Jaffa (Palestine)


Jaffa (Palestine)

Jaffa

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La Tour horloge

Jaffa (en hébreu יָפוֹ, en hébreu standard Yafo, en hébreu tibérien Yāp̄ô ; en arabe يَافَا Yāfā ; dans les tablettes de Tell al Amarna de 1350 av. J.-C., Yapu) est la partie sud, ancienne de la ville de Tel Aviv-Yaffo en Israël. C'est un des ports les plus anciens du monde sur la côte d'est de la mer Méditerranée.

Le port de Jaffa, très sollicité dans l'antiquité et au Moyen Âge, était, comme les deux autres ports de la Palestine ancienne - Acre et Césarée, une des étapes importantes dans les routes vers l'Orient des Européens. Dans le Moyen Âge, Jaffa était une des Échelles du Levant, bien que d'une importance secondaire en comparaison d'Acre. Une partie du port et quelques mosaïques antiques ont survécu jusqu'à aujourd'hui.

Jaffa, devenue au cours du dernier millénaire une ville principalement arabe, a fusionné en 1950 avec la nouvelle ville juive de Tel Aviv.

Sommaire

Le nom

Le nom Yaffa ou Yaffo est probablement d'origine sémitique, lié étymologiquement au mot hébraique yoffi (écrit יופי) qui signifie « beauté »; yaffa, en hébreu signifie « belle »)[1] (ou agréable, pulchritudo aut decor, dit Adrichomius).

Une légende juive l'associe à un des fils de Noé, Japhet (en hébreu Yefet) qui aurait fondé le port 40 ans après le Déluge. Une tradition hellène tardive relatée par Pline l'Ancien l'attribue à Jopa, la fille d'Éole, le dieu du vent[2].. Yaffa est mentionnée sur la liste de Thoutmôsis III et dans des papyrus égyptiens anciens comme YP. Sur les tablettes de Tell el-Amarna et sur l'inscription de Sennacherib sous la forme Yapu. Chez le géographe arabe Al-Muqaddasi, elle est rappelée sous le nom de Yaffa, employé par les Arabes jusqu'à nos jours. Dans l'Ancien Testament (la Bible hébraïque) la Méditerranée est nommée la mer Yaffo (Yam Yaffo) et dans le Midrach la mer de Yaffo (Yamá shel Yaffo).

Histoire

L'Antiquité. Égyptiens, Chanaanéens, Philistins et Hébreux

L'existence de Jaffa est attestée au moins depuis 3500 ans Elle est prise par les Égyptiens vers 1465 av. J.-C pour une très longue période - jusqu'à env. 800 av. J.-C. Le site antique proprement dit est marqué aujourd'hui par la colline Tell Yaffa qui s'élève à une altitude de 40 m et qui de nos jours est dominée par l'église franciscaine Saint - Pierre. Le port naturel de Jaffa est utilisé depuis l'Age du Bronze moyen. Il est mentionné pour la première fois dans des sources égyptiennes, parmi lesquelles une épitre datée d'environ 1470 av. J.-C., qui vante le pharaon Thoutmôsis III qui avait conquis la ville par un subterfuge qui rappelle le cheval de Troie - car 200 combattants égyptiens se sont cachés dans des paniers offerts en cadeau au gouverneur chanaanéen de la cité. La nom de la localité apparaît aussi dans les tablettes de Tell el-Amarna.

Yaffa, sous son nom hébreu Yaffo, est mentionné dans l'Ancien Testament (Tanakh) à quatre reprises. Dans le livre de Josué (Yehoshua), la ville est un des points de limite du domaine de la tribu hébraïque Dan. Dans son port sont déchargés les cèdres importés de Phénicie et destinés à la construction du Temple de Salomon à Jérusalem au Xe siècle av. J.-C. et à sa reconstruction au IVe - Ve siècle av. J.-C. Yaffo est aussi le point de départ du prophète Jonas (Yona) dans son malheureux voyage vers Tarsis (Tarshish). Hormis les Égyptiens, Jaffa est contrôlée par les Chanaanéens, et pour longtemps par les Philistins, y compris par le royaume d'Ashdod. Elle fait partie, temporairement, des royaumes juifs anciens - l'Israël réuni - sous les rois Salomon et David, et plus tard sous quelques-uns des rois de Judée.

Sous la conquête assyrienne, babylonienne et perse. Les Hellènes

Ensuite la cité connait, comme toute la région, l'invasion assyrienne dirigée par le roi Sennacherib (702/701 av. J.-C.), puis vers 605/604 la domination des néo-Babyloniens du roi Nabuchodonosor II (ou Nabou-Koudour-Ousour ou Nebuchadnezzar, 605-562), puis de la Perse Achéménide. Pendant leur domination elle est un moment sous le contrôle des Phéniciens de Sidon. Le roi de Sidon Eshmounazar II (ou Eshmun'azar ou Eshmunazar ou Eshmounezer) la reçoit en cadeau des Perses et y érige un temple au dieu Eshmoun. La cité va ensuite passer sous le contrôle des Grecs lors de la conquête du roi de Macédoine Alexandre le Grand (336-323). Après la mort d'Alexandre et du partage de son Empire, Jaffa et la région vont être le terrain de luttes de pouvoirs entre les différents diadoques se prétendant successeurs du Macédonien : l'Égypte des Ptolémées et la dynastie des Séleucides. Elle finit par revenir aux Séleucides.

La période hasmonéenne

Les habitants de Jaffa, Grecs ou hellénisés, sont hostiles à la révolte anti-hellène de Judas Macchabée (Yehuda Makkabi). Ils font monter un grand nombre de Juifs sur des vaisseaux et les noient ensuite dans la mer. Judas Macchabée les punit en passant la localité par le feu et l'épée. Mais ils opposent encore une résistance ardue et sont vaincus seulement plus tard par Jonathan Macchabée et encore une fois par Simon Macchabée (Shimon Makkabi]. Ainsi Jaffa passe en 147 av. J.-C. sous le contrôle du royaume juif, d'abord sous la dynastie des Hasmonéens (avec une interruption pendant l'occupation par les rois séleucides Antiochos VII Sidetes et Antiochos XII Kizikos, étant reconquise par le roi juif Jean Hyrcan I (Yokhanan Hyrkanos)) et ensuite sous la dynastie des Hérodiens ou Antipatrides. C'est vers cette époque que la ville est repeuplée par des Juifs.

La domination romaine. Païens, samaritains, juifs et chrétiens à Jaffa

En 63 av. J.-C., Pompée, en conquérant la Judée sépare du point de vue administratif Jaffa, appelée alors Joppé, du reste du pays. Mais Jules César en fait cadeau au roi juif Hyrcan II. Marc Antoine l'a donné, à son tour, à sa bien-aimée Cléopâtre, reine d'Égypte. Par la suite Hérode le Grand l'a regagne de la part d'Octavien Auguste. Pendant la guerre des Juifs, en 66 ap. J.-C., la ville est saccagée par les soldats romains de Cestus Gallus, et environ 8 400 habitants sont massacrés, selon le témoignage de Flavius Josèphe. Néanmoins, les Juifs se sont réorganisés et ont transformé le port de Jaffa en une base navale d'où ils dirigent des attaques contre les vaisseaux romains qui vont vers la Syrie ou vers l'Égypte. En 67 ap. J.-C. Yaffa est conquise par les troupes impériales du nouveau commandant Vespasien après des combats acharnés immortalisés sur les monnaies romaines portant les inscriptions Judea navalis et Victoria navalis.

Vespasien attaque pendant une nuit orageuse, et une partie des habitants qui se sont enfuis sur des barques au large de la mer, ont coulé et se sont noyés. Jaffa est définitivement annexée par Rome sous le nom de Flavia Joppé.

À côté d'une importante communauté chrétienne, dans la ville continue de vivre aussi des Juifs, mentionnés dans le Talmud. Après la répression de la dernière révolte des Juifs - celle de Shimon Bar Kochba en 135, les Samaritains étendent leur aire de peuplement et s'installent aussi sur le littoral, y compris à Jaffa.

Dans le Nouveau Testament et dans les Actes des Apôtres, Jaffa apparaît dans le récit sur l'apôtre Pierre qui y a ressuscité la veuve juive Tabitha (ou Dorcas) (en hébreu Tzvia? = gazelle) et qui y a eu, dans la maison de Simon le Corroyer, la vision de l'égalité aux yeux de Dieu entre Juifs et Gentils. Une peinture décrivant ce dernier événement peut être vue dans l'église Saint Pierre à Jaffa. La tombe de Tabitha se trouve dans un quartier de l'est de Jaffa, Abou Kabir, où elle est abritée par une église orthodoxe russe (l'église Sainte-Tabitha).

Le Talmud - la Mishna et la Gemara racontent sur les Sages juifs, des tannaïm et amoraïm qui ont vécu et été actifs à Jaffa : Rav Adda, Rabbi Hiya Brey deRabbi Adda d'man Yaffo, Rabbi Tankhum d'Yaffo, Rabbi Yokhanan (Yudan) d'Yaffo, Rabbi Nakhman d'Yaffo (ou Yaacov d'Kassrin). Le cimetière antique de Jaffa abrite plusieurs tombes juives anciennes. Les Juifs de Jaffa étaient dans cette période soit des natifs du pays soit des rapatriés d'Alexandrie, de Cappadoce, de Cyrène, de Chios, de Thessalie, etc. Ils travaillaient dans le commerce de textiles et des parfums, dans la confection et le lavage des vêtements et la pêche. Mais la ville entra dans les siècles III-IV a.H dans l'aire contrôlée par les Samaritains. Cette population, qui se révolta plusieurs fois, rétrécit beaucoup après les massacres et les conversions forcées perpétrés par les empereurs byzantins. À cause de l'hostilité et même des agressions de la part des voisins hellènes chrétiens, les Juifs ont dû aussi, à la fin, abandonner l'endroit.

Le Moyen Âge

La période byzantine

À Jaffa vit jusqu'à nos jours une communauté chrétienne ancienne, de rites divers. Parlant autrefois le grec et l'araméen, elle était majoritaire pendant la domination byzantine. Après l'arrivée des Arabes au VIIe siècle, elle est devenue pour la plupart arabophone. Aujourd'hui elle a beaucoup diminué, comme toute la population chrétienne de la Palestine, en conséquence de la guerre de Palestine de 1948 - 1949 et des émigrations successives.

Sous l'administration de Byzance, Jaffa fait partie de la province Palaestina Prima et est encore un port important, comme en témoigne Cyrille d'Alexandrie. Dès le Ve siècle Yaffa devient un évêché. Deux des évêques de la ville, Fidus (en 431) et Elias (en 536) participent aux conciles de l'Église.

Le Califat arabe

Pendant le règne du calife Omar ibn al-Khattab, les Arabes sous la direction d'un des ses fameux commandants, Amru ben al-As, conquièrent la ville, sous l'étendard de l'islam, en 636. Sous la nouvelle administration musulmane (les califats Omeyyades, Abbassides et Fatimides), un petit nombre de Juifs ont pu revenir dans la ville et y vivre jusqu'à l'arrivée des croisés au XIe siècle.

La nouvelle ville de Ramla devient la capitale du district Jund Falastin, qui remplace la province romaine et byzantine de Palaestina Prima et fait partie maintenant de la province de Syrie (Sham) dont la capitale est Damas. Ramla jouissait des services du port de Jaffa. Graduellement, la population de Jaffa s'arabise et la localité devient une ville arabe, étant plus tard, à la fin de la domination des Ottomans au XIXe siècle et sous le mandat britannique au XXe siècle, le plus grand centre urbain arabe de la Palestine, dépassant en population Jérusalem, Gaza et Haïfa.

Les Croisés

Les Croisés de Godefroi de Bouillon conquièrent Jaffa en 1099. L'année suivante, Pise, puissance maritime du moment, et qui a collaboré au transport des pèlerins chrétiens d'Europe, reçoit du roi Godefroi des privilèges dans le port de Jaffa. Le roi Baudoin Ier y crée le comté de Jaffa et le confie à Hugues Ierdu Puiset. Lorsque le comte Hugues II du Puiset est accusé de relations adultères avec la reine de Jérusalem, Mélisende, le comté est divisé, et la ville de Jaffa est annexée aux domaines royaux. Dès lors les princes héritiers du Royaume de Jérusalem commencent porter aussi le titre de « comtes de Jaffa et Ascalon ».

Salah-ad-din assiege Yaffa

Un des comtes de Jaffa, Jean d'Ibelin a été un des auteurs du fameux codex Les Assises de Jérusalem. Le voyageur juif d'Espagne Benjamin de Tudèle ne trouvera à cette époque à Jaffa qu'un seul juif, un teinturier.

Le 10 septembre 1191, trois jours après la bataille d'Arsouf, Jaffa se livre à Richard Cœur de Lion. En dépit des efforts de Saladin de la réoccuper le 30 juillet 1192 (pendant l'absence de Richard), la ville retombe dans les mains du roi anglais revenu à temps. Le 2 septembre 1192 on signe le traité de Jaffa qui garantit trois ans de trêve entre les deux camps belligérants : chrétiens catholiques et musulmans.

L’ordre des Chevaliers Teutoniques reçoit en 1196 plusieurs propriétés à Jaffa des mains du roi Henri II de Champagne. Mais en 1196, en tirant profit des funérailles du roi Henri à Acre, le sultan ayyoubide de Damas, Malik Adel, le frère de Saladin, reconquiert Jaffa, en y massacrant 20 000 croisés. La ville est toutefois reprise bientôt, une fois de plus, par les forces chrétiennes. Ses murs seront renforcés à l'occasion de l'arrivée en Terre Sainte de deux souverains illustres. Le premier, en 1228 est l'empereur d'Allemagne et roi de Sicile et de Jérusalem, Frédéric II Hohenstaufen, le Stupor mundi. Il réussit à obtenir à Jaffa le 18 février 1229 un traité de paix fortement avantageux avec le sultan Malik Al-Kamel de l'Égypte. Plus tard, en 1250 arrive à Jaffa le roi Louis IX de France, qui vient récemment d'être libéré de la captivité égyptienne. Accompagné par son épouse, Marguerite de Provence, il y bâtit un couvent et une église.

Article connexe : Comté de Jaffa.

Les Mamelouks

En 1268 le sultan (d'origine coumane) Taher Abu al Fatah Baybars, après des victoires éclatantes sur les Mongols et sur les Croisés en Palestine, conquiert Jaffa sans combat et l'annexe à l'Égypte mamelouk. Baybars fait tuer à cette occasion une grande partie des habitants et démolit les maisons et les murs de la ville. Il laisse intactes seules deux tours pour l'usage de ses combattants. Le siècle suivant, le XIVe siècle, Jaffa recommence à servir de port aux pèlerins chrétiens, mais sous tous les aspects, pendant deux siècles successifs la localité tombe en déchéance. En 1345 elle est détruite à nouveau, sur l'ordre d'un des sultans mamelouks, par peur qu'elle puisse servir comme base à une nouvelle croisade. À la fin du XVe siècle, le voyageur chrétien Cotwyk et le rabbin Mechoullam de Volterra (en 1481) trouvent Jaffa en ruines.

La domination ottomane (1516 - 1918)

Après la conquête de la Palestine par le sultan ottoman Selim Ier en 1516, Jaffa conserve encore une certaine importance dans le commerce de la région et pour le pèlerinage chrétien vers la Terre Sainte. Au XVIIe siècle, en 1654 les moines franciscains ouvrent ici une auberge, près de l'actuel monastère Saint-Pierre. On bâtit aussi des églises, une mosquée et une auberge arménienne. À la fin du siècle Jaffa est une petite localité de 400 maisons, sans murs extérieurs.

Au milieu du XVIIIe siècle, sous les auspices du gouverneur de Gaza, Hussein ben Radwan on initie des travaux de réaménagement de la ville et, en espérant tirer plus de bénéfices, on crée des conditions plus favorables pour les communautés chrétiennes et leurs pèlerins. Dans ces années-là passent par le port de Jaffa environ 4 000 pèlerins par an, la plupart chrétiens, mais aussi quelques Juifs. Pour ces derniers, en 1753 rabbi Yaakov Donama (ou Zonana) ouvre temporairement une auberge.

Depuis le début du XVIIIe siècle, Jaffa arrive à prendre la place de Ramle en tant que centre administratif du district. (Sous les Turcs Ottomans, la Palestine faisait alors partie de la Syrie, respectivement du vilayet de Damas).

À la fin du XVIIIe siècle, en revanche, Jaffa connait des temps orageux. Dans les années 1770 éclatent des combats entre le gouverneur de la Galilée, Dahar al Umar et ses rivaux de Damas, du Liban et de Palestine. En 1772 son armée arrive aux portes de Jaffa qui était défendue par Ahmed Toukan, le frère du gouverneur de Nablus. En dépit du soutien de la flotte russe Dahar al Umar réussit à occuper Jaffa après sept mois de siège. En 1776, le bey Muhammad Abou Dahab, ex-allié mamelouk de Dahar et arrivé cependant à la tête de l'Égypte, avance du sud de la Palestine et se heurte à Jaffa à une résistance farouche. Après 66 jours d'insuccès, le commandant égyptien dupe les assiégés et fait semblant de tomber avec eux à un accord. Pendant que les habitants fêtaient la dite « paix » obtenue, les Mamelouks de Abou Dahab réussissent à pénétrer dans la ville. S'en suivit une mise à sac générale; ils détruisent des maisons et les cultures et procèdent à des massacres et à des exécutions. Abou Dahab ordonne de faire décapiter env. 1 500 habitants de sexe masculin, et les têtes des victimes sont enterrés dans une petite colline qui depuis s'appelle Tel al Rus (La Colline des têtes).

Napoléon à Jaffa

À peine restaurée, Jaffa doit endurer du 3 mars au 7 mars 1799 le siège et le bombardement de la part des soldats français du général Napoléon Bonaparte arrivé d'Égypte. D'après certains témoignages les messagers français envoyés avec l'ultimatum de Napoléon, sont arrêtés, torturés, émasculés et décapités, et ensuite leurs têtes sont exposées, empalées sur les murs de la cité.

Dans ces conditions la ville n'est pas ménagée. Après la conquête, elle est saccagée, beaucoup de femmes locales sont violées, et le gouverneur turc Abdallah bey est exécuté. Bonaparte ne veut plus tenir compte des promesses de son fils adoptif Eugène de Beauharnais d'épargner la vie des captifs et, motivé aussi par des raisons d'économie, ordonne qu'une bonne partie des prisonniers turcs, selon certaines sources environ 2 440, selon d'autres 4 100[3], beaucoup d'entre eux Albanais, soient fusillés ou poignardés avec les baïonnettes. Quelques centaines d'Égyptiens sont autorisés à partir. Napoléon espérait que le sort malheureux de Jaffa intimiderait les défenseurs des autres villes « de Syrie ». Au contraire, la nouvelle de ces atrocités va mener à une résistance encore plus hardie contre les attaques de ses forces. À cela s'ajoutent des obstacles naturels inattendus. Il semble que depuis le quartier général français de Ramle, à cause de mauvaises conditions d'hygiène, se répandit avec facilité une épidémie de peste bubonique qui fera des ravages dans les rangs de la population et aussi des soldats de Napoléon.
À la veille de la retraite de Syrie-Palestine, Napoléon suggère aux médecins, comme il l'avait fait plus tôt pendant le siège d'Acre, de faire administrer des doses mortelles de laudanum aux soldats qui étaient grièvement malades et ne pouvaient être évacués. Mais, on dit que les médecins, parmi lesquels le fameux Dr René Desgenettes s'y opposèrent, consternés[4]. Vaincu au nord du pays par les Turcs, Napoléon abandonne la Palestine. Après son départ les Anglais, alliés des Turcs et commandés par Sidney Smith reconstruisent les murs de la ville.

Dans les années 1800 - 1814, après un nouveau siège de 9 mois, le pouvoir à Jaffa est pris par celui qui avait résisté auparavant à Napoléon à Acre, Ahmed Pacha, le gouverneur d'origine bosniaque de cette ville. À cause de sa cruauté ou peut-être de son passé de bourreau en Égypte, il était connu comme Djezzar Pacha (djezzar = boucher, en arabe).

Abou Nabout

Entre 1810-1820, sous le gouverneur mameluque (semble-t-il d'origine tcherkesse) , connu aussi par ses mœurs âpres, Muhammad Agha, dit Abou Nabout (« Le Bastonneur »), la ville connaît une période de réhabilitation, pendant laquelle on bâtit la mosquée Mahmudieh (en 1812), ainsi qu'une fontaine rituelle pour les voyageurs -le Sbeil Abou Nabout- les murs de la ville sont refaits à nouveau, on aménage des marchés, on élève une porte à l'entrée est, on ouvre des consulats étrangers. Les Juifs eux aussi reviennent à Jaffa et en 1820 Señor Yeshayahu Ajimen d'Istanboul, y ouvre une auberge, en y ajoutant une synagogue et une école juive - beyt midrach. En 1838 il est rejoint par des Juifs du Maroc qui ne pouvant continuer leur pèlerinage à Safed, restent à Jaffa et y créent un petit quartier à proximité de l'auberge. En 1818 Jaffa compte au total 6 000 habitants, la plupart arabes. Abou Nabout, devenu pacha, arriva à extendre son authorité jusqu'à Gaza et même à Jérusalem.

Ibrahim pacha. L'occupation égyptienne

Entre 1830 - 1840 le pouvoir en Palestine, y compris à Yaffa passe dans les mains de Ibrahim pacha, le fils du vice-roi d'Égypte, Muhammad Ali, le fondateur d'origine albanaise de la dernière dynastie royale de ce pays.

Les années de l'administration égyptienne sont assez favorables pour la localité. Ibrahim Pacha fait du port de Jaffa une base navale égyptienne, plante des vergers d'orangers et de limons, emmène des colons felakhs arabes d'Égypte, qui fondent des quartiers hors des murs de la ville : Sakhanat al Masriye (appelé ensuite Manshiye), Sakhanat Abou Kabir et Sakhanat Darwish. Mais en 1837 la ville ressent un lourd tremblement de terre qui détruit une bonne partie des maisons. Après la retraite des Égyptiens, sous la pression des puissances européennes, et la restauration du pouvoir central ottoman, la population de Jaffa ne cesse de croître.

La petite communauté juive (122 personnes en 1839 se développe sous la direction, depuis 1840, du rabbin Yehuda mi'Ragusa (de Raguse) (1783- 1879).

Colons protestants. Les orangers de Jaffa

Commémoration de l'arrivée du bateau américain Nellie Chapin en 1866. Il apportait des maisons préfabriquées en bois.

Au milieu du XIXe siècle vivent à Jaffa environ 5 000 habitants - des Arabes musulmans, des chrétiens de différents rites (romano- et gréco-catholiques, grec-orthodoxes, maronites etc) - la plupart arabes aussi, et 400 Juifs - dont la majorité séfarades.
Après 1840 est reconfirmé le régime des capitulations par lequel les puissances européennes reçoivent du sultan ottoman des privilèges commerciaux et juridiques pour leur citoyens venus en Terre Sainte. En conséquence grandit l'influence des consulats étrangers et des chefs de diverses églises dans le pays, et s'amplifie le pèlerinage chrétien, y compris celui de protestants. Ainsi, après l'échec des colonistes millénaristes allemands de Rhénanie et américains de Philadelphie dans la ferme Mount Hope (Le Mont de l'Espérance) (1853-1857) et des missionnaires de l'Église du Messie (Church of the Messiah), venus du Maine (États-Unis) dans les années 1866-1868 le relais est pris par des missionnaires britanniques et surtout par des colons allemands, luthériens de Wurttemberg, appelés Templer - « die Gemeinde des Tempels ») (la Communauté du Temple ou la Société des Templiers) (aucun rapport avec l'ex-Ordre catholique des Templiers)

Ceux-là fondent dans la localité le petit quartier Walhalla (connu jusqu'à nos jours comme la « Colonie allemande ») et puis au nord-est de Jaffa la colonie agricole - industrielle Sarona (voir Tel Aviv). Comme les Arabes de Jaffa, et les Juifs de la nouvelle implantation du nord-est, Petah Tikva, ils plantent des vergers d'orangers et commercialisent leur production par le port de Jaffa, souvent sous le nom de « Jaffa Oranges », renommé jusqu'à aujourd'hui (cette marque étant employée aussi pour les oranges qui seront exportées par la Palestine mandataire et par Israël. Jaffa devint ainsi le centre de la culture d'agrumes en Palestine et leur principal port d'export.

En octobre 1898, pendant leur voyage à Jérusalem, arrivent à Jaffa le kaiser Guillaume II d'Allemagne et son épouse, l'impératrice Augusta-Victoria et séjournent à l'Hôtel du Parc. Cet hôtel avait été ouvert par un noble russe, converti au protestantisme - le baron Platon Ustinov, le grand-père de l'acteur Peter Ustinov.

Les derniers années de la domination ottomane

Après une période d'instabilité ou la sécurité des habitants de la Palestine était mise en péril par des attaques et pillages menés par des tribus bédouines locales, dans les années 1860 les autorités turques réussissent à rétablir l'ordre et la paix.

Dans les années 1870 Jaffa fait partie du sandjak Kouds (Jérusalem, lui-même part du vilayet (province) de Syrie (Cham) avec la capitale à Damas. Depuis 1887 ce sandjak - là devient un sous-gouvernatorat (moutasarriflik) indépendant de Damas et dirigé directement de Stamboul (Constantinople). Entre 1868 - 1879 le nombre des habitants à Jaffa s'accroît tant (17 000 en 1887) qu'il est besoin de démolir des murs de la cité. On y ouvre plusieurs institutions d'enseignement et sanitaires.

En 1882 est fondée l'école (catholique) de la Congrégation des Frères des écoles chrétiennes de France, appelée plus tard collège Saint Joseph, qui aura un rôle important dans la promotion d'un enseignement de qualité, en français.

Dans les années 1870 on ouvre les portes d'un hôpital français. On y ajoute un hôpital gouvernemental, et des hôpitaux d'autres communautés ethniques et religieuses de la ville. En 1900 - 1906 à l'occasion d'un quart de siècle de règne du sultan Abdülhamid II on élève au centre de Jaffa (ainsi qu'à Jérusalem et dans d'autres quelques villes de l'Empire) une tour à horloge qui deviendra un des signes de marque de la localité.

La voie ferrée Jaffa - Jérusalem

En 1869 Jaffa est reliée à Jérusalem pour la première fois par une voie pavée, qui est tout de suite parcourue par la calèche personnelle de l'empereur de l'Autriche-Hongrie, François Joseph Ier, venu en pèlerin après l'inauguration du canal de Suez.

Un progrès très significatif est réalisé en 1892 avec l'achèvement de la première voie ferrée de Palestine qui reliera les mêmes deux villes. Au cours du XIXe siècle, Konrad Schick et Sir Moses Montefiore comptent parmi ceux qui ont proposé ou ont essayé à intéresser les autorités ottomanes et les puissances européennes dans la construction d'une telle voie ferrée en Palestine, notamment entre le port de Jaffa et Jérusalem. En fin de compte, le projet a prend forme grâce à l'initiative de l'entrepreneur juif Joseph Navon (1858 - 1934) de Jérusalem, en association avec le banquier d'origine suisse Johannes Frutiger, son ex-patron dans le passé, et avec l'ingénieur arabe Georges Franjieh. Il faut trois ans à Navon pour réussir à obtenir l'autorisation de la Sublime Porte pour ce projet le 28 octobre 1888. Un an après il vend ses droits à une société française, tout en conservant une partie des actions et étant nommé membre du comité directeur. À l'appel de Navon, d'autres hommes d'affaires d'Europe de l'Ouest rejoignent le projet. Nombre de représentants du clergé chrétien en Terre Sainte y ont aussi contribué par leurs donations. L'exécution des travaux est prise en charge par La Compagnie de Travaux Publics et Construction de Paris. Les travaux durent deux ans, entre 1890 et 1892 et sont fini en août 1892. L'inauguration a lieu le 26 septembre 1892 en présence du délégué officiel du sultan. La locomotive du premier train est ornée des drapeaux de l'Empire Ottoman. Le tracé du chemin de fer, d'une longueur de 87 km et d'une largeur d'un mètre, allait de la gare de Jaffa vers le sud - est, parcourait les gares de Lod (Lydda) et de Ramle, puis se dirigeait en louvoyant le long du Wadi a-Srar (en hébreu Nakhal Sorek), en côtoyant les villages arabes de Sejed, Dir- Abban (plus tard Artouf, aujourd'hui appelé en hébreu Bet Shemesh), Dir-a-Shekh (aujourd'hui Bar Giora), et montait ensuite dans les montagnes de Jérusalem, sur l'ancienne « voie des ânes », le long du ruisseau Nakhal Refaim et finissait dans la Vallée (Emek) de Refaiym, à la gare de Jérusalem. À l'exception d'un court chemin de fer en Perse, c'était la première voie ferrée du Proche-Orient. En revanche, bien que plus commode que d'autres moyens de transport, le voyage en train prenait malheureusement non pas deux heures comme prévu, mais quatre heures entières, tout comme le voyage en diligence.

Le développement de la ville et l'amélioration de la sécurité des habitants favorisent la construction de nouveaux quartiers arabes au delà des murs - par exemple Al Ajjami, Jebalya et Manshiye. Le commerce et l'industrie connaissent une période d'essor : se multiplient les ateliers et les fabriques comme celles de cigarettes, de ciment, de tiègles, des article en cuir, les filatures de coton, les fonderies etc...

Les débuts du nationalisme arabe à Jaffa

Cependant, avec l'affaiblissement de l'Empire Ottoman, les réformes des Jeunes-Turcs et la croissance de l'immigration juive, commence à surgir aussi un patriotisme arabe local ou un proto-nationalisme arabe palestinien. Les pionniers de ce mouvement-là se trouvent assez souvent parmi les rangs des chrétiens arabes ou arabophones, qui étaient plus instruits que les musulmans et avaient une histoire religieuse et culturelle plus longue que ceux -là dans le pays.

En 1911 deux cousins, Arabes chrétiens orthodoxes, Issa Da'oud al Issa (1878-1950) et Youssouf al 'Issa commencent à éditer à Jaffa le quotidien nationaliste arabe Filastin (La Palestine) qui va jouer un rôle de proue dans la cristallisation de l'identité locale arabe palestinienne. La même année prend naissance à Jaffa le Parti Patriotique Ottoman qui milite contre la vente de terres aux Juifs. Des représentants des Arabes de Jaffa, comme par exemple le député au Parlement ottoman Hafez Bey al Sayid réclament à haute voix l'interdiction de l'immigration juive. En novembre 1918 des notables arabes de Jaffa, parmi lesquels un poids important avaient des chrétiens, fondent une « Association islamo-chrétienne » qui vise à promouvoir l'autonomie arabe et la résistance contre le projet sioniste.

Le serail- bâti en 1897,la municipalité de Jaffa, et des soldats néo-zélandais,1917

Les Juifs à Jaffa sous le régime ottoman. Centre du mouvement sioniste en Palestine

Au milieu du XIXe siècle, les dirigeants juifs de la Diaspora se montrent préoccupés par l'état lamentable du point de vue économique et de l'instruction des Juifs de la Palestine, dont beaucoup s'occupaient la seule étude des textes sacrés et étaient soutenus par les donations de leurs communautés d'origine de par le monde. Le philanthrope juif anglais, Sir Moses Montefiore visite Jaffa à plusieurs reprises et y achète en 1855 une plantation d'orangers pour fournir du travail aux juifs locaux, mais l'essai échoue. À cet endroit surgira plus tard un quartier de Tel Aviv, appelé Montefiore (ou Montefiori).

En 1869 l'organisation philanthropique l'Alliance Israélite Universelle de Paris, par son délégué Charles Netter réussit à fonder à l'est de Jaffa, (aujourd'hui dans la zone de juridiction de la ville israélienne voisine de Holon), une école agricole juive nommée Mikvé-Israël.

À la fin du XIXe siècle, à cause de la croissance des mouvements pre-sionistes encore appelé du « sionisme pratique » (orienté sur l'implantation de colonies de peuplement agricoles), Hovevey Tzion ou Hibat Tzion (les Amants de Sion), dont les centres sont dans l'est de l'Europe - en Roumanie et dans l'Empire Russe (surtout en Ukraine et Pologne), Jaffa, pour les Juifs connue comme Yafo, devient leur centre en Palestine. On ouvre un bureau (initié par le fameux commerçant de thé Kalonymus Wissotzki et dirigé par Avraham Moyal et ensuite par Shmuel Hirsch), ainsi que d'autres institutions juives comme par exemple le gymnasium hébraïque Herzliya (1905), le séminaire d'institutrices E. Levinsky, l'hopital Shaar Tzion du mouvement Bney Brith (1890), etc.

En 1890 - 1891 Vladimir Zeev Temkin y dirige son « Comité Odessite » qui achète des terrains pour des immigrants juifs. Des Juifs du Yemen s'établissent en 1881 au nord de la ville où ils fondent le futur quartier Kerem Hateymanim (le vignoble des Yéménites) créé officiellement en 1904 et qui fait de nos jours partie de Tel Aviv. En 1887 à l'initiative de l'homme d'affaires originaire d'Algérie, Aharon Shlush (Chelouche), on bâtit au nord de Jaffa le quartier juif Nevé Tzedek (la Maison de la Justice), et en 1890 le quartier Nevé Shalom (la Maison de la Paix), aujourd'hui inclus dans Nevé Tzedek. Prennent naissance ces années-là encore huit petits quartiers juifs à l'intérieur de Jaffa ou dans ses environs.

Les Juifs de Jaffa - séfarades et ashkenazes - se réunissent temporairement dans une communauté unie. Le 26 juillet 1903 s'y ouvre la filiale de la Banque Anglo-Palestine, la premiere banque juive de Palestine (aujourd'hui Bank Leumi) qui déménage en 1921 pour Tel Aviv. En 1898 arrive dans la localité le fondateur du sionisme politique, Theodor Herzl qui séjourne à l'hôtel Kaminitz. De 1 000 personnes en 1882 le nombre des Juifs à Jaffa compte en 1895 3 000 (parmi un nombre total de 18 000 habitants) personnes, puis 5 000 en 1905. Entre les années 1904 et 1921 le rabbin Avraham Itzhak Hacohen Kook, une des plus marquantes figures du judaïsme orthodoxe du XXe siècle, détient la fonction de chef-rabbin des Juifs de Jaffa. En 1908, la population de la ville atteint 40 000 habitants dont 8 000 Juifs. Depuis 1908, elle devient le centre de l'activité d'Arthur Ruppin, délégué de l'Agence Juive, chargée de l'organisation de l'émigration juive vers la Palestine. Il y ouvre le soi disant Office palestinien et le bureau de « la Compagnie pour le développement de la Palestine ». En mars 1908 se produisent à Jaffa des incidents entre Arabes et Juifs qui sont suivis, à la suite de l'intervention de quelques consuls occidentaux, dont celui d'Allemagne, par la révocation du kaymakam local Muhammad Assaf bey, accusé d'être trop tolérant avec les violences pratiquées par certains habitants et hommes d'ordre. En automne éclatent des manifestations violentes arabes contre l'Autriche-Hongrie en signe de solidarité avec les musulmans de Bosnie, territoire qui avait récemment été annexé par cet empire. En 1909 plusieurs Juifs de Jaffa se décident à fonder au nord un nouveau quartier appelé au début Akhuzat Bayit (le domaine de la maison) et qui deviendra après un an Tel Aviv.

Jaffa pendant la Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale oppose l'Empire ottoman, allié avec les Puissances centrales à la coalition de l'Entente. Avant la guerre, la ville avait déjà 45 000 habitants, dont la grande majorité était arabe et comprenant aussi une minorité de 8 000 Juifs. À Tel Aviv vivent 1 000 Juifs. À Jaffa se trouvent en mission plusieurs officiers turcs, parmi lesquels Mustafa Kemal, le futur fondateur de la Turquie moderne. En septembre 1914 les autorités abolissent le régime des capitulations et les consuls à Jaffa perdent leurs pouvoirs extra-territoriaux. Beaucoup de Juifs, ayant des nationalités étrangères, se trouvent soudain sans droits et considérés comme des citoyens des puissances ennemies. Le gouverneur, d'origine arabo-bédouine, Bakha ad-Din, prend, sur l'ordre de Jamal Pacha des mesures de déportation immédiate des Juifs de sexe masculin de nationalité russe. Mais à la fin les déportations sont arrêtées grace à l'intervention de l'Allemagne et des États-Unis. On essaie de lancer, contre la perception d'une taxe, une procédure d'« ottomanisation » de ces Juifs. Baha ed Din est remplacé par Hassan Bek al Jabi. La mosquée qu'il fait élever en 1916, avec son haut minaret, peut être vue aujourd'hui près de la plage de Tel Aviv. Les 9 000 Juifs de Jaffa et de Tel Aviv, regardés avec suspicion par les Turcs, sont par la suite tous déportés en avril 1917, et trouvent asile soit dans d'autres zones de la Palestine, surtout en Galilée, soit en Égypte. Les autorités turques procèdent à des arrestations et des déportations en masse aussi dans les rangs des Arabes qui rêvaient déjà de se délivrer de la tutelle ottomane. Ils doivent stationner dans des tentes à la proximité de la ville. Ainsi en 1917 - 1918 la localité est vidée de ses habitants. Les Britanniques permettront plus tard à tous de retourner dans leurs maisons.

Le 16 novembre 1917, l'entrée des soldats du général Edmund Allenby dans la ville, marque le début de l'occupation britannique à Jaffa et après 1922 commence officiellement le régime du Mandat - le mandat reçu par la Grande-Bretagne de la part de la Ligue des Nations afin de permettre la création d'un foyer national juif en Palestine.

Jaffa sous l'occupation et le Mandat britanniques (1917 - 1948)

Au commencement de la domination britannique, après le retour des milles des habitants exilés par les Turcs, la ville a une population de 32 000 personnes. La communauté juive compte maintenant seulement 5 000 personnes. La ville continue à s'étendre vers l'est, ou se développent des nouveaux quartiers, parmi lesquels Al Nuzha, dominé par le boulevard King George (l'ex-Blv. Jamal Pacha, aujourd'hui appelé boulevard de Jérusalem ), avec une vie commerciale intense et l'imposante mosquée Al Nuzha. On ouvre des nouvelles institutions d'intérêt public, comme l'hôpital Dr. Dajani, avec 50 lits, en 1937 le cinéma Al Hamra (Alhambra) et dans les années 1940 - 1941, parmi d'autres, l'école sponsorisée par le commerçant Hassan Arafe. La vie politique est marquée par les conflits entre la fraction du mufti de Jérusalem, Hajj Amin al Husseini et de son clan, et d'autres fractions et familles, qui mènent à la fin à la dissolution de l'Association musulmane - chrétienne de Jaffa.

Les émeutes arabes à Yaffa du 1er - 7 mai 1921

L'année 1921 est le cadre d'émeutes au sein de la population arabe, attisée contre les Juifs et effrayée par la perspective de la création d'une entité étatique juive en Palestine. En 1918 l'Association musulmano-chrétienne de Jaffa présente aux autorités britanniques une pétition contre le soutien donné par le Royaume Uni au projet sioniste. Dans d'autres occasions l'Association s'exprime dans ses déclarations dans le sens que les Arabes n'ont de choix qu'entre deux alternatives: soit jeter les sionistes à la mer, soit se laisser poussés par eux vers le désert. En février 1919 apparaît à Jaffa une organisation souterraine arabe « La Main Noire » dont l'objectif est de « tuer le serpent sioniste » tant qu'il est petit. Au début de l'année 1920, en même temps que les Arabes d'autres régions du pays, les Arabes de Jaffa sortent pour manifester et demander l'annexion de la Palestine, dite aussi « la Syrie du Sud », au nouveau royaume éphémère installé à Damas par Faycal ibn Hussein.

Pendant sa visite en Palestine en avril 1921 le ministre britannique des colonies, Sir Winston Churchill, rejette la demande des notabiles arabes de mettre fin à l'immigration juive et de renoncer à la fondation du Foyer national juif qui était prévue par la déclaration de Balfour du 2 novembre 1917. Le 1er mai 1921, une foule arabe de Yaffa, accompagnée par des hommes de police arabes armés avec des armes à feu, déclenche une vague de violences et de pillages contre les habitants juifs de la localité et des quartiers limitrophes Neve Shalom, Neve Tzedek, le quartier mixte Manshiye, ainsi que les locataires de la Maison des Immigrants du quartier Ajjami, où à cette occasion sont massacrés 13 juifs et 26 autres sont blessés, sont touchés. 6 autres juifs sont tués dans une maison isolée au milieu d'un jardin d'orangers dans le quartier d'Abou Kabir. Parmi les victimes se trouve l'écrivain hébreu Yossef Haiym Brenner, les jeunes écrivains Yossef Louïdor et Tzvi Shatz et autres des leurs amis. Le prétexte de ses tueries était deux manifestation juives pour le 1er mai - l'une des Juifs communistes qui se sont heurtés à l'autre - des Juifs socialistes à la périphérie de Jaffa. Des dirigeants de la population arabe de Jaffa, ont vu dans ses manifestations une preuve vive de la menace du communisme et de l'« immoralité » apportés, selon eux, au pays, par les nouveaux venus juifs.

La police britannique intervient avec quelques jours de retard; on réussit à empêcher l'avance des assaillants arabes vers Tel Aviv. Les troubles s'étendent aussi contre les localités juives de Petah Tikva, Hadera, Rehovot et tendent les relations inter-communautaires à Hebron, Jérusalem, Naplouse, etc. Elles se soldent temporairement par un succès; le haut commissaire britannique Sir Herbert Samuel décide de limiter, mais pour le moment seulement, l'immigration juive en Palestine, afin d'apaiser l'opinion arabe. À la suite de ces événements, plusieurs milliers de Juifs de Jaffa s'enfuient à Tel Aviv. Le chef rabbin Kook déménage pour toujours à Jérusalem. La ville de Tel Aviv obtient l'autonomie administrative vis-à-vis de la mairie de Jaffa, bien que du point de vue économique elle reste encore dépendante de la ville-mère voisine en ce qui concerne les places de travail, les sources d'approvisionnement, etc.

En 1929 et 1936-1939 éclatent de nouvelles révoltes arabes pendant lesquelles la vie des Juifs est mise en danger. Le 25 aout 1929 quelque 2 000 Arabes de Jaffa tentent d'attaquer Tel Aviv, mais sont contenus par la riposte de la police britannique et des membres de la Hagana, une organisation paramilitaire de défense des Juifs.

La Révolte arabe (Al Thawra ou l'Intifada) de 1936 - 1939, la première phase

Dans les années trente, l'essor du secteur juif en Palestine fait augmenter en revanche l'ampleur du mouvement nationaliste arabe dirigé par des représentants de la famille Husseini de Jérusalem. Dans ce période -là, parmi les figures importantes dans la vie de la ville on peut mentionner des politiciens comme le maire Asim bey al Saïd, Omar al Baytar - président de l'Association islamo-chrétienne, Issa Daud al Issa, et aussi des personnes très actives dans la vie communautaire comme dr Fouad Dajani, Adèle Azar et Hassan Arafé.

En janvier 1932 se réunit à Jaffa le Congrès national de la Jeunesse Arabe qui adopte la plateforme panarabiste inspirée par celle du parti Istiklal (le Parti de l'indépendance). Des militants de cette formation commencent à patrouiller sur la côte pour essayer d'empêcher le débarquement des immigrants juifs illégaux et pour forcer les commerçants d'observer les grèves politiques. Le 20 mars 1933 500 notables arabes de tout le pays se rassemblent à Jaffa afin de condamner le régime mandataire britannique qui permettait l'immigration juive et blâmer les conationaux qui vendaient des terrains aux Juifs. Le 27 octobre1933 un démonstration de masse, non autorisée, des Arabes palestiniens, est réprimée par les forces d'ordre mandataires. Dans les heurts 12 parmi les manifestants arabes et un policier britannique sont tués. Grièvement blessé, le vieux leader nationaliste Moussa Qazem al-Husseini, âgé de 83 ans, mourra après 5 mois, en mars 1934. En avril 1936, prenant courage après l'échec de la politique de la Grande-Bretagne et de la France face aux efforts de réarmement de l’Allemagne et de l'expansionnisme de l’Italie, les nationalistes arabes déclenchent une révolte qui enflamme toute la Palestine, y compris Jaffa.

Le port de Jaffa aujourd'hui

Les Arabes déclarent la grève générale et ferment le port de Jaffa pendant 175 jours, entre avril et octobre 1936. Les 19 - 23 avril on assiste à des violences contre les Juifs et leurs propriétés à Jaffa. Une masse de paysans et ouvriers originaires de la région Hauran de Syrie, agités par des rumeurs alarmistes, tuent à Jaffa 9 Juifs et en blessent 60 autres. Des milliers de Juifs de Jaffa prennent la fuite et se réfugient à Tel Aviv. Beaucoup de magasins et des bureaux appartenant à des Juifs ou à des Britanniques quittent Jaffa. Il y a aussi des représailles antiarabes de certains Juifs individuels et de la part des organisations souterraines juives - Hagana et le groupe dissident Irgoun B connu comme Etzel. Le 7 aout 1936 deux assistantes médicales juives de l'hôpital de Jaffa tombent sous les coups des rebelles. Ils ravagent aussi des jardins et des plantations des Juifs. Le 7 septembre 1936 les autorités britanniques proclament la loi martiale. Parce que pendant la nuit, la ville avec ses ruelles étroites se trouvait sous le contrôle des rebelles, le Britanniques font exploser la plupart de l'Ancienne ville avec aprox. 220 maisons (l'opération l'Ancre) Les Juifs répondent à la fermeture du port de Jaffa par l'ouverte d'un port alternatif à Tel Aviv. À la suite des émeutes et de la grève générale Jaffa est lourdement touchée du point de vue économique

La deuxième phase de la Révolte Arabe

Le plan de partage de la Palestine établi en 1937 par la Commission Peel créée par le gouvernement du Royaume Uni, recommande que Jaffa soit dans le futur partie d'une enclave contrôlée par la Grande-Bretagne, tout comme Jérusalem, Bethléem et un corridor passant par Ramleh et Lydda (Lod) jusqu'à la mer. Les Arabes palestiniens rejettent ce plan et déclenchent en septembre-octobre 1937 la seconde phase de leur révolte contre la domination britannique et contre le projet sioniste en Palestine. Les autorités mandataires mettent alors le Haut Comité arabe en dehors de la loi et exilent une partie des dirigeants nationalistes arabes. La croissance des attaques arabes contre les habitants juifs mènent a des représailles - y compris des attentats anti-arabes organisés par les formations radicales souterraines juives ETZel et Lehi (la "bande Stern"). Le 26 aout 1938 des membres d'Etzel font exploder une bombe dans le marché de légumes de Jaffa, tuant 24 Arabes et blessant autres 39. Cependant la violence dégénère en hostilités au sein même de la population arabe, où des bandes de villageois commencent à saccager les citadins de Jaffa où à leur imposer leur « protection ». En 1939 le gouvernement de Chamberlain renoncent au plan Peel et à la proximité du debut de la Seconde Guerre mondiale cherche a appaiser les Arabes, par exemple, par l'issue du "Livre Blanc" de MacDonald du mai 1939 qui va fortement limiter l'immigration juive en Palestine. Cette mesure a été prise après qu'on eut aperçu la predisposition de l'opinion arabe en faveur des Puissances de l'Axe dans l'espoir de se libérer de la tutelle britannique et de mettre fin une fois pour toutes au nuclée d'entité nationale juive dans le pays. En effet la presse arabe de Jaffa adopta une ligne ouverte pro-allemande et pro-italienne surtout dans les premiers ans de la guerre.

La Résolution de partition de l'ONU du 29 novembre 1947 et l'intensification des hostilités entre Arabes et Juifs

En 1947 une nouvelle Commission spéciale, cette fois-ci de l'ONU, recommande que Jaffa fasse partie d'un futur État juif. Toutefois le plan final de partage de l'ONU approuvé le 29 novembre 1947 par l'Assemblée générale de l'ONU, recommande l'inclusion de Jaffa dans le futur État arabe palestinien, sous la forme d'une enclave dans l'état juif. Mais, n'étant d'aucune façon d'accord avec la création de quelque état juif que soit, la partie arabe rejette ce plan et le 30 novembre 1947 des Arabes lancent trois attentats contre des Juifs dans plusieurs endroits du pays.

À Jaffa un jeune Juif tombe sous les balles. Nombre de juifs sont tués par des francs-tireurs arabes qui tirent depuis de hauts bâtiments de la périphérie de la ville, comme par exemple depuis le minaret de la mosquée Hassan Bek. Des parties des rues commerciales de Tel Aviv, rue Allenby, Ha'Aliya et Herzl deviennent des cibles commodes pour ces snipers. Le commerce juif doit déménager vers le nord de la ville. Des volontaires d'Irak et de Bosnie joignent aux Arabes locaux sur les tours des mosquées et s'emparent des maisons abandonnées dans des points stratégiques limitrophes.

Les tirs depuis le quartier Manshieh vers la rue Allenby attirent des réactions de la part des combattants juifs, surtout des militants d'Etzel et Lekhi.

La mosquée Hassan Bek, 1916, renovée en 1994 avec le minaret rebâti deux fois plus haut qu'auparavant, dans l'ancien quartier de Manshiye, Tel Aviv-Yaffo

Les habitants de Jaffa étaient divisés - des uns soutenaient le camp du moufti Hajj Amin al-Husseini, dirigé ici par le chekh Hassan Salamé, pendant que d'autres sympathisaient avec le camp plus modéré. Du point de vue militaire les Arabes de Jaffa se trouvaient en infériorité parce que les routes d'accès à la ville étaient contrôlées par les Juifs qui pouvaient la bloquer et priver de nourriture. Aussi ne bénéficiaient-ils d'un commandement militaire unique ni d'objectifs militaires clairs. Une partie des opérations de combat contre les Juifs de Tel Aviv étaient dirigés par un Comité national arabe des partisans de la famille Al Husseini qui siégeait dans le bâtiment administratif du Sérail au centre de la ville. Des habitants des villes arabes proches de Ramle et Lydda sont venus à l'aide des combattants de Jaffa en bloquant la route vers Jérusalem. Des gens des villages voisins Yazur (aujourd'hui la localité israélienne Azor) et Salamé (aujourd'hui quartier de Tel Aviv) ont commencé à leur tour d'ouvrir le feu vers les quartiers juifs pauvres du sud et de l'est de Tel Aviv.

Le 1er décembre 1947 les Arabes déclarent une grève générale de trois jours. Dès ce moment-là et jusqu'au 11 décembre sur tout le territoire de la Palestine tombent tués dans des heurts et attaques réciproques 130 personnes, dont 70 Juifs, 50 Arabes, 3 soldats et un policier britanniques.

Le 8 décembre 1947, après plusieurs attaques et contre-attaques, environ 300 combattants arabes de Jaffa et Salamé sous la commande du chekh Hassan Salamé, vétéran à la solde du Troisième Reich en Yougoslavie, pénètrent dans la banlieue juive Hatikva au sud-est de Tel Aviv et mettent le feu à 32 petites maisons. Deux mille cinq cents habitants juifs s'enfuient. Mais, étant trop préoccupés avec le sac, les gens de Hassan Salamé ne traduisent pas leur succès en avantage militaire. Les combattants de la Hagana parviennent finalement à les repousser.

Le 9 décembre, les maires de Jaffa et de Tel Aviv tombent d'accord de cesser les hostilités pour sauver la récolte et l'exportation des agrumes. mais le cessez-le-feu ne dure pas longtemps. Le 13 décembre 1947 des membres de l'Etzel, originaires des quartiers Hatikva et Kerem Hateymanim font une première incursion à Jaffa.

Le 4 janvier 1948 des militants de Lekhi font exploser un camion chargé d'explosifs près du Sérail de Jaffa, le siège de la mairie et du Comité national arabe, provoquant l'effondrement du bâtiment et la mort de 26 Arabes. Selon les sources arabes les victimes étaient surtout des civils innocents, y compris des enfants orphelins. Cet attentat contribua beaucoup à abaisser le moral des habitants et des défenseurs de Jaffa.

La fin de l'année 1947 le quartier d'Abu Kabir et ses environs arabes comptaient 5 000 habitants. Tout d'un coup, après le 29 novembre 1947, les Arabes d'Abu Kabir commencèrent à attaquer les moyens de transport juifs qui partaient pour Jérusalem et pour les mochavim du sud et forcèrent le Juifs à trouver des routes alternatives. Les quartiers juifs Shapira, Florentin et la rue Herzl de Tel Aviv n'ont pas cessé d'être cibles des snipers arabes.

En février 1948 la défense arabe de Jaffa comprenait principalement des membres de la dite Armée de libération arabe sous les ordres de l'Irakien Abdul Wahhab al Sheikh et ensuite du capitaine irakien Abdel Najjm ad Din et du chrétien local Michail al Issa. S'y ajoutaient environ 50 mujahiddun musulmans des anciennes unités Waffen-SS de Bosnie sous la commande de Hajj Murad et quelques colonistes allemands.

L'exode de la population arabe. La conquête de Jaffa par les Juifs

Dans les premiers mois de l'an 1948 les habitants arabes de Jaffa ont abandonné graduellement la ville, surtout par voie de la mer, en espérant qu'ils pourraient retourner vite, dans un futur proche, après la victoire attendue des forces arabes unies. En avril 1948, comme résultat de l'exode massif, le nombre des Arabes dans la localité trouvée en blocade diminua à environ 25 000. Le 1er mars 1948 le commandement de la principale formation paramilitaire juive Hagana adopta le plan Daleth qui prévoyait le passage de la stratégie défensive à l'offensive dans le but d'arriver à contrôler jusqu'au 14 mai (fin du mandat britannique en Palestine) tout le territoire qui, selon la recommandation de partition de l'ONU devrait revenir au futur état juif. Il se proposait à s'assurer aussi la continuité territoriale nécessaire pour protéger la population juive - cela par le moyen du contrôle des enclaves arabes et des villes à population mixte juive et arabe, et par l'occupation des positions - clés du point de vue stratégique, des camps et des stations de police qui seraient évacués par les Britanniques.

Le 25 avril 1948 six compagnies de l'Irgoun (Etzel) sous la commande d'Amihaï Paglin (dit Giddy) ont lancé l'attaque contre les Arabes de Jaffa, au cours duquel elles ont bombardé pour 72 heures le centre de la ville. Dans le quartier limitrophe de Manchieh se sont déroulés cependant des lourds combats pour chaque maison jusqu'à sa conquête totale, les combattants juifs arrivant à atteindre le littoral de la mer. Approximativement 40 d'entre eux sont tombés dans les combats, et quelques 80 ont été blessés. Les habitants arabes du quartier se sont réfugiés au sud, dans le centre de Jaffa. À l'ordre de Londres, les forces britanniques, soutenues par des avions et des navires de guerre ont bombardé à leur tour la zone et forcé l'Irgoun à se retirer de Manchieh le 28 avril 1948. Avant de se retirer, ses combattants y ont fait exploser le bâtiment de la police.

Par la suite, en 20- 30 avril, à son tour, la Hagana (18 unités des brigades Alexandroni, Guivati, et Kiryati) ont lancé une attaque pour occuper les villages arabes à l'est de Jaffa (Opération Hametz): Hirye, Sakiye, Salameh, Yazur et Tel ar Rish. Tous ces événements - la fuite vers Jaffa d'une partie des habitants de ces communes voisines, les mises à sac et les abus des membres des mêmes milices irrégulières arabes, le conflit qui surgit entre les hommes du mufti Al Husseini et les membres de l'Armée de libération arabe dirigée par Najjm ad Din - ont menés à l'augmentation de l'insécurité et par conséquence, de l'exode par voie de la mer des habitants de la ville. À la fin, même le maire de Jaffa, Youssef Heykal et ensuite le dernier commandant de l'Armée de Liberation Arabe a Jaffa, Michail Al Issa, se sont enfuis de la ville assiégée. Conformément à l'armistice entre l'Etzel et les forces britanniques, c'est la Hagana qui prit les positions de cette organisation à Jaffa. Jaffa capitula devant la Hagana le 13 mai 1948. A la suite de l'exode en masse, d'une population de 70 000-80 000 Arabes sont restés en place seulement 4 100. [5]

La Jaffa d'aujourd'hui, partie de Tel Aviv

Au cours des combats de la Guerre arabo-israélienne de 1948 beaucoup des maisons de Jaffa ont été détruites totalement ou partiellement. L'ancienne ville, abandonnée par les habitants, est restée en ruines. En 1948-1949 la ville est entrée sous régime de gouvernement militaire israélien, puis est passée sous la direction d'une administration civile spéciale appelée "Minhal Yaffo" dans le cadre de la mairie de Tel Aviv. Dans les années 1948 - 1949 et au début des années cinquante sont arrivées en Israël des vagues massives d'immigrants juifs d'Europe et des pays arabes et islamiques. Certains de ces immigrants ont été logés dans des maisons arabes abandonnées, d'autres ensuite dans des HLM appelles "chikounim" , bâtis dans un rythme rapide. Beaucoup d'immigrants juifs, venus surtout de Bulgarie, mais aussi d'autres pays, se sont établis dans la partie nouvelle de Jaffa, autour du boulevard King George, nommé dorénavant Sderot Yerushalaiym (Blv.de Jérusalem), où on peut voire jusqu'à nos jours des restaurants ou bistrots à profil culinaire bulgare ou séfarade des Balkans, à côté de ceux à profil cachère, arabe, juif libyen, marocain ou tunisien, ou bien roumain. Dans la vieille partie de la ville, tout autour de la place appelée aujourd'hui Kedumim, se sont installés des Arabes de condition pauvre, beaucoup d'entre eux, réfugiés des autres localités arabes vidées, y compris de la zone deRamleh. Cette zone de Jaffa, longtemps négligée, s'est beaucoup dégradée, la misère et le niveau bas de l'enseignement d'état s'accompagnant de la croissance de la criminalité et de la consommation de drogues. C'est pour cela qu'en 1970 Jaffa s'est vue dotée, parmi les premières, d'une polyclinique et d'une unité hospitalière destinée à la désintoxication et au traitement des drogués, juifs et arabes.

Tel Aviv était devenue indépendante de Jaffa en 1936. En 1950, à l'inverse, c'est Jaffa qui fut rattachée à Tel Aviv, cette fois-ci comme partie de cette ville. En 1965, après l'ouverte du nouveau port d'Ashdod, le port de Jaffa fut fermé pour les bateaux.

Une autre vue du port de Jaffa en 2007

Afin d'améliorer l'état de Jaffa et les conditions de vie de ses habitants on a fondé en 1960 la Société pour le développement de la vieille ville de Jaffa. A l'œuvre de réhabilitation et de développement la ville se sont enrôlées plusieurs équipes d'architectes. Dans les années soixante on a reconstruit la zone de la vieille Jaffa, où on a ouvert des ateliers des peintres et sculpteurs et des galeries d'art. Plus récemment on a refait en partie la zone de la place de l'Horloge. Les deux aires mentionnées sont devenues des attractions touristiques. D'un renom particulier jouissent dans la zone arabe de Jaffa la boulangerie-pâtisserie Aboulafia , et aussi les restaurants de hoummous a proximité du port et dans le secteur appartenant à la famille Hajj Kakhil. Jaffa est devenue au cours des années un centre de vie culturelle et de loisir très intenses: surtout dans le domaine du music-hall (l'imprésario et producteur Giora Goudik etc) - dans des salles de restaurant comme Alhambra, des night-clubs comme Ariana, Caliph, Hammam et le Moadon Hatheatron ("le Club du Théatre").

Le nom de Jaffa est lié au début de plusieurs chanteurs pop ou de chansons hébraïques ("zemer ivri") et aussi de l'activité des chanteurs grecs comme Aris San, Trifonas, Loukas Daralas, etc et des troupes israéliennes locales ou "des rois de la bohème" comme l'écrivain Dan Ben Amotz. Depuis Jaffa diffuse aussi ses émissions la populaire station de radio Galey Tzahal. L'acteur et régisseur Niko Nitay, y a fondé le théatre "fringe" "Ha'Simta" ("La Ruelle"). S'y sont ajoutés ensuite d'autres ensembles de théâtre alternatif comme, par exemple le Théâtre Notzar, le Théâtre arabo-juif, le Théâtre de mouvement Meyumana etc. D'un particulier prestige jouit le Théâtre de répertoire "Guechere" (Gesher = "Pont"), fondé par Yevgueni Arye, un metteur en scène immigré de Moscou, et dont les spectacles sont joués en hébreu ou en russe. À Jaffa prennent place des festivals comme "Du-et" - consacré à la co-habitation des Juifs et des Arabes, le festival des monologues de théâtre "Theatronetto" , le festival de musique et danse "Les Nuits de Jaffa".

Jaffa est connue aussi comme un centre du sport des Arabes et des Juifs. Ici se trouve un des plus importants stades d'Israël- le stade Blumfield. Il a été inauguré en 1962, sur la place de l'ancien terrain Bassa, et sert les clubs de football Hapoël et Maccabi Tel Aviv

Dans les dernières années, sous l'administration du maire Ron Khouldayi, on a créé un nouvel cadre administratif - la "Mishlama" , pour la réhabilitation de Jaffa. On a bâti dans la ville une branche de l'Université de Tel Aviv, un lycée de musique qui abrite des Ateliers Internationaux d'opéra et des concerts de musique baroque. Dans la place de l'Horloge, à côté de l'ancien Sérail on a ouvert le Centre culturel turc, en tenant compte du rôle joué par la Turquie dans l'histoire de la ville. À Jaffa se trouvent aussi de centres communautaires musulmans, chrétiens et juifs - du judaïsme orthodoxe (y compris hassidique et réformé. Après les Accords d'Oslo avec les Arabes palestiniens, on a fondé dans la ville l'Institut Peres pour la paix et le Vatican y a ouvert son ambassade.

Les Arabes de Jaffa ont été organisés dès l'année 1967 dans des institutions comme le Trust de charité musulman et après 1973 l'Association philanthropique islamique Al Maqassid (al Maqassid al Khayriyya al Islamiyya) dirigée par Abdel Badawi Kaboub, et depuis 1979 aussi l'association à plateforme nationaliste laïque Rabita (la Société des Arabes de Jaffa). Ils ont mené un long combat avec la bureaucratie de la municipalité et le gouvernent pour le maintien comme lieu de culte de la Mosquée Hassan Bek, vestige du quartier démoli Manchiye. En 1981 a l'initiative de l'association Al Maqassid, à l'occasion du Nouvel An islamique, on y a tenu le service divin pour la première fois depuis 1948, en présence du maire en fonction de Tel Aviv , Shlomo Lahat (Tchitch). L'écroulement accidentel, le 18 avril 1983, du minaret de la mosquée, a troublé beaucoup le public arabe. Le nouveau conseil islamique "Al Hay'a al Islamiya" inauguré en 1988 par décision de la mairie de Tel Aviv, a repris la responsabilité de la rénovation de l'édifice avec l'aide des donateurs de tout le monde islamique. En 1994 la Mosquée rénovée Hassan Bek, avec un minaret deux fois plus haut qu'avant, a été rouverte au service religieux. Mais l'automne 2000 a été témoin de l'éclatement de la seconde Intifada - Intifadat al Aksa - des Arabes palestiniens dans les territoires contrôlés par Israël en Cisjordanie et la Bande de Gaza,avec une vague d'attentats meurtriers des "kamikaze" arabes contre la population israélienne partout dans le pays entre les ans 2000-2004. Au début de ces événements, en octobre 2000, la police israélienne a réprimé des manifestations violentes des jeunes arabes en Galilée, en tuant 13 manifestants, Plus tard, après l'explosion provoquée le 1 juin 2001 par un kamikaze arabe dans la discothèque du Dolphinarium sur le littoral de Tel Aviv, et dans laquelle ont trouvé la mort 21 civils juifs, la plupart des adolescents pacifiques, et 130 autres ont été blessés, ont eu lieu des manifestations de protestation juives devant la Mosquée Hassan Bek, à proximité du lieu de l'attentat. Après chacun de ces exploits des jeunes arabes de Jaffa, attisés par le mouvement islamiste local, dominé par l'aile plus "pure et dure" du "courant du nord" de ce mouvement, ont exprimé la solidarité avec leurs concitoyens de Galilée, et respectivement, de Cisjordanie et de Gaza, par des démonstrations violentes qui ont mené a la paralysie pour les années suivantes du tourisme intérieur juif et du celui étranger à Jaffa. Les slogans déclenchant des violences en octobre 2000 se référaient à une imaginaire mise au feu de la mosquée Hassan Bek par les Juifs. Après 2004 la situation à Jaffa est revenue à la normale. En 2005 l'action provocatrice de quelques extrémistes juifs qui ont jeté une tête de porc attachée au nom du prophète, dans la cour de la mosquée, a attiré de nouveau la consternation dans les rangs des musulmans déjà sensibilisés auparavant par des agitateurs. Actuellement il y a certaines tensions sur le problème de la construction à Jaffa des aires résidentielles destinées à des acheteurs aisés ("gentrification"). Ces projets risquent de léser les droits d'un nombre d'habitants arabes qui ont peur d'être évacués sans des compensations adéquates. Les dernières années ont place à Jaffa des vastes travaux pur l'aménagement de la plage et la construction d'une ligne de train express régional qui va connecter les agglomérations urbaines de Bat Yam, Tel Aviv-Yaffo, Ramat Gan et Petah Tikva.

Personnalités

Personnalités nées à Jaffa
  • Blanche de France (1253-1310 ou 1320), princesse française, fille de Saint Louis, épouse de Ferdinand de la Cerda, infant d'Espagne, enterrée dans la Basilique Saint-Denis à Paris[6]
  • Haim Eliyahou Chelouche (1870 - 1934), entrepreneur et homme d'affaires, l'un des fondateurs de Tel Aviv
  • Tziona Tadjer (1900 - 1988), peintre israélienne
  • Michel Loève (1907- ), mathématicien franco-américain
  • Itzhak Perlman (1945-), violoniste et chef d'orchestre israélo-américain
  • Hanna Kipnis (1908 - 1955), chanteuse juive de Palestine
  • Hisham Sharabi (1927 - 2005), historien et sociologue palestinien-américain
  • Saïd Hammami (1941 - 1978), militant, diplomate et journaliste palestinien
  • Hanna Laslo (1953- ), comédienne israélienne
Personnalités décédées à Jaffa

Dans la fiction

  • Jaffa est le titre international d'un film de Keren Yedaya avec Dana Ivgy, Mahmud Shalaby, Ronit Elkabetz et Moni Moshonov.
    Ce film, sorti en France le 10 juin 2009, a pour cadre la ville de Jaffa, et son titre original hébreu est Kalat hayam, qui signifie la fiancée de la mer, un des surnoms de la ville.

Galerie

Modèle:Gallerie

Références

  1. Eerdmans, p.594
  2. Phaidon Guide, p.304
  3. How Napoleon massacred Turkish prisoners in Jaffa - Memoirs of Napoleon, completed by Louis Antoine Fauvelet de Bourrienne ch XVIII - in Turcomania and Ottomania Archives of Mavi Boncuk 4.11.2006
  4. Wikipédia:René Desgenettes
  5. Morris, 2003, pp. 211-221.
  6. http://www.findagrave.com/cgi-bin/fg.cgi?page=gr&GRid=21047

Sources

  • The Eerdmans Bible Dictionary - Revision Edited by Allen C Myers, William Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 1993 (Dictionnaire de la Bible Eerdmans)
  • Israel - A Phaidon Art and Architecture Guide , Prentice Hall Press, NY - ed. Dr.Marianne Mehling et al., 1987, (transl. from Knaurs Kulturführer in Farbe : Heiliges Land, Munich 1986) (Israel -Guide de l'art et l'architecture Phaidon)
  • Immanu'el Hareuveni - Lexicon Eretz Israel - Yediot Aharonot Books and Hemed Books, Tel Aviv 1999, לקסיקון ארץ ישראל - עמנואל הראובני Lexicon de la Terre d'Israël (en hébreu)
  • Nathan Schur - History of the Holy Land (Toldot Eretz Israel) - Dvir Publ., Tel Aviv, 1998

(Histoire de la Terre Sainte) (en hébreu)

  • Georges Spillman - Les Auxiliaires de l'Armée de l'Orient (1798 - 1801). La création des corps auxiliaires égyptiens et syriens. La Revue du Souvenir Napoléonien no 304, mars 1979 p. 7-15
  • René-Nicolas Dufriche Desgenettes, dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852
  • Henry Laurens - Le Retour des exilés - la lutte pour la Palestine de 1869 à 1997 Bouquins, Robert Laffont,Paris, 1998
  • Yossef Glas - Yossef Navon -Sa participation au développement de la Palestine (Terre d'Israël) à la fin du XIXe siècle - la revue Kathedra d'histoire de la Terre d'Israël - Tevet 5753, décembre 1992, nr.66, maison d'édition Itzhak Ben Tzvi, Jérusalem

יוסף גלס :"יוסף נבון - מעורבותו בפיתוחה של ארץ ישראל בשלהי המאה הי"ט - קתדרה מס 66 טבת תשמ"ג דצמבר 1992, הוצאה לאור יצחק בן צבי ירושלים

  • Catherine Weill-Rochant - L'Atlas de Tel-Aviv, CNRS Éditions, 2008.

Voir aussi

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