Surpeche


Surpeche

Surpêche

La surpêche désigne la pêche excessive (légale ou illégale) pratiquée par l'homme sur certains poissons, crustacés ou mollusques.

Graphique reprenant les couleurs conventionnelles des "feux rouges" et du code de la route, appliquées aux zones de risque et de précaution (jaune) pour le concept de pêcheries gérées et contrôlées, montrant quand un plan de reconstitution est obligatoire en termes de précaution, et montrant les points critiques (danger, et limite dépassée) pour ;
1) la biomasse du stock reproducteur et
2) le taux de mortalité induit directement et collatéralement par les actions de pêche (incluant donc les prises rejetées en mer ou le dégâts collatéraux des chaluts sur les habitats, les impacts des filets perdus, les impacts de la destruction des rapports prédateurs/proies, etc.

On parle de surpêche lorsque l’augmentation des capacités de capture entraîne ;

  • une diminution du nombre de prises, voire la disparition plus ou moins locale de certaines espèces
  • une diminution de la taille moyenne des prises
  • une diminution du poids moyens des prises
  • la régression du stock d'individus aptes à se reproduire (sachant que le nombre d'oeufs fécondés et pondus est bien plus élevés chez les poissons ayant atteint leur pleine maturité)

Ces signes quand ils sont groupés indiquent que l’espèce est pêchée plus vite qu’elle ne peut se reproduire et se maintenir.
Mais il n’est pas toujours facile de précisément distinguer quand un seuil critique est dépassé, ni les rôles respectifs de la pêche et d'autres facteurs environnementaux (surtout climatiques ou liés à la pollution ou à l'introduction d'espèces invasives ou de parasites) dans la baisse de certains stocks de poissons. De plus les dérèglements climatiques induisent des modifications (naturelles ou non) des courants ou des apports terrigènes via les estuaires, et certaines populations de poissons ou de crustacés peuvent se déplacer, pouvant localement laisser croire à une amélioration de la situation ou au contraire à une régression. On observe par exemple une remontée vers le nord de certaines populations de poissons. Des poissons peuvent ainsi donner localement l'impression de disparaitre ou de réapparaitre dans une région pour d'autres raisons que la pression de pêche. Seule une gestion partagée et un monitoring scientifique global globaux des "stocks" peuvent donner une idée globale des ressources marines halieutiques.


Sommaire

Situation mondiale

Filets, chaluts ou casiers, s'ils sont utilisés au delà des limites de renouvelabilité des espèces pêchées causent d'importantes régression des espèces-cibles et parfois non-cibles.

Histoire

La prise de conscience par le plus grand nombre de l'existence d'une surexploitation des ressources halieutiques est récente. En 1609 dans son Mare Liberum, le juriste Grotius, fondateur d'un droit international basé sur le droit naturel pouvait encore écrire : « La pêche en mer est libre, car il est impossible d’en épuiser les richesses ».
Des poissons encore aussi commun dans les années 1950-1960 que le cabillaud de l’Atlantique, le haddock de la mer du Nord et le thon rouge de l’Antarctique ou que l'anguille d'Europe figurent aujourd'hui avec une centaine d'autres sur la liste des espèces menacées.

La surpêche n'est pourtant pas un phénomène tout à fait nouveau ; A titre d'exemple,

  • la surpêche du saumon date au moins de plusieurs siècles, comme en témoignent certaines des gravures illustrant l'encyclopédie de Diderot (au 18ème siècle). Ces illustrations décrivent précisément des systèmes sophistiqués de filet ou barrages posés sur toute la largeur d'un cours d'eau, permettant déjà de capturer la quasi-totalité des saumons remontant ces cours d'eau[1],[2]. Un peu plus tard, la pêche intensive de la sardine en Baie de Douarnenez (France) a montré les limites de méthodes si efficaces qu'elles ont en quelques décennies fait régresser ou localement disparaître une ressource qui paraissait antérieurement inépuisable.
  • Au XIXe siècle, les pêcheurs du nord de la France sont sauvés par la pêche hauturière et la Morue de Terre-Neuve, mais ils voyaient déjà la ressource halieutique locale se raréfier. (« On fait ici la pêche de la morue , du hareng, du maquereau ; mais tous ces poissons, qui se tenaient volontiers jadis sur nos cotes, se rejettent depuis plusieurs années sur la cote d'Angleterre. Nos pécheurs en souffrent beaucoup » commentait en 1825 F.J. Grille[3] qui cite (en 1925) quelques hypothèses d'explication ayant cours à l'époque. «  Divers systèmes se sont élevés les uns contre les autres, tous fondés (ce qui est singulier) sur des faits faciles à constater. Les uns ont dit : Nous trouvons la cause de la disparition des poissons dans la tendance des mers à s'éloigner de nos rivages pour se porter sur les rives opposées. Les harengs ont suivi les courants et, en rassemblant là-dessus les observations, on trouve que la mer se retire insensiblement depuis Dunkerque jusqu'à Cherbourg ; elle a quitté successivement les dunes du Rosenthal, de Mardyck, les plaines de Bourbourg, d'Ardres, de Saint-Omer. Entre les caps Blanez et Grinez, elle a délaissé l'ancien port de Wissant ; l'embouchure de la Liane, à Boulogne, forme des atterrissements, et les travaux qu'on fait à Saint-Valéry et au Crotoy parlent en faveur de notre système. Il faut toute la force des eaux de la Seine pour empêcher les bancs de sable de s'étendre en face du Havre. Mais des sables s'entassent à l'embouchure de l'Orne. Ouistreham, qui voyait les marées battre les murs de son église, en est maintenant séparé par une large prairie. Les marais d'Hermanville sont desséchés et cultivés. La mer se retire du Calvados ; elle a abandonné, près de Bernières, à trois lieues de Caen, un vaste territoire qui fut autrefois une forêt... Tous ces faits sont très-graves et paraissent concluants. Mais d'autres, remontant moins haut, signalent les envahissements des mers aux caps Gris et Blanc nez même, déjà cités, et que rongent les vagues ; ils montrent du coté d'Etaples, et plus à l'est, vers le Portel, des invasions récentes , et qui sembleraient annoncer le retour des eaux vers nos cotes. Entre ces phénomènes, notre esprit demeure incertain, et, tout ce que nous pouvons faire, c'est de livrer nos remarques à l'étude des physiciens et à l'attention des géographes.)  »

La surpêche n'a pu prendre une dimension planétaire qu'au XXe siècle, avec les moyens industriels et énergétiques le permettant.
Sont actuellement concernés par la surpêche la sardine en Californie, l'anchois au Pérou, la morue à Terre-Neuve ou le hareng en mer du Nord. Dans la remontée d'eau (« upwelling ») du Nord Benguela (ou front Angola-Benguela) au large de la (Namibie), la surexploitation a provoqué un spectaculaire effondrement des populations de sardine (Sardinops sagax) (tonnages passé de 1,5 million de t/an de sardines en 1960 à seulement deux sardines pêchée lors d'une campagne scientifique en 2007). De même pour les anchois (Engraulis encrasicolus, ex E. capensis) et le merlu qui ont laissé la place à un écosystème appauvri peuplé d'espèces primitives telles que bactéries, éponges, macro-algues, méduses, oursins). Ailleurs, les populations de flétan et de thon rouge ont diminué de 90%. 95 % de la population d'Anguille d'Europe a disparu. Cette espèces considérée autrefois comme la plus résistante, est depuis 2007 classée comme espèce menacée et protégée en Europe. Le braconnage des civelles n'étant qu'une des causes de sa régression.

Illustration (version mer du Nord) d'un des impacts de la surpêche ; la modification des réseaux trophiques, qui se traduit par des taux anormaux d'espèces et d'individus, avec effondrement des populations de grande taille au profit de petits poissons ou d'organismes sans intérêt halieutique tels que les méduses qui occupent alors massivement les niches écologiques laissées libres

.

La FAO (organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) estime à 77% la proportion d’espèces de poissons impactées à différents degrés. 8% serait épuisées, 17% surexploitées et 52% exploitées à leur maximum.

Les prises de poissons ont atteint un maximum de 100 millions de tonnes en l’an 2000 mais la production stagne depuis 1990 alors que les capacités de pêche ne cessent d’augmenter. Les individus capturés sont de moins en moins gros et de plus en plus jeunes. La proportion des prises de niveaux trophiques bas a augmenté.

Les navires-usines exploitent de plus en plus de zones (ouest de l’Afrique, océan Indien, Pacifique du sud-est…), pêchent toujours plus profond, capturant de nombreuses espèces et endommageant des écosystèmes (via les chaluts notamment). La pêche technologique a entraîné une augmentation rapide des prises accessoires. 25% des poissons (27 millions de tonnes) qui sont péchés sont rejetés morts à la mer car ils n’appartiennent pas aux espèces souhaitées. Des dauphins, des tortues et des oiseaux marins (100.000 albatros par an) sont aussi capturés et tués par les filets. Les lignes appâtéees ou les filets perdus ou abandonnés en mer sont autant de pièges mortels pour ces animaux. Les espèces préférentiellement pêchées sont des carnivores apicaux (qui occupent le sommet des chaînes alimentaires) qui ont une forte valeur ajoutée sur les marchés des pays développés, mais qui sont aussi ceux qui ont le plus bioconcentrés les polluants, dont le méthylmercure. Cette spécialisation de la pêche a des conséquences graves sur les réseaux trophiques, jusqu’aux mammifères marins et aux oiseaux, par exemple :

  • Au large de Terre-Neuve, la raréfaction des poissons a entraîné une diminution de la taille moyenne des baleines à bosses qui fréquentent ces eaux.
  • On a vu des migrations de phoques affamés depuis le Groenland vers les côtes du Canada. En Europe, dauphins et marsouins semblent descendre vers le sud alors que l'atlantique nord est surexploité.
  • La disparition de la morue et d’autres prédateurs au large des États-Unis a entraîné une prolifération d'herbivores qui a provoqué un fort déclin des forêts d’algues.
  • On observe une modification de la structure des communautés et de la diversité génétique par la sélection d’espèces ou de classes de taille. Cette pression sur les habitats les rend plus sensibles aux invasions biologiques, aux perturbations et aux pollutions.

En février 2008 [4], le PNUE a conclu sur la base d’un rapport intitulé « In Dead Water »[5] que le réchauffement climatique exacerbait l'impact de la pollution, des espèces invasives et de la surpêche dans les principales zones de pêche de la planète, ce qui peut engendrer un triple problème ; écologique, économique et de développement.
10 à 15% de l’océan mondial est directement concerné par la surpêche selon l'ONU mais avec des impacts qui affectent ou affecteront « au moins les 3/4 des principales zones de pêche du monde ». On observe déjà une dégradation des océans, alerte l’ONU (qui avait en 2004 déjà signalé plus de 100 « marines dead zones » dans les baies ou en aval d’estuaires ou en mers fermées.

Toujours selon l'ONU, des millions de personnes dépendent de la pêche, surtout dans les pays pauvres et près de 2,6 milliards consomment couramment des protéines issues des produits de la mer (et l’écobilan de la pisciculture industrielle reste discuté). De plus, 80 à 100% des récifs coralliens du monde sont menacés de blanchiment, dégradation ou disparition par la montée des océans[6].

On craint enfin une accélération de l'acidification des océans induite par le CO2, qui pourrait aggraver ces problèmes en affectant aussi les petits organismes planctoniques à la base de la chaîne alimentaire.

Mesure et évaluation

Captures de requins dans le monde. L'un des problèmes qui préoccupe les scientifiques est la raréfaction des espèces prédatrices (ici les requins par exemple) qui ne peuvent plus jouer leur rôle de sélection naturelle, et qui se traduit par une proportion croissante d'espèces de petites tailles, incitant à l'utilisation de filets à mailles fines, qui ne laissent pas survivre de nombreux reproducteurs jusqu'à leur maturité)

Sur la base d'indicateurs[7] qualitatifs et quantitatifs, des scientifiques produisent depuis quelques décennies des rapports de plus en plus précis, par pays et par régions (Europe), mais des données précises permettant de dégager des tendances ne sont disponibles que depuis 1950 environ. Des ONG telles que WWF et Greenpeace s'intéressent aussi aux questions de protection et restauration des ressources halieutiques.

Depuis peu, des bases de données internationales se constituent, avec notamment :

  • Le « Sea Around Us Project », qui depuis 1999 met en place une base de données mondiales sur l'impact des pêcheries sur la biodiversité, en partenariat avec le Centre des pêches de Philadelphie et du « Pew Charitable Trusts », pour fournir aux chercheurs du monde entier, aux pêcheurs et au public intéressé, des données quantitatives et qualitatives sur l'impact de la pêche sur les écosystèmes marins du monde depuis 1950. Ces données sont géoréférencées sur un SIG (système d'information géographique) pour dresser une" carte mondiale des captures de pêches de 1950 à aujourd'hui", nécessaire à une bonne gestion des ressources halieutiques et à sa restauration.
    Contrairement à d'autres bases, celle-ci ne s'intéresse pas qu'aux poissons de valeur commerciale, mais aussi aux poissons rejetés, prises accessoires, invertébrés marins, mammifères marins, et d'autres composants de la biodiversité marine. Ce projet aborde aussi les impacts de la pêche (chalut en particulier) sur les habitats marins et côtiers. Cette base fournit des données sur les zones de pêche des pays, sur le type de poissons pêchés[8]. Des modèles [9] [10] plus précis vont pouvoir s'appuyer sur des études régionales, notamment pour la Malaisie [11], l'Amérique du Sud [12], l'Océan indien [13], le Japon [14]. Il s'agit aussi de mesurer les impacts directs et indirects sur la biodiversité et en particulier sur le réseau trophique qui alimente la pêche [15]. Cette base a été créée par le biologiste Daniel Pauly, directeur du Centre de recherche sur les pêches de l'Université de la Colombie-Britannique à Vancouver qui dirige toujours ce projet en 2009. Il compte parmi les premiers scientifiques à avoir alerté le grand public sur les conséquences de la surexploitation de l'océan par les pêcheries industrielles et il estime qu'une réduction de l'effort de pêche des grandes flottes industrielles permettraient de conserver un nombre d'emploi plus important dans la pêche artisanale, qui si cette dernière utilise sans excès des engins passifs et non tractés (c'est à dire moins consommateurs d'énergie que les chaluts et la pêche industrielle qui pourrait ainsi durablement perdurer. Il estime aussi que si le chalut de fond n'avait jamais été utilisé, et qu'on devait aujourd'hui réfléchir à son utilisation, il serait assurément interdit en raison de son effet très destructeur sur l'écosystème. Le chalut contribue à la transformation de la colonne d'eau en une "soupe microbienne"[16]. L'eau verdie par les engrais et la remise en suspension des sédiments par les chaluts meurent quand elles manquent d'oxygène, pourrissent et tombent au fond.
    Cette base de donnée valorise aussi les données scientifiques rapportées par des expéditions ancienne[17].
  • FishBase, autre grande base de donnée mondiale, développée par le WorldFish Center avec la FAO et de nombreux autres partenaires (dont le Muséum en France), avec le soutien de l'ONU et de la Commission européenne (CE) et d'un consortium de sept grandes institutions de recherche. Elle concerne la quasi-totalité des poissons ayant actuellement fait l'objet d'une description scientifique. Elle vise à aider les pêcheurs et vendeurs de poissons à mieux identifier et dénommer les poissons et espèces qu'ils pêchent ou rejettent (La bonne identification des espèces étant nécessaire à la traçabilité du poisson et à sa bonne gestion et à la fiabilité et intercomparabilité des statistiques). Plus largement, elle offre une information utile aux professionnel du monde de la pêche (des scientifiques aux gestionnaires en passant par les pêcheurs amateurs). La version 2004 de FishBase est disponible sur DVD ou CD-ROM pour 28.500 espèces de poissons. cette base de donnée est pour partie collaborative (ex : appel à collaborateurs (pour la révision des données notamment), à photos et à données scientifiquement sourçées sur les profondeurs maximales auxquelles chaque espèce de poisson a été pêchée ou rencontrée)

Causes et conséquences socio-économiques

Le poisson, avec 16% des protéines absorbées par l’Homme est une source de nourriture très importante pour l’alimentation d’1 milliard de personnes, surtout dans les pays du Sud. La pêche est capitale pour l’économie et la sécurité alimentaire de beaucoup de pays pauvres, particulièrement en Asie du Sud-Est. Les consommateurs à fort pouvoir d’achat demandent surtout des poissons à chair blanche, frais ou congelés. Les espèces à faible valeur ajoutée sont consommées sur place, essentiellement de petites espèces pélagiques sous forme salée. Une partie de ces espèces (30% des prises totales) est transformée en farine ou en huile. En 2010 la demande en poisson devrait-être entre 100 et 120 millions de tonnes ce qui provoquera une augmentation des coûts.

200 millions de personnes travaillent dans le secteur de la pêche qui compte 3,5 millions de bateaux. Mais la pêche industrielle avec seulement 1% des bateaux prélève 50% des poissons pêchés.
La croissance incontrôlée de la pêche et des flottes vient d’une surcapitalisation de l’industrie dont les performances ont dépassé l’optimum indique un rapport de la FAO. Par exemple, l’Atlantic Dawn mis en service en 2000, irlandais puis racheté par des néerlandais, pouvait traiter 15% de la capacité irlandaise de pêche et peut traiter 25-35 t/heure, 400 t/jour de poisson (pour une capacité totale de 7 millions de kg de poisson surgelé en moins de 30 jours, avec chambre froide de 3000 t [18][19].

La raréfaction des ressources pousse les grandes firmes à aller pêcher dans les eaux des pays du Sud. La FAO distingue 3 étapes dans l’évolution du secteur de la pêche :

  • Aborigène : exploitation de survivance côtière avec des bateaux et des outils rudimentaires
  • Coloniale : exploitation systématique des côtes et des eaux territoriales par des capitaux étrangers. La ressource est envoyée sur un marché d’économie développée.
  • Globale : exploitation intensifiée et généralisée des côtes, des eaux territoriales et internationales.

L’arrivée de grosses flottes près des côtes prive les autochtones d’une ressource importante et pousse les pêcheurs à aller pêcher plus loin en mer pour une rentabilité moindre et de plus grands risques. Les conflits sont fréquents lorsque se retrouvent sur la même zone des artisans-pêcheurs autochtones obéissant à des traditions d’exploitation et d’aménagement de la pêcherie et des pêcheurs industriels agissant à des fins de génération de revenus, qui ne soucient pas des traditions locales. Les conflits existent aussi entre les groupes autochtones et les organisation de défense des animaux, les entreprises aquacoles, touristiques et les pollueurs agricoles ou industriels.

Les gouvernements de pays endettés sont tentés de vendre des permis de pêche à des investisseurs étrangers et plusieurs pays du Sud développent eux aussi des flottes modernes. De plus, la diminution des prises entraînera une augmentation des prix défavorable au consommateur pauvre. Une baisse de la consommation a déjà été observée en Asie du Sud.

Dans les années 1960, la Mauritanie, aux eaux très poissonneuses était le pays dont la plus grande part des protéines consommées provenait de la mer. Suite à la vente des droits de pêche par le gouvernement, les poissons mauritaniens sont vendus sur les marchés occidentaux et ne sont plus accessibles au consommateur local.

Il faut aussi tenir compte de la piraterie, soit par la violation de la législation nationale dans les eaux territoriales, soit par des pêches illégales en haute mer, faites sans l’autorisation de l’organisme régional des pêches, la CCAMLR.
Un des exemples les plus connus de braconnage est la pêche à la légine australe (Dissostichus eleginoides). Une légine vendue sur deux serait pêchée illégalement, ce qui sera la cause probable de l'extinction de l'espèce d’ici à 3 ans. La plaque tournante de ce commerce est Port-Louis à l’île Maurice où accostent de nombreux bateaux sous pavillon de complaisance (Honduras, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Libye…)

En Europe...


La Commission européenne peine à faire accepter par certains états-membres (dont la France) ses propositions de quotas, pourtant établis sur des bases scientifiques. Elle tente depuis les années 1990 de réduire le nombre d’embarcations, mais en subventionnant par ailleurs la construction de superchalutiers.
Fin 2007, un rapport de la Cour des comptes européenne pointe la « surpêche » et l’inefficacité des systèmes de contrôle dans le cadre de la politique commune de la pêche. Le rapport évoque des données nationales peu fiables, des procédures d’inspection inefficaces et des sanctions non dissuasives qui limitent l’efficacité de la politique européenne de la pêche fondée sur une protection d'un stock suffisant de reproducteurs. Elle a annoncé une réflexion sur ce point en 2008. [20],[21] Des actions sont également prévues avant fin 2008 pour limiter les captures accidentelles de cétacés dans les filets (marsouin commun en particulier) et définir et protéger des zones Natura 2000 en mer.

En France : Fin 2008, un rapport du Sénat intitulé « Marée amère ; Pour une gestion durable de la pêche»[22] réalerte avec force sur la gravité de la situation, qui menace l'alimentation mondiale. Selon ce rapport, la pêche a « très certainement » déjà atteint les limites de l’exploitation halieutique alors que la capacité de pêche augmente encore « du seul fait du progrès technique de l’ordre de 4 % par an ».. Et, parmi les perturbations qui affectent les océans, outre le changement climatique, « la pêche occupe désormais une place prépondérante. Il y a peu de zones maritimes où elle n’exerce pas une influence qui dépasse tous les facteurs naturels » et alors qu'il n’y « a plus de stock pouvant soutenir une nouvelle croissance des captures » et que l'aquaculture telle qu'elle existe « accroît la pression sur les espèces sauvages et contribue à la destruction des milieux naturels », gérer la pêche est devenu un « défi scientifique ».
Ce rapport propose de 1°) renouer le dialogue entre pêcheurs, scientifiques et décideurs ; 2° « Construire les outils de la décision politique », sur la base d'une approche écosystémique et d'aires marines protégées ; 3° )Donner aux pêcheurs les moyens d'être les premiers acteurs et gestionnaires d’une pêche responsable et durable, en arrêtant la surexploitation et acceptant des quotas et luttant contre les fraudes ; 4°) Des pouvoirs publics qui exercent leurs prérogatives de contrôle et respectent enfin les avis scientifiques. 5° ) Mieux informer les citoyens pour les rendre responsables, qu'ils puissent choisir des poissons impactant moins la ressource, de taille légale, écolabellisés MSC ou équivalent, en favorisant les initiatives de pêche durable mises en place par avec les pêcheurs, sans oublier de réduire l'impoact de la pêche récréative « qui ne doit plus être mésestimé ».

Vers des solutions plus durables

Une pêche artisanale basée sur une bonne gestion de quotas serait une des solutions envisagées à la surpêche

Les solutions intuitives telles que réduire l'effort de pêche quand une ressource diminue ne fonctionnent pas dans le domaine de la pêche. Ainsi depuis 1950, 25 % des populations de 1.519 espèces étudiées par Mullon et ses collègues [23] [24] se sont effondrées dont un cinquième, brutalement et sans signes avant-coureurs, après un plateau de production. Contrairement aux apparences, la stabilité d'une pêcherie n'est donc pas un indicateur de bonne santé de la ressource, ni de sa bonne gestion[25] ; Dès qu'un certain seuil minimal de succès de reproduction n'est plus atteint, la population pêchée peut s'effondrer en quelques années. Et cette régression est souvent masquée pour le public par une efficacité accrue des moyens de pêche, ou un effort de pêche plus intense ou déplacé ailleurs. Pire ; arrêter de pêcher une espèce ne suffit pas toujours à en restaurer la population, même après plusieurs décennies, et probablement pour toujours quand une autres espèce est devenue dominante et que les communautés animales et végétales se sont réorganisées, selon d'autres rapports prédateur-proie[26].

Face à l’exploitation généralisée des mers au profit des capitaux et bénéfices de court-terme, une pêche soutenable voudrait préserver l’économie de subsistance des populations locales pour assurer la sécurité alimentaire, la survie économique et la préservation des cultures. Elle se traduit par exemple par le label MSC délivré sur la base de critères de soutenabilité environnementale, sociale et économique.

Gestion restauratoire de la ressource

Quelques expériences positives ont montré qu'une gestion rationnelle et des prélèvements raisonnables permettaient de restaurer et protéger une ressource. De nombreux dispositifs de récifs artificiels sont expérimentés dans le monde. Autour de Sainte-Lucie, une Aire marine protégée soutenue par le FFEM, a en 10 ans multiplié par 4 la biomasse de poissons dans la réserve naturelle, et elle a triplé aux alentours de cette dernière, alors que la diversité des espèces se reconstituaient également ; ce qui a permis aussi de calmer les conflits qui opposaient les pêcheurs à ceux qui voulaient protéger les fonds et les poissons, notamment pour le tourisme, les pêcheurs tirant ici aussi des avantages du tourisme[27]. Toutefois, un DCP placé dans un environnement appauvri risque de ne faite que déplacer le poisson, voire faciliter sa surexploitation.

Aquaculture

L’aquaculture pourrait être une solution pour répondre à la demande en poissons tout en améliorant l’habitat (récifs artificiels) mais actuellement la plupart des poissons d’élevage des pays développés sont des carnivores. Il faut pêcher 2kg de poissons pour en élever 1kg et les produits de l’aquaculture ont un prix élevé ce qui n’améliore pas la sécurité alimentaire. Elle permet seulement de valoriser des poissons peu recherchés par les consommateurs (petits pélagiques).
La Chine et l'Inde pratiquent des élevages de cyprinidés et de tilapias omnivores qui permettent de produire de grande quantité de poissons (10 millions de tonnes de carpes, 1.5 million de tonne de Tilapia) sans utiliser de grandes quantités de farines de poissons. Ces élevages sont souvent intégrés à des systèmes d'élevage de volailles où de porcs, les étangs sont enrichis avec les effluents des élevages (qui peuvent aussi bien être très modernes et très intensifs que familiaux).

L’aquaculture peut cependant contribuer à l'eutrophisation et une anoxie locale des eaux, voire à une prolifération de planctons toxiques (marée rouge) ou de pathogènes antibiorésistants.
La fuite de saumons d’élevage met en péril les populations sauvages en transmettant des infections contractées en captivité et en déplaçant les œufs déposés sur le fond par les saumons autochtones car ils frayent plus tard. Chaque année, 500000 poissons s’échappent des élevages d’après le WWF. La FAO recommande la triploïdisation des poissons d'élevage pour empêcher les "évadés" de se reproduire et d'envahir le milieu naturel.
Dans les zones tropicales, la construction massive de fermes aquacoles a entraîné une destruction des mangroves et des zones humides.

Pêche littorale

Mesures proposées par la FAO pour un développement durable de la pêche dans les zones côtières et sur le plateau continental :

  • Prélèvement de droits pour l’exploitation des ressources, assorties de pénalités et de l’élimination des subventions incitant à la surcapitalisation.
  • Zones ou saisons de pêche fermée.
  • Incorporer dans des parcs marins les zones d’alevinage.
  • Encourager les installation aquacoles dans les environnements pouvant les supporter.
  • Création de mécanismes de résolution des conflits entre usagers.
  • Réduire le rejet de débris emmêlant.
  • Améliorer la sélectivité des engins de pêche.
  • Définir des objectifs de gestion par-rapport à des référents et préciser l’état des pêcheries.
  • Contrôle des rejets de matières eutrophisantes.

Des exemples de gestion réussie avec les pêcheurs existent comme en rade de Brest où les restrictions à la pêche à la coquille Saint-Jacques et l’ensemencement annuel de la rade par de jeunes coquillages nés en écloserie a permis de multiplier par 5 les prises qui avaient chuté à cause de la surpêche.

Pêche hauturière

  • Des recherches plus nombreuses et approfondies sur le rôle des mammifères marins et des prédateurs apicaux dans les écosystèmes.
  • Réduire les captures accidentelles d’oiseaux, de tortues, de mammifères marins et maintenir les prises accessoires à des niveaux permettant le renouvellement des populations.
  • Tenir compte du faible taux de renouvellement et de la sensibilité des mammifères marins.
  • Favoriser la gestion par des organismes régionaux.
  • Appliquer les nouvelles technologies au contrôle des stocks.
  • Combattre les pavillon de complaisance.

Choix du consommateur

Outre le problème de surpêche le consommateur doit faire attention à la contamination par des polluants. Le thon (dégraissé ou non) accumule le mercure et/ou le méthylmercure et le saumon les pesticides et d'autres contaminants. Les poissons de pêche durable sont réputés être la bonite à ventre rayé, le germon, le thon ventru de ligne, le bar d’élevage, le bar blanc, le cabillaud du Pacifique, la sole, le flétan du Pacifique, le rouget barbet de roche, le tilapia, le turbot. Les crevettes d’eau froide et les moules peuvent compléter cette ressource.

Vers une action concertée des états contre la pêche illégale=

Selon la FAO, les illégalités les plus fréquentes sont la pêche sans permis, l'utilisation d'engins de pêche (ou de moyens de pêches tels que la dynamite ou des poisons) interdits. Viennent ensuite la pêche hors des saisons autorisées ou dans des zones fermées à la pêche, ainsi que les captures de juvéniles ou d'espèces dont la pêche est interdite.
Longtemps les états ont protégé leur marché intérieur au détriment de la ressource halieutique, mais sous l'égide de l'ONU et en particulier de la FAO, un projet de traité visant à interdire l'accès des ports aux navires pratiquant la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, a obtenu en 2009 l'accord de 91 pays, [28]. Chaque pays devra dans sa zone de compétence et dans ce cadre renforcer la qualité des contrôles et la fréquence des inspections (dans ses ports et en mer), délivrer des autorisations aux navires de pêche étrangers, partager les informations sur les navires «illégaux » et aider les pays en développement à lutter contre la pêche illégale. Ichiro Nomura (Sous-directeur général des pêches et de l'aquaculture à la FAO) a rappelé que c'était l'intérêt général et des pêcheurs eux-mêmes, car « En entravant l'aménagement responsable des pêches, la pêche illégale nuit à la productivité des pêches ou porte à leur effondrement». le traité doit être adopté en Conférence de la FAO en novembre 2009, puis entrera en vigueur 30 jours après que 25 pays l'auront ratifiés.
Les bateaux-pirates ne pourront alors plus théoriquement débarquer ni transborder leurs prises, ni se ravitailler en provisions et en carburant, et ils risqueront d'être contrôlés plus souvent.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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Bibliographie

  • Duffy-Anderson Janet T., Kevin Bailey, Lorenzo Ciannelli, Philippe Cury, Andrea Belgrano, and Nils Chr. Stenseth. 2005. Phase transitions in marine fish recruitment processes. Ecological Complexity, 2 : 205-218.
  • Daan N., Christensen V. and P. Cury (Eds.) 2005. Quantitative ecosystem indicators for fisheries management. ICES Journal of Marine Science. 62: 307-614.

Notes et références

  1. Chasses, pêches : extrait du « recueil de planches sur les sciences, les arts libéraux et les arts méchaniques »] (digitalisé par Gallica et la BnF)
  2. Autre illustration provenant de l'encyclopédie de Diderot, montrant des techniques de pêche intensive du saumon, utilisées en France au 18ème siècle
  3. Description du département du Nord Par François Joseph Grille (d'Angers) paris, Ed Sazerac & Duval, 1825-1830 (dans les pages consacrées à Gravelines)
  4. réunion du Forum ministériel mondial de l'environnementà Monaco, du 20 au 22 février 2008, du Conseil d'administration du PNUE et du Forum ministériel mondial sur l'environnement
  5. Ce rapport « In Dead Water » est produit par les scientifiques du PNUE en collaboration avec des universités et des instituts européens et des USA. Il s'appuie sur des données scientifiques récentes et souvent nouvelles, dont le dernier rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), qui a réuni plus de deux mille chercheurs sous l'égide du PNUE et de l'Organisation Météorologique mondiale (OMM)
  6. communiqué ONU, Forum ministériel mondial de l'environnement, daté du 28.01.2008
  7. Cury Philippe M. and Villy Christensen 2005. Quantitative ecosystem indicators for fisheries management: an introduction, Editorial. ICES Journal of Marine Science. 62: 307-310
  8. [ http://www.seaaroundus.org/TrophicLevel/EEZTaxon.aspx?eez=208&fao=27&country=Denmark&Hasnote=1&typeOut=1&Tx=1 exemple de statistiques de pêcheries par espèce (Danemark)] ou de zone (pour le Danemark par exemple)
  9. Kaschner, K. (2005) Modelling and mapping resource overlap between marine mammals and fisheries on a global scale. University of British Columbia, Vancouver
  10. Karpouzi, V.S. (2005) Modelling and mapping trophic overlap between fisheries and the world's seabirds. University of British Columbia, Vancouver (thèse)
  11. Thèse : Teh, L. (2006) The ecological and socio-economic sustainability of the reef fisheries of Pulau Banggi, Sabah, Malaysia. University of British Columbia, Vancouver.
  12. Thèse : Freire, K. (2005) Fishing impacts on marine ecosystems off Brazil with emphasis on the northeastern region. University of British Columbia, Vancouver.
  13. Bhathal, B. (2004) Historical reconstruction of Indian marine fisheries catches, 1950-2000, as basis for testing the 'marine trophic index'. University of British Columbia, Vancouver (Thèse)
  14. Swartz, W.K. (2004) Global maps of the growth of Japanese fisheries and fish consumption. University of British Columbia, Vancouver(Thèse)
  15. Wallace, S.S. (1999) Fisheries impacts on marine ecosystems and biological diversity: the role of marine protected areas in British Columbia. University of British Columbia, Vancouver
  16. Expression utilisée par Daniel Pauly lors d'une interview d'une heure environ sur France culture (émissions « Terre à terre », 2009 04 18)
  17. Scientific Expeditions & Surveys database
  18. page sur le navire Atlantic Dawn
  19. vidéo présentant l'Atlantic Dawn
  20. Le rapport (en)
  21. Le point Commission européenne (fr)
  22. Rapport du sénateur Marcel-Pierre Cléach ; Rapport, et sa synthèse en 4 pages
  23. Mullon , Fréon P. & P. Cury. 2005. « Patterns and models of collapsing world fisheries ». Fish and Fisheries. 6 : 111-120.
  24. Cury P., Mullon Christian, Garcia Serge Michel and Lynne Shannon. 2005. Viability theory for ecosystem approach to fisheries. ICES Journal of Marine Resources. 62: 577-584
  25. Document d'alerte et de veille (Bio intelligence service) de la commission européenne, intitulé : Stable catch: warning for future fishery collapse ? d'après C. Mullon, P. Fréon & P. Cury, 2005– The dynamics of collapse in world fisheries, Fish and Fisheries, vol.6, pp. 111-120.
  26. Cury, P., Fréon, P., Moloney, C., Shannon, L. and Shin, Y. 2005. « Processes and patterns of interactions in marine fish populations: an ecosystem perspective ». In The SEA: Ideas and Observations on Progress in the study of the Seas. The global coastal ocean: multiscale interdisciplinary processes (A. Robinson and K. Brink Eds.). Chapter 14. Harvard University Press, Cambridge: 475-554
  27. Site du ministère français des affaires étrangères
  28. Communiqué FAO du 1er septembre 2009, intitulé «  Nouveau traité pour contrer les "pirates de la pêche" ; 91 pays s'accordent pour intensifier la lutte contre la pêche illicite »


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