Elisabeth Charlotte d'Orleans

Élisabeth Charlotte d'Orléans

Élisabeth Charlotte d’Orléans

Élisabeth Charlotte d’Orléans,surnommée "Mademoiselle" née le 13 septembre 1676 et morte le 23 décembre 1744 à Commercy, est la fille de « Monsieur », duc d'Orléans, frère de Louis XIV et de Charlotte-Élisabeth de Bavière, princesse Palatine ; elle épousa le duc de Lorraine et de Bar Léopold Ier. Si elle ne put marier sa fille à Louis XV, par son fils François, époux de Marie-Thérèse d'Autriche, elle est la grand-mère de Marie-Antoinette et l’ancêtre de tous les Habsbourg-Lorraine actuels.

Sommaire

Éducation

Élisabeth Charlotte portait le prénom de sa mère, de même que son frère portait le prénom de leur père.

Son enfance se passa sans incident notoire. Sa sœur aînée, reine d’Espagne, la seconde, duchesse de Savoie, et le roi n’ayant pas de fille survivante, celle que l’étiquette nommait « Mademoiselle » depuis le mariage de ses sœurs pouvait s’attendre à une union prestigieuse. À la dauphine qui lui proposait d’épouser son jeune frère, Élisabeth Charlotte répondit : « je ne suis pas faite, madame, pour un cadet ». Cette répartie fut louée par la cour.

Nonobstant, comme l’écrit, non sans humour, Arlette Lebigre dans sa biographie de la princesse palatine « Mademoiselle est une victime de guerre » : âgée de douze ans quand éclate la guerre de la ligue d'Augsbourg, elle en a vingt et un quand les canons se taisent, ce qui, pour une princesse du XVIIe siècle est un âge de « vieille fille ».

Le roi essaya bien de marier Mademoiselle avec Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils légitimé qu’il avait eu de la marquise de Montespan tout comme il avait réussi à marier le duc de Chartres, frère de la princesse, avec une de ses bâtardes. Cependant, il dut compter avec sa belle-sœur : si « Madame » avait dû donner son consentement - non sans cris et sans larmes - au mariage de son fils, elle se consolait en se disant que son fils donnait son rang à sa bru. En revanche, elle se battit bec et ongles pour que sa fille, issue du sang légitime de France, ne soit pas « rétrogradée » au rang de princesse légitimée. Il lui était déjà suffisamment insupportable que la nouvelle duchesse de Chartres voulût traiter sa jeune belle sœur comme une servante. Craignant le scandale, le roi renonça à ce projet.

Madame pensa donner sa fille au roi d’Angleterre, Guillaume III, son cousin, veuf depuis 1694 de la reine Marie II d'Angleterre, bien que celui-ci ait vingt-cinq ans de plus qu’Élisabeth Charlotte et soit notoirement homosexuel. Il est vrai que le mari de Madame avait les mêmes penchants. En dehors des arguments concernant les caractères des personnes concernées, Madame oubliait quelques éléments d’ordre politique : le roi d’Angleterre était protestant et ni sa cour, ni ses sujets n’accepteraient une reine catholique venant en plus du pays des dragonnades. Ensuite l’Angleterre de Guillaume III était la plus acharnée des ennemis de la France de Louis XIV. Enfin, les deux pays étaient en guerre ouverte depuis 1688.

Un autre parti, plus prestigieux encore, fut proposé par le pape : le roi des romains, Joseph, fils aîné et héritier désigné de l’empereur. Le futur empereur Joseph Ier n’avait que deux ans de moins que Mademoiselle et sa famille était solidement catholique. Par ce mariage, le pape désirait réconcilier les deux grandes dynasties catholiques, ennemies héréditaires depuis deux cents ans, encore une fois en guerre et sceller la paix entre les Habsbourg et les Bourbons. Sa Sainteté se heurta au refus respectueux mais ferme des deux maisons. (Le pape était pourtant visionnaire, cette réconciliation interviendra en 1756 et se concrétisera par le mariage du futur Louis XVI, descendant de Louis XIV, avec Marie Antoinette, petite fille de Mademoiselle).

Pendant ce temps, Mademoiselle montait en graine et supportait parfois difficilement la tutelle de ses parents. Si les Orléans formaient une famille unie, Mademoiselle avait hérité du franc parler de sa Mère à qui elle reprochait vertement sa germanophilie militante.

Monsieur était un père tendre mais ouvertement homosexuel. Il s’affichait avec son favori, le chevalier de Lorraine. D’ailleurs, à cette époque, considérant que son existence allait vers sa fin, Monsieur déclara tout de go à sa femme et à Mademoiselle qu’il entendait jouir encore plus de la vie et ne plus mettre aucun frein à ses débauches.

Pendant ce temps, Charles Perrault dédiait les Contes de ma mère l'Oie à Mademoiselle (1696).

La paix de Ryswick donna un époux à Mademoiselle. Voyant que la guerre s’enlisait, Louis XIV dut faire des concessions et rendre les territoires qu’il occupait - en toute illégalité - depuis plusieurs années. Il rendit donc la Lorraine et le Barrois à leur duc légitime, Léopold Ier qui, âgé de 18 ans, était né en exil et ne connaissait pas sa patrie. Cependant, se méfiant de ce neveu et filleul de l’empereur, le roi voulut se l’attacher en lui faisant épouser sa nièce.

L’alliance était brillante mais le duc n’avait pas un sou et la Lorraine, comme le Barrois, était ruinée par près de 80 ans de guerres et d’occupations diverses.

Le roi ouvrit largement sa cassette pour sa nièce. Tant d’honneurs excitèrent la jalousie des autres membres de la famille royale : prenant pour prétexte la mort en bas âge d’un enfant du duc du Maine, certaines princesses prétendirent assister aux cérémonies du mariage par procuration en habit de deuil. De même, les duchesses s’émurent en apprenant que, pour honorer le futur époux, les princesses de la maison de Lorraine demeurant à la cour (les descendants des Guise) danseraient avant elles.

Le roi se fâcha et tout se déroula selon ses ordres (1698).

Famille

Inhabituellement et à la surprise de tous, ce mariage politique se mua en mariage d’amour. Dès l’année suivante, le couple ducal vient à Versailles où Léopold doit rendre hommage à Louis XIV pour la rive gauche de la Meuse. Les Lorraine retrouvent les Orléans et le bonheur du jeune couple éclate aux yeux des courtisans ébahis.

Élisabeth est bientôt enceinte et sa mère la voudrait visiter mais d’insurmontables problèmes d’étiquette rendent le voyage impossible.

En 1701, Monsieur meurt et Madame souhaite s’installer auprès de sa fille mais le roi de France ne peut permettre que sa belle-sœur termine ses jours en territoire étranger. Mère et fille resteront unies par leur correspondance qui, malheureusement, sera détruite dans l’incendie du château de Lunéville le 4 janvier 1719.

Après dix ans de mariage (et de nombreuses grossesses de la duchesse), Léopold, toujours ardent, s’éprit de la princesse de Beauvau-Craon née Anne-Marguerite de Ligniville qui avait dix ans de moins que son épouse. Cette liaison fit souffrir la duchesse, qui, sur les conseils de sa mère se réfugia dans une dignité silencieuse. Le duc n’en continuait pas moins à fréquenter sa couche et à faire des enfants dont un grand nombre moururent en bas âge :

Le couple ducal eut 14 enfants :

Original pour l'époque et dans le monde curiale, la duchesse voulut élever elle-même ses enfants,ce que critiqua sa mère pourtant non dépourvue d'instinct maternel.

Régence

En 1718, nouveau voyage en France, au cours duquel le couple ducal retrouve son frère et beau frère devenu régent du Royaume. Quelques rectifications de frontières en faveur du duc de Lorraine font hurler le duc de Saint Simon dans ses Mémoires. Quatre ans plus tard la duchesse revoit pour la troisième et dernière fois sa mère lors du couronnement de Louis XV à Reims. Elle en reçoit des félicitations pour la beauté, le charme et la bonne tenue de ses quatre enfants survivants. Assurément, la vieille « Madame » ne pouvait en dire autant de ses petits enfants Français. Elle mourra deux mois plus tard précédant de peu son fils dans la tombe. À la mort de son époux Léopold, en 1729, elle s’empare de la régence jusqu’en 1730, date à laquelle son fils François III, futur empereur du Saint-Empire, rentre de Vienne où il poursuivait son éducation et prend les rênes.

Celui-ci, quittant dès l’année suivante Lunéville pour un « tour d’Europe » lui confie la régence qu’elle exercera jusqu’en 1737. En fait, nommé par l’empereur vice-roi de Hongrie, puis fiancé à l’archiduchesse héritière Marie-Thérèse, il ne reviendra jamais dans sa patrie.

Élisabeth Charlotte tâchera de maintenir l’indépendance des duchés tout en épargnant ses sujets.

Bien qu’elle soit petite-fille de France, et malgré la méfiance du conseil d’État, elle ne mènera pas une politique pro-française mais, au contraire, luttera jusqu’au bout pour préserver l’indépendance des duchés allant jusqu’à proposer à son fils François III d’abdiquer en faveur de son frère cadet, Charles-Alexandre de Lorraine, lorsque se jouera l’avenir de la Lorraine et du Barrois à la fin de la guerre de succession de Pologne.

Elle ne pouvait réussir : confrontée à l’hostilité et aux ambitions de la France qui voulait annexer ses états, François III dut consentir à abdiquer en faveur de Stanislas Leczinski, roi déchu de Pologne mais beau-père du roi de France qui reçut les duchés en viager et confia le gouvernement à un agent de la France.

Par une ironie de l’histoire, Stanislas, placé sur le trône de Pologne en 1704 par le roi Charles XII de Suède, bientôt chassé par les russes, rejeté de tous les souverains d’Europe, voyant ses jours menacés, trouva asile chez Léopold et Élisabeth Charlotte. Bientôt, il fut question de marier le jeune Louis XV, les princesses de Lorraine avaient toutes les chances d’être choisies. Les intrigues du duc de Bourbon menèrent sur le trône une princesse sans dot dont l’union, loin d’apporter des avantages à la France, l’appauvrissait : la fille de Stanislas ! Et voilà que l’on donnait les duchés à ce même roi, encore fugitif.

Il y avait de quoi être déçue pour notre duchesse maintenant sexagénaire, qui s’était tant battue pour les siens.

On ressuscita pour la duchesse douairière la minuscule principauté souveraine de Commercy, où Élisabeth Charlotte alla finir ses jours, dans l’amertume et la précarité.

Retraite

N’ayant pu empêcher son fils de céder la Lorraine et le Barrois au roi de Pologne, beau-père du roi de France (1736-1737), elle se retire après cette date au château d’Haroué, puis dans la principauté de Commercy qu’elle tient en viager, non sans avoir fait briller la cour ducale de ses derniers feux en mariant sa fille aînée, Elisabeth-Thérèse, au roi Charles-Emmanuel III de Sardaigne.

En 1739, elle part à Innsbrück rencontrer sa belle-fille Marie-Thérèse, laissant la principauté aux soins du vieux comte de Girecourt, un fidèle serviteur des duchés.

En 1740, son fils Charles-Alexandre est nommé régent des Pays Bas par Marie-Thérèse mais il ne peut s’y rendre : la guerre de succession d'Autriche vient de commencer.

En 1741, sa belle -fille, Marie-Thérèse, donne enfin le jour à un garçon, le futur Joseph II, le premier des Habsbourg-Lorraine mais sa fille, la reine de Sardaigne meurt la même année.

En 1744, Charles-Alexandre épouse Marie-Anne d'Autriche, la sœur de Marie-Thérèse. À la tête des troupes autrichiennes, il pénètre en Lorraine mais doit rebrousser chemin sur ordre de la souveraine.

Fin

Son altesse royale Élisabeth Charlotte, duchesse douairière de Lorraine et de Bar, princesse souveraine de Commercy mourut d’une attaque d’apoplexie le 23 décembre 1744 à Commercy. Sa dépouille fut transportée à Nancy afin d'y être inhumée dans la chapelle ducale. Profitant d'une étape à Toul, le corps fut déposé en l'église des Bénédictins de Saint-Epvre [1] avant de reprendre la route vers Nancy.

Sa fille Anne-Charlotte se retira auprès de ses frères, à Vienne puis à Bruxelles où elle devint la conseillère influente de son frère Charles-Alexandre de Lorraine, régent des Pays-Bas. Elle mourut en 1773.

Son neveu, le roi de France, Louis XV fit interdire toute manifestation de deuil aux anciens sujets de la défunte.

Neuf mois plus tard, François, l’époux de Marie-Thérèse fut élu Empereur du Saint-Empire romain germanique et la fille de celui-ci, Marie-Antoinette, reine de France, déclinera son identité devant le tribunal par ses mots : « on m’appelait Marie-Antoinette de Lorraine d’Autriche ».

Œuvres charitables

Elle autorisa la construction d’un hôpital à Bruyères sur la demande du comte de Girecourt. Elle offrit, en 1730, la châsse en bois doré qui recèle les reliques de saint Pierre Fourier dans la basilique de Mattaincourt.

Notes et références

  1. Études sur Toul ancien : les Toulois aux XVIIe et XVIIIe siècles, page 184, par Mme V. François, née Bataille. Publié par Typ. Lemaire, 1891

Référence

  • Guy Cabourdin, Encyclopédie illustrée de la Lorraine, les Temps modernes, éditions Serpenoise, PUN, 1991.
  • Jacques Charles-Caffiot, Lunéville, Fastes du Versailles lorrain, Éd Carpentier, Paris, 2003. (ISBN 9782841674053)
  • Arlette Lebigre, La Princesse Palatine...
  • Dirk Van der Cruysse, Madame Palatine, Lettres françaises, Fayard, 1989.
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