1ère Guerre du Golfe

Guerre Iran-Irak

Guerre Iran-Irak
Qazvinjangtahmili.jpg
Cimetière d'Azéris tués pendant la guerre Iran-Irak
Informations générales
Date 1980 - 1988
Lieu Iran et Irak
Issue Indécise
Belligérants
Iran Iran
Flag of Kurdistan.svg Union patriotique du Kurdistan
Flag of Kurdistan.svg Parti démocratique du Kurdistan
Flag of Kurdistan.svg Mouvement islamique du Kurdistan
Sciri logo.jpg Conseil suprême islamique irakien
Irak Irak
Ir-muja.gif Organisation des moudjahiddines du peuple iranien
Flag of the Arab League.svg Volontaires de la Ligue arabe
Commandants
Flag of Iran.svg Rouhollah Khomeini
Flag of Iran.svg Ali Khamenei
Flag of Iran.svg Mir Hossein Moussavi
Flag of Iran.svg Mostafa Chamran
Flag of Iran.svg Ali Sayad Shirazi
Flag of Iran.svg Mohsen Rezaï
Flag of Kurdistan.svg Jalal Talabani
Flag of Kurdistan.svg Nawshirwan Mustafa
Flag of Kurdistan.svg Massoud Barzani
Sciri logo.jpg Mohammed Baqir al-Hakim
Flag of Iraq (1963-1991).svg Saddam Hussein
Flag of Iraq (1963-1991).svg Ali Hassan al-Majid
Flag of Iraq (1963-1991).svg Taha Yassine Ramadan
Flag of Iraq (1963-1991).svg Ezzat Ibrahim Al-Duri
Flag of Iraq (1963-1991).svg Salah Aboud Mahmoud
Flag of Iraq (1963-1991).svg Tarek Aziz
Flag of Iraq (1963-1991).svg
Ir-muja.gif Massoud Radjavi
Ir-muja.gif Maryam Radjavi
Guerre Iran-Irak

La guerre Iran-Irak, connue en Iran sous le nom de Guerre imposée (en persan : جنگ تحمیلی, Jang-e-tahmili) ou Défense sacrée (en persan : دفاع مقدس, , Defā'e moghaddas), en Irak sous le nom de Qādisiyyah de Saddam (en arabe : قادسيّة صدّام) est une guerre qui a opposé l'Iran à l'Irak entre septembre 1980 et août 1988. Elle a également été appelée guerre du Golfe persique jusqu'à la deuxième guerre du Golfe entre l'Irak et le Koweït en 1990-1991, puis a pris le nom de première guerre du Golfe. Elle a fait entre 500 000 et 1 200 000 victimes.

Sommaire

Historique politique

En 1979, le chah d'Iran est renversé par la révolution islamique. L'ayatollah Khomeyni proclame l'Iran république islamique après le départ forcé du shah, en février 1979. Khomeyni s'était exilé en Irak de 1964 au 16 octobre 1978, puis en France jusqu'au mois de janvier 1979, ayant été expulsé d'Irak. Après le succès que remporte le référendum sur l'installation d'un régime islamique, remporté officiellement à 98 % par le oui, il appelle les Irakiens à renverser le régime de Saddam Hussein dès 1980. Son objectif est de promouvoir le mouvement islamique à travers tout le Proche-Orient.

De son côté, Saddam Hussein a pris le pouvoir en 1979 et redoute l'arrivée au pouvoir de Khomeyni. Il attaque l'Iran le 22 septembre 1980, sous le prétexte de désaccord frontalier. Lorgnant depuis longtemps sur plusieurs territoires iraniens, il espère faire disparaître Khomeyni et réduire l'influence du mouvement islamique, en faveur de son pays. Ses objectifs affichés sont d'obtenir le déplacement de la frontière sur la rive orientale du Chatt-el-Arab pour assurer une meilleure sécurité à la région de Bassorah ; obtenir la restitution des trois îles du détroit d'Ormuz annexées par le Chah en 1971 et soustraire ainsi le détroit à une exclusive emprise iranienne ; provoquer éventuellement un soulèvement dans la province iranienne du Khuzestan (Arabistan pour l'Irak) et l'annexer.

À cette époque, l'Irak était un pays économiquement et militairement puissant dans le golfe Persique, grâce aux revenus des pétrodollars, et à une politique de modernisation qu'il a mis en place dans son pays (école obligatoire pour les garçons et les filles, politique volontariste et une élite irakienne de plus en plus nombreuse et importante). Les grandes puissances, inquiètes de l'apparition de la république islamique iranienne, voyaient en l'Irak un pays qui pourrait évoluer vers la laïcité et le modernisme, en contrepoids à l'Iran. C'est pourquoi elles ne s'opposent pas dans un premier temps à la guerre Iran-Irak, allant jusqu'à la soutenir ensuite. C'est en particulier le cas de l'URSS, de la France et des États-Unis.

Le 28 septembre 1980 la résolution 479 de l'ONU demande un cessez-le-feu immédiat mais sans exiger le retrait de l'Irak des territoires iraniens occupés [1].

Cependant, en dépit de la puissance de l'armée irakienne, le conflit s'enlise rapidement. Début 1981, les forces de l'armée iranienne contre-attaquent et parviennent à libérer l'essentiel du territoire iranien début 1982. En juin de cette même année, l'Irak décrète un cessez-le-feu, mais voit son territoire envahi le mois suivant.

Après 2 ans de guerre, la position de l'Iran se radicalise : il s'agit désormais de réduire la puissance de l'Irak, de destituer Saddam Hussein et de le remplacer par un régime islamique.

L'affrontement militaire se double d'une guerre des symboles. L'offensive irakienne de 1980 est baptisée Kadisiyya, en référence à la conquête de l'Iran par les Arabes au VIIe siècle. Les contre-offensives iraniennes sont nommées Kerbela 1, 2, etc., évoquant le combat des premiers chiites contre le pouvoir sunnite.

Du côté iranien, l'enrôlement de masse, y compris de très jeunes garçons, s'accompagne d'une exaltation des martyrs. Il arrive que les jeunes volontaires endoctrinés se précipitent sur les champs de mines. Du côté irakien, on bénéficie de techniciens professionnels formés à l'occidentale (Garde présidentielle). Les conscrits, souvent chiites et kurdes, sont peu armés et ne servent qu'à freiner le premier élan des attaques ennemies.

La ligne de front se stabilisa à la frontière commune, et malgré de nombreuses offensives de part et d'autre, il n'y eut pas de percée majeure pendant plus de 6 ans.

Finalement, en 1988, l'armée irakienne reprend le dessus. Le 18 juillet, Khomeyni accepte le cessez le feu exigé par la résolution 598 du conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies et le Secrétaire général de l'Organisation peut annoncer la fin des hostilités actives pour le 20 août à 03 h 00 GMT.

Dans une lettre datée du 14 août 1990, Saddam Hussein accepte de revenir aux accords d’Alger de 1975 : il libère une partie des prisonniers de guerre et quitte les territoires occupés. (Les derniers prisonniers de guerre ne seront libérés que plus de dix ans après la fin de la guerre)[2] Dans les faits, c'est un retour au statu quo ante. Cependant, aucun traité de paix ne viendra formaliser ce retour, et ce n'est qu'en 2005 que Hoshyar Zebari annonce que les deux pays envisagent un tel traité (IRNA, 18/05/2005)[3].

Au total, les dépenses militaires, pertes en produit intérieur brut et capitaux non investis, auraient dépassé 500 milliards de dollars pour les deux pays. L’Iran estime officiellement à 300 milliards le prix de la reconstruction de son économie. L’Irak, pour sa part, l’évalue entre 50 et 60 milliards de dollars.

Les estimations des pertes en vies humaines varient de 300 000 à plus de 1 000 000 morts iraniens et à 200 000 Irakiens, ce qui est très élevé pour un conflit régional.

Historique militaire

Scène de capture de soldats irakiens par les iraniens après la reprise de Khorramshahr en 1982.
Ali Khamenei, actuel guide de la révolution, durant la guerre Iran-Irak.

Lorsque le Chah était au pouvoir, les dissensions existaient déjà entre l'Iran et l'Irak, et, en 1975, un traité fut conclu pour redéfinir les frontières.

Cependant, après mai 1979, un certain nombre d'incidents éclatèrent le long de la frontière ; entre avril et juillet 1980, 30 000 Irakiens considérés comme d'origine iranienne par le gouvernement baassiste [4] furent chassés d'Irak ; en septembre 1980, le président Saddam Hussein annula les accords d’Alger de 1975 .

Le 20 septembre 1980, l'aviation irakienne bombarda un certain nombre de terrains d'aviation iraniens. Deux jours plus tard l'armée irakienne entrait en Iran. L'Irak affirmait vouloir exercer à nouveau sa souveraineté sur les voies navigables et sur les territoires du Chatt el'Arab, cédés en 1975.

Les forces irakiennes avançaient le long de trois axes : vers Qasr-e Chirin au nord, Mehran au centre, et surtout Susangard et Khorramchahr dans le sud. L'Irak espérait qu'un tel mouvement entraînerait rapidement la chute du nouveau régime. L'Irak réussit à franchir la frontière, mais la profondeur de pénétration variait considérablement d'une percée à l'autre. Le plus gros succès fut obtenu au sud, après la chute de Khorramchahr après de très durs combats. L'armée iranienne livra au nord et au centre des contre-attaques peu importantes, en général à l'aide d'un léger support de blindés et d'artillerie. Il regagna ainsi quelques territoires perdus.

Le 28 novembre 1980 se déroule une bataille navale près du port d' Umm Qasr : l'opération Morvarid durant laquelle des missiles maverick et Silkworm sont échangés et 6 navires irakiens et un navire de la marine iranienne sont coulés [5]. La marine irakienne restera ensuite pratiquement inactive pendant tout le reste du conflit.

En janvier 1981, les Iraniens menèrent une contre-attaque de plus grande envergure, au sud de Susangerd, qui se solda par un échec dû à l'absence d'infanterie pour soutenir l'action des chars et la nature du terrain, très mou à cette époque de l'année, et donc impropre au déplacements des chars. Il est probable que, dans les combats, l'Irak ait laissé une cinquantaine de chars T-62 et l'Iran une centaine de chars Chieftain et de M-60A1.

Au cours de la 1re année de guerre, l'Iran et l'Irak ont perdu environ le même nombre de chars, entre 250 et 300. Certains observateurs supposent que l'Irak avait capturé en un an une cinquantaine de Chieftain en bon état, ainsi que des M 60A1 et des Scorpion.

Quand ils ont été bien dirigés, les Chieftains iraniens (dotés de leur canon de 120 mm), se sont révélés bien supérieurs aux char T-54 et T-55 armés d'un 100 mm ainsi qu'aux T-62 avec leurs 115 mm de l'armée irakienne.

En 1981, les 2 armées commencèrent à avoir de nouveaux besoins en équipements. Les Iraniens réussirent à obtenir d'Israël des pièces détachées de chars M-48 et M-60. La Syrie, la Libye et quelques pays socialistes leur en fournirent également. L'Irak continuait à être approvisionné par la France (y compris en missiles antichars), l'Union soviétique, la Corée du Nord, le Viêt Nam et l'Égypte, essentiellement en munitions de char T-54 et T-55, que les livraisons en matériel américain rendirent rapidement inutiles. Au début de 1983, l'Irak commença à recevoir de nombreux équipements de République populaire de Chine dont le char Type 63, qui transita par l'Arabie saoudite.

Avant la guerre, l'Iran et l'Irak comptaient sur leurs revenus pétroliers pour subvenir à leurs besoins militaires : 3,5 millions de barils/jour exportés pour l'Irak et 1,6 million pour l'Iran. Au début de 1980, les deux pays n'exportaient plus que 600 000 barils. En raison de cette diminution considérable, l'Irak dut recourir à l'aide de l’Arabie saoudite, entre autres.

En 1984 commencèrent les attaques systématiques d'installations pétrolières et de pétroliers par les deux camps.

En janvier 1987, l'Iran lance deux grandes offensives : Kerbala 5, à l'est de Bassorah, où Téhéran voulait établir un gouvernement provisoire de la République islamique irakienne, constitué des chefs des opposants chi'ites irakiens réfugiés en Iran ; Kerbala 6, à 150 kilomètres au nord de Bagdad en direction des grands barrages de l'Euphrate. Les pertes sont énormes de part et d'autre mais les forces iraniennes seront finalement bloquées.

Les moujahidines du peuple subirent de lourdes pertes militaires en 1988 lors de l'opération Mersad

En juillet 1987, l'Iran entreprend de contrôler la navigation maritime dans le golfe, un total de 546 navires de commerces étrangers furent attaqués par les deux belligérants causant la mort de 430 marins civils[6] . Les navires Koweïtiens sont alors placés sous pavillon des États-Unis.

Le 18 juillet 1988, Téhéran accepta le cessez-le-feu, qui prit effet le 22. Le 25, les moudjahidines du peuple, mouvement d'opposition armée au régime des ayatollahs, soutenu par Saddam Hussein, franchit la frontière irako-iranienne pour tenter de renverser le régime iranien. La manœuvre échoua et entraîna une violente répression de Téhéran.

Ordre de bataille

Armée de terre irakienne (1980)

1e Corps d'Armée (secteur entre Rawanduz et Marivan)
  • 7e Division d'Infanterie (QG Souleimaniye, Irak)
  • 11e Division d'Infanterie (QG Suleimaniyeh, Irak) (-) (113e Brigade d'Infanterie)
2e Corps d'Armée (secteur entre Qasr-e Chirin, Ilam et Mehran, blindés déployés entre Mehran et Dezful
  • 6e Division blindée (QG Bakouba, Irak) 300 (T-62) (BMP-1)
  • 9e Division blindée (QG Baqubah, Irak) 300 (T-62) (BMP-1)
  • 10e Division blindée (QG Baqubah, Irak) 300 (T-62) (BMP-1)
  • 2e Division d'Infanterie (QG Kirkouk, Irak)
  • 4e Division d'Infanterie (QG Mossoul, Irak)
  • 6e Division d'Infanterie (QG Baqubah, Irak)
  • 8e Division d'Infanterie (QG Erbil, Irak)
3e Corps d'Armée (QG al-Qurnah, Irak, secteur entre Dezful et Abadan)
  • 3e Division blindée (QG Tikrit, Irak) 300 (T-62) (BMP-1)
  • 10e Division blindée (QG Bagdad, Irak) 300 (T-62) (BMP-1)
  • 12e Division blindée (QG Dahuk, Irak) 300 (T-62) (BMP-1) (en réserve)
  • 1e Division mécanisée (QG Divaniyeh, Irak) 200 (T-55) (Véhicule de transport de troupes OT-64/BTR-50 tchèque)
  • 5e Division mécanisée (QG Bassorah, Irak) 200 (T-55) (OT-64 APC/BTR-50 APC tchèque)
  • 31e Brigade des forces spéciales indépendantes (-) (2 bataillons) (l'un rattaché à la 5e division mécanisée, l'autre à la 3e division blindée.
  • 33e Brigade des forces spéciales indépendantes
  • 10e Brigade blindée indépendante (T-72) (BMP-1)
  • 12e Brigade blindée indépendante (T-72) (BMP-1)
  • 113e Brigade d'infanterie (détachement de la 11e division d'infanterie)

Armée de terre de la république islamique d'Iran (1980)

Article détaillé : Armée iranienne.
  • 16e Division blindée (QG Qazvin, Iran) (Char M60A1) (M113)
  • 81e Division blindée (QG Kermanshah, Iran) (Chars Chieftain) (M113)
  • 92e Division blindée (QG Khuzestan, Iran) (Chieftain) (M113)
  • 21e Division d'infanterie (QG Téhéran, Iran)
  • 28e Division d'infanterie (Sanandaj, Saqez et Marivan, Iran) (1 brigade blindée) (M60A1) (M113)
  • 64e Division d'infanterie (Orumiyeh, Iran)
  • 77e Division d'infanterie (Khorasan, Iran) (1 brigade blindée) (M48) (BTR-50)
  • 37e Brigade blindée (Shiraz, Iran)
  • 88e Brigade blindée (Zahedan, Iran) (Chieftain) (couvrant les frontières avec l'Afghanistan et le Pakistan)
  • 30e Brigade d'infanterie (Gorgan, Iran)
  • 84e Brigade d'infanterie (Khorramabad, Iran) (déployée sur le front, faisant la liaison entre les positions de la 81e et de la 92e division blindée.
  • 23e Brigade des forces spéciales (Téhéran, Iran) (déployée le long de la frontière irakienne dans 13 détachements séparés)
  • 55e Brigade aérienne (Shiraz, Iran) (un bataillon déployé à Sardasht, et une compagnie chacune à Sanandaj et à Dezful, Iran)
  • 11e Groupe indépendant d'artillerie
  • 22e Groupe indépendant d'artillerie (Khuzestan, Iran)
  • 33e Groupe indépendant d'artillerie
  • 44e Groupe indépendant d'artillerie
  • 55e Groupe indépendant d'artillerie (Khuzestan, Iran)

Armes chimiques

Soldats iraniens portant des protections contre les armes chimiques

Dès 1983, des armes chimiques (sarin, Tabun, gaz moutarde et cyclosarin) sont utilisées par l'Irak, à la fois contre l'armée iranienne mais également contre les populations civiles et plus particulièrement Kurdes, sans réactions notables de la communauté internationale bien que l'Irak soit signataire en 1931 du protocole de Genève de 1925, interdisant l'utilisation des armes chimiques.

Le groupe Australie estime à 70 000 le nombres de victimes iraniennes, dont 10 000 morts (dans leur très grande majorité des soldats) suite à l'emploi de ces armes [7].

Le 28 juin 1987, l'Irak utilise l'arme chimique sur la ville de Sardasht en Iran, tuant une centaine de personnes et en blessant au moins 2000. C'est la première fois que l'arme chimique est utilisée sur une population civile[8] depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le 17 mars 1988, l'armée irakienne utilise des armes chimiques et biologiques sur la ville kurde de Halabja, se concluant par la mort de près de 50 000 habitants. La poursuite de l'utilisation des armes chimiques dans la guerre est énergiquement condamnée par le conseil de sécurité de l'ONU le 9 mai 1988[9].

Le régime irakien de l'époque a expliqué que c'était l'œuvre de l'armée iranienne. Cette thèse était à l'époque également défendue quelque temps par l'administration américaine. On estime qu'à cette époque, plus de 150 000 Kurdes ont été exposés à des armes non conventionnelles.

Joost R. Hiltermann, un des directeurs de l'International Crisis Group a fait remarquer à ce sujet que l'administration Reagan n'a jamais apporté une seule preuve de ses allégations d'usage d'armes chimiques par l'Iran[10]. D'ailleurs, la démoralisation des soldats iraniens du fait des attaques chimiques de l'armée irakienne, l'impossibilité pour l'Iran de pouvoir riposter de la même manière et la peur d'une attaque chimique sur Téhéran, ce qui aurait eu des conséquences désastreuses, expliquent en partie la volonté de Khomeini d'accepter le cessez-le feu du 18 juillet 1988[11].

Jean Pascal Zanders spécialiste des armes chimiques du SIPRI a lui aussi mis en doute les allégations américaines [12].

Le 22 juillet 1988 l'aviation irakienne utilise les armes chimiques sur le village iranien de Zarde : 275 habitants sont tués et des centaines blessés[13]. Le 2 août 1988 a lieu la dernière attaque chimique irakienne de la guerre : la ville d'Oshnaviyeh est bombardée par un avion irakien et au moins un millier de personnes sont blessées [14].

Selon les déclarations écrites de l'Irak à l'ONU en 2002 sur son programme chimique, tout le matériel et les connaissances ayant pour but de mettre au point ce programme viennent des pays suivants : Singapour, Pays-Bas, Égypte, Inde, RFA, Luxembourg, Brésil, France, Autriche, Italie et USA. Il est à souligner par contre que l'URSS ne semble avoir fourni aucune aide à l'Irak dans ce programme [15].

Implication occidentale dans le conflit

Les États-Unis ont eu des contentieux avec l'Iran dès la proclamation de la République islamique. L'investissement de l'ambassade américaine à Téhéran par les étudiants de la ligne de l'Imam, la longue prise d'otages qui s'en suivit et l'échec de l'opération destinée à libérer les employés fut le premier acte d'une guerre larvée entre ces 2 pays.

Bien que leurs relations diplomatiques soient gelées durant cette période, l'affaire Iran-Contra prouve que des contacts et des rencontres eurent tout de même lieu entre les gouvernements de ces nations quand leurs intérêts étaient convergents.

Divers affrontements armés eurent lieu, allant de simples escarmouches à des batailles en règle concernant essentiellement la liberté de navigation des pétroliers dans le golfe Persique.

Le mouilleur de mines Iran Ajr, capturé par la marine américaine

Un navire reconverti en mouilleur de mines, le Iran Asr, fut capturé puis coulé par l'US Navy en 1987 après avoir été pris en flagrant délit de pose de mines sur les voies commerciales.

Pour contrer les vedettes rapides des Gardiens de la Révolution (Pasdarans), le 160th SOAR (A), une unité composé d'hélicoptères légers AH-6/MH-6 "Little Bird" des forces spéciales des États-Unis ainsi que de vedettes Sea Spectre fut engagé à partir de 1987 pour lutter contre cette guérilla maritime, il y eut une centaine d'accrochages [16].

Le 17 mai 1987, 2 missiles Exocet lancés par un Mirage F1 irakien touchèrent la frégate "USS Stark" tuant 37 marins et blessant 21 autres, le pilote de chasse a dit avoir confondu le navire avec un pétrolier iranien. La réparation du navire couta 142 millions de dollars à la marine américaine[17]

La frégate USS Samuel B. Roberts rapatrié à Newport, Rhode Island après avoir été touchée par une mine

Le 19 octobre 1987 quatre destroyers américains attaquèrent et détruisirent presque totalement au canon naval les deux plates-formes pétrolières iraniennes de Reshadat et Resalat. Les États-Unis justifièrent l'attaque au nom du droit à la légitime défense[18]

Le 14 avril 1988, la frégate USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Cela entraina le 18 avril 1988, une opération de grande envergure nommée Praying Mantis lancée par les États-Unis qui neutralisa le tiers de la flotte iranienne. Une frégate iranienne (le Sahand de type Vosper Mk5) fut coulée ; une autre, le Sabaland (même type) gravement endommagée, un patrouilleur type Combattante II (P 225 Joshan) et 5 vedettes furent envoyés par le fond, 87 militaires Iraniens furent tués et plus de 300 blessés [19], des plates-formes de forage reconverties en base pour les vedettes rapides furent investies par l'US Navy qui perdit un hélicoptère et ses 2 pilotes.

Le 3 juillet 1988, le croiseur USS Vincennes abat le Vol 655 Iran Air, un Airbus A300 reliant Bandar Abbas à Dubaï, et fait 290 morts. Les États-Unis émettent plusieurs versions contradictoires au cours des jours suivants. Le Pentagone a d'abord affirmé que le commandant du navire croyait avoir affaire (sur les radars) à un chasseur F-14 iranien en piqué. Cette version fut démentie par la marine italienne, et par la frégate américaine Sides, qui confirmèrent que l'avion était en montée. La seconde version fut donc de dire que le transpondeur de l'Airbus A300 l'identifiait à la fois comme un avion civil et comme un chasseur militaire, et que la marine américaine, n'ayant eu de réponse à ses appels de semonce, aurait ouvert le feu[20]. À leur retour à San Diego, leur port d'attache, les marins de l'USS Vincennes furent tous décorés. La ville de Vincennes, dans l'Indiana, érigea un monument en mémoire des marins de l'USS Vincennes. Et pour Margaret Thatcher, le premier ministre britannique, l'attaque du vol IR655 était « compréhensible » [réf. nécessaire]. L'année suivante, la femme du commandant du navire (le capitaine de vaisseau Wille Rogers) échappa à un attentat à la voiture piégée, chez elle, en Californie.

La Royal Navy et la Marine nationale française entre autres dépêchèrent des navires de guerre dans l'océan Indien pour surveiller les voies de navigation et neutraliser les champs de mines pouvant gêner l'approvisionnement pétrolier de l'Occident et du Japon.

D'autres grandes nations furent impliquées de façon directe ou indirecte dans ce conflit, surtout dans la vente d'armes à l'un ou à l'autre des belligérants, voire aux deux. La France, par exemple, fut le deuxième fournisseur d'armes de l'Irak, formant des pilotes et prêtant même cinq Dassault Super-Étendard de sa marine le temps que les Mirage F1 commandés soient livrés, et fournit secrétement environ 450 000 obus d'artillerie de 155 et 203 mm de la société Luchaire entre 1982 et 1986 [21] ainsi que des pièces détachées pour des missiles sol-air Hawk [22].

Implication des autres pays du Moyen-Orient

L'Arabie saoudite et les autres monarchies de la péninsule arabique ont largement financé l'effort de guerre irakien, par crainte d'une contagion révolutionnaire vers leurs propres populations chiites. Le contentieux de dettes de guerre a d'ailleurs été une des causes de l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990.

La Syrie, au contraire, a tenté d'affaiblir l'Irak en coupant l'oléoduc reliant Kirkouk au port syrien de Lattaquié. Les exportations irakiennes de pétrole auraient été ruinées sans l'ouverture d'une nouvelle ligne par la Turquie.

L'Égypte a aidé indirectement l'Irak en lui fournissant 2 millions de travailleurs immigrés, pour remplacer ses hommes mobilisés.

Israël, ancien allié de l'Iran du Shah, avait autant de raisons de redouter le panislamisme de la République iranienne que le panarabisme laïque de l'Irak. Sa principale intervention dans le conflit a été le bombardement de la centrale nucléaire Osirak en 1981. Construite avec des technologies françaises, cette centrale aurait permis à l'Irak de se doter à terme de l'arme nucléaire.

Des pays et des organisations internationales ont tenté à plusieurs reprises des médiations pour cesser le conflit, dont l'Algérie, mais celui-ci a reçu une réponse négative de la part de l'Irak qui a abattu le 3 mai 1982 un avion d'affaire Gulfstream II du gouvernement algérien avec 14 personnes à bord dont le ministre des affaires étrangères se rendant à Téhéran avec un Mig-25.

Vente d'armes

Fournisseurs en milliard de $ 1985 % du total
Union soviétique 19,2 61
France 5,5 18
Chine 1,7 5
Brésil 1,1 4
Égypte 1,1 4
Autres pays 2,9 6
Total monde 31,5 100,0

L'Irak fut, entre 1985 et 1990, le premier importateur de matériel militaire au monde, représentant 10% du marché.

Entre 1970 et 1990, ses achats furent de 31,5 milliards de dollars (valeur 1985) et l'Union soviétique fut de très loin le principal fournisseur.

Il est à noter que les chars T-72 irakiens qui furent livrés à partir de 1984 n'étaient pas aux standards de l'Armée rouge. En effet, Saddam Hussein avait demandé à ce qu'on retire le système de visée de nuit ; le système de visée laser télémétrique ainsi que la protection NBC pour réduire les coûts, 500 000 dollars pièce au lieu de 1 150 000.

Des entreprises d'Allemagne de l'ouest fournirent de la technologie militaire à l'Irak pour l'aider à allonger la portée de ses missiles balistiques SCUD de 280 km à 600 km, ceux-ci purent ainsi atteindre Téhéran [23].

En 1991, des cadres de l'entreprise italienne Valsella sont condamnés pour avoir exporté illégalement 9 millions de mines terrestre vers l'Irak entre 1982 et 1985. Suite à ces ventes, l'Irak a commencé à produire lui-même des mines du même modèle[24].

Des entreprises yougoslaves et britanniques construisirent cinq grands aéroports militaires entre 1975 et 1987, pour un montant de 4,3 milliards de dollars. Des aéroports militaires irakiens déjà existants ont également été modernisés dans le cadre de ces contrats[25].

L'Irak a également importé entre 1984 et 1988 pour 200 millions de dollars de bombe à sous-munitions fournies par l'industriel Chilien Carlos Cardoen, bombes en partie conçues à partir d'éléments importés des États-Unis [26],[27].

L'Iran acquit également de manière légale ou illégale des armements venus de nombreux pays.

La guerre Iran-Irak fut en effet le théâtre d'un scandale de trafic d'armes : l'affaire dite « Iran-Contra », également connue sous le nom de l'Irangate. Le scandale était lié au sort d'otages américains retenus au Liban, par le Hezbollah. Il s'avéra que la libération des otages (ainsi que le financement occulte d'opposants proches des États-Unis au Nicaragua, les Contra) fut négociée contre la livraison d'armes américaines (2008 missiles TOW, des pièces détachées de systèmes Hawks pour une valeur réelle de 12,2 millions de dollars) [28] et des rapports secrets sur les troupes irakiennes à l'Iran. Le scandale ébranla la Maison-Blanche, qui avait elle-même placé l'Iran sous embargo militaire avec l'arrivée au pouvoir de l'ayatollah Khomeyni, et soutenait très clairement l'Irak en lui fournissant armes et renseignements.

Israël servit d'intermédiaire dans l'affaire, ayant déjà secrètement auparavant vendu des armes antichars (missiles TOW) et des missiles sol-air à l'Iran.

Des entreprises françaises livrèrent aussi clandestinement du matériel à l'Iran (obus d'artillerie en autre), que ce soit avec l'accord du gouvernement français dans le cadre du règlement des affaires des otages français au Liban et d'un contentieux financier franco-iranien d'Eurodif, ou non avec l'aide de sociétés écran en Espagne ou au Portugal [29]. La France avait également conclu un contrat pour la vente de 36 mirages à l'Irak en 1977, à l'occasion d'une visite du premier ministre Raymond Barre à Bagdad. Ce contrat sera honoré dès 1981 avec la livraison de 4 mirages F1[30]. Le système de défense antiaérien intégré irakien "KARI", en partie de conception française, fut complété en 1986-1987[31].

Parmi les vedettes des Pasdarans qui s'attaquaient aux navires dans le golfe persique, 20 étaient construites en Suède et livrées en 1986, il s'agit des « Boghammar » qui faisaient 13 m de long, filaient à 45 nœuds avec un équipage de 6 hommes. 25 autres vedettes venaient d'un chantier de Boston.

Les deux belligérants s'échangèrent même une cinquantaine de chars capturés l'un par l'autre en 1985, ce qui fut un des événements parmi les plus inhabituels de cette guerre.

Voir aussi

Références

  1. (fr) [1]résolution 479 du conseil de sécurité de L'ONU
  2. (en) [2]ICRC Annual Report 1999
  3. (en)[3]Dépêche de l'IRNA du 18 mai 2005
  4. (fr) Pierre-Jean LUIZARD, « Iraniens d'Irak, direction religieuse chiite et État arabe sunnite. », in Cemoti, no 22 - Arabes et Iraniens « lire en ligne »
  5. (en)récit de la bataille navale sur un site web de vétérans
  6. (en) Iranian boat attack foreign ship during Iran-Iraq war, Iran Negah
  7. (fr)[pdf] Livret du Groupe de l'Australie, Juillet 2007
  8. (en) Golnaz Esfandiari, Iran : 'Forgotten Victims' Of Saddam Hussein Era Await Justice, Radio Free Europe, 1er décembre 2006
  9. (fr) Résolution 612 (1988) du 9 mai 1988 émise par le Conseil de sécurité de l'ONU.
  10. (en) Joost R. Hiltermann, « Iran’s Nuclear Posture and the Scars of War », Middle East Report, 18 janvier 2005]
  11. (en) Javed Ali, « Chemical Weapons in the Iran-Iraq war : A case study in noncompliance », The proliferation review, printemps 2001
  12. (en)« Iranian Use of Chemical Weapons : A Critical Analysis of Past Allegations »
  13. (en) International Herald Tribune[4]
  14. (en) NTI Iran chemical Chronology[5]
  15. (en) Douglas Jehl, « Who armed Iraq : The answers the west didn't want to hear », The New York Times, 18 juillet 1993, p. 5. Voir aussi : What Iraq Admitted about its chemical weapon program
  16. (en) Engagements navals des États-Unis dans le Golfe Persique
  17. (en)"article sur L'USS Stark"
  18. (fr)"jugement rendu par la cour de justice internationale sur cette affaire".
  19. A history lesson still unlearned, Amir Taheri, Gulf News, 18 avril 2007
  20. The USS Vincennes : Public War, Secret War July 1, 1992, Ted Koppel, ABC News (commentaire : ce document montre que l'Airbus iranien a été abattu par un navire US qui se trouvait dans les eaux territoriales iraniennes où il était venu faire de la provocation. Il montre aussi que le capitaine du navire croyait réellement tirer sur un avion militaire.)
  21. (fr)1987: l'affaire Luchaire, L'Express, 30/03/1995
  22. (en) un marchand d’armes parle, L'Humanité, 20 février 1993
  23. Iraq's Missiles : a Brief History
  24. IRAQ, Landmine Monitor Report 1999
  25. (en) Tom Cooper, Iraqi Super-Bases, Air Combat Information Group, 26 sept. 2003
  26. (en) [6]enquete du département du commerce des USA
  27. (en)[7]description de l'entreprise d'armement de Carlos Cardoen
  28. Walsh Iran / Contra Report - Chapter 8 The Enterprise and Its Finances
  29. Dans le secret des princes, Christine Ockrent, Alexandre de Marenches, Stock, 1986, p. 238
  30. Catherine Gouëset, Chronologie France-Irak, L'Express. lire en ligne
  31. (en) Iraq airdefense globalsecurity. org

Bibliographie

  • (fr) Philippe Rondot, « La guerre du Chatt al-Arab : les raisons de l'Irak », Politique étrangère, Vol. 45, no 4, 1980, p. 867-879.
  • (fr) « Iran-irak : la diplomatie du conflit », Politique étrangère, no 2, vol. 52, 1987.
  • (en) The longest war, Dilip Hiro, éditions Paladin
  • (en) Iran-Irak war- A military analysis ” ; Ephraim Karsh - Adelphi.
  • (fr) Les Défis de la prolifération des ADM, rapport d’information a l’Assemblée nationale par la commission de la défense nationale - No2788 .
  • (en) Ronald E. Bergquist, The role of airpower in the Iran-Iraq War, Diane Publishing, ISBN 1-4289-9330-4 lire en ligne sur Google books
  • (en) Iran-Iraq War in the Air 1980-1988, Tom Cooper, 2003, Schiffer Publishing, ISBN 0-7643-1669-9
  • (fr) La Grande Guerre pour la civilisation, l'Occident à la conquête du Moyen-Orient (1979-2005)" Robert Fisk, 2005, La Découverte, ISBN 2-7071-4573-4
  • (fr) Pays de nuit, Janane Jassim Hillawi, Actes Sud, 2005 (éd. originale 2002). Roman de la guerre vu à travers le héros, fantassin irakien pris malgré lui dans la mécanique infernale de ce conflit et du régime de Saddam Hussein.
  • (fr) "L'échange de lettres de 1990 entre l'Irak et l'Iran : un règlement définitif du différend et du conflit ?", Clive R. SYMMONS, Annuaire Français de Droit International, 1990, p. 229-247

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