Luna Papa


Luna Papa

Luna Papa

Titre original Лунный папа
Réalisation Bakhtiar Khudojnazarov
Scénario Bakhtiar Khudojnazarov et Irakli Kvirikadze
Acteurs principaux Chulpan Khamatova,
Moritz Bleibtreu,
Ato Mukhamedshanov
Pays d’origine Drapeau d'Allemagne Allemagne,
Drapeau de France France,
Drapeau de Russie Russie,
Drapeau du Japon Japon,
Drapeau d'Autriche Autriche,
Drapeau de Suisse Suisse,
Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan,
Drapeau d'Ouzbékistan Ouzbékistan
Sortie 1999
Durée 107 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Luna Papa (Lunnyy papa, en cyrillique Лунный папа) est un film réalisé par le cinéaste tadjik Bakhtiar Khudojnazarov, sorti en 1999. Il a été co-produit par des sociétés basées dans huit pays différents : Allemagne, Russie, Japon, Autriche, Suisse, France, Tadjikistan et Ouzbékistan. Néanmoins, pour le réalisateur, le film est avant tout « centre-asiatique »[1].

Sommaire

Synopsis

Chulpan Khamatova, interprète de Mamlakat, l'héroïne du film.

À Far-Khor, ville imaginaire d'Asie centrale[2], Mamlakat Bekmaroudova (Chulpan Khamatova), une jeune villageoise de dix-huit ans, vit avec son père, Safar (Ato Mukhamedshanov), qui est vétérinaire[3], et son frère, Nasreddin (Moritz Bleibtreu), qui est mentalement perturbé depuis son service militaire effectué durant la guerre d'Afghanistan[3]. Elle rêve de devenir comédienne. Un soir de pleine Lune, Mamlakat arrive en retard pour la représentation d'une pièce de Shakespeare par une troupe ambulante, à laquelle elle voulait absolument assister. Déçue, elle erre dans les alentours, dans l'obscurité d'un bois, où un homme, qu'elle entend mais ne voit pas, l'aborde. Naïve, elle croit l'inconnu lorsqu'il prétend être un acteur (affirmant même connaître intimement Tom Cruise[4]) puis elle ne résiste pas à ses avances pourtant forcées. Ils ont ainsi une relation sexuelle furtive dans le bois puis l'homme disparaît sans que Mamlakat ait pu voir son visage ni connaitre son identité. La jeune femme découvre plus tard qu'elle est enceinte de lui et se lance à la recherche du père de son enfant, avec l'aide de son père, qui a difficilement accepté la nouvelle, et de son frère. Ensemble, ils écument les théâtres du pays pour tenter d'identifier le père biologique du futur enfant.

Fiche technique

Sauf mention contraire, les informations concernant la fiche technique proviennent du site IMDb.
La production, en grande partie allemande, a attribué le rôle de Nasreddin à un acteur allemand, Moritz Bleibtreu (ici en 2007).

Distribution

Nikolai Fomenko, interprète de Yassir, le père tant recherché par Mamlakat et sa famille.

Autour du film

De la genèse au tournage

Le film s'inspire de plusieurs pays, comme le Tadjikistan, pays d'origine du réalisateur, qui a connu une guerre civile après l'indépendance (1992-1997).

En 1993, Bakhtiar Khudojnazarov reçoit le Lion d'argent lors de la 50e Mostra de Venise pour son film On est quitte (Kosh ba kosh), ce qui lui permet d'obtenir des financements de producteurs occidentaux[n 1] et donc un budget suffisant pour réaliser un projet de plus grande ampleur[19], ce qui aboutira à la réalisation de Luna Papa. Selon Irakli Kvirikadze, il se retrouve alors par hasard avec son ami[20] Khudojnazarov et avec le producteur Karl Baumgartner dans un café de Berlin[21] où Baumgartner, qui venait de s'engager dans la production ambitieuse de Underground de Kusturica, demande aux deux hommes de lui proposer un projet plus abordable financièrement[21]. Kvirikadze, qui a l'habitude de noter diverses histoires vraies dans un cahier, retrouve une histoire géorgienne qu'il avait oubliée, à propos d'une fille enceinte[21]. Il écrit rapidement une première ébauche de synopsis à partir de cette histoire et la propose dès le lendemain à Khudojnazarov et Baumgartner qui se disent enthousiastes[21]. Kvirikadze et Khudojnazarov réfléchissent longtemps à une idée de scénario avant de décider de faire un film « dédié à [leurs] mères »[1], alors que celle de Kvirikadze vient de mourir[20]. Les deux scénaristes se donnent alors pour objectif d'écrire « une comédie, pleine d'humour, d'ironie, et de poésie »[20].

Le scénario s'inspire de plusieurs histoire d'enfance de Kvirikadze[20], dont un conte traditionnel géorgien[22], mais aussi du vécu personnel de Khudojnazarov[20]. Le scénario incorpore d'autres histoires vraies, comme celle de pilotes d'Asie centrale qui avaient volé un taureau puis avaient été contraints de s'en débarrasser en plein vol, la chute de l'animal causant le naufrage d'un bateau de pêche dont seule une passagère, enceinte, a survécu[23]. Khudojnazarov dit apprécier ce « genre d'histoire bien tordue et loufoque [...] parce que la logique, en revanche, [lui] semble trop sèche, sans sel »[23]. Khudojnazarov avoue avoir également puisé une partie de son inspiration dans la littérature de Luigi Pirandello et de Gabriel García Márquez[23] et évoque aussi deux tragédiens très joués en Asie centrale : Shakespeare et Sophocle[24]. D'après Kvirikadze, le plus difficile a été de trouver une fin à l'histoire et les scénaristes ont écrit une douzaine de dénouements, dont plusieurs ont ensuite été tournées pour permettre de se fixer sur le choix final au moment du montage[22].

Carte du Tadjikistan indiquant au nord le lac Karakoum, principal lieu de tournage.

L'histoire de Luna Papa ne situe pas vraiment au Tadjikistan, le pays d'origine du réalisateur, ni en Géorgie, pays d'origine de son co-scénariste et de l'histoire qui est à la base du scénario, mais dans un pays imaginaire qui s'inspire de plusieurs pays d'Asie centrale ainsi que des pourtours de la Mer Noire, de la Turquie et de la Grèce[2]. Luna Papa a été filmé dans une région où se rejoignent le Tadjikistan, l'Ouzbékistan et le Kirghizistan[25],[26]. La majeure partie des scènes a en effet été tournée dans le nord du Tadjikistan, sur les rives du Karakoum[11], une retenue d'eau artificielle créée par un barrage sur le Syr-Daria, dans les environs de la ville de Khodjent[26]. Un village entier a été construit pour les besoins du films, avec des canaux et un petit port, et a même dû être reconstruit une deuxième fois à cause d'une inondation qui a interrompu le tournage pendant trois mois[26],[27]. Sa conception a nécessité la collaboration de plusieurs décorateurs venus du Kazakhstan, d'Ouzbékistan, du Tadjikistan et de Saint-Pétersbourg[2] et d'une équipe d'environ 140 personnes pour le construire[26]. Après le tournage, le décor n'a pas trouvé preneur et a donc été entièrement détruit[2]. Le tournage a duré 170 jours répartis entre avril 1998 et avril 1999[26]. Outre les inondations, il a été rendu difficile par la multiplicité des langues parlées par les membres de l'équipe[26] ainsi que par l'instabilité politique du Tadjikistan, à cause de la présence de milices armées dans la région[26]. D'autre part, Khudojnazarov affirme que lui et une partie de son équipe ont « appris à n'être jamais rationnels »[1] et décrit ainsi l'atmosphère de tournage de son film : « Sur le plateau, nous instaurons la dictature de notre liberté »[1].

Pour l'interprétation du film, aucun acteur n'est pressenti lors de l'écriture du scénarion[21]. Selon Kvirikadze, les recherches pour l'interprétation de Mamlakat se sont déroulées partout dans le monde, notamment à Paris, à Los Angeles et à Istanbul[21], et ce n'est que peu de temps avant le tournage que Khudojnazarov a trouvé Chulpan Khamatova[21]. Le choix de Moritz Bleibtreu a été fait par le producteur[21]. Pour le personnage du père de Mamlakat, il a rapidement été évident pour les deux scénaristes qu'il fallait un acteur tadjik[21] et ce fut Ato Mukhamedshanov, dont c'est le dernier film au cinéma.

Revenant en 2002 sur le tournage compliqué de Luna Papa, Moritz Bleibtreu en profitait pour affirmer qu'il aimait les défis car un acteur « doit se salir les mains »[28].

Style du film

Luna Papa a été souvent comparé aux films d'Emir Kusturica

Le réalisateur opte pour un ton à la fois tragi-comique[29], burlesque[30], lyrique[31] et surréaliste[31], créant un univers baroque[19] avec ses nombreux détails dans l'image[29] et son grand nombre de péripéties où se côtoient gags et drames[29]. Faire raconter l'histoire par l'enfant qui n'est pas encore né est, selon Khudojnazarov, « une solution pour permettre de rentrer facilement dans l'univers détraqué du film »[1] et fait du film « une histoire simple, à hauteur de nourrisson »[1]. L'incongruité de cette narration justifie l'onirisme du film et lui donne une certaine cohérence[31]. Pour le réalisateur, « la fantaisie, c’est la simplicité et le rythme est la chose la plus importante dans un film »[1]. Malgré la folie des personnages, ceux-ci ne sont pas caricaturaux[31] et le réalisateur les traite avec tendresse[31].

Le film a souvent été comparé aux films d'Emir Kusturica[29], valant même à Khudojnazarov le surnom de « Kusturica d'Asie centrale »[19] même si Khudojnazarov a moins tendance à plaquer un discours idéologique sur ses films[32]. Khudojnazarov apporte une explication simple à ce rapprochement : « On travaille dans le même genre, la tragi-comédie »[1] mais il revendique plus d'influences littéraires que cinématographiques[1]. En revanche, une des grandes différences entre Kusturica et Khudojnazarov est que ce dernier se focalise plus sur ses personnages féminins[33]. Interrogé sur ce point, Irakli Kvirikadze rejette catégoriquement toute comparaison avec Kusturica et nie une éventuelle inspiration[21].

Thèmes, symboles et messages

La recherche du père est évidemment le thème central de Luna Papa[23], qui fait symboliquement référence à Œdipe roi de Sophocle[24]. Pour Khudojnazarov, ce père est « déifié, au sens de grand ordonnateur de la vie [puis il] redevient très vite un homme comme les autres »[23]. Par la narration, l'embryon participe aussi à cette recherche[23]. Selon le réalisateur, le film « raconte le monde avec les yeux d'un enfant qui n'est pas encore né, l'amour d'une mère pour son fils, de la Sainte Vierge pour son sauveur, de la femme pour son mari, du filet pour le poisson, du ver pour les pommes, d'Icare pour le soleil, des gens tristes pour les gens drôles, de Mamlakat pour son Papa Lune »[24].

La présence d'animaux est associée à divers sentiments qu'ils symbolisent, comme l'angoisse, la joie ou l'absurde[24]. Par leur côté partiellement incontrôlable, ils donnent aussi « de l'énergie au film » selon le réalisateur[24]. Le village imaginaire, que Khudojnazarov appelle une « ville-mosaïque »[2], permet quant à lui de poser la question de ce qu'est la patrie[2]. Pour le réalisateur, c'est « tout sauf une notion géopolitique »[2] et, avec ce film, il se demande s'il ne s'agit pas plutôt d'une maison, d'amis ou du ventre de la mère[2]. En outre, pour Khudojnazarov, Luna Papa « témoigne du bordel qui règne dans cette région du monde »[1] qu'est l'Asie centrale.

Musique

La guitare acoustique est un des instruments majeurs de la bande originale du film.

La bande originale, majoritairement composée par Daler Nazarov ou constituée d'arrangements de musiques traditionnelles, a été enregistrée par le label EmArcy. Le CD a été produit par Pandora Film et distribué par Universal. Daler Nazarov en a assuré lui-même la production au Studio Schamms à Douchanbé[3] et a réuni des musiciens traditionnels d'Asie centrale pour l'enregistrer[34]. La musique est dominée par les instruments à cordes pincées, avec la guitare acoustique, la mandoline mais aussi des instruments traditionnels comme le rubab et le setâr, souvent appuyés par des percussions comme le tablâ ou la doira. La musique utilise également, de façon plus épisodique, le saxophone, les claviers, la flûte et aussi les voix.

Pour le critique italien Alberto Crespi, le film est, au sens positif du terme, « bourré de musique »[35], et son compatriote Silvio Danese souligne l'heureuse collaboration entre Nazarov et Khudojnazarov[36].

Liste des titres de la bande originale[3]

Titre Compositeur Interprètes et musiciens Durée
1 Quiet Soul Daler Nazarov Ikbol Sawkibekov (guitare, mandoline, rubab),
Rustam Rachimov (batterie), Sarif Pulotov (tablâ)
4min04
2 In Paradise Traditionnel (arrangements : Daler Nazarov) Ensemble Rubab de Douchanbé (chorale) 3min48
3 Girl From The Village Daler Nazarov Ikbol Sawkibekov et Daler Nazarov (guitares),
Anwarscho (guitare basse), Sarif Pulotov (tablâ et dotâr)
4min20
4 Theme Of A City Daler Nazarov Daler Nazarov (guitare), Ikbol Sawkibekov (rubab),
Gumontsch Sawkibekov (gidgak), Hussein Isatulaev (accordéon),
Sarif Mulotov (doira)
3min17
5 Alik Daler Nazarov Daler Nazarov (sifflet), Hussein Isatulaev (claviers) 0min25
6 Father Daler Nazarov Jadidja Iljaev (saxophone) 3min58
7 Loneliness Daler Nazarov Ikbol Sawkibekov (guitare, setâr), Hussein Isatulaev (claviers) 3min21
8 Bedor Schaw G. Rumi et Daler Nazarov Nusrat Odinamamadov et Nobowar (chant),
Sarif, Dorobscho et Husein (chœur)
2min39
9 Posle Snaharki Daler Nazarov Ikbol Sawkibekov (guitare), Hussein Isatulaev (claviers) 2min37
10 Happyness Traditionnel (arrangements : Daler Nazarov) Ikbol Sawkibekov (guitare), Jadidja Iljaev (flûte),
Sarif Mulotov (tablâ), Anwarscho (guitare basse),
Daler Nazarov (guitare)
3min42
11 Sadness Daler Nazarov Daler Nazarov (flûte), Hussein Isatulaev (claviers) 1min31
12 On The Way Daler Nazarov Sarif Pulotov (percussions) 3min26
13 Rythm Of The Mountain Traditionnel (arrangements : Daler Nazarov) Chœur d'enfants de Douchanbé 4min58
14 Only Song Daler Nazarov Sachiri Bachtari (rubab), Salimi Bachtari (tablâ),
Ikbol Sawkibekov (guitare)
4min20
15 Fading Desire Daler Nazarov Daler Nazarov (flûte), Ikbol Sawkibekov (setâr, mandoline),
Hussein Isatulaev (claviers)
4min22

Accueil critique

Luna Papa reçoit un accueil globalement positif en France : AlloCiné établit une note moyenne de 3,92/5 à partir de 12 titres de la presse française[37]. Ciné Live le gratifie de la note maximale et plusieurs titres apprécient le film avec une note de 4/5, dont des publications spécialisées comme Télérama, Les Inrockuptibles et Première, alors que Le Monde ne lui accorde qu'un 2/5[37]. Le film est choisi comme « découverte du mois » par la rédaction de Première pour son numéro de mai-juin 2000[38],[n 2].

Louis Guichard, pour Télérama, souligne l'« époustouflante énergie » et la « capiteuse absurdité » du film[29]. Pour Les Inrockuptibles, le film, qualifié de « presque trop grandiose », est parmi les œuvres les plus intéressantes présentées à la 56e Mostra de Venise[39]. Dans Première, Olivier de Bruyn parle d'une « Kusturicacerie amusante »[38], d'une « fable foutraque, parfois fatigante mais souvent enivrante, [et d'une] fresque gargantuesque »[38], comparant le film à « ces plats goûteux mais bourratifs où l'abus d'épices menace paradoxalement d'annihiler les nuances du mets »[38], jugeant également que la ressemblance avec les films de Kusturica est néanmoins « un tantinet écrasante »[38]. Parmi les mauvaises critiques françaises, Jean-Michel Frodon, dans Le Monde, regrette la « multiplication des personnages grotesques » et qualifie le film de « tohu-bohu de fantasmagories tape-à-l'oeil d'un onirisme pesant »[19]. Également plus réservé, Christophe d'Yvoire, dans Studio, ne lui attribue que deux étoiles et, même s'il admet un « sens de l'image flamboyant dans ce film baroque et généreux »[40] et une « énergie impressionnante »[40], il regrette « des longueurs et un scénario un peu simpliste »[40] tout en soulignant que le film « n'atteint pas l'ampleur et l'inspiration de ceux de Kusturica »[40].

En Allemagne, le critique Jan Distelmeyer (de), pour epd Film (de), voit dans Luna Papa une sorte d'hybride entre Emir Kusturica, les Monty Python et Václav Vorlíček[4] et rapproche la scène où la vache tombe du ciel de la pluie de grenouilles dans Magnolia[4], sorti peu de temps avant. Dans Der Spiegel, Christian Bartels pense que Luna Papa, qu'il qualifie de « road-movie tragicomique »[41], peut faire partie des films dont les images restent en mémoire grâce à ses « paysages fascinants »[41]. Il salue le jeu de Chulpan Khamatova « avec de grands beaux yeux et des gestes de film muet »[41] et de celui Moritz Bleibtreu, quasi muet, qui « s'intègre parfaitement au paysage psychologique du film »[41], montrant ainsi son talent polyvalent[41]. Bartels note aussi que « rien n'est idéalisé »[41] dans le film et que l'Orient de Khudojnazarov est « un peu plus sauvage que l'Orient européen de Kusturica »[41].

En Italie, Alberto Crespi, dans L'Unità, rapproche le film de Kusturica mais aussi des écrivains García Márquez et Aïtmatov, de Federico Fellini et de cinéastes caucasiens comme Danielia, Abouladze ou Paradjanov[35]. Crespi pense aussi que Luna Papa a le potentiel des films qui restent à vie dans la mémoire du spectateur[42] et souligne qu'il s'agit d'un « voyage sur une planète qui pour nous, habitants de la galaxie Hollywood/Cinecittà, est étrangère »[35]. Roberto Pugliese, pour Il Gazzettino, parle d'un « conte de fées visionnaire et scintillant »[42]. Dans le Corriere della Sera, Maurizio Porro souligne les « très beaux panoramas, dus au talent visionnaire de Bakhtiar Khudojnazarov »[43]. Silvio Danese, dans Il Giorno, parle de « vols d'avions tels de oiseaux chagalliens »[36] et, s'il regrette « diverses répétitions dans la première partie »[36], il salue l'imaginaire coloré, les articulations de la narration et le « grand final »[36]. Stefano Della Casa (it) le considère comme un des meilleurs films de la Mostra de Venise 1999 et regrette qu'il ait été mis hors compétition[44]. Il remarque que Luna Papa alterne des « aventures sauvages dans le désert asiatique » et des passages où le film est « capable de couler en douceur »[44], tout en mélangeant folklore et modernité[44]. Pour Della Casa, c'est « un film qui sait comment impressionner sans être cérébral »[44] et le rapproche en cela de L'Été de Kikujiro de Kitano, les deux films étant également des preuves de « la possibilité d'un cinéma qui n'est pas encore un scannage typique du modèle dominant (américain) »[44].

Au Portugal, Rui Pedro Tendinha, dans Notícias Magazine, parle d'un « nouveau type de Monty Python »[42] et témoigne que le film est, à sa sortie, la « coqueluche des circuits d'art et essai »[42] du pays.

Exploitation du film et accueil public

Au départ, le film devait faire partie de la sélection officielle de la 56e Mostra de Venise avant d'être placé dans la section « Dreams and Visions », non compétitive.

Luna Papa a été projeté pour la première fois à la Mostra de Venise le 8 septembre 1999. D'abord pressenti pour la sélection officielle, le film a été placé dans une section annexe non compétitive après les déclarations d'Emir Kusturica, président du jury de cette 56e édition, qui avait laissé entendre avant le festival qu'il lui attribuerait le Lion d'or[35],[44]. Il a ensuite été sélectionné ou présenté dans de nombreux festivals à travers le monde, notamment ceux de Toronto, de Tōkyō, de Thessalonique et de Sundance. À partir de mars 2000, il a progressivement été distribué sur les circuits nationaux, tout en continuant sa carrière dans les festivals comme celui de Karlovy Vary.

Les résultats au box-office sont restés globalement modestes. En Europe, le film a connu ses meilleurs résultats en Allemagne, en France et en Italie, où il a dépassé à chaque fois les 100 000 entrées, et a cumulé près de 600 000 entrées sur l'ensemble du continent selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel[n 3]. Luna Papa a toutefois connu des résultats plus conséquents au Japon et en Russie, atteignant le million d'entrées dans ce dernier pays. 18 pays sont
Principaux résultats au box-office :

Sur de nombreux sites web à travers le monde, Luna Papa obtient un bon accueil public puisque les moyennes sont généralement situées entre 7 et 7,5 sur 10.

Site web Pays d'origine
du site
Situation au 18 juin 2011
Note moyenne Nombre de votes Commentaires
IMDb[49] Drapeau des États-Unis États-Unis 7,1/10 2 026 IMDb utilise un système de moyenne qui lui est propre. Le site indique néanmoins la moyenne arithmétique, 7,5, et la note médiane, 8. D'autre part, 14,7% des votants ont attribué la note maximale et IMDb indique que 1 273 votants ne sont pas américains.
Kinopoisk (ru)[50] Drapeau de Russie Russie 7,506/10 568 20,42% des votants ont attribué la note maximale.
Filmweb (pl)[51] Drapeau de Pologne Pologne 7,5/10 103 votes
MovieMeter (nl)[52] Drapeau : Pays-Bas Pays-Bas 3,31/5 98 La note moyenne est stable depuis 2008[53].
Moviepilot (es)[54] Drapeau d'Allemagne Allemagne 6,2/10 97
AlloCiné[55] Drapeau de France France 3,8/5 51 83% des votants ont attribué la note maximale.
Filmstarts (de)[56] Drapeau d'Allemagne Allemagne 3,7/5 41

Distinctions

Sauf mention contraire ou complémentaire, les informations concernant les distinctions proviennent du site IMDb[57].

Récompenses

Nominations et sélections

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

Notes et références

Notes

  1. Certaines sociétés de production de Luna Papa avaient déjà co-produit On est quitte. C'est le cas notamment de Pandora Film mais aussi de Euro Space et VISS[18].
  2. Dans le numéro de mai-juin 2000 (p. 59), Première attribue la note de 3 étoiles sur un maximum de 4 pour la critique d'Olivier de Bruyn ; dans le numéro de juin-juillet 2000 (p. 76), le tableau récapitulatif des avis de la rédaction crédite le film de 3 étoiles pour 4 rédacteurs et de 2 étoiles pour 2 autres rédacteurs. Dans le même numéro, avec une moyenne de 2,75 (extrêmes exclues), Luna Papa est placé à la troisième place du « top 7 de la rédaction » (p. 75) derrière Erin Brockovich et Gladiator.
  3. 37 pays européens sont membres de l'Observatoire européen de l'audiovisuel, dont la Russie. Néanmoins, pour Luna Papa, le site de l'OEA fournit des informations sur 18 d'entre eux seulement ; aucune information n'est donnée pour la Russie.
  4. Appelé « Bélier d'or » (Золотой Овен) à sa création en 1998, le prix a ensuite pris le nom d'« Éléphant blanc » (белый Cлон) à partir de 2005[61].

Références

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  2. a, b, c, d, e, f, g et h Entretien avec Bakhtiar Khudojnazarov, p. 5 du livret de la bande originale.
  3. a, b, c et d Livret et boitier du CD de la bande originale du film Luna Papa, Universal Music France, 2000 (ASIN B00004VTQU)
  4. a, b et c (de) Jan Distelmeyer, « Luna Papa » sur filmzentrale.com. Consulté le 12 juin 2011
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u et v Luna Papa sur diplomatie.gouv.fr. Consulté le 5 mars 2008
  6. a, b et c (de)Luna Papa sur kinofenster.de. Consulté le 25 juin 2011
  7. Luna Papa sur Cinemotions.com. Consulté le 5 mars 2008
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  12. a et b (en) Movie Luna Papa sur the-numbers.com. Consulté le 12 juin 2011
  13. (de) Luna Papa sur new-video.de. Consulté le 25 juin 2011
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  15. DVD Luna Papa sur allocine.fr. Consulté le 10 mars 2011
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  17. (ja) ルナ・パパ sur cinematopics.com. Consulté le 25 juin 2011
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  19. a, b, c et d Jean-Michel Frodon, « Luna Papa », dans Le Monde, 4 mai 2000 [texte intégral (page consultée le 2 février 2011)] 
  20. a, b, c, d et e Entretien avec Bakhtiar Khudojnazarov, p. 2 du livret de la bande originale.
  21. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (ru) Маша Давтян (Macha Davtyan), « "Лунный папа": планетарное кино » sur zhurnal.ru. Consulté le 25 juin 2011
  22. a et b Luna Papa sur rusfilm.pitt.edu. Consulté le 8 juin 2011
  23. a, b, c, d, e et f Entretien avec Bakhtiar Khudojnazarov, p. 3 du livret de la bande originale.
  24. a, b, c, d et e Entretien avec Bakhtiar Khudojnazarov, p. 4 du livret de la bande originale.
  25. « Carrefour », dans Première, no 279, mai-juin 2000, p. 59 (ISSN 0399-3698) 
  26. a, b, c, d, e, f et g (pt) Sobre a produção sur atalantafilmes.pt. Consulté le 10 juin 2011
  27. (en) Trivia for Luna Papa (1999) sur IMDb. Consulté le 1er février 2011
  28. (de) Julia et Rüdiger Sturm, « Interview mit Moritz Bleibtreu - "Wir brauchen mehr Gefühl im Kino" » sur spiegel.de. Mis en ligne le 7 novembre 2002, consulté le 14 juin 2011
  29. a, b, c, d et e Louis Guichard, « Luna papa » sur telerama.fr. Consulté le 2 février 2011
  30. Emmanuèle Froix, « Bakhtiar Khudojnazarov et le magique réalisme », dans Le Figaro, 3 mai 2000 [texte intégral (page consultée le 2 février 2011)] 
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  32. Le Costume sur lesinrocks.com. Mis en ligne le 1er janvier 2003, consulté le 26 mai 2011
  33. Luna papa sur sortir.telerama.fr. Consulté le 14 juin 2011
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