Rock français


Rock français

Le rock français désigne toutes les productions rock des artistes français, qu'elles soient chantées en langues française ou étrangères, voire dans un langage créé de toutes pièces, à l'exemple du kobaien de Magma ou du klokobetz de Nosfell.

Une des difficultés rencontrées par le rock français a été de se démarquer de la musique de variétés dans les années 1960 et les années 1970, contrairement à l'Easy listening anglais, le moteur financier de la musique populaire dans la France de de Gaulle, de Pompidou et de Giscard.

Sommaire

Historique

Années 1950

Au printemps 1956, le batteur de jazz Baptiste Reilles (1920-1987), qui se présente comme chanteur sous le pseudonyme de Mac Kac, sort le premier disque de rock français. Ce super 45 tours est publié sous la marque Versailles, de Ray Ventura, dont le directeur artistique est Sacha Distel, neveu du précédent. Il est composé des chansons suivantes : Et là-bas ?, reprise d'une chanson louisianaise, J'en ai assez, reprise d'Eddie my love, Great big bulging eyes, et T'es pas tombé sur la tête, reprise de See you later aligator, de Bill Haley.

Déjà auparavant, fin 1955, Line Renaud a repris le titre de Lavern Baker Tweeldee Dee [1].

Le 21 juin 1956, Henry Cording, pseudonyme sous lequel se cache Henri Salvador, enregistre un autre disque de rock français, qui se veut très parodique comme l'illustrent les titres des chansons choisies : Va t'faire cuire un œuf, Man, Rock hocquet, Rock and roll mops et Dis-moi que tu m'aimes rock. L'entreprise assemble les talents de Boris Vian (paroles) et de Michel Legrand et Alain Goraguer (musique) [2].

En 1958, Danyel Gérard publie un disque de rock, qui n'est pas une parodie. On y trouve notamment un titre signé Boris Vian, D'où reviens-tu Billie Boy ?. Surnommé « le chanteur suffoquant », Danyel Gérard suscite un certain intérêt. mais il doit partir faire son service militaire pendant la guerre d'Algérie fin 1959. Entre-temps, d'autres chanteurs se lancent dans la même aventure : Claude Piron, qui deviendra Danny Boy, Richard Anthony, puis Johnny Hallyday.

Années 1960

Au début des années 1960, Johnny Hallyday est la première vraie vedette du rock en France. Sa chanson Souvenirs, souvenirs,son second disque sorti en juin 1960 chez Vogue, convainc les maisons de disques françaises qu'il existe un marché national du rock.

14 mars 1960 : sortie du premier disque de Johnny Hallyday, un 45 tours 4 titres avec T'aimer follement et Laisse les filles.

18 avril 1960 : première apparition de Johnny Hallyday à la télévision dans l'émission L'École des Vedettes, où il est présenté par Line Renaud et Aimé Mortimer: il chante Laisse les filles.

3 juin 1960 : sortie du deuxième disque de Johnny Hallyday, un 45 tours 4 titres avec Souvenirs, souvenirs, qui sera son premier tube.

20 septembre 1960 : Johnny Hallyday se produit à l'Alhambra, à Paris, en première partie de Raymond Devos.

Novembre 1960 : Johnny Hallyday passe en vedette à L'Alcazar, à Marseille et connaît son premier triomphe en public.

Des groupes locaux ne tardent pas à s'inspirer des formations célèbres de Grande-Bretagne ou d'Amérique du Nord. Ils proposent le plus souvent des adaptations en langue française de succès anglo-saxons car le répertoire dans ce genre de musique n'existe pas à cette époque en France. Quelques-uns parmi les plus « rockers » deviendront dans les décennies suivantes des acteurs importants de la variété et du rock 'n'roll en France : Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, (ancien leader des Chaussettes noires), Dick Rivers, (ancien chanteur des Chats sauvages).

Années 1970

Les groupes de l'époque suivante, les années 1970, comme Martin Circus ou Aphrodite's child, après une période « pure », mais qui ne leur permettait pas de vivre, mettent beaucoup d'eau dans leur vin et se tournent vers une forme proche de la variété. C'est la période aussi où de nombreux artistes de variété - Catherine Ribeiro, Bernard Lavilliers, Véronique Sanson (qui sera un temps l'épouse de Stephen Stills, du groupe folk-rock Crosby, Stills, Nash & Young) - flirtent avec le rock sans souvent franchir complètement le pas. Seuls Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Gérard Manset et surtout Jacques Higelin en figure de proue, se lancent dans l'aventure. Le premier s'adjoint dès 1970 les services du groupe pop Zoo, tandis que le second introduit le reggae, le psychédélisme et le planant au fil d'albums cultes. En 1970, Manset écrit La Mort d'Orion, premier album-concept en France, lui aussi très « planant ». Quant à Higelin, il produit un rock de banlieue simple et décapant : son album BBH 75 en 1974 est considéré à l'époque comme le premier album français de vrai rock. Plus confidentiels, des groupes comme Ange, Atoll ou Magma deviennent les représentants français du rock progressif. À la limite du rock et du folk se situe le travail d'Alan Stivell, surtout à partir du Live à l'Olympia (1972). Une partie de sa production (très éclectique) est marquée par le rock, jusqu'aux plus récents albums.

Avant le punk

Après le punk

Années 1980

Les choses changent peu à peu à partir de 1977 avec le mouvement punk et la « post new-wave », qui débarquent en France et correspondent aux aspirations au renouveau d'une partie de la jeunesse, c'est une époque de créativité où la variété et les groupes du passé sont soudain « ringardisés ». Au début des années 1980, c'est le changement de majorité politique qui accompagne l'irruption de la « culture jeune » médiatisée par des journaux tendance comme Actuel qui reparaît avec une formule qui correspond à l'époque « after-punk ».

L'émergence du groupe Bijou marque le retour du rock chanté en français, qui ouvre le chemin aux autres groupes comme Téléphone, se livrant à cet exercice déconsidéré par les puristes comme Little Bob Story, Dogs, Ganafoul pour lesquels le rock ne sonne vraiment qu'en anglais. Dès 1976, Bijou et Little Bob Story sont les deux premiers groupes qui donnent à penser, chacun dans leur catégorie, qu'un rock français authentique peut exister au pays de la variété. Le mouvement prend de l'ampleur dans les années suivantes et les temps forts seront les festivals punk de Mont-de-Marsan et celui de la New wave french connection à Lyon, là où dresse la première scène française d'importance avant celle de Rennes.

À noter que le groupe Trust pendant toute cette première période n'a qu'une présence anecdotique, un seul 45 t "Prends pas ton flingue", mais leur premier 33 t et leur première première tournée fin 1979 rencontre un succès phénoménal.

En 1979, un groupe se distingue dans le paysage rock français : Océan, avec un merveilleux chanteur Robert Belmonte et un guitariste très innovateur. Puis dans un autre genre, Les Flambeurs. Ils écoutent les Clash, Blondie et les Lou's, idéalisent James Brown, Johnnie Guitare Watson et Larry Graham Central Station. En pleine explosion punk et new-wave, Les Flambeurs affichent un funk de France au son rock prémonitoire. Le producteur Marc Zermati, organisateur du Festival de Mont-de-Marsan signe Les Flambeurs sur Underdog Records.

À partir des années 1980, le rock commence peu à peu à compter en France avec Warning, où les mélodies et textes surréalistes de Raphaël Garrido (Rapha de Warning), l'originalité et la virtuosité du jeune guitariste Christophe Aubert, l'emportent sur tout le reste. S'ensuit un nombre impressionnant de groupes rock d'un courant « moderne » qui prend position dans l'hexagone, souvent influencé par la new-wave et les groupes anglais. Mais aussi le bon (pas si vieux hard-rock) qui a plus que jamais des fidèles. Les « radios libres » deviennent légales. On réfléchit même à cette époque dans certaines mairies à faciliter l'obtention de locaux de répétition, de façon à accompagner le développement d'un rock français émergeant que l'on espère rémunérateur à l'image de celui d'outre-Manche. À Paris, c'est l'époque des grandes heures du Gibus ou du Rose Bonbon, clubs qui accueillent des groupes en direct et qui succèdent aux lieux qui disparaissent comme le Golf-Drouot.

On assiste à la création de labels indépendants français comme New Rose records, Ze records, Réflexes ou Sordide Sentimental, et de nombreux fanzines rock comme New-Wave, Hello Happy Taxpayers ou On est pas des sauvages. À la suite de Chorus d'Antoine de Caunes, la télévision s'ouvre un peu timidement, au phénomène qui remue une bonne partie de la jeunesse, notamment grâce aux Enfants du rock de Philippe Manœuvre de Rock & Folk.

Des groupes comme Téléphone, Trust, Warning, Bijou, Starshooter, 12°5, Stocks constituent alors les formations les plus populaires d'une nouvelle génération rock made in France teintée d'influences anglo-saxonnes avec des riffs de guitare et des paroles en français. Les futurs groupes mythiques du rock français comme les Rouennais Dogs, Taxi Girl, les Rennais de Marquis de Sade, les Lorrains Kas Product sont remarqués par la critique et une partie du public « branché » mais souffrent encore du manque de structures, de visibilité médiatique et de la frilosité du public et des grandes maisons de disques. Voir aussi Charles De Goal, The Bonaparte's, Tanit, Baroque Bordello, Nuit Blanche, Orchestre rouge... Beaucoup d'autres comme les Olivensteins ou Métal Urbain ont disparu beaucoup trop rapidement, enfin certains se reforment comme Métal Urbain, Charles De Goal, ADX… près de trente ans plus tard pour une nouvelle carrière (Métal Urbain sortent même ce qu'ils considèrent comme leur premier disque fin 2006)...

Daniel Balavoine icône du rock français de la jeunesse des années 1980, avait déclaré dans l'émission Les Enfants du rock: "Je suis ce que je suis, j'ai la voix que j'ai. La musique rock ne se juge pas là dessus. Le rock, c'est la sueur et peu importe la manière dont on transpire. Je fais de la vraie musique rock française et non du rock anglo-saxon avec des mots en français." Balavoine marquera le rock français, avec ces coups de gueules et ces chansons à textes qui sont devenues une référence de la chanson française.

Une nouvelle scène alternative française apparaît vers le milieu des années 1980. Elle commence à établir ses propres structures en créant ses propres labels de disques (après les pionniers New Rose, un exemple significatif est le label Boucherie), aidée en cela par des fanzines de plus en plus nombreux et des disquaires spécialisés partout en province. Elle est très active, et menée par des groupes punks comme Bérurier noir, les Garçons Bouchers ou Ludwig von 88 ou les Porte Mentaux. Et d'autres se réclamant de la scène « trash » comme les Coronados.

Du côté pop, l'effervescence est également sensible : avec la vogue des synthétiseurs Indochine crée une pop synthétique et dynamique à la française, qui rencontre rapidement un grand succès auprès des adolescents ; Niagara s'impose sur les ondes et offre en concert un pop/rock plus énergique ; The Element ; Alain Bashung construit un « rock intello » très personnel, le premier « single » de Buzy, « Dyslexique », se vendra à 500 000 exemplaires et sera un des grands succès de l'année 1981, le Suisse Stephan Eicher débute dans des « squats », des bars rocks ou des salles minuscules tout comme les Rita Mitsouko et la majeure partie de la nouvelle scène rock. On voit de nombreux émules français sur les traces de la nouvelle pop de The Cure ou Depeche Mode qui marquent cette décennie musicale.

Années 1990

La décennie suivante voit le succès grandissant du rock alternatif et avec lui d'une véritable spécificité française, grâce aux labels Bondage Records, Boucherie Productions, dont le choix éclectique a fait découvrir des groupes exceptionnels : les Tétines Noires, issus du cabaret arti-décadent, épaulés par Eduardo Leal de la Galla, Manu Chao de la Mano Negra, Francois Hajdi-Lazaro de Pigalle, Frandol des Roadrunners, Didier Chappedelaine des Wampas... Mêlant les racines rock à des influences multiples (espagnole, maghrébine, gitane, chanson réaliste...), les groupes survivants parmi les milliers de groupes nés après le punk au début ou au milieu des années 1980 tels que les Négresses Vertes, Les Innocents ou les Rita Mitsouko, percent enfin et se professionalisent. Le nombre de groupes de qualité donne alors une véritable identité au rock hexagonal. Parallèlement, Noir Désir, reprenant à son compte l'agressivité du « grunge » en la canalisant, donne à des textes plus fouillés. Ils imitent en ce sens Hubert-Félix Thiéfaine ou encore Alain Bashung, dont la musique devient plus sophistiquée et électronique. En 1994, le distributeur indépendant et auteur compositeur français Christian Brunet crée à Londres le premier groupe de Techno Rock Shanghai Atraxion, produit par Georges Mary. L'album Start Over n'a pas été édité, Yellow Men ne paraîtra que dix ans plus tard. En 1995, Mylène Farmer se renouvelle avec succès grâce à des titres plus rock tels que XXL ou L'instant X, dont les riffs rappellent ceux de Nirvana. On peut également noter FFF qui initie le mélange du funk et du rock en France.

À la fin des années 1990, ce sont les groupes de musique électronique français qui rencontrent un succès notable dans les pays anglo-saxons. Le vocable french touch désigne alors des groupes tels que Air ou Daft Punk dont la musique s'inspire largement de la pop des années 1970 (ambiances éthérées, voix déformées). Manu Chao poursuit son parcours seul et renforce les influences latino-américaines alors que Sinsemilia devient le fer de lance du reggae francophone.

Années 2000

Au début des années 2000, de nouveaux artistes font leur apparition. Mickey 3D crée un folk-rock engagé évoquant notamment des préoccupations écologiques, Louise Attaque introduit le violon dans le paysage rock français et Superbus s'inspire de la powerpop de No Doubt. Indochine groupe New Wave dans les années 1980 fait son grand retour en 2002, après un passage à vide dans les années 1990. Steeve Estatof lui, réintègre le Glam Rock en France en compagnie par exemple de Blackrain. Dans des registres plus personnels, Camille cherche à repousser les frontières de ce qu'il est possible de faire avec des voix, sans accompagnement instrumental, alors que Nosfell s'invente une « sorte de folk vénusien ou de world music grégorienne ». Mais c'est le pop-rock d'Indochine qui marche le mieux puisqu'il est le groupe français le plus vendeur de ces dix dernières années. La deuxième moitié des années 2000 voit l'émergence de la nouvelle scène rock française.


Rock par ville

Notes et références

  1. Big Joe, Le Rock and roll français des années 50, éditions Rock and Roll Revue.
  2. Jacques Barsamian et François Jouffa, L'Âge d'or du rock'n'roll, éd. Michel Lafon, 1994.

Voir aussi

Liens externes


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Rock français de Wikipédia en français (auteurs)

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