Bataille d'Azincourt

Bataille d'Azincourt

50°27′49″N 2°08′30″E / 50.46361, 2.14167

Bataille d'Azincourt
Schlacht von Azincourt.jpg
Azincourt, miniature du XVe siècle.
Informations générales
Date 25 octobre 1415
Lieu Clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt
Issue Victoire anglaise décisive
Belligérants
Blason France moderne.svg Royaume de France England Arms 1405.svg Royaume d'Angleterre
Commandants
Armoiries Albret moderne.svg Charles Ier d'Albret
Boucicaut.svg Jean II Le Meingre
England Arms 1405.svg Henri V d'Angleterre
Thomas Erpingham
Forces en présence
12 000 à 15 000 hommes approx. 9 000 hommes :
1 000 chevaliers,
6 000 archers,
2 000 fantassins
Pertes
6 000 morts[1]
2 200 prisonniers
600 morts[1], dont 13 chevaliers
Guerre de Cent Ans
Batailles
Chevauchées

Chevauchée de 1346 — Chevauchée vers Reims (1429) —



Les défaites françaises
Arnemuiden (navale - 1338)  — L’Écluse (navale - 1340) — Crécy (1346) — Calais (1346) —


Guerre anglo-écossaise
Neville's Cross (1346) —


Jacquerie
Grande Jacquerie (1358) — Meaux (1358) — Révolte des Tuchins (1381-1384) — Révolte paysanne anglaise (1381) —


Guerre de succession de Bretagne
Vannes (1342) — La Roche-Derrien (1347) — Combat des Trente (1351) — Mauron (1352) — Montmuran (1354) — Rennes (1356-1357) — Auray (1364) —


Winchelsea (1350) — Poitiers (1356) — Cocherel (1364) —


Première guerre civile de Castille
Nájera (1367) — Montiel (1369) —


Pontvallain (1370) — La Rochelle (1372)  — Roosebeke (1382) —


Guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons
Révolte des Cabochiens (1413) — Anthon (1430) —


Azincourt (1415) — Rouen (1418) — Baugé (1421) — Cravant (1423) — Brossinière (1423) — Verneuil (1424) — Journée des Harengs (1429) — Gerberoy (1435) —


Campagne de Jeanne d'Arc
Orléans (1428) — Jargeau (1429) — Meung-sur-Loire (1429) — Beaugency (1429) —Patay (1429) — Montépilloy (1429) — Compiègne (1430) —


Campagne de Bretagne et de Normandie en 1448-1449
Fougères (1449) — Verneuil (1449) — Formigny (1450) —


Campagne de Guyenne
Castillon (1453)

La bataille d'Azincourt (Artois) (Battle of Agincourt en anglais) se déroule le vendredi 25 octobre 1415 pendant la guerre de Cent Ans. Les troupes françaises, de quelque 30 000 hommes, y tentent de barrer la route de Calais à l'armée du roi anglais Henri V, forte d'environ 6 000 hommes, et débarquée dès septembre au lieu-dit Chef-de-Caux, près de la ville d'Harfleur, ville qui d'ailleurs sera prise et occupée pour leur sécurité. La bataille qui s'ensuivra se soldera par une défaite importante pour le camp français : la cavalerie lourde, rendue moins efficace par un terrain boueux et les retranchements anglais, est transpercée par les archers en majorité gallois[réf. nécessaire], équipés de grands arcs (long bows) à très longue portée.

Cette bataille, où la chevalerie française est mise en déroute par des soldats anglais inférieurs en nombre, sera souvent considérée comme la fin de l'ère de la chevalerie et le début de la suprématie des armes à distance sur la mêlée, suprématie qui ne fera que se renforcer par la suite grâce à l'invention des armes à feu. Elle sera, en réaction, une cause majeure de l'épopée de Jeanne d'Arc, puis de l'investissement dans l'artillerie qui deviendra une spécialité française.

Pour les Anglais, cette bataille restera l'une des victoires les plus célébrées, notamment par William Shakespeare.

Sommaire

Configuration du terrain et conditions météorologiques

Le matin précédant la bataille, peinture de Sir John Gilbert

La bataille a lieu dans la clairière entre le bois d'Azincourt et celui de Tramecourt, dans l'actuel Pas-de-Calais (62) près du village d'Azincourt. Le champ de bataille a été un élément déterminant à l'issue de l'affrontement. Au nord, au pied de la colline et dans des champs fraîchement labourés, se trouve l'armée commandée par Charles Ier d'Albret, connétable de France, qui s'y est placé, après une longue poursuite de onze jours, pour interdire le passage vers Calais aux forces anglaises qui ont mené une campagne sur la Somme. La nuit du jeudi 24 octobre se passe sur le terrain pour les deux camps. Une lourde pluie tombe toute la nuit sur les deux armées peu abritées. Le champ de bataille, tout en longueur, est fortement détrempé, particulièrement côté français, placés dans le bas de la colline où coule un ruisseau devenu torrent durant la nuit. Le terrain boueux désavantageait l'armée française composée de nombreux chevaliers en armures dont certains se sont noyés sous leur poids. Le moine français de Saint-Denis dira que les troupes françaises marchaient dans la boue qui s'enfonçait jusqu'aux genoux. Ils étaient déjà vaincus par la fatigue avant même de rencontrer l'ennemi.

Disposition des armées

Position troupes lors de la bataille d'Azincourt
Troupes françaises :
L'avant-garde est composée de bacinets[2], chevaliers ou écuyers, d'archers (m) d'arbalétriers (n) et d'hommes d'armes à pied (C et Cr) que le connétable (C) conduit.
L'aile droite du comte de Vendôme est composé d'hommes d'armes
L'aile gauche était composée de l'élite des hommes d'armes à cheval (B).
L'arrière garde était le surplus des gens d'armes.
Troupes anglaises :
Les archers(a) sur le devant avec les gens d'armes derrière. les 2 autres ailes sont disposées de la même manière[1].
Carte de la bataille d'Azincourt

Au point du jour, le vendredi 25 (la Saint-Crépin), Henri V dispose sa petite armée (environ 6 000 combattants, dont 5 000 arbaletriers et 1 000 hommes d'armes). Il est probable que les trois forces habituelles aient été placées sur une ligne, chacune avec ses archers sur les flancs et les hommes d'armes démontés occupant le centre ; les archers étant placés en avant dans des avancées en forme de coin, presque exactement comme à la bataille de Crécy. Henry V se met en bon chef de guerre à la tête de ses hommes, entouré de sa garde personnelle, dans le corps de bataille principal, formé d'une ligne ininterrompue de combattants sur quatre rangs. Le duc d'York commande l'aile droite, tandis que le sire de Camoys est à la tête de l'aile gauche. Les archers sont menés par le duc d'Erpyngham, dont une grande majorité se trouve sur les flancs, ainsi que 200 autres archers dans le bois de Tramecourt afin d'empêcher un encerclement par les Français. Enfin, les archers se sont protégés par des rangées de pieux, destinés à briser la charge française.

Un grand nombre de seigneurs français sont présents au point que des bannières durent être repliées car elles gênaient la vue du corps de bataille principal. Les Français, en revanche, sont groupés sur trois lignes et en masse. Ils sont significativement plus nombreux que les Anglais, mais à Azincourt, ils ne peuvent utiliser la puissance de leur charge. Le terrain boueux fait glisser les chevaux lourdement chargés. Les quatre vagues d'attaque successives s'empêtrent les unes dans les autres. L'avant-garde française est composée de 3000 chevaliers, commandée par les grands seigneurs tels que le maréchal Boucicaut (organisateur du plan de bataille qui fut vite oublié !), le connétable Charles d'Albret, le duc d'Orléans, le duc de Bourbon, David de Rambures (grand maître des arbalétriers), le seigneur de Dampierre (amiral de France), Guichard Dauphin, et « autres officiers du roy » (d'après Monstrelet). Le plus puissant d'entre eux, le duc de Bourgogne, Jehan sans peur, est absent; il désirait participer à la bataille et avait même mobilisé des troupes. Le Dauphin en personne avait commandé aux ducs de Bourgogne et d'Orléans l'envoi de 500 hommes d'armes et de 300 archers. Cependant, leur présence n'était pas souhaitée: en effet, Jehan sans peur de Bourgogne avait commandité l'assassinat de Louis d'Orléans ! De ce fait, Jehan sans peur interdit à ses vassaux de se rendre à la bataille, ordre qui ne fut bien entendu pas écouté puisque nombre de chevaliers français tués à Azincourt étaient sujets du duc de Bourgogne. Le corps de bataille principal, 150 mètres derrière l'avant-garde, était fort de 4000 hommes commandés par les comtes d'Aumale, de Dammartin et de Fauquembergues. Ces deux premières batailles étaient constituées d'hommes en armure qui avaient mis pied à terre. L'arrière-garde se composait de combattants de petite noblesse et de combattants de basse naissance (soldats et hommes de traits) soit au total 4100 combattants. Il s'étaient fait reléguer à l'arrière par les grands nobles qui désiraient se réserver toute la gloire d'une telle victoire. De plus, selon les chroniqueurs, l'ost royal refusa l'aide de 4000 arbalétriers génois car il s'estimait bien assez nombreux. Sur les flancs, deux contingents de cavalerie lourde, soit 2400 cavaliers. Son but était de briser les rangs d'archers anglais et de faciliter de cette manière l'attaque des batailles principales. Les commentateurs français estiment que les chevaliers ont peu à craindre car, s'ils sont capturés, une rançon sera versée pour les libérer. Ce n'est pas le cas de la piétaille, composée de simples soldats. Ceux-ci ont intérêt à défendre chèrement leur peau et à bien se battre.

Des débats courent sur le nombre de Français présents, amenant ainsi un rapport de 1 contre 2 à 1 contre 12, soit environ 270 000 hommes d'armes français. Le nombre le plus raisonnable est celui du Dr. Anne Curry: 13 500 Français. Le royaume de France ne pouvait mobiliser davantage, d'autant plus qu'une partie de l'ost était à Rouen chargée de la protection du roi.

Déroulement de la bataille

Chevalier en armure. Le terrain boueux désavantageait l'armée française face aux légers archers anglais

Pendant les trois premières heures après le lever du soleil, il n'y a aucun combat. Des négociations s'engagent. Les Français demandent la renonciation du roi d'Angleterre à la couronne de France. Les Anglais de leur côté demandent l'accès libre à Calais et sont même prêts à rendre les forteresses qu'ils tiennent dans le Nord du royaume de France (Harfleur, qu'ils viennent de prendre après un long siège d'un mois, entre autres). Elles échouent. La bataille aura lieu.

Il est dix heures. L'armée anglaise met genoux en terre et baise le sol. Le roy d'Angleterre, en manque de vivres avec une armée malade et fatiguée, ne peut repousser la bataille. Henri V d'Angleterre fait alors avancer ses hommes de 600 mètres vers les lignes françaises, d'une part pour les provoquer et les faire attaquer, d'autre part pour occuper la partie la plus étroite de la plaine, entre deux forêts. De plus, en se plaçant aussi près, il met les Français à portée des flèches des arcs anglais. Les archers se réfugient derrière des pieux qu'ils ont taillés le soir ou la veille, apportés et plantés dans le sol pour parer les charges de cavalerie. Ils décochent une première volée.

Oubliant les leçons des batailles de Crécy et de Poitiers, les chevaliers français, 1 200 hommes de cavalerie lourde sur chaque aile, chargent les rangs anglais. Mais seuls 900 cavaliers sont à leur poste. Le premier obstacle est le terrain, détrempé par la pluie qui s'est abattue toute la nuit et fraîchement labouré (nous sommes fin octobre), le second obstacle se trouve dans les archers anglais et leurs redoutables capacités. Criblés, cavaliers et montures n'atteignent pas les rangs ennemis. Ceux qui ont réussi sont empalés sur les pieux des archers ou capturés, voire tués.

Sur ce, les chevaux blessés cherchent à s'enfuir et se heurtent à l'avant-garde française à pied, qui devant ce massacre, décide de charger. Le connétable lui-même dirige la ligne principale d'hommes d'armes démontés. Et "fut l'avant-garde toute fendue en plusieurs lieus" (d'après la chronique de Ruisseauville). Alors "commencèrent à cheoir hommes d'armes sans nombre" (d'après Le Fèvre). Les archers anglais déversent leurs flèches et en noircissent le ciel. Du côté français, les hommes de traits sont bloqués derrière l'arrière-garde. Les Français utilisent des "canons et serpentines" (Le Fèvre).

Sous le poids de leurs armures, les hommes d'armes de l'avant-garde s'enfoncent profondément dans la boue à chaque pas. Ils atteignent cependant les lignes anglaises et engagent le combat avec les hommes d'armes anglais. Pendant un court moment, le combat est intense. L'armée anglaise se voit contrainte de reculer. Henri V est presque mis à terre, la couronne de son heaume voit l'un de ses ornements fendu par le connétable qui a réussi à fendre la garde rapprochée du roi, il est rapidement désarmé. Les archers anglais répondent par d'autres salves. Piégés dans un entonnoir, les Français, embourbés, obligés de baisser la tête face aux flèches, incapables de lever leurs armes dans cette mêlée trop serrée, sont immobilisés. Les Anglais en profitent et pénètrent les rangs français. Les archers délaissent leurs arcs pour des armes de corps-à-corps (épées, haches, maillets, becs de faucons, ...) et entrent dans la mêlée. L'avant-garde française est taillée en pièces en une demi-heure.

Cette première ligne ruinée bat en retraite mais se heurte à la deuxième ligne de bataille française qui entre dans la mêlée, ce qui engendre une confusion monstre. Les cadavres des chevaux et des hommes barrent toute progression et tout assaut. Les Anglais comprennent que la bataille est presque gagnée et cherchent à faire des prisonniers. Contrairement aux ordres d'Henri V, les hommes d'armes anglais profitent de la victoire qui se fait jour et font de nombreux prisonniers espérant en tirer rançon comme c'est alors l'usage, estimant en outre qu'il serait peu chrétien de les tuer. Certains Français, selon les chroniqueurs, s'enfuient alors.

Les Français reçoivent alors quelques renforts. D'abord, le duc de Brabant, frère de Jean sans Peur duc de Bourgogne, arrive avec onze de ses chevaliers. Il n'attend pas son armure qui doit arriver par convoi, endosse le tabard de son chambellan et fonce dans la mêlée. Puis, dans le dos des Anglais, des cris retentissent. C'est le seigneur d'Azincourt Ysembart, Rifflart de Palmasse et Robinet de Bournonville, avec 600 paysans. Ils s'en prennent aux bagages royaux et s'emparent de l'épée royale, d'une couronne, des sceaux royaux et d'une partie du trésor royal. Pris de la peur d'être attaqué à revers, Henry V donne ordre d'exécuter les prisonniers "sinon les seigneurs" (selon Georges Chastellain). Mais les archers protestent et refusent un tel acte. Une rançon peut permettre de s'élever socialement et d'apporter richesse et confort à son détenteur. Henry V menace de pendre quiconque refusera d'obéir à ses ordres et charge un écuyer et 20 archers de tuer les prisonniers. En effet, cette charge d'Ysembart d'Azincourt pourrait ramener un peu d'espoir dans les rangs des prisonniers français qui se soulèveraient alors et reprendraient les armes, d'autant plus qu'il s'agit souvent de personnes ayant reçu une bonne éducation militaire, donc constituant une réelle menace. Chaque homme tue son prisonnier. Ils sont égorgés, ils ont le crâne fracassé à la masse d'arme ou à la hache, ou bien enfermés dans des granges auxquelles on met le feu (rapportés par Gilbert de Lannoy qui échappe de peu aux flammes). Le duc de Brabant est lui aussi égorgé. Il n'a pas été reconnu par les Anglais en tant que membre de la maison de Bourgogne.

Henry V peut alors se tourner vers le combat principal. C'est alors que la troisième ligne française, bien que sans chef, charge et se brise sur les Anglais et s'enfuit à son tour. Ysembart d'Azincourt et ses hommes battent eux aussi en retraite.

Il est dix-sept heures. La bataille est terminée.

Revenant le lendemain matin sur le champ de bataille, Henry V fait supprimer les blessés français qui ont survécu.

Facteurs de l'issue de la bataille

Forêt de Tramecourt

En plus de leur indiscipline et de leur conviction de remporter la victoire grâce à leur supériorité numérique, les Français se créèrent eux-mêmes certaines difficultés.

Il avait plu toute la nuit précédent la bataille.

  • Terre boueuse (bourbier).
  • Arbalètes : les cordes d'arbalètes françaises étaient trop humides et donc souvent hors fonctionnement. De plus, les arbalétriers étaient mal placés pour tirer.
  • Jean II le Meingre dit Boucicaut, commandant les troupes françaises, avait établi un plan de bataille la veille au soir avec les grands nobles présents. Cependant, il ne put être appliqué en raison de l'impétuosité des chevaliers français, qui préférèrent charger aveuglément les Anglais, rendant alors obsolète le plan de Boucicaut. Sur ce, le reste de l'armée n'avait plus qu'à suivre, n'ayant plus de soutien de la cavalerie, massacrée par Albion avant d'atteindre les lignes anglaises.
  • Placement en hauteur des Anglais. Les Français ont chargé, de plus à pied, sur une pente boueuse...
  • Tactique de placement des lignes anglaises occupant la place entre les deux bois : plus moyen de les attaquer de côté. En outre, Henry V avait placé des hommes dans les bois pour éviter toute approche française par ceux-ci. Les Anglais étaient placés en entonnoir, les Français ont eu le réflexe (chevaleresque) de charger tout droit, les plaçant ainsi sous les flèches anglaises en tir croisé.
  • Tous les attaquants français étaient à découvert (de même que les Anglais par ailleurs)[3], et les archers anglais n'avaient qu'à tirer sans cesse devant eux puisque sur les côtés se trouvaient les deux bois qui restreignaient leur cible.
  • Armes de jet : le long bow, un des arcs les plus puissants (pouvant transpercer une armure jusqu'à 100 mètres, bien que les arbalètes soient encore plus puissantes). Cependant, les tirs étaient, à longue distance, des tirs de sape, et non des tirs efficaces, pour blesser les troupes dont l'équipement défensif était léger et les flèches avaient perdu leur puissance contre les chevaliers lourdement armés. Il faut attendre une centaine de mètres pour que le long bow anglais, d'une puissance allant de 100 à 180 livres, puisse se montrer efficace.
  • Cadence de tir des archers anglais : De 12 à 14 flèches par minute (les arbalètes ne pouvant tirer que 2 carreaux par minute). en plus, les archers anglais étant positionnés en entonnoir, le tir croisé s'est révélé meurtrier.
  • Le nombre des cavaliers français à la charge en rangs serrés. Lorsqu'un cheval tombait pendant la charge, le suivant écrasait ou trébuchait fréquemment sur le précédent. Les archers anglais, qui composaient les deux ailes, avaient planté des pieux dans le sol, afin de se prémunir des charges de cavalerie.

Bilan

Les pertes totales des Anglais sont de 13 chevaliers (dont le duc d'York, petit-fils d'Édouard III, tué par le duc d'Alençon) et une centaine de simples soldats. Les Français perdent 6 000 chevaliers dont le connétable, plusieurs ducs (Jean Ier d'Alençon, Édouard III de Bar, Charles d'Orléans est lui fait prisonnier) ; 5 comtes (dont Philippe de Bourgogne et le comte Robert de Marle), 90 barons et un millier d'autres chevaliers furent faits prisonniers. Baudoin d'Ailly, dit « Beaugeois », seigneur de Picquigny, vidame d'Amiens, grand seigneur de l'Amiénois, conseiller et chambellan du roi de France Charles VI, meurt trois semaines après la bataille, des suites de ses blessures. A signaler également la mort d'Antoine de Bourgogne, venu participer à la bataille malgré la neutralité affichée de son frère et suzerain Jean sans Peur, duc de Bourgogne.

Les seuls à survivre seront ceux qui auront préféré ne pas participer : « À ce combat, le duc de Bretagne, Jean, bien qu'il eût été appelé, n'assista pas. Étant venu à Amiens avec un grand nombre de ses Bretons, communément estimés à dix mille hommes, il aima mieux attendre là l'issue de la guerre, plutôt que de s'exposer de trop près aux dangers. La bataille terminée, il reprit le chemin de son duché, sans même avoir vu les ennemis, mais non sans quelque dommage pour les localités où il passait. »[4]

Une paix désastreuse pour la France sera signée à Troyes, cinq ans plus tard.

La débâcle de la chevalerie française d'Azincourt, qui fait suite à celles de Crécy, de Poitiers et de Nicopolis, prive momentanément la France de cadres administratifs et militaires en grand nombre du fait des nombreux tués chez les baillis et les sénéchaux du roi. Elle met également en évidence la conception dépassée que se font de la guerre les armées françaises en particulier une partie de la chevalerie, alors qu'Anglais et Ottomans ont déjà organisé des armées unies et disciplinées : les Français, supérieurs en nombre, mais incapables d'obéir à un chef unique et placés dans l'impossibilité de faire manœuvrer les chevaux, comme à la bataille de Poitiers, soixante ans auparavant, auraient eu intérêt à négocier avec Henri V, qui avait abandonné son rêve de revendiquer la couronne de France.

Cette bataille marqua un tournant dans l'art de la guerre en Europe : des armées plus maniables et plus articulées, (comme l'était déjà celle d'Édouard III et préfigurait le déroulement des batailles dès la fin du XIVe siècle) défont des masses hétéroclites pleines d'inutile bravoure.

Notes et références

  1. a, b et c Batailles française 1214 à 1559 edition de 1894 du colonel Hardÿ de Périni (1843-1908)
  2. Il s'agit très probablement de cavaliers, sans titre de noblesse, portant un bassinet (casque) et d'un milieu très aisé
  3. Ne sont évidemment pas comptés les soldats d'Ysembart d'Azincourt qui attaquèrent le camp anglais vers la fin de la bataille de l'autre côté des bois.
  4. Thomas Basin, Histoire de Charles VII, pp.45-47.

Voir aussi

Bibliographie

  • Dominique Paladilhe, La bataille d'Azincourt - 1415, Librairie académique Perrin, Collection Pour L'histoire, Paris, 2002. ISBN 2-262-01493-0
  • Gérard Bacquet, Azincourt, Auxi-le Château, G. Bacquet, 1977
  • Thomas Basin, Histoire de Charles VII, Éd. Charles Samaran, Paris, Belles lettres, 1964
  • René de Belleval, Azincourt, Paris, Dumoulin, 1865
  • Philippe Contamine, Azincourt Paris Julliard 1964
  • John Keegan, Anatomie de la Bataille : Azincourt 1415, Paris, Robert Laffont, 1993 ISBN 2-221-07401-7
  • Pierre-Yves Millot, Azincourt, Paris, Millot, 2005 ISBN 2-914797-05-2
  • Berthold Zeller, La France anglaise, Azincourt et le traité de Troyes, 1413-1422, Paris, Librairie Hachette et cie, 1886
  • Christophe Gilliot, "Azincourt et la vie quotidienne en 1415", Paris, Editions Heimdal, 2007
  • Moyen Age, hors série n°22 (juin, juillet, août 2007)

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Bataille d'Azincourt de Wikipédia en français (auteurs)

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