi (Nord et Flandre ouest)
  • hennuyer (Hainaut et Nord)

Différences entre picard du sud et picard du nord

On peut en gros voir deux grandes régions où sont très répandues les deux variétés de picard les plus connues : le Nord-Pas-de-Calais d’une part, et la Somme, d’autre part. On remarque surtout plusieurs différences régulières et nettes entre les deux types de parlers, ainsi :

  • Oé/O : Sud : J’étoé ; Nord : J’étos (J’étais)
  • Ieu/Iau : Sud : Catieu ; Nord : Catiau (Château)
  • Tch/K : Sud : Tchien ; Nord : Kien (Chien)
  • Oin/On : Sud : Boin ; Nord : Bon (Bon)

Conjugaison de quelques verbes

  • Être : (je, tu, il, elle, nous, vous, ils)
    • Indicatif présent : Ej'sus, t'es, i'est, al'est, in'est, vos êtes, i sont.
    • Indicatif imparfait : j'étos, t'étos, i'étot, al'étot, in'étot, vos étotes', i'z'étotent.
    • Futur : Ej's'rai, té s'ras, i s'ra, al's'ra, in s'ra, vos s'rez, i's'ront.
    • Conditionnel : Ej's'rais, té s'rais, i s'rait, al s'rait, in's'rait, vos sérotes, i sérotent.
    • Subjonctif présent : qué's seuche, qu'té seuches, qu'i seuche, qu'al seuche, qu'in seuche, qu'vos seuchiez, qu'i seuch't.
    • Impératif : So (se dit aussi seuche), soïons, soïez
  • Avoir : (je, tu, il, elle, nous, vous, ils)
    • Indicatif présent : J'ai, t'as, i'a, al'a, in'a, vos avez, i z'ont.
    • Indicatif imparfait : j'avos, t'avos, i'avot, al'avot, in'avot, vos avotes', i'z'avotent.
    • Futur : J'aro, t'aras, i ara, al ara, in ara, vos arez, i z'aront.
    • Conditionnel : J'arais, t'arais, i arait, al arait, in arait, vos auriotes, i z'auriotent.
    • Subjonctif présent : qu'j'aiche, qu't'aiches, qu'i aiche, qu'al aiche, qu'in aiche, qu'vos aichiez, qu'i z'aichïaitent.
    • Impératif : Aiche, aichons, aichez
  • Aller (s'en) : (je, tu, il, elle, nous, vous, ils)
    • Indicatif présent : J'm'in va, té t'in vas, i s'in va, al s'in va, in s'in va, vos vos in allez, i s'in vont.
    • Indicatif imparfait : j'm'in allos, té t'in allos, i s'in allot, al s'in allot, in s'in allot, vos vos in allotes, i s'in allotent.
    • Futur : J'm'in iro, té t'in iras, i s'in ira, al s'in ira, in s'in ira, vos vos in irez, i s'in iront.
    • Conditionnel : J'm'in iros, té t'in iros, i s'in irot, al s'in irot, in s'in irot, vos vos in irotes, i s'in irotent.
    • Subjonctif présent : qu'j'alle, qu't'alles, qu'i alle, qu'al alle, qu'in alle, qu'vos allotes, qu'i z'all'tent.

Quelques mots et expressions

  • Expressions typiques
    • Ferme eut'bouque: tin nez i vô queire éd'dins ! : Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans ! → Reprends-toi, fais quelque chose !
    • I’n’faut pas qu’ches glaines i cantent pus fort que’ch’co ! : Il ne faut pas que les poules chantent plus fort que le coq ! → Le mari ne doit pas se faire mener par son épouse.
    • Té peux toudis chiffler poupoule ! : Tu peux toujours siffler après une poule ! → Tu peux toujours courir.
    • I'mint comme un arracheux d'dints ! : Il ment comme un arracheur de dents ! → Mentir pour rassurer.
    • Much tin cul v'là ch'gart' : Cache ton derrière, voilà le garde qui arrive. → Se dit aux enfants qui se promènent cul nu.
    • Té veux m'l'intiquer pa'ch'gros bout ! : Tu veux l'introduire par l'extrémité la plus large ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
    • Té veux m'faire gober d'z'œufs durs ! : Tu veux me faire gober des œufs durs ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
    • Té veux m'faire craquer d'z'allumettes dins l'iau ! : Tu veux me faire craquer des allumettes dans l'eau ! → Tu veux me faire croire à des choses invraisemblables !
  • Vocabulaire de nombreuses variations de patois encore pratiquées dans le Nord-Pas de Calais De nombreux mots des formes de picard sont très proches du français mais un grand nombre de mots lui sont totalement spécifiques, principalement des mots du jargon minier.
    • Abile : Vivement, précipitamment (abile les vacances - vivement les vacances). Ne pas traîner, se dépêcher, vite (abile don - Allez, dépêche-toi donc!). Synonyme : Groule.
    • Abouler : 1) Venir auprès (Aboule ! - Viens ici !); 2) Donner (Aboule le fric ! - Donne l'argent !).
    • Babache : Simplet, imbécile. Dans le Pas-de-Calais, désigne la joue.
    • Balochard : Traîne savate, maladroit, bon à rien.
    • Baraque : Roulotte de saltimbanque, maison.
    • Biloute, loute : sexe masculin, nom équivalant à « gars », « mec ». Pour appeler quelqu'un plus jeune que soi : hé, biloute, viens vir' ichi ! - Hé, garçon, viens voir !. Parfois précédé de tch(i)ot'. Dans le sud du Pas-de-Calais, chez les Boyaux Rouges, on utilise plutôt l'expression : maloute, minloute.
    • Bistoule (ou bistouille) : Après avoir bu le café, goutte de rhum ou de genièvre que l'on versait dans la tasse et que l'on mélangeait (touillait) à nouveau (bis) avec le restant de café et de sucre.
    • Boubourse : Simplet, imbécile, innocent (propre à la région de Lille / Armentières).
    • Briquet : Casse-croûte. Ci après un exemple tiré des "Fougères noires" :
      • Pindant l’briquet un galibot composot, assis sur un bos,
      • L’air d’eune musique qu’i sifflotot.
      • Ch’étot tellemint bin fabriqué,
      • qu’les mineurs lâchant leurs briquets
      • Comminssotent à’ s’mette à’ l’danser (Edmond Tanière - La polka du mineur)
    • Traduction :
      • Pendant le casse-croûte un jeune mineur composait, assis sur un bout de bois,
      • L’air d’une musique qu’il sifflotait.
      • C’était tellement bien fait
      • Que les mineurs lâchant leurs casse-croûte
      • Commençaient à se mettre à le danser.
    • Canard : Morceau de sucre trempé dans de l'alcool (genièvre, rhum) que l'on fait fondre dans la bouche.
    • Carabistoulles (des) : Des contes, des âneries, des bêtises... On dit aussi des cacoulles. (Ch'est tout cacoulles chu qu' té dis - Tu dis des bêtises).
    • Chicon : Endive (T'etot blanc comme un chicon ti'zot - Toi tu es blanc comme un chicon - Tu es bien pale).
    • Chirloute : Café très léger (Tin café, ch'est de l'chirloute). Expression synonyme : Jus d'quochette - Jus de chaussette.
    • Cordéoneux : Joueur d'accordéon.
    • Coron : Pâté de maisons ouvrières identiques (les corons des villes minières).
    • Dallache (un) : Activité, mouvement, remue-ménage. Se dit aussi après une beuverie, pire qu'une guinse (Borinage) : Qué dallache!.
    • Débouser : Se désoler.
    • Diap'à cornes : Diable cornu.
    • Diap'à z'ailes : Diable ailé.
    • Ducasse : Foire aux manèges.
    • Epautrer : Écraser, écrabouiller; êtt' épautré : être serré.
    • Esquinter : Abîmer, blesser.
    • Fade : fénéant. S'utilise aussi comme interjection pour exprimer le mépris (Fad'grisou! - Textuellement : Satané grisou). (Borinage).
    • Fauque : que, seulement que. In n' parlot' fauque ed fin du monte (tiré du poème « la fin du monte / Les fougères noires »).
    • Galibot : Mousse, jeune ouvrier mineur.
    • Glou-bec : Gourmet.
    • Grand main ou grand mint : Beaucoup (de Grande main ou grandement).
    • Guinse : Faire bonne chaire. Être in guinse - Être légèrement éméché, saoul.
    • Jus : Café (Vins don boire un'n goutte èd'jus - Viens donc boire du café).
    • Kermesse : Fête locale (Eul'kermesse d'eul paroisse).
    • Louloutte : Pinup, femme sexy.
    • Maboule : Se dit d'une personne qui a perdu la tête, sot, fou.
    • Marrone : Pantalon. Armont' eut' maronn
    • Mi : même pas. I'étot mi là - - Il n'était même pas là.
    • Niguedoule (nig'doule) : Imbécile, bête.
    • Pain d'alouette : restant de casse-croûte que l'ouvrier garde pour le rapporter aux enfants.
    • (P)tchiot : Petit. Parfois utilisé dans les cours de récréations pour désigner les plus petits.
    • Pos d'chuc : Petits pois, littéralement pois de sucre / pois sucrés
    • Quat'z'yux : Quatre yeux. Expression péjorative pour désigner une personne qui porte des lunettes.
    • Quoi : Utilisé dans des expressions du type J'te dirai quoi - Je te dirai ce qu'il en est, ou encore Dis-me quoi ! - Dis-moi ce qu'il en est !
    • Quo que [se prononce kok]: Qu’est-ce que. Quo que té dis ? - Qu'est-ce que tu dis ?
    • Rescappé : Echappé (dans le sens s'en être sorti).
    • Revoyure (à la) : Au revoir.
    • Sais quo : Quelque chose (viens de "sais quoi") I'a un jé n'sais quo qui va nin - Il y a quelque chose qui ne va pas.
    • Souglou : Le hoquet (Pauf tchiot, i a ch'souglou ! - Pauvre petit, il a le hoquet).
    • Soumaquer : Genre de hoquet que l'on peut avoir après avoir pleuré, désigne aussi le fait de parler en larmoyant.
    • Tatoule : Tripotée, grêle de coups, gifle.
    • Tertous, tertoutes : Tous, toutes dans le sens de tout le monde (Bonjour tertous - Bonjour tout le monde).
    • Ti z'aut' : Vous tous.
    • Toudis : Toujours (du latin dies - jour).
    • Tout' et out': autant dedans que dehors (L'salle d'attinte al'étot remplie tout'et out - La salle d'attente était tellement remplie qu'il y avait autant de gens dehors que dedans).
    • Vindjou, Vindidjou : S'utilise comme l'expression « Bon sang ! ». Cette expression était considérée comme un blasphème jusqu'aux années 1950. Aujourd'hui elle est couramment utilisée et complètement séparée de son sens premier. Synonymes : vains dieux, vains tes diouss. Exemple : Vains tes diouss Maurice, éj't'avos dis d'y aller duchemint don ! - Bon sang Maurice, je t'avais dit d'y aller doucement !
    • Wassingue : Serpillière. (Loissinque dans le Valenciennois) (Apporte mé el loissinque ti au lieu éd'min ravisé ! - Apporte moi la serpillère, toi. au lieu de me regarder !

Quelques prénoms

  • Adof : Adolphe.
  • Batisse : Baptiste.
  • Edziré : Désiré.
  • Guss : Auguste.
  • Tiophi : Théophile.
  • Marchelle : Marcelle
  • Ghilin'ne : Ghislaine

L’usage du picard

Enseigne de café en picard à Cayeux-sur-Mer (Somme)

Le picard n’est pas enseigné à l’école (en dehors de quelques initiatives ponctuelles et non officielles) et n’est parlé que dans un cadre privé. Selon les historiens, il est probable que l’école républicaine obligatoire ait fait disparaître au XXe siècle les locuteurs picards monolingues.

La langue fait néanmoins l’objet d’études et de recherches dans les Universités de Lettres de Lille et d’Amiens. Avec la mobilité des populations et la pénétration du français par les médias modernes, les différentes variétés du picard tendent à s’uniformiser. Dans sa pratique quotidienne, le picard tend à perdre de sa spécificité en se confondant avec le français régional. D’ailleurs, de nos jours, si la plupart des Nordistes peuvent comprendre le picard, de moins en moins sont capables de le parler et ceux pour qui le picard est la langue maternelle sont de plus en plus rares.

Cependant, le picard, parlé dans les campagnes comme dans les villes, est loin d’être une langue disparue, et constitue un élément encore important et vivant de la vie quotidienne et du folklore de cette région.

La prononciation varie aussi beaucoup suivant les parties de la région où la langue est parlée. De fait, en entendant quelqu'un s'exprimer en patois, il est possible de rapidement identifier l'origine géographique du locuteur.

Le picard à l’écrit

Le picard est surtout une langue parlée mais il est un peu véhiculé par écrit à travers des textes comme Les Fougères noires, un recueil de « poésies patoises » (selon les termes utilisés sur la couverture de l'ouvrage dans son édition de 1931) de Jules Mousseron[3] ou encore la bande dessinée dans « les trois albums des aventures de Tintin : Les pinderleots de l'Castafiore, El' sécrét d’la Licorne et El’ trésor du rouche Rackham  », ou encore Astérix, i rinte à l'école.

À l’origine, la période médiévale puis celle correspondant au moyen français sont riches de textes littéraires en picard : par exemple, la Séquence de sainte Eulalie (880 ou 881), premier texte littéraire écrit en langue d’oïl, ou les œuvres d’Adam de la Halle. Le picard, cependant, n’a pas réussi à s’imposer face à la langue littéraire interrégionale qu’était devenu le français, et a été peu à peu réduit au statut de « langue régionale ».

On trouve une littérature picarde moderne lors des deux derniers siècles, lesquels ont vu naître partout en France les affirmations identitaires régionales en réponse au modèle républicain centralisé issu de la Révolution. Aussi le picard écrit est-il une retranscription du picard oral. Pour cette raison, on trouve souvent plusieurs orthographes aux mêmes mots, de la même manière que pour le français avant que celui-ci ne soit normalisé. L’une des orthographes s’inspire directement des mots français. Elle est sans doute la plus simple à comprendre mais elle est aussi certainement à l’origine de l’idée selon laquelle le picard n’est qu’une déformation du français. Diverses réflexions orthographiques ont été menées depuis les années 1960 pour remédier à cet inconvénient, et donner au picard une identité visuelle distincte du français. Il existe actuellement un certain consensus, au moins parmi les universitaires, autour de la graphie dite Feller-Carton. Ce système, qui donne aux prononciations spécifiques au picard des graphies en rapport, mais reste lisible pour qui ne maîtrise pas entièrement la langue, est l’œuvre du professeur Fernand Carton, qui a adapté au picard l’orthographe du wallon mise au point par Jules Feller. Une autre méthode existante est celle de Michel Lefèvre (où [kajεl] « chaise » est noté eun' kayel, contre eune cayelle dans le système Feller-Carton). Soulignons les efforts significatifs du chanoine Haigneré (1824-1893), du professeur Henri Roussel et du docteur Jean-Pierre Dickès pour décrire et conserver cette langue par écrit.

Origine du mot ch'ti

Le mot ch'ti, ou chti, ch'timi ou chtimi, a été inventé durant la Première Guerre mondiale par des Poilus qui n’étaient pas de la région pour désigner leurs camarades originaires du Nord ou du Pas-de-Calais. C'est un mot onomatopéique créé à cause de la récurrence du phonème /ʃ/ (ch-) et de la séquence phonétique /ʃti/ (chti) en picard: « chti » signifie celui et s'entend dans des phrases comme « ch'est chti qui a fait cha » ou « ch'est chti qui féjot toudis à s'mote », etc, et qu'on retrouve aussi dans le dialogue de type « Ch’est ti? — Ch’est mi » (C’est toi? — C’est moi).

Contrairement à ce qui est parfois dit, "chti/chtimi" ne signifie ni « petit » ni « chétif » (puisque petit se traduit par p'tit, tiot ou tchiot), donc rien à voir avec l'ancien français ch(e)ti(f) < lat. captivu(m).

Apprendre le Picard / Ch'ti / Rouchi / ...

On trouve également un certain nombre de dictionnaires[4] et de manuels du patois :

  • Jean-Marie Braillon, Dictionnaire généraux franco/Picard - 3 tomes: lettres ABC (2001), DEF (2002) et GHIJKL, édités par la Franche université de Thiérache.
  • François Beauvy, Dictionnaire picard des parlers et traditions du Beauvaisis, Éklitra, LXIII, 1990, 400 p.
  • René Debrie, Le cours de picard pour tous - Eche pikar, bèl é rade (le Picard vite et bien). Parlers de l’Amiénois. Paris, Omnivox, 1983 (+ 2 cassettes), 208 p.
  • Alain Dawson, Le picard de poche. Paris : Assimil, 2003, 192 p.
  • Alain Dawson, Le « chtimi » de poche, parler du Nord et du Pas-de-Calais. Paris : Assimil, 2002, 194 p.
  • Armel Depoilly (A.D. d’Dérgny), Contes éd no forni, et pi Ramintuvries (avec lexique picard-français). Abbeville : Ch’Lanchron, 1998, 150 p.
  • Chés Diseux d’Achteure : "Diries 1989" (préface de Jacques Dulphy). Amiens : Picardies d’Achteure, 1990, 71 p. + cassette
  • Jean Louis Hardelin, Pou cheusse ki veutte lire, éditions Henry, Montreuil-sur-Mer, 2005
  • Gaston Vasseur, Dictionnaire des parlers picards du Vimeu (Somme), avec index français-picard (par l’équipe de Ch’Lanchron d’Abbeville). Fontenay-sous-Bois : SIDES, 1998 (rééd. augmentée), 816 p. (11 800 termes)
  • Gaston Vasseur, Grammaire des parlers picards du Vimeu (Somme) - morphologie, syntaxe, anthropologie et toponymie. 1996, 144 p.
  • Guy Dubois École des parlaches 62138 Haisnes les La Bassée www.guydubois.free.fr
  • Jean Pierre Dickès : Le patois de la côte - Boulonnais,Calaisis, Pays de Montreuil - Société Académique du Boulonnais - 530 pages
  • Jean Dauby : Le livre du rouchi, parler picard de Valenciennes - Société de linguistique picarde, vol. XVII, 1979. 405 p. + 14 p.
  • Jean Dauby : Lexique du bâtiment et de la maison en "rouchi", dialecte picard du Valenciennois - Études et recherches sur Saint-Amand-les-Eaux et sa région, No 9, 1987, p. 1-9
  • Michel Lefevre, Le patois des quartiers et des faubourgs de Boulogne sur mer - SIB St Léonard 1986, 130 pages
  • Gabriel Antoine Joseph Hécart, Joseph Ransart Dictionnaire rouchi-français (3ème édition, publiée à Valenciennes en 1834)
  • Freelang Dictionnaires informatiques gratuits Français-Ch'Ti (2046 traductions) et Ch'Ti-Français (2393 traductions)
  • Alain Briaux Les meilleures blagues CH'TIS, Les meilleures recettes CH'TIS.

Le picard et les arts populaires

Henri Carion publiait, sous le nom de Jérôme Pleum'coq, des lettres dans un journal de Cambrai. Un recueil, Épistoles kaimberlottes, parut en 1839.

Lafleur est un héros et personnage principal picardisant du théâtre de marionnettes amiénois depuis le XIXe siècle.

Plus de soixante-dix théâtres se fixent en deux siècles à Amiens. Beaucoup de théâtres disparurent avec la Première Guerre mondiale et l'invention du cinématographe.

Lafleur connut une renaissance et un vif succès populaire local, de 1930 à 1960, grâce au Théâtre des Amis de Lafleur en 1930 et au Théâtre de Chés Cabotans d'Amiens en 1933. C'est avec Maurice Domon, fondateur de Chés Cabotans d'Amiens que le répertoire devient une réelle critique sociale.

Florimond Long Minton naquit de l'imagination et sous la plume du directeur du journal local « Le Petit Doullennais » et auteur picardisant, Charles Dessaint, qui publia des textes, régulièrement de 1925 à 1935.

Suite à sa participation au film Germinal, le chanteur Renaud a sorti en 1992 un album en ch'ti, Renaud cante el' Nord.

L’humoriste Dany Boon a fait un spectacle en picard ch’ti au titre évocateur « À s’baraque et en ch'ti ». Dans ce spectacle, il dépeint la vie parisienne qu'il mène en la comparant avec ses habitudes du Nord. Il y explique que les Parisiens sont beaucoup plus fermés que les Nordistes, lesquels sont caractérisés par l'accueil toujours chaleureux qu'ils réservent à leurs hôtes.

Il a également réalisé Bienvenue chez les Ch’tis, toujours sur le thème des Nordistes accueillants et chaleureux. Il faut toutefois noter que le site du tournage, la ville de Bergues appartient au domaine du flamand occidental que l'on rattache au néerlandais. Ce dialecte, qui comporte de nombreux emprunts de langue d'oïl, a décliné depuis 1940 et se trouve peu à peu concurrencé par le picard, ce qui peut contribuer à une certaine authenticité du film.

On entend également quelques phrases picardes dans la chanson Marly-Gomont de Kamini.

Mais le picard a aussi su s'intégrer dans la modernité par le domaine de la chanson-rock ou blues et ce dès le début des années 1980 avec un groupe comme Dejouk (amiénois). Mais c'est le chanteur, poète et revuiste Christian Edziré Déquesnes qui pousse l'expérience le plus loin après sa rencontre avec Ivar Ch'Vavar vers le milieu des années 1990 en créant le groupe Chés Déssaquaches, devenu ensuite Chés Éclichures, (2) Brokes et aujourd'hui Chés Noértes glènnes. Dernièrement le slameur Serial crieur a également créé un clip fort original tout en picard.

Chansonniers et autres artistes d'expression picarde

Autres artistes

Littérature en picard

Article détaillé : Littérature en picard.

Boyaux rouges

Le sobriquet « Bo-iaux Rouches » (boyaux rouges) est très ancien, il remonte au XVIe  siècle et désigne les habitants du sud de l'Artois dans le Pas de Calais. Ce sobriquet est indépendant de la définition des « ch'ti » voisins . On remarquera que si tous les ch'ti ne sont pas « Bo-iaux Rouches », tous les « Bo-iaux Rouches » sont des ch'ti.

L'origine de ce sobriquet se perd dans le temps. Les trois explications les plus courantes sont en rapport avec les histoires suivantes :

  • Les soldats artésiens portaient une ceinture de toile rouge. Le surnom leur aurait été donné par les Picards à partir du XVIe  siècle. D'autres disent que c'étaient les saisonniers des moissons qui portaient cette ceinture rouge ;
  • Les Artésiens auraient eu le tempérament bouillant ;
  • L'Artois est revenue en 1659 à la couronne de France. Elle a conservé ses privilèges et a ainsi échappé à l'impôt impopulaire de la gabelle, l'impôt sur le sel. Le sel n'étant donc pas cher en Artois, sa consommation y était plus abondante que chez les voisins picards. Jaloux de ce privilège, ils disaient : « I minge't tellemint d'sé qu'i'n n'ont leu bo-iaux rouches comme un'n crête ed'dindon » (Ils mangent tellement de sel qu'ils en ont les boyaux rouges comme une crête de dindon).

Bibliographie

  • Fernand Carton (en coll. avec Maurice Lebègue): Atlas linguistique et ethnographique picard, Vol. 1(1989), Vol. 2 (1998), Coll. Atlas linguistiques de France par régions, Paris, Ed. CNRS.
  • Jean-Michel Eloy, La constitution du picard : une approche de la notion de langue, Louvain, Peeters (Bibliothèque des Cahiers de l'Institut de Linguistique de Louvain), 1997, (ISBN 90-6831-905-1).
  • Marie-Madeleine Duquef, Amassoér, dictionnaire picard-français, français-picard, Librairie du Labyrinthe, Amiens, 2004.
  • Rémi Verdo, « Un des plus anciens témoignages du dialecte picard ? Le cas d’un jugement carolingien (Compiègne, 861) », dans Actes du XXVIe Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes (Valencia, 06-11 sept. 2010), Tübingen, M. Niemeyer, à paraître en 2013.

Notes et références

  1. code générique
  2. Les Langues de la France, Rapport au Ministre de l'Éducation Nationale, de la Recherche et de la Technologie, Paris, 1999.[1]
  3. Les Fougères noires, poésies patoises. Préface de P.M. GAHISTO et dessins de L. JONAS
  4. Chés lifamotes picards dseur ch'Wikipédia picard

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