Afrikaans
Afrikaans
Afrikaans
Parlée en Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud
Drapeau de Namibie Namibie
Nombre de locuteurs 1re langue : 6,5 millions
total : entre 15 et 23 millions
Typologie SVO flexionnelle accentuelle
Classification par famille

Modèle:Hiérarchie début Bas francique

  • -  afrikaans
Modèle:Hiérarchie fin Bas francique
Statut officiel
Langue officielle de Drapeau d'Afrique du Sud Afrique du Sud
Drapeau de Namibie Namibie
Codes de langue
ISO 639-1 af
ISO 639-2 afr
ISO 639-3 afr
IETF af
Échantillon
Article premier de la Déclaration des droits de l'Homme (voir le texte en français)

Artikel 1

Alle menslike wesens word vry, met gelyke waardigheid en regte, gebore. Hulle het rede en gewete en behoort in die gees van broederskap teenoor mekaar op te tree.

L'afrikaans est une langue germanique parlée en Afrique du Sud et en Namibie, issue du néerlandais. Le mot afrikaans signifie « africain » en néerlandais.

Sommaire

Histoire

L'afrikaans est originellement une langue parlée par les colons néerlandais débarqués en Afrique du Sud, également appelés « Boers », mot signifiant « paysans » dans leur langue.

La langue afrikaans est aussi parlée par les métis, en particulier dans les régions du Cap-Occidental et du Cap-du-Nord. Voir : Peuples de langue afrikaans.

En 1875, Stephanus Jacobus Du Toit fait partie d'un groupe d'enseignants et de pasteurs de l'église réformée hollandaise qui forment à Paarl dans la colonie du Cap un mouvement de revendication culturel, Die Genootskap van Regte Afrikaners (l'« Association des vrais Afrikaners ») dont l'objectif est de défendre et d'imposer l'afrikaans au côté de l'anglais comme langue officielle de la colonie. Il s'agit pour eux de donner à la langue parlée par les paysans afrikaners ses lettres de noblesse et d'en faire un véritable outil de communication écrite[1].

En 1876, c'est à cette fin que le mouvement dirigé par Du Toit lance une revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot, dont S. J. du Toit devient le rédacteur en chef et dont la devise est : « Écrivez comme vous parlez ». En publiant la prose des lecteurs du journal, Du Toit veut éveiller la conscience nationale des Afrikaners et les libérer de leur complexe d'infériorité culturelle face aux Anglais. Dès lors, la défense de la langue se confond avec celle de l'identité afrikaans[2].

En 1877, S. J. Du Toit publie le premier livre d'histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaans, Die Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (« L'histoire de notre pays dans la langue de notre peuple ») qui s'apparente à un manifeste politique des Afrikaners empreint de mysticisme. Il relate la lutte d'un petit peuple élu pour rester fidèle au dessein de Dieu, de la révolte de 1795 aux exécutions de Slagter's Neck en 1815, du Grand Trek de 1836, identifié à l'exode d'Égypte, au meurtre de Piet Retief et au triomphe de Blood River[3].

Après avoir obtenu d'abord que le néerlandais soit considéré comme une des deux langues nationales, le combat du mouvement identitaire afrikaner se focalise sur la promotion de l'afrikaans, le droit d'enseignement en cette langue et le droit de le parler dans les administrations publiques. C'est au bout d'un long combat culturel et linguistique qu'en 1925, le gouvernement de James Barry Hertzog confère à l'afrikaans le statut de langue nationale au côté de l'anglais (à la place du néerlandais). Jusqu'en 1990, l'afrikaans sera une des trois langues officielles du Sud-Ouest Africain (au côté de l'anglais et de l'allemand).

La littérature afrikaans développa une tradition poétique, tendant à romantiser l'histoire des Blancs sud-africains. C'est sans doute à cause de cette association de l'afrikaans à l'idéologie de l'« afrikanerdom » que la population noire a tant résisté à l'enseignement de l'afrikaans (cf. les émeutes de Soweto en 1976).

Mais une innovation importante dans les lettres afrikaans, celle des Sestigers (les « gens des années soixante »), a introduit de nouveaux courants. Ordinairement opposés à l'apartheid et influencés par exemple par Michel Foucault, l'ANC, et d'autres courants de gauche, les Sestigers ont un peu rompu les liens entre l'afrikaans et l'apartheid. On doit donc noter, parmi les écrivains afrikaans modernes les plus importants, André Brink, Breyten Breytenbach (un citoyen sud-africain et français), Deon Meyer (romans policiers) et Adam Small (un poète dit « de couleur »).

Karel Schoeman, né en 1939 à Trompsburg (État libre d'Orange), est un romancier d'Afrique du Sud qui écrit en afrikaans, dont les œuvres commencent à être connues internationalement. Romans : En étrange pays (édition originale en afrikaans n’ Ander Land, 1984 /traduction anglaise Another Country, 1991, traduit de l'anglais en français en 1991, rééd. 2007), La Saison des adieux (publié en afrikaans en 1990 en Afrique du Sud, traduction française 2004, Prix Amphi 2004), Retour au pays bien-aimé (publié en afrikaans en 1972, traduit en 2006 en France), et Cette vie (édition originale afrikaans en 1993, traduction française 2009, Prix du meilleur livre étranger 2009).

Depuis 1994, l'afrikaans est l'une des onze langues officielles du pays mais en pratique, l'anglais est la seule langue publique, ce qui a poussé les Afrikaners à entamer un troisième taalbeweging (mouvement linguistique) pour rétablir l'égalité de leur langue avec l'anglais pour la troisième fois dans l'histoire. Dans l'Afrique du Sud contemporaine, on a essayé d'employer le terme Afrikaanses comme appellation ethnique pour désigner les peuples de langue afrikaans pour remplacer le mot afrikaner, mais cette tentative politiquement correcte a échoué.

Classification

L'afrikaans est la plus jeune des langues germaniques, issue du néerlandais du XVIIe siècle.

Population et répartition géographique

Proportion de locuteurs afrikaans (le bleu foncé représente plus de 50 % de locuteurs maternels)

L'afrikaans est parlée en Afrique du Sud par environ 6,5 millions de personnes en tant que langue maternelle (estimation de 2007) et par 9 millions - selon la plus basse estimation - et par 23 millions - selon la plus haute estimation - de locuteurs en tant que seconde ou troisième langue. Elle est même la langue - aussi paradoxal soit-il - la plus multiraciale en Afrique du sud. Ainsi, environ 2 760 000 de ses locuteurs maternels sont blancs, 3 440 000 coloureds (métis), 240 000 noirs et moins de 10 000 indiens[4].

Elle reste la langue majoritaire dans les provinces du Cap-Occidental et du Cap-du-Nord grâce aux métis qui font de ces provinces les seules où l'afrikaans conserve son rôle de langue incontournable avec l'anglais. Elle conserve une place non négligeable dans les provinces du Gauteng et de l'Etat-Libre où les afrikaners demeurent une minorité importante . L'afrikaans, pour des raisons historiques, reste une langue géographiquement dispersée (langue maternelle - census 2001) :

  • Cap-Occidental 2 500 800, soit 55,3 % de la population de la province
  • Gauteng 1 265 500, soit 14,4 % de la population de la province
  • État-Libre 320 800, soit 11,9 % de la population de la province
  • Nord-Ouest 275 800, soit 7,5 % de la population de la province
  • Cap-Nord 558 300, soit 68 % de la population de la province
  • Cap-Oriental : 600 100, soit 9,3 % de la population de la province
  • Limpopo 122 400 soit 2,3 % de la population de la province
  • Mpumalanga 204 700, soit 6,6 % de la population de la province
  • KwaZulu-Natal 139 800, soit 1,5 % de la population de la province

Soit au total 5.983.000 de locuteurs maternels pour le recensement de 2001.

Densité de locuteur afrikaans

Statut

Panneau de l'époque de l'apartheid en anglais (au-dessus) et en afrikaans (en-dessous), langue qui a été longtemps associée à ce concept

Elle est l'une des onze langues officielles de l'Afrique du Sud, et a le statut de langue « reconnue » en Namibie. L'afrikaans souffre depuis la fin de l'apartheid de la concurrence de l'anglais promu par le gouvernement de l'ANC. Langue quasi-exclue au niveau de l'administration nationale, elle conserve tout de même dans les administrations provinciales une place importante et conserve une grande capacité de diffusion dans le privé (radio, télévision, presse). Autrefois langue de l'oppresseur et des métis opprimés, elle est désormais perçue dans l'Afrique du sud post-apartheid comme une langue moderne. Son utilisation par la jeunesse afrikaner et les autres communautés sud-africaines a permis de redorer son blason. Malgré la concurrence de l'anglais, son dynamisme démographique (dû principalement aux métis) lui permet de continuer à occuper une place prépondérante dans le paysage sud-africain.

Écriture

L'afrikaans utilise l'alphabet latin. La langue étant cependant utilisée dès le XVIIe siècle par des communautés asiatiques musulmanes établies sur les côtes, elle fut régulièrement écrite en alphabet arabe. Le premier livre écrit en afrikaans le fut d'ailleurs avec cet alphabet au début du XIXe siècle.

Prononciation

La prononciation et le vocabulaire présentent de telles différences que des locuteurs d'afrikaans et de néerlandais ne peuvent se comprendre qu'en parlant lentement. Il est significatif de constater que ces locuteurs préfèrent souvent utiliser l'anglais pour s'assurer d'une bonne compréhension mutuelle. Pour un auditeur externe, la différence entre les phonèmes est telle qu'on entend deux langues bien distinctes.[réf. nécessaire]

Grammaire

Article détaillé : Grammaire de l'afrikaans.

Dans les exemples ci-dessous, les formes citées en premier sont en néerlandais, les suivantes en afrikaans.

Par rapport à la grammaire et au vocabulaire néerlandais, l'afrikaans a été fortement simplifié. Cependant, en raison de son évolution linguistique bien particulière, la traduction au mot à mot du néerlandais vers l'afrikaans en appliquant cette simplification, donne un résultat parfois incompréhensible, parfois comique. De plus, par archaïsme, certains termes néerlandais ont une signification très différente en afrikaans.

Les différences entre le néerlandais et l'afrikaans sont surtout visibles dans la conjugaison des verbes. L'afrikaans utilise un seul genre et l'article défini est invariablement die. Il n'y a plus qu'un seul auxiliaire (het, avoir) en lieu et place de hebben et zijn (avoir et être).

Le verbe être se traduit par wees et se conjugue à l'indicatif présent d'une manière invariable :

  • ek is, jy is, hy/sy is, ons is, julle is, hulle is

L'afrikaans possède une négation redoublée, un peu comme le français :

  • ik heb niet gegevenek het nie gegee nie.

Il y a aussi des élisions systématiques, entre autres le g ou le v/w

  • (les yeux) de ogendie oë
  • (question(s)) vraag, vragenvraag, vrae
  • (inviter) uitnodigenuitnooi
  • (chariot) wagenwa
  • (dire) zeggen
  • (ombre) schaduwskadu
  • (hirondelle) zwaluwswael
  • (soufre) zwavelswael
  • (face à) tegenoverteenoor

Exemple de verbe fort : le verbe gevengee (donner)

Signalisation bilingue afrikaans/anglais dans le Blyde River Canyon
  • Infinitif
    • Geven → Gee
  • Présent
    1. ik geefek gee
    2. jij geeftjy gee
    3. hij geefthy gee
    4. wij gevenons gee
    5. jullie gevenjulle gee
    6. zij gevenhulle gee
  • Prétérit
    • sg ik, jij, hij gafgee
    • pl wij, jullie, zij gavengee
  • Parfait
    • ik heb gegevenek het gegee
  • Futur
    • ik zal gevenek sal gee
  • Conditionnel
    • ik zou gevenek sou gee
  • Impératif
    • sg geefgee
    • pl laten we gevenkom ons gee

Vocabulaire

Article détaillé : Liste Swadesh de l'afrikaans.
Panneau de signalisation anglais/afrikaans des hippopotames
Mot Traduction Prononciation Allemand/Néerlandais/Anglais
terre aarde [ˈɑːrdə] Erde / aarde / earth
ciel hemel [hiə̯məl] Himmel / hemel / heaven
eau water [ˈvɑːtər] Wasser / water / water
feu vuur [fɨːr] Feuer / vuur / fire
homme man [mɑn] Mann / man / man
femme vrou [frəʊ] Frau / vrouw / woman
manger eet [iə̯t] essen / eten / eat
boire drink [driŋk] trinken / drinken / drink
grand groot [χruə̯t] groß / groot / great
petit klein [ˈkləɪ̯n] klein / klein / small
nuit nag [nɑχ] Nacht / nacht / night
jour dag [dɑχ] Tag / dag / day

Références

  1. F. X. Fauvelle-Aymar, Histoire de l'Afrique du Sud, Seuil, p. 296-297, 2006.
  2. Paul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, 1992, éditions Complexe, p. 72.
  3. Paul Coquerel, op. cit., p. 81-82.
  4. NB : Il est très difficile de donner une estimation exacte du nombre réel de locuteurs de l'afrikaans en raison d'estimations pour le moins hasardeuses pratiquées depuis 1994. Ainsi depuis le dernier recensement de 2001, aucune statistique officielle raciale et linguistique n'a été réalisée en Afrique du sud. Les estimations ci-dessus sont donc des indicateurs d'ensemble et non des chiffres officiels.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes


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