Babeuf

Gracchus Babeuf

Gracchus Babeuf
Gracchus Babeuf.jpg

Nom de naissance François Noël Babeuf
Naissance 1760
Saint-Quentin
Décès 1797 (à 37 ans)
Vendôme
Nationalité France France
Profession(s) révolutionnaire
Formation notaire

François Noël Babeuf, connu sous le nom de Gracchus Babeuf, né le 23 novembre 1760 à Saint-Quentin et mort à Vendôme le 27 mai 1797 (8 prairial an V), est un révolutionnaire français.

Il forma la « conjuration des Égaux » contre le Directoire et fut exécuté. Sa doctrine, le « babouvisme », est précurseur du communisme.

Sommaire

Premières années

Dès l’âge de 12 ans, il travaille comme terrassier au canal de Picardie. À 17 ans, il réussit à se faire engager comme apprenti chez un notaire feudiste. En 1781, âgé de 21 ans, il commence à exercer pour son propre compte à Roye comme géomètre et commissaire à terrier.

Le 13 novembre 1782, il épouse à Roye Marie Anne Victoire Langlet (baptisée à Amiens le 13 février 1757, morte après 1840), fille d’un quincaillier d’Amiens et ancienne femme de chambre, avec laquelle il a cinq enfants: Catherine-Adélaïde-Sophie, née en septembre 1783, décédée à Roye le 13 novembre 1787; Robert, dit Émile, né le 29 septembre 1785 à Roye; Catherine-Adélaïde-Sophie, née le 3 septembre 1788 à Roye, morte le 18 messidor an III (6 juillet 1795); Jean-Baptiste-Claude, dit Camille, né le 26 novembre 1790, interné comme fou en 1808, mort le 24 août 1815 en se jetant du quatrième étage de la maison où il logeait et travaillait, chez le bijoutier Lirot; Caïus Gracchus, né le 9 pluviôse an V (28 janvier 1797) à Vendôme, tué par une balle perdue en 1814, lors de l'invasion[1],[2].

Inspiré par la lecture de Rousseau, et constatant les conditions de vie très dures de l’immense majorité de la population, il développe des théories en faveur de l’égalité et de la collectivisation des terres. En 1788, il commence la rédaction du Cadastre perpétuel, qui est édité en 1789.

Les débuts de la Révolution

En mars 1789, Babeuf participe à la rédaction du cahier de doléances des habitants de Roye. Suite à l’échec de son Cadastre perpétuel et surtout au début de la Révolution française, il devient journaliste. Il est ainsi correspondant du Courrier de l’Europe (édité à Londres) à partir de septembre 1789.

Il se bat contre les impôts indirects, organise pétitions et réunions. En conséquence, il est arrêté le 19 mai 1790 et emprisonné. Il est libéré en juillet, grâce à la pression du révolutionnaire Jean-Paul Marat. À la même époque, il rompt avec le catholicisme (il écrit en 1793 : « Le christianisme et la liberté sont incompatibles »).

Il lance son propre journal en octobre 1790, Le Correspondant picard, journal révolutionnaire fort avancé dans lequel il s’insurge contre le suffrage censitaire mis en place pour les élections de 1791. Le journal est contraint à la disparition quelques mois plus tard, mais Babeuf continue à se mobiliser aux côtés des paysans et des ouvriers picards. Il est contraint de fuir à Paris en février 1793.

La république montagnarde

À son arrivée dans la capitale, Babeuf prend parti pour les jacobins contre les girondins. Il entre en mai 1793 à la Commission des subsistances de Paris. Il y soutient les revendications des sans-culottes, osant dénoncer un nouveau pacte de famine organisé par Manuel, procureur général de la Commune, ce qui suscita contre lui des haines violentes.

Accusé de faux, il fut emprisonné du 24 brumaire an II au 31 messidor an II et fut acquitté. Dix jours après sa libération, c’est le coup d’État contre Robespierre et les montagnards dont il était le partisan, le 9 thermidor. Babeuf critique l’action des montagnards concernant la Terreur, disant : « Je réprouve ce point particulier de leur système », mais inscrit son action dans leur continuité, tout en voulant passer de l’égalité « proclamée » à l’égalité dans les faits (la « parfaite égalité » pour laquelle il milite).

La réaction thermidorienne

À partir du 3 septembre 1794, Babeuf publie le Journal de la Liberté de la presse, qui devient le 14 vendémiaire an III, Le Tribun du peuple. Ce journal, où il combat avec la dernière violence la réaction thermidorienne, acquiert une forte audience. Il adhère, à la même période, au Club électoral, club de discussion de sans-culottes. Le 3 novembre, il demande que les femmes soient admises dans les clubs.

Abandonnant le prénom Camille, qu’il avait adopté en 1792, il se fait alors appeler Gracchus, en hommage aux Gracques, initiateurs d’une réforme agraire dans la Rome antique. Babeuf défend la nécessité d’une « insurrection pacifique ».

Accusé par Tallien d'outrage envers la Convention nationale, il est de nouveau arrêté et incarcéré à la prison d’Arras le 19 pluviôse 1795. Nombre de révolutionnaires étant alors sous les verrous, ce fut l’occasion pour Babeuf de se lier avec des démocrates comme Simon Duplay, Augustin Darthé ou Filipo Buonarroti. Il prit une part active à l’insurrection du 1er prairial an III

La conjuration des égaux

Rendu à la liberté le 26 vendémiaire an IV par la loi d’amnistie qui termina la session de la Convention nationale, il relance rapidement la publication du Tribun du peuple.

Le gouvernement a une politique de répression de plus en plus forte avec la fermeture du Club du Panthéon, où sont présents nombre d’amis et de partisans de Babeuf, et la tentative d’arrestation de Babeuf en janvier 1796. Étant parvenu à s’enfuir, il entre dans la clandestinité.

Cette impossibilité d’agir légalement aboutit à la création de la « Conjuration des égaux » dirigée par Babeuf, Darthé, Philippe Buonarroti, Sylvain Maréchal, Félix Lepeletier (frère de l’ancien député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau), Antoine Antonelle. Le réseau des « Égaux » recouvre tous les arrondissements de Paris et de nombreuses villes de province. À sa tête, un « Directoire secret de salut public », dirigé par Babeuf, coordonne la lutte.

Le but est de continuer la révolution, et d’aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite égalité » et « le bonheur commun ».

Grâce aux informations d’un indicateur, Georges Grisel, la police arrête Babeuf, Buonarroti, Darthé et les principaux meneurs des Égaux le 10 mai 1796 (19 floréal an IV). Une tentative populaire de les libérer échoue le 29 juin (11 messidor). Une deuxième tentative échoue également. Pour éviter que le peuple ne les libère, les Égaux sont transférés à Vendôme.

Une haute cour est constituée, et le procès s’ouvre à Vendôme le 20 février 1797 en présence de deux ministres. Le 16 avril, Lazare Carnot avait fait voter une loi qui punissait de mort l’apologie de la Constitution de 1793 et les appels à la dissolution du Directoire [3]. Babeuf, à qui on reproche l’initiative du complot, et Darthé, qui s’est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l’on reproche la rédaction de l’ordre d’exécution des Directeurs, sont condamnés à mort [3]. En entendant sa condamnation à mort, Babeuf se frappa, dans le prétoire même, de plusieurs coups de stylet et fut porté mourant le lendemain à l'échafaud. Darthé, qui avait également tenté de se suicider, est guillotiné avec lui le 8 prairial an V. Buonarroti, Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean-Baptiste-André Amar, sont acquittés. Ses enfants furent adoptés par Lepeletier et Turreau.

Le projet de décret (extrait)

Buonarroti cite ce projet qui devait installer une république égalitaire à la suite de la conjuration :

Organisation générale
  • Article premier : Il sera établi dans la république une grande communauté nationale.
  • Art. 2 : La communauté nationale a la propriété des biens ci-dessous :
    • Les biens qui étant déclarés nationaux, n’étaient pas vendus au 9 thermidor de l’an II ;
    • Les biens des ennemis de la révolution (…) ;
    • Les biens échus ou à échoir à la république par suite de condamnations judiciaires ;
    • Les édifices actuellement occupés pour le service public ; (…)
    • Les biens de ceux qui en feront abandon à la république ;
    • Les biens usurpés par ceux qui se sont enrichis dans l’exercice des fonctions publiques ;
    • Les biens dont les propriétaires négligent la culture.
  • Art. 3 : Le droit de succession ab intestat ou par testament est aboli : tous les biens actuellement possédés par des particuliers écherront, à leur décès, à la communauté nationale. (…)
  • Art. 5 : Tout Français de l’un ou l’autre sexe, qui fait abandon à la patrie de tous ses biens et lui consacre sa personne et le travail dont il est capable, est membre de la grande communauté nationale.
  • Art. 6 : Les vieillards qui ont atteint leur soixantième année et les infirmes, s’ils sont pauvres, sont de droit membres de la communauté nationale.
  • Art. 7 : Sont également membres de la communauté nationale les jeunes gens élevés dans les maisons nationales d’éducation.
  • Art. 8 : Les biens de la communauté nationale sont exploités en commun par tous ses membres valides.
  • Art. 9 : La grande communauté nationale entretient tous ses membres dans une égale et honnête médiocrité : elle leur fournit tout ce dont ils ont besoin.
  • Art. 11 : À dater du…, nul ne pourra être fonctionnaire civil ou militaire, s’il n’est pas membre de ladite communauté. (…)
Des travaux communs
  • Article premier : Tout membre de la communauté nationale lui doit le travail de l’agriculture et des arts utiles dont il est capable.
  • Art. 2 : Sont exceptés, les vieillards âgés de 60 ans et les infirmes. (…)
De la distribution et de l’usage des biens de la communauté
  • Article premier : La communauté nationale assure, dès ce moment, à chacun de ses membres :
    • Un logement sain, commode et proprement meublé ;
    • Des habillements de travail et de repos, de fil ou de laine, conformes au costume national ;
    • Le blanchissage, l’éclairage et le chauffage ;
    • Une quantité suffisante d’aliments en pain, viande, volaille, poisson, œufs, beurre ou huile ; vin et autres boissons usitées dans les différentes régions ; légumes, fruits, assaisonnements et autres objets dont la réunion constitue une médiocre et frugale aisance ;
    • Les secours dans l’art de guérir. (…)
Des monnaies
  • Article premier : La république ne fabrique plus de monnaie.
  • Art. 2 : Les matières monnayées qui écherront à la communauté nationale seront employées à acheter chez les peuples étrangers les objets dont elle aura besoin.
  • Art. 3 : Tout individu non participant la communauté, qui sera convaincu d’avoir offert des matières monnayées à un de ses membres, sera puni sévèrement.
  • Art. 4 : Il ne sera plus introduit dans la république ni or ni argent. (…)

Citation

  • « Si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout le plus qu'il peut de souveraineté » (Journal de la confédération, prison de la Conciergerie, Paris, 1790)

La postérité de Babeuf

  • Certains parlent d’un courant politique qui serait propre à Babeuf, le babouvisme dont se rapprocherait Auguste Blanqui, revendiquant l’égalitarisme et esquissant un présocialisme utopique.
  • Friedrich Engels et Karl Marx ont reconnu en lui un précurseur du communisme, et en la Conjuration des Égaux « le premier parti communiste ». Babeuf est souvent considéré comme le premier véritable militant communiste.
  • Selon Rosa Luxemburg, Babeuf est « le premier précurseur des soulèvements révolutionnaires du prolétariat ».

Œuvres

Éditions récentes

  • Pages choisies de Babeuf , édité par Maurice Dommanget et Georges Lefebvre, Armand Colin, 1935, 330 p.
  • Textes choisis, Éditions Sociales, Les Classiques du peuple, 1956
  • Correspondance de Babeuf avec l'Académie d'Arras (1785-1788), présenté par Marcel Reinhard, Institut d'histoire de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 1961
  • Textes choisis, édité par Claude Mazauric, Éditions sociales, 1965, 253 p.
  • Le Tribun du peuple: ou le Défenseur des droits de l'homme, G. Thierry, 1966 (réimpression en fac-similé de l'édition originale, conservée à la Bibliothèque nationale, n° 1-32 et 34-43)
  • Le scrutateur des décrets, et le rédacteur des cahiers de la seconde législature, Éditions d'histoire sociale, 1966, n° 6
  • L'éclaireur du peuple: ou le défenseur de 24 millions d'opprimés, Éditions d'histoire sociale, 1966, 90 p.
  • The defense of Gracchus Babeuf before the High Court of Vendôme, édité par John Anthony Scott, Thomas Cornell, Herbert Marcuse, University of Massachusetts Press, 1967, 112 p.
  • Œuvres de Babeuf, édité par Viktor Moiseevich Dalin, Armando Saitta et Albert Soboul, Bibliothèque nationale, 1977
  • La guerre de la Vendée et le système de dépopulation, préface de Jean-Joël Brégeon, introduction de Reynald Secher, Paris, Tallandier, 1987, 225 p. (rééd. Cerf, collection L'histoire à vif, 2008, préface de Stéphane Courtois, introduction de Reynald Secher)

Notes et références

  1. Robert Legrand, Babeuf et ses compagnons de route, Société des études robespierristes, 1981, 454 pages, pp. 421 et 431-432.
  2. Josette Lépine, Gracchus Babeuf, Éditions Hier et aujourd'hui, 1949, 255 pages, p. 242.
  3. a  et b article Babeuf de F. Wartelle, in Dictionnaire historique de la Révolution française dirigé par Albert Soboul, PUF, 1989

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Inna Borisova, Jean Champenois, Gracchus Babeuf à la veille et pendant la grande Révolution française: 1785-1794, Éditions du Progrès, 1976, 580 p.
  • Jean Bruhat, Gracchus Babeuf et les Égaux ou « le premier parti communiste agissant », Librairie académique Perrin, 1978.
  • Philippe Buonarroti, Gracchus Babeuf et la conjuration des égaux, 1828.
  • Maurice Dommanget:
    • Babeuf et les problèmes du babouvisme : colloque international de Stockhom, 21 août 1960 (sous la direction de), Éditions sociales, 1963, 318 p.
    • Babeuf et la conjuration des égaux, Spartacus, 1989.
  • Robert Legrand (avant-propos d’Albert Soboul), Babeuf et ses compagnons de route, Société des études robesperristes, coll. « Bibliothèque d’histoire révolutionnaire », 3e série, n°20, Paris, 1981.
  • Philippe Riviale, L'impatience du bonheur. Apologie de Gracchus Babeuf, Paris, Payot et Rivages, Critique de la Politique Payot, 2001, 275 p.
  • Robert Barrie Rose, Gracchus Babeuf: The First Revolutionary Communist , Edward Arnold, 1978, 434 p. (ISBN 0713159936)
  • Jean-Marc Schiappa, Gracchus Babeuf avec les égaux, Les éditions ouvrières, 1991, 264 p.

Liens externes

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