Jacques Le Goff
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Jacques Le Goff, né le 1er janvier 1924 à Toulon, est un historien médiéviste français.

Ses maîtres sont Charles-Edmond Perrin (1887-1974), le directeur de thèse de Georges Duby, et Maurice Lombard (1904-1965). Il rappelle aussi volontiers l'influence d'Henri Michel, qui fut son professeur d'histoire au lycée de Toulon.

Biographie

Ses parents

  • Son père, né en 1878, s’appelle Jean Barois. Il est issu d’une famille modeste et bénéficie de la politique de la IIIe République qui permet l’ascension sociale des gens modestes. Après avoir étudié à Rennes, il devient professeur certifié d’anglais. Il enseigne à Salonique, Smyrne et Alexandrie puis devient professeur de lycée à Toulon. Son père était assez fermé à l’égard de la religion et adhère à la Mission Laïque. Cette opinion anticléricale est renforcée lors de l’affaire Dreyfus. Il rencontre sa femme à Toulon et se marie le 3 avril 1923. Durant la Première Guerre mondiale, il sert comme soldat puis comme interprète auprès de l’armée américaine. Cette expérience lui laisse une mauvaise opinion des Américains contrebalancée par un sentiment positif vis-à-vis des Anglais. Paralysé à la fin de sa vie, il meurt en 1958.
  • Sa mère est née en 1891, en Provence. Élevée dans une école religieuse, elle subit l’influence des prêtres et de son éducation pieuse. Elle reste très proche des coutumes et de la culture méridionale. Contrairement à son mari, elle est très proche de la religion qui l’encourage dans ses idées traditionalistes (mais sera opposée au régime de Vichy). Elle meurt le 21 juin 1984.

Jacques Le Goff décrit son père comme étant « droit, honnête, dévoué et intègre ». Il cherche à comprendre le comportement de son père et par là, à découvrir comment une société peut être modelée par des mentalités et de comportements, forgés par l’histoire, ses tendances et ses évènements marquants. Les caractères opposés et complémentaires de ses parents ont beaucoup influencé Jacques Le Goff notamment dans ses choix : Au contact d’une éducation religieuse catholique et d’un enseignement public laïc, il a pu développer une certaine liberté de conscience.

Ses idées politiques

Il se forge des opinions politiques alors qu’il est encore assez jeune : il refuse de défiler devant Pétain. Ceci sera inscrit sur des fichiers à Vichy et il n’obtiendra aucune pension lorsqu’il fait son hypokhâgne au lycée de Marseille. Il restera toujours opposé au régime de Vichy et il dira : « Pétain est la plus grande tache sur l’histoire de France ». La politique l’intéresse davantage lors de l’apparition du Front populaire qui secoue la société. Il développera une passion en tant qu’observateur de la politique. En effet, même s’il vote au départ pour le MRP (Mouvement républicain populaire), il arrête très vite et ne se tournera pas vers le Front populaire ou même le communisme comme c’était chose courante à l’époque (le fait qu’il ait assisté au Coup de Prague en est une cause). Cependant, il deviendra un militant du PSU (Parti socialiste unifié) de 1958 à 1962. Il sera aussi attiré par le marxisme et comme celui-ci exige une certaine ouverture d’esprit, il associera d’autres disciplines à son étude de l’histoire (ex. l’anthropologie).

Son parcours académique

Il entre en hypokhâgne au lycée de Marseille mais suit peu les cours. Convoqué par le STO, il se réfugie dans le maquis. En revanche, il lit beaucoup. Il rencontre le Moyen Âge avec la figure d’Ivanhoé de Walter Scott. Il obtient un certificat de français, latin et grec. Il doit suivre des cours de philologie à la Sorbonne pour finir sa licence et préparer son agrégation de lettres mais il quitte après deux semaines et se tourne vers l’histoire. Il gardera une mauvaise impression de la Sorbonne mais se plaira à Paris où il aura accès à d’autres formes de culture (cinéma, théâtre).
En 1945, après un voyage à Innsbrück, le Quai d’Orsay lui propose de travailler sur l’histoire tchécoslovaque : il apprend le tchèque et travaille sur le sujet « Les origines de l’université Charles de Prague au milieu du 14ème siècle ». En 1946, il est séduit par la ville de Prague et décide de poursuivre ses études à l'Université Charles de Prague de 1947 à 1948. En février 1948, il assiste au Coup de Prague et à la prise de pouvoir par les communistes.

En 1950, il passe son agrégation, le jury étant composé de Fernand Braudel et Maurice Lombard, et devient membre de l’École française de Rome. Il décide ensuite d’enseigner au lycée d’Amiens mais il se rend compte qu’il ne veut pas enseigner et préfère la recherche collective. Pour continuer sa formation, il étudie à Oxford pendant un an mais ne s’y plaira pas. Suite à cela, il travaille un an au CNRS mais là encore l’univers ne lui plait pas.

C’est pourquoi il se rend à la Faculté de Lille où il sera assistant. Cependant, ayant une grande liberté, il n’avance pas trop sur sa thèse : « les idées et attitudes à l’égard du travail au Moyen Âge ». Mais dès cette époque, il aborde de plus en plus le Moyen Âge des XIe et XIIIe siècles. Il est fasciné par cette période de stabilité qui voit en même temps un grand essor.
En 1960, il obtient un poste à la VIe section de l'École pratique des hautes études. Deux ans plus tard, il se voit offrir le poste de directeur d’étude. Il accepte car aime la liberté de recherche et la possibilité de nombreux échanges intellectuels (il se rend en Italie, en Allemagne ou en Pologne). Là, il travaille sur le développement intellectuel au Moyen Âge. En 1960, il assiste Braudel qui travaille en histoire économique. Ceci lui permet de rencontrer des historiens étrangers et même de rencontrer sa femme qu’il épouse en 1962 à Varsovie.

Bien qu’il ne fasse pas de thèse d’État, il obtient en 1969, la direction des Annales avec Emmanuel le Roy Ladurie et Marc Ferro ; puis en 1972 il devient président de la VIe section de l'École pratique des hautes études qu’il transforme en établissement autonome en 1975 : l’École des Hautes Etudes en Science Sociale (EHESS). Il y met en place un groupe d'anthropologie historique de l'Occident Médiéval. Dans ce contexte, il apprend le rôle et le fonctionnement des institutions, ce qui lui redonnera de l’intérêt pour l’histoire politique.

Les directions de ses recherches

Pour comprendre et expliquer la continuité des évènements historiques, Jacques Le Goff s'intéresse à l'histoire des sociétés et en particulier à celle des mentalités qui pour lui constituent une histoire plus "subtile" : l’histoire est mue par des mouvements profonds et continus, elle ne connait pas de rupture brusque.

Il ne donne pas trop d'importance à la guerre-croisade dans son ouvrage Civilisation de l'Occident médiéval.
Il ne sacralise pas non plus la Révolution française.

Pour J. Le Goff, l’histoire ne peut être objective : c’est une « activité presque involontaire de rationalisation ». Il s’est penché sur l’histoire comme mémoire, sur l'histoire des mentalités et des sensibilités en utilisant des documents traditionnels et des documents qui témoignent du vécu passé et récent (ex. des confessions, des objets de la vie quotidienne). Cependant, il faut faire très attention car il est à ce moment très subjectif. Il porte également son intérêt sur la place des sentiments et de l'affectivité dans l'histoire. À cet égard, il a étudié deux épisodes.

D’abord le début du XIe siècle, où on assiste à une entente entre la monarchie et l’Église. En effet, Saint-Benoît-sur-Loire fait passer Robert le Pieux pour un saint alors qu'il répudie sa femme, en enlève une autre qu'il épouse et ainsi devient bigame…
Le second épisode se situe à la fin du XIIe siècle, lorsque Philippe Auguste veuf se remarie mais qu’il ne consomme pas le mariage et fait prisonnière sa femme pour pouvoir se remarier. Il cherche à montrer avec ces deux épisodes que le cœur et les sentiments étaient déjà plus forts que la raison d'état.

Mais pourquoi aime-t-il tant cette époque ? Selon lui, c’est l'attitude à l'égard de la femme, l'appréciation positive du travail et l'omniprésence de la religion qui l’ont attiré.

En 1960, lorsqu’il écrit pour « Les Grandes Civilisations » chez Arthaud, il se charge de l’iconographie et sa subjectivité ressort énormément : il montre une chrétienté violente et archaïque qui s’oppose à la créativité d’un puissant essor. Dans ce livre, il accorde une grande importance à l’histoire des mentalités et de la sensibilité et on peut y voir une petite note marxiste.
En 1968, il débute les Lundis de l'Histoire sur France Culture (pour un public savant) et en 1971, il est associé au projet Faire de l'histoire qui est une historie des Annales pour un public plus large. Il cherche à être un homme de son temps en s’adressant à plusieurs catégories d’auditeurs mais aussi en essayant de communiquer davantage. C’est à cette époque, en 1977, qu’il réunit tous ses articles écrits entre 1964 et 1976 et les publie sous le titre Pour un autre Moyen Âge. Il écrit également des articles sur le domaine de l'histoire et de l'historien pour l'Enciclopedia Einaudi.
Dans les années 1980, il s’intéresse à l’imaginaire politique (ses symboles, ses rites, ses cérémonies, ses rêves, ses images) et écrit L'Imaginaire médiéval. Il porte ses recherches sur le rêve, la culture populaire et les croyances collectives dans la société du Moyen Âge, sur les mentalités ainsi que sur leurs modifications et évolutions. Il essaie même de prendre en compte des hypothèses sur la conscience et l’inconscient. Il s’est également posé des questions l’histoire qui se fait et l’histoire qu’il reste à faire et aimerai pour cela étudier le rire au Moyen Âge.

Parallèlement à cela, il s’est intéressé à la civilisation matérielle et culturelle « populaire » (ex. les vêtements, les aliments, les romans mais aussi les paroles et les gestes).

L'influence de la religion

Dès son enfance, Jacques Le Goff s’est montré réticent vis-à-vis de la pratique de la religion. Malgré une éducation religieuse, il ne prendra connaissance de la Bible que lorsqu’il se tourne vers l’étude de l’histoire médiévale. (C’est incontournable pour comprendre la société et la culture médiévale).

Il n’apprécie guère la théologie, et lui préfère « l'histoire de la sensibilité, des rites et des pratiques religieuses ». Il étudie la pratique religieuse minimale constituée par trois actes : le baptême, le mariage et l’extrême onction. Pour lui, la pratique de la religion a un aspect destructeur. C’est pourquoi il ne s’intéresse que peu au bas Moyen Âge où la devotio moderna et le comtempus mundi lui rappellent cette perspective subversive.

Cependant, la religion lui apporte des centres d’intérêt. Tout d’abord, le fait qu’il ne croit pas en Satan, augmente son intérêt pour l’étude du purgatoire. De plus, il a développé un intérêt pour la parole religieuse médiévale. N’ayant pas de documents à propos des messes, il va se tourner vers l’étude des manuels de confesseur, du nouveau droit canonique. Cela lui permet d’avoir une nouvelle vision de la société et de son évolution.

L’influence de sa ville natale

Ayant passé son enfance dans un quartier de Toulon, cette ville a marqué l’esprit de Jacques Le Goff à plusieurs niveaux. Dans un premier temps, étant né sur le cours La Fayette, il habitait une position stratégique dans la topographie géographique et sociale de Toulon. Ce point lui restera en mémoire et il aura tendance à s’intéresser à la topographie sociale des villages. Le cours La Fayette permet également de délimiter deux quartiers de Toulon, et lui montrera ainsi l’importance que peuvent jouer les frontières.

Enfin, il a vu l’arrivée des équipements électroménagers comme le réfrigérateur et les changements qui s’en sont suivis. C’est pourquoi il garde en mémoire l’importance de la civilisation matérielle et de son évolution mais aussi que la rue était avant cela une unité de sociabilité (ex. Les personnes se rencontraient au lavoir).

L'influence de la Seconde Guerre mondiale

Il passe le début de la Seconde Guerre mondiale isolé près de Sète. En 1943, il est convoqué par le STO (Service du Travail Obligatoire) à Marseille. Il se rend dans les Alpes et entre dans la Résistance où il aura pour tâche de recevoir des armes et des médicaments parachutés par les Anglais. Mais même s’il vit la guerre, il ne la ressent pas et n’a pas conscience des changements qui s’opèrent, car pour lui les guerres ne sont pas un grand moteur de l’histoire, même si elles sont capables d'accélérer ou de retarder les évolutions. On retrouve toujours sa pensée selon laquelle l’histoire politique, l’histoire des grands évènements doit céder la place à une histoire plus profonde et plus longue qui s'écrit sous la forme de lentes évolutions.

Distinctions

  • Codirecteur de la revue Annales, Histoire, Sciences Sociales
  • Codirecteur de la revue italienne de vulgarisation Storia e Dossier
Ancien membre du 
  • Comité national
  • Conseil supérieur de la recherche et de la technologie
  • Conseil supérieur des universités
  • Conseil scientifique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes
  • De la Fondation France-Pologne
  • De la Fondation « Pour la science » Centre international de synthèse
  • De l’Academia Europea
  • De l’Académie polonaise des sciences
  • Correspond fellow of the Medieval Academy of America du Jury de l’Institut universitaire de France
  • Président du Conseil scientifique de l’École nationale du patrimoine

Prix, décorations

Docteur honoris causa

Il est docteur honoris causa de nombreuses universités, parmi lesquelles :

Œuvre

  • À la recherche du temps sacré, Jacques de Voragine et la Légende dorée, Paris, Perrin, coll. Pour l'histoire, 2011 (ISBN 9782262033927) ;
  • Le Moyen Âge et l'Argent, Perrin, 2010 (ISBN 978-2-262-03260-9) ;
  • Avec Hanka, Gallimard, 2008 ;
  • Héros et merveilles du Moyen Âge, Seuil, 2005 ;
  • Un long Moyen Âge, Paris, Tallandier, 2004 (ISBN 2-84734-179-X) ;
  • Héros du Moyen Âge, Le roi, le saint, au Moyen Âge, Gallimard Quarto, 2004 ;
  • Entretien avec Pierre Soulages à propos des vitraux de Conques. Toulouse, 2003. Le Pérégrinateur Éditeur)
  • À la recherche du Moyen Âge, Louis Audibert, 2003 ;
  • Une histoire du corps au Moyen Âge (avec Nicolas Truong), Liana Lévi, 2003 ;
  • Le Dieu du Moyen Âge, Bayard, 2003 ;
  • L’Europe est-elle née au Moyen Âge ?, Seuil, 2003 ;
  • De la pertinence de mettre une œuvre contemporaine dans un lieu chargé d'histoire, Le Pérégrinateur, 2003 ;
  • Cinq personnages d’hier pour aujourd’hui : Bouddha, Abélard, saint François, Michelet, Bloch, La Fabrique, 2001 ;
  • Marchands et banquiers du Moyen Âge, PUF, 2001 ;
  • Le Sacre royal à l'époque de Saint-Louis, Gallimard, 2001 ;
  • Un Moyen Âge en images, Hazan, 2000 ;
  • Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval (en collaboration avec Jean-Claude Schmidt), Fayard, 1999 ;
  • Saint François d'Assise, Gallimard, collection « à voix haute », 1999 (CD) ;
  • Un autre Moyen Âge, Gallimard, 1999 ;
  • Le Moyen Âge aujourd'hui, Léopard d'Or, 1998 ;
  • La Bourse et la Vie, Hachette Littératures, 1986 ;
  • Pour l'amour des villes (en collaboration avec Jean Lebrun), Textuel, 1997 ;
  • La Civilisation de l'Occident Médiéval, Flammarion, 1997 ;
  • Une vie pour l'histoire (entretiens avec Marc Heurgon), La Découverte, 1996 ;
  • L'Europe racontée aux jeunes, Seuil, 1996 ;
  • Saint Louis, Gallimard, 1995 ;
  • L'Homme médiéval (dir.), Seuil, 1994 ;
  • La Vieille Europe et la nôtre, Seuil, 1994 ;
  • Le XIIIe siècle : l'apogée de la chrétienté, Bordas, 1992 ;
  • Gallard, passeport 91-92 : une œuvre d'art à la rencontre de…, Fragments, 1992 ;
  • Histoire de la France religieuse (dir., avec René Rémond), 4 volumes, Seuil, 1988-1992 ;
  • L'État et les Pouvoirs, (dir.), Seuil, 1989 ;
  • Du silence à la parole : droit du travail-société-État, 1830-1989, Calligrammes, 1989 ;
  • Histoire et mémoire, Gallimard, 1988 ;
  • Faire de l'histoire (dir., avec Pierre Nora), 3 volumes, Gallimard, 1986 ;
  • Intellectuels français, intellectuels hongrois, XIIe-XXe siècle, Éditions du CNRS, 1986 ;
  • Crise de l'urbain, futur de la ville : actes, Economica, 1986 ;
  • L'Imaginaire médiéval, Gallimard, 1985 ;
  • La Naissance du purgatoire, Gallimard, 1981 ;
  • La Nouvelle Histoire (en collaboration avec Jacques Revel), Éditions Retz, 1978 ;
  • Pour un autre Moyen Âge, Gallimard, 1977 ;
  • Les Propos de Saint Louis, Gallimard, 1974 ;
  • Hérésie et sociétés dans l'Europe pré-industrielle, XIe-XVIIIe siècle : communications et débats du colloque de Royaumont, EHESS, 1968 ;
  • Rédaction d’un manuel d’histoire pour 4ème, 1962;
  • Marchands et banquiers au Moyen Âge, Le Seuil, 1957 ;
  • Les Intellectuels au Moyen Âge, Le Seuil, 1957.

Notes et références

Liens externes

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Bibliographie

  • Le Goff (Jacques), À la recherche du Moyen Âge, Louis Audibert, 2003 ;
  • Pierre Nora, ed., "Essais dʼego-histoire", Paris, Gallimard, 1987 ;
  • Christian Delacroix, François Dosse et Patrick Garcia,"Les courants historiques en France : 19ème -20ème siècles", Paris, 2005.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Jacques Le Goff de Wikipédia en français (auteurs)

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