Leon Blum


Leon Blum

Léon Blum

Léon Blum
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Parlementaire français
Naissance 9 avril 1872
Décès 30 mars 1950 (à 77 ans)
Mandat Député 1919-1928
puis 1929-1940
Début du mandat 1919
Fin du mandat {{{fin du mandat}}}
Circonscription Seine
puis Aude
Groupe parlementaire SFIO
IIIe République

Léon Blum, né le 9 avril 1872 et mort le 30 mars 1950), était un homme politique socialiste français.

Il fut l'un des dirigeants de la section française de l'Internationale ouvrière (SFIO, parti socialiste), et président du conseil, c'est-à-dire chef du gouvernement français, à trois reprises : en 1936-1937, en 1938 et en 1946. Il a marqué l'histoire politique française pour avoir refusé l'adhésion à la IIIe Internationale communiste en 1920, et pour avoir été le président du Conseil du Front populaire en 1936. Il a refusé d'aider militairement les républicains espagnols (pendant la guerre civile en Espagne), ce qui a entraîné le retrait des communistes du Front Populaire (qui était composé à la base du Parti communiste, de la SFIO, des radicaux et de Divers gauche). En juin 1937, Léon Blum démissionne du poste de président du conseil. Ses réformes auront représenté de grandes avancées sociales (congés payés, femmes au gouvernement, baisse du temps de travail, etc.).

Sommaire

Etudes et progression politique

Léon Blum est né le 9 avril 1872 à Paris. Élève du lycée Henri-IV, il y rencontre l'écrivain André Gide[1] et publie ses premiers poèmes à l'âge de 17 ans dans un journal créé avec celui-ci. Il est admis en 1890 à l'École normale supérieure, où il est influencé par Lucien Herr. Mais, il se désintéresse des cours et est exclu de Normale Sup à la fin de sa première année, ayant échoué à l'examen de la licence (un échec entraînait alors l'exclusion de l'École). Il hésite alors entre le droit et la littérature, et entreprend finalement les deux à l'université de Paris, en visant une carrière de fonctionnaire. Il fut licencié ès lettres en 1891 et en droit en 1894[2].

Léon Blum est reçu à sa deuxième présentation du concours du Conseil d'État[3] à l'âge de 23 ans et nommé auditeur au Conseil d'État en décembre 1895[4]. Il y fera une brillante carrière de près de 25 ans, seulement interrompue par ses fonctions de chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre socialiste des Travaux publics en 1916 dans le Cabinet Viviani.

Ses rapports avec la religion

Il respectait la religion juive de ses pères, il se sentait juif et français car il pensait que l'un n'empêchait pas l'autre, et, par la suite, s'engagea dans beaucoup de mouvements sionistes après la guerre. Pour une grande partie de la population juive, Blum était un homme politique comme les autres. En revanche, une autre partie de cette population voyait d'un mauvais œil son accession au pouvoir et craignait notamment une poussée de l'antisémitisme.

Blum souffrit très tôt de l'antisémitisme. Il en était déjà victime en tant que critique littéraire. Mais l'antisémitisme le frappa de plus belle dès le moment où il fut élu à la Chambre et où ses discours au Parlement commencèrent à remporter un immense succès. Il fut ainsi la cible de nombreuses attaques dans les quotidiens d'extrême droite. Par exemple, Léon Daudet se déchaîne contre cet « hybride ethnique et hermaphrodite » dans L'Action française du 2 septembre 1933.

Blum, critique littéraire

Léon Blum, au début du XXe siècle, écrivit des critiques de livres et pièces de théâtre. Ses chroniques données à la Revue Blanche où il collabore à partir de 1892[5], établissent sa réputation dans le milieu littéraire parisien. Le metteur en scène et professeur Jean-Laurent Cochet estime, pour sa part, qu'il est « le critique le plus intelligent de son époque ». Il côtoie les auteurs de l'époque (Anna de Noailles par exemple) et fait partie de la vie parisienne (se battant même en duel pour une critique). Il se prononce pour la liberté amoureuse avant le mariage dans son ouvrage Du mariage (1907).

Voici, en exemple, la critique du Veilleur de Nuit de Sacha Guitry, par Léon Blum en 1911 (date de création de la pièce) :

« Le Veilleur de nuit est une des meilleures comédies de Sacha Guitry. Elle a de la gaîté, de l'esprit, de l'exubérance, de l'émotion, de l'ironie. Beaucoup d'intelligence. Elle a la désinvolture et l'audacieuse assurance de la jeunesse. Il y a du comique, et même du bouffon, et une facilité soudaine à envisager les choses sous leur aspect sérieux et quasi mélancolique. Sacha Guitry a de l'aplomb, mais il n'a pas de toupet. Il n'est jamais effrayé, jamais arrêté par les sujets qu'il aborde, par les types qu'il entrevoit, par les mots qui lui viennent à l'esprit. Et cette liberté n'est jamais affectée ni cynique ; même si on a pu évoquer à son propos le grand nom d'Henry Becque. René Benjamin a très joliment dit de lui qu'il était notre Molière. »

Son entrée en politique

Léon Blum
Portrait par Félix Vallotton
paru dans La Revue blanche en 1900.

Léon Blum se lance réellement en politique durant l'affaire Dreyfus de 1894 à 1906, y jouant un rôle actif dans la coordination des « intellectuels », ce qui provoqua sa rupture avec Maurice Barrès, qu'il considérait jusqu'alors comme son maître en littérature et surtout, sa rencontre avec Jean Jaurès en 1897. Dès lors, son action militante à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) commence vraiment. C'est en compagnie de Jaurès qu'il participe à la fondation de L'Humanité en 1904.

Si Jaurès laisse à Blum un grand héritage idéologique, ce n'est pas tant la mort de celui-ci que le début de la Première Guerre mondiale qui pousse Léon Blum à entrer en politique. C'est en effet en août 1914 qu'il devient chef de cabinet du socialiste Marcel Sembat dans le cadre de l'Union Sacrée, après avoir été réformé pour cause de myopie. Le conseiller d'État y apprend le quotidien de l'action gouvernementale. Il quitte le cabinet avec la démission de Sembat en 1917 et retourne travailler au Conseil d'État .

Blum ne cessa pas de soutenir l'effort de guerre et la politique de l'Union sacrée. Et même si le parti socialiste français était divisé sur la question de la guerre, Blum restait convaincu qu'il s'agissait de la bonne option. Toutefois, en s'opposant aux pacifistes, il ne s'identifiait pas pour autant à l'aile droite du parti.

Le dirigeant socialiste

Les élections législatives de 1919

Ce n'est qu'un peu avant les élections législatives de 1919 que Léon Blum accède au cercle dirigeant de la SFIO. Lors du congrès d'avril 1919, Blum tente de préserver les acquis démocratiques et républicains de Jaurès et d'insuffler aux socialistes une approche progressive de la révolution dans les domaines sociaux, économiques et politiques[6]. C'est grâce à lui que le parti socialiste conserve une apparence d'unité lors de ces élections. La droite l'emporta néanmoins. Blum est élu pour la première fois député de la Seine; il démissionne alors du Conseil d'État. Il devient ensuite secrétaire, puis président du groupe parlementaire socialiste. Député de la Seine de 1919 à 1928 - dans la circonscription Charonne - Père Lachaise de Paris [7] - et de l'Aude de 1929 à 1940, circonscription de Narbonne.

La scission du Congrès de Tours

Article détaillé : Congrès de Tours.

Lors du Congrès de Tours de 1920, Blum refusa de suivre la majorité en faveur de l'adhésion à la IIIe Internationale. Il prononça à cette occasion un discours resté célèbre sur la "vieille maison socialiste" qu'il entendait préserver.

Avant le Front populaire

Après l'épisode du congrès de Tours, Blum n'exclut pas des ententes préélectorales avec les radicaux, la SFIO soutenant d'ailleurs en 1924 le gouvernement radical d'Édouard Herriot sans y participer[8]. La SFIO connut des fortunes électorales variables durant les années vingt, mais ne pâtit pas de la division avec le parti communiste. Blum est cependant battu aux élections législatives de 1928 dans le département de la Seine par Jacques Duclos et il doit attendre une élection partielle en 1929, à Narbonne, pour retrouver le Parlement grâce à l'appel de la fédération de l'Aude dirigée par Eugène Montel.

Au début des années 1930, la France entra dans la crise économique. C'est aussi à ce moment, après la défaite de la droite parlementaire en 1932, que l'extrême droite prit un nouvel essor. Celle-ci était constituée d'organisations diverses, formées au début des années vingt, qui avaient de nombreux points communs, comme la dénonciation du régime parlementaire[9].

Parmi les socialistes, deux grandes tendances se dessinaient sur le plan international pour lutter contre le fascisme. D'une part une frange plus à droite, incarnée par les Britanniques, les Scandinaves, les Tchèques et les Polonais qui voulaient adapter le socialisme aux classes moyennes ; et d'autre part une tendance de gauche incarnée par l'Italie, la Suisse, la France et la Belgique qui proposait « une tactique révolutionnaire de lutte prolétarienne pour la conquête du pouvoir […] ». Blum préconisait aussi d'insister sur les intérêts communs des classes moyennes avec les classes ouvrières.

Début juin 1934, des contacts se nouèrent entre la SFIO et le PCF, les négociations avancèrent vite grâce à des concessions mutuelles (le PCF étant poussé dans certains cas par l'IC). Pour la première fois depuis la scission de Tours, ils sont liés par un engagement politique mutuel. L'accord conclu le 27 juillet n'avait pas de finalité électorale directe, mais était orienté vers l'action. Durant les élections cantonales d'octobre 1934, le désistement réciproque accepté pour la première fois fit progresser les deux partis alors que les radicaux régressaient.

En 1935, notamment au moment de la signature de l'alliance franco-soviétique, les tensions entre les tenants d'une guerre antifasciste et ceux qui attachaient une importance primordiale à la paix s'intensifièrent encore.

L'homme d’État

Le Front populaire

Article détaillé : Front populaire (France).

C'est le dirigeant communiste Maurice Thorez qui, par des articles dans L'Humanité, appela à la formation d'un large « Front populaire » (citant Eugen Fried, représentant de l'IC en France), après que l'ancien leader communiste et futur collaborationniste Jacques Doriot l'eut lui aussi proposé deux années auparavant (le projet avait alors été rejeté par Moscou et Doriot exclu du PCF). Thorez présenta d'ailleurs son projet quelques semaines plus tard devant la Chambre des députés. Il proposa aussi d'associer à ce Front populaire les radicaux, qui étaient à l'époque liés à la droite et le parti le mieux représenté à la Chambre.

Les accords du Front populaire permirent la victoire aux élections législatives d'avril 1936 et débouchèrent sur le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République. Blum devint président du Conseil à partir du mois de juin. Il «ne se chargeait d'aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement». Le gouvernement était alors composé seulement de socialistes et de radicaux, les communistes le soutenant de l'extérieur. Ce gouvernement de Front populaire fut aussi le premier à comprendre des femmes, alors qu'à cette époque elles n'avaient pas encore en France le droit de voter.

Les raisons de la victoire du Front populaire sont multiples : crise économique, montée d'Adolf Hitler, scandales financiers, instabilité du gouvernement de la législature de 1932, existence des ligues d'extrême droite, armées et de plus en plus nombreuses, émeutes du 6 février 1934. Tous ces éléments ont participé à son émergence.

Les résultats donnant le Front populaire vainqueur aux élections donnèrent beaucoup d'espoir au sein du prolétariat, qui déclencha une grève générale spontanée. Le socialiste Marceau Pivert exhorta Blum à prendre le pouvoir immédiatement, en se basant sur cette mobilisation populaire et sans attendre la passation de pouvoir officielle. Mais Blum préféra attendre. Ces grèves obligèrent néanmoins le patronat à négocier avec les salariés et leurs syndicats, et à accorder des congés payés et une baisse du temps de travail.

Dans la guerre d'Espagne, Léon Blum fut empêché d'intervenir ouvertement par l'opposition des radicaux et du Royaume-Uni, principal allié de la France, sans oublier l'activisme de l'extrême droite et d'une partie de la droite. Il dut choisir, contre l'avis des communistes, la non-intervention. Il y eut cependant une aide clandestine, organisée par Pierre Cot et Jules Moch. On peut noter que les rapports avec l'Italie furent beaucoup plus difficiles qu'avec l'Allemagne.

Sur le plan intérieur, le gouvernement Blum parvint à résoudre la crise sociale. Mais dès l'été 1936, il dut faire face à diverses difficultés, parmi lesquelles la dévaluation du franc à cause de la situation monétaire et la politique financière en général, qui transformèrent l'inquiétude de la droite en opposition résolue.

Les calomnies de l'extrême droite visaient toutes les personnalités du Front populaire. Elles eurent notamment pour conséquence le suicide du ministre de l'intérieur Roger Salengro. L'arrivée de Blum au pouvoir déclencha aussi une vague d'antisémitisme d'une très grande ampleur. Il fut haï et injurié comme rarement ce fut le cas dans une vie politique française, pourtant de tous temps agitée. Charles Maurras écrit dans L'Action française du 15 mai 1936 : « C'est en tant que juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum. Ce dernier verbe paraîtra un peu fort de café : je me hâte d'ajouter qu'il ne faudra abattre physiquement Blum que le jour où sa politique nous aura amené la guerre impie qu'il rêve contre nos compagnons d'armes italiens. Ce jour-là, il est vrai, il ne faudra pas le manquer. » Et Pierre Gaxotte dans Candide du 7 avril 1938 : « Il [Blum] incarne tout ce qui nous révulse le sang et nous donne la chair de poule. Il est le mal, il est la mort. »

Dans la presse française se formèrent deux camps bien distincts, d'une part les partisans du Front populaire (L'Humanité, Le Populaire, L'Œuvre, Vendredi, Marianne, etc.), d'autre part les opposants (L'Action française, L'Écho de Paris, L'Ami du peuple, Le Jour, Candide, Gringoire, Je suis partout, etc.). Entre ces deux positions, très peu de journaux ou d'hebdomadaires jouèrent la carte de la neutralité. La presse allant dans le sens du Front populaire était largement plus faible que la presse d'opposition, et l'une comme l'autre contribuèrent à l'échec du gouvernement de Front populaire. C'est dans la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, que parurent les analyses les plus objectives.

Blum remit sa démission en juin 1937 et fut remplacé par un gouvernement radical. En mars 1938, il forma son deuxième gouvernement avec la participation de Pierre Mendès France comme sous-secrétaire d'État au Trésor, mais il fut renversé 3 semaines plus tard par le Sénat. La défaite définitive du Front populaire eut lieu en septembre-décembre 1938 avec l'arrivée au pouvoir d'Édouard Daladier.

Le bilan du Front populaire est mitigé, mais cette brève expérience permit tout de même un nombre important d'avancées dans de nombreux domaines, en particulier dans le domaine social : congés payés (obtenus suite à des grèves, mais ils figuraient déjà dans la profession de foi de Jean-Baptiste Lebas, futur ministre du Travail)[réf. souhaitée], semaine de quarante heures, établissement des conventions collectives, prolongement de la scolarité à 14 ans, etc. La relance des dépenses d'armement, priorité absolue devant les dépenses sociales, est également à mettre à son crédit.

Blum face à la conférence de Munich

Lors de la signature des accords de Munich (fin septembre 1938), Léon Blum n'exerçait aucune fonction gouvernementale. Il était président du groupe SFIO à la chambre des Députés et principal éditorialiste du journal Le Populaire. Son attitude a longtemps été controversée : il est tantôt qualifié de munichois, tantôt (le plus souvent) d'antimunichois. Il apparaît aujourd'hui comme acquis qu'étant intimement opposé aux accords, il a cédé à l'ivresse générale qui s'est alors emparée de l'opinion publique ainsi que de l'écrasante majorité de la classe politique (dont son propre parti), et les a finalement approuvés publiquement le jour de leur signature ainsi que dans les quelques jours suivants. Néanmoins, peu de temps après, il se ravise et plus rien n'entravera ses positions de fermeté face aux fascismes, et dans la poursuite de son combat pour le réarmement de la France, au prix de la division de son propre parti[10].

Citations :

  • 8 septembre : avant la signature, pendant les négociations : « il n'est pas possible que la souveraineté et l'indépendance de la Tchécoslovaquie lui soient maintenant arrachées lambeau par lambeau. [...] Ce qui est en cause, c'est le sort de l'Europe, le sort de la liberté en Europe, Grande-Bretagne et France comprises »[11]
  • 20 septembre, à l'approche de la conférence : « la guerre est probablement écartée. Mais [...] je n'en puis éprouver de joie et me sens partagé entre un sentiment de lâche soulagement et de honte »[12]
  • 29 septembre, jour de la réunion de la conférence : « on commettrait une grave erreur si on contrariait en quoi que ce soit cet espoir et cette joie, car ils sont en eux-mêmes une puissance de paix et une chance de paix »[13] ; le 1er octobre, lendemain de la signature, il fait part de son « sentiment de délivrance »[14]
  • le 5 octobre (5 jours après la signature des accords), dans un éditorial, et à l'encontre de l'opinion dominante : « je demande un effort de surarmement plus intense et plus hâtif »[15]

La Seconde Guerre mondiale

Blum condamna l'attitude du PCF face au pacte germano-soviétique, attitude qui provoqua le départ d'un certain nombre de communistes qui se tournèrent vers la SFIO, avec l'aval de Léon Blum, mais contre l'avis d'autres socialistes. Léon Blum se mit aussi à dos une partie des socialistes en particulier Paul Faure à cause de ses positions non pacifistes.

Durant le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain (10 juillet 1940), Léon Blum fit partie des quatre-vingts parlementaires de l'Assemblée nationale qui votèrent contre. À ce moment, une partie des dirigeants de la SFIO était déjà en Angleterre.

La Cour suprême de justice fut instituée par Pétain en juillet 1940 pour rechercher les responsables politiques de la guerre. Un grand nombre d'hommes politiques furent condamnés. Blum s'en indigna. Réfugié à Colomiers chez son ami Eugène Montel, il y reçoit une invitation à partir aux USA de Roosevelt, y rencontre de nombreux socialistes (Jules Moch, Vincent Auriol, Meyer...), y entend l'appel du 18 juin mais il y est arrêté le 15 septembre 1940, interné au château de Chazeron, puis à Bourassol. Ces lieux de détention devinrent le lieu de ralliement des socialistes résistants, comme Jean Pierre-Bloch, Félix Gouin son avocat ou André Philip. L'ancien chef de gouvernement se tint consciencieusement au courant de la situation et exhorta ses camarades à résister. Il fut traduit devant la Cour de Riom mais sa défense, et celle de Daladier, fut si efficace et si courageuse que le procès fut suspendu sine die. Au-delà de Blum ou Daladier, c'étaient les présidents du Conseil et les membres du Front populaire qui étaient visés. Vichy leur reprochait notamment d'être responsables de la défaite en ayant empêché le réarmement de la France par la mise en place de réformes sociales. Blum démontra avec brio que le réarmement ne fut jamais aussi intense que sous le Front populaire, au contraire des gouvernements l'ayant précédé, dont un avait eu pour ministre de la guerre le Maréchal Pétain.

Blum fut transféré au fort du Portalet, puis livré par Pierre Laval aux nazis et déporté en mars 1943 dans une petite maison forestière à Buchenwald séparée de quelques centaines de mètres du camp. Son frère René Blum, fondateur du Ballet de l'Opéra à Monte-Carlo, est mort à Auschwitz.

Durant sa détention, il entretint une importante correspondance et commença à écrire un ouvrage de réflexions qu'il termina en décembre 1944 et qui fut publié après la guerre sous le titre À l'échelle humaine.

L'après-guerre

Le 3 avril 1945, Léon Blum et sa femme sont emmenés dans un convoi de prisonniers et au bout d'un mois de pérégrinations, ils se retrouvèrent dans un hôtel du Tyrol italien, où, le 4 mai, ils aperçurent les premiers soldats américains.

Refusant un poste de ministre proposé par de Gaulle, il reprit ses articles quotidiens dans le journal Le Populaire.

Il fut chef de la délégation française, puis président de la conférence constitutive de l'Unesco, après avoir négocié l'annulation des dettes de guerre de la France auprès des États-Unis : les accords Blum-Byrnes de mai 1946 autorisèrent par la même occasion la diffusion des films américains dans les salles de cinéma françaises, introduisant une composante de l’American way of life dans la culture de masse à la française.

Léon Blum dirigea, du 16 décembre 1946 au 16 janvier 1947 le dernier Gouvernement provisoire de la République française avant l'instauration de la Quatrième République. Durant cette brève période, il exerça de fait une fonction équivalente à celle de Chef de l'État.

Il se retira ensuite dans sa maison de Jouy-en-Josas près de Versailles où il mourut le 30 mars 1950 d'un infarctus à l'âge de 77 ans. Il resta directeur politique du Populaire jusqu'à son décès. Il dénonça notamment le danger que constituait selon lui le RPF pour le régime parlementaire.

Un constant avocat de la cause sioniste

Léon Blum a été, tout au long de sa vie politique, un sympathisant actif du sionisme, même s'il n'a jamais voulu "voir aucun heurt possible dans sa triple qualité de Socialiste, de Français et de Juif"[16]. Léon Blum lui-même a prononcé ce vibrant acte de foi: "Juif français, né en France d’une longue suite d’aïeux français, ne parlant que la langue de mon pays, nourri principalement de sa culture, m’étant refusé à le quitter à l’heure même où j’y courais le plus de dangers, je participe cependant à l’effort admirable miraculeusement transporté du plan du rêve au plan de la réalité historique, qui assure désormais une patrie digne, également libre à tous les Juifs qui n’ont pas eu comme moi la bonne fortune de la trouver dans leur pays natal [...]. Je m’en suis toujours senti fier et j’en suis plus que jamais solidaire"[17].

Dès 1919, il intervient pour infléchir la position diplomatique française sur le "Foyer National Juif" autorisé en Palestine par les autorités anglaises[18]. En 1928, en coopération avec de grands dirigeants inspirés comme Arthur Rubinstein et Edouard Bernstein, il a créé le "Comité Socialiste pour la Palestine"[19]. En 1929, il entre à l'Agence Juive pour la Palestine, comme représentant de la Gauche non-sioniste[20] et exalte, devant le congrès de Zurich de cette organisation, l'esprit de peuple juif[21]. En hommage à sa contribution à la cause sioniste, un kibboutz de Galilée est, en 1937, baptisé “Kfar Blum” (le village de Blum)[22].

Après 1945, il est, dans ses fonctions politiques et gouvernementales, un artisan actif de la reconnaissance d'Israël sur le plan international. Proche de Haïm Weizmann[23], premier président d'Israël, il participe à la construction de l'étroite alliance diplomatique, économique, militaire et technologique qui unit la France de la IVe République et l'État hébreu.

Œuvres de Léon Blum

  • Nouvelles conversations de Goethe avec Eckermann, 1901
  • Du mariage, 1907
  • Stendhal et le beylisme, 1914
  • Bolchévisme et socialisme, Librairie populaire, 1927.
  • Souvenirs sur l'Affaire, 1935. Gallimard, Coll. « Folio Histoire », 2001 (ISBN 2070327523)
  • La Réforme gouvernementale, 1936
  • Pour être socialiste
  • À l'échelle humaine, 1945 Gallimard. Nouvelle éd. 1971, Coll.Idées
  • L'Histoire jugera, 1945
  • Le Dernier mois, Éd. Diderot, 1946
  • Révolution socialiste ou révolution directoriale ?, Spartacus, 1947
  • Discours politiques, 1997

Blum dans la fiction

  • Thérèse et Léon, de Claude Goretta avec Claude Rich (Léon) ; Dominique Labourier (Thérèse), 88 min, suivi d'un "Compléments audios" -De quoi est né le socialisme ? par Léon Blum, mai 1929 & -Chanson de grève par Le Fantaisiste Champi, mai 1936. Éditions Montparnasse. Sorti en salle en 2000 et en DVD en 2005.
  • L'Affaire Salengro

Notes

  1. Joël Colton, Léon Blum, Éditions Arthème Fayard, 1967 
  2. Louis Bodin, Jean Touchard, Front Populaire, 1936, Librairie Armand Colin, 1972 
  3. Joël Colton, Léon Blum, Éditions Arthème Fayard, 1967 
  4. Louis Bodin, Jean Touchard, Front Populaire, 1936, Librairie Armand Colin, 1972 
  5. Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996 
  6. Philippe Bauchard, Léon Blum, Le pouvoir pour quoi faire, Librairie Arthaud, 1976 
  7. [1]
  8. Éric Agrikociansky, Les partis politiques en France au 20ème siècle, Librairie Armand Colin, 2000 
  9. Serge Wolikow, Le Front populaire en France, Éditions Complexe, 1996 
  10. Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996
  11. cité dans Jean Lacouture, Léon Blum, édition du Seuil, 1977
  12. cité dans Jean Lacouture, Léon Blum, édition du Seuil, 1977
  13. cité dans Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996
  14. cité dans Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996
  15. cité dans Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996
  16. la formule est de Roland Schwob, dans un article consacré à "Léon Blum, un Juif", paru dans le Bulletin de nos Communautés, buletin ancêtre de Tribune Juive article .
  17. Cf. article Léon Blum de Lazare Landau (1993) [2]
  18. Cf. [3]
  19. Cf. article Léon Blum de Lazare Landau (1993) [4]
  20. « Non sioniste » est un vocable qui distingue les juifs partisans du sionisme qui n'avaient pas fait le choix du « retour » en Palestine, mais travaillaient au sein des structures institutionnelles de leur nation d'appartenance (la France et la Gauche française dans le cas de Léon Blum).
  21. source R. Schwob, cité ci-dessus
  22. décision qui a reçu l'accord de L. Blum lui-même [5]
  23. Cf. notamment cet article publié par l'Union des Etudiants Juifs de France[6] "sionisme et socialisme: nous nous sommes tant aimés"

Bibliographie

Biographie

  • Jean Lacouture, Léon Blum, Seuil, 1977, rééd. « Points », 1979
  • Ilan Greilsammer, Blum, Flammarion, 1996
  • Serge Berstein, Léon Blum, Fayard, Paris, 2006
  • Philippe Bauchard, Léon Blum, Le pouvoir pour quoi faire, Librairie Arthaud, Paris, 1976
  • Joël Colton, Léon Blum, Édition Arthème Fayard, collection « Marabout Université », Paris, 1967
  • André Donneur, « Léon Blum et les leaders austromarxistes de l’internationale » in Liliane Perrein (ed.), Léon Blum, socialiste européen, Éditions Complexe, Bruxelles, 1995
  • Georges Ferré, Blum, un Parisien dans les vignes, Éd. Loubatières
  • Benoît Yvert (dir.), Premiers ministres et présidents du Conseil. Histoire et dictionnaire raisonné des chefs du gouvernement en France (1815-2007), éd. Perrin, Paris, 2007, 916 p.

La politique de Léon Blum

  • Robert Frank, Le Prix du réarmement français. 1935-1939 (thèse de doctorat), Publications de la Sorbonne, 1982
  • Jean-Michel Gaillard, Les 40 jours de Blum, éd. Perrin, 2001.
  • Jules Moch, Rencontres avec Léon Blum, éd. Plon, 1970 ; Le Front populaire, grande espérance, éd. Perrin, 1971
  • Pierre Renouvin et René Rémond (dir.), Léon Blum, chef de gouvernement. 1936-1937. Actes du colloque, éd. Armand Colin, 1967.
  • Danielle Tartakowsky, Le Front populaire : la vie est à nous, éd. Gallimard, 1996
  • Michel Winock (dir.), Les Années trente. De la crise à la guerre, éd. du Seuil, « Points », 1990
  • Gilbert Ziebura, Léon Blum et le Parti socialiste, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1967

Le Front Populaire

Autres

  • Éric Agrikociansky, Les partis politiques en France au 20e siècle, Paris, Armand Colin, 2000
  • Pierre Birnbaum, Un mythe politique : « La République juive » de Léon Blum à Pierre Mendès France, Paris, Fayard, 1988
  • René Rémond, La République souveraine, Paris, Fayard, 2002
  • Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République, Paris, Éditions du Seuil, 2001
  • Damon Mayaffre, Le poids des mots. Le discours de gauche et de droite dans l'entre-deux guerres. Maurice Thorez, Léon Blum, Pierre-André Flandin et André Tardieu (1928-1939), Paris, Honoré Champion, 2000, pp.166-219 et pp.483-544.

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Camille Chautemps
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1946-1947
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